Je voulais continuer dans le POV de Laurent mais l'idée de montrer une partie de la scène du POV de Martin m'a semblé une bonne idée pour donner une autre facette de l'histoire.
Enjoy !
Martin ne savait pas trop comment se comporter face à son patron. Ils étaient seuls dans l'appartement de Yann. L'ambiance était détendue en apparence, la nourriture servie sur la petite table du salon avait vite disparu, ils buvaient et plaisantaient ensemble assis sur le canapé, mais Martin ne savait pas comment agir.
Il savait ce qu'il avait envie de faire mais il n'était pas sûr que ce soit la plus judicieuse des actions. Il ne pouvait s'empêcher de jeter des regards à la dérobée au plus vieux. Il se perdait dans le fouillis aguicheur de ses cheveux, la courbe de ses cils ou la forme sensuelle de ses lè le désirait tellement que c'en était douloureux. Il lui avait tant manqué. Martin essayait vainement de pas se laisser emporter par l'intimité qui semblait se créer depuis qu'ils s'étaient retrouvés tous les deux seuls dans ce petit appartement. Ils étaient si proches qu'ils pouvaient presque se toucher.
Il y avait de l'électricité dans l'air, Martin pouvait pratiquement la sentir sur sa peau, comme un frémissement. Il allait se passer quelque chose, il le sentait mais il était incapable de savoir ce que c'était et surtout, il n'était pas sûr de vouloir l'empêcher.
Pour se distraire de ses pensées qui n'avaient plus grand chose de chaste, il jeta un regard circulaire à l'appartement, étonné de ne voir aucun des effets personnels de Laurent. Aux dernières nouvelles,avant qu'il ne parte pour les USA, les deux hommes habitaient ensemble..
« Laurent n'est pas là ce soir ? Ça ne le dérange pas que je sois ici ? Demanda-t-il d'une voix incertaine.
Non, il n'est pas là, répondit Yann. Il hésita un peu avant d'ajouter : Laurent et moi, on est plus ensemble. Ça fait quelques semaines déjà. »
Surpris, Martin chercha ses mots. Il ne voulut surtout pas trahir l'existence de la bulle d'espoir qui menaçait soudain de faire exploser sa poitrine.
« Oh.. Je ne savais pas. Il s'est passé quelque chose ? Demanda-t-il de la voix la plus détachée possible. »
Martin avait détourné son regard de Yann. Il se sentait incapable de le regarder dans les yeux en attendant sa réponse. L'anticipation le laissait le souffle court. Il avait peur mais en même temps il brûlait d'entendre ce que le présentateur avait à lui dire.
La vérité, il la connaissait déjà même s'il ne l'avait jamais avouée à voix haute, à part à Clément lors d'une nuit solitaire à Cuba, aidé par l'alcool. Il paraissait jeune mais il n'était pas totalement innocent.
Le désir qui avait pris place entre Yann et lui était trop puissant pour être ignoré par l'un et l'autre. Ils l'avaient senti tous les deux dès les premières secondes de leur rencontre. Il avait épaissi l'air entre eux quotidiennement. A chaque fois qu'ils se retrouvaient seuls tous les deux dans le bureau du présentateur pour travailler ou débriefer, ils le sentaient faire frémir l'air autour d'eux, inlassablement. Personne n'était dupe, eux encore moins. C'était toujours présent mais jamais exprimé.
Parce qu'il y avait Laurent. Il y avait toujours eu Laurent. Il avait toujours plané autour d'eux comme une ombre, écrasant tout espoir sur son passage. Il était là avant. Sa place au côté de Yann ne souffrait d'aucune contestation et il le faisait bien sentir au jeune homme dès qu'il en avait l'occasion.
Martin savait que le producteur passerait toujours avant lui et il avait respecté cela. Il n'avait jamais voulu briser quoi que soit, il se l'était interdit à la minute où il avait appris que les deux hommes étaient liés par bien plus qu'une relation professionnelle. Il avait caché ses espoirs brisés, avait fermé son cœur à double tour et avait tenté de l'étouffer en partant le plus loin et le plus longtemps possible. Il avait enfoui ses sentiments sous le travail tout en sachant que la douleur l'attendait patiemment à son retour, cachée au détour de chaque moment passé avec Yann.
Il n'avait rien dit, jamais. Mais il avait mis son cœur sur la table à chaque regard qu'il avait adressé à son patron et il lui avait semblé que l'autre homme avait compris. Les silences s'étaient toujours fait lourds de sens entre eux.
Mais si Yann restait avec le producteur, c'est qu'il l'aimait après tout, plus que lui. Donc le pauvre petit reporter insignifiant qu'il était ne pouvait que ramasser les miettes d'un gâteau qu'il ne savourerait jamais.
C'est ce qu'il avait pensé en partant pour les États-Unis. C'est dans cette optique qu'il avait retardé son retour le plus possible, et voilà que maintenant, après ces années d'amour déçu et mutique, il apprenait que son rival avait été destitué et que l'homme qu'il désirait tant était libre, enfin.
Libre d'accord, mais pour lui ? Il était peut-être présomptueux d'espérer après tout. Cela n'avait peut-être rien à voir avec sa petite personne. Mais il ne pût s'empêcher de penser que Yann avait une idée derrière la tête. Sinon pourquoi l'avoir invité à rester cette nuit. Hugo avait proposé de l'héberger, gentiment, spontanément. Martin aurait pu partir avec lui mais son patron s'y était opposé. Et dans son regard, un éclat particulier avait empêché Hugo d'insister et avait fait faiblir les genoux de Martin. C'était pour cet éclat qu'il était resté. C'était à cause de ce regard qu'il était là. Peut-être que le silence allait enfin parler.
« Martin, il faut qu'on parle. De nous.
Qu'est-ce qu'i dire ?
On... on se connaît depuis longtemps et …, hésita Yann. Il se reprit : Il y a quelque chose que j'aurais dû te dire il y a quelques temps déjà, avant que tu partes. Mais j'ai été lâche. Martin, Je ...
Ce n'est pas la peine ! Le coupa le jeune homme. Martin s'était levé, la peur tordant son estomac. Il n'était plus sûr de vouloir entendre les mots qu'il avait tant attendus. Il avait peur du bouleversement qu'ils pourraient déclencher. Ne dis rien que tu pourrais regretter, Laurent et toi, vous avez rompu, tu es triste et...
Non tu n'y es pas du tout. Les mots se précipitaient dans la bouche de Yann, il tenait absolument à se faire entendre de son cadet. Lui aussi avait attendu ce moment depuis longtemps. Maintenant que le jeune reporter était enfin de retour auprès de lui, il pouvait plus reculer. Je ne ressens rien pour Laurent, ça fait longtemps que je ne ressens plus rien.. Je lui serai toujours reconnaissant, il a été mon mentor, mon plus fidèle allié et ami. Je lui dois tout ce que j'ai aujourd'hui.. Mais mon amour je ne peux plus lui donner, plus maintenant.. Je ne pas sûr d'avoir jamais pu en réalité. Je crois que je ne l'aimais pas comme il aurait fallu.
Alors quoi, tu t'es trompé toutes ces années ? Tu n'étais pas amoureux de lui?
Oui et non. Je ne suis pas sûr de l'avoir réellement aimé, pas comme lui m'aimait. Les deux hommes se regardèrent enfin dans les yeux. Pas comme je t'aime, toi.. »
Martin sentit ses genoux défaillir et il se rendit compte qu'il s'était levé pendant la dernière partie du discours de son aîné. Ses joues étaient en feu. Yann se leva à son tour et s'approcha, soudain incertain. S'était-il trompé ? Avait-il mal interpréter les signes ? Il fallait absolument que le jeune homme comprenne.
Il posa sa main sur la joue droite de Martin dans un geste plein de tendresse. Son autre main alla se nicher dans les cheveux du plus jeune. Il ne le repoussait pas. Les deux hommes se regardèrent un instant, se testant, ne sachant pas qui devait faire le premier pas.
Avant qu'ils aient eu le temps de réfléchir à leur prochaine action, leurs lèvres, comme mues d'une volonté propre se scellèrent soudain en un baiser passionné.
Dans un mouvement d'étoffes, Martin se retrouva de nouveau sur le canapé, allongé cette fois, Yann au-dessus de lui. L'une des mains de ce dernier avait passé la barrière de son t-shirt et se promenait doucement, laissant une sensation brûlante sur sa peau à son passage. Lui avait passé son bras dans le dos de Yann, l'avait attiré doucement vers lui, collant leur torse l'un contre l'autre.
Alors que le baiser s'intensifiait, des coups puissants se firent entendre à la porte. A regret, Yann soupira et s'écarta de son jeune reporter pour aller répondre.
La porte s'ouvrit en grand, révélant le visage de Laurent, rougi par le froid et la colère. Quand son regard se posa sur Yann puis Martin, leurs vêtements en bataille, leurs cheveux ébouriffés et leurs lèvres encore gonflées par leur baiser, ses yeux lancèrent des éclairs et le plus jeune se leva d'un bond, mortifié. Avant que Yann, surpris, ne réagisse, Laurent franchit le seuil de l'appartement et claqua la porte violemment derrière lui.
La suite bientôt : confrontation Laurent/Yann/Martin.
Merci d'avoir lu !:)
