Pour ceux/celles qui suivent ma fic : un grand pardon pour le retard immense... je ne suis pas très rapide en règle générale, mais là... un mois de février bien chargé, et donc une fic un peu mise de côté ! Mais voici enfin le chapitre 6 où l'on voit Jasper soumis au côté obscur de la force^^
Merci beaucoup à ceux/celles qui me lisent
Merci aussi pour les reviews... qui me font un plaisir immense !
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Chapitre 6
La haine était facile.
Un havre de repos pour mon esprit endolori.
Un bouclier, assez fort pour me préserver des émotions.
Une amie fidèle.
L'entraînement était terminé. Il m'avait fallu des mois pour acquérir la maîtrise parfaite de mes capacités. J'étais désormais maître des émotions d'autrui. Le manipulateur suprême. Maria m'avait aussi entraîné au combat. J'avais tué James. Et bien d'autres. Qu'elle remplaçait au fur et à mesure que je les éliminais, et avec le sourire.
Son sourire. Il était la seule lumière que mon cœur acceptât de recevoir. Il réchauffait les sentiments enfouis, condamnés à la nuit éternelle. Il allumait la haine, complice dévastatrice. Le cœur de Maria était consumé par la haine de ceux qui lui avaient pris sa terre et son compagnon. Sa haine était ma meilleure amie, ma seule alliée. Elle était reposante.
D'épreuve, l'entraînement était devenu routine. Manipuler l'esprit d'autrui, routine. Acculer l'adversaire dans son propre cerveau, routine. Sentir sa peur, la mettre à profit, bondir comme l'éclair. Le tuer. Routine.
Cœur mécanique. Ne pas ressentir était efficace : tout sauf subir une nouvelle fois l'attaque des aiguilles perverses. Le vide s'était empli de haine, la haine qui brûlait Maria : elle était mienne, et c'était bien ainsi. J'étais un parfait soldat.
Je n'étais pas sorti de notre clairière, notre camp, depuis des mois, depuis le début de mon entraînement. Nettie et Lucy se chargeaient du ravitaillement, et Maria ne me quittait jamais, ne me laissait jamais. Enfin, elle sembla considérer que mon entraînement était achevé, que j'étais prêt.
-Je vais te donner ta première mission, me dit-elle.
Ni elle ni moi n'avions jamais reparlé de la mission avortée qui m'avait amené à frôler la mort. De mon échec.
J'attendis les ordres. Je n'étais même pas impatient à l'idée de faire mes preuves pour la première fois. J'attendis les ordres.
-Des humains viennent de s'installer, à une centaine de kilomètres d'ici, à l'orée du bois. Une troupe de gitans.
Allait-elle me donner, comme première mission, la charge du ravitaillement ?
-Tu vas les trouver, les sonder, et m'amener l'humain que tu jugeras le plus prometteur. J'en ferai notre soldat.
-Je peux me charger de la transformation, dis-je.
Ce n'était même pas une façon de prouver ma maturité. Je savais que j'en étais capable, et je jugeais plus simple d'effectuer le travail moi-même.
-Bien, se contenta de répondre Maria.
-Ainsi, ajoutai-je, nous allons nous consacrer, dorénavant, au rassemblement de notre armée ?
Depuis que j'étais parmi eux, en effet, Maria n'avait créé de nouveau-nés uniquement pour que je m'entraîne ; elle les avait choisis par hasard, sachant que je finirais par les tuer tous.
-Oui, répondit-elle. J'estime que tu es prêt, nous allons pouvoir monter notre armée et reprendre ma terre. A partir de maintenant, nous ne créerons que des soldats triés sur le volet.
Son cœur s'était empli d'espoir ; je le sentais, mais je le repoussais. Je m'interdisais de faire miens les sentiments d'autrui. C'était plus aisé que je n'aurais pu le croire.
-Bien, annonçai-je. Quand dois-je partir ?
-Dès que tu seras prêt, susurra-t-elle.
-Alors je pars immédiatement.
-Formidable ! pépia-t-elle, un sourire radieux flottant sur ses lèvres vermeilles.
Un cadeau que j'acceptai facilement. C'était tout ce qui me restait.
Je partis.
Trouver la trace du camp de gitans fut aisé. Je sentis leur odeur à des dizaines de kilomètres. Je me hâtai de les rejoindre : je n'avais aucune raison de prendre mon temps. Je ne savourai pas ma liberté nouvellement retrouvée. Je ne pris pas la peine d'admirer un paysage qui n'était pas la clairière dans laquelle j'étais enfermé depuis des mois. Je ne m'arrêtai pas pour humer les odeurs toutes nouvelles qui s'offraient à moi. J'étais un lion adulte que l'on avait sorti de sa cage pour la première fois, et sur qui le goût de la savane, nouveau et enchanteur, n'exerçait aucune attirance. Je ne me laissai pas distraire. J'étais un bon soldat. Le parfait soldat. J'allais rassembler l'armée de Maria, je la commanderais, et nous reprendrions nos terres. Je n'étais plus que le bras droit de Maria – un bras droit, une chose utile et efficace, dépourvue de sensibilité. Voilà ce que j'étais – ce qu'il fallait que je fusse. Je savais quel prix je devrais payer si je ne respectais pas ce crédo. Un prix trop élevé, beaucoup trop élevé.
Les gitans n'étaient pas très nombreux : une vingtaine tout au plus, en ignorant la ribambelle d'enfants. Le crépuscule nuageux était mon allié : je savais comment procéder. J'avais confiance en moi.
Rapidement, je déchirai ma chemise par endroits, je fis quelques trous dans mon pantalon de toile blanc, puis j'ôtai mes chaussures, que je cachai sous un fourré. Enfin, je passai mes doigts dans mes cheveux pour les ébouriffer.
Puis je pénétrai dans le camp gitan.
Ce fut une minuscule fillette qui me vit le premier. Cette scène me rappela soudainement ma première mission – mon échec – mais je chassai bien vite cette image de mon esprit. Je ne commettrai plus d'erreur, cette fois.
La fillette me regarda fixement, ses grands yeux noirs brillant avec fièvre. Je pus lire sur son visage la pitié qui souleva son cœur, et ses yeux s'agrandirent encore à la vue de ma fantomatique beauté. Je savais être irrésistible pour les humains. Même cette fillette y était sensible.
Elle s'approcha rapidement de moi en poussant une exclamation, mais stoppa sa course alors qu'elle était presque arrivée à mon niveau. Elle fit brusquement demi-tour et se dirigea en courant vers une roulotte vert pâle qui bordait l'extrémité du camp. Elle y entra puis en ressortit quelques secondes plus tard, accompagnée d'une femme que je supposai être sa mère. La fillette me montra du doigt et, lorsqu'elle me vit, la femme plaqua ses mains sur son visage, étouffant un cri, puis marcha rapidement dans ma direction. Toute cette agitation avait alerté les habitants du camp, qui s'étaient tous tournés vers moi. Je n'avais pas bougé d'un centimètre.
La scène sembla se figer quelques instants, puis tous reprirent leurs esprits. Les femmes se mirent à crier – l'une d'elle murmura même « C'est un ange… » avant de s'effondrer, évanouie, sur le sol.
Quelques hommes s'approchèrent prudemment de moi, l'air méfiant malgré la pitié que je sentais en leur cœur. Je savais que j'avais déjà gagné la partie.
Sourire. Un sourire triste, comme celui d'un enfant apeuré.
Trembler. Les humains tremblent lorsqu'ils ont froid.
Des coups d'œil inquiets dans toutes les directions, comme le font les petits animaux terrifiés et sans défense.
Apparaître faible, en détresse, pitoyable.
-Ai… aidez-moi… murmurai-je d'une voix que je rendis faible et chevrotante – brisée comme celle d'un humain qui n'a pas mangé depuis des jours.
Belle imitation, me félicitai-je intérieurement.
Une femme rejoignit les trois hommes qui s'étaient portés vers moi. Je comptai mentalement les secondes et, au bon moment, je plaçai suffisamment de poids dans mon corps pour le faire tomber lourdement – tel un corps humain, si grossier, si pesant ; je m'effondrai dans ses bras.
-Aidez-moi à le porter à la roulotte ! s'exclama-t-elle, affolée.
Les prétendants à cette tâche furent si nombreux que quelques uns se mirent même à se battre pour me toucher, moi qu'ils croyaient être un ange tombé du ciel.
Quelle ironie.
Je souris mentalement – la tâche n'en serait que plus aisée.
On m'installa sur un tas de couvertures, dans la roulotte vert pâle. Trois femmes se mirent à s'agiter autour de moi ; l'une d'elle commença à plonger un linge dans l'eau pour le passer sur mon visage, qu'elle pensait être brûlant – lorsque sa main entra en contact avec ma peau glacée, elle poussa un cri d'horreur. Je me concentrai : il était capital qu'elle prît cela pour une manifestation de mon état physique – je lui envoyai quelques ondes de pitié, et elle me regarda comme si j'étais un chaton qu'elle venait de soigner de la noyade.
-Pauvre enfant, murmura-t-elle.
-Il faut le nourrir ! s'exclama une autre. Il n'a pas l'air d'avoir mangé depuis des jours !
Je grimaçai intérieurement – cela n'allait pas être une partie de plaisir. Mais j'étais un bon soldat, je savais ce que j'avais à faire.
Elles firent rapidement apparaître devant moi un plateau chargé d'un gros morceau de pain, de ce qui ressemblait à du fromage et d'un broc contenant du lait.
Je me jetai sur la nourriture.
Je faillis recracher la première bouchée – comment les humains pouvaient-ils apprécier ce goût immonde ? Mais je n'avais pas le choix, je devais tenir mon rôle et avoir l'air de me régaler. Je fis disparaître le contenu du plateau en quelques minutes – une éternité pour moi, mais j'estimais que mes compagnes trouveraient cette durée appropriée. Quand le calvaire fut achevé, je retombai avec lassitude sur les couvertures et marmonnai d'une voix plaintive :
-Merci beaucoup… maintenant, je voudrai dormir…
-Bien sûr, répondirent les femmes avec empressement. Nous reviendrons un peu plus tard.
Enfin, elles partirent : j'allais pouvoir commencer à travailler. Allongé sur ce qui me servait de lit, les yeux clos, l'air endormi, je me mis à écouter attentivement. Je pouvais percevoir le moindre son provenant de ce camp gitan – la moindre parole, chaque aboiement ou grognement des chiens qui mangeaient à l'arrière de la clairière, le plus petit bruissement d'étoffe que produisaient les jupes des femmes lorsqu'elles marchaient.
Je me concentrai impérativement sur les émotions des hommes, car nos soldats ne devaient être que des mâles. Ce que ressentait la plupart était basique : faim, fatigue, désir. Je les passai rapidement en revue, agacé – je n'avais tout de même pas fait tout ce chemin, mis en place toute cette mascarade, pour repartir avec un soldat basique, dont les seuls atouts seraient sa stupidité et ses bras musculeux. Il me fallait de la bonne qualité. Je redoublai d'attention.
Au bout d'un long moment, uniquement ponctué par la venue des femmes qui vérifiaient que je dormais toujours, je perçus quelque chose de différent. Ce fut léger, d'abord. Comme si celui qui ressentait cette émotion refusait de la ressentir. Comme s'il essayait de la rejeter. Je me concentrai. C'était un jeune homme, si j'en croyais l'immaturité de ses émotions, qui entraient en moi comme des diamants bruts. Sauvage – voilà ce qu'il était encore. Et cette émotion… tout en subtilité… encore refoulée, mais je la sentais, moi, je la sentais qui prenait de plus en plus de place en lui, qui rampait vers son cœur fougueux et farouche, qui se frayait un chemin vers lui, grossissant à mesure qu'il essayait de la repousser.
Cette émotion n'aurait pas dû m'interpeler, car elle était des plus basiques – mais ici, dans ce camp gitan, elle prenait une tout autre signification. J'avais écouté le cœur des gitans pendant plus de deux heures, et j'avais compris une chose essentielle : ils étaient tous rangés selon une hiérarchie implicite, non officielle mais gravée en eux comme au fer rouge. Nul n'essayait de la dépasser, nul ne cherchait à prendre une place qui n'était pas la sienne.
Une ambition. Voilà le sentiment que ce jeune mâle essayait de repousser en lui. Le sentiment qu'il valait quelque chose, qu'il valait plus que ce que sa place dans la hiérarchie signifiait. Une colère – ne pas être reconnu pour ce qu'il valait.
Je souris : j'allais pouvoir en faire quelque chose.
Il fallait maintenant que je le trouve. Je poussais un gémissement – imitation parfaite, à mon sens, du bruit que produisaient les humains quand ils se réveillaient ; cela ne manqua pas : les trois femmes se précipitèrent dans la roulette en quelques secondes.
Je m'étais composé un visage plus présentable, comme celui qu'aurait eu un humain qui venait de se reposer et de se nourrir.
-Ah, dit une des trois femmes, tu sembles aller beaucoup mieux. Dormir t'a fait le plus grand bien, on dirait.
-Oui, répondis-je poliment, merci beaucoup. J'aimerais aller me dégourdir les jambes, maintenant…
L'une d'elles sembla ennuyée :
-Je ne suis pas sûre que…
Je lui envoyai immédiatement une vague de confiance, et l'expression de son visage changea radicalement.
-Oui, oui, bien sûr mon garçon, vas-y… dit-elle.
Je sautai gracieusement de ma couche et sortit de la roulotte. Il fallait trouver ce garçon. Je fis mine de marcher distraitement, tout en me concentrant avec intensité. L'émotion du garçon prenait de plus en plus de place en lui : j'arrivais à la distinguer de mieux en mieux. Je marchai au hasard, espérant m'approcher de lui afin de reconnaître son cœur.
Enfin, je le trouvai. Un peu à l'écart du rassemblement de roulottes, il était assis, seul, dans l'herbe et regardait jouer les chiens. Son cœur pur, farouche et sauvage, ne me trompait pas : c'était bien lui. Le visage fermé, il semblait plongé profondément dans le cours de ses pensées ; je le savais en train de lutter contre son ambition et sa colère. Il n'avait pas dix-sept ans.
Il leva la tête, surpris, quand il s'aperçut que j'étais à ses côtés. Il planta ses yeux noirs dans les miens, sembla me jauger puis demanda, tout de go :
-Etes-vous vraiment un ange tombé du ciel, comme ils le disent tous ?
Je lui offris mon plus beau sourire, et je sentis son cœur frémir de plaisir – le plaisir de sentir qu'on s'intéressait à lui, qu'on le reconnaissait, qu'on le sortait du lot.
-Je ne suis pas tombé du ciel, répondis-je, mais tu peux considérer que je suis une sorte d'ange.
-Pourquoi ? répliqua-t-il immédiatement.
-Pourquoi quoi ?
-Pourquoi être venu ici, dans ce camp ?
Je pouvais sentir qu'il brûlait d'envie d'ajouter « pourquoi me parler à moi ? ».
-Je suis venu pour toi, déclarai-je d'un ton que je rendis volontairement solennel.
-Pour moi ?
Son regard s'était éclairé alors que son cœur avait bondi dans sa poitrine. Plein d'espoir. De reconnaissance. Avide.
-Oui. Je suis venu car je t'ai choisi, toi.
-Moi ? Mais… vous ne me connaissez même pas…
-Je te connais. Je lis en toi. Je sais que tu vaux bien plus que tous ceux qui sont ici. Bien plus…
Il ne répondit pas, les yeux agrandis par l'espoir, submergé par une joie incommensurable.
-Je suis venu t'offrir l'immortalité.
Il lui fallut quelques instants pour assimiler l'information. La peur et le scepticisme commencèrent à prendre le pas sur la joie : aussitôt, je courus vers les bois avant de revenir vers lui – cela ne m'avait pris qu'une fraction de seconde et, devant ma vitesse fulgurante, je sentis tous ses doutes s'envoler en même temps que son espoir s'amplifiait.
-Que dois-je faire ? s'enquit-il, avide.
-Il te suffit de mourir, déclarai-je.
Et je le plaquai au sol, plantai mes dents dans son cou et lui injectai mon venin. Ce fut plus difficile que je ne le croyais – l'envie de boire son sang me déchirait la gorge ; la douleur était telle qu'on eût dit que j'avais avalé des lames acérées – mais je devais résister, j'étais un bon soldat, je ferai mon travail. J'ôtai ma bouche de sa gorge et, avant qu'il n'eût le temps de pousser son hurlement de douleur, je l'emportai dans les bois. Je courus longtemps, alors que le garçon criait en se débattant de toutes ses forces, mais il aurait aussi bien pu dormir, je n'aurais pas senti la différence.
Lorsque j'atteignis un endroit isolé, au plus profond des bois, je posai ma cargaison sur le sol, et j'attendis. Je savais que le processus pouvait prendre plusieurs jours – de fait, il lui fallut quatre jours entiers pour achever sa transformation. J'attendis patiemment. Lorsqu'il cessa de hurler, je me tins prêt. Il n'eut pas le temps de se relever : il avait à peine ouvert les yeux que je sautai sur lui. Instinctivement, il essaya de me repousser, mais j'étais aussi fort que lui et mieux entraîné : il ne me fallut que quelques mouvements pour le placer dans une posture qui lui pouvait devenir fatale. Je poussai un grognement menaçant près de son oreille, puis je grondai :
-Je suis plus fort que toi, je peux te tuer quand je veux. Tu vas m'obéir et répondre à chacun de mes ordres. Bien compris ?
Il essaya de me repousser, une fois de plus, et je resserrai ma prise. J'entendis des os craquer et le nouveau-né couina :
-D'accord, d'accord… je t'obéirai… mais donne-moi à manger, je t'en supplie…
Je le relâchai progressivement, pour être sûr qu'il ne tenterait rien. Il se releva et me fit face, me foudroyant du regard.
-Je m'appelle Jasper, et je serai ton chef. Tu es le soldat Bêta et tu es un vampire. Si tu m'obéis, tu auras à manger et tu survivras. Sinon, tu mourras de faim, ou je te tuerai. Bien compris ?
-Oui, gémit-il. Mais je veux me nourrir…
-Suis-moi.
Je me mis à courir et il me suivit sans discuter ; nous prîmes la direction du camp gitan, où nous arrivâmes rapidement. Je sentis de loin l'agitation et la tristesse de ses habitants : ils avaient abandonné l'espoir de retrouver le garçon disparu. A mesure que nous approchions, je pouvais percevoir la soif de mon compagnon qui grandissait : il sentait l'odeur humaine à des kilomètres, tout comme moi. Sauf qu'il n'avait encore jamais goûté au sang. Et qu'il attendait ça avec une impatience qui frisait l'hystérie. Ce nouveau-né allait tuer son ancienne famille sans même s'en rendre compte.
Je n'en épargnai aucun.
Le soldat Bêta but plus de sang qu'il ne lui était nécessaire.
J'étanchai ma soif ardente. Les corps s'amoncelèrent. Je mis quelques cadavres de côté pour les emporter : ravitaillement pour les miens.
Puis nous rentrâmes. Le tout ne nous avait pas pris dix minutes. Le soldat Bêta me respectait et m'estimait pour le repas orgiaque que je lui avais fourni.
Il fit le bonheur de Maria, s'avérant métamorphe. J'avais fait du bon travail. Maria me récompensa. J'étais son meilleur soldat. C'était tout ce qu'il me fallait.
Je faisais mon travail.
La haine m'y aidait.
Je les haïssais tous. Le monstre que j'étais aussi.
La haine était facile. Reposante. Un havre de repos pour mon esprit endolori. Je lui faisais confiance.
