Genre : Sérieux, dans l'ensemble. Penchez-vous au dessus de la poubelle magique et vous tomberez dans un monde remplis de petits sorciers très drôles. Haha. Action et aventure.
Disclamer : Après avoir séquestré madame Rowling et l'avoir torturée en la forçant à regarder vingt fois le premier film Harry Potter, nous avons la joie de vous annoncer qu'elle nous a cédé tous les droits. Si, si. … Pfff, si on peut même plus rigoler! Harry Potter et les joyeux drilles du pigeon enflammé sont à madame Rowling. On ne gagne rien à lui pourrir son bouquin, à part une immense satisfaction. Néanmoins les personnages originaux sont à nous.
Résumé: Lorsque Harry remonte le temps, doit trouver une maison, un job, casser du Mangemort, négocier pour éviter que Dumbledore ne mette le nez dans sa vie privée et, en plus, doit apprendre à coordonner son sac à main avec ses chaussures, tout ce qu'elle demande c'est pouvoir souffler deux secondes.
Note : Rating M, on sait jamais, parce que gros mots et poutrage de méchants, en plus du reste. C'est-à-dire violences assez explicites et scènes limites pour les lapinous de moins de seize ans. Bonne lecture.
Note 2 : Un chapitre qui se déroule presque en entièrement en huis-clos. Mais ne vous inquiétez pas, l'action viendra bien assez tôt.
POINT DE RUPTURE
par Les Trois Moires
Maille 2 - Lorsque Harry et Dumbledore complotent.
Précédemment dans Point de Rupture: Harry a quitté la toundra pour rejoindre l'Angleterre. Elle sauve in extremis une famille sorcière d'une attaque de Détraqueurs ordonnée par Voldemort. Les conduisant en lieu sûr à Poudlard, elle entame une discussion avec le directeur Dumbledore.
Le Directeur de Poudlard joignit ses mains et appuya son front dessus, accablé par une rare lassitude. "Ma pauvre enfant," murmura-t-il, presque abattu. "J'ai donc tellement manqué à mes devoirs pour que les choses tournent ainsi?"
"Vous n'étiez pas en faute, professeur. Ni vous ni moi n'y pouvions rien. Le seul reproche que je puisse vous faire est de n'avoir pas porté assez d'importance à votre propre vie." Le sourire gentiment réprobateur d'Harry apaisa le vieux sorcier après le récit apocalyptique des circonstances qui l'avaient amenées à se retrouver ici, dans son bureau.
Le bureau directorial était silencieux, plongé dans une atmosphère indescriptible. Comme de coutume, les petits instruments d'argent de Dumbledore bourdonnaient, insouciants, émettant des volutes de fumée à intervalles réguliers, ainsi que le feraient une armée de Poudlard Express miniatures. Les portraits des directeurs précédents de l'école somnolaient dans leur cadre, à part deux ou trois visages connus, intéressés par la conversation plus qu'atypique. Phineas Black, curieux comme une pie, était penché en avant, le nez presque écrasé contre la toile de son tableau. Une vieille femme dont Harry ignorait le nom faisait du crochet tout en prêtant une oreille attentive à ce qui se disait, l'air de rien.
Les révélations avaient à la fois bouleversé Dumbledore, et l'avaient plongé dans un abîme de perplexité. Jamais dans sa longue vie de sorcier il n'avait eu à affronter pareille situation. Et encore moins en étant directeur de Poudlard, ce qui le prédisposait pourtant à connaître les pires bizarreries et incongruités que le monde sorcier pouvait avoir en réserve. Hé, comme quoi, même à cent trente ans et des balais, il pouvait encore être surpris par la magie. N'était-ce pas, somme toute, une bonne chose?
Quoique, il ne se serait pas porté plus mal en ne sachant rien de ce qui se préparait. Il observa sa vis-à-vis entre ses cils, songeur.
Harry Potter était beaucoup trop mince pour prétendre être en bonne santé. Si elle avait le malheur de croiser Pompom dans les couloirs, la jeune infirmière trouverait le moyen de l'enfermer dans son antre et ne la laisserait pas repartir avant qu'elle puisse honnêtement affirmer être du côté "vivant" de la race humaine et non un Inferus en vadrouille. Les traces d'un manque prolongé de nourriture s'étendaient jusqu'à son visage, dont la peau terne était tendue sur ses joues. Elle se fendait parfois d'un sourire, mais il paraissait évident que ce simple mouvement l'épuisait plus que de réaliser tout un tour de l'école en poirier, terrain de Quidditch compris. Elle donnait l'impression d'avoir passé tout un week-end en solitaire avec un Détraqueur. Si elle ne lui avait rien dit, il aurait supposé qu'elle venait de s'échapper d'Azkaban à la nage. Ses yeux étaient soulignés par de profondes cernes mais n'en perdaient toutefois pas l'éclat vif et intelligent qui les animait. Il semblait que toute la vitalité de la jeune femme était condensée dans ces prunelles vertes.
Fumseck descendit de son perchoir pour nicher sa tête dans le cou du vieux sorcier et tenter de le réconforter. Une main fine et ridée glissa ses longs doigts dans le plumage flamboyant de l'oiseau.
Harry sourit à Fumseck, répondant au regard d'or liquide qu'il lui envoya. "Et puis tous ces professeurs louches que vous engagiez!" reprit-elle avec emphase pour le tirer de l'examen de sa personne. "Sur six, deux ont directement essayé d'attenter à ma vie, un a essayé d'effacer ma mémoire et une était sur le point de me jeter des doloris. Ha, et les énigmes tordues! Je vous prie de croire que ça m'a bien occupée pendant mes années scolaires."
Dumbledore ne put empêcher un petit sourire de naître sur ses lèvres devant la tentative de son interlocutrice de lui remonter le moral. Il se secoua. C'était lui, le vieux et sage sorcier qui réconfortait les gens. Du nerf! "Je suis content de savoir qu'au moins vous ne vous êtes pas ennuyée à Poudlard."
Harry haussa les épaules, intérieurement enchantée de le voir reprendre du poil de la bête. Le voir abattu et affaibli était déprimant. Et ça avait trop tendance à lui rappeler cette terrible soirée de 1997, fatale au vieux directeur.
Fumseck roucoula et lança un trille mélodieux de son nouveau perchoir, le bras de son maître, qui lui réchauffa inexplicablement le cœur. Cet oiseau était vraiment magique.
Elle pouffa. "Ennuyée? Comment est-ce que j'aurais pu? Poudlard était, est, et sera toujours ma vraie maison," grommela-t-elle, à présent gênée de dévoiler ses sentiments. "Mais parlons de choses plus urgentes, voulez-vous?" enchaîna t-elle, loupant le sourire plus large du directeur. "Voici ce que je suis en mesure de vous offrir: une liste presque complète des Mangemorts infiltrés au ministère et ailleurs, des sympathisants à surveiller, les plans à long terme de Voldemort…"
Elle déposa un long parchemin sur la table. Dumbledore le parcourut d'un œil vif et fut attiré par un nom familier. "Bartemius Croupton junior?!" s'exclama-t-il, choqué au-delà des mots. "Vous en êtes-"
"Certaine? Oui, plutôt deux fois qu'une. Il a essayé de me tuer en prenant l'apparence d'Alastor Maugrey par Polynectar. Il a été embrassé par un Détraqueur du ministère, à ce sujet," l'informa-t-elle, clairement indifférente au décès du suppôt de Voldemort. Harry dodelina de la tête avec un sourire désabusé en se remémorant les évènements. "Avec ceci," reprit-elle sans la moindre trace de chagrin, ou alors uniquement pour la mort de Cédric Diggory, "la position d'une grande partie des caches utilisées par Voldemort -elles étaient du moins utilisées lors de la première guerre-, un certain nombre de lieux à protéger rapidement…"
Dumbledore remarqua quelques noms connus tels que l'hôpital de Sainte Mangouste, Ollivander, Fleury et Bott, des maisons de particuliers, et… "Gringotts? Ne me dites pas qu'il va l'attaquer?"
"L'attaquer? C'est rien de le dire. Il va la transformer en cratère fumant une fois qu'il aura pillé tous les coffres. Vous pouvez imaginer ce qui en a découlé : effondrement du cours du Gallion, krach boursier, sans parler de la désorganisation que va causer la destruction du bâtiment principal au consortium. Un vrai merdier, si vous me passez l'expression."
"Je vous en prie," répondit Dumbledore d'une voix absente, puis, secouant la tête, il souffla : "Merlin…"
"Et pour finir... la cerise sur le gâteau, je vous offre la localisation exacte du Château Noir."
Dumbledore releva la tête abruptement, fixant Harry comme si c'était un Ronflak cornu rayé à pois verts et roses qui venait lui faire une démonstration de claquettes. Il n'en croyait visiblement pas ses oreilles.
"Nul besoin de dire qu'il ne faudra livrer ces informations au ministère qu'avec parcimonie. Pas que je n'ai pas confiance en les capacités des troupes d'assaut des Aurors... juste en Fudge. Cet idiot ferait n'importe quoi pour un coup d'éclat et il est préférable de garder celui-ci par devers nous. Il serait bien capable de tout faire capoter, cet abruti."
Harry prit une gorgée de thé, suffisamment refroidi à présent. Hmmm, verveine, son préféré. Albus, de son côté, posa son menton sur ses mains croisées, ses coudes sur le bureau. "Vous semblez bien avoir réfléchi à la question, Miss Potter."
"J'ai eu le temps," marmonna Harry dans sa barbe. "Le professeur McGonagall a pris la relève après que vous... soyez mort. Comme j'avais malgré moi un rôle important dans l'Ordre, elle a, entre autres, tenu à me faire étudier la stratégie. On s'occupait ensemble de dresser les plans de bataille, et tout ce qui se rapportait à la logistique."
"Évidement, oui, c'est pour ça que vous connaissez tous les éléments," murmura Albus, de nouveau immergé dans la liste des Mangemorts, "ce qui explique aussi pourquoi vous connaissez parfaitement les emplacements de ma réserve d'alcool."
Harry toussota dans son poing, une rougeur coupable aux joues, percée à jour par le regard faussement accusateur du vieux sorcier. Elle examina de près un bibelot, histoire de donner le change. Les longues soirées qu'elle avait passées avec Minerva étaient de ces circonstances exceptionnelles où elle s'autorisait à boire. Pour se donner du cœur à l'ouvrage, évidement.
Fronçant les sourcils dès qu'un nom connu apparaissait sur le parchemin, Dumbledore n'insista pas. "Par Merlin et toute sa clique… ils sont tellement nombreux…"
La survivante s'arracha à sa fictive contemplation des instruments sifflotant pour considérer la face soucieuse du directeur. "Ne vous blâmez pas, professeur. Ils en sont les seuls responsables."
"Nous aurions pu les aider à prendre le bon chemin," soupira-t-il tristement, reposant la liste.
Harry se cala dans le fond de son fauteuil, et plongea son regard vert dans les flammes magiques de la cheminée. "Peut-être que vous auriez pu faire quelque chose pour eux s'ils étaient venus," murmura-t-elle d'une voix à peine audible, "mais ils ne l'ont pas fait. Vivre dignement, c'est savoir se mettre en danger pour ce qu'on croit juste. Du moins c'est-ce que je pense. Et puis... on ne peux pas sauver tout le monde."
Elle fixa le feu jusqu'à ce qu'elle sente ses yeux la piquer. Harry s'éclaircit la gorge à la mode Ombrage quand elle remarqua que le Directeur ne l'avait pas lâchée des yeux. "Bref, juste pour dire que, moi, je ne vous en veux pas d'avoir un peu magouillé dans mon dos et que... et bien, c'est bon de vous revoir, professeur."
"Harry, savoir que des gens de ton étoffe sont à venir… éclaircit un peu les ténèbres qui s'installent à l'horizon. Je te demande de me croire sur parole, mais ce que tu m'as dit me remplit de fierté," lui avoua doucement le grand sorcier. "Et je ne crois pas avoir jamais été plus fier d'un de mes étudiants."
A cet instant précis, Harry su à quel point ce vieux fou amoureux des Moldus lui avait atrocement manqué. Avec un sourire en coin et feignant de regarder autre part, il lui tendit une boîte de mouchoirs. Harry la saisit sans comprendre jusqu'à ce qu'elle se rendre compte d'un truc assez embarrassant pour tout Survivante qui se respecte.
"Il est poussiéreux votre bureau!" grommela t-elle en se s'essuyant les yeux et les joues avec un kleenex.
"J'en toucherais un mot aux Elfes," rétorqua charitablement Dumbledore.
Harry jeta la mouchoir humide dans la corbeille à papier de son ancien directeur et posa ses mains sur les accoudoirs. "Bien. Maintenant que vous êtes en possession de toutes ces informations, je voudrais vous proposer quelques contre-mesures appropriées."
Si Albus n'avait pas eu toute l'expérience qu'il possédait en approche de sorciers et sorcières dangereux, le sourire hautement conspirateur de la Potter l'aurait fait frémir.
Minerva McGonagall s'introduisit dans le bureau du Directeur après avoir toqué trois fois, ainsi qu'elle l'avait toujours fait. Son supérieur était penché sur une large carte de l'Angleterre, sortant apparemment d'une conversation laborieuse avec une personne revêtant un grand manteau noir. Ou deux manteaux? Elle ne voyait pas bien. L'ample capuche ramenée sur son visage plongeait ce dernier dans un puits d'ombres impénétrables. Curieuse sans en laisser un quelconque indice, le professeur de métamorphose étudia plus attentivement l'étrange vêtement. En effet, c'étaient deux manteaux d'apparence très simple -pas de col ni de boutons- superposés l'un sur l'autre. Un rouge, puis un noir, qui recouvrait le premier.
Bizarre. Vraiment bizarre.
Minerva, servie par ses sens d'animagus, pouvait sentir quelque chose de puissant émaner de l'encapuchonné. Elle ignorait ce que c'était, au demeurant. Qui pouvait bien être cette personne?
Elle repoussa l'impression familière qui la titillait. Elle ne connaissait personne d'assez décalé pour porter un manteau dans le monde magique. Le professeur de métamorphose coula un regard à son supérieur. Quoiqu'en y réfléchissant à deux fois…
Dumbledore reporta son attention sur elle dès qu'elle posa un pied dans la pièce, attendant son rapport. Derrière lui, en retrait, le langage corporel de l'étranger lui indiquait qu'il la scrutait avec insistance et... curiosité? Il avait penché la tête sur le côté et ne bougeait pas d'un pouce, campé sur sa position, les paumes toujours posées sur la table. Il lui adressa un léger signe de la tête, qu'elle lui renvoya avec un instant de retard.
"Les Warren ont été conduit en sécurité dans leur nouvelle cachette par deux Aurors. Je crains par contre qu'il n'y ait eu quelques fuites du côté du ministère. Les journaux ont été avertis qu'un homme en manteau noir avait sauvé une famille des griffes des Détraqueurs."
"C'est fou comme les nouvelles se rependent vite," soupira Dumbledore. "Merci Minerva, ce n'est pas si grave."
"Espérons juste que le Tisseur chargé de placer les protections sera cette fois plus compétent que le précédent," grogna l'inconnu, ne se donnant pas la peine de dissimuler son mépris pour l'auteur du sortilège. "En tout cas, si ce qu'on a prévu fonctionne, il est clair qu'il faudra renforcer les protections d'Azkaban." Elle ajouta une petite croix sur la carte, marquant la position de la prison. "Non seulement au niveau magique, mais aussi faire mettre en poste des Aurors fiables et capables de produire des Patroni corporels. Voldemort aime utiliser les Détraqueurs pour les attaques à longue distance comme celles-ci."
Minerva arqua un sourcil distingué. Ils étaient rares de nos jours, ceux qui prononçaient le nom maudit sans trembler. Ils étaient encore plus rares, ceux qui croyaient connaître les projets que le Lord Noir fomentait dans son lugubre château de Roumanie. Le bien informé réfléchit intensément et mordilla le bout d'une plume qui ne lui avait rien fait. "Professeur McGonagall, pardonnez-moi, mais vous avez bien un cousin dans la section des Tisseurs du ministère?"
"C'est juste, et j'aimerais savoir comment vous êtes au courant puisque nous ne portons pas le même nom de famille," rétorqua-t-elle, plus froidement.
Très bien informé, rectifia Minerva dans un coin de son esprit, soulignant trois fois ce détail.
"J'ai une fâcheuse tendance à laisser traîner mes oreilles un peu partout, malheureusement. Mais j'essaye de me soigner, promis, juré," fit l'inconnu en captant le regard sombre de la vice directrice.
Étrangement, Minerva ne fut qu'à moitié agacée de la réponse détournée, ce qui la surprit elle-même. Elle avait déjà entendu ce ton à la fois espiègle et pas repentant pour deux noises quelque part… cependant, elle n'arrivait pas à se rappeler où et dans quelle bouche. C'était irritant. Mais bon, si Albus lui faisait confiance, après tout...
"Sauriez-vous me donner un chiffre approximatif en ce qui concerne son nombre de collègues?" fit-il encore.
"Pour ce que j'en sais," répondit-elle avec bonne volonté, "la dernière fois que nous nous sommes parlés, il s'est plaint de la récente réduction de budget du service. Ils doivent être tout au plus une petite dizaine."
"C'est trop peu, bien trop peu," soupira Dumbledore en s'asseyant et en agitant doucement la bouteille d'armaniac en direction de McGonagall. "Minerva, vous souhaiteriez-vous un verre?"
L'Écossaise toisa la bouteille avec dédain. Un reniflement méprisant que n'aurait pas renié un Malfoy lui échappa. "Albus. Je ne bois que du Whisky pur malte. Je croyais qu'en presque trente ans de collaboration, vous l'auriez retenu." Sa voix était aussi sèche que les dunes du Sahara en plein été, et ses lèvres, pincées en deux lignes roses.
"Mes excuses, très chère," sourit gauchement le sorcier, déglutissement, "où avais-je la tête? Je dois avoir…"
"Bureau en acajou, troisième tiroir à gauche," vint le marmonnement complice de la personne en manteau, qui traçait une courbe savante sur sa carte à l'aide d'un compas.
Le grand manitou suprême se fit une joie de redécouvrir une bouteille de dix ans d'âge au fond de son tiroir. L'expression du professeur McGonagall changea du tout au tout quand il la lui présenta et elle accepta le verre sans rechigner. Inutile de lui en tenir rigueur plus longtemps, songea-t-elle, de meilleure humeur.
"Chaperon noir?" s'enquit Albus en se retournant vers leur invité. "Un verre?"
"... Non, pas ce soir, merci," fit l'autre après une seconde d'absence, consécutive au ridicule absolu du surnom dont on venait de l'affubler.
"Chaperon noir?" grimaça de même McGonagall. "Pourquoi pas Grincheux ou Chat Botté, pendant qu'on y est?"
"Et c'est loin d'être le pire du lot," assura ledit Chaperon, blasé. "Vous pouvez me croire."
"Vous n'aimez pas?" s'enquit Albus avec une moue faussement blessée. "A moins que vous ayez une idée?"
Minerva renifla. "J'ai reçu un hibou d'un ami de la Gazette avant de monter vous avertir des derniers événements. Les journaux qui vont paraître demain parlent déjà du Manteau Noir."
"Je préfère amplement. Adjugé, vendu!" décréta rapidement le nouvellement surnommé Manteau Noir, qui ne voulait pas entendre un surnom stupide de plus.
Le ridicule ne tue pas, mais il donne sacrement les boules (Ronald Weasley). Le meilleur ami de Harry n'était pas réputé pour être un grand penseur, mais il avait toutefois des instants de sagacité effrayants. Ça serait divertissant de voir ce que les journalistes pourraient inventer sur elle.
"Même si ce n'est pas un manteau, enfin…" soupira-t-elle en un marmonnement inaudible.
Minerva était… plus jeune. Pas qu'elle ait eu l'air vieille -la chef de l'Ordre avait été remarquablement bien conservée pour son âge, même à son époque- mais elle était différente. Les soucis ne marquaient peut-être pas autant ses traits qu'en 2001.
"Minerva, le plan que nous propose notre ami Manteau Noir est loin d'être conventionnel, mais reste très séduisant. Si vous voulez bien vous donner la peine… " fit-il en lui indiquant aimablement un fauteuil vide. Elle s'exécuta. Le Directeur et l'encapuchonné échangèrent alors un regard complice. Harry débouchonna une bouteille d'encre rouge qui allait lui servir à indiquer certains lieux à l'animagus. "Voldemort n'a qu'à bien se tenir," ricana-t-elle.
Minerva frissonna imperceptiblement. Le professeur de métamorphose était fière de déclarer qu'elle n'était pas facilement impressionnable, mais ces deux sorciers réunis dans la même pièce… Elle s'installa confortablement dans son fauteuil, toute ouïe.
A peine s'était-elle allongée sur le lit que le sommeil avait refermé ses griffes sur elle et l'avait emportée à des lieux de sa chambre, dans un monde qui n'appartenait qu'à elle.
Harry n'émergea que vers midi. Huit heures de sommeil... un record pour elle, d'autant qu'elle n'avait pas fermé l'oeil depuis bientôt trois jours. Un peu plus et elle se serait effondrée sur place. Il y a des limites à ce que peut supporter un corps humain. Elle s'étira dans son lit comme un chat se prélasse sous un rayon de soleil, appréciant le contact tant apprécié des draps propres et de la chaleur environnante. Enroulée dans un peignoir sombre aux armoiries de Poudlard, elle s'abrogea le temps de déjeuner correctement ainsi que de prendre la meilleure -lui semblait-il- douche de son existence. Dumbledore avait laissé un appartement à sa disposition, le temps qu'elle trouve de quoi se loger. Un elfe préposé à son service lui déposa un autre bol de café noir. Elle admettait que c'était déplacé au beau milieu du déjeuner, mais il lui faudrait encore dormir quelques heures avant de pouvoir se passer du précieux liquide pour garder les yeux ouverts et en face des trous.
Ça faisait deux mois maintenant que Harry était arrivée à cette époque, au beau milieu de la Sibérie. Elle avait passé six semaines à se remettre entièrement de ses blessures physiques et magiques puis prendre conscience de quand elle était. Une légère amnésie n'avait pas arrangé les choses.
Quitter les nomades avait été dur, elle s'y était fait des amis et avait tissé des liens forts avec les membres de la petite communauté. Vivre avec eux, discuter longuement avec la vieille shamane du village avait touché une corde sensible en elle, et, pour quelques jours, elle avait oublié qui elle était ainsi que les devoirs et les obligations qui lui incombaient. C'est cette satanée cicatrice qui avait ravivé les souvenirs dont elle se serait volontiers passé.
Demeurer éternellement au beau milieu des steppes était un "luxe" qu'elle ne pouvait tout bonnement pas s'offrir. Merlin que ça sonnait mélodramatique. Elle se donnait l'air d'être une vraie drama-queen.
Pitié, qu'on la tue si elle tournait en nunuche qui s'apitoie sur son sort! Manquerait plus que ça à son bonheur.
A peu près sur pieds, elle avait voyagé par transplanages successifs pour rejoindre l'Angleterre par bateau via la France. Elle le fit avec une grande prudence car, se souvenait t-elle des bribes d'histoire moldue qu'elle avait apprise à l'école primaire, l'Europe était coincée en pleine Guerre Froide. Le passage en Allemagne fut délicat à gérer, d'un côté du mur de Berlin comme de l'autre.
Elle prit ses affaires et abandonna la chambre dans un état impeccable. Elle ne pouvait pas rester à l'école plus longtemps, même en période de vacances, sans risquer d'attirer l'attention sur elle. Harry avait une tâche à accomplir de toute urgence.
Éviter Rusard fut un jeu d'enfant, et bien qu'elle n'eut pas la Carte du Maraudeur sur elle, elle s'amusa en louvoyant entre les passages secrets et les couloirs sinueux et tortueux pour atteindre les grilles sans se faire voir. Ou presque. De la fenêtre de son bureau, Dumbledore apercevait une tache noir s'éloigner sur la route de Près-au-Lard, un immense sourire paternel sur le visage.
Notes de fin : Hop, chapitre deux! Votre attention, s'il vous plait! On aime recevoir des reviews, hum? On poste le chapitre pour fêter les 5OO hits sur la fic, donc c'est bien qu'elle est lue. De plus, il y a plus de personnes qui se sont ajoutées en "alert" que de posteurs. Paradoxal, mais pas forcément très agréable. Si vous appréciez la fic, dites-le nous. On peut pas le deviner. Et pi ça fait toujours plaisir. Merci!
Prochainement dans Point de Rupture :
"S'il vous plait, c'est pour les chiens? Ou ça vous écorcherait trop la gorge?" rétorqua t-elle avec dureté.
