Genre : Sérieux, action, aventure.
Disclamer : Harry Potter et ses amis appartiennent à madame J.. Tous ce que les fans pourront dire n'y changera rien. Dommage.
Résumé : Lorsque Harry remonte le temps, doit trouver une maison, un job, casser du Mangemort, négocier pour éviter que Dumbledore ne mette le nez dans sa vie privée et, en plus, doit apprendre à coordonner son sac à main avec ses chaussures, tout ce qu'elle demande c'est pouvoir souffler deux secondes.
Note : Tadaaaam! Le plus long chapitre pour fêter la fin de l'année! Z'êtes contents, hein?
Note 2 : Désolées mesdames, Letho sera absent pendant deux chapitres. Soyez pas trop tristes^^. Je lui réserve pleins de choses.
Note 3 : Nous ne répondons peut-être pas toujours, mais nous lisons vos reviews, et elles nous font plaisir! Merci!
Rating : M, on ne change pas une équipe qui gagne. Gros mots, évocations du tome sept (même si depuis le temps vous auriez dû le lire!)
POINT DE RUPTURE
par Les Trois Moires
Maille 6 - Lorsque qu'on attaque Voldemort, Voldemort contre-attaque.
Précédemment dans Point de Rupture: De plus en plus de Mangemorts sont envoyés à Azkaban et la communauté magique reprend espoir grâce aux interventions du Manteau Noir. Harry, qui travaille au ministère, se fait à cette nouvelle vie mais reste attentive à ne faire aucune erreur de peur d'être démasquée.
Les chandelles vacillèrent sous le brusque courant d'air glacé qui manqua de les faucher. Un Mangemort, agenouillé près d'une immense fenêtre, se réchauffa discrètement le bout des doigts en les frottant contre le tissu de sa robe sombre. Un couple se rapprocha insensiblement pour partager sa chaleur corporelle, sans perdre une seule seconde du regard l'individu mince et à demi-penchée sur l'âtre de la cheminée en marbre.
Un courant d'air glacial s'engouffra dans ce qui avait autrefois été une salle de réception et s'immisça sous les lourdes tentures de velours qui calfeutraient les fenêtres et baies vitrées de la pièce, et sous les vêtements des sorciers et sorcières rassemblés, leur arrachant un frisson.
Le feu émeraude de la cheminée se contorsionna, se replia sur lui-même, tordu par la main du vent glacé avant de reprendre contenance et de continuer à éclairer la salle avec plus de détermination. Cependant, malgré le brasier qui dansait dans l'âtre, les Mangemorts ne ressentaient pas la moindre chaleur émanant de cette dernière.
Une partie de Lucius se demanda si cela avait quelque chose à voir avec la forme pensive et silencieuse de Voldemort qui se tenait juste devant le feu. Il rabaissa vivement la tête quand son maître bougea, de peur d'être prit à le regarder en face. Quelques mois auparavant, il se serait sans doute émerveillé de cette capacité à exulter le froid par sa simple présence, mais à présent il n'en était plus très sûr. A côté de lui, Abraxas, son père, fronça les sourcils, manifestement concentré sur quelque chose d'important. La gorge asséchée par l'atmosphère maintenant arctique, Lucius fit de son mieux pour déglutir et humecter ses lèvres fendues. Il ne put tout à fait retenir un tressaillement lorsqu'un corps dénué de chaleur rampa près de lui, effleurant son poignet. Nagini louvoya parmi les fidèles grelottant de froid et de peur, les faisant sursauter dès qu'elle les frôlait de ses écailles.
"Crabbe, Jugson, McNair, Avery, Karkaroff, Wilson."
La voix de Voldemort trancha dans ce silence comme la lame d'une guillotine. Certains Mangemort, qui regrettaient déjà de s'être placés aussi près de leur seigneur, se firent violence pour ne pas boucher leur oreille. Voldemort savait pertinemment que le fourchelang était très désagréable à entendre pour le commun des mortel, et éprouvait un plaisir sadique à entremêler le langage des serpents à ses paroles quand il souhaitait donner de l'emphase à son discours. Il eut la satisfaction de sentir ses gens vaciller lorsque le sifflement s'insinua en eux. Il pouvait goûter leur peur à travers les sensations envoyées par Nagini, qui escaladait actuellement les genoux d'un Goyles pétrifié.
"Et d'autres." Les plis et drapés de la longue robe de sorcier de Voldemort tourbillonnèrent quand il se retourna brutalement dans leur direction. Il fixa ses sbires d'une pupille sanglante et désertée par toute forme de clémence. Les ailettes de ce qui lui restait de nez frémirent, ses yeux flamboyant de rage mal contenue. Les Mangemorts arboraient un teint cadavérique, ce qui était tout à fait compréhensible. Se trouver devant Lord Voldemort n'était pas une chose agréable en soit, lui faire face alors qu'il était en colère était bien pire.
Le mage noir pinça les deux lignes pâles qui lui servaient de lèvres, les faisant presque disparaître. Son visage devint un masque crayeux, uniquement animé par les deux points incandescents de ses yeux. "Tant de loyaux Mangemorts qui pourrissent dans les geôles sordides d'Azkaban. Ou qui sont mort."
Il saisit sa baguette -l'assistance eut un mouvement de recul- et fit monter un feu d'enfer dans la cheminée. Cependant, les flammes étaient loin de réchauffer les personnes présentes et Abraxas, qui agrippa le bras tremblant de son fils, savait lui que ça n'avait rien à voir avec la présence de Voldemort. Le feu était purement décoratif. Juste un élément de plus dans le jeu théâtral du sorcier qu'il avait connu sous le nom de Jedusort quelques décennies auparavant.
"Ce damné Manteau Noir," siffla l'hériter des Gaunt. "Son audace touche à l'insolence... Et s'il y a quelque chose que je ne tolère pas, c'est l'insolence. Rookwood!"
Le Mangemort concerné sursauta violement, comme si on l'avait giflé. "Oui, maître?" croassa-t-il, sentant sa dernière heure arriver.
Etre un bon Mangemort était délicat. Il fallait être efficace, humble et discret. Ce dernier point était surtout utile quand le maître était fâché et qu'il cherchait un bouc émissaire sur lequel passer sa hargne. Et encore plus si on avait une mauvaise nouvelle à lui annoncer.
Voldemort darda ses yeux si dérangeants sur le Mangemort terrorisé. "As-tu fait ce que je t'ai demandé?" lui demanda-t-il d'une voix sirupeuse. Evidement, il connaissait déjà la réponse. La legilimencie était véritablement une capacité merveilleuse.
Rookwood se lécha nerveusement les lèvres, préparant sa réponse de son mieux. "Personne au ministère ne sait, maître. J'ai cherché partout. Hélas, seul le vieux fou est au courant de-"
"Endoloris," coupa Voldemort.
Rookwood tomba la tête la première contre le sol et se tortilla, hurlant de douleur. Nul ne fit un geste pour l'aider. Personne de censé n'aurait attiré l'attention du seigneur noir sur lui, en ce moment. Chaun pour soi.
Le descendant de Serpentard attendit quelques secondes avant de relâcher l'impardonnable d'un geste nonchalant. "Tu aurais dû mieux chercher, voilà tout." Il prit un air pensif. "Dis-moi, Rookwood…" reprit-il d'une voix suave alors que son serviteur se redressait avec courage sur ses deux genoux non assurés. "Pourquoi ce Manteau Noir est-il si dangereux?"
Nagini serpenta vers lui et il vit sa langue poindre hors de la tête triangulaire. Rookwood en aurait presque pleuré de désespoir si sa dignité ne l'en avait pas empêché. "Parce que… parce qu'il utilise nos méthodes contre nous, mon seigneur?"
Voldemort tapota sa baguette de l'index. Réponse incomplète.
Tremblant de tous ses membres et sentant la bile remonter à contre-courant dans sa gorge, il continua. "Et il parce qu'il se fiche d'avoir des preuves matérielles pour nous malmener et révéler la Marque, contrairement aux Aurors?"
"Bien," dit le mage noir.
Rookwood releva rapidement la tête, stupéfait. Qu'est-ce que cela signifiait? Le maître allait-il l'épargner?
Plus loin, Abraxas ferma les yeux après avoir été témoin de l'espoir naissant dans ceux du jeune Mangemort. Il faillit soupirer mais se retint de justesse. Pauvre Rookwood.
Le grand sorcier acquiesca lentement, sachant que tous les regards étaient sur lui. Il était conscient de ce qu'ils pensaient tous. Allait-il faire preuve de mansuétude? Il sourit. "Oui, Rookwood. Bien. Très bien. Le Manteau Noir se fiche de la Loi alors que ces pathétiques Aurors doivent s'y conformer. Ceci, même ce cher Bartemius Croupton sr. ne peut rien y changer." Il vit la pomme d'Adam de Rookwood s'agiter dans sa gorge et distingua la stupeur dans ses prunelles. Son sourire s'élargit.
Un frisson collectif agita cette fois l'ensemble des Mangemorts. Abraxas attira son fils près de lui au cas oèu les évenements déraperaient. Lucius observa son père à la dérobée, intrigué par son attitude inhabituelle. Abraxas n'avait jamais été un père très attentif. De plus, pour une fois, le maître semblait d'humeur charitable. Peut-être pensait-il que s'il pardonnait leurs fautes aux Mangemorts, ceux-ci ne cavaleraient pas voir le vieux fou?
Toutefois, Lucius ne connaissait pas Voldemort aussi bien que son père.
"Mais pourquoi ne s'embarrasse-t-il pas de preuves?"
La phrase du mage noir tua tout espoir chez Rookwood. Nagini se redressa, sa langue bifide sortant régulièrement de sa gueule pour goûter l'air et la peur ambiante qui la viciait, attendant les ordres de son maître.
"Parce qu'il sait," dit Voldemort sans attendre de réponse, visualisant très bien les larmes qui pointaient aux paupières du Mangemort. Voldemort se dressa devant la cheminée, plongea ses yeux écarlates dans l'intensité du feu magique. Le reflet émeraude des flammes créa un éclat inquiétant dans ses yeux. Un éclat terrifiant. Dément. "Il sait." Son visage se tordit en un rictus abominable, comme cette constatation s'ancrait plus profondément en lui. "Il sait. Et comment pourrait-il savoir?" murmura-t-il plus doucement, presque pour lui. "Il ne peut pas. A moins qu'on n'en l'ait informé." Il se retourna à peine vers son serviteur. "Qu'en penses-tu, Rookwood?"
"Vo… votre raisonnement est sans nul doute juste, maître. Et je vous assure que je n'y suis pour rien dans-" sanglota-t-il avant d'être impitoyablement coupé.
"Je sais, oui. Mais tu m'as déçu." Voldemort agita sa baguette. "Avada Kedavra."
Rookwood tomba mort contre le sol, les yeux grands ouverts.
Et Harry se réveilla en sursaut.
Ses mains, crispées sur les draps du lit, se portèrent à sa cicatrice. L'éclair habituellement blanchâtre avait tourné au rouge coléreux. Gonflé, il envoyait des vagues de douleur dans toute sa tête. Même sans avoir assisté à la scène de la salle de réception, Harry aurait su traduire la réaction de sa cicatrice, depuis le temps qu'elle côtoyait le mage noir et ses sautes d'humeurs intempestives. Voldemort était furieux.
La transpiration de la sorcière gela sur sa peau, comme si le froid de la salle ayant accueilli la réunion des Mangemorts la poursuivait jusque dans sa chambre à coucher. Elle s'entoura les épaules des bras, sentant qu'un rire nerveux imminent allait la secouer d'une minute à l'autre. Si Voldemort savait qu'il était le seul dans la pièce à le trahir, il en ferait sans doute une crise de nerfs d'une ampleur sans précédents.
Elle repoussa les draps humides, en fit une boule, et les jeta dans une corbeille prévue à cet effet. Réveillée et trop alerte pour espérer pouvoir se rendormir, elle tira un trait sur l'idée de faire une nuit complète et ouvrit ses volets. Il faisait encore nuit dehors et elle entendit une chouette lui souhaiter une bonne journée. Paresseusement, elle s'accouda à l'encadrement pour respirer l'air frais. Il n'y avait que de la campagne à perte de vue et c'était incroyablement reposant. Elle n'aurait pas supporté de vivre en ville. On aurait put supposer qu'Harry, avec la vie 'excitante qu'elle menait depuis ses onze ans, serait plus à l'aise dans une grande ville mais la vérité c'était qu'elle choyait sa tranquillité. C'était loin d'être le seul paradoxe qu'Harry entretenait, du reste.
Son réveil l'informa qu'il n'était que cinq heures vingt-cinq du matin. Elle soupira et décida d'attendre au moins huit heures avant d'informer Albus des événements récents du Château Noir. Le pauvre avait une école à diriger, ce qui était déjà assez fatiguant comme ça. Et pour ce qu'elle en savait, il n'était pas insomniaque. Lui.
Harry haussa les épaules, se traîna à la douche pour gommer les effets physiques de son rêve, puis revêtit un jean, un pull et une robe ouverte sur le devant et descendit à la bibliothèque. Il y avait ici deux ou trois livres qui méritaient qu'on les ensorcelle pour les garder loin des yeux indiscrets. Elle n'était pas naïve au point de penser que personne ne viendrait jamais chez elle. Alexandra prévoyait déjà de visiter les lieux en personne pour vérifier qu'elle vivait et se nourrissait correctement.
Alexandra ne prenait pas 'non' comme une réponse acceptable.
La sorcière brune attrapa Les Mille et Uns Usages du Reducto et le rangea à côté de Forces Obscures Mais pas Malignes derrière un rayonnage en bois qui coulissait et qui avait autrefois accueilli quelques remarquables bouteilles d'un Bourbon de qualité. Bourbon ayant appartenues à un ancien propriétaire qui faisait des cachotteries à son épouse. Bourbon qui se trouvait à présent dans son bar. Elle tissa des sortilèges solides pour éviter qu'on remarque quoique ce soit ou qu'on lance un accio dessus. Un Sorcier ne penserait de toute manière pas à une cachette moldue. Harry avait gentiment mais fermement interdit à Sally de mettre les pieds dans la grande pièce, pendant tout le temps où elle n'aurait pas fini de ranger elle-même les nombreux ouvrages. La petite elfe de maison n'avait pas fait de difficultés, acquiesçant avec une gravité et un sérieux à toute épreuve. Certains livres provenaient de Fleury et Bott, d'autres, moldus, de Londres, mais elle en avait récolté une partie chez Barjow et Beurk, et plus généralement dans Allée des Embrumes. Bien qu'elle n'aie pas de raison de se méfier de son elfe, Harry ne tenait pas à ce que la petite créature sache qu'elle avait ce genre de lectures. Il y avait des limites à ce qu'on pouvait partager avec les gens. Même avec des personnes aussi dignes de confiance que Sally.
La bibliothèque ressemblait à celles qu'on voit dans les films. Une pièce énorme, des rayonnages sur plusieurs niveaux, montant jusqu'au plafond, des échelles… le rêve de tout amateur de livres. Le premier niveau était déjà occupé par des classiques moldus. Hermione l'avait convertie aux grands auteurs bien malgré elle. La réussite dont elle était la plus fière, selon elle.
Harry se demandait encore si c'était une plaisanterie ou non.
Elle eut tôt fait de tout terminer. Bien, Sally pourrait venir et faire quelque chose pour les baies vitrées qui avaient sérieusement besoin d'un coup de propre. Les toiles d'araignées prospéraient dans tous les sens et leur locataires étaient occasionnellement venues lui rendre visite. Vers sept heures et demi, Harry rejoignit la cuisine et se prépara tranquillement de quoi déjeuner, faisant griller œuf et bacon sur la plaque. Dix minutes plus tard, un petit cri aigu interrompit son café noir. Sally se tenait sur le seuil de la porte, une expression décomposée sur le visage, ses petites mains croisées sur sa bouche. "Harry Callahan est déjà levée?! Sally s'est réveillée trop tard?!" fit-elle, catastrophée.
"Non, non. C'est moi qui suis tombée du lit. Tu n'as pas à t'en vouloir."
"Mais Harry Callahan a du faire son petit déjeuner toute seule! Sally est une mauvaise elfe!"
Elle s'approchait dangereusement du mur et Harry dut s'y reprendre à trois fois pour calmer la petite créature afin de lui faire comprendre que non, ce n'était pas grave et que non, elle ne devait pas se punir. Rassurée, l'elfe demanda timidement si elle avait besoin d'autre chose.
"Je vais partir au Chemin de Traverse puis au ministère, mais si tu pouvais passer dans la bibliothèque? Elle a besoin d'être nettoyée," demanda-t-elle en posant sa vaisselle dans l'évier.
"Bien sûr. Est-ce que Harry Callahan sera là pour manger ce midi?"
"Si c'est le cas, je serais rentrée vers onze heures. Sinon, je goûterais à ta délicieuse cuisine ce soir," sourit-elle.
Sally rougit des pieds aux oreilles et bafouilla des remerciements. Complimenter un elfe était un véritable art, vu leur tendance masochiste à se punir pour un rien. Heureusement, Sally était plus futée que la plupart de ses pairs.
On était début mars et si les pluies diluvienne s'étaient apaisées, l'agitation perpétuelle qui animait le ministère ne diminuait pas, elle. Même à neuf heures trente du matin.
Enfin, sauf chez les Tisseurs. Le petit bureau représentait une sorte de havre de paix perpétuelle dans la foire incessante du ministère. Quand Harry franchit la porte, elle n'y trouva personne. Rien d'étonnant à cela. Ce n'était pas non plus comme si les particuliers voulaient voir des gens du ministère débarquer chez eux aux aurores pour faire des choses dans leur salon. Les demandes qui leur parvenaient exprimaient généralement le désir que les Tissages soient réalisés dans l'après-midi. La veille, Harry s'était arrangée avec Alexandra et Simon pour garder les locaux au cas où une requête urgente arrivait de façon inopinée. Les deux Tisseurs profitaient d'une grasse-matinée et la rejoindraient plus tard. L'arrangement était aussi vieux que le Bureau. Ben remplaçait les autres et allait débarquer incessamment sous peu. Quant à Amadeus, c'était étonnant que le Français ne soit pas déjà là. C'était la seule personne à peu près ponctuelle du service.
Elle s'installa donc à sa table de travail et se prépara à piquer un petit roupillon jusqu'à onze heures, où Alexandra viendrait la remplacer. Mais alors qu'elle posait son sac et se massait la joue, un léger bruit la fit se retourner vivement, une main sur sa baguette. Une jeune fille plus rousse que Ginny, en uniforme de Poudlard et échevelée par un réveil brutal, venait de quitter la chaise d'Alexandra avec la mine paniquée d'une gosse prise la main dans le bocal à sucreries. "Dé… désolée! Je ne comptais pas… enfin… je n'ai vu personne arriver à huit heures alors je me suis un peu… assoupie," bégaya-t-elle en tentant maladroitement de replacer ses mèches désordonnées derrière son oreille.
Harry, qui rangeait précautionneusement sa baguette dans un endroit plus sûr, le cœur encore battant, allait ouvrir la bouche pour lui demander ce qu'elle faisait là et puis la vue de l'uniforme familier lui remémora la note de service toujours épinglée au tableau. Ha, oui, les étudiants en stage. Comme quoi, Ben s'était trompé: il y avait bien des masochistes à Poudlard. La Tisseuse observa les mains tremblantes de la jeune fille et allait pour la calmer, quand elle la regarda vraiment. Foudroyée, Harry oublia comment respirer.
Pour cause.
Les yeux verts qui la fixaient avec angoisse étaient les mêmes que les siens.
"Je m'appelle Lily Evans. Je suis là pour le stage de d'orientation des cinquièmes années. On m'a dit qu'il y avait encore de la place chez vous."
Harry déglutit. La pièce sembla un instant bien plus petite qu'à son habitude et commença à tourner autour d'elle.
"Vous allez bien?" s'enquit Lily avec inquiétude.
La plus âgée des deux sorcière dût prendre appuis sur sa chaise pour ne pas tomber. Elle eut un sourire bancal qui n'avait rien de joyeux. "Ca va. Merci. Je n'ai pas beaucoup mangé, ce matin. Donc vous… vous voulez être Tisseuse? C'est rare à votre âge."
"Ah, oui. Disons que je suis juste curieuse pour l'instant. Je voulais profiter du stage pour savoir comment ça se présentait."
Dumbledore. Elle allait tuer ce vieux manipulateur.
C'était assez bizarre de parler avec une mère qu'elle ne connaissait qu'à travers des photos et des souvenirs qui ne lui appartenaient pas. Elle remarqua que Lily se dandinait, gênée. Elle lui offrit un siège et un café, ne se sentant pas de rester debout plus longtemps. A épier chaque mouvement, chaque mot de la jolie rousse, Harry eut la fugace impression d'être une voyeuse.
Lily était… et bien, était une charmante adolescente de quinze ans. Un mètre soixante à tout casser, une longue chevelure d'un roux presque rouge qui cascadaient dans son dos, deux grands yeux émeraude, des mains constellées de tâches d'encre à la couleur passée. Rat de bibliothèque, lui souffla la voix d'Hermione à l'oreille, extatique. Elle sourit au regard interrogateur que Lily lui lança. Harry se prit à constater qu'elles avaient la même forme de visage. Les mêmes lèvres, aussi. Béate, elle ne remarqua pas le sourcil perplexe que sa futur mère fronça.
L'étudiante prit le gobelet fumant avec précaution et la considéra par-dessus tout en soufflant sur le liquide sombre. La femme qui l'avait trouvée en pleine démonstration de laisser-aller avait une expression faciale qui ressemblait à celle de James Potter quand il la croisait dans les couloirs, juste avant de lui demander de sortir avec elle. Un peu abrutie.
Mais bon, elle, elle ne traînait pas l'aura de stupidité permanente qui caractérisait son condisciple de Gryffondor.
Grande. Lily estima sa taille, avec une pointe d'amertume, aux environs immédiats du mètre quatre-vingt. Elle avait de long cheveux noirs de geai que lui jalouseraient la plupart des filles de Poudlard. Quelques mèches d'ébène lui tombaient sur le front, découvrant parfois une cicatrice à la forme saugrenue. Ses yeux lui disaient quelque chose mais le diable l'emporte si elle savait quoi. En résumé, l'autre était belle. Et elle avait des jambes magnifiques, la garce. Groumf. Lily renifla mentalement. "Vous connaissez l'heure d'arrivée des membres du Bureau?"
Sa vis-à-vis arqua un sourcil surpris. Que voulait-elle dire? "… Je vous demande pardon?"
"Oui, j'aimerais parler à un Tisseur pour savoir ce que je dois faire. Comment mon stage va se passer, ce genre de choses..."
Harry cilla. Et explosa de rire. Pliée en deux, elle entrevit Lily devenir aussi rouge que ses cheveux, se demandant ce qu'elle pouvait bien avoir dit de drôle. Harry se tapa la cuisse, en hoquetant de rire. "Vous pensiez que j'étais quoi? Une secrétaire?"
L'expression épouvantée de Lily la fit de nouveau partir dans un grand accès d'hilarité.
Elle bafouilla, essayant de se rattraper. "Ho… homondieu! Je ne voulais pas vous offenser, je p-pensais que…"
"Que tous les Tisseurs étaient des vieux," pouffa Harry. "Vous avez presque raison, mais je suis une exception. Harry Callahan, ravie de vous rencontrer, miss Evans."
Mortifiée par son propre comportement, elle lui serra aussitôt la main. "Enchantée."
"Je crains qu'il ne vous faille patienter au moins une heure de plus. Nous sommes des lève-tard. Mais je peux toujours vous faire visiter le ministère, si vous le souhaitez."
Lily accepta, heureuse de pouvoir changer de sujet. Elle laissa ses affaires sur place, sur le conseil de miss Callahan -appelez-moi Harry- et la suivit dans les couloirs du ministère.
"Vous n'avez pas eu trop de mal à trouver? Ça fait assez trou, quand même," s'enquit Harry en entrevoyant la rousse trottiner à ses talons.
"Non, j'ai été aidée par un guide."
Guide qui l'avait abandonnée sans vergogne à l'entrée d'un bureau des Tisseurs exempt de toute présence humaine. La préfète de Gryffondor avait stressé comme pas possible en ne voyant personne. Elle avait crut un moment que le guide l'avait laissée au mauvais endroit et craignait de ne plus pouvoir repartir, n'ayant pas très bien retenu le chemin de retour.
"La prochaine fois, je mettrais des cailloux blancs dans ma poche," marmonna t-elle.
"Je ne pense pas que ça puisse vous servir, les elfes font le ménage tous les jours. Vous seriez plus inspirée de semer des bonnets tricotés main," sourit Harry, devant elle, ayant surprit ses paroles.
Étonnée, la préfète de Gryffondor accéléra le pas pour venir à côté d'elle. "Vous connaissez le conte du Petit Poucet? Alors vous êtes…"
"Née Moldue, puisque c'est le terme consacré. Je trouve le politiquement correct honteusement hypocrite, mais que voulez-vous?" souffla sa guide, mi-exaspérée, mi-amusée.
"Je suis impressionnée," débuta Lily alors qu'elle se poussait contre le mur pour laisser le passage à un petit homme barbu plus large que haut dans le couloir très étroit. "C'est très… difficile de devenir Tisseur."
"Née Moldue ou pas, tant que vous avez le talent, vous avez autant de chance qu'un autre de pouvoir obtenir ce poste, miss Evans," sourit Harry.
"Ce n'est pas ce que je voulais dire," rétorqua rapidement Lily. "Simplement, le ministère…"
"N'observe pas de politique de préférence à l'égard des Sang Pur. Enfin, pas pour le moment," grommela la brune dans un ton si bas que Lily ne l'entendit pas. Puis, elle reprit plus haut. "Vous avez d'autres camarades ici?"
Elle la fit monter dans l'ascenseur, bifurquant sagement avant le chemin qui menait au bureau des Aurors, le visage serein. Lily n'aurait jamais su rester aussi calme si quelqu'un avait sous-entendu, même avec candeur, que c'était incroyable qu'elle ait les capacités requises pour exercer son travail.
"Quelques-uns," répondit-elle de mauvaise grâce. Potter et Black s'étaient jetés sur les quelques places proposées par les Aurors comme autant de vautours affamés par des jours de jeun. Marlene McKinnon, sa meilleure amie, les avait suivis. La fille aux lunettes rondes l'avait regardée comme une extra-terrestre quand elle lui avait annoncée qu'elle voulait voir ce que donnaient les Tisseurs. Elle, et quelques autres.
Harry lui fit faire le tour du propriétaire et Lily insista pour éviter le bureau des Aurors. L'adulte ne lui en demanda pas la raison, trop heureuse de se tenir éloignée de leurs ennemis mortels, et elles firent simplement un détour. La cinquième année ne mourrait pas d'envie de rendre visite à ses camarades. Et si elle pouvait éviter Potter, elle ne s'en porterait que mieux. Harry se révéla être d'une compagnie agréable, dotée d'un humour corrosif qui n'épargnait personne tout en restant juste et objective. Elle lui présenta aussi des gens qui occupaient des postes dont elle n'aurait pas soupçonné l'existence. Qui savait qu'il existait une escouade spéciale chargée de scruter une carte magique englobant tous le Royaume-Uni pour surveiller les utilisations illégales de la magie? Flavy Croaker, une étonnante petite mémé qui avait, à l'entendre dire, dansé le charleston dans les plus grands palaces américains à l'époque de la Prohibition, se révélait être un puits de science et connaissait par cœur tous les rouages du ministère. Sa consommation de café était inquiétante, toutefois la vénérable grand-mère semblait uniquement carburer à l'arabica sans sucre, accompagné d'une goutte de gin quand l'occasion se présentait.
"On ne fait quasiment rien de la journée. Autant se faire des amis, non?" avait plaisanté Harry en la ramenant au bureau.
Elle s'était découvert des affinités avec la jeune femme sympathique et n'hésitait pas à lui poser telle ou telle question sur le ministère ou sur d'autres sujets. Flavy Croaker était incollable, mais Harry ne s'en sortait pas mal non plus. Lily découvrit l'utilité du ragot, qui permettait de monter un réseau d'Intelligence pour peu qu'on sache démêler le vrai du faux dans tout ce que les secrétaires babillaient entres elles durant leur pause.
A la seconde où elle posèrent le pied dans le local, Lily fut coupée au milieu de sa question sur le fonctionnement de la communication interne -très simple, elle était inexistante- et fut accaparée par une femme rondelette au visage souriant. Ses joues roses étaient encadrées par des cheveux frisés châtains et si elle avait la cinquantaine bien entamée, elle n'en restait pas charmante.
Elle était aussi réactive qu'Harry puisqu'elle lui sauta dessus pour lui serrer la main avec un enthousiasme débordant. "Et dire que je ne voulais pas y croire!"'
"Alexandra, tu vas lui faire peur," la gronda gentiment la brune.
"C'est qu'on en voit si peu, des jeunes," s'excusa la Tisseuse. Alexandra jeta un coup d'œil acéré sur la main de Lily, qu'elle tenait encore. Elle eut une expression affligée. "Ma pauvre enfant, regarde l'état de tes ongles! On dirait que tu viens de déterrer des mandragores à main nue, allez viens, je vais t'arranger ça sur le champ!"
"Mais…" voulut protester Lily. Elle lança un appel à l'aide silencieux à Harry, comme Alexandra la traînait littéralement vers un fauteuil. Cette femme avait une force étonnante. Harry haussa les épaules avec fatalité et lui montra ses propres ongles, soigneusement manucurés une fois par semaine par sa collègue.
"Mais rien-du-tout." La Tisseuse débarrassa son bureau des tonnes de papiers qui l'encombraient et la fit s'asseoir dessus avec une autorité surprenante. Elle prit la chaise et sortit un nécessaire à manucure de son sac à main. "Ma chérie, une chose que tu dois apprendre si tu veux faire partie des nôtres, c'est que les Tisseurs sont la vitrine du ministère," expliqua-t-elle très sérieusement. "Les Aurors passent le plus clair de leur temps dans la boue et sous la pluie, mais un Tisseur ne peut se permettre de faire négligé. C'est une règle d'or."
Lily papillonna des yeux, admettant à contre cœur que ce n'était pas nécessairement dénué de logique, quand un moustachu portant une affreuse chemise hawaïenne flashy débarqua dans la pièce. La mâchoire de l'étudiante percuta le sol.
"Salut, José," fit sobrement Harry en le saluant, se retenant à grand peine d'éclater de rire.
"José," fit glacialement Alexandra. "Ton mauvais goût est une insulte à ceux d'entre nous qui faisons un effort pour paraître bien habillés."
"J'aime mes chemises," répliqua fortement le Mexicain. C'était un vieux sujet de disputes entre eux. Disputes qui se terminaient aussi rapidement qu'elles avaient débutées.
Une espèce de Sirius à la soixantaine bien tassée et teint en argenté lui fit honteusement des avances jusqu'à ce qu'Harry lui rappelle distraitement qu'elle était mineure et que s'il n'arrêtait pas immédiatement, elle le traînerait par les cojones -José grimaça- au bureau de la justice magique pour atteinte à la pudeur sur mineure de moins de seize ans. Un vieux sorcier du nom de Ben l'avait gentiment saluée et un homme impressionnant du nom de Walver lui dit, avec un extrême ennui, de rester avec Harry puisqu'elles s'entendaient si bien. Sur le coup de midi, un homme à l'accent français se rua à l'intérieur de la pièce, les cheveux ébouriffés et marmonnant des excuses à ses collègues. Simon, le vieux Sirius, le taquina à propos des marques rouges qui dépassaient de son col. L'objet des plaisanteries boutonna entièrement sa chemise en jetant un regard sombre à l'argenté et s'assit sur sa chaise pour ne plus prononcer un seul mot de la journée.
La sorcière brune passa le reste de la matinée à lui expliquer patiemment les bases du Tissage et ses subtilités tandis que sa manucure autoproclamée tripottait ses mains en s'indignant sur leur état honteux. Son carnet de notes serrée contre elle -elle devrait rendre un compte-rendu de stage au professeur McGonagall à la fin de la semaine- elle écoutait religieusement le cours de la brune. En parallèle, elle découvrit qu'écrire était une tâche ardue quand on se faisait limer les ongles.
"Maintenant," conclut t-elle, "l'important est de savoir si tu es, ou seras, capable de Tisser au moins sept sorts. C'est le minimum requis pour passer le concours du ministère. Les boîtes privées sont moins exigeantes, néanmoins. Tu as déjà fais des tentatives?"
"J'ai parcouru les ouvrages qui évoquent le sujet à la bibliothèque de Poudlard," admit la jeune en rougissant. "Mais c'était assez flou."
Harry acquiesça, narquoise. "Je peux imaginer pourquoi. Franchement, la plupart de ces livres sont écrits par des types qui n'ont aucun talent. Ils ne peuvent donc pas en parler convenablement. C'est incompréhensible pour les non initiés."
"Donc les livres ne servent à rien?" Lily était presque scandalisée à l'idée d'imaginer ça. C'était contraire à tout ce en quoi elle croyait depuis des années.
"En gros? Oui. Rien ne remplacera jamais ta propre expérience." Elle leva son index et son majeur en l'air. "Il y a deux sortes de Tissages. En tout premier lieu, celui qu'on pratique en majorité ici, celui des nœuds magiques. Certains peuples dits 'primitifs' pensent que les maisons sont des endroits particuliers où les forces spirituelles sont très concentrées. C'est vrai. Toute construction, quelle qu'elle soit, où vit et a vécu un être vivant, finit par s'imprégner de magie."
"Même les maisons de Moldus?" demanda Lily, dubitative.
"Même les maisons de Moldus," approuva sa vis-à-vis. "Ils en possèdent moins que les sorciers, moins que les Cracmols, ainsi que la majorité des créatures magiques, mais ils n'en sont pas totalement dépourvus. Ne répète pas ça à n'importe qui, tu te ferais lyncher. Le nœud magique d'une maison de Moldu sera évidement plus faible et plus petit que celui d'une maison sorcière, mais il sera là. Dans une ruine aussi, on peut trouver un reste de magie."
La Gryffondor se mit à noter frénétiquement. Réjouie, Harry la laissa faire.
"Le nœud magique distribue l'énergie partout dans la maison, un peu comme un réseau électrique, si tu veux. La magie coule dans les murs, le parquet, le plafond, dans toutes les pierres et les briques qui la composent. On agit dessus pour le modifier selon nos désirs et étendre facilement un sortilège sur toute la maison, à l'intérieur même des pierres."
"Il y a des limites spatiales?"
Harry sourit. "Bonne question. Bizarrement, les limites de l'influence d'un nœud magique sont l'enceinte du lieu qu'il délimite. Disons… la palissade qui entoure le jardin, par exemple. On pense qu'il y a un rapport avec l'idée que se fait le propriétaire de la largeur de son domaine. Le Tissage n'est pas une science exacte."
Lily grimaça quand Alexandra lui tordit impitoyablement la main pour avoir accès à son pouce. "Comment ça se fait?"
"Ce genre de Tissage nous vient des anciennes sociétés claniques où la possession était une notion très importantes. La maison d'un individu, c'est le terrain qu'il considère comme tel. Bref, en agissant sur le nœud, on agit sur la maison dans son entièreté. Vu qu'un nœud n'est pas quelque chose de strictement matériel, pour réussir dans cette branche il faut être doué pour projeter son esprit. Autrement dit, en legilimencie."
Dubitative, Lily stoppa la danse furieuse de sa plume. "Je croyais que ça ne servait qu'à envahir les souvenirs d'une autre personne. Pas à projeter son esprit?"
Harry haussa les épaules. "Ça revient à ça. Tu penses vraiment qu'on peut visiter la caboche de quelqu'un juste en claquant des doigts?"
"Dis comme ça…"
"Ensuite, la seconde partie. Le Tissage ex-nihilo."
"A partir de rien," traduisit Lily, passionnée, offrant sa main droite à l'autre Tisseuse qui s'en saisit avec avidité. Elle changea sa plume de main pour continuer à écrire. Elle avait toujours su qu'être ambidextre servirait un jour.
"Exact. Tisser sur des objets. Avec une maison, on a une base sur laquelle travailler. Son nœud. Il suffit de modifier ce nœud, d'ajouter des sortilèges, rien de bien compliqué quand on y réfléchit. Le processus n'est pas sorcier. Le Tissage ex-nihilo, c'est une autre paire de manches. Le principe est le même, seulement, il n'y a pas de nœud déjà existant dans un objet. Tout doit être construit par le Tisseur. Prenons une botte..."
La journée se déroula studieusement pour Lily. Harry lui fit essayer le Tissage ex-nihilo sur une lampe de bureau qui s'empoussiérait dans un coin. Ça n'avait pas été concluant, mais ça ne signifiait rien du tout selon l'adulte. Sur le coup des sept heures, Harry raccompagna Lily dans l'atrium, devant la fontaine de la fraternité magique. Le nez d'Harry se fronçait à chaque fois qu'elle passait devant. Cette monstruosité était une atteinte au bon goût.
Le professeur McGonagall était là, ainsi que quelques autres élèves. Des Serdaigles, des Pouffsouffles et des Gryffondors en majorité. Elle aperçut une poignée de Serpentards, mais les vert et argent n'étaient pas légions. L'animagus chat discutait avec un Auror qu'elle ne connaissait pas, alors elle n'insista pas. "Je viens te prendre demain à huit heures?" demanda-t-elle à la stagiaire.
Lily opina vivement du chef et la remercia pour cette journée. "C'était très instructif."
"A ton âge, ça m'aurait plutôt barbé à mort, mais si tu le penses vraiment..." plaisanta-t-elle.
Une jeune fille à lunettes -Harry reconnut Marlene McKinnon pour l'avoir vue sur la photo commémorative de Maugrey- rejoignit Lily et lui raconta avec empressement sa propre journée chez les Aurors. Harry allait décamper par Cheminette quand elle entendit un pas claudiquant se rapprocher du groupe des étudiants. Maugrey, puisqu'on en parlait, avait sa mine renfrognée des mauvais jours. Il tirait par l'oreille James et Sirius, qui suivaient en grimaçant. Elle l'entendit se plaindre à McGonagall.
"Qu'est-ce qu'il s'est passé, encore?" fit Lily, au comble de l'exaspération.
"Pour leur crédit, Maugrey nous avait cantonné au tri des archives. Y a plus passionnant, hein," dit rapidement sa camarade.
"Ho, je vois," gronda la préfète. Marlene recula d'un pas, reconnaissant les signes annonciateurs des célèbres colères de la rousse. "Ils se sont ennuyés? Et puisqu'ils s'ennuyaient, ils n'ont rien trouvé de mieux que mettre le boxon!? BLACK!! POTTER!!!" rugit-elle en direction des deux garçons qui avaient effectué un replis stratégique pour échapper au regard mauvais de McGonagall.
Ce dernier sursauta instinctivement et son visage se décomposa lorsqu'il vit la furie rousse lui foncer dessus à bras raccourcis. Il tenta de se cacher derrière Sirius, qui blanchit de même. Marlene se précipita à sa suite pour la retenir de faire un massacre. Lily s'égosillait, faisant de grands gestes de bras, plantée devant les deux jeunes sorciers verts de peur. Harry rit à ce spectacle mais s'éclipsa discrètement par une cheminée lorsque les souvenirs de la pensine de Rogue vinrent ternir le moment. La vieille chauve souris venait même l'ennuyer dans le passé. C'était un monde!
Au Clos Lucé, Sally l'attendait avec un Parmentier à faire pâlir d'envie Molly Weasley. Cette fois elle lui indiqua bien qu'elle se lèverait à sept heures afin que la pauvre créature ne fasse pas un arrêt cardiaque en la trouvant attablée. Elle l'envoya se coucher sur le coup des onze heures et elle-même ne tarda pas à prendre sa potion et à se glisser entre les draps propres, après une courte entrevue avec Dumbledore par cheminée interposée. Le lendemain, à huit heure pile, elle patientait devant la statue dorée, défiant le faux gobelin de lui faire une remarque sur sa subite ponctualité. Ce n'était pas de notoriété commune, mais il avait été enchanté par deux visiteurs gobelins, et même les meilleurs Briseurs de Sorts s'étaient cassés les dents dessus. Depuis dix ans, la statue du gobelin injuriait copieusement les sorciers et sorcières qui passaient à proximité.
"Moisissure de bandimon," fit le gobelin doré quand Harry pénétra par inadvertance dans le champ d'action du sortilège farceur pour rejoindre sa future mère.
"Raclure de latrine de troll," marmonna-t-elle par reflexe, faisant sursauter Lily, qui les regarda alternativement, hébétée.
Elle fit faire des petits exercices à Lily, l'introduit à la subtilité de l'archivage et de toute l'administration, et ce jusqu'au jeudi après-midi. L'air de rien, Harry se renseigna sur la jeune fille en lui posant des questions anodines, découvrant ses passions, hobbies, goûts. Toutes les petites choses qui lui donnaient l'impression d'avoir connu sa mère. C'était assez grisant.
Elle lui montra aussi comment rédiger un historique, et lui prêta quelques livres qui pourraient l'intéresser. Ses collègues l'observèrent, perplexes, arriver à huit heures pétantes pour repartir à sept tous les jours. Harry ignorait superbement les regards intrigués et perplexes de ses amis et se délectait de la soif d'apprendre de Lily, qui lui faisait poser des questions sans arrêt. Elle aimait lui parler. La sentir vivante.
Pour le vendredi, Harry avait prévu un truc spécial et demandé à Lily de venir avec des vêtements de ville. Aussi, le jeudi soir, distraite, elle oublia de prendre sa potion de sommeil.
Voldemort claqua des doigts et deux hommes furent introduits dans la pièce. La barbe en collier du premier était blonde et il portait la cape des Mangemorts. Derrière lui, avançait un jeune homme aussi blond et à l'expression réservée. Les deux Sorciers s'inclinèrent.
"Abraxas. Estimé et loyal ami," fit le mage noir en esquissant ce qui ressemblait plus à un rictus qu'à un sourire. "Celui qui t'accompagne doit être ton fils, si je ne me trompe pas. Lucius, c'est cela? Tu es parmi nous depuis quelques temps mais nous n'avons pas encore été présentés, je crois."
Lucius Malfoy, surveillé du coin de l'œil par son père, s'inclina une nouvelle fois. "Maître, c'est un honneur."
"Ton père m'a dit beaucoup de bien à ton sujet, jeune Lucius. Et cela m'a convaincu de te confier une tâcher très importante."
Tandis que les yeux de Lucius s'écarquillèrent légèrement, Abraxas suffoqua. "Mon maître… n'est-ce pas un peu tôt pour lui?" En dépit du compliment à son égard, Abraxas ne paraissait pas être fou de joie à cette annonce. Il savait que les gratitudes du Lord Noir rimaient souvent avec malheur ou tâches dangereuses.
Voldemort renifla. "Il a vingt ans, c'est bien plus qu'il n'en faut pour me contenter."
Abraxas baissa la tête en signe de soumission. "Vos désirs sont des ordres, mon seigneur."
"Viens plus près, jeune Lucius," ordonna tranquillement l'homme serpent. Le blond s'avança prudemment jusqu'à lui, gardant une distance de sécurité. "Plus près," siffla Voldemort. Malfoy cacha son tremblement et s'approcha encore plus. Maintenant, l'autre pouvait toucher son visage. "Haaaa, oui… il a bien les traits des Malfoy. Et ces yeux gris…" dit-il en posant le bout de ses doits sur la pommette gauche de Lucius. Le garçon songea qu'il allait bientôt les retirer, mais Voldemort n'en fit rien.
Le contact s'éternisait. Les mains d'Abraxas furent prises d'un spasme convulsif. Le mage noir reposa sa main sur sa robe après une longue minute. "Satisfait-moi, jeune Lucius, et tu auras tout ce dont tu as jamais rêvé. Et bien plus encore."
"Que dois-je faire, maître?" souffla Lucius, fasciné malgré lui.
"Je veux que tu gardes quelque chose pour moi."
Il lui présenta une coupe finement ciselée.
"Mhhnnn!" gémit Harry avant de glisser de son lit dans une envolée de draps et de se vautrer lourdement sur le parquet. Elle se massa la mâchoire en maugréant.
Voldemort avait accéléré son jeu. Normalement il n'aurait du donner la coupe à Bellatrix avant des années. Et là, il la confiait à Lucius.
Purin de merle.
Elle se leva en prenant appui sur le sommier et enfila des chaussettes propres et ses chaussons, la tête dans le cirage, pour descendre au rez-de-chaussée. Sally lui fourra d'autorité un bol de café noir entre les mains et lui rappela trois fois qu'elle devait aller au ministère et non se rendormir sur la table de la cuisine.
L'atrium était bondé, comme de coutume. Harry se dirigea au radar pour atteindre la fontaine. Elle ne cessait de penser et de repenser aux horcruxes. Ils seraient aisés à trouver, sauf peut-être la coupe de Pouffsouffle, qui supposait devoir jouer à Cat's Eyes chez Gringotts pour la récupérer, et ce fichu carnet. Elle ignorait parfaitement où il pourrait le planquer. Elle se gratta la nuque.
"Harry!"
Lily lui fit un coucou de là où elle était. Elle bouscula une femme qui ressemblait trop à ce vieux crapaud rose d'Ombrage pour qu'elle s'en excuse et fendit la foule de travailleurs jusqu'à la rousse.
"Vous n'avez pas l'air très réveillée. Ça va?"
L'inquiétude palpable dans la voix de la Gryffondor lui mit du baume au cœur. "Juste un peu mal dormi. Merci."
La rousse cilla quand elle remarqua son tailleur bordeaux. "Vous êtes très chic. C'est en quelle occasion?"
"Aujourd'hui, je vous emmène à Londres."
"Pour faire un Tissage?" demanda l'étudiante, extatique, luttant pour ne pas se mettre à sautiller de joie.
"Oui, et pas n'importe où. Walver voulait le faire lui-même, alors j'ai du lui promettre mon premier né pour qu'il me confie le job. Venez, je vais faire un transplanage d'escorte."
"Mais on peut vraiment? Partir comme ça?"
"Vos professeurs sont au courant," la rassura Harry, qui fit un signe à McGonagall, plus loin. Le professeur de métamorphose hocha la tête. "Hop, on est parties!"
"Où va-t-on?"
"Vous verrez. Hehehe." Harry l'entraîna dans la salle des transplanage et lui tint la main pour l'emmener avec elle. Un "plop" plus tard, et elles n'étaient plus au ministère mais devant un monument prestigieux du patrimoine londonien.
Lily ouvrit grand les yeux en reconnaissant le bâtiment devant elle. Sa mâchoire se décrocha et se fracassa sur le trottoir. Impossible. Elle se moquait d'elle!
"BIG BEN?!!"
Harry lui tapota flegmatiquement l'épaule. "Et oui, Big Ben."
"Mais c'est… c'est…" balbutia la fille.
"Un relais de première importance pour le réseau de Cheminette de cette partie de l'Angleterre. Vous ne saviez pas?"
Lily la considéra avec incrédulité. Elle aurait aussi bien pu lui dire que la Terre avait en fait la forme d'une carte de chocogrenouille. Big Ben. Par Merlin. Sa mère n'accepterait jamais de la croire.
"La Tour Eiffel est bien un relais radio, non?"
"Heu… oui, mais… bon, d'accord, admettons," soupira Lily en baissant les bras, vaincue. Harry alla discuter avec le vendeur de tickets et se présenta comme une envoyée de la mairie, carte à l'appui. Le vieil homme les laissa passer sans opposer de difficultés. Harry la conduisit au cœur de la tour. "Et on fait quoi?"
"La salle qui nous préoccupe a été exceptionnellement interdite au public. On a jusqu'à midi," dit Harry en lui envoyant un sourire lumineux.
Le beau visage de la Gryffondor se décomposa sous l'effet de la compréhension. Elle leva le nez en regardant les escaliers qui menaient en haut, le teint blafard. "Ho non" fit-elle faiblement.
"Ho si. On monte. La pierre qui régule le réseau est au sommet, mais nous n'aurons pas besoin de monter aussi haut."
Lily se flattait d'être une intellectuelle, merci pour elle, et détestait les efforts physiques inutiles. Sans oublier le fait qu'elle avait une sainte horreur de la hauteur. Enfin rendues au sommet de l'horloge, elle était à bout de souffle et se retint à un des murs pour ne pas embrasser le sol. "Appfffffffu apffffffu apffffffuuuuuu! Plus… jamais… ça."
"Il faut faire du sport, Lily," la gourmanda Harry. "Essayez donc le Quidditch."
"Moi vivante, jamais," rétorqua la préfète avec passion. Le sourire en coin d'Harry ne lui échappa pas et elle lui tira très maturément la langue.
"Retournons à nos dragons, voulez-vous?" L'adulte referma la porte derrière elles pour ne pas être dérangées par des hordes de touristes en vacance. Il y avait une toute petite marque au centre de la salle. Harry y prit place et convia Lily à s'asseoir quelques pas devant elle. "Il y a peu de règles à respecter pour Tisser. L'une des plus importante est celle-ci: Ne jamais faire un Tissage à deux mains. A deux personnes, si vous voulez. Ce n'est pas un truc d'humains," expliqua-t-elle, sérieuse comme un pape. Il y avait, inscrite sur son visage, une gravité que Lily n'avait encore jamais découvert. Le genre de gravité que leur professeur de DCFM avait eu lorsqu'il avait abordé le sujet des détraqueurs. "Il est formellement interdit de rentrer dans l'esprit d'un Tisseur, ou de se connecter sur le même nœud, pendant qu'il exerce son art. C'est tabou."
Lily pencha la tête sur le côté, curieuse. "Quelles en seraient les conséquences?"
"Outre une mort extrêmement douloureuse des deux côtés? Ça pourrait rayer de la carte l'endroit où vous vous trouvez sur une vingtaine de kilomètres. Style cratère de météorite."
La rousse déglutit. "Ha." Voilà qui douchait son enthousiasme.
"Tisser est un acte délicat. Ca demande une concentration extrême. Au moindre faux pas, le Tissage peut devenir instable et mener à une catastrophe." Harry sourit. "Mais si je me contente de Tisser dans mon coin, vous risquez de vous ennuyer profondément. Alors voilà: vous allez assistez au Tissage en externe."
Lily fronça les sourcils. "Mais c'est... invisible, comme procédé, non?"
"Basiquement, oui. C'est pour ça que pour visualiser un Tissage, les observateurs extérieurs doivent ouvrir leur esprit au lieu de le projeter," expliqua doctement la brune.
"Je ne suis pas sûre de faire la différence," avoua la préfète.
"Hmm... c'est comme sentir un parfum de loin au lieu de mettre son nez directement sur le sachet de lavande. Votre esprit reste où il est. Vous êtes simplement... plus consciente de ce qui vous entoure. C'est difficile à expliquer tant qu'on n'a pas essayé. Je jure que c'est sans danger."
"Je peux faire ça?" demanda Lily avec circonspection.
"Oui. Vous allez simplement ressentir mon action sur le nœud et non vous y impliquer. Rien de plus. Comme regarder un spectacle à la télé." Harry sortit un pot à confiture de son sac à main où une étiquette Bonne-maman jaunissait encore et en ôta le couvercle. "Vous allez respirer ça à fond, ça vous aidera."
"C'est quoi?" s'enquit prudemment Lily. Un truc qui sert à planer… mouais, hein.
"Un mélange tout bête d'eucalyptus et d'autres herbes secrètes mais parfaitement légales. Pas un brin de marijuana là-dedans," rit t-elle. "Promis."
Rassurée, Lily remplit ses poumons de l'odeur suave et douce qui exaltait de la pâte sombre du pot. L'eucalyptus dilate les bronches, fit la voix de sa mère, passionnée de botanique, dans sa tête. Il y avait aussi une note de coriandre et… de thym, peut-être… Alors qu'elle réfléchissait, ses pensées se firent plus claires, plus ordonnées. Elle regarda le ciel par la fenêtre ouverte. Elle se sentait bien. Sereine.
"Fermez les yeux et concentrez-vous sur ce qui vous entoure, Lily. Soyez relaxée… Personne ne vous fera de mal, ici. Ouvrez votre esprit. Ressentez les effluves de magie qui planent dans l'air. Cette pièce en est saturée."
Elle respira à fond. "… Oui, il y a quelque chose… ha," Lily sourit. "J'ai l'impression d'être dans un aquarium."
Des dizaines de fils multicolores dansaient dans l'air. C'était l'effet de la pâte odorante? En tout cas, c'était rudement beau. Les fils avaient l'apparence de traînées de fumées transparentes, et se croisaient, s'entrecroisaient, dessinaient des motifs élégants, des courbes et des arabesques magnifiques. Ils s'ordonnèrent bientôt et créèrent un motif logique. Elle comprenait maintenant pourquoi on parlait de 'Tissage'. Les fils formaient un canevas complexe et épais qu'elle pouvait presque toucher. Palper. Comme un vieux pull en laine aux mailles desserrées. Ils couraient sur les murs, en mouvement constant, agités par une brise inexistante. C'était... magique.
Harry était agréablement surprise. Pour l'amener à s'ouvrir complètement, Graham avait du lui coller la mixture sous le nez pendant vingt bonnes minutes afin qu'elle soit suffisamment détendue. C'était sans doute aussi parce qu'elle n'avait eu aucune confiance en lui. Encore aujourd'hui, sa foi en le vieil homme était très limitée.
Mais Lily semblait éprouver aucun problème à se sentir vulnérable avec elle.
Contente d'elle, Harry continua. "Maintenant, je vais Tisser." Elle ferma les yeux.
Tout à coup, les fils semblèrent se rétracter et se concentrer à l'endroit où Harry était assise. Ils se relâchèrent comme si une main invisible avait joué avec un élastique. Lily comprit qu'Harry avait commencé son travail.
Durant trois heures, et sans que Lily ne voit le temps passer, elle contempla l'ouvrage subtil de la Tisseuse sur le nœud magique de Big Ben. Les fils devenaient progressivement plus brillants, comme neufs. Elle sut que c'était terminé lorsque Harry se retira très doucement du Tissage.
"Vous avez mis tellement de temps à sortir… vous vérifiez si vous n'aviez rien oublié?" demanda la Gryffondor dans un murmure. Il lui semblait que parler normalement aurait dérangé la magie toute neuve qui vrombissait dans Big Ben.
"Pas du tout. Je ne voulais juste rien abîmer en Décrochetant à la barbare." Harry se releva et s'étira. En regardant sa montre, elle étouffa un hoquet surpris.
"Déjà onze heures trente? C'est ça, le pire quand on travaille! On sait jamais combien de temps on y passe!"
Lily rougit lorsque son ventre gronda subitement. Elle toussa dans son poing pour se faire oublier et Harry pouffa. Mince, elle avait la même expression quand elle était embarrassée! "Allez, on descend et je vous invite à déjeuner."
"Hein?! Mais non, j'ai de quoi-" voulut objecter Lily avant qu'Harry la coupe.
"C'est pour fêter la fin de votre stage. J'insiste."
La préfète se laissa convaincre, d'autant que son estomac la poussait à accepter avec virulence. Étrangement, les marches lui parurent plus sympathiques dans ce sens là. La Tisseuse la conduisit à travers les ruelles de Londres, dans des endroits dont elle n'avait jamais soupçonné l'existence. Un petit bistrot à la carte alléchante leur ouvrit les bras. Le déjeuner fut copieux et Harry eut du mal à tirer sa stagiaire hors de sa chaise.
"Je vous emmènerais bien Chemin de Traverse pour vous montrer les deux-trois livres sur le sujet qui ne sont pas des torche-cul mais les autres vont croire que je vous ai kidnappée. Hop hop! On va marcher jusqu'au ministère, ça fera digérer."
"Naonnnn!"
Le rire de la Survivante les escorta hors du bistrot.
La cabine téléphonique qui servait d'entrée des visiteurs n'était pas encore taguée. Harry fit entrer une Lily légèrement interloquée dans la cabine. "Voyons… ha, oui. Six, deux, quatre, quatre, deux," composa-t-elle sur le cadran téléphonique.
"Ça forme le mot 'Magic'. Amusant," dit l'étudiante en arquant un sourcil flegmatique.
"J'ai toujours trouvé singulièrement désopilante l'habitude sorcière de fourrer des clins d'oeils et d'affreux calembours partout... alors, tu te dépêches?"
"Bienvenue au ministère de la Magie," fit enfin la voix pré-enregistrée. "Veuillez indiquer votre nom et l'objet de votre visite."
"Harry Callahan, du service des Tisseurs ministériels, accompagnant Lily Evans, étudiante stagiaire de Poudlard," répondit Harry à la voix froide et impersonnelle.
"Merci. Le visiteur est prié de prendre le badge et de l'attacher bien en vue sur sa robe."
Un petit badge tomba dans le réceptacle à monnaie. "Lily Evans, stagiaire. Plutôt lacunaire." Lily l'accrocha sur le devant de son pull noir.
"Le visiteur est prié de se soumettre à une fouille-"
"Gna gna gna," compléta Harry, exaspérée comme toujours par la voix féminine. "Allez, magne-toi."
La cabine s'enfonça alors dans le sol. La rue londonienne disparut au fur-et-à-mesure qu'elles descendaient. Il y eu un long moment dans le noir. Harry allait pester contre la lenteur de cette machine infernale quand la lumière du hall des visiteurs toucha le bout de ses chaussures et s'entendit à ses jambes, puis au reste de son corps. Bientôt, ses yeux furent au niveau du plafond et elle constata, à sa grande stupeur, que le hall était complètement vide. Et ce n'était pas tout…
Lily papillonnait des cils, blessée par la lumière crue et soudaine et étouffa un cri quand elle les fit plaquer sans douceur contre le fond de la cabine. "Hey!"
Il y avait des impacts de sortilège un peu partout. Les statues de la fontaine avaient subi des dégâts et celle de l'elfe gisait, décapitée. Harry sortit sa baguette d'un mouvement vif.
"Le ministère de la Magie vous souhaite une bonne journée," déclara la voix tandis que la porte s'ouvrait à la volée.
Tendue, les sens aux aguets, elle garda Lily dans son dos, lui faisant rempart de son corps. Il n'y avait visiblement personne dans les parages.
"Qu'est-ce qui se passe?" chuchota la rousse effrayée par son brusque changement de comportement. Elle prit aussi sa baguette. Harry se souvient avec un pincement de fierté, qu'elle avait prit part au combat contre les Mangemort à Prés-au-Lard et que se battre ne lui avait jamais fait peur. "Je n'en sais rien mais ça sent mauvais. Hominum revelio," incanta-t-elle.
Une légère lueur bleutée se produisit à l'extrémité du morceau de bois. Génial. Elle jura à mi-voix, resserrant sa prise sur sa baguette.
Harry regarda Lily dans les yeux. "Le ministère a été envahi."
Note de fin :
Et un cliff, un! Depuis le temps qu'on rêvait d'en faire un. Et joyeux Noël, braves lecteurs et reviewers! Le prochain chapitre sera placé sous le signe de l'action. Préparez-vous à être secoués!
Prochainement dans Point de Rupture :
L'arme d'un Mangemort sauta de sa main et retomba dans celle d'une secrétaire au chignon massacré. L'air mauvais de celle qui va faire un carnage, cette dernière encastra son talon aiguille dans le genou d'un quidam masqué qui se mit à sautiller sur place en tenant sa jambe douloureuse, et jeta un maléfice très réussi à un autre.
