Titre : Crimes et tentations

Auteur : Mokoshna

Fandom : Batman

Crédits : Batman est la création de Bob Kane et la propriété de DC Comics (sans parler des dizaines d'auteurs qui ont participé au mythe).

Avertissements : UA, Spoilers pour « Les valeurs de Matches Malone ».


Chapitre 5 :

Gourmandise

Le combat fait rage. Ça me donne une de ces pêches ! La faim me tiraille le ventre, mais elle s'apaise au fur et à mesure que je mange. Tout ce que je peux trouver, je le happe dans mes crocs, je le dévore. Même des humains, même des bouts de plante carnivore, un peu de gaz pour parfumer tout ça et de la drogue pour lui donner du goût. Ça me grise ! La voix de Hush me pousse dans mes derniers retranchements, le rire de cet épouvantail en toc me fait bouillir le sang.

Eh, ma jolie, t'en a pas assez de foutre tes plantes sous mes pieds ? Je m'empêtre la queue avec, c'est barbant. Clayface projette de sa merde jusque dans mes yeux, le Pingouin couine dans son trou, Double Face s'interpose entre le Batman et moi. Quelle sale blague ! Il est plus chtarbé que je le pensais. Son bon côté qui s'est réveillé, peut-être ? Il s'écroule tout d'un coup, le type qui est censé être Batman le traîne dans un coin et se barre, nous criant de le poursuivre si nous en avons le cran. Il croit peut-être pouvoir m'échapper ?

À travers le centre commercial, nous le poursuivons. L'Épouvantail cesse de rire : un coup bien placé de Batman l'a jeté au sol, il fait moins l'important maintenant. Poison Ivy lui lance ses plantes mortelles, il les esquive, il est comme le vent, il s'en va et revient. Je tente un coup, raté : il est déjà parti. Le mur derrière lui bouge soudain : Clayface sort de sa cachette et le couvre de boue. Batman se débat, Clayface crie, je me jette sur eux...

Un tube apparaît dans la main de Batman, il le laisse tomber à ses pieds. Je n'ai pas le temps de prévenir Clayface : le verre se brise et un liquide bleu en sort, il se répand, il engloutit le tas de glaise qui se raidit... Je ne sais pas ce que c'est, mais c'est vachement efficace : avec à peine un coup de poing, Clayface se désagrège sur le sol. Un autre de moins.

Batman n'a pas encore regagné le sol que Poison Ivy l'agrippe avec ses lianes, ricane devant lui en posant comme une pute. Elle s'approche, lèvres toutes prêtes. De loin, je vois déjà Batman se faire embrasser par cette garce, son dernier baiser fatal avant de crever dans d'atroces souffrances... C'est qu'on n'aurait pas besoin de moi !

On entend un rire hystérique, une musique de foire, et soudain le sol explose sous Ivy et Batman. Les plantes sombrent dans un trou gigantesque tandis qu'Ivy, assommée par une espèce de gant de boxeur géant, tombe à terre. Je me précipite sur Batman, trop tard : il a disparu. C'est la foire ; le centre commercial est à moitié démoli et moi, je ne trouve rien de mieux que de perdre Batman.

Saleté !

— Où est-ce qu'il est ? je hurle.

Le seul à être encore debout est le Pingouin. Il titube vers moi, indécis, mais s'arrête en voyant que je suis en colère. Bouffe ça, le poulet ! Où t'étais, pendant qu'on se foutait dessus, hein ?

— Il a disparu, dit-il.

— Ça je le sais ! Comment c'est arrivé ? Le plan était parfait !

Le Pingouin me montre le gant géant, les traces de peinture sur le sol et les murs que je n'avais pas remarquées.

— C'est la marque du Joker, tout ça, fait-il morose.

J'explose de rage. Comment ose-t-il, ce clown à la manque ! Batman est notre ennemi, et il se permet de l'aider ? C'est le monde à l'envers !

— Il est fou ou quoi ? je tonne. Aider Batman à s'enfuir !

Le Pingouin me jette un drôle de regard.

— Ben... oui, qu'il est fou.

Je suis sur le point de le croquer tout rond mais une voix dans mon oreille m'en empêche : Hush qui me donne ses instructions. Il n'a pas l'air heureux, et qui le serait dans cette situation ? On y était presque !

— J'ai trouvé où ils étaient, dit-il. J'y vais. Rejoignez-moi.

— Et les autres ? demande le Pingouin, nerveux, sa grosse main sur l'oreille.

— Peu importe.

Je cours, à travers les couloirs déserts de ce satané centre commercial, entre les poteaux qui me barrent la route, traversant au besoin les vitres qui se brisent devant moi. Le verre crisse sous mes pieds. Je n'entends plus le Pingouin : j'ai dû le semer dans ma hâte. La voix de Hush me guide, ma faim se réveille. Je croquerai le Joker tout cru, dussé-je en crever ! On ne se fout pas de ma gueule comme ça !

Pas après pas, l'odeur du maquillage bon marché, la voix de Hush, le bruit d'un corps qu'on traîne, j'arrive dans le parking du centre commercial. Le Joker est là, mais il n'est pas seul : derrière lui, un homme tire un corps dans une voiture. Je ne sais pas qui est qui car je ne les distingue pas bien, mais peu importe : tous les trois mourront sous l'assaut de mes crocs, je le jure. Je n'ai pas assez faim pour trois, mais qu'est-ce qu'un homme de plus face à mon ressentiment ?

— Oh, mais que voilà-t-il pas le lézard ! s'écrie le Joker avec un rictus bien à lui. Tu viens nous remuer de la queue, amigos ?

— La ferme, je grogne. Traître.

— À quoi ? À moi, à toi, aux autres ? Je suis moi, et Batman est à moi. À moi de le tuer, à moi de le sauver, à moi.

— Tu parles comme une mouette, dis-je, dégoûté.

Il éclate de rire, ce clown répugnant. Je grince des dents, il me donne faim.

— Oh, oh, oh ! Un trait d'humour ! Merveilleux, fabuleux ! Je signe !

— Quoi ?

Décidément, il est impossible de comprendre ce fou furieux. Je me mets en garde : il sera toujours temps de l'écouter quand il poussera des cris de douleur, pendant que je le dévorerai tout vif. J'en salive déjà : il doit avoir mauvais goût, mais c'est ma proie, mon dû. Ma vue se brouille, le sang monte dans ma gorge.

Je ne sens la douleur que bien après, trop tard pour que je puisse réagir. Ma poitrine devient lourde ; le sang qui en coule devrait pourtant l'alléger ! Le Joker sursaute, a l'air surpris pour une fois : la preuve qu'il reste un peu humain, quelque part derrière ce masque de rire forcé. Je n'ai pas à me tourner car je sais déjà ce qui s'est passé. Ce n'est pas bien difficile à deviner avec mon flair, vraiment.

Fichue existence. Tout ce que j'espère, c'est survivre pour pouvoir faire payer la monnaie de sa pièce à Hush.

Le rire cassé de Joker me vrille les tympans. Je tombe.

À suivre...