Titre : Crimes et tentations
Auteur : Mokoshna
Fandom : Batman
Crédits : Batman est la création de Bob Kane et la propriété de DC Comics (sans parler des dizaines d'auteurs qui ont participé au mythe).
Avertissements : UA, Spoilers pour « Les valeurs de Matches Malone ».
Chapitre 6 :
Paresse
Un esprit aussi éclairé que le mien n'a guère besoin de se trouver physiquement sur place pour savoir quels sont les tenants et aboutissants d'une situation donnée. Le ciel m'a permis d'obtenir un cerveau hautement évolué, malgré un corps chétif, une enveloppe de chair somme toute dérisoire face aux étalages complexes du mental. Ce serait gâcher que de ne pas en profiter au maximum de ses capacités.
Le ton qu'utilise Hush me fait comprendre que la victoire est proche. Il a décidé d'aller en personne régler le sort de son ennemi juré, Bruce Wayne alias Batman. Notre ennemi commun, la lie de mon existence, en vérité.
Mais revenons au commencement de cette histoire. Cela ne me fera pas de mal : par un récapitulatif minutieux des événements, je serai plus à même de prendre la meilleure décision au vu des détails imprévus qui nous sont tombés dessus.
Hush, de son vrai nom Thomas Elliot, est d'une nature vindicative. J'ai peine à mentionner sa condition, pourtant il faut dire les choses telles qu'elles sont : ce pauvre homme est, malgré tout son génie en ce qui concerne la chirurgie et les complots en tous genres, un détraqué. Cela ne date pas d'hier, d'après les indices que j'ai pu glaner. L'éducation lacunaire de ses parents, les méfaits de la génétique, tout concorda à faire de ce garçon voué à un grand avenir un homme mentalement instable, un monstre à l'apparence humaine.
Et c'est ce monstre qui me soigna, moi Edward Nigma, dont la santé déclinante m'avait cloué au lit. Quel miracle que nous découvrîmes le puits de Lazare ensemble ! Les effets secondaires qui me rendîmes fou ont certes été une épiphanie : car autrement, mon cerveau n'aurait pu rassembler les indices quant à l'identité réelle de Batman. Quelle surprise, quelle joie de découvrir qu'il s'agissait de la même personne que Thomas haïssait !)
Notre plan de vengeance se devait d'être parfait. Obtenir l'aide de nos collègues criminels les plus puissants afin d'acculer Batman dans ses derniers retranchements, lui couper toute chance de fuite et frapper, encore et encore jusqu'à ce qu'il tombe. La victoire devait être simple, sans tache, une formalité. Et pourtant !
Deux trahisons nous prirent par surprise : celle de l'homme que nous avions recruté pour induire Batman en erreur et l'attirer dans notre piège, et le Joker. Je dois admettre que le premier cas fut plus imprévu que le second. Cet homme vulgaire sur qui nous comptions avait la psychologie parfaite pour se faire manipuler ; en outre, l'Épouvantail avait été chargé de le garder en son pouvoir à l'aide de ses drogues. Et le voilà qui s'active à mettre Batman en lieu sûr, le voilà qui défie ouvertement la volonté des maîtres du crime que nous sommes ! Comme le dirait si bien ma vieille tante Hester (paix à son âme !), tout va à vau-l'eau.
Quant au Joker, eh bien ! Il n'est pas dans ma juridiction de tenter d'expliquer l'inexplicable. Les actes de cet homme, s'il est possible encore d'appeler « homme » un tel spécimen de caricature, sont tout simplement impossible à prévoir. Quand tout laisse à penser qu'il vous apprécie, il décide de vous poignarder dans le dos ; une fois qu'on a acquis son ressentiment, il vous prend dans ses bras et vous éructe un discours insensé sur l'amour et les valeurs morales. J'ai été le témoin de bien de ses caprices et je dois avouer que même à présent je ne saisis pas clairement tout le processus qui le fait agir dans un sens ou un autre.
Je scrute l'écran qui se trouve devant moi. Entre les dizaines présentes dans le parking, une seule caméra de surveillance a réchappé au chaos qui a suivi le combat entre Hush et le Joker. De ce fait, l'angle par lequel il m'est permis de les voir n'est pas le meilleur qui soit : je ne peux apercevoir qu'une partie du corps de Hush et un bras du Joker, lequel est horriblement tordu. Il ne semble pas avoir mal, néanmoins. L'homme que nous avions engagé et Batman ont disparu.
— Hush ?
La radio grésille ; je ne sais pas si Hush m'a entendu. Finalement, je perçois sa voix, lointaine et peu amène.
— Quoi ? Je suis occupé !
— Que se passe-t-il ? Où est Batman ?
— Parti, dit-il. Ne t'inquiète pas. Ce n'est pas un problème.
— Comment cela ?
— Il n'est pas en état d'aller bien loin, et l'autre non plus.
— S'ils se sont enfuis...
— Ce n'est pas le moment, ok ? grogne-t-il.
Je le vois se jeter sur le côté pour esquiver une attaque du Joker. La peste soit de ce clown ! Je délaisse l'écran de surveillance pour tenter de découvrir où se trouve notre cible. Cela ne me prend qu'une minute : grâce au système de surveillance du centre commercial, je peux savoir tout ce qui s'y passe tant que les appareils sont encore intacts.
Les deux hommes se trouvent juste à l'extérieur du bâtiment. Notre ancien acolyte tire Batman à lui. C'est assez pathétique, vraiment. Toutefois, s'il continue sans faillir, il se trouvera bientôt hors de portée, et cela est tout simplement impensable. Il me faut agir.
Un seul revolver me suffit pour accomplir cette besogne. Je ne suis pas homme d'action comme mes compagnons, mais il est des situations où un homme se doit de réagir par lui-même afin de s'assurer du succès de ses œuvres.
Les rues sont sombres et sales, une vraie porcherie. Les hommes sont d'un négligé ! Lorsque je serai maître de Gotham aux côtés de Hush, je m'assurerai qu'elles soient nettoyées régulièrement. Je ne peux me permettre d'habiter une ville pleine de crasse.
Je les rattrape bientôt, ces deux êtres misérables. Batman est affalé sur le sol. Grotesque. L'autre homme tremble, me supplie à genoux de l'épargner, qu'il est désolé. Je l'écoute à peine : la plèbe est la plèbe, après tout. Je vide mon chargeur dans sa poitrine, et comme je suis un être prévoyant, je ne me vois pas pris de court quand arrive le tour de Batman : un autre chargeur attend dans ma poche que je l'utilise. Ce que je fais sans tarder, une rafale de balles en plein cœur. Je tâte son pouls : Batman n'est plus. Je me suis débarrassé de cette menace à moi tout seul, moi l'Homme-Mystère, Edward Nigma. L'esprit a vaincu le muscle.
J'ai tué Batman.
Un cri de sirène déchire la nuit, au loin. Je détecte les mouvements de la police par mon oreillette, celle qui me relie à tous les centres de communication existant à Gotham : ils ne vont pas tarder à arriver dans le quartier. Je m'en vais, le cœur léger. Comme si je marchais sur un nuage. La métaphore est faible mais l'effet reste plaisant.
J'ai tué Batman.
À suivre...
