Chapitre 2

Je ne pouvais m'empêcher de repenser à cette conversation. Elle tournait en boucle dans ma tête. Cela faisait un mois qu'il était parti. Je luttais sans cesse, ne voulant céder pleinement face à la dépression. Les premiers jours, j'avais été capable de le cacher à mes gardiens, mais je pense qu'au jour d'aujourd'hui, ils le savaient tous. Chaque jour je demandais à Chrome-chan des nouvelles, si elle avait réussi à prendre contact avec Mukuro. Je crois qu'il s'agissait de ce qui m'inquiétait le plus. Ne pas avoir de nouvelles étais juste … Insoutenable. Je passais mon temps à me demander s'il ne lui était pas arrivé malheurs. Chaque jour j'y pensais. Chaque jour je m'installais dans sa chambre et je pleurais. Parfois je m'endormais au milieu de son odeur presque disparut. C'était insoutenable. Comment avais-je pu espérer tenir le coup ? Comment avais-je pu être si égoïste ? Non. C'était aujourd'hui que je l'étais le plus. C'était aujourd'hui que je m'insupportais le plus. J'avais souffert de mes propres paroles mais je n'osais imaginer la peine qu'il avait dut ressentir. Et pourtant, aujourd'hui je ne pensais qu'à ma propre peine. J'essuyai mes larmes. Etais-ce la tristesse ? De la rage envers moi-même ? Ou encore du dégoût ? Je ne saurai le dire. Il doit s'agir d'un tout. Je soupirai avant de retourner dans mon bureau, fermant à clef sa chambre vide de sa présence, rempli de mes pleurs.

J'errai dans les rues cherchant de quoi me distraire. Il fallait qu'il quitte mes pensées. Je ressentais comme un coup de poignard chaque fois que Nagi tenter de rentrer en contact avec moi. Elle me manquait tellement. Par mon égoïsme, je la faisais souffrir. Je soupirai. Il fallait que je me change les pensées. Je vis un bar, j'allais donc boire un coup encore une fois pour tenter d'oublier. Je m'accoudai au comptoir à côté de deux mafieux que je reconnu. Il faisait partie d'une fagmilia ennemi, j'avais dut trouver des renseignements sur leurs agissements. Je me demande s'ils ont encore en projet de trouver un moyen de s'en prendre à Tsuna. Je bus d'une traite le verre. Je tentais de l'oublier et voilà que j'en venais à m'inquiétais. Malgré le mois passé, je n'arrivais à me le sortir de la tête. Je soupirai une nouvelle fois. Je reconnu un nom dans leur conversation, par réflexe je les écoutai.

« Je t'assure ! Le boss prépare un nouveau plan pour s'attaquer au Vongola et passer à l'acte dans le mois. » J'hésitai entre être fière de mon illusion – puisqu'il ne se rendait pas compte qu'un gardien … Un ancien gardien était à côté d'eux – ou ignorai la chose – puisque cela ne me regardait plus.

« Je pensais qu'il avait abandonné tout projet qui inclut les Vongola en tant qu'ennemi. Il est complètement fou, on va perdre à coup sûr face à eux ! » Je vis le premier mafieux sourire largement.

« On ne perdra pas. » Il était plein d'assurance. « Son gardien de la Brume est parti et leur boss tombe en dépression. C'est le moment idéal ! » Quand je l'entendis dire que Tsuna tombait en dépression, je sentis mon cœur se briser une nouvelle fois depuis mon départ.

« En dépression ? Est-il si fort qu'on le dit ? Haha ! C'est un faible oui ! Ce sera tellement amusant de le torturer. » L'autre mafieux hocha de la tête puis ils éclatèrent de rire. Mon sang ne fit qu'un tour. C'était trop. Je créai une nouvelle illusion pour me retrouver seul à seul avec mes deux prochaines victimes.

« Kufufu ~ On manigance de vilaine chose ? » Je les vis frémir. Mon sourire s'accentua. « Oya, que diriez-vous de tout m'avouer ? » Ils jouèrent d'abord la carte du silence. Puis la peur commença à s'insinuer par chaque fibre de leur être alors que le jeu ne faisait que commencer. Ils crièrent une première fois, le genre de cris que l'on entend d'une personne prête à tout avouer. Ce qu'ils finirent par faire. Il y eut d'autres cris par la suite. Puis leurs morts. Je regardai les deux corps sans vies face à moi, j'étais satisfait. Je refusais qu'ils espèrent faire souffrir Tsuna.

L'inquiétude pour mon châtain préféré avait pris le dessus. Je pris possession de Chrome. Elle se trouvait dans un salon avec les autres gardiens. Gokudera soupira.

« Juudaime est encore dans la chambre de Mukuro ? » Yamamoto hocha de la tête.

« Que s'est-il passé entre ces deux-là pour qu'ils en viennent à un tel extrême ? » Entendre le baseballeur utiliser l'expression fétiche du boxeur était très perturbant. Cela fit d'ailleurs réagir ce dernier qui parla … Calmement. Tsuna était dans un état si critique ?

« C'est une bonne question … Chrome, toujours pas de nouvelle de Mukuro ? » Je fis non de la tête. Yamamoto me posa une main réconfortante sur l'épaule alors que Lambo venait s'installer dans mes bras et que les autres se contenter d'un regard compatissant. Elle allait si mal que ça ?

« Ca va aller grande sœur ! Lambo est là pour veiller sur toi à la place de Mukuro ! » Je resserrai ma prise sur lui imitant Chrome et chuchotai un timide merci.

« N'empêche que c'est bizarre tout ça … »

« Amour. » Je sursautai et me tournai vers la personne qui venait de parler. Je n'avais pas remarqué sa présence.

« Nani ?! » L'incompréhension collective exaspéra quelques peu l'alouette.

« Ils s'aiment et cela cause tout le problème. » Je le regardai surprit qu'il est compris.

« Juudaime aime Mukuro ? » Il semblait avoir les yeux qui lui sortaient de la tête.

« Mais il a pourtant rejeté Mukuro-sama. » Bon, techniquement Chrome ne savait rien mais ça ils ne le savaient pas.

« Parce qu'il a peur de faire face à ses responsabilités. » Je plongeai dans mes pensées alors que Yamamoto posa une question très juste.

« Comment le sais-tu ? »

« Il me l'a dit. » Mon cœur se brisa une nouvelle fois. L'asocial du groupe était son confident ? Je n'arrivais pas à y croire.

Trop dans mes pensées, je ne vis pas la réunion se finir. Instinctivement je me dirigeai vers ma chambre. C'était à ce moment que je le vis. Assis par terre, sa tête reposant sur mon lit, les larmes ruisselant sur son visage. La vue de son corps pâle, amaigrie, … Son visage dans lequel ne transparaissais que la tristesse, le désespoir, le dégoût, c'était trop pour moi. Je ne le supportai pas.

Je transmis les informations à Nagi et repris possession de mon corps. Je m'effondrai par terre alors que des larmes coulaient déjà le long de mon visage. Je voulais le revoir, le prendre dans mes bras, lui dire à quel point on était stupide. Pourquoi ne pourrions-nous être ensemble alors que nous nous aimions tous deux ? Pourquoi la mafia venait-elle toujours compliquer ainsi les choses? J'aimerai juste être avec lui, à ses côtés, mais je ne peux pas. Il se refuse à moi par la faute de foutus responsabilités, à cause d'une mafia que je ne rêve que de détruire. Et pourtant. Je ne suis plus capable de détruire cette mafia, cette mafia qu'il rêve de changer, qu'il aime tant. Je n'en peux plus.

Chrome rentra dans mon bureau et me transmit les informations de Mukuro. Je tentai de retenir mes larmes, mais ce fut trop pour moi. Savoir qu'il avait été présent dans le manoir, savoir qu'il avait encore œuvré pour me sauver, savoir que malgré tout il n'arrivait à m'oublier. Savoir tout cela était trop dur. Ce fut la première fois que je m'effondrai en larme devant l'un de mes gardiens. Je n'arrivai à me calmer. Les larmes ruisselaient sur mon visage, mes mains tremblaient, mes jambes tremblaient, tout mon corps tremblait. Je n'arrivais à me calmer. Il était là, il était venu au manoir, il était venu. Et je ne l'avais pas vu. Il était venu, et pendant ce temps je pleurai à chaude larme dans sa chambre. Il était reparti, encore une fois, sans être venu me voir. Et tout ce que j'étais capable de faire c'était pleuré. Je répétais en boucle le prénom de Mukuro. Chrome me prit timidement dans ses bras mais mes larmes doublèrent d'intensité. Elle lui ressemblait tant que ça n'en était pas supportable. Je l'entendis tentait de m'apaiser avant d'appeler mes autres gardiens paniqués quand à ce qu'elle devait faire. Il me manquait au point que je voulais en mourir. Il me manquait au point que j'aurai abandonné la mafia si je ne savais pas que celle-ci me tuerai pour ça. Il me manquait tant que même si je connaissais le risque je ne voulais que partir le rejoindre. Il me manquait tant que toutes les opportunités qui s'offraient à moi étaient la mort et que je les acceptais volontiers si elle me permettait de le revoir. Il me manquait tellement que je ne savais pas si je serais encore capable de survivre plus longtemps. Il me manquait tellement que les larmes, la tristesse, envahissaient mon corps, mon âme toute entière. Un manque créant un vide au plus profond de mon être. Un manque me coupant toute envie de vivre et d'être.

Je sentis des bras m'enlaçait et ceux de Chrome s'éloignait. Je sentais des flammes tranquillisantes s'étendre dans mon corps. Je n'arrivais même pas à remercier Takeshi. Je sentis enfin mon corps se détendre, je tombais dans les bras de Morphée.

Je me réveillai plusieurs heures plus tard. Je me trouvai dans mon lit, toujours dans les bras de Takeshi, Chrome de l'autre côté, Hayato sur une chaise contre le lit du côté de Takeshi, Ryohei sur une chaise du côté de Chrome et Lambo au pied de mon lit. Je me redressai légèrement. Je sentis un mouvement sur le mur face à moi et je vis Hibari.

« Herbivore » Je rigolai légèrement.

« Je n'ai plus le droit de me faire appeler Omnivore, Kyo-san ? » Il se rapprocha du lit.

« En se montrant si faible ? Tu mériterais de te faire mordre à mort. » J'eu un niveau rictus avant que mon visage ne redeviennent sombre.

« Comment avait-il l'air d'aller ? » Son visage s'assombrit également alors qu'il comprenait que je faisais référence à Mukuro, je savais très bien qu'il s'était rendu compte que c'était lui et non Chrome.

« Il souffre tout autant que toi. Il n'arrive pas à comprendre. »

« A comprendre quoi ? » Il soupira « Que je ne peux le choisir ? Pourquoi je fais passer la mafia avant ? »

« Entre autre. Mais aussi ses propres sentiments. Il pensait surement pouvoir les sceller à jamais. Mais ils sont sur son visage, ainsi que sa souffrance. C'est son expression qui m'a permis de comprendre qu'il s'agissait de lui et non de Dokuro. Il est confus. » Je pensais aussi réussir à tourner la page, mais faut croire que je l'aime trop pour ça. « Va le voir. » Je fixai Kyoya, je sentis une larme couler sur mon visage. « Vous vous détruisez tous les deux. Emmerdez la mafia. La mafia te veux en vie, pas ainsi. »

« Kyo-san … » Chrome commença à se réveiller doucement, Kyoya quitta la pièce feignant comme toujours de se moquer de tout.

« Bossu, vous allez mieux ? » J'effaçai rapidement mes larmes avant de me tourner vers Chrome.

« Tutoie-moi Chrome-chan. » Elle rougit légèrement. Je lui fis signe de venir dans mes bras et l'enlaça. « C'est dur. Tu lui ressembles, et je n'arrive pas à l'oublier. J'aimerai tant le revoir, le prendre dans mes bras comme je le fais avec toi, l'embrasser et lui dire à quel point je l'aime. Mais je ne peux pas. Il y a la mafia. Je serais amoureux de toi, il n'y aurait aucun problème. Mais je l'aime lui, toi tu lui ressembles juste. Tu ne fais que … lui ressembler … Il a fallu que j'aime un homme. » J'étais en larme, je plantais mes ongles dans son dos pour l'avoir tout contre moi. Je voulais le revoir. Je devais le revoir. J'irai le revoir. « Prends soin de toi. » Je me levai, enfilai une tenue civile, puis sortais de ma chambre. Kyoya m'attendais devant la porte d'entrée du manoir. Il me tendit un sac.

« Ton strict nécessaire. »

« Prend bien soin de tout le monde. Gracie mil. » Je me saisis du sac et quittai le manoir sans un regard en arrière.