Genre : Sérieux, dans l'ensemble. Penchez-vous au dessus de la poubelle magique et vous tomberez dans un monde remplis de petits sorciers très drôles. Haha. Action et aventure.

Disclamer : Après avoir séquestré madame Rowling et l'avoir torturée en la forçant à regarder vingt fois le premier film Harry Potter, nous avons la joie de vous annoncer qu'elle nous a cédé tous les droits. Si, si. … Pfff, si on peut même plus rigoler! Harry Potter et les joyeux drilles du pigeon enflammé sont à madame Rowling. On ne gagne rien à lui pourrir son bouquin, à part une immense satisfaction. Néanmoins les personnages originaux sont à nous.

Résumé: Lorsque Harry remonte le temps, doit trouver une maison, un job, casser du Mangemort, négocier pour éviter que Dumbledore ne mette le nez dans sa vie privée et, en plus, doit apprendre à coordonner son sac à main avec ses chaussures, tout ce qu'elle demande c'est pouvoir souffler deux secondes.

Note : Rating M, on sait jamais, parce que gros mots et poutrage de méchants, en plus du reste. C'est-à-dire violences assez explicites et scènes limites pour les lapinous de moins de seize ans. Bonne lecture.

Note 2 : Une légère erreur s'était glissée dans le prologue, à savoir la date de l'apparition de Harry. C'est bien en 1975, et non en 76. Toutes nos excuses.


POINT DE RUPTURE

par Les Trois Moires

Maille 1- Lorsque le Manteau Noir apparaît.

Précédemment dans Point de Rupture: En 1975, une jeune femme apparaît mystérieusement en Sibérie, blessée et délirant dans la toundra. Elle est prise en charge par des nomades et prétend s'appeler… Harry Potter.


24 décembre 1975, village de Saint-Johns, Nord-Ouest de l'Angleterre...

En cette veille de Noël, Monsieur Warren et sa famille entière -son épouse et sa fille- étaient réunis à la maison pour les fêtes. Madame Warren avait préparé un chapon prometteur, la petite mourrait d'impatience, les yeux rivés à moitié sur le cadran de l'horloge, à moitié sur les cadeaux. Sur le sapin, des guirlandes et des boules colorés. Sur le piano, des bibelots typiques de Noël. Cerfs à la truffe rougeoyante, sapins en résines recouverts de paillettes argentées et petits lutins en plâtre à la mine joyeuse. Sur le rebord de la cheminée, allumée, une série de photos. La fillette au premier plan dessus grandissait au fur et à mesure qu'on avançait vers la droite. Derrière elle, le couple vieillissait insensiblement.

Et adressait des saluts enthousiastes de la main au visiteur qui posait les yeux sur la collection de photographies.

Les Warren étaient des sorciers. Et ce soir, ce n'était pas le père Noël qui devait leur rendre une visite de courtoisie.

Plutôt le croque-mitaine.


En sentant l'air glacé et vicié s'engouffrer dans sa gorge, elle pouvait dire sans se tromper que les Détraqueurs étaient en chemin. Oubliant le vent et la pluie qui lui fouettaient le visage, Harry remonta l'allée piétonne à toute allure. Elle regarda sa montre et secoua sèchement sa manche, afin de chasser la pluie qui s'y était amoncelée et qui menaçait de couler à l'intérieur du vêtement. Ses habituelles robes de mêlée étaient lourdes de pluie. Elle marcha en plein dans une flasque d'eau qui lui éclaboussa le bas des robes, les maculant d'une boue tenace.

C'était décidé, elle préférait la neige de la toundra à la flotte anglaise.

Saint-Johns était une petite ville perdue au milieu de la campagne. Un de ces trous où chaque rue ressemblait en tous points aux autres. Ce qui était particulièrement frustrant si on cherchait la bonne adresse pour sauver des gens d'une mort atroce. De fait, Harry ne put réprimer un glapissement lorsqu'elle dépassa le panneau indicatif du nom de la rue qu'elle guettait depuis vingt minutes. Elle aurait hurlé de joie si elle avait eu assez de souffle pour ça. Et si elle n'avait pas dérapé sur le trottoir glissant en pillant brusquement.

Le ventre noué, elle pria tout de même pour n'avoir pas emprunté le mauvais chemin. Chaque seconde comptait.

A l'entrée du village, elle avait sursauté de surprise en butant contre un champ anti-transplanage. Les Warren étaient protégés par le ministère.

Monsieur Warren travaillait comme Langue-de-Plomb, bénéficiant d'un niveau d'accréditation assez haut, et son épouse était une ancienne Auror qui avait préféré s'occuper de sa fille plutôt que de courir derrière les Mangemorts. Deux mois auparavant, monsieur Warren avait reçu des menaces très désagréables en provenance des partisans de Voldemort. Ceux-ci étaient vraisemblablement intéressés par les secrets que renfermait le dernier étage du ministère. Ils avaient donc jeté leur dévolu sur la personne la plus susceptible de leur donner des informations et décidé de faire pression sur lui. Pas de chance, monsieur Warren était têtu comme une mule. Le fait qu'ils aient inclus sa famille dans l'équation n'arrangea pas les affaires des Larbins des Ténèbres.

Mis sous Fidelitas, monsieur Warren comptait bien passer les fêtes en toute quiétude. Dommage pour lui, Voldemort n'entendait pas non plus les choses de cette oreille là.

Elle avait un point de côté. Le souffle court, elle trébucha presque sur le trottoir et se retint à la boîte aux lettres en fer de la maison qu'elle voulait tellement atteindre. Le numéro quinze était situé au fond de la troisième allée, ce qui en faisait un coin assez tranquille. Soulagée de lire le bon nom sur la boîte, elle ignora la douleur lancinante de sa cheville et pénétra dans la propriété avec précipitation, massacrant sans arrière pensée les plates-bandes autrefois soignées de bégonias de madame Warren, noyées par les trombes d'eau qui dégringolaient du ciel.

Trempée des pieds à la tête par la tempête enragée, elle dédaigna le crapaud de garde, posté sur un nénuphar dans la mare à l'entrée du jardin, qui était théoriquement sensé prévenir le ministère en cas d'intrusion par une personne non identifiée. Le crapaud demeura impassible. Un réparateur dirait que le mécanisme a sûrement été détraqué par l'humidité.

C'est ça. Et merlin s'habille chez Taty.

Le choc de sa cheville rencontrant durement le perron la fit grimacer, mais elle n'en tint pas compte dans son empressement, et tambourina à la porte. Son cœur battait à tout rompre dans sa cage thoracique et elle épongea la sueur qui lui recouvrait le front. Harry passa une main nerveuse sur sa joue et pianota des doigts sur sa cuisse. Elle savait de quoi elle aurait l'air. Ces derniers mois, rudes, ne lui avaient pas donné un teint très lumineux et sa course d'une demi-heure sous la pluie battante n'avait pas arrangé sa forme. Ses habits, comme ses cheveux, lui collaient à la peau -les uns à cause de la pluie, les autres par la transpiration- elle était à bout de souffle, ses yeux guettant le moindre détail inhabituel aux alentours. Elle devait ressembler à une folle sous les ombres de ses robes longues.

Pour couronner le tout, à moitié à cause de son anxiété, sa magie prenait des libertés. Une décoration de jardin, un nain jovial tenant une brouette remplie de marguerites dans le jardin voisin, se fissura sur toute la surface avec une détonation sèche. Les fissures coupaient son sourire joyeux de haut en bas, le dotant d'un bec de lièvre très peu esthétique. Elle se calma pour éviter l'explosion de Prof, ce qui n'aurait pas manqué d'alarmer le propriétaire de l'objet.

Et ce dont elle avait le moins besoin en ce moment, c'était que des Moldus hystériques se mettent à déambuler dans les rues. Et puis, si elle ne voulait pas être prise pour un Mangemort par les habitants sorciers de la maison, elle ferait mieux de se calmer.

"Allez!" murmura-t-elle.

N'ayant obtenu aucune réponse, elle asséna une nouvelle série de coups sur le bois peint en blanc, ignorant le heurtoir doré en forme de tête de lion. Elle pria une demi seconde pour que les Détraqueurs ne l'aient pas devancée et soient déjà en train de festoyer. Mais une exclamation retentit bientôt de l'autre côté, et elle baissa prudemment sa baguette. Elle l'aurait volontiers utilisée afin de défoncer la porte.

Cette dernière fut entrebâillée, gardée par une chaînette, et, à travers l'interstice, un homme aux cheveux châtain et à la calvitie précoce la contempla avec un air décontenancé. Elle retint un soupir soulagé en reconnaissant monsieur Warren à son état de délabrement capillaire. Sa calvitie le poursuivait depuis déjà une dizaine d'années et était devenue une marque de reconnaissance. Le Langue-de-Plomb ne s'attendait clairement pas à ce que quelqu'un débarque chez lui à l'improviste, le soir de Noël, alors qu'il était censé être sous Fidelitas et ne semblait pas se décider de la marche à suivre. Le capuchon d'Harry plongeait son visage dans les ténèbres et ses robes -bonnes à partir à la lessive pendant des jours- lui conféraient un aspect peu engageant.

La partie paranoïaque d'Harry, dont la voix ressemblait étrangement à celle d'Alastor Maugrey, chercha immédiatement à localiser la baguette de l'autre sorcier. Et donna un mauvais point à ce dernier. Il n'avait visiblement pas sa baguette en main. Si elle se décidait à l'attaquer, il lui faudrait au moins troissecondes pour l'atteindre -s'il l'avait sur lui- et deux de plus pour la viser correctement. Sans compter le temps nécessaire pour trouver un sort adéquat et le jeter. Autant dire qu'elle aurait pu le tuer trois fois sans se presser. Tsk. Quelle négligence.

Alors que la température dégringolait encore plus, signe de l'arrivée imminente des Détraqueurs, Harry perdit patience. L'autre ne semblait toujours pas décidé sur la marche à suivre et les mettait tous en danger. Elle poussa la porte, arrachant le loquet de sécurité du même coup dans un grand "crraaac!" sinistre, et força monsieur Warren à reculer. Un éclair illumina le ciel dans son dos, et elle songea avec ironie qu'elle n'aurait jamais pu faire meilleure entrée. Si les éléments s'y mettaient aussi...

L'employé du ministère se cogna contre une commode en cèdre et jura. Harry perçut des mouvements nerveux dans le salon, plus loin. "Qui êtes-vous?" lança t-il, menaçant. Sa baguette apparut dans sa main en un clin d'œil. Hum, peut-être qu'elle l'avait sous-estimé, finalement. Il la leva dans sa direction, et elle pouvait lire des formules de maléfices défiler derrière les yeux marrons.

"Qui que vous soyez, je vous interdis de-" commença-t-il.

Le sang de la jeune sorcière ne fit qu'un tour. Qu'il lui jette un sort serait la pire chose à faire. Elle lui saisit vivement le bras, quitte à le lui tordre. "Prenez vos affaires et quittez immédiatement cette maison." Son sifflement quasi fourchelanguien fit dresser les fins cheveux de monsieur Warren dans sa nuque.

Sa voix actuelle était plus grave que celle d'une femme de son âge et de sa corpulence, grâce à un petit sortilège très pratique, ce qui pouvait raisonnablement la faire passer pour un homme. Ca, et les dommages irréparables que causaient des semaines de hurlement incessants à des cordes vocales humaines.

"... Quoi?! Mais pourq-"

"Votre gardien du secret est mort. Les Détraqueurs de Voldemort sont en route," gronda-t-elle en le coupant. "Rassemblez votre famille, vos objets de valeurs et prenez vos manteaux si vous voulez vivre."

Madame Warren, dans le salon, réagit en un quart de seconde. Elle s'était visiblement attendue à ce que ça arrive un jour ou l'autre et sortit du buffet un gros sac contenant de l'argent liquide, la clé du coffre de Gringotts, ses bijoux, et des souvenirs en tout genre. D'un œil vaguement appréciateur, Harry observa la femme s'activer à réunir le strict minimum en un temps record. Elle avait été Auror, après tout. Son époux exécuta docilement ses ordres, allant chercher ce dont ils avaient besoin aux quatre coins de la maison, malgré sa répugnance instinctive à laisser Harry dans le salon avec sa fille.

La petite Carry Warren, adorable fillette aux longs cheveux châtains tournicotant en anglaises naturelles, regarda ses parents courir dans tous les sens sans comprendre ce qui se passait exactement. Elle braqua un regard circonspect sur l'inconnu qui venait de lui gâcher son Noël. "Monsieur, qu'est-ce qui se passe? On va quelque part?" demanda-t-elle à Harry, puisque ses parents semblaient être trop occupés pour lui répondre.

"… Oui ma puce. Mais ne te fais pas de soucis. Tout va bien."

"J'en ai pas l'impression," dit la fillette en faisant la moue, plus réceptive que ce que son âge laissait penser. Les adultes étaient vraiment idiots de sous-estimer les enfants.

Harry la considéra plus attentivement. En fait, elle devait avoir dans les dix ans, ou à peine moins. Ses grands yeux expressifs la rajeunissaient beaucoup.

Monsieur Warren porta leurs affaires dans l'entrée et Madame Warren emmena Carry pour lui faire passer un manteau et, restée seule dans le salon, Harry jeta un regard maussade au beau sapin soigneusement décoré, encore paré des cadeaux. Une famille de plus que Voldemort s'amusait à piétiner.

Elle haussa les épaules, sortit sa baguette et exécuta un rapide geste circulaire.

Quatre minutes exactement après être entrée dans le pavillon, Harry en ressortait pour scruter la rue désertée et le ciel noir. La pluie leur avait accordée une pause plus que bienvenue. La petite famille se pressait sur le perron, indécise. Madame Warren avait néanmoins sa propre baguette en main, prête à s'en servir, et pressa son époux de faire de même. La pluie avait cessée et le vent était tombé. Il ne restait plus qu'un silence de mort. Le calme avant la tempête.

"Dépêchons."

Monsieur Warren allait prendre ses clés pour fermer derrière lui, mais elle lui agrippa l'épaule, secouant la tête négativement. "Pas le temps."

Elle les fit avancer, prenant la route principale pour quitter Saint-Johns au plus vite. Sur le bitume de grosses plaques de givre commençaient à recouvrir la route et la mare aux canards du jardin était prise dans la glace, le crapaud de garde dorenavant completement out. Les derniers bégonias de madame Warren se recroquevillèrent sur eux-mêmes, gelés. Les Warren frissonnèrent, serrant leur fille contre eux.

"Continuez à marcher. Ne vous arrêtez pas," ordonna Harry.

La petite fronça les sourcils. "Maman," murmura-t-elle en pointant l'horizon. "Quelque chose approche. Quelque chose de sombre."

Rampant, louvoyant entre les tâches de lumière vacillantes émises par les réverbères agonisants, une dizaine de formes noires venaient vers eux. Les Détraqueurs. Madame Warren étouffa un cri perçant, remplacé automatiquement par le début d'une formule magique. La petite main terrorisée de Carry Warren se referma sur le pantalon en jean de sa mère.

D'un mouvement de tissu vif comme l'éclair, la baguette d'Harry surgit des replis de ses vêtements. Un rai argenté heurta violement les créatures qui s'éparpillèrent en un hurlement de crécelle quasi insoutenable. Ce Patronus d'opérette n'allait pas les retarder longtemps.

"Accrochez-vous à moi," ordonna-t-elle, n'ayant pas le temps de faire dans la dentelle.

"Que voulez-vous faire?! On ne peut pas transpl-" débuta l'ex-Auror, mi-réprobatrice, mi-apeurée. N'ayant jamais été capable de produire un Patronus corporel de sa vie, elle ne tenait pas à rester dans les parages plus que nécessaire.

"Vous voulez vivre? Parce que, de toute façon, on n'atteindra pas la sortie du village à temps. Ils nous auront sauté dessus avant."

Les Warren, convaincus et sans vraiment avoir d'autre choix, obéirent sans se faire prier. Les yeux clos, Harry utilisa sa pratique de la legilimencie pour étendre ses perceptions spirituelles et se concentrer sur le champ anti-transplanage. Il avait été tissé sur une bonne partie de la ville, et les faiblesses de la protection étaient facile à distinguer. C'était un travail d'amateur. Elle n'avait vraiment pas le temps d'y aller en douceur, aussi dessina-t-elle une rapide série de symboles dans l'air.

Alors que les Détraqueurs revenaient à l'attaque et se jetaient sur eux en plongeant comme une nuée de corbeau, sa main se crispa d'un coup, comme on froisse une feuille de papier en serrant le poing. Il y eut le son d'un verre ou d'un miroir qu'on brise. L'instant d'après, transplanage d'escorte aidant, ils n'étaient plus à Saint-Johns, minuscule ville de campagne, mais au bas d'un long chemin de terre qui conduisait à d'imposantes grilles en fer forgé.

Les grilles de Poudlard.

Harry se plia subrepticement en deux, sous l'effet de la douleur subite. Son cœur battait la chamade et son estomac se révoltait à hauts cris, menaçant de rendre le peu qu'elle avait réussi à ingérer depuis trois jours. Bon sang, ça faisait un mal de chien! Avec l'impression d'avoir fait trois fois le circuit d'une montagne russe particulièrement vicieuse, elle se redressa et vérifia que tout le monde était encore entier. Elle n'avait pas à se plaindre. Intervenir sans précautions sur un Tissage aurait pu lui coûter plus cher que des nausées et quelques spasmes.

Carry Warren lui jeta un regard où se mêlaient confusion et inquiétude. Harry haleta un instant avant d'inciter les Warren à lui emboîter le pas. Hébétés et perdus, ils serrèrent leurs affaires contre eux et suivirent sans mot dire.

La sorcière lutta pour aligner un pas après l'autre afin de conduire définitivement la famille en sûreté. A minuit moins cinq, les étudiants les plus tardifs qui étaient restés à l'école étaient couchés ou dans leur salle commune. Elle chuchota le mot de passe qui permettait de déverrouiller les imposantes portes du château, resté inchangé depuis des lustres et uniquement transmis aux professeurs et au Gardien des Clés et des Lieux en fonction. Dans le hall, Harry assura les adultes que le directeur n'allait pas tarder à venir les prendre en charge et elle les conduisit dans la grande Salle, plongée dans l'obscurité, uniquement éclairée par quelques chandelles en guise de veilleuse. La petite fête de fin d'année des professeurs devait être terminée depuis peu, et tous avaient probablement réintégré leurs appartements.

Monsieur et madame Warren s'assirent lourdement sur un banc de la table des Gryffondor et ne soufflèrent mot, abattus. Harry avisa Carry, un air triste et fragile sur son petit minois encore piqué de gouttes de pluie. Ça devait être dur pour elle. Perdre sa maison le jour de Noël, tu parles d'un cadeau. Harry sourit en tâtonnant le fond de sa poche. Elle se pencha vers elle. "Ton nom est Carry, c'est bien ça?"

La fillette lui lança un regard interrogatif en opinant. Ses parents levèrent les yeux sur elle. Harry sortit quelque chose de ses robes et le posa par terre. Un coup de baguette et les paquets des Warren reprirent leur taille normale. Un suivant, et toutes les bougies installées par le professeur Flitwick de la grande salle s'illuminèrent comme autant de brasiers miniatures et firent scintiller les boules décorant les sapins géants, projetant des éclats de lumière colorée partout. La grande salle brillait de mille feux, tel un phare dans les ténèbres.

"Woooaaaaaahhhh!" s'exclama Carry, les yeux remplis d'étoiles. Elle courut au pied du sapin pour secouer fiévreusement le premier paquet à son nom, tentant de savoir ce qu'il contenait. "C'est ma poupée?!"

Ses parents non plus n'en revenaient pas. Harry avait subtilisé les cadeaux pendant que les Warren se préparaient au départ. Madame Waren s'agenouilla auprès de sa fille, un sourire ému aux lèvres.

"Comment avez-vous fait?" demanda monsieur Warren, déboussolé et ravi.

"C'aurait été dommage de les laisser aux Détraqueurs, vous ne trouvez pas?"

"… Si. Si," rit l'homme. "Merci infiniment."

"C'était un plaisir. Le directeur sera là d'un instant à l'autre, je vais vous laisser."

"Vous partez?" s'étonna madame Warren, en se levant. "Déjà?"

"J'ai à faire. Au revoir et portez-vous bien."

Alors qu'elle tournait les talons et s'éloignait en direction de la sortie, une Carry étourdie de joie se leva et mit ses mains en porte-voix. "JOYEUX NOËL, MONSIEUR LE MANTEAU NOIR!"

Harry secoua la tête en souriant et leva la main pour signifier qu'elle avait bien entendu. "Monsieur le manteau noir, hein?" sourit-elle, amusée.

Elle se posta au bas des marches du grand escalier, les bras croisés, et patienta le temps qu'un pas souple et aisément reconnaissable retentisse sur les marches de marbre. Le Directeur de Poudlard lui adressa un regard interrogatif de dessus ses fines lunettes en demi-lune. Il était vêtu d'une robe bleuté qui frôlait le sol avec un bruissement doux à l'oreille.

"Puis-je savoir à qui ais-je l'honneur?" demanda le vieux sorcier avec une extrême politesse.

Le visage plongé dans l'ombre de Harry se tourna à moitié vers lui. Elle savait qu'ainsi, elle ne ressemblait pas tout à fait à un Mangemort mais qu'elle n'inspirait pas la confiance pour autant. Elle inclina légèrement la tête en guise de salut. "À quelqu'un qui vous amène des gens qui ont bien failli servir de nourriture aux Détraqueurs, et cela à cause de l'incompétence du ministère."

Dumbledore haussa un sourcil blanc.

"Ils sont actuellement dans la grande salle. Permettez-moi de vous attendre devant l'entrée de votre bureau, monsieur le Directeur."

Il réfléchit un instant mais lui donna son accord, notant de lancer le charme de protection des armures enchantées dès qu'elle aurait tourné le dos, afin de garder un œil sur elle. Dumbedore ne serait jamais arrivé là où il en était sans un soupçon de méfiance. Un excès de prudence n'avait jamais tué quiconque, de toute façon.

Tout à fait consciente des dispositions prise par le vieil homme -et elle n'aurait pas imaginé autre chose de sa part- Harry prit la direction menant droit vers la gargouille gardant l'escalier du bureau directorial. Nostalgique, elle considéra la statue de pierre avec amusement. Elle fit quelques tentatives pour de rire avec nougat, mars, chocoballs ou lion. Environ une demi-heure plus tard, elle entendit le directeur venir. Il la fit civilement monter en premier -le mot de passe était sucre candy- et lui offrit une chaise ainsi qu'un thé, ce qu'elle accepta avec plaisir.

Il y eut un petit silence durant lequel Harry remua le sucre dans sa tasse. Elle goûta le liquide du bout des lèvres et reposa la tasse sur la coupelle avec un petit bruit de porcelaine. Trop chaud.

"J'ai demandé à Minerva McGonagall, la vice-directrice de Poudlard, de prendre soin d'eux en attendant que le ministère soit prévenu et que des Aurors arrivent pour les escorter en lieu sûr." Dumbledore noua ses mains devant lui, dans l'expectative de ce qui allait suivre.

Harry acquiesça pensivement. Peut-être que cette fois les hommes du ministère s'appliqueraient à faire du bon boulot. Bien, maintenant que les Warren ne craignaient plus rien, il était temps d'aborder des sujets plus brûlants. "Nous avons des choses à nous dire, professeur," dit-elle.

"Ah, si toutes mes conversations pouvaient commencer par là," sourit le vieux sorcier. "Alors, comment dois-je vous appeler?"

Harry dodelina de la tête, incertaine. Excellente question. "Mon nom d'emprunt ici est Harry Callahan. Mais…" Elle rabattit finalement sa capuche en arrière d'un geste nonchalant. Les sourcils de Dumbledore grimpèrent en flèche, menaçant de se confondre avec ses cheveux. "Harry Potter, vingt-deux ans, Gryffondor et voyageuse temporelle par la force des choses. Ravie de refaire votre connaissance, directeur."

La mâchoire du vieux sorcier flotta un instant dans le vide, ses lunettes lui glissant sur le bout du nez. Il cilla et se passa une main sur le visage, subitement fatigué, très fatigué. "... Je crois que j'ai besoin d'un remontant…" Dumbledore se leva et chercha quelque chose dans ses armoires.

"Deuxième tiroir en partant à gauche de l'armoire en acajou," indiqua t-elle obligeamment à son mentor.

"Merci," répondit le sorcier, ne cherchant pas à savoir comment elle connaissait l'emplacement de ses réserves l'alcool.

Le sorcier mit enfin la main sur une bouteille de vieil Armagnac et s'en versa une bonne lampée dans un verre de cristal qu'il descendit cul sec. Il en proposa muettement à Harry qui refusa d'un "non merci" courtois de la main. Elle se limitait au Firewiskey, et encore, une fois tous les 36 du mois.

Il se gratta le menton à travers sa barbe fournie et soupira. "J'imagine que votre histoire est très…" Il laissa la phrase en suspend afin de chercher le mot qui convenait.

"Complexe? Tordue? Vous n'avez pas idée."


Note de fin:

Ce premier chapitre se clôture donc par un verre d'Armagnac. Après l'effort, le réconfort!

Pour répondre rapidement aux questions posées dans les reviews, dans leur grand ensemble, Harry s'appelle bien Harry (pas de Harriett ou nom "Mary-Suisé"). Ca ne me gêne pas car il arrive que des homme portent des prénoms féminins (je connais un "Marie") et inversement. Rien qu'à voir le personnage principal de la série Dead like Me, Georgia, qui préfère se faire appeler "Georges". Une super série, soit dit en passant. Bref, Harry est une fille depuis que maman Potter a terminé son job, et restera Harry. Elle n'est pas non plus restée très longtemps en Russie, mais ça sera évoqué plus tard. Merci d'avoir lu! Reviews?

Prochainement, dans Point de Rupture :

Si Albus n'avait pas eu toute l'expérience qu'il possédait en approche de sorciers et sorcières dangereux, le sourire hautement conspirateur de la Potter l'aurait fait frémir.