Titre : Crimes et tentations

Auteur : Mokoshna

Fandom : Batman

Crédits : Batman est la création de Bob Kane et la propriété de DC Comics (sans parler des dizaines d'auteurs qui ont participé au mythe).

Avertissements : UA, Spoilers pour « Les valeurs de Matches Malone ». Yuri.


Chapitre 2 :

Luxure

Je sens leurs yeux sur moi, ces porcs. C'était à prévoir : avant d'être des métas, ce sont avant tout des hommes. Des concentrés d'hormones agressives. Inutiles. Grotesques. Le pire étant sans doute ce clown ridicule et ses plans absurdes. Que croit-il faire en refusant notre proposition ? Comme s'il avait l'exclusivité sur Batman ! Ne sommes-nous pas tous ses ennemis ?

Mais après tout, je ne devrais pas trop attendre d'un homme qui porte une fleur innocente sur sa poitrine comme un trophée de chasse. Mon sang bout rien qu'en le voyant, cet assassin : ce pauvre chrysanthème, arraché de l'étreinte de Mère Nature par cette pourriture organique, cet animal...

— Hé, où est-ce que tu vas, ma jolie ?

Cet oiseau putride de Pingouin m'interpelle comme si j'étais une catin à son service. Répugnant. Je mets un point d'honneur à lui servir mon regard le plus méprisant, c'est tout ce qu'il mérite.

— Ce ne sont pas tes affaires, mon cher.

— Par là, c'est pas la sortie.

Je les ignore. Croc ricane : il a sans doute senti le parfum subtil du maquillage, un ensemble de composants chimiques et d'odeurs corporelles propres... Un paradis olfactif pour moi, mais qu'est-ce que ce reptile grossier peut y comprendre ? Je le vois poser la main sur le Pingouin pour l'arrêter, lequel se dégage avec une expression de dégoût. Croc s'en fiche bien, je pense : il doit avoir l'habitude, avec une apparence telle que la sienne.

— Laisse, elle va butiner dans son coin.

— Quoi ?

— Eh, on est dans le repaire du Joker, hein. Chacun son truc.

— Fascinant, dit l'Épouvantail. Je me demande si c'est à cause des altérations chimiques...

Croc ricane.

— Ouais, si c'était le cas, tu penses pas qu'on serait affectés pareil, tête de foin ?

Je m'éloigne jusqu'à ne plus les entendre. À quoi me sert de connaître leur avis ? Je suis seule à juger de mes actes, moi et Mère Nature. Elle plus que les autres comprend mon besoin, cet élan qui m'amène en ce lieu, en cet instant.

Les couloirs sont vides de toute plante. Nus. Je me sens mal à l'aise. Droite, gauche, son odeur me guide mais le métal m'oppresse. Des murs nus, des fenêtres cassées donnant sur des rues désertes et sales. Tout ici ressemble au Joker : l'aspect désolé, chaotique, les ruines et la solitude. Comme son cœur doit être aride. Dire qu'elle vit ici, entourée par toute cette misère ! C'est un état qu'elle a choisi, mais qui a dit qu'elle avait toute sa tête ? Je presse le pas.

Une porte s'interpose, des peintures enfantines sur le bois mort, de quoi me révulser d'horreur. Je la pousse et me retrouve dans une chambre remplie de jouets cassés, de nourriture éparpillée, face à deux hyènes grimaçantes qui m'accueillent avec des rictus pas forcément amicaux. Je les passe sans un regard. Qu'ai-je à craindre de ces tas de chair recouvertes de poils ? Elles sont à l'image de leur maître, débraillées et imprévisibles. Quant à moi, je suis bien différente.

— Red ! s'écrie Harley en me voyant. Qu'est-ce que tu fais là ?

Je lui fais mon plus beau sourire, ma Harley à l'esprit autre. Elle se jette sur moi, ravie, et se met à me serrer si fort dans ses bras que je sens tout l'air de mes poumons me déserter.

— Je suis si contente ! Tu voulais me faire une surprise, c'est ça ?

Je la serre à mon tour, ma fleur bizarre à la peau de clown. Ses couettes blondes tressaillent avec elle, son sourire, exempt de tout rouge pour une fois, illumine cette pièce lugubre. Un miroir piqué dans un coin, une table branlante, un lit en ruines : voilà tout le luxe que peut lui offrir ce clown de pacotille. Je contiens ma colère de mon mieux. Harley ne supporte pas que je parle en mal de son « Puddin' ».

— Tu restes combien de temps ? Oh, Puddin' sera ravi de te voir lui aussi !

C'est faux, et nous le savons toutes les deux même si Harley a pour spécialité de se voiler la face. Le Joker ne m'aime pas. Je me demande bien pourquoi !

— Je l'ai déjà vu, dis-je, peu concernée par l'avis de ce rustre.

— Ah ? Vous avez parlé de moi ?

— Non. Je ne suis pas venue seule. Nous avions une proposition qu'il a refusée. Tu ne veux pas te joindre à nous, toi ?

— Pour quoi ? me demande-t-elle innocemment.

Je lui explique tout : comment cet homme, Hush, est venu nous voir avec l'Homme-Mystère en prétendant qu'il connaissait l'identité du Batman, comment il nous a réunis autour de lui. Je ne l'avais pas cru tout d'abord (et je persiste à penser qu'il ne s'agit que d'un coup de bluff de sa part), mais la perspective de nous débarrasser de ce gêneur de Batman l'avait emporté sur tout le reste, mes doutes quant au savoir de ces deux gaillards, ma répulsion initiale par rapport à mes associés, mon dégoût bien naturel en sachant que nous allions voir le Joker pour l'embaucher. Fort heureusement, il n'a pas accepté, mais cela ne veut pas dire que je ne peux pas essayer de rallier son alter-ego féminin à notre cause. Nous les femmes sommes si peu nombreuses dans le milieu du crime, il est normal que je me tourne vers elle, n'est-ce pas ?

— Je sais pas, fait ma Harley, comment ils ont fait pour savoir, hein ? Ils ont tiré au sort ?

— L'Homme-Mystère prétend qu'il a deviné avec son cerveau surdéveloppé, fais-je, dubitative. Si tu veux mon avis, ce n'est que du chiqué.

— C'est vrai qu'il connaît des gros mots, dit Harley. Des mots compliqués, avec pleins de consonnes. Puddin' dit qu'il a la science obtuse.

— Infuse, je corrige, amusée.

— Ben c'est la même chose, non ? Il fait le fier. Obtus, infus, c'est tout pareil, il est pas net.

Quelquefois, je me demande si Harley est aussi folle qu'on le prétend. Certes, comme le Joker, elle fait des choses qui peuvent paraître incompréhensibles et absurdes au premier abord, mais en creusant bien, il y a comme une certaine logique dans ses actes, un sens caché derrière ces paroles loufoques. Ou peut-être suis-je influencée par ce que je sais d'elle et mon propre esprit dérangé selon ces bons docteurs d'Arkham ? Castigat ridendo mores, comme dit le poète. La comédie châtie les mœurs en riant. Ce couple maudit est un bon exemple, en quelque sorte.

Je me sens seule. Harley me regarde bizarrement, ne dit rien. Puis, doucement, elle me serre contre elle, siffle un air de rien, comme si c'était normal, comme si nous n'étions pas toutes les deux perdues dans le repaire du Joker.

Une douce chaleur m'envahit : le signe que ma nature de femme reprend le dessus. Être de chair je suis malgré tout, sang et bile inclus. Les mains de Harley traînent sur ma peau, supplice de tous les instants, caresses si longtemps désirées. Je me coule contre elle, heureuse.

— Dis, Red, si on allait se balader ? Puddin' est occupé avec la petite Red, il va pas revenir tout de suite. Si on allait faire du shopping, entre filles ?

— Ça me paraît une bonne idée, dis-je, émue.

Je la jette à terre.

À suivre...