Titre : Point de Rupture.

Auteur : Les Trois Moires.

Genre : Sérieux. Léger bidouillage de l'histoire originale. N'en tenez pas compte.

Disclamer : On a gagné contre Rowling au combat de pouce et elle a été obligée de nous donner Harry Potter. C'est pas vrai, bien sûr, mais c'est tellement grisant de l'imaginer... nyehehe... bon, Harry et tous ses petits camarades appartiennent à Vous-Savez-Qui.

Résumé: Lorsque Harry remonte le temps, doit trouver une maison, un job, casser du Mangemort, négocier pour éviter que Dumbledore ne mette le nez dans sa vie privée et, en plus, doit apprendre à coordonner son sac à main avec ses chaussure, tout ce qu'elle demande c'est pouvoir souffler deux secondes.

Note : Rating M. Attention aux gros mots et aux potentiels spoilers du tome 7.


POINT DE RUPTURE

par Les Trois Moires

Maille 4 - Lorsque le Manteau Noir devient le Sinistros des Mangemorts.

Précédemment dans Point de Rupture: Après s'être chargée de renflouer son compte à Gringotts et avoir fait une rencontre inattendue sur le Chemin de Traverse, Harry s'est trouvée une maison dans un trou perdu. Maintenant, il faudrait voir à s'occuper de la menace en noir.


Reposant son verre de jus de citrouille, Harry détacha la lettre suspendue à la patte du grand duc qui venait d'atterrir sur la table de la salle à manger, et la décacheta d'un coup de baguette expert. Le sceau de cire frappé du blason du ministère sauta et le parchemin se déroula librement sur ses genoux. Tandis que le facteur se servait dans ses œufs brouillés, la sorcière apprécia les phrases qui s'étalaient en bas à droite de la missive.

Elle était engagée par le ministère comme Tisseuse à plein temps.

Cela faisait déjà une semaine qu'elle faisait officieusement partie intégrante de l'équipe ministérielle -l'administration avait vraisemblablement égaré les papiers pour régulariser sa situation- et elle ne le regrettait pas. C'était loin d'être aussi excitant qu'Auror mais elle s'y faisait.

Finalement, et bien que ce soit une solution de rechange, devenir Tisseur de Sortilèges pour le ministère de la Magie ne s'avéra pas être une si mauvaise idée que ça. Le travail en question était à l'exact opposé des Briseurs de Sortilèges qu'employaient habituellement Gringotts pour vérifier qu'aucun client ne tentait de leur jouer un mauvais tour et repartait avec plus d'or qu'il ne devrait avoir. Mais si les Briseurs de Sortilèges croulaient sous le travail, les Tisseurs se la coulaient douce la majorité du temps.

L'épreuve en elle-même fut… particulière. C'était une première pour elle, car, comme on l'a déjà évoqué, Harry n'avait jamais pratiqué en tant que Tisseuse officielle et agrégée. Sa formation éclair ressemblait plus sur certains points à une vision express de ce à quoi devait ressembler le neuvième cercle de l'enfer qu'à un entraînement au Tissage dans les règles de l'art.

Bref, donc, elle ne s'était pas attendue à entrer dans une salle d'examen où la moyenne d'âge plafonnait à peu de chose près à soixante-cinq ans. Graham, son instructeur, lui en avait touché deux mots juste avant de la tuer à la tâche. Comme quoi "c'était un boulot qui demandait une rigueur et une maîtrise parfaite de sa magie que ne pouvaient avoir des mioches de la quarantaine". A noter que Jonathan Graham atteignait les cent dix balais quand il l'avait prise pour apprentie et qu'il gambadait encore avec la fraîcheur et l'agilité d'un homme de trente. Sa descente de Whisky Pur feu n'était pas non plus celle d'un centenaire.

Elle s'était assise entre les cheveux grisonnants et calvities avancées, et avait patienté nerveusement pour obtenir sa copie du surveillant. La théorie avait été bien plus complexe que ce à quoi elle s'était préparée. Graham ne s'était pas embarrassé de discours sur la stabilité des flux magiques, ainsi que sur les systèmes combinatoires des ondes résiduelles ou ce genre de trucs incompréhensibles. Il l'avait assommée de sortilèges et d'exercices capilotractés à résoudre dans un temps impartis. Du genre faire passer un cheval à travers le chas d'une aiguille en moins de dix secondes.

Harry, planchant sur sa copie et tentant désespérément de se rappeler ce qu'elle avait lu dans Tissages et contre-points de Alphonse Lépail se demandait pourquoi, pourquoi Merlin, n'avait-elle pas prit Arithmancie à l'école.

Au bout du compte, elle obtint un onze et un "Version très personnelle du sujet. Essayez les Potions". Elle ne sut pas comment prendre ce commentaire -sans doute parce qu'elle avait glissé une analogie avec des crêpes- mais s'en fichait comme de sa première bouteille d'encre. Harry eut la note maximale en pratique -du jamais vu depuis soixante-dix ans- et c'était tout ce qui comptait vraiment. La semaine suivante, on lui remit son diplôme par chouette postale.

Ce qui faisait de ce travail un boulot de planqué, c'étaient les horaires complètement vagues et les cinq heures hebdomadaires de présences obligatoire au ministère. Deux ou trois maisons sur lesquelles il fallait lancer des sorts de protections mastoc par mois, de la maintenance, et de la restauration occasionnelle. Ils avaient du temps libre à ne plus savoir qu'en faire.

Harry replia la lettre et termina son verre pour ensuite avaler un pancake généreusement recouvert de sirop d'érable. Un job peinard? Oui. Mais à côté, Harry faisait des heures sup'

Et elle n'était pas la seule à en faire, figurez-vous.

Le Manteau Noir aussi.


En ce gris samedi matin, Harry portait sa robe de mêlée supérieure, la noire qui lui avait valu son surnom, et avait laissé celle du dessous, rouge sang, au placard. Ce n'était pas nécessaire pour flanquer un pain à cette petite frappe moribonde de Bartemius Croupton junior. Ni pour le traîner par le col chez Dumbledore.

Ses prises précédentes étaient connues pour leurs activités douteuses, sans que la justice puisse les pointer du doigt. Des petits poissons sur lesquels personne ne se faisait d'illusions.

Et si le vieux directeur lui faisait confiance, elle sentait qu'il avait besoin d'être convaincu par quelque chose de plus tangible que son regard de jeune biche innocente. La capture du plus insoupçonnable Mangemort de la liste prouverait qu'elle ne s'était pas jouée de lui.

Il faisait moche aujourd'hui et les passants Moldus excusaient ce manteau long à capuche bien pratique en cas d'averse. Quoique ce n'est pas comme s'ils y prêtaient attention. Un petit sortilège de désillusion s'occupait de mystifier tout ce beau monde et Harry avait bidouillé son sort de façon à ce qu'il fonctionne aussi sur les sorciers. Dans une certaine mesure. Tant que ceux-ci ne la regarderaient pas avec insistance, ils ne remarqueraient rien. Sa capuche sur la tête, attablée à la terrasse d'un café, Harry regarda la foule qui se mouvait devant elle d'un œil morne. Ça n'en finissait pas de passages, de cris, d'apostrophes.

Un après-midi de février à Londres comme un autre.

La clientèle se pressait dans le petit café où s'était patiemment posté Harry, attendant que son pigeon fasse acte de présence. Mais pour l'instant, pas un Mangemort à l'horizon.

Harry consulta sa montre et souhaita que toute cette affaire ne s'éternise pas. Elle avait promis à ses collègues de boire un coup avec eux en fin d'après-midi. Elle se faisait inviter pour l'officialisation de son entrée dans le service. Elle n'allait pas se faire prier.

Elle croisa et décroisa les jambes pour la troisième fois depuis dix minutes et fixa la porte de la maison qui faisait l'angle de la rue. L'imposante maison familiale des Croupton occupait une place considérable au plein cœur de la capitale anglaise, et elle n'ignorait pas que l'intérieur était magiquement étendu.

Croupton senior était de sortie, et là où elle était elle pourrait voir si son fils adoré se faisait la malle pour une virée discrète. Trois heures qu'elle faisait le pied de grue. Heureusement qu'elle avait appris la patience. Elle en était à son sixième thé glacé quand la porte de la maison des Croupton s'ouvrit soudain et se referma sans que quiconque en soit sorti.

Vraiment? A d'autres.

Un espace vide entama un trajet rectiligne dans la rue, bien visible entre les gens massés les uns contre les autres.

Bingo.

Le jeune sorcier noir avait manifestement déjà sa cape d'invisibilité et s'en servait pour filer à ses rendez-vous mangemoresques sans que ça ne parvienne aux oreilles de papa. Elle laissa l'argent et un bon pourboire sur la table, considérant qu'elle avait monopolisé la meilleure table pendant une partie de la matinée, usé les nerfs du pauvre garçon qui s'occupait de ses commandes et qui n'osait pas lui demander de libérer la place. Harry se mit en chasse. Elle n'avait pas l'intention de filer Junior longtemps au risque de le perdre. Elle n'avait pas encore le pouvoir de distinguer les gens cachés sous des capes d'invisibilités et le petit tour de Dumbledore ne fonctionnerait pas avec une telle foule pour faire interférence. Louvoyant entre les promeneurs, elle se rapprochait de sa proie comme un prédateur s'apprête à sauter sur une brebis égarée dans l'intention d'en faire son dîner. Junior jouait mal le rôle de la brebis, mais celui du loup était conçu sur mesure pour Harry.

Elle se glissa dans son dos et, attrapant délicatement sur l'étoffe soyeuse de la cape magique, tira dessus. Le jeune homme ne nota pas tout de suite le changement. Jusqu'à ce que sa poursuivante lui tapote obligeamment l'épaule pour le faire se retourner.

Ainsi qu'elle n'aurait pas pu deviner que Sirius avait été si séduisant avant son séjour forcé à Azkaban, elle eut la surprise de découvrir un Bartemius junior plutôt bel homme. Elle superposa une seconde son visage à celui qu'il porterait dans quelques années, quand la prison aura fait son œuvre. Ça n'affecta pas son jugement.

Le larbin de Voldemort n'eut pas le temps de crier ou de prendre sa baguette en reconnaissant le portrait qu'on lui avait fait de l'homme à la capuche. Grand, terrifiant et très vicieux.

"Dis bonjour" fit joyeusement Harry en levant le poing au niveau de sa joue, son coude en arrière.

Elle allongea le traître d'une beigne. D'un crochet du droit, plus exactement. Le sorcier s'étala par terre avec un gracieux mouvement de rotation sur lui-même.

"Il me doit du fric" se justifia t-elle devant une mémé scandalisée. Elle désillusionna Junior et le stupéfixa pour faire bonne mesure puis le traîna à l'écart où elle put transplaner jusqu'aux grilles de son ancienne école.


Dans son cachot, Barty respirait très fort avec appréhension, les yeux affolés. Il léchait nerveusement le sang qui perlait encore à sa lèvre inférieure. La douleur cuisante sur sa pommette droite l'empêchait juste de grincer des dents, de peur d'augmenter la souffrance. Le coup n'avait pas été donné de main morte.

Alors quoi? Qu'est-ce qu'on allait lui faire?!

Les bras liés, il frissonna dans l'humidité ambiante des cachots. Il se redressa tant bien que mal sur ses jambes flageolantes, sentant la panique le gagner et le ronger à petit feu.

Dumbledore, il ne le craignait pas trop. Après tout c'était un sorcier blanc -immaculé, même- non? Il ne lui ferait pas de mal. Il ne le bousculerait pas. Il pousserait peut-être jusqu'à utiliser du véritasérum, mais avec un contrôle de soi suffisant, Barty savait que ce genre de piège pouvait être contourné. Il s'accrocha à cette évidence, sa bouée de sauvetage, repoussant de toutes ses forces celle qui se profilait et menaçait de la remplacer. Mais, impuissant, il vit le doute annihiler son assurance chancelante comme le vent balaye un fétus de paille.

Ce qui l'inquiétait bien plus, c'était…

L'autre, le Manteau Noir.

On disait des choses sur lui depuis les deux mois où il était brusquement apparu. On disait qu'il n'hésitait pas à utiliser des techniques de Mangemort. Qu'il faisait même pire.

On disait qu'il avait été élevé dans la montagne par des gorilles sauvages, qu'il avait assez de force pour arracher des membres et des têtes humaines à main nue. Et qu'il le faisait sans sourciller. Il paraissait aussi qu'il avait des dents en lame de rasoir qui déchiquetaient la chair comme du beurre et des yeux jaunes qui plongeaient au plus profond de l'âme de ceux qu'il interrogeait, ne leur laissant aucune chance de mentir sans qu'il en soit conscient. Barty avait aussi entendu dire qu'il ne rechignait pas à s'abreuver de sang de vierges et qu'il se baignait dedans régulièrement pour conserver sa force magique hors du commun. Qu'il mangeait des nourrissons au petit-déjeuner et des fées au souper. Avec de la sauce au poivre.

Sur cette pensée macabre, les deux sorciers de sa réflexion entrèrent dans le cachot, accompagnés d'un troisième homme qui venait à l'instant de les rejoindre. Barty reconnut avec terreur Horace Slughorn, maître des potions de Poudlard. Il se mordit la langue et se décida à faire appel à ses talents d'acteur pour se sortir de ce mauvais pas. Surtout, il ne devait pas penser à la présence pesante du Manteau Noir, à trois mètres de là.

"Monsieur le directeur" fit-il avec un accent servile à souhait. "Je suis content de vous voir! Je suis victime d'une terrible injustice!"

"Moi aussi Barty je suis heureux de te voir, moi aussi. Cela fait très longtemps que nous ne nous sommes pas parlés. C'est un bon moment, pour le faire, tu ne crois pas? On m'a rapporté des choses étranges à ton sujet."

Le Mangemort cacha son déglutissement en penchant la tête en avant. Il risqua un coup d'œil vers la droite, où le Manteau Noir était adossé contre un mur, les bras croisés.

"Vraiment? Qui donc a pu me calomnier?" reprit-il avec douceur. Il fallait avant tout se calmer et surveiller ses paroles.

"Qui a parlé de calomnies?" s'éleva la voix du traqueur.

Barty sursauta. Il intercepta un regard mal à l'aise de Slughorn, qui ne semblait pas goûter à la proximité du Manteau Noir. Il avait déjà noté dans son esprit qu'il pourrait éventuellement s'en servir, mais Dumbledore, lui, ne cilla pas. Rien à faire. Slug ne bougerait pas si le vieil amoureux des Moldus et des Sang-de-bourbe ne montrait pas un peu de répugnance pour le sorcier. Il respectait trop le directeur, ou en avait trop peur. Du pareil au même pour le Mangemort qui voyait ses maigres espoirs s'envoler sur des nimbus à pleine vitesse.

"Non, bien sûr… Mais pourquoi suis-je attaché?" Voilà. Personne ne pouvait savoir qu'il était un fidèle serviteur du maître. A moins que l'autre soit un traître, mais la probabilité était faible.

Un malentendu. Un quiproquo. C'était forcément ça. Il allait se trahir pour une méprise. Ils ne POUVAIENT pas savoir.

Il sourit.

"Barty" demanda fermement Dumbledore. "Est-ce vrai que tu as rejoint Voldemort?"

Le sourire de Barty flancha et des tics apparurent au coin de sa bouche. Le nom du mage noir le laissa tremblant. La gorge sèche, il s'y prit à deux fois avant d'articuler sa prochaine phrase. "Je... hum, non, évidemment. Pourquoi est-ce que Bartemius Croupton junior aurait fait ça?"

Est-ce que le Manteau Noir venait de bouger?

"A toi de me le dire. On m'a assuré que tu quittais votre demeure à des heures étranges."

Non, il n'avait pas- si! Non?

Des dents en lame de rasoir…

La respiration de plus en plus rapide, Barty se mordit les lèvres. Non, non, non…

"Il vous aurait menacé?" suggéra le Manteau Noir d'un ton affable, le faisant sursauter. "Qui peut résister à Voldemort? Il est tellement puissant et... terrifiant."

Aucune chance de mentir…

Barty vit Slughorn sortir une fiole des replis de sa cape fourrée et ses moustaches de morse se plisser. Barty déglutit de nouveau et sentit son souffle se bloquer dans ses poumons.

"Je-"

Sans sourciller.

Une goutte de sueur dégoulina sur la tempe du fils du directeur du département de la justice magique. Il était pris au piège. Le Manteau Noir n'aurait pas les scrupule que Dumbledore à le torturer jusqu'à ce que mort s'en suive pour qu'il révèle ce qu'il savait. Il caressait déjà sa baguette!! Il était foutu, autant sauver sa peau s'il le pouvait!

Barty se jeta à genoux autant que les chaînes qui lui entravaient les bras le lui permettaient.

"Il... il m'a obligé!! Je ne voulais pas, je le jure!! Il m'aurait tué de sang-froid si je n'avais pas dit oui!! Je suis désolé! Je ne voulais pas!!" pleurnicha-t-il, peu convainquant. "La marque non plus, je ne la désirais pas!!"

"Barty" fit Dumbledore, sans aucune trace d'indulgence dans les yeux, ce que l'enchaîné ne vit pas, "que lui as-tu raconté?"

"Le... la pos... position de la cachette des Warren et... quelques noms que j'ai lus sur les papiers de mon père ... mais c'est tout!" Il respira fort. "En plus, ils sont sains et saufs."

Objectif à court terme : sauver les meubles à tout prix.


Harry émit un petit ricanement qui fit soupirer le grand directeur. Dumbledore devait admettre que jusqu'à maintenant tout ce qu'Harry lui avait dit sur le compte de Barty s'était révélé exact. Merlin savait qu'il aurait voulu le contraire.

"Si tu ne voulais vraiment pas suivre Voldemort, pourquoi ne pas être venus me voir? Nous t'aurions protégé."

"Je... hum, je ne voulais pas vous... hum, mettre en danger" bafouilla le prisonnier.

Dumbledore se tut et l'observa. Soixante ans dans l'enseignement et des capacités de Legilimens vous apprenaient à discerner le vrai du faux dans les paroles d'une personne. Et celles de Barty n'avaient que très peu souvent été illuminées par la vérité.

Il ouvrit la porte du cachot pour faire entrer Amélia Bones, sorcière assermentée par le ministère. La sorcière à la mâchoire carrée secoua la tête, navrée, en voyant la situation. A genoux et pitoyable, Bartemius releva la tête lentement, presque incrédule devant ce qui était en train de lui arriver.

"Barty... tu me déçoit beaucoup, mon petit…" fit-elle en sortant une feuille et une plume de son sac. Elle réajusta son monocle d'un geste sec.

"Que... ?"souffla Bartemius.

"Vous pouvez y aller, Horace."

Slughorn déboucha sans un mot la fiole remplie de Véritaserum à la demande de la dame. Ils le firent boire de force à Barty, et la plume d'Amélia gratta avec dureté sur le parchemin lorsqu'il se mit à parler sans pouvoir s'arrêter sous l'effet du breuvage. Il n'avait finalement pas eu assez de contrôle sur lui pour lutter contre la potion. A la fin de l'interrogatoire, la sorcière tamponna le parchemin et promit de le porter au ministère dès l'heure suivante alors que deux Aurors investissaient les lieux pour emmener Barty en détention.

"Quelle tristesse. Quand je pense que c'est moi qui vais devoir annoncer ça à son père" commenta amèrement Amélia avant de s'éclipser elle aussi.

Slughorn retrouva sa loquacité coutumière lorsqu'il commença à poser des questions à Harry qui restèrent sans réponses. Clairement que son indisposition avait été passagère et sa curiosité légendaire avait repris le dessus. Vous savez ce qu'on dit à propos du naturel…

Dumbledore donna congé au maître des potions froissé, et ils se retrouvèrent bientôt à deux dans ce cachot obscur. Fatigué, Dumbledore agita la main. Les torches furent éteintes par un souffle silencieux.

"C'est fou ce que l'esprit humain peut faire tout seul du moment qu'on lui donne un léger coup de pouce. Ça, et la réputation désastreuse que le Manteau Noir a acquis chez les Mangemorts. Convaincu?"

"Convaincu" acquiesça tristement le professeur. "Vous avez carte blanche."

"Parfait" rétorqua Harry, un rictus sinistre très déplacé sur le visage. "Alors c'est parti pour l'opération Sinistros."

Albus eut un peu de peine à la voir s'enthousiasmer autant. Toutefois, il la comprenait. Il ne l'approuvait pas, mais il comprenait. Le directeur la vit sortir une montre à la moldue de sa manche et grommeler quelque chose dans ses robes. Saisissant l'occasion d'alléger l'atmosphère et son humeur, Dumbledore demanda poliment : "Un soucis?"

"Non, pas vraiment. Simplement… je ne vais pas tarder. J'ai un rendez-vous."

Dumbledore haussa un sourcil blanc. "Ho? Un rendez-vous?" fit-il, l'air de ne pas y toucher mais curieux comme une puce. S'il ne la vit pas, il se figura parfaitement l'expression foudroyée de Harry rien qu'au pas en arrière abrupt qu'elle effectua et à la gestuelle de ses mains.

"Qu- qu'est-ce que vous allez encore imaginer?!" s'exclama-t-elle, outrée. "Il ne s'agit que d'une sortie entre collègues!"

"Entres collègues. Hum, je vois."

"Ils ont tous plus de la cinquantaine, enfin!"

"Vraiment?"

"PROFESSEUR!"


Le lendemain, Dumbledore se rendit au ministère pour avoir une longue discussion avec les chefs hiérarchiques du service des Aurors et de la justice magique. Deux jours plus tard, Crabbes senior fut retrouvé en état de choc dans le hall d'arrivée du ministère, la marque des ténèbres bien en évidence sur son bras, que sa manche arrachée ne dissimulait plus. Ce fut la première fois que les agents du bureau refusèrent un pot-de-vin.

Quatre heures après, il intégrait la cellule en face de celle de Bartemius Croupton junior, à Azkaban.

Elle avait maintenant le champ libre pour sévir dans les rangs des Mangemorts. Elle devait juste éviter de les tuer, si possible. Ainsi le ministère recevait régulièrement des paquets de tatoués qui avouaient tout ce qu'on voulait tant qu'on les gardaient loin du Manteau Noir et de ses méthodes musclées et controversées.

Pour la majorité de la communauté magique du Royaume-Uni, c'était un juste retour à l'envoyeur. Voldemort attaquait des familles isolées pour mieux les tenir le Manteau Noir attaquait les Mangemorts un à un pour les envoyer à Azkaban. Plus question d'attendre bien sagement la technique de blitzkrieg des Bouffecadavre afin d'avoir le droit de leur casser la gueule légalement. Evidement, le ministère condamnait fortement ses agissements. Il fallait éviter une chasse aux sorcières massive contre les familles de Sang-Purs qui ne serraient pour rien dans le terrorisme de Voldemort. Néanmoins, les gens paraissaient se satisfaire d'avoir leur Zorro attitré et suivaient ses exploits dans la Gazette. Ceci mis à part, Fudge, haut fonctionnaire à cette époque tirait avantageusement partie de la situation en multipliant les conférences et les apparitions. Cet homme avait toujours eu un don avec les média.

Et on murmurait, on murmurait, on murmurait. Du côté des adeptes de la marque, on voyait les fortunes des Sangs-Purs revenir au conjoints, aux enfants nouveau-nés, au parents proches, et on grinçait des dents. Chez les sorciers lambdas, on reprenait espoir. Ces dernières années, le terrible mage noir avait intensifié ses actions et avait définitivement adopté la violence et le meurtre pour faire accepter ses idées. Plutôt eux que nous, pensaient-ils, angoissés à la perspective de perdre un membre de leur famille, un être cher, une connaissance. Les sorciers relevaient enfin la tête. Pas très courageusement, certes, mais ça venait.

A la Gazette du Sorcier, on en faisait ses choux gras et on sortait des scoops d'un chapeau haut de forme.

Voldemort, quant à lui, pestait.

Seul Dumbledore connaissait l'identité du Manteau Noir, ce qui constituait un gage de sûreté absolue pour la concernée. Dans sa liste, certains Mangemorts avaient été véritablement manipulés par imperium, et Harry devait se montrer prudente afin de ne pas accuser d'innocents. C'est là que la legilimencie s'avérait très utile. Sûr, c'était une atteinte à la vie privée et Harry voyait parfois des scènes intimes qu'elle aurait préféré éviter, mais au moins elle était certaine de la culpabilité des gens qu'elle mettait hors d'état de nuire et envoyait en taule pour le restant de leurs jours.

Le ministère récoltait une partie de la gloire sans avoir fait grand chose pour le mériter, mais Tristan Breckham, digne précurseur de Fudge au niveau de sa stupidité chronique, avait finit par entendre raison et augmenté drastiquement les effectifs d'Azkaban. Il fit faire des stages intensifs de Patronus sous la suggestion habile de Dumbledore. La prison des sorciers était redevenue virtuellement imprenable. Par contre, pour sceller des pactes d'alliance ou de non-agression avec les races magique, il continuait à faire la sourde oreille. L'abruti.

Harry partageait donc son temps entre les missions confiées par le ministère et la chasse aux Mangemorts. Ho, elle n'en ressortait pas systématiquement indemne. Certains Mangemorts étaient coriaces et en connaissaient long sur la magie nuisible.

Non seulement l'opération Sinistros réduisait le nombre des attaques par manque d'effectifs, mais elle affaiblissait l'emprise que Voldemort avait sur les Mangemorts qui l'étaient par obligation ou par idéaux de préservation du sang. Il n'y en avait pas tant que ça qui rêvaient d'asservir les moldus et/ou de les exterminer. Et ils étaient encore moins déterminés depuis que Voldemort ne pouvait pas leur éviter la prison à vie. De fait, Dumbledore avait récemment eu des visites.

Et puis Harry n'était pas folle. Oui, Voldemort était plus faible qu'à son époque native et, oui, elle avait une chance de pouvoir lui mettre sa baguette entre les deux yeux. Cependant, ce serait du suicide de l'attaquer directement alors qu'il bénéficiait toujours du soutient d'un contingent de Mangemorts prêt à mourir pour lui.

Il fallait éloigner ses adeptes et là il serait à sa merci. C'est la stratégie qu'il avait tenté d'exercer sur elle en cinquième année. L'isoler pour la rendre moins dangereuse.


Harry traquait les Mangemorts.

Harry les ficelait et les postait.

Harry allait bosser au ministère.


La Survivante posa son sac sur son bureau et soupira un grand coup. Il pleuvait à verse dehors et elle avait emprunté le chemin des visiteurs. Elle n'aimait pas plus qu'avant la poudre de Cheminette.

On était en février et le ministère semblait en effervescence. La veille, le Manteau Noir avait empêché un groupe de Mangemorts de s'introduire aux Trois Balais. Sa petite démonstration avait soulevé les habitants de Près-au-Lard et ils étaient d'eux-mêmes venus lui prêter main forte, ainsi que quelques élèves de Poudlard en sortie. Elle avait cru reconnaître une crinière rousse dans la mêlée, mais le combat fut vite avorté par l'arrivée des professeurs surveillants. Les Mangemorts avaient transplané rapidement, laissant l'un des leurs sur le carreau. Harry l'avait ligoté avec amour puis envoyé par Cheminette au ministère, abandonnant aux fonctionnaires le soin de l'accompagner jusqu'à ce qui serait théoriquement son avant-dernière demeure.

Mais pour le moment, elle se concentra sur ce qui se passait dans le service. Ben, un vieux de la vieille, lui fit un signe de la tête pour lui souhaiter bonjour et elle lui rendit avec un retard. José, un Mexicain baraqué et moustachu d'un mètre quatre-vingt-dix qui se trimballait toute l'année avec des chemises hawaïennes, était assis sur le bureau d'Alexandra, l'unique autre fille du coin, et hochait la tête à intervalles réguliers en lui tendant la boîte de mouchoirs en papiers. Les yeux au ciel, il écoutait distraitement la brune un peu boulotte lui raconter comment s'était tragiquement terminé sa dernière histoire d'amour à grand renfort de larmes et de reniflements.

Alexandra était une romantique fleur bleue qui se faisait jeter à peu près toutes les deux semaines.

"Les hommes sont des porcs!" pleurnichait-elle. "Il m'a dit qu'il m'aimaiiiiiiiiiiiiiiit! Bouhouhouhouuuuuu!"

Le regard de José s'éclaira quand il croisa celui de Harry, qui tentait de se faire la plus discrète possible. Il lui fit des appels à l'aide désespéré, et Harry aborda Simon, un grand type qui se colorait les cheveux en argent et qui traînait partout avec un ineffable sourire canaille en coin, pour lui demander n'importe quoi qui lui passerait par l'esprit. Elle appréciait beaucoup Alex, mais la consoler aurait pu figurer en guise de quatrième tâche au tournoi des trois sorciers.

"Salut Simon, tu veux un café?"

Il lui adressa un clin d'œil complice. "Pourquoi pas?"

Elle courut jusqu'à la machine à café et remplissait deux gobelets en plastique quand Walver, son supérieur, l'apostropha.

"Hey, Callahan! Tu t'es occupée de la boîte à épingles des Sullivans?"

Boîte à épingles était une expression du jargon de Tisseur pour désigner une maison. Il y avait plein d'autres mots, et c'était une des premières choses que lui avait enseigné Graham. Ça, et descendre une bouteille d'alcool plus vite que son ombre.

"Fait! Le rapport est sur votre bureau, monsieur. Repousse-moldus, anti-tempête, anti-tonnerre, sortilège de redimension spatiale... et les autres trucs habituels, quoi. Vous voulez quelque chose à boire?" demanda poliment Harry en lui présentant un gobelet vide.

"Heu... non, non, merci."

Perplexe, Klaus Walver se rendit dans son bureau, séparé du reste de la salle par une cloison vitrée, pour inspecter le rapport de sa nouvelle recrue. Sur le trajet, il distribua quelques réprimandes à ses subordonnés qui ne se donnaient pas la peine de glander discrètement. Depuis un ans ou deux, les gens demandaient de plus en plus qu'on renforce les protections de leur baraque, mais ce n'était pas pour autant la folie dans le service des Tisseurs. Soupirant, il s'assit et attrapa le dossier cartonné qui contenait le rapport et l'historique mis à jours de Callahan. Il avala sa salive de travers et manqua de s'étouffer quand il lut le nombre de sortilèges que la jeune et jolie sorcière avait tissée autour de la maison. Treize!

Il reposa le dossier. Ok, les Sullivans pouvaient se le permettre vu leur fortune. Ok, ça rentrait dans les caisses du ministère, mais... Vingt était la limite Jonathan Graham, le meilleur Tisseur d'Europe. Lui-même ne pouvait pas en broder plus de dix-sept. La moyenne du service plafonnait à dix.

Walver avait été présent lors du concours et avait eu le droit de parcourir les copies. Callahan était passé avec un écrit assez... vraiment… un peu… beaucoup… très spécial. Toutefois, sa pratique l'avait rendu muet. Une rapidité bluffante là où ça aurait demandé un temps fou à n'importe quel Tisseur expérimenté et une efficacité qui avait rendu pantois son examinateur. Et elle n'avait que vingt-deux ans. Qu'est-ce que ce serait à quarante ou cinquante? Walver tapota ses joues pâles et retourna dans la salle principale, un autre dossier à la main. Il toussa dans son poing. "Callahan, si tu as du temps? Je peux te voir un instant?"

"Oui?" Harry s'approcha de son chef après une pique gentillette à un de ses collègues. Vu qu'ils n'étaient que sept, il valait mieux être en bon terme pour ne pas risquer l'autodestruction en cas de conflit rangé entre deux personnes. "Un problème?"

"Absolument pas. Simplement Augusta Londubat voudrait qu'on fasse une vérification du canevas de sa boîte à épingles. Tu pourrais t'en occuper?"

Traduction : vérifier l'ensemble des sortilèges apposés sur la maison.

"Si vous me sortez l'historique, y a pas de raison" répondit Harry avec un sourire radieux.

Walver lui tendit la pochette cartonnée et Harry s'assit à son petit bureau pour l'examiner. L'historique était un parchemin qui retraçait les opérations effectuées sur une maisons et comptabilisait le nombre de sortilèges tissés dessus. Il y en avait dix-sept, répartis en deux Tissages successifs. Elle jeta un œil aux noms: Marcus Jinc (en 1935), Isabella Mattiew (en 1955). Hum, un Tissage tous les vingt ans. Nickel.

Si c'était juste pour du rafistolage…

Elle prit l'adresse et mit sur sac au niveau de son postérieur en riant pour éviter la main aux fesses fictive que lui préparait Simon. Il claqua des doigts avec une moue faussement déçue. Avant de partir, elle colla un bisou sur la joue d'Alaxandra, qui renifla d'un air reconnaissant.

Elle transplana à quelques mètres de la maison des Londubat. Contrairement à ce qu'elle imaginait, c'était un petit pavillon dans le Lancashire. Il lui avait pourtant semblé que Neville avait une famille plutôt étendue… mais bon, son travail n'en serait que plus facile, elle n'allait pas se plaindre. Harry traversa le jardin boueux, sautant sur les dalles en pierres décoratives qui parsemainent le terrain pour ne pas ruiner ses chaussures. Une version plus jeune, mais pas plus aimable, de la grand-mère de Neville lui ouvrit. Ça lui paru étrange qu'elle ne porte pas son chapeau hideux à l'intérieur aussi.

Elle s'éclaircit la voix.

"Madame Londubat? Je suis-"

"La fille du ministère, je sais. C'est écrit sur votre robe!" fit la sorcière, d'humeur mordante et pas acceuillante.

La robe des Tisseurs officiels était bleu foncée et l'écusson représentait une aiguille argentée -dont le chas était traversé par un fil mauve- et une baguette entrecroisées. "Heu… oui. Effectivement."

"Vous n'êtes pas un peu jeune?" La suspicion d'Augusta se voyait comme le nez au milieu de la figure.

"Effectivement. Mais je peux vous assurer que mon âge n'a rien a voir avec mes capacités" rétorqua Harry en fronçant les sourcils.

"Si vous le dites." Elle s'éffaça et la laissa entrer de mauvaise grâce.

Harry pouvait deviner que son fils, Franck, était actuellement à Poudlard à la pendule qui trônait dans le salon. On aurait dit la même que celle des Weasley. Augusta la conduisit dans le salon. L'intérieur était simple, assez bien décoré, et assombri par des rideaux en flanelle rose foncé qui filtraient la lumière des fenêtres. Hum. Un point en moins pour la flanelle rose.

"Allez-y, faites ce que vous avez à faire et faites-le bien. Ça me coûte assez cher comme ça, cette plaisanterie…" maugréa Augusta en allant dans sa cuisine.

Harry leva les yeux au ciel, bénissant Merlin de lui avoir donné autant de patience et de bonne volonté. Elle s'assit au milieu du salon, le dos contre une chaise qui avait du voir passer les armées de Guillaume le Conquérant et se concentra.

Pendant leur année d'errance pour rechercher les Horcruxes, c'était Hermione qui avait jeté les formules basiques pour protéger leur tente. Sauf qu'entre une tente de camping et une maison de soixante-dix mètres carrés et deux étages, il y avait une différence flagrante. Et puis, certes Hermione était une sorcière incroyablement brillante, mais aucun de ses sortilèges n'aurait tenu plus de trois jours dans l'état des choses. Plus encore si Voldemort avait eu la brillante idée de lancer des Briseurs de Sorts à leurs trousses. Il les avait de nouveau sous-estimés.

Qui devait-elle remercier pour avoir fait de Tom Jedusort un crétin hautain et méprisant?

Bref, pour protéger un bâtiment, il ne fallait donc pas jeter les sorts, mais les tisser sur lui.

Suite à une semaine d'épreuves toutes les plus inutiles les unes que les autres, sauf d'avoir le mérite de le faire rire un bon coup, Jonathan Graham lui avait expliqué les bases du tissage comme suit :

"Prenons une botte. Si tu jettes un sort de préservation dessus, la magie va se fixer dessus et celle-ci traversera un marais sans être salie. Bien. La magie va former une sorte de coque autour de la botte. Une couche. Imaginons que tu désires jeter un second sort qui adoucit le cuir. Les deux sortilèges vont bêtement se superposer l'un sur l'autre et faire deux épaisseurs de magie. Comme deux crêpes l'une sur l'autre. Capito? A partir de là, plus tu rajoutes de sorts sur ta botte, plus les épaisseurs sont nombreuses. Tu suis?"

La voix de son professeur dans sa tête la fit grimacer. Que de mauvais souvenirs…

"L'inconvénient notable dans cette histoire, c'est que sous trente épaisseurs de magie, le premier sort, de préservation, va se sentir mal, s'étouffer, et moins bien fonctionner. Voir plus du tout. C'est con, hein?"

Ce à quoi remédiait le tissage. Au lieu d'ajouter les sorts les uns sur les autres, on les entremêlaient, à l'instar des mailles d'un filet. Les sorts ne s'étouffaient pas et duraient bien plus longtemps en efficacité, quand bien même on en mêlait des dizaines sur un seul support. Toutefois le tissage n'était pas une partie de plaisir. Il fallait mêler les sorts, mais pas les mélanger. Donc avoir en tête chaque sortilège avant d'en rajouter un. Jusqu'à trois, c'était relativement facile. A cinq ça ne l'était plus. Les mailles se resserraient de plus en plus et faire un "accroc" pouvait se révéler catastrophique. Mais plus les sorts étaient nombreux plus la protection était durable.

L'exercice requérait une tournure d'esprit particulière que tout le monde était loin de posséder. Minerva avait constaté que Harry était multi-tâches et, à tout hasard, l'avait confiée à Jonathan Graham. L'homme, de notoriété commune, était un pur génie.

Et un immonde salopard.

Il l'avait fait travailler sans relâche jours et nuits pendant un an et demi jusqu'à ce que ça rentre et ressorte tout seul. A la fin de son apprentissage, elle avait perdu cinq kilos et comptait ses heures de sommeil quotidiennes sur les doigts d'une unique main.

En tailleur, les paumes sur les genoux, le dos et la tête droite, Harry se concentra. Il était évident qu'une bonne maîtrise de la legilimancie était obligatoire pour approcher un tissage. Elle ferma les yeux. Le salon des Londubat était le centre de la maison. C'était ici que convergeaient toutes les énergies magiques qui vivaient en ces lieux. Pour tisser, c'était le meilleur endroit. Bien plus évident.

Elle respira profondément avant de projeter son esprit, comme si elle voulait envahir celui d'une autre personne avec la legilimancie. Au lieu d'un esprit et d'un amas de souvenir, elle visualisa les scellés qui interdisaient l'accès au nœud magique, et qui s'imposèrent à elle comme des dessins gravés au fer rouge. Petite protection pour éviter que quiconque puisse faire joujou avec les sorts de la maison. Une formalité vu l'âge de ces machins, et elle les désactiva facilement pour se plonger au centre du canevas de sortilèges. Il n'y en avait que sept et ce fut relativement aisé de leur donner un petit peu de peps.

Moins de dix minutes plus tard, elle avait terminé. Augusta haussa un sourcil en recevant la facture. "Déjà?"

"Oui, j'ai fini. Mais si vous n'avez pas confiance en moi ou en mes compétences, vous avez la possibilité de consulter pour vérifier le travail. Le service est totalement gratuit."

Harry regarda la future grand-mère de Neville dans les yeux, la mettant au défi de verbaliser ses pensées. Elle n'aimait pas qu'on mette en doute ses capacités. Non mais!

Augusta finit par hausser les épaules, aincue au jeu de la plus bornée. "Si le ministère vous fait confiance, après tout."

Harry quitta le pavillon en souriant. Elle était partisane du travail bien fait. Surtout quand ça pouvait sauver des vies.


Le matin du mardi suivant, elle prit place sur son siège de bureau, prenant garde à ne pas titiller sa blessure. Un Mangemort lui avait balancé un sort de videntraille, heureusement avorté par ses robes de mêlée. N'empêche que ça lui avait laissé une balafre qui lui traversait tout l'abdomen. Madame Pomfresh avait fait des miracles, mais ça lui faisait encore un mal de chien quand elle bougeait. Elle en avait par ailleurs profité pour emprunter ni vue ni connue deux fioles de potion de sommeil sans rêves chez l'infirmière: quelques réminiscences de sa séquestration au Château Noir la faisaient encore se réveiller en sursaut.

Ce mardi, donc, était une journée type. Alexandra semblait remise de sa peine de cœur et piochait allégement dans un grand carton de chocolats. José bullait sur sa chaise, remplissant des grilles de mots croisés. Simon, lui, regardait fixement le vide. Ben avait disparu Merlin sait où. Walver devait être dans son bureau.

Bref, une journée glande. Comme tant d'autres.

Elle jeta un coup d'œil au tableau de travail. Aucune mission. Rien, le calme plat.

Bon, bon, bon. Et bah elle n'allait pas rester là pour le plaisir, hein? Autant faire quelque chose de constructif. Elle fit un signe encourageant à ses camarades puis, s'assurant qu'elle avait bien pointé, sortit du service des Tisseurs. Ce dernier était situé au niveau deux du ministère, c'est-à-dire au même étage que les Aurors, mais à l'exacte opposée du complexe. Vu que les deux services ne pouvaient pas se piffer, c'était un choix d'emplacement très stratégique.

Harry évita les robes pourpres avec l'aisance que confère l'habitude puis emprunta un des ascenseurs pour rejoindre les étages inférieurs, n'oubliant pas de saluer une version plus jeune d'Arthur Weasley, les bras encombrés d'un tas d'objets émettant une inquiétante fumée grise. La Survivante avait fait sa "connaissance" dans l'ascenseur quand celui-ci s'était retrouvé bloqué durant trois heures. Il lui avait montré la photo d'un petit Bill de cinq ans et avait été agréablement surpris quand il apprit qu'elle venait du monde moldu. Ce qui n'était pas un mensonge. Pas totalement.

La sorcière brune flâna les deux heures qui suivirent dans le ministère, blablatant longuement avec les secrétaires désoeuvrées des hauts-fonctionnaires de Breckham. Elle n'avait jamais été très "ragots" mais elle devait avouer qu'on apprenait des choses utiles en laissant ses oreilles là où il ne fallait pas. Ca lui avait parfois donné de beaux coups de main. Rendons grâce à Parvati et Lavande, grandes pourvoyeuses de cancans devant l'éternel. Amen.

Gagner la sympathie du personnel du ministère n'avait pas été une partie de plaisir. En effet, la réputation des Tisseurs travaillait contre eux. Être les glandeurs du ministère n'avait pas que des avantages. Pas la peine de songer à faire ami-ami avec les Aurors, c'était comme chien et chats, là-bas.

En tout cas, la vieille Flavy Croaker de la Commission d'examen des créatures dangereuses n'avait pas de tels à priori et discutait à bâtons rompus avec elle à chaque fois qu'elle passait lui apporter un café. La petite vieille coiffée d'un inusable chapeau cloche mauve était un véritable puit de science. Et de temps à autres, c'est Harry qui contribuait à sa connaissance quasi encyclopédique des employés du ministère.

"Matt Neward? Owww, je ne n'aurais jamais cru ça de lui…" pouffa Flavy en entortillant ses doigts dans son long collier de perles blanches. "Enfin si, bien sûr, mais…"

"C'est Anastasia du cinquième qui me l'a dit" chuchota-t-elle d'un air roublard. "Il était tellement décoiffé qu'on aurait pu croire qu'il venait de faire du rodéo sur un dragon."

"Pour ce que je sais de Georgia Morckridge, la comparaison n'est pas si éloignée que ça de la réalité."

Le gloussement de concert des deux femmes firent se retourner les autres occupants du petit bureau, doucement réprobateurs. Indifférentes, elles continuèrent à caqueter jusqu'à ce que Flavy change de sujet. "Letho Waynes est-il déjà venu vous rendre visite?"

Haryr eut un moment de blanc. "… Qui?"

"Letho Waynes, voyons! Jeune fille!" Les joues de la respectable octogénaire se colorèrent d'une adorable rougeur. "Ce charmant journaliste de la Gazette!"

"Je ne vois pas de qui vous voulez parler. Je ne lis pas tellement les noms des auteurs des articles."

"Il est sorti de la meilleure université magique d'Angleterre, voyez-vous. Il a déjà collaboré avec le Magenmagot pour faire emprisonner des criminels. Il est très intelligent."

"Je veux bien vous croire. Mais quel rapport avec…?"

"Vous l'ignoriez?" s'étonna Flavy. "Il y aurait des rumeurs comme quoi le Manteau Noir serait doté de talents de Tisseur. C'est ce qui lui aurait permis de sauver les Warren en décembre."

"Ha… vraiment?" Harry ne put s'empêcher d'être mal à l'aise et lutta pour conserver un masque neutre.

"Oui. C'est pour ça qu'il va interviewer votre service. Pour en apprendre plus sur vos techniques."

Alors ça, c'était définitivement pas prévu.

Crotte.


Posant ses affaires d'un geste las dans le vestibule, Harry se laissa débarrasser par Sally, son elfe de maison. Elle avait acquis la petite créature au marché officiel dans des conditions qui la firent presque hurler d'indignation. Dans les grandes maisons, les elfes servaient leurs maîtres de façon héréditaires, mais il arrivait que ces mêmes maîtres doivent vendre leurs dévoués serviteurs en cas de banqueroute. Ce qui fournissait le marché officiel. Elle avait eu l'impression d'aller acheter un chien dans un refuge glauque de la S.P.A. Les elfes étaient parqués dans des cages et pire, trouvaient ça parfaitement normal.

Bien que sa seule envie eut été de tous les faire sortir de là quitte à faire sauter les verrous, ils n'auraient probablement pas compris pourquoi et auraient illico réintégré leur prison. En prime, ils auraient aussi réparé la porte.

Elle avait fui les regards profondément serviles jusqu'à s'arrêter devant une paire d'yeux pétillants d'intelligence. Sally lui rappelait Dobby, quelque part. Elle avait une conversation amusante, une personnalité bien à elle et un flair admirable. Ho, elle frisait encore la syncope quand Harry évoquait un salaire ou un jour de congé, mais elle savait qu'elle s'habituerait.

Aujourd'hui elle n'avait cependant pas la tête à parler de sa journée avec l'elfe. Cette histoire de journaliste la rendait nerveuse.

"Harry Callahan a l'air soucieuse. Désire t-elle que Sally fasse couler un bain?"

Quand elle disait que l'elfe avait du flair…

"Hum, ce ne serait pas de refus, merci Sally" soupira-t-elle.

Elle fit un détour par son bureau pour ranger des dossiers importants -dont deux ou trois qu'elle n'était pas censée posséder- et les boucla dans son coffre avec toutes les précautions possibles et inimaginables. Elle n'aurait qu'à les replacer à leur emplacement original quand elle les aurait consultés. Personne ne s'en rendrait compte.

Poudlard n'aurait pas renié sa salle de bain. Et pour être honnête, c'est un des points non négligeables qui lui avait fait choisir cette maison et pas une autre. Elle aimait prendre des bains.

Et comme elle en avait fait l'expérience, la vérité surgit souvent entre deux bulles de savon. Quand on cherche la réponse à une énigme tordue, mettons. Ici, pas d'œuf à ouvrir sous l'eau, mais des questions embarrassantes qui n'allaient pas manquer.

La transtemporelle referma la porte de la salle de bain derrière elle et se dévêtit en un tournemain. Le contact avec l'eau chaude éloigna un instant ses pensées moroses sans pour autant les faire fuir indéfiniment. Qu'allait-elle bien pouvoir dire à ce journaliste s'il décidait de fouiner dans sa vie privée? Bataillant avec ses idées, Harry s'endormit peu à peu, traîtreusement anesthésiée par les bulles et les parfums du bain.

Sally la réveilla une heure plus tard, s'inquiétant de ne pas la voir sortir.

Séchée et pas plus avancée, Harry attendit minuit précise pour attraper ses robes, pliées et glissées dans le faux-plafond -là où aucun sorcier n'irait chercher- et se rendit à Poudlard. Dumbledore lui avait accordé libre accès à sa propre cheminée. C'est ainsi qu'elle atterrit dans le bureau directorial pile à l'heure pour leur rendez-vous.


Notes de fin :

Pour ces notes, nous tenons à remercier chaleureusement les lecteurs qui ont pris de leur temps pour nous reviewer. C'est tout gentil à eux.

En passant sur le profil d'Alixe (lisez "L'Autre", en passant), nous sommes tombées sur un petit texte qui touche du doigt la "crise des reviews". C'est vrai. Il y a moins de reviews qu'avant. Nous ne nous plaignons pas, nous en sommes à 33 alors que le Harry-fille n'attire généralement pas les foules. Yay pour nous!

Si vous tombez sur un navet mal torché bourré de fautes ignobles, là… on dit pas. Mais quand on lit et qu'on apprécie, ça signifie que l'auteur a bien fait son boulot. Que, comme Ducroc, il s'est décarcassé pour pondre un récit lisible. Ça prend quoi… vraiment deux minutes top chrono de le lui faire remarquer.

Quand l'auteur regarde ses stats, il se rend compte qu'il est lu. Seulement, c'est toujours plus humain d'avoir un petit mot plutôt qu'une suite de chiffres. Si vous êtes flemmard, pensez que l'auteur aussi doit parfois se botter les fesses pour vous écrire le chapitre de votre fic préférée. Si vous ne savez pas quoi dire, réfléchissez une seconde.

Qu'est-ce que vous avez aimé? Qu'est-ce que vous n'avez pas aimé? Quel est votre personnage favori/le plus détesté, pourquoi? Un détail obscur de l'histoire que vous auriez aimé voir éclairci, bien que la réponse puisse être un spoiler (vous pouvez donc vous gratter pour l'avoir). Vous pouvez aussi commenter les passages qui vous ont le plus fait triper (3lle, si tu m'écoutes, je t'aime!!).

Dernier point, et non des moindres: c'est malheureusement vrai, mais la popularité d'une fanfic se juge à son nombre total de reviews. Si vous aimez une fic, mettre des reviews est le meilleur moyen pour faire connaître l'auteur. Donc qu'il écrivce encore plus de fics, si vous nous suivez. Merci.

Passons à présent à quelque chose de plus sympathique et joyeux: Les Trois Moires ont leur Live Journal (qui sait, vous pourriez trouver les prochains chapitres de PDR?). Cette page de publicité vous a été présentée par les productions LTM.

Prochainement dans Point de Rupture :

Albus esquissa un sourire rusé. Les épaules de Harry se secouèrent d'un rire silencieux et elle passa sa main dans ses cheveux. "Admettons, ô mon maître... Que désire l'Empereur du Monde Obscur?"