Titre : Crimes et tentations

Auteur : Mokoshna

Fandom : Batman

Crédits : Batman est la création de Bob Kane et la propriété de DC Comics (sans parler des dizaines d'auteurs qui ont participé au mythe).

Avertissements : UA, Spoilers pour « Les valeurs de Matches Malone ».

Notes : Oui je sais la narration est encore plus bizarre que le reste, c'est fait exprès. J'alterne la première et la troisième personne, sans coupure nette au milieu. Désolée si ce n'est pas clair.


Chapitre 4 :

Colère

Elle sera bientôt là, la chauve-souris, elle jaillira de la nuit comme elle sait si bien le faire. À côté de Double Face, le Pingouin tremble. Il ne veut pas l'avouer, mais il a peur et il a raison : Batman s'est toujours montré imbattable jusque-là, ombre silencieuse dans la nuit, qui frappe et s'enfuit sans laisser de traces. Peut-être Harvey est-il un peu poétique, ce soir, car la présence de tous ces fous échappés d'Arkham a le don de le rendre nerveux.

Je sais de quoi je parle. Ce taré de Pingouin, ce lâche, cette merde d'oiseau, pense qu'il en sortira intact. Comme si ! Rien que de le voir se dandiner sur ses courtes pattes, j'ai envie de le jeter par la fenêtre. Je demande à ma pièce : le frapper ou le laisser tranquille ? Elle me donne la dernière réponse. Tant pis. Il sera toujours temps quand j'aurais enfin piétiné le corps sans vie de Batman.

Les hommes sont nerveux. Comment leur en vouloir ? Harvey l'est un peu lui-même : ce plan, cette soirée, est l'aboutissement de la carrière de Double Face. Si Batman disparaît cette nuit, il n'y aura plus personne pour s'opposer à lui. La police, les autres criminels ? Un détail. Le destin est de son côté. Dame Chance le couve. Dans son plus beau costume, ce soir, il est parfaitement à l'aise : Batman mort, tout Gotham lui appartiendra.

Les hommes grommellent malgré tout, ils ont peur. Au bout d'une heure, je commence à m'énerver : quand est-ce qu'il arrive, ce rat volant ? Mes doigts me démangent. Il faut que je presse la détente. La drogue que nous transportons vaut des millions, mais ma soif de vengeance est plus grande. Tic-tac, fait la pendule au mur. Quelle idée de confier une partie de l'opération à un sous-fifre de rien ! Je suis sûr qu'il fera tout rater ! Il n'a pas intérêt. Double Face n'aime pas qu'on se moque de lui.

Le temps passe encore, mais toujours pas de Batman. Nous avons presque fini de charger la marchandise. Un camion en plein centre commercial, ça doit se voir, non ? Pourquoi n'est-il toujours pas là ? Il se moque de moi, lui aussi !

Il y a un bruit de pas, un cri de ralliement. Double Face se tourne, bon côté, et accueille le nouveau venu avec des mots neutres. Il n'est pas seul : un autre le suit, silencieux. Ils sont deux, à le fixer sans oser s'avancer.

Je sursaute : ce gars tout miteux, c'est notre allié ? Il ne ressemble à rien, avec sa moustache. Le type qui le suit n'est pas mieux ; on dirait un clone. Ils se ressemblent tous, ces hommes de main. Je ricane. Sacrée équipe que voilà.

— T'es à la bourre, dit Double Face.

— Désolé, fait le moustachu, tout tremblant. On a eu quelques soucis.

— La chauve-souris ?

— Non, non... les flics. Une bonne femme en uniforme nous a coursés pendant deux bonnes heures. On a eu un mal fou à la semer, la garce. Mais on est là, hein ?

L'autre homme ne dit rien. Je l'observe : il n'a rien de spécial, juste un pauvre type comme un autre. Le premier est trop nerveux, c'est pas normal. La radio dans mon oreille grésille.

— C'est lui ! fait l'Homme-Mystère. Celui derrière !

Un déclic. Je sors mon revolver. Il se passe enfin quelque chose. Batman, déguisé ? Ce ne serait pas la première fois. Le moustachu pousse un cri de terreur, je m'en fous : je tire. Personne n'est touché, ils se sont écartés au dernier moment, je crie à mes hommes d'ouvrir le feu. Qu'il crève ! Les sacs de coke sont touchés, ils explosent, mais ce n'est pas grave : on en trouvera bien d'autres après cette nuit. Que le sang de Batman se mêle à la poudre blanche, qu'il la teinte de rouge !

Le Pingouin est parti dans son coin, s'est planqué, le lâche. Double Face se jette derrière un comptoir rempli de bijoux, casse une vitrine pour plus d'effet. Le bruit des balles tirées est assourdissant ; la lumière aveugle tout le monde. Personne ne sait vers qui il tire, c'est la débandade. Où est Batman ? L'odeur de la coke, la poudre dans l'air, que tous respirent, qui leur colle à la peau.

Ça me fiche en rogne. Tous des incompétents, autant qu'ils sont ! Ce n'est pourtant pas compliqué de tirer sur un type sans pouvoir, non ? Tout se brouille autour de moi, lumière et ombre, bruit et silence. Des plantes entourent l'espace : Poison Ivy s'est enfin décidée à intervenir. Un gaz flotte au milieu de la poudre blanche, je le respire, damnation ! Le rire de l'Épouvantail me casse les oreilles. À quoi joue-t-il, ce docteur raté ?

Double Face titube ; il a les poumons emplis de gaz. Devant, derrière, partout, les hommes essaient de s'enfuir, de rester en vie, en vain : s'ils n'ont pas inhalé le gaz hallucinogène de l'Épouvantail mêlé à la coke, les plantes d'Ivy les rattrapent et les étouffent, Croc les happe et les dévore, Clayface s'empare de leur corps. Tant de morts inutiles. Tant de pertes dans le noir, dans la curée.

Je suis le seul à pouvoir arrêter Batman ! Sa vie est à moi, sa mort est mon dû ! À moi seul ! J'apprendrai à ces imbéciles à essayer de me voler, je les maudirai jusqu'au dernier !

— Non ! fait une voix, très loin.

Je lâche mon arme sans avoir tiré. Sur qui ? Pourquoi ?

Tout s'embrouille, plantes, boue, crocs, morceaux de chiffon. Je suis enfin seul. Une main sort du brouillard, me jette sous une table. Elle appartient à un homme que je ne connais pas : moustache, silhouette massive, yeux bleus perdus dans un visage sculpté comme un dieu grec. Il me sourit, je ne comprends pas. Le côté droit de mon visage me brûle.

— Harvey ! je l'entends dire. Tiens le coup !

J'ai envie de sourire, j'ai envie de pleurer, je ne sais plus où j'en suis. Qui me chuchote à l'oreille ?

— Double Face, espèce d'idiot ! Tue-le !

J'arrache l'appareil. Il est tout petit, à peine une pierre dans ma main. L'homme me le prend et l'écrase.

— On va s'en sortir, dit-il, sûr de lui.

Et tout disparaît.

À suivre...