Genre : Sérieux. On prend les mêmes et on continue l'affaire.
Disclamer : Madame Rowling a fait appel au tribunal. Finalement, ils sont toujours à elle.
Résumé : Lorsque Harry remonte le temps, doit trouver une maison, un job, casser du Mangemort, négocier pour éviter que Dumbledore ne mette le nez dans sa vie privée et, en plus, doit apprendre à coordonner son sac à main avec ses chaussures, tout ce qu'elle demande c'est pouvoir souffler deux secondes.
Note : Rating M. Attention aux gros mots et aux potentiels spoilers du tome 7.
Note 2 : Désolées pour un tel retard! rampe. Pour nous faire pardonner, un chapitre plus long que les autres.
POINT DE RUPTURE
par Les Trois Moires
Maille 3 - Lorsque Harry fait du shopping malgré elle.
Précédemment dans Point de Rupture: Harry a quitté le bureau de Dumbledore après avoir longuement parlé de ce qui l'a amenée ici et de ce qu'ils peuvent faire pour contrer l'avancée de Voldemort au pouvoir. Quel est donc ce plan qui semble avoir conquis le cœur du directeur de Poudlard?
C'est au fin fond d'une ruelle sombre de Londres que Harry réapparut. Un chat dérangé par le "pop" sonore s'enfuit en feulant, les oreilles basses et la queue entre les pattes. Vérifiant une dernière fois qu'un ivrogne n'était pas affalé là à cuver son vin, Harry sortit de quoi s'habiller de sa sacoche en cuir à bouche d'argent. Un jean noir usé, un pull bleu marine qui avait vu passer Dudley et ses chasses à la Harry, des baskets et une veste tout ce qu'il y avait de plus bête. Une casquette pour couvrir ses cheveux, et le tour était joué.
L'équipement parfait pour passer inaperçue dans une ville pleine de Moldus. Bien que les Londoniens étaient connus pour leurs excentricités en matière d'habillement, elle se voyait mal déambuler à travers toute la capitale en vêtements sorciers. Et heureusement que Hermione lui avait enseigné son sortilège d'extension indétectable sinon elle n'aurait jamais pu caser tout son barda à l'intérieur de la sacoche. Sa cape, une bourse bien ronde, quelques livres, une baguette, un médaillon, des lunettes, un peigne, d'autres vêtements, un chapeau de sorcière et une robe d'une couleur verte un peu fanée.
Elle enfila ses habits passe-partout et plia ses robes de mêlée pour les y ranger soigneusement. Elle quitta par la suite la ruelle et déboucha sur une artère très fréquentée de Londres.
Parfois, elle regrettait de ne pas avoir pu emporter plus de choses. Dans sa précipitation, elle avait oublié la carte des Maraudeurs, qui pourtant trônait sur son bureau depuis une éternité, ainsi que d'autres babioles sentimentales. Et un stock de potion de sommeil. Ça aussi, elle avait oublié. Zut.
Elle devrait s'en procurer rapidement.
Toute à ses pensées, Harry regarda distraitement ce que les vitrines des magasins moldus présentaient. Elle cilla, rencontrant de plein fouet la mode des années 70. C'était… affreusement rétro? La sorcière glissa un regard perplexe autour d'elle. Si ça se trouvait, elle paraissait décalée, quand bien même ses vêtements étaient neutres. Mais non, les fringues usées ne semblaient gêner personne. Elle aurait besoin de vêtements moldus parce que, d'un, elle se sentait bien dedans et, de deux, c'était plus pratique quand on traquait des proies en extérieur ou qu'on était pourchassée en forêt par un troll colérique et/ou affamé.
Harry interrompit d'elle-même le cours de ses rêves éveillés. Avant de pouvoir faire des courses, il lui fallait de l'argent liquide. Ce qu'elle n'avait pas. Elle prit le métro, attentive à ne pas se tromper d'arrêt. Le peu de monnaie qu'elle avait au fond des poches lui aurait difficilement servi à faire plusieurs allers-retours. Un coup de chance que le Tub anglais soit si bien indiqué. Un peu de marche à pied, et elle fut bientôt là où toute la communauté magique d'Angleterre avait un jour mis les pieds.
L'ambiance du Chaudron Baveur ressemblait à s'y méprendre à celle qui l'avait accueillie le jour de ses onze ans, lors de sa première visite avec Hagrid. Il faisait sombre, des consommateurs lui lancèrent un regard méfiant avant de se désintéresser d'elle pour reprendre leur partie de cartes, une vieille femme noyait ses soucis dans l'alcool et, près de la fenêtre, un sorcier d'un âge incertain tirait sur une longue pipe en produisant des ronds de fumée grise. Si le Chaudron Baveur pouvait se vanter d'être un point de passage obligé pour les visiteurs venant du côté moldu et la seule auberge sorcière de Londres, il n'en restait pas moins que la bouffe y était toujours aussi infecte. Harry avisa prudemment la bouillie immonde qu'un client touillait sans enthousiasme et que Tom osait appeler flocons d'avoine. La cuisine n'était pas le point fort du vieil homme.
La sorcière se promit de réserver une chambre dès qu'elle aurait terminé ce qu'elle avait à faire. Les trois dernières nuits, elle les avait passées dans une baraque à l'abandon, un vrai nid à bestioles et à vermine, à attendre que Voldemort se manifeste. La proximité des voisins l'avait empêchée d'utiliser les sorts les plus basiques.
Certainement que même la troupe de scouts dans laquelle Dudley avait appartenu une semaine n'avait pas vécue pire nuit. Pourtant son cousin avait placé la barre très haute en glissant des couleuvres dans les sacs de couchage de ses petits camarades. Inutile de commenter la réaction de la tante Pétunia.
Elle attrapa un exemplaire abandonné de la Gazette en passant devant le barman, qu'elle salua au passage, et se dirigea vers la porte de derrière. Une large photographie sur la première page accompagnée d'une police de caractère à la taille ahurissante accrocha son regard. La Une évoquait avec grandiloquence comment une famille sorcière avait échappé au pire grâce à l'intervention in-extremis un mystérieux inconnu que toute la presse appelait déjà le "Manteau noir". Le surnom que lui avait dégotté Carry avait apparemment fait l'unanimité chez les journalistes qui s'en étaient emparé et le déclinaient à toutes les sauces.
Sans surprise, la maison des Warren avait été rasée par un contingent de Mangemorts mécontents. On brossait aussi un portrait approximatif de son apparence. Comme ça, les larbins de Voldemort pourraient tirer à vue quand ils la croiseraient dans la rue. Parfois Harry se demandait si ce monde n'était pas dirigé par des dingues. Ou pire. Par des journalistes.
"Homme d'à peu près un mètre quatre-vingt, voix grave, habillé avec des robes de coupe incongrue,"lut-elle. Harry fronça les sourcils. Comment ça, de coupe incongrue? N'importe quoi. Elles étaient très bien, ses robes de mêlée!
Groumpft.
Elle sortit distraitement sa baguette, continuant sa lecture, et dessina machinalement les cinq pointes d'un pentacle sur le mur de l'arrière-cour de Tom. Les briques rouges basculèrent sur leur base et créèrent bientôt une arche sous laquelle elle put passer. Concentrée sur un article qui lançait des hypothèses sur la provenance des informations du Manteau Noir, elle ne vit pas la foule qui se pressait au Chemin de Traverse avant de s'être cognée contre un badaud qui la fusilla du regard. Elle arqua un sourcil empreint d'une froideur polaire et le crétin s'en alla voir ailleurs s'il y était.
Non mais.
Paré des couleurs de Noël, le Chemin de Traverse vibrait d'une excitation rare. La raison en était la livraison cet après-midi du tout nouveau livre de Gildeon Lockhart, qu'Harry identifia vaguement comme l'oncle de son estimé futur ex-professeur de Défense contre les Forces du Mal. L'endroit ressemblait à celui qu'elle avait toujours fréquenté. Accompagnant passivement la marée humaine, Harry se retrouva devant Fleury and Bott, au milieu d'une meute de ménagères surexcitées. Elle inspira fortement comme une marée de souvenirs l'agressa.
Un bâtiment en feu. Des flammes vertes alimentées par les livres qu'elles dévoraient insatiablement. Le crépitement. Les étincelles. Les hurlements.
Harry n'avait pas pu sauver la famille du libraire qui habitait à l'étage. Le feu les avait tué avant. Elle ferma les yeux. C'était à la fois douloureux et bon de revoir ce lieu debout et respirant une gaîté perdue à son époque. Cela lui laissait un sentiment aigre-doux qu'elle hésitait à repousser complètement.
Indifférente à toute cette frénésie littéraire, elle joua enfin des coudes pour fendre la foule compacte qui se pressait de partout. En plus des fans, la rue commerçante grouillait de familles venues faire leurs courses de dernière minute pour racheter des robes d'école à leur enfants peu soigneux ou ayant grandi trop vite, de nouveaux livres car les précédents avaient souffert le martyr, des plumes, des bouteilles d'encre. Aux gens qui la lorgnaient d'un peu trop près, elle répliquait un regard glacial que n'aurait pas renié ce cher Severus dans ses grands moments de "je déteste ce monde et les gens qui y vivent, allez donc tous vous pendre ça me fera de la place". Elle avait, de plus, craint que ses longs mois de séquestration ne lui aient fait développer une certaine agoraphobie, mais elle ne souffrait apparemment pas de ce mal. Tant mieux. Devoir rester cloîtrée chez elle à vingt-deux ans parce qu'elle ne supportait plus les espaces ouverts et bondés l'aurait achevée.
Personne ne lui posa de problèmes dans l'agitation qui animait la rue. Deux ou trois sorciers se retournèrent à la vue de ses vêtements moldus mais outre une grimace réprobatrice, ne firent aucun commentaire. Des plus jeunes la dévisagèrent avec un sourire appréciateur et elle perçut même un sifflement d'origine masculine suivit aussitôt d'une gifle retentissante féminine.
Les marches de Gringotts dans son champs de vision interrompirent le fil de ses pensées. L'imposante façade blanche déclamait son éternel avertissement aux voleurs hypothétiques qui commettraient la folie de s'y introduire pour tenter de voler le contenu des coffres.
Harry esquissa un sourire malicieux. Elle devait être l'unique personne en vie aujourd'hui pouvant se vanter d'être parvenue à dérober un trésor à la barbe au nez des gobelins. Mais ça ils ne le savaient pas encore.
Ses chaussures claquèrent sur les dalles de marbre du hall, faisant écho à des centaines d'autres. L'intérieur de la banque était inhabituellement animé, tranchant avec le silence quasi religieux qui y régnait normalement. Les gobelins aimaient travailler dans la quiétude. Intriguée, elle vit pourtant un gobelin furieux vociférer sur un de ses collaborateurs. La créature, se rendant compte qu'elle faisait un scandale en public, somma son compère de le suivre loin des oreilles indiscrètes. L'effervescence retomba très vite et les banquiers reprirent leurs affaires comme si de rien n'était, le calme revenu. Elle se dirigea alors vers le seul employé qu'elle connaissait ici et lui fit un salut cordial. La dernière fois qu'elle l'avait vu Gripsec, il se mêlait à la foule des gardes qui s'étaient rués sur eux pour les empêcher de repartir avec la coupe de Poufsouffle, devant l'entrée du coffre des Lestrange. Il avait disparu, l'épée de Gryffondor entre les mains. Par la suite, en y repensant lors d'un moment de désœuvrement total, cette histoire de relique volée par Gryffondor lui avait parue plus que louche. L'épée semblait après tout bien mal proportionnée pour servir d'arme à un gobelin, êtres dont la taille culminait au grand maximum à un mètre vingt, les bras levés, sur un tabouret…
A son comptoir, le gobelin lui lança un regard indéchiffrable. Il semblait jauger la pertinence de sa future requête au vu de son accoutrement et du temps que lui parler lui ferait perdre. "Oui?" fit-il en définitive de sa voix sèche.
"Bonjour. Je désirerais ouvrir un coffre, est-ce possible?"
Depuis qu'elle était sur le Chemin de Traverse, elle se trimballait avec une unique bourse dans la poche. Pas qu'elle craigne vraiment les voleurs, mais c'était tout de même relativement ennuyeux si jamais elle se la faisait dérober. Vu sa valeur…
"Nous n'acceptons pas d'ouvrir de compte vides," sécha le gobelin en regardant d'un œil critique l'état de ses vêtements usés. Il devait penser qu'elle était capable de faire les poches des orphelins pour trouver de quoi s'acheter à manger. "Vous devez obligatoirement fournir un minimum de vingt Gallions."
"Ne vous inquiétez pas, je les ai," souris-t-elle mystérieusement.
Sans un mot, mais n'en pensant pas moins, Gripsec lui sortit les formulaires nécessaires et les posa sans douceur sur la table. Saisissant une plume, elle remplit les feuilles, attentive à ne pas faire d'erreurs ou répondre par automatisme. Ce qui pouvait s'avérer relativement gênant par la suite. Gripsec récupéra les pages et cilla à peine en lisant le nom inscrit sur la demande d'ouverture. "Callahan. Vous êtes de nationalité étrangère?"
"Tout à fait. Je suis Australienne."
"Je vois…" Le gobelin grogna et tamponna le document puis lui demanda de le suivre jusqu'au wagonnet, où il lui expliqua brièvement le fonctionnement de la banque, bien que Harry en sache déjà plus qu'il n'en fallait.
Le wagonnet endiablé les conduit très profondément dans les sous-sols de Londres. Un jet de flammes illumina un tunnel annexe, et Harry sourit en se rappelant d'une escapade épique sur le dos d'un dragon. La descente fut plus longue que ce a quoi elle s'attendait et s'en étonna poliment.
"Les propriétaires du Coffre 105 ont eut récemment un accident domestique, alors leur vieux coffre est libre."
"Accident domestique?" s'enquit Harry, perplexe. Quel genre d'accident domestique pouvait empêcher quelqu'un d'utiliser son coffre? "Quelque chose a explosé dans leur maison?"
"Oui," ricana le gobelin, une mine mauvaise collée sur le trognon séché qui lui tenait lieu de tête. "Eux. Coffre 105, nous y voici."
"Super," grimaça la sorcière.
Gripsec clopina jusqu'à la porte tandis qu'Harry descendait du wagonnet en se demandant pourquoi est-ce qu'elle tentait au juste de faire la conversation avec lui. Il appuya la paume de sa main rugueuse sur la porte du coffre et celle-ci s'évanouit en fumée, laissant l'entrée libre à Harry. Le coffre était très spacieux, remarqua-t-elle avec une expression satisfaite qui n'échappa guère à Gripsec.
"Rappelez-vous, vingt Gallions au minimum," maugréa son guide. "Pas moins."
Harry sortit sa bourse des pans de sa cape sans donner l'impression d'avoir entendu le rappel peu aimable. La sorcière s'agenouilla et renversa soigneusement le contenu du sac de cuir sur le sol, s'arrangeant pour en faire un tas uniforme. Elle s'assura qu'il n'y avait absolument plus rien à l'intérieur avant de se relever lestement. Gripsec haussa un sourcil. Une sorte de poussière dorée s'élevait en monticule au milieu de la pièce. Harry sortit sa baguette et d'un amplificatum, rendit sa taille d'origine à ce qui semblait être de la poudre d'or très fine.
Quand la sorcière et le gobelin banquier ressortirent, ce dernier lui parlait si poliment qu'il en était presque obséquieux. Son nez frôlait presque le sol et usait de tout ce que l'étiquette gobelienne pouvait contenir d'amabilités et de léchage de bottes.
Elle fut introduite dans le bureau du grand patron, qui lui fit la totale. Sécurité maximum, discrétion absolue, motus et bouche cousue. Il fallait dire que Gringotts avait peu l'occasion de voir un nouveau client déposer une telle somme dès le premier jour. Quelques temps avant que la banque soit réduite à l'état de cratère fumant par Voldedingue et ses acolytes, l'Ordre avait prévenu la population sorcière d'une attaque imminente. Inutile de préciser qu'Harry y avait été assez mal accueillie par la suite, à peu près comme toutes les autres grandes familles qui vidèrent leur coffre en un rien de temps pour mettre leur pactole à l'étranger. Quoiqu'en pire, en ce qui la concernait, puisqu'elle était une de ceux qui avaient amorcés le mouvement de retrait massif. Et le fait qu'elle ait été la première personne a réussir à voler la banque et en ressortir vivante n'était sans doute pas pour calmer les envies de meurtre sanglant des créatures.
Aujourd'hui, elle quitta Gringotts limite vénérée par la race gobeline alors que dans vingt ans ils rêveraient plutôt de la voir écorchée vive sur place publique.
Son compte en banque maintenant revigoré, elle passa quelques magasins pour entrer chez madame Guipure. En attendant son tour, elle examina l'intérieur, laissant son regard glisser et s'accrocher à des endroits que personne ne regardait jamais. La distance entre le comptoir et la porte d'entrée, la profondeur estimée de l'arrière boutique aussi loin que ce qu'elle pouvait voir, la place entre les murs et les meubles, hauteur de plafond…
Déformation professionnelle, pourrait-on dire.
La salle était bondée, remplie d'élèves qui venaient renouveler leur stock de robe de classe. Ils parlaient tous avec enthousiasme, perchés sur des tabourets et les bras levés pour que les mètres rubans ensorcelés fassent leur travail. Harry ne cesserait jamais de s'émerveiller devant ces petits détails du monde magique. C'est aussi grâce à ça qu'on voyait tout de suite qu'elle avait grandi chez des moldus. Les sorciers natifs s'en fichaient comme d'une guigne. La propriétaire déboula, toujours aussi souriante et de mauve vêtue. Encore quelque chose qui ne changeait pas, songea Harry en souriant pour elle-même.
"Mademoiselle, que puis-je faire pour vous? Ce n'est pas pour Poudlard, n'est-ce pas?"
"Non, effectivement. J'ai passé l'âge," sourit-elle. "J'aurais simplement besoin de quelques robes, capes, tout le tralala, quoi. Printemps, été, automne, hiver."
"Je vois, je vois. Venez par ici. Je dois bien avoir de quoi habiller une jolie fille dans votre genre… voyons…" dit-elle en la conduisant jusqu'aux rayonnages. Elle considéra Harry un moment, semblant imprimer son image dans sa mémoire, puis farfouilla dans ses rouleaux de tissu. "Vous avez une couleur en horreur?"
"Pas particulièrement. Vous avez carte blanche. Évitez simplement le trop voyant, s'il vous plait."
Madame Guipure reposa une étoffe chatoyante avec ce qui ressemblait à de la déception. Son visage prit une teinte peinée. "Vous refaites votre garde de robe en entier… chagrin d'amour, c'est ça?"
Harry cligna des yeux. Ha, celle-là, elle ne s'y attendait pas. "Non, non. Simplement mon armoire était plutôt vide en ce moment."
"Hum, hum," fit la gérante, visiblement pas convaincue. Elle en voyait arriver tous les jours des filles aux yeux rougis qui faisaient passer leur malheur en s'adonnant à l'achat compulsif de robes. Pauvres gamines. Retournant à ses rouleaux, elle en fit léviter une dizaine jusqu'à son plan de travail. La petite sorcière replète fit craquer ses doigts. "Bien, mettons-nous-y!"
Une heure et un sortilège de réduction plus tard, Harry sortait avec ses achats dans les poches et suffisamment de vêtements pour tenir dix ans sans retourner ici. Pas qu'elle se soit jamais intéressée à la mode.
Elle fit un tour à la ménagerie magique, mais n'eut pas le cœur à tenter de remplacer la pauvre Hedwige. Pour se consoler, et tandis qu'elle revenait vers le Chaudron Baveur, elle fit une pause pour lécher la vitrine du magasin d'accessoires de Quidditch. Alors qu'elle observait attentivement le dernier nimbus, une clameur monta soudain au niveau de l'allée des Embrumes. Intriguée, les mains dans les poches de sa veste, Harry aborda un sorcier contrarié d'un âge certain qui revenait du centre du problème.
"Excusez-moi, que ce passe t-il?"
"Des sales gosses de Poudlard! Ils passent leur temps à se taper dessus et se contrefichent de bousculer les gens! Ah, moi à mon époque c'était pas comme ça, hein! Les jeunes respectaient leurs aînés! Hurmpft! Non mais je vous jure!" s'exclama-t-il tout en s'éloignant.
Harry fronça les sourcils. Des élèves de Poudlard qui se battaient? Pourquoi est-ce que le néon qui l'avertissait habituellement des catastrophes imminentes venait-il de s'allumer dans sa tête? Elle se dirigea innocemment vers la bagarre.
Peu de gens s'étaient regroupés autour des agitateurs, notamment parce que personne n'avait envie de se prendre un sort. Et aussi parce tout le monde se fichait de voir un Serpentard se prendre une dérouillée, surtout par les temps qui courraient. Les jeunes sorciers n'en étaient pas encore venus aux baguettes, mais ça ne saurait tarder, constata Harry en jaugeant de la tension énorme qui vibrait dans l'air, créant des étincelles entre les protagonistes de la bagarre. Deux trois personnes observaient la joute verbale qui se déroulait sans bouger le petit doigt.
Elle dégagea un adolescent de petite taille et gras du bide qui était dans le passage d'un coup de genou énervé dans l'arrière de la cuisse -ce qui faisait relativement mal- et, indifférente au fait qu'il avait chuté en couinant misérablement, pénétra dans le cercle des hostilités juste à l'instant où trois adolescents s'apprêtaient à régler leur différents avec des sorts plutôt que de façon civilisée.
Sa baguette de houx fut dans le creux de sa paume en une seconde. La seconde suivante, son expelliarmus informulé fit jaillir trois bouts de bois dans sa main libre. Leur propriétaires se tournèrent vers elle avec un air de stupéfaction si intense qu'on aurait pu croire qu'elle venait de mettre une raclée à un géant avec son seul petit doigt. Sa surprise à elle n'en fut pas moins grande quand elle prit le temps de voir qui étaient les énergumènes échevelés en question.
Son père, Sirius Black et Severus Rogue, quinze ans, toutes leurs dents, étudiants à l'école de sorcellerie Poudlard. Son cœur loupa un battement. Merlin qu'ils étaient jeunes! Exactement comme dans les souvenirs de Rogue. En fait, rectifia-t-elle, c'était même avant la scène des BUSEs. Il y avait du avoir une course poursuite avant ça, car les trois garçons étaient haletant et décoiffés.
Et donc, ça c'était… cogita-t-elle en jetant un regard de côté à la personne à qui elle avait ruinée une jambe… oui, c'était bien Pettigrow. Bon.
"Dis donc, Cornedrue, t'as une frangine cachée?" murmura Sirius à l'oreille de son meilleur ami, tétanisé.
"Si oui, j'étais pas au courant," marmonna bêtement le concerné, complètement à l'Ouest.
Les yeux du jeune Rogue se remplirent d'éclairs. Il tendit impérieusement la main.
"Rendez-moi ma baguette."
Harry grinça des dents. Elle avait cru que le maître des potion serait plus facile avec vingt ans de moins, mais elle s'était plantée en beauté. "S'il vous plait, c'est pour les chiens? Ou ça vous écorcherait trop la gorge?" rétorqua t-elle avec dureté.
Rogue aurait eut une expression similaire si on venait de lui assener une paire de gifles. Sirius eut simplement l'air vexé de l'insulte faite à ses frères canins. James se secoua et Peter se releva enfin, sautillant pour ne pas s'appuyer sur sa cuisse douloureuse.
"J'espère pour vous que vos directeurs de maisons n'apprendront jamais la réputation déplorable que vous faites à Poudlard. Vous battre comme des chiffonniers en pleine rue..."
Les trois fautifs déglutirent en imaginant la réaction des concernés. Ni Minerva McGonagall ni Horace Slughorn n'apprécieraient cette sorte-la de publicité.
"Et si vous tenez vraiment à vous entretuer, la prochaine fois faites-le dans un endroit ou vous ne pourrez pas toucher d'enfants par inadvertance," fit-elle, sa voix charriant des glaçons.
En effet, plusieurs bambins accompagnaient leurs parents. Les garçons regardèrent leurs chaussures. Un sortilège mal visé et…
Non, franchement, du temps de leur guéguerre même elle n'aurait pas provoqué Draco dans un tel lieu.
Elle n'aurait pas parié une noise sur la réciproque, par contre…
Harry leur rendit leur baguette de mauvais grâce et Peter s'approcha prudemment de James pendant qu'elle remettait la sienne à Sirius.
"On dirait pas ta cousine, là… Ann? Celle qui vit en Irlande et qui est venue l'an dernier pour les fêtes?"
"Elle a pas les yeux verts, et puis… elle à moins de… de…" Il fit un mouvement vague de la main au niveau de ses pectoraux.
"Ouais, pas faux," approuva l'animagus rat.
"Bref."
Rogue récupéra sa possession avec un "merci" dénué de toute chaleur et s'en fut, dans un grand tourbillon de robes noires qui n'était pas aussi perfectionné que celui qu'il créerait dans vingt ans à chaque départ en trombe. Sirius jura en le voyant prendre la poudre d'escampette. Il aurait visiblement bien voulu continuer leur discussion en tête à tête. Harry ne souhaitait même pas savoir dans quoi ces quatre-là s'étaient encore embarqués.
"Dites…" commença James, hésitant et pas tout à fait remis de la claque qu'il venait de recevoir. "Vous ne seriez pas de la famille Potter, à tout hasard?"
La survivante n'eut même pas à y réfléchir. Son numéro était bien rodé et, avec un regard ennuyé, elle fit un petit mouvement nonchalant du poignet. "Il y a peu de chances, non. Je suis une née moldue. Au fait, évitez de vous battre à deux contre un, à l'avenir. Ça ne fait pas très Gryffondor."
"C'était qu'un sale cafard de Serpentard. Il ne mérite pas qu'on se batte à la loyale contre lui," marmonna Sirius entre ses dents, se détournant de la direction par laquelle Rogue venait de partir.
"C'est une raison suffisante pour renier vos principes?" claqua-t-elle durement, les faisant sursauter. Elle avait oublié à quel point les adolescents étaient bassement stupides et bornés à cet âge-là. "Si vous faites des exceptions pour chaque personne qui a un pet de travers, j'ai hâte de voir ce que vous donnerez dans dix ans, vous."
Une rougeur coupable s'étala sur les joues de l'aîné des Black. Apprends à frapper là où ça fait mal.
Elle tourna les talons, se concentrant sur sa respiration afin de ne pas se retourner et lancer un maléfice à ces jeunes abrutis, ou pour aller les serrer dans ses bras -ce qu'ils n'auraient pas compris. Cependant, elle n'avait pas fait trois pas que la douce voix de Walburga Black retentit au milieu de la foule environnante comme un boulet de canon. Un boulet de canon qui aurait des ongles pour griffer sadiquement la surface d'un tableau noir.
"SIRIUS BLACK! Sale petite vermine! Tu ne perds rien pour attendre! Attends que je mette la main sur toi!"
Les yeux de la dite vermine s'agrandirent tels ceux de la biche hypnotisée par les phares de la voiture qui va lui rentrer dedans. Aux abois, il étudia nerveusement le défilé ininterrompu de promeneurs, attendant nerveusement de savoir quand et par quel côté sa mère adorée allait lui tomber sur le râble. Madame Black vociférait et il n'était pas difficile de suivre son trajet dans la foule
"Et bouse! Patmol, on peut pas rester là! Viens! Allez!" James agrippa la manche de son ami et le tira à l'intérieur du "Royaume du Hibou", juste derrière, magasin qu'Harry voulait résolument éviter. La cloche de la porte tinta violement quand la porte se referma sans douceur. Elle allait partir, songeant que Sirius ado méritait après tout de se prendre une bonne trempe pour sa bêtise et qu'ils étaient de toute manière bien cachés, quand Walburga surgit, les yeux flamboyants et féroces.
"SIRIUS! Où est-ce… hooooo, et il a fui, par-dessus le marché! Le misérable... bien… je connais des endoloris qui se perdent, moi. Il va voir de quel bois ma baguette est faite!" Puis, elle avisa Harry, qui se demandait ce qu'elle foutait encore là. "Vous, là!"
Son ton impérieux et autoritaire ainsi que la grimace éloquente qu'elle fit en voyant ses habits moldus mirent les points sur les i pour la transtemporelle.
Ok. Pas de pitié pour la grosse vache.
"Madame?" La froideur de sa voix aurait congelé un ours polaire sur place.
Walburga ne se démonta pas et fronça les sourcils. Comment cette loqueteuse osait-elle… Elle se redressa de toute sa taille. "Je suis Walburga Black."
"Toutes mes félicitations" rétorqua Harry, qui avait suffisamment soupé de la vieille femme grincheuse et hargneuse. Déjà en tableau, alors en chair et en os… "Vous me vouliez quelque chose? Je suis assez pressée."
"Un adolescent, grand, brun. Me ressemblant. Un de ceux qui se seraient battus ici." Les yeux de la Black n'étaient plus que des fentes sombres d'où mille promesses de morts douloureuses s'échappaient. "Par où est-il parti, ce petit troll délinquant?"
Harry fit mine de réfléchir, sentant deux paires d'yeux faire des trous dans son dos à travers la vitrine du magasin de hiboux. "Un jeune homme brun vous ressemblant qui s'est batt… ah, oui, je vois de qui vous voulez parler. Il est parti par là," indiqua-t-elle en montrant du doigt la direction qu'avait emprunté Rogue pour mettre les voiles.
"Merci bien," siffla Walburga en partant sur le champs.
Plongée dans son petit délire permanent de castes sociales, elle ne concevait même pas qu'on puisse mentir à un sang pur. Elle était déjà loin, pestant sur les fils indignes et les sang de bourbe qu'il faudrait remettre à leur place, quand Harry répondit. "C'était avec une joie sincère et non dissimulée, pauvre conne."
Elle décida de ne pas moisir ici, pour un peu qu'un éclair de lucidité traverse l'esprit étriqué de Walburga et qu'elle se rende compte qu'elle venait de se faire duper. Un signe de la main aux garçons et elle tourna les talons pour se rendre au Chaudron Baveur et y passer le reste de son après-midi.
Le soir venu, dans la chambre 11, elle repensa à ce qui était arrivé. C'était normalement l'an prochain que Sirius viendrait habiter chez les Potter pour ne plus croiser le visage aimant de sa mère tous les jours, si sa mémoire était bonne. La famille, ou plutôt le clan Potter possédait plusieurs maisons en Angleterre, mais leur lieu de résidence principal était situé dans le Devon, à quelques dizaines de kilomètres de Plymouth. Un immense château au milieu de la campagne anglaise. Harry y avait séjourné quelques temps, permettant à l'Ordre de s'y installer et alterner avec Square Grimmaurd pour le Q.G. Ça réduisait le risque d'attaques. D'ailleurs ce n'est pas comme si ça dérangeait quelqu'un. Le domaine était vide d'occupant depuis des décennies lorsque Harry en avait prit possession à ses dix-sept ans. Aujourd'hui ce n'était pas le cas, et l'endroit fourmillait de cousins, tantes, oncles, neveux et nièces Potter qui adopteraient un Sirius Black sans toit avec grand plaisir.
Et à propos de maison… Elle dîna dans sa chambre, n'éprouvant pas l'envie de se confronter à la masse de badauds du Chemin de Traverse pour trouver un café sympa ou simplement de manger en bas avec un ballet incessant de clients qui produisait des courants d'air à n'en plus finir.
Elle nota cependant dans un coin de sa tête de penser à acheter une radio ou une chaîne hi-fi. Elle ne supportait plus beaucoup le silence, ces temps-ci. Outre des hurlements d'agonie, il n'y avait pas eu énormément de bruit au Château Noir. Elle avait besoin de son ou elle allait devenir dingue.
Elle sortit de sa déprime en se frappant vivement les joues. Elle grimaça mais elle était réveillée.
La maison, donc!
Elle confia sa vaisselle usagée à une femme de chambre grincheuse puis fit une liste de tout ce dont elle aurait besoin dans une maison sorcière. Grand terrain, loin de toute habitation moldue, sous-sol... etc. Ca lui prit une partie de la nuit. Le lendemain matin, elle se botta les fesses pour sortir du lit et, habillée de pied en cape, retourna au rez-de-chaussée du Chaudron Baveur. Cette fois-ci, pourtant, elle ne prit pas le chemin de derrière, mais sortit par la grande porte. Charing Cross Road était aussi vivante que l'était le Chemin de Traverse, Noël oblige, mais avec les voitures en plus et les capes en moins. Elle passa sa soirée à déambuler d'agences immobilières en agences immobilières. Elle en trouva finalement une très sympathique et la brave dame qui s'occupa d'elle, Maggie Nutali, une petite-fille d'Italien pur jus au visage franc et souriant, lui dénicha rapidement l'endroit qui lui fallait. Un vieux manoir poussiéreux à vendre pour une bouchée de pain dans le Norfolk, isolé de tout. Inquiète, la quadragénaire lui avait demandé si la trentaine de kilomètres qui les séparaient de la ville la plus proche ne la dérangeaient pas, surtout qu'elle ne paraissait pas avoir de voiture. Harry l'avait rassurée et payé comptant, jetant l'agence dans un silence abasourdi.
Elle avait ensuite de nouveau erré sur le Chemin de Traverse pour remplir les rayonnages de la bibliothèque gigantesque qui n'attendait que ça depuis que les précédents propriétaire avaient fui la maison ventre à terre. Il faut dire qu'aucun n'avait eu l'idée de faire exorciser le poltergeist qui faisait trembler les fondations de la maison et claquer les portes à l'improviste. Point positif, le côté maison hanté avait radicalement baissé le prix global de la propriété. Point négatif, Harry devait réparer toutes les catastrophes qu'il avait causé au fil des siècles et nettoyer à coups de sortilèges ménagers, ce qu'elle ne maîtrisait pas à la perfection. Elle avait cassé un miroir, deux chaises et fendu le parquet du hall sur trois mètres avant de pouvoir s'en sortir.
Exténuée à la fin de la journée, et tout en se traitant d'assistée, elle se promit de se prendre un elfe pour s'occuper de ça. Ou ce serait le ménage qui la tuerait avant Voldemort.
Le plus dur fut probablement de remplir sa maison d'un tas d'objets trouvés en fouinant à droite et à gauche. Ce n'est pas comme si elle venait d'apparaître de nul part, n'est-ce pas? Vieille pendule à balancier, bibelots, tableaux, nappes, meubles, lampes et tout ce qu'on est censé emporter lorsqu'on déménage d'un pays à l'autre. Essayant donc de se donner un semblant de vécu, elle dressa le portait d'une ex-résidente de Cambera voulant changer d'horizon. Harry Callahan, née moldue, études par correspondance, orpheline, célibataire.
Chercher du travail se révéla aussi ardu. Pas qu'elle en ait réellement eu besoin, mais Harry était trop énergique pour rester chez elle à attendre que Tom sonne à la porte avec des fleurs dans une main et sa baguette dans l'autre.
Et à moins de monter une boîte de farces et attrapes, sans diplômes officiels… elle était dans une position assez problématique. Impossible de devenir Auror.
Elle n'avait jamais eu le loisir de passer ses ASPICs. Pour ce que ça lui aurait servi… La seule solution était de se rabattre sur les concours divers et variés qui ne nécessitaient pas de diplômes. Par processus éliminatoire, elle écarta celui d'Aurors et décida de tenter celui de Tisseur de Sortilèges du ministère. Elle n'avait jamais fait que de la pratique et ignorait à peu près tout de la théorie, mais l'examen se déroulant dans un mois, elle aurait bien le temps de bouquiner et de savoir ce qu'elle devait écrire sur une copie.
Installée bien confortablement au fond d'un grand fauteuil au coin du feu dans son nouveau chez-elle, Harry commença à se sentir bien, et ce pour la première fois depuis plus d'un an.
Notes de fin :
On y est. Harry rencontre James, Peter Sirius et Rogue. Et comme toute adulte qui se respecte, elle doit se trouver un travail. Vous croyez que ça existe, l'ANPE, chez les sorciers?
Quoiqu'il en soit, merci pour toutes vos reviews. Perdez pas le pli, surtout! Ca nous fait toujours très plaisir quand on voit une nouvelle review qui nous attend. Sinon, on espère que vous avez reçu les réponses. Oui? Non? N'hésitez pas non plus à envoyer des mp pour taper la discut'. On voudrait savoir ce que vous pensez des Harry-fille. Une question, une réaction sur le chapitre, une simple envie d'en parler ou de dire ce que vous n'avez pas aimé -ou mieux, ce que vous avez adoré- : il suffit de cliquer sur le bouton bleu en bas à gauche.
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Prochainement dans Point de Rupture :
"Vous n'êtes pas un peu jeune pour faire ce travail?" La suspicion d'Augusta se voyait comme le nez au milieu de la figure.
