Dans le livre 2, je ne suis toujours pas satisfaite de ce que j'ai écrit. Au départ, j'étais dans l'optique de "me moquer" des fics avec un Walker de plus, des détails sont grotesques mais c'est devenu "trop" tel que le personnage de Melkor...je ne parviens pas à remanier.

S'adresse au public féminin, très romancé.


LIVRE 2 : RECONVERSION

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Prologue : "On aime le rêve, on aime la féérie, on n'aime pas la vie ; tant pis, la vie en revanche, nous vole ce qu'on aime" [Jovette-Alice Bernier]

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Une chaleur douce me chauffait le visage. J'essayais de bouger mon corps mais mes membres étaient engourdis. Une brise d'air me chatouillait le visage. Mon plaid me semblait plus léger que d'habitude. Au loin, j'entendais des chants. Les voix étaient si agréables. Une harpe les accompagnait et se joignait à cette mélodie avec perfection. J'avais encore dû zapper la télévision et laisser sur une chaîne de musique classique pour m'endormir.

Un rossignol chantait à quelques mètres de moi et une odeur de pins me parvint aux narines. Une odeur de pin ? Certes, je vis dans la campagne mais on ne trouve pas ce genre d'arbre à des centaines de kilomètres à la ronde ! Puis les chants cessèrent pour laisser place au bruit d'un ruisseau. J'ouvris péniblement les yeux. La chambre était baignée de lumière. Celle-ci était vive et intense tout en restant étonnamment douce et soyeuse. Je clignai des yeux à plusieurs reprises avant de les ouvrir totalement. J'avais peine à me mettre sur les coudes tellement le lit était bordé. Bordé ?

J'écarquillai les yeux tout en découvrant la pièce dans laquelle je me trouvais. De toute évidence, ce n'était pas ma chambre. Le décor n'était pas luxuriant mais il y faisait bon vivre. Une odeur boisée enivrait mes sens. Je levai les yeux, découvrant un plafond orné de branches enchevêtrées, sillonnées par des poutres sombres et ouvragées avec une méticulosité que je n'avais jamais vue auparavant. Il n'y avait pas de fenêtres. De grandes arcades marbrées avaient été édifiées afin de laisser passer l'air… et je n'avais même pas froid. Mes vêtements ! Je soulevai ma couverture. Ouf, j'étais habillée. Mais d'une manière étrange, cela dit. Où était passé mon superbe Tee-Shirt taché « geek d'un jour, geek toujours » ? Je portais un long jupon vert émeraude surmonté d'une ceinture de cuivre qui mettait en valeur ma taille fine. En haut, j'étais engoncée dans un corset moulé brun. J'étais également enveloppée dans une riche étoffe vert émeraude comme le jupon, ornée de fleurs aux tons dorés.

J'étais donc étendue sur un lit inconnu, avec des vêtements étranges qui n'étaient pas les miens. Qui plus est, je ne me souvenais pas de la manière dont j'étais arrivée dans cette chambre aux senteurs sylvestres. Cependant, j'avais l'intime conviction qu'un événement important avait eu lieu et que j'allais m'en souvenir. Soudain, j'entendis des bruits de pas dans le couloir. Que faire ? Je me rallongeai en position initiale puis fermai les yeux. Il fallait que je reste toute ouïe afin de bien écouter les conversations et récolter des informations sur ma situation. Tel un chat aux aguets, j'attendais patiemment.

La porte s'ouvrit et je perçus plusieurs bruits de pas. A en juger, il devait être deux ou trois personnes tout au plus. Ils commencèrent à parler entre eux. Impossible de déchiffrer ce qu'ils se racontaient. Dire que je comptais obtenir des renseignements… Ils communiquaient dans une langue qui m'était inconnue. On aurait dit qu'ils chantaient. Je n'avais jamais entendu pareils sons. C'était d'une beauté chimérique. Leurs voix me berçaient. Mais l'un des individus prononça des mots qui me sortirent de ma torpeur : Aragorn, Arathorn, Isildur .

Ce fût à ce moment précis que je me souvins.


CHAPITRE I :

« La volonté ne consent au mal que

par la crainte de tomber dans un mal plus grand. »

Dante

Souvenir…

La boule avait tourné de plus en plus rapidement dégageant une lumière très éblouissante. Je ne pouvais plus discerner mon environnement. Soudainement, je tombai et percutai un sol froid. Autour de moi, l'obscurité régnait. Je tâtonnai afin de trouver l'interrupteur de la lampe placée près du canapé mais en vain lorsqu'une voix me fit sursauter.

Je vous souhaite la bienvenue, Laura Misley.

Je me retournai. L'homme, ou du moins la chose, qui venait de m'adresser la parole, me faisait face à quelques pas de moi. Une étrange lumière rayonnait de lui. Il était étonnement imposant et d'une taille inhumainement grande. Je ne distinguais rien de son visage. Il semblait ne pas en avoir. Son apparence entière était sombre. Il descendit de sa monture, proportionnelle à sa taille, une sorte de cheval monstrueux et effrayant semblable aux sombrals que l'on peut voir dans Harry Potter et l'ordre du Phoenix.

N'avez-vous pas de langue, jeune humaine ? M'interpella-t-il d'une voix rauque.

Je tremblais de peur.

Où suis-je ? Répondis-je d'une voix cassée.

Il rit si fort à ma réponse que son cheval se cabra d'effroi. Le géant me tourna le dos, dégaina une épée et lui trancha la tête à hauteur de l'encolure. Le sang gicla sur mon visage et se versa à gros flots sur le sol. J'étais terrorisée.

Ce cheval était buté et indocile. Une telle monture est inutile. Affirma-t-il en regardant le cadavre.

Je devais sûrement être encore dans un de ces cauchemars et j'allais être sur le point de me réveiller.

Je vous saurais gré de cesser de me regarder de cet air ahuri. Et pour répondre à vos interrogations, non, il s'agit bien de la réalité. Si je vous transperçais de mon épée, vous ne vous réveillerez pas, vous mourrez.

Comment a-t-il… ? Songeai-je de plus en plus horrifiée.

La créature me coupa dans mes pensées.

Si j'ai eu la capacité de vous faire venir ici, j'ai également bien d'autres pouvoirs tels que la télépathie. Il s'agit en réalité d'un jeu d'enfant pour une personne de mon envergure.

Il émit un rire léger puis s'avança de quelques pas dans ma direction. Je frissonnai. Son corps semblait émettre des courants d'air froid. A présent, je pouvais discerner plus nettement son aspect en dépit de son long et large vêtement sombre. Sa forme restait toujours imperceptible, hormis deux flammes dans ses yeux. Une autre caractéristique anormale m'interpella. Il me parut qu'il ne marchait que d'un pied.

Je suis Melkor, ou plutôt son ombre. J'ai envoyé un de mes serviteurs dans votre monde dans le but de trouver la personne idéale pour parachever mon plan. L'une des conditions était que cette personne n'ait plus d'attaches à ce monde et qu'elle soit suffisamment préparée psychologiquement à voir un monde qui n'est pas le sien. Nous vous avons trouvé. Laura Misley, dans la fleur de l'âge, doté d'un esprit très imaginatif. Votre vision du monde, vos perceptions des éléments et votre passé houleux m'ont intéressés. Bien sûr, nous avons dû précipiter les événements afin que vous nous rejoigniez au plus vite. Vous pensiez vraiment que votre grand-mère était morte de vieillesse, ou encore que votre ami, n'ayant jamais étudié, allait être retenu dans une des plus grandes entreprises françaises sans même passer un entretien ? Tout était joué d'avance, ma chère. Y compris votre arrivée ici.

J'avais les joues en feu, envahie par la colère. Tout avait été programmé minutieusement. Ce pseudo-Voldemort m'avait enlevé tout ce que j'aimais. Et il voulait m'envoyer je ne sais où! Il fallait que je décampe au plus vite! Je regardais autour de moi mais dans l'obscurité, je ne pouvais voir aucune issue pour m'enfuir.

Vous enfuir, jeune fille ? Où voulez-vous aller ? Retourner dans votre monde ? Dans un monde où vous n'avez pas votre place ?

Il planta brusquement son épée dans le sol. Je remarquai alors que sa main était blessée comme brûlée par le feu.

Votre personne m'intéresse. J'ai besoin de vous. Oseriez-vous me résister ? Me demanda-t-il en plantant son regard dans le mien.

J'avais l'impression que ses immenses flammes dans ses yeux allaient me brûler les rétines. Je hochai la tête négativement. En guise de réponse, il éclata de rire.

Votre mission sera des plus simples. Je vais vous intégrer dans un monde, un monde qui m'est cher. Je préfère vous avertir, votre apparence sera changée, mais à en juger, ce ne sera pas une grande perte ! Ricana-t-il en me toisant. Vous espionnerez pour mon compte certains individus. Il s'agit d'un groupe de personnes dont le meneur s'appelle Aragorn, fils d'Arathorn et descendant d'Isildur plus précisément. Ce groupe cause des troubles à l'un de mes plus fidèles serviteurs. Vous devrez m'indiquer leurs stratégies afin que nous les interceptions au plus vite. Nous ne connaissons pas leur position exacte au moment où je vous parle. Aussi, je vous transférerai d'abord au dernier endroit où mes espions les ont vus. Ensuite, je suis sûre que vous aurez assez d'imagination, jeune fille, pour les retrouver et les convaincre de vous emmener. Votre nouveau nom sera Nerëa. Entendu ?

Je me sentais ridiculement faible à côté de lui. Que pouvais-je faire hormis acquiescer ? Un refus m'amènerait sans doute au même destin funeste que son feu destrier.

Bien sûr, je ne suis pas injuste envers mes serviteurs. A la fin de votre mission, je vous donnerai deux choix non négligeables. Vous pourrez soit rentrer chez vous et continuer votre vie comme si rien n'était arrivé ou bien rester dans le monde où je vais vous amener et devenir immortelle. Comme je suis généreux !

Il me fixait avec une telle intensité, laissant planer un léger silence.

Accepteriez-vous donc d'être mon espion ? Continua-t-il.

De toute évidence, je n'avais pas vraiment le choix. Je balbutiai un oui presque inaudible. Il claqua des mains pour clore la conversation puis commença à s'éloigner. Soudain, il se retourna et ajouta en lançant un objet que j'attrapais au vol.

J'oubliais… Cet objet vous permettra de vous téléporter auprès de vos cibles. Vous ne pouvez vous en servir qu'une fois. Il suffit d'appuyer sur le bouton. Je l'ai adapté pour vous. Apparemment vous étiez habitués à ce genre d'objets dans votre monde.

J'ouvris la main. L'objet de couleur argentée ressemblait à une sorte de télécommande.

Seulement, il n'y avait qu'un seul bouton. Je souris. Quelle bonne blague !

J'omettais une dernière chose, jeune fille. Je vous conseille d'obtempérer.

Puis il disparut. Il était vital que je remplisse cette mission.

Je voulais rentrer chez moi.


CHAPITRE II :

« La trahison est une moisissure verte et douce, comme le duvet : elle ronge en silence et par l'intérieur. »

Francis Blanche

Une fois mes visiteurs partis, je me levai du lit et m'approchai des arches. L'environnement m'était étranger. Je pouvais percevoir de nombreuses constructions imbriquées les unes dans les autres de manière parfaite. Elles se fondaient dans la verdure foisonnante. Cette architecture était, à mes yeux, inhumaine tant sa beauté et sa magnificence dépassaient l'entendement. En contrebas, un ruisseau coulait. Des animaux, sans une pointe de méfiance, venaient s'abreuver de son eau claire et limpide. Le cavalier noir aux yeux de flammes était donc réel ? Je ne pouvais me résoudre à penser que j'avais été transportée dans un autre monde. Avoir quitté ceux que j'aimais. Matthew.

Pourtant, je le devais. Remplir ma mission et rentrer chez moi, tels étaient désormais mes objectifs. Mais par où pouvais-je commencer ? Si je voulais transplaner avec l'objet qui m'avait été donné, il était plus sage de sortir de cet endroit. Après tout, je ne savais pas si des dégâts pouvaient être provoqués par son usage. Je n'avais pas envie de finir comme Ron à vomir des limaces à cause d'une baguette cassée ! Je sortis de la chambre et avançai à petits pas dans un couloir. Vide. La belle affaire !

Puis les voix que j'avais entendues auparavant chantèrent à nouveau. J'essayai d'en détecter l'origine. Peut-être y trouverais-je le maître des lieux ? J'arrivais enfin à la salle d'où provenaient les chants. Ce que je vis me laissa bouche bée. De jeunes hommes, rassemblés en cercle, chantaient. Bon Dieu, une vision angélique ! De tous les mannequins, les chanteurs, les acteurs que j'avais aperçus dans mon monde, je n'avais jamais vu de personnes aussi belles. Ashton Kutcher, Channing Tatum et Matthew McConaughey pouvaient aller se rhabiller !

Minces, ils n'en étaient pas pour autant maigres. Pas un atome de chair en trop. Leurs vêtements étaient fins et suivaient la ligne de leurs corps, moulants ainsi que leurs musculatures. De longs cheveux soyeux, des yeux allant de la couleur myosotis au bleu océan, embellissaient leurs visages comme illuminés par un rayon de soleil permanent. Une caractéristique me troubla : leurs oreilles avaient une forme peu commune. Des elfes ?

- Bienvenue à vous, me dit une voix douce et calme.

Un homme était apparu à ma gauche : grand et élancé, le visage fin et ferme sillonné par quelques rides profondes dénotant un âge important. Pourtant, il paraissait jeune. A peine la trentaine, dirais-je. Lui aussi possédait des oreilles en pointe… Il connaissait la langue que je parlais. C'était plutôt pratique. Je ne me serais pas vue communiquer en langage des signes ou par dessins mon périple. Mon sixième sens me disait qu'il s'agissait du maître des lieux, mon hôte. Il me paraissait, en outre, être issu de sang noble, je devrais donc suivre point par point les convenances.

– Mon nom est Nerëa, mentis-je, je m'excuse de vous avoir importuné. Je vous remercie également de votre hospitalité. Cependant, je reste quelque peu confuse. Peut-être sauriez-vous me renseigner ? J'ignore comment je suis arrivée, et dans quel lieu je me trouve.

Je commis certainement une bourde car les chants cessèrent aussitôt et une myriade d'yeux se figèrent sur ma personne. Mon hôte fronça les sourcils avant de prendre la parole.

– Je suis Elrond, fils d'Eärendil et d'Elwing, maître d'Imladris, gardien de Vilya. Mais le dîner vient d'être servi. Je vous invite à me suivre je répondrai à vos interrogations.

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Un dîner plus tard…

J'étais à nouveau dans la chambre. Au cours du repas, Elrond m'avait expliqué que mon corps avait été retrouvé inanimé sur leurs terres. J'avais de multiples blessures sur mon corps et mon visage. Certaines étaient très profondes. Les elfes avaient choisi de me ramener plutôt que d'ignorer et passer leur chemin. Ensuite, il me fit part de ses propres interrogations. Comment étais-je parvenue jusqu'à son territoire ? De quelle région provenais-je ? Dans quel but une femme se promène-t-elle seule ? J'avais dû être le plus évasive possible, prétextant une amnésie temporaire.

Cependant, mentir n'était pas mon fort et mon hôte semblait l'avoir découvert. Mais il en fît fi. Afin de paraître plus crédible, j'insistai sur le fait que je lui étais redevable. Mensonge, une fois de plus car je comptais bien me carapater d'ici une fois ma mission accomplie. Je lui avais également annoncé mon départ pour le lendemain dès l'aube. Certes, les chansons et histoires elfiques sont des choses incontournables et j'aurais voulu m'attarder un peu pour admirer plus leur plastique, mais je n'avais pas le temps.

Elrond. Encore un nom qui me paraissait familier.

Soudain, je réalisai que je faisais face à un miroir. Je sursautai. Je ne m'attendais pas à ce que mon apparence change autant. J'avais une taille plus fine et oh joie, mon petit ventre avait disparu! Ma déception s'afficha lorsque je contrôlais ma poitrine : mon 95C était devenu un petit 75B. J'en toucherai deux mots au cavalier la prochaine fois… Peut-être qu'il pourra y remédier! J'étais également plus petite, et ces épaules carrées me faisaient penser à un physique de nageuse olympique. De longs cheveux blonds clairs raides comme des baguettes, dessinaient mon visage fin à la mâchoire un peu carrée. Bon, ça aurait pu être pire. J'aurais pu être rousse… Je touchai ce nouveau nez, un nez aquilin. Puis, mon doigt descendit sur mes lèvres. Elles étaient plutôt charnues. Mais mon regard était le même. Ce même regard « vert serpentard » profond et troublant. Mais pourquoi faire comme s'il s'agissait de mon propre corps ? J'étais Laura. La personne dans ce miroir, Nerëa. Deux entités différentes.

La lumière devenait plus sombre. Je m'approchai des arcades. Le ciel était rempli de nuages. Les rayons du soleil pâlissaient et les nuages s'accumulaient, révélant un tapis de ciel aux tons rosés. Plus le soleil disparaissait, plus le ciel rougissait. Un ciel rouge sang.

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Dès l'aube, j'avais quitté les lieux. Le Seigneur Elrond avait demandé à quelques elfes de me faire don d'une besace remplie de quelques vivres et d'une outre. J'y mis également les vêtements que je portais la veille et optai pour une tenue moins visible en terrain forestier : bottes de chasseur en cuir, pantalon en toile et une chemise verte foncée. J'avais natté mes cheveux pour ne pas être gênée dans ma progression. Mon hôte était venu me faire ses adieux : il m'offrit un poignard s'excusant de ne pas pouvoir me fournir une arme plus grande. Je l'avais remercié. De toute façon, je ne m'étais jamais servi d'une arme. Du coup, je m'en contrefichais.

Maintenant, j'arrivai dans une forêt. Maître Elrond m'avait expliqué que, pour retourner chez les hommes du Sud, je devais prendre un sentier traversant la forêt. Un autre sentier existait mais mon hôte craignait qu'il soit à peine visible et que je me perde à cause de mon état. Je marchais déjà depuis quelques heures. Le terrain descendait en pente douce. En effet, Imladris se situait dans une vallée. Ma marche devenait mécanique. J'avançais sans réfléchir. Mon nouveau corps était fort et vigoureux. Contrairement à mon ancien corps habitué au canapé devant la télévision et au siège devant l'ordinateur.

La forêt se modifiait petit à petit, d'autres arbres se mêlaient aux conifères. Je me retournai un instant pour évaluer la situation. Je m'asseyai lourdement sur un tronc en y posant ma besace. J'étais exténuée. En dénouant les lanières, je remarquai qu'il était plus résistant qu'il n'y paraissait. J'en sortis une cape aux tons bruns dont je me recouvrai aussitôt. Puis je fouillai à nouveau dans le fond de la besace pour en sortir l'objet recherché. « La télécommande ». Sans réfléchir, j'appuyai sur le bouton.


CHAPITRE III :

« L'illusion est une partie intégrante de la réalité, elle y tient essentiellement comme l'effet tient à la cause. »

Joseph Joubert

Fichtre encore une forêt ! J'étais tombée dans un buisson. J'avais l'air fine, couverte de feuilles. Je retirai ma cape et la secouai. Cette sorte de « portoloin » nécessitait encore quelques améliorations !

Je devais vite me remettre en marche. Ma cible ne devait plus être bien loin. Le soleil était déjà haut dans le ciel et l'atmosphère restait lourde et moite. Je me retrouvai vite en sueur. Je m'arrêtai puis tendis l'oreille. Je n'étais jamais trop sortie de ma campagne pour aller gambader dans la forêt mais je pouvais au moins reconnaître qu'une source d'eau était proche. Je pivotai vers la gauche. Décidément, j'avais l'impression d'être en mode survivor ! Bientôt, j'arrivai au bord d'un fleuve. Et si ma cible se trouvait de l'autre côté ? Je réfléchis. Non, aucune chance, l'appareil m'aurait transporté de l'autre côté. Je m'étais peut-être trompée de direction. J'entendis des voix sur ma droite. Mon instinct me disait que j'allais enfin trouver ce que je cherchais. J'avançai prudemment. Qu'allais-je leur dire ? Comment gagner leur confiance ?

Mes interrogations furent vite interrompues. Un homme, l'arc bandé, était debout sur un rocher me devançant. Il était prêt à me tuer. Son regard bleu glacial me fît frissonner. Je remarquai une caractéristique similaire aux habitants d'Imladris : des oreilles pointues. N'y avait-il que des elfes dans ce monde ?

- Que fait une femme seule en territoire ennemi ? Me lança le blondinet, l'air peu aimable.

Un homme surgit de derrière lui.

– Baissez votre arc, Legolas. Une femme ne saurait être un danger pour nous. C'est une humaine, dit l'homme.

Bon Dieu, qu'il était beau, lui ! Cette beauté se distinguait de la beauté elfique, c'était la beauté d'un roi. On dénotait sa stature élégante, sa chevelure châtain ondulée et la fulgurance de ses yeux clairs. Son visage semblait répéter : honneur, loyauté, bonté. Je mis un genou à terre et déposai mon poignard à terre pour mimer ma soumission.

– Relevez-vous, jeune demoiselle ! Vous n'êtes pas en danger avec nous, dit-il en regardant l'elfe du coin de l'œil. Nous nous demandons juste ce qu'une femme accoutrée d'habits elfiques fait seule dans cette forêt. Venez-vous du Rohan ? Ou…

J'enchainais en faisant mine de reconnaître le lieu.

– Ce nom m'est familier. Cependant, je ne sais pas d'où je viens ni où je vais, monseigneur (L'homme sourit à cette expression). J'arrive d'Imladris. C'est une longue histoire. Je suis Nerëa.

L'homme et l'elfe froncèrent un peu les sourcils mais je ne devais pas m'en être trop mal sorti. Ils chuchotèrent dans leur coin quelques instants puis l'homme revint vers moi. Il me releva, me prit la main et la baisa.

– Je me présente, gente dame, Aragorn fils d'Arathorn et mon acolyte, Legolas. Une femme ne devrait pas voyager seule. Nous devons traverser la forêt. Quand nous passerons près d'une ville d'hommes, nous vous indiquerons le chemin à prendre pour le rejoindre. Je regrette fort que nous ne puissions en faire plus mais nous avons quelques affaires à traiter et le temps nous manque. Vous devriez vous joindre à nous pour vous sustenter un peu, vous êtes pâle. Vous nous raconterez votre périple.

Un peu que j'étais pâle ! Ma cible était juste devant moi. En plus, je venais de réaliser une chose. Legolas, Elrond, Aragorn. J'étais dans le Seigneur des anneaux ! Le navet que je détestais ! Tout me revint à l'esprit. Matthew avait loué le DVD pour que nous le regardions une soirée. Je m'étais endormie au moment du Conseil où ELROND avait exposé la situation. Puis, Matthew m'avait réveillé vers la fin alors que LEGOLAS prévenait ARAGORN de la présence d'orques.

D'ailleurs, ledit Legolas était resté en retrait à m'observer. Il me sourit légèrement cependant, je ressentis de la méfiance dans son regard. Je lui rendis un sourire narquois en pensant aux millions de fans qui me crèveraient les yeux rien que pour rester un instant avec lui.

J'acceptai l'offre d'Aragorn avec joie et je me joignis à eux bien que l'elfe prit la précaution de me retirer mon poignard. Arrivés au campement, je souris aux membres de la communauté de l'anneau. Tous étaient présents. Ma mission allait se terminer plus vite que prévu. J'avais un énorme avantage. Je connaissais les grands traits de l'histoire. J'allais pouvoir rajouter moi-même un peu de piquant !

Quelques jours passèrent plus ou moins paisiblement. Bien que je sois mise sous haute surveillance de monsieur l'elfe, qui me collait comme ma propre ombre, mon poignard à la main pour me montrer que j'étais à sa merci en cas d'erreur, je liai déjà quelques amitiés avec la communauté. Cependant, ils persistèrent à ne pas m'informer de leur quête. De toute façon, j'en avais déjà connaissance, mais je m'en amusais. Merry et Pippin passaient leur temps à faire les pitres dans le but de m'arracher un sourire. Ils aimaient aussi me relater les histoires de la Comté, région d'où ils provenaient. Les hobbits étaient incroyables. Ils conservaient en mémoire tous les liens de parentés, toutes les histoires de famille. Que d'anecdotes croustillantes ! Une autre personne se plaisait à me faire les récits de ses aïeux : Gimli le nain. Erebor, Durin, Gloin, la langue khuzdul, j'allais bientôt devenir aussi incollable sur le peuple nain que sur la généalogie des hobbits.

Seulement, Merry, Pippin et Gimli étaient les seuls à être aussi agréables et avenants. Les autres, dont j'avais encore des difficultés à mémoriser le nom -hormis Aragorn et Legolas- étaient plus distants.

Un hobbit, aux cheveux bouclés bruns assez sales et à l'air toujours suspicieux, était toujours caché dans un recoin, une main reposant sur sa poitrine comme pour protéger quelque chose. Ce devait être le fameux Frodon Sacquet. « Ne t'inquiète pas, mon coco, je ne vais pas te le piquer ton anneau! Il ne me servirait à rien, je ne pourrais pas retourner dans mon monde avec » avais-je envie de lui balancer à plusieurs reprises.

Il était toujours flanqué d'un autre hobbit, un peu plus grassouillet, qui semblait le surprotéger. Loin du caractère soupçonneux de son « maître » – ainsi l'appelait-il -, ce hobbit respirait bon vivre. Mais sa timidité l'empêchait de m'approcher. C'était un trait de caractère qui me faisait plutôt fondre… Sa cuisine était très appréciée par la Compagnie ! Il faut dire que monsieur le hobbit grassouillet avait ramené toute son armada de casseroles et de poêles. Quant aux saucisses et patates qu'il mijotait, je ne préférais pas trop me demander d'où elles sortaient lorsque je les engloutissais. L'essentiel était que sa cuisine était une petite merveille.

Cet avis était d'ailleurs partagé par deux autres individus, Aragorn et un autre homme, Boromir me semble-t-il, qui n'hésitaient pas à le complimenter à chaque repas.

L'elfe, quant à lui, était loin d'être un glouton. Il passait le plus clair de son temps à faire des rondes pour surveiller les alentours. Il n'en était pas pour autant désagréable, même si, lui aussi, était dans un sens suspicieux à mon égard. Il tenait plutôt le rôle paternel dans cette communauté. D'ailleurs, il aimait nous affubler de petit nom d'enfant et nous faire part de lointains souvenirs des contrées d'antan quand son tour de garde n'était pas arrivé. Quand il ne nous stressait pas à tendre son oreille féline comme s'il avait entendu un bruit étrange, ses chansons elfiques et son rire apportaient son lot de gaieté au sein de la communauté.

Quant à moi, je m'efforçais du mieux que je pouvais pour être crédible. Et quel travail ! Finis l'ordinateur, la télévision et le portable, je devais m'adapter tout en me faisant passer pour une femme du coin. J'étais d'ailleurs partie du principe que je devais me faire passer pour une femme comme dans les anciens siècles de notre monde. En effet, ce monde me faisait penser à une sorte de copie du Moyen-Âge version fantastique de notre monde. J'avais donc pensé à me comporter telle une femme de ces temps : communiquer en des termes corrects, adopter des manières dignes d'une damoiselle et flatter de temps à autre l'ego de ces messieurs. Bref, un vrai jeu de rôle que je me surpris peu à peu à apprécier. Je pensais paraître assez naïve et enfantine pour ne pas éveiller trop de soupçons déjà bien installés. J'espérais, de tout mon cœur, poursuivre sur cette voie. Si ma mission réussissait, j'envisageais même de faire carrière dans le théâtre!

Cette aventure me faisait découvrir des dons que je n'avais jamais soupçonnés. J'avais même poussé le vice assez loin : lorsqu'on me demandait de parler de ma vie et que ma réponse risquait de mettre à jour ma trahison, je pensais à Mamy Beth, ce souvenir me faisant couler quelques larmichettes. Face à mon chagrin, ils n'insistaient donc pas. Je jouais si bien la Cosette ! Dommage qu'il n'y ait pas de cérémonie des oscars, j'aurais sûrement détrôné Cate Blanchett.

Sur le plan physique, je n'étais pas encore trop exténuée, pour le moment, nous voyagions sur des barques. Gimli et Legolas m'avaient accepté dans la leur. C'était le nain lui-même qui me l'avait proposé. En réalité, ce nain était la personne la plus galante et respectueuse que je n'avais jamais vue. Il était loin de mon image préconçue du personnage rustre. Son caractère princier prenait les devants face au beau sexe féminin. Il faut dire que j'étais entourée de princes : Aragorn, Gimli, Legolas et Boromir. Que de noblesse et de choix !

Néanmoins, Boromir et Legolas, toujours sur le qui-vive, m'assaillaient sans cesse de questions quant à mon identité, mes origines et ma naissance. Je leur avais rabâché la même version qu'au seigneur Elrond. Mais ils ne s'en contentaient pas. Je le comprenais et j'avais intérêt à vite trouver une solution sinon les carottes étaient cuites !

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Je ne dormais que depuis quelques minutes qu'une vision me prit. Le cavalier noir ! J'effectuai une légère courbette devant lui. Les révérences n'étaient pas mon fort.

- Vous vous en sortez mieux que je ne l'aurais imaginé. J'aimerais que vous m'indiquiez votre position actuelle. Des orques ont été envoyés à la poursuite de mes ennemis mais ils requièrent des informations plus précises.

Je déglutis. Décidément, je ne me ferais jamais à cette voix d'outre-tombe.

- Lors du dernier repas, ma cible m'a renseigné sur notre position. Nous sommes aux portes de l'Argonath, près des rapides de Sarn Gebir, dis-je d'une voix à peine audible.

Il poussa un soupir de satisfaction.

- J'en informerai mes troupes. Continuez à jouer votre rôle et n'oubliez pas que je récompense toujours mes loyaux serviteurs.

Puis il disparût.

Une fois la vision finie, je me relevai en sursaut. Mes vêtements collaient à la peau. Près de moi, adossé à un arbre, mon geôlier elfique avait les yeux rivés sur moi. Ou bien dormait-il ? D'après ce que j'avais pu entendre, les elfes sommeillaient les yeux ouverts. Peu importe, je me retournai lui faisant dos.

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Le lendemain, dans la journée…

– Où est Frodon ?

Cette interrogation nous coupa dans nos conversations. Nous nous levâmes tous pour partir à la recherche du hobbit. Je commençai à m'enfoncer dans la forêt quand je m'arrêtai d'un coup. Oulah, je me souvenais de ce moment-là ! Boromir allait péter son câble et hurler je-ne-sais-quels-jurons. Puis Frodon allait mettre l'anneau pour fuir son courroux. Ok, stop.

Normalement, Frodon et Sam devraient traverser seuls le fleuve. Je devais juste revenir puis attendre derrière un arbre que les évènements passent. Je rebroussai chemin. Arrivée au bord du fleuve, je jetai un coup d'œil sur l'autre rive : les deux hobbits, Frodon et Sam, avaient déjà rejoint la rive. Si j'avais bien suivi la fin du volet un du film, Aragorn, Gimli et Legolas, allaient arriver d'une minute à l'autre. Des pas se faisaient entendre justement. Ils arrivaient. Ils portaient Boromir. Mort.

Je les rejoignis. Nous entreposâmes le mort dans une barque afin de le laisser couler dans les rapides de Sarn Gebir. Je ne ressentis aucune tristesse. Cet homme était bien trop suspicieux à mon goût. Il ne me restait plus qu'à m'occuper de l'elfe, mais la tâche n'allait pas être simple étant donné la rapidité et l'agilité des elfes. D'ailleurs, celui-ci s'affairait à préparer une barque pour passer de l'autre côté, cependant, Aragorn ne semblait pas du même avis. C'est alors qu'il proposa de se mettre à la poursuite des assaillants de Merry et Pippin. De toute façon, je n'avais pas mon mot à dire. Nous nous mîmes à courir à travers bois.


CHAPITRE IV :

« Les pleurs sont la lessive des sentiments »

Malcolm de Chazal

De l'herbe verdoyante à perte de vue, quelques rochers parsemés ci et là, un terrain accidenté, et le tout dominé par un soleil de plomb. C'est ce même paysage que j'avais sous les yeux depuis deux jours. Croyez-moi, au début, je l'ai trouvé magnifique, insolite et exotique. Mais, à force de crapahuter sur ce terrain, de glisser dans les pentes raides ou de s'écorcher contre les rochers, l'exotisme de ce paysage s'était mué en un véritable cauchemar. J'ajoutai donc une raison de plus qui me poussait à détester le Seigneur des Anneaux. En effet, comme nous passions notre temps à courir, les discussions étaient plutôt restreintes pendant les pauses, sans compter que ces messieurs préféraient me mettre à l'écart pour traiter de leurs « affaires personnelles », chose que je pouvais tout à fait concevoir. J'avais donc commencé à établir une liste des quelques motifs me poussant à préférer Harry Potter au Seigneur des Anneaux :

_Le cheval et la marche à pied, c'est cool. Le balai volant, c'est mieux. Bien moins fatiguant !

_Les armes, c'est totalement désuet. Une bonne formule magique accompagnée d'une baguette de sorcier pour réduire votre ennemi à néant, c'est mieux.

_Les capes, c'est pas mal mais lourd. Une petite robe de sorcier sans rien en dessous, c'est mieux. Un brin plus sexy !

Bref, un voyage dans l'univers de Harry Potter m'aurait sûrement évité les cloques, les courbatures et la sueur qui faisait coller mes vêtements à la peau.

C'est avec ces pensées noires et nocives que je poursuivais ma course aux côtés d'Aragorn, de Gimli et de Legolas. Je maudissais sans cesse le Cavalier Noir de m'avoir assignée une telle mission.

J'étais encore en train de me plaindre à voix basse lorsqu'Aragorn, posté sur un rocher loin devant, nous ordonna de nous arrêter. Nous nous exécutâmes sur le champ, sans doute dû au ras-le-bol et à la fatigue qui nous assaillaient tous. Sans même vérifier la propreté du sol, je m'avachis sur l'herbe, essoufflée. Gimli vint s'asseoir près de moi. Il me tendit un paquet enveloppé de feuilles. A l'intérieur se trouvaient des petits carrés de galettes farinés dorés d'un côté et couleur crème de l'autre. Il m'avait déjà fait goûter cette pâtisserie. Il appelait cette nourriture du lembas. Une bouchée suffisait à se sustenter pour un long moment. Je croquai un petit bout. Le nain était partageur mais je n'avais pas envie de profiter de sa bonté de manière excessive.

Bien qu'un peu sec, le lembas était légèrement sucré. Je me léchai les lèvres pour ne pas gaspiller une seule miette de ce précieux repas.

– Toujours aussi bon, complimentai-je en tendant le restant au nain. J'aime bien ces petites galettes. Je désirerais vivement en avoir la recette!

Gimli hocha la tête, prit le morceau et croqua dedans. Du coin de l'œil, je vis Legolas, assis près du nain, sourire en me fixant. C'était la première fois qu'il souriait à mon encontre. A l'accoutumée, il réservait ses rires et ses sourires aux autres personnes. Dès qu'il me regardait, sa joie disparaissait et son visage devenait de marbre. J'avais l'impression qu'il me voyait comme une bête. Une bête en cage. Peut-être avais-je enfin réussi à éloigner ses soupçons ?

Je feignis de voir son sourire et reportai mon regard ailleurs. Aragorn, adossé contre un rocher, fumait tranquillement une pipe. Merci, le tabagisme passif ! Chaque fois que l'on faisait une pause, l'homme prenait quelques bouffées. La substance qu'il fumait semblait le calmer rapidement. Il prit une nouvelle bouffée puis souffla un nouveau rond de fumée. Son regard était hagard, perdu dans ses pensées. Ayant regardé le Seigneur des Anneaux jusqu'au Conseil d'Elrond, j'aurais mis ma main à couper que ses pensées convergeaient vers une seule et unique personne, une jolie brunette prénommée Arwen.

Il posa la main tenant sa pipe sur son ventre et déclara:

– Le crépuscule est proche et nous sommes exténués. Le repos sera nécessaire pour cette nuit.

– Je vous donne raison, mon ami. Mais la nuit est longue, nous risquons de perdre leur trace, signala Legolas, inquiet.

– Le pas de nos ennemis a ralenti et les traces qu'ils laissent sont profondes, nous pourrons continuer à les pister aussi aisément, répondit Aragorn l'air assuré avant de tirer une autre bouffée. Une chose est certaine : la fatigue ne sera pas notre alliée. Nous devons nous reposer, nous avons déjà parcouru une très longue distance.

Legolas acquiesça même s'il avait l'air peu convaincu de cette décision.

– Je prendrai le premier tour de garde, annonça alors Gimli à la grande joie de tous.

OoOoOoOoOoOoO

Plus tard dans la nuit…

– Qu'est ce qui peut bien troubler votre sommeil, jeune demoiselle? Me demanda Gimli

Je regardai autour de moi. Aragorn, allongé sur sa cape sur ma gauche, dormait d'un sommeil profond. Devant moi, se trouvait Legolas, les yeux ouverts rivés vers le ciel. Ses longues mains fines reposaient sur sa poitrine. Aucun bruit de respiration, aucun mouvement de sa poitrine. Cette position lui donnait un air de Toutankhamon. En plus joli il faut l'avouer – version elfique oblige.

Tout était si calme. Alors, qu'est ce qui pouvait m'empêcher à ce point de dormir ?

– Mon cœur est troublé, répondis-je simplement.

Gimli sembla méditer quelques instants, ses petits yeux fixés sur moi.

– M'accordez-vous le droit de vous poser quelques questions, gente dame?

Celle-là, je m'y attendais. Aragorn et Legolas étant en profond sommeil, je pouvais me permettre de lâcher du lest. Ce nain m'inspirait confiance et semblait comprendre ma peine. Et je devais me rendre à l'évidence, si je ne répondais pas à certaines questions d'une manière ou d'une autre, ma mission allait tomber à l'eau et mon retour serait impossible.

– Oui, bien sûr, chuchotai-je.

– En presque 139 ans d'existence, surtout par ces temps de crise, j'ai observé des faits très étranges. Mais jamais je n'avais rencontré une femme dans une forêt dans une tenue d'elfe.

Je restai clouée sur place. On ne pouvait pas dire qu'il mâchait ses mots!

– Je …je fuyais, répondis-je, les lèvres tremblantes.

Ma respiration devint irrégulière. La fatigue était en train de me faire perdre mon self-control. Saisie par l'angoisse, je me mis à trembler.

– Je ne voulais pas vous offenser par ma curiosité. J'ai sans doute manqué de tact, s'excusa Gimli.

– Non, je comprends. Je parle si peu de ma personne. Votre réaction est normale, maître nain. C'est à moi de m'excuser, répondis-je, tête baissée, tout en repliant mes genoux en dessous de mon menton et en cachant mes mains sous mes cuisses.

Je ne devais pas être si surprise. J'aurais dû me préparer à ce moment-là. Comme nous n'étions que deux à être éveillés, je ne pouvais pas faire diversion. Il fallait que je ruse du mieux que je pouvais tout en laissant filtrer quelques informations sans pour autant éveiller les soupçons.

Je levai la tête et fis un petit sourire en coin en direction du nain.

– Je ne vous cache pas que nous nous sommes beaucoup interrogés à votre sujet. Vous nous avez dit avoir été recueillie par les elfes d'Imladris. Ceux-ci vous ont soignée de sérieuses blessures. Et vous veniez du Rohan, que fuyiez-vous pour aller aussi loin de vos contrées? Où est votre famille?

La dernière question m'arracha soudainement un sanglot. Je m'empressai aussitôt d'enfouir mon visage dans ma cape pour en étouffer le bruit. Le mot famille était le dernier mot que je souhaitais entendre. Je venais de réaliser que, depuis mon arrivée dans ce monde, j'étais en train d'oublier petit à petit ma vie d'avant. Le rire de Matthew, le visage de Mamy Beth. Pas une seule de mes pensées intimes n'était allée vers eux. Je m'étais confortée dans un narcissisme effarant et écœurant au plus haut point.

Famille. A l'instant où Gimli avait posé cette question, je me rendis compte également d'un fait : je n'avais plus de famille. Je n'avais aucune attache. Le seul lien qui me rattachait à mon monde était mon prénom : Laura.

Je relevai la tête vers le nain qui était vraisemblablement assez gêné par la tournure des événements. Ma respiration était encore un peu saccadée mais la crise était passée. Les larmes continuèrent de se frayer un chemin sur mes joues.

– Je n'ai plus de parents, je pensais que vous l'auriez compris, lançai-je d'un ton sec.

Il eût un mouvement de recul, un peu déstabilisé. Je pleurais sauf que, pour une fois, je ne jouais pas la comédie. Je vidais enfin toute l'angoisse, toute la haine, toute la tristesse et surtout la fatigue que je gardais depuis longtemps. A présent, je me sentais étrangement soulagée.

– Rien ne sert de ressasser le passé, jeune fille, me conseilla le nain. Mais j'ai connaissance du sentiment qui vous afflige. Avant votre arrivée, nous avons découvert que deux de mes oncles, Óin et Balin, avaient trouvé la mort. Nous étions très proches.

Le nain continua son récit.

– Je ne compte pas non plus les nombreuses pertes que nous, les nains, avons subies à Erebor, dit-il en jetant un rapide coup d'œil à Legolas. La branche des nains à laquelle j'appartiens est désormais atrophiée. La plupart des femmes de notre race furent tuées à Erebor, endroit qui comptait le plus de naines et où beaucoup d'entre nous pouvait trouver femme, autant vous signifier que notre existence est sur une pente raide. Qu'Aulë nous vienne en aide!

J'écoutais attentivement Gimli. Presque attendrie, je le remerciai pour son soutien. Bon sang de bon soir, ce nain m'avait émue par ses paroles. Je devais me ressaisir. La compassion ne devait être pas à l'ordre du jour.

– Je m'excuse pour mes pleurs. Ça ne m'arrivera plus, tranchai-je Vous avez déjà assez de soucis sans que je n'en rajoute.

– Vous êtes humaine. Tout le monde a son lot de chagrin tôt ou tard. Mais ne désespérez pas, jeune demoiselle! Le désespoir ne conduit qu'à des actes vains et à la haine, me rassura Gimli.

J'eus presque l'impression que cette dernière déclaration me concernait de près, de très près. Je le regardai interloquée. Comment une personne, couchée sur papier, pouvait avoir des réflexions aussi philosophiques ? Lui, qui paraissait si enjoué, avait un passé aussi sombre devant lequel je faisais pâle figure. Tout à coup, je me sentis saisie d'un sentiment de culpabilité envers ce seigneur nain. Sensation qui avait commencé à naître lorsque j'avais infiltré la communauté. Je fus vite coupée dans mes pensées. Aragorn, qui, semble-t-il, avait écouté attentivement mes paroles alors que je le croyais endormi, venait d'ouvrir les yeux tout en déclarant :

– Nous continuerons notre route comme prévu. Actuellement, aucun village ne se trouve à notre portée. Je ne connais que trop bien ses contrées. Pour l'instant, nous devons chercher nos amis et le temps presse : leur vie dépend de notre course. Vous me voyez navré de vous engager dans des histoires dans lesquelles vous n'êtes pas impliquée.

Un soupir s'échappa de ses lèvres.

– Mais je ne peux pas non plus vous abandonner dans une région peu habitée grouillant d'ennemis. Vous tomberiez rapidement entre leurs mains et seuls les Valars savent ce qu'ils sont capables de vous faire, continua-t-il. Mais je ne vous oblige pas non plus à nous suivre. Vous êtes libre de nous quitter. Mais vous pouvez également rester parmi nous, il y a de fortes chances que nous passions bientôt à côté d'un village dans lequel vous pourrez refaire votre vie.

Je restai muette. Son ton était un tantinet dur mais je comprenais son intention. Il se leva puis s'approcha, me dominant alors de toute sa hauteur.

– A présent, reposez-vous, me suggéra-t-il. Je vais prendre le prochain tour de garde.

Gimli se leva et alla s'allonger près du rocher à l'endroit où Aragorn se délassait. Enroulée dans ma cape, je m'étendis aussi. Une voix s'éleva doucement dans la tranquillité de la nuit.

Très vite, je sombrai dans un profond sommeil, bercée par les chants d'Aragorn.

OoOoOoOoOoOoO

Le lendemain, dans la matinée…

Je me souvenais d'avoir gagné contre une de mes camarades en 5ème durant un cours d'athlétisme. Nous n'étions que deux à courir. Elle s'était malencontreusement tordue la cheville. J'avais donc gagné par forfait. Sur 40 élèves, j'étais donc 39ème. Si j'avais gardé mon ancien corps, j'aurais donc été fortement désavantagée aux vues de la situation dans laquelle j'étais. Je bénissais le jour où l'étrange cavalier noir m'en avait donné un nouveau. Nous courions depuis plusieurs jours en mangeant comme des moineaux et en ne dormant que quelques heures. Quel humain pourrait survivre à cela ?

Mais j'étais dorénavant bien plus résistante que je ne le pensais. J'avais même devancé Gimli et je talonnais de près l'elfe. Aragorn, quant à lui, nous dépassait tous, une force sans égale lui donnant le pas léger et rapide. Pas étonnant qu'on le surnomme Grand-Pas !

Quelques heures auparavant, l'elfe avait observé la progression plus rapide des orques. Autant vous avouer que je commençais à regretter amèrement de ne pas avoir regardé la trilogie du Seigneur des Anneaux et de ne pas non plus me souvenir des bouquins. Ne connaissant pas la suite, je me sentais un peu larguée. Si j'avais transplané dans le monde d'Harry Potter, la tâche m'aurait été tellement facilitée ! Mais, que ce soit Dumbledore ou le Seigneur des Ténèbres, de toute évidence, ils n'avaient pas désiré mes services.

Ah Dumbledore et sa longue barbe grisonnante ! J'aimais beaucoup me remémorer les moments où ce personnage apparaissait. Et Dieu seul sait que j'avais le temps durant ce périple. A ce jour, j'étais plongée dans les derniers chapitres d'Harry Potter et la Coupe de feu. Totalement épique ! Rien de mieux pour vous faire courir plus vite qu'imaginer Vous-savez-qui tendre sa baguette pour prononcer un des Sortilèges Impardonnables : Avada Kedavra.

Soudain, Aragorn nous fît signe de nous cacher derrière un rocher. Le bruit de sabots faisait vibrer le sol. Bientôt des cavaliers nous passèrent sous le nez. Aragorn se leva puis les héla. Nous sortîmes de notre cachette tandis que les hommes firent demi-tour. Je me positionnai derrière Legolas. A ce qu'il paraît, les elfes ne ratent jamais leur cible. Si jamais les cavaliers étaient pris d'une soudaine envie de m'attaquer, ma protection était assurée. Enfin je l'espérais.

Les hommes nous entourèrent de leurs chevaux, lances pointées sur nos tête pour nous effrayer. Cependant, personne ne bougea d'un poil. Un homme, coiffé d'un affreux heaume sur lequel pendait une queue de cheval blanche, prit la parole :

– Que font un homme, un elfe, et un nain dans le Riddermark ?

Puis son regard se posa sur moi. Un de ses sourcils se souleva.

– Fait plus étrange. Et une femme ? Railla l'homme.

Je me fis toute petite. Je m'attendais à de vieilles blagues salaces. Gimli, prenant ma défense, lui répondit de manière peu commode. L'homme démonta aussitôt. Vu son air pincé, il n'avait pas l'air de plaisanter. S'ensuivirent d'autres altercations de nature diverse entre Legolas et l'homme qui furent calmées par Aragorn. Il nous présenta au chevalier : Eomer.

L'homme, l'air plus serein, enleva son heaume dévoilant une belle chevelure blonde. Ils échangèrent quelques paroles que je ne compris pas. Tout ce que je retins fût un roi empoisonné, l'histoire d'un magicien, et pour finir un bûcher. Comme c'était rassurant ! Les cavaliers nous offrirent deux chevaux pour rejoindre le lieu du bûcher en question. Pourquoi ? Je n'en savais rien. Et puis mince ! J'avais faim, soif et j'étais coincée dans un satané bouquin, le Seigneur des anneaux quoi ! Dans ces conditions, je ne pouvais pas correctement réfléchir.

Aragorn me fît signe de monter avec lui sur le cheval. J'eus à peine le temps de lui répondre que je n'avais jamais monté un cheval qu'il m'avait déjà soulevé et mis sur la selle avant de s'y positionner lui-même. Il plaça ses pieds dans ses étriers puis, d'une tension exercée sur les longues lanières en cuir, lança son cheval, Hasufel, au trot. Derrière lui, n'ayant ni étrier, ni lanières, je m'accrochai du mieux que je pouvais aux vêtements d'Aragorn. Un tantinet pudique, je n'osais pas toucher le corps -sans nul doute magnifique- de ce Grand-Pas.

Je risquai un coup d'œil au-devant tandis qu'Aragorn accélérait le rythme du cheval du trot au galop. Comme c'était agréable de ne plus faire usage de mes jambes ! Étant en hauteur à cheval, je pouvais me délecter de ces merveilleux paysages sans pour autant subir les contraintes de la marche à pied.

OoOoOoO

Quelques heures plus tard…

Aragorn avait réussi à trouver la piste des hobbits, Merry et Pippin. Celle-ci menait dans la forêt. Celle de Fangorn apparemment. Oui, encore une forêt. Je commençais à en avoir ma claque. Entourée d'arbres, je me sentais oppressée, épuisée de mon énergie par la végétation même. Gimli était aussi à l'aise que moi, la hache levée. Aragorn progressait du mieux qu'il pouvait, l'air neutre. Seul l'elfe était tout sourire. Son sourire radieux m'énervait. J'avais envie de lui planter une brindille entre les deux yeux. Je ne vous l'ai jamais dit : je me suis toujours méfiée des gens au joli minois!

Je m'empêtrai les pieds dans une vieille branche à moitié pourrie. J'émis des jurons dans la langue que Mamy Beth m'avait apprise dès mon plus jeune âge « पुराने जंगल आधा सड़ा हुआ » (vieille forêt à moitié pourrie).

Le blondinet se tourna vers moi :

– Cette forêt est vieille, très vieille … pleine de souvenirs…

Je le regardai les yeux écarquillés. Avait-il compris ce que je venais de dire ? Son regard se détourna vers Gimli.

– … Et de colère ! Les arbres se parlent entre eux, enchaîna-t-il.

Je soupirai. Danger éloigné. L'elfe ne comprend pas un traître mot de ce que je baragouine. Et s'il me demande dans quelle langue je me suis exprimée, je n'aurais qu'à lui balancer que c'est un vieux patois de chez moi… en espérant que les patois existent en terre du milieu…

Nous entendîmes les arbres bouger. Aragorn ordonna à Gimli de baisser sa hache. Legolas avait avancé au-devant pour sonder le chemin. Il émit quelques mots en elfique. Aragorn le rejoignit puis ils échangèrent quelques phrases elfiques entre eux. Je levai les yeux au ciel. Gimli me regarda en souriant. Les deux complices se parlaient toujours en langage elfique quand la situation empirait. Comme si Gimli et moi avions pratiqué l'elfe LV2 !

– Le magicien blanc approche, lâcha enfin Legolas.

Merci pour le renseignement, monsieur l'elfe ! Je regardai autour de moi. Tous, y compris Gimli, étaient sur le qui-vive, prêts à se défendre. Étant donné que oreilles-pointues m'avait désarmée, je pris un semblant de bâton de bois : une branche de hêtre. Elle avait l'air ridicule à côté de la lourde hache de Gimli, de la longue flèche de Legolas ou encore de l'épée acérée d'Aragorn.

Soudain, une lumière blanche m'aveugla. Une voix grave nous adressa la parole. La luminosité diminua. Les trois compères semblèrent le reconnaître : Gandalf. N'était-il pas plus grisonnant dans le premier volet ? Il avait peut-être changé de vêtements et pris un bon bain. Après tout, ça ne lui faisait pas de mal. Je l'avais toujours trouvé un peu crasseux. Je vis l'elfe devant moi s'agenouiller. Je fis de même.

Gandalf nous raconta ce qui lui était arrivé. J'avais l'impression d'avoir loupé un sacré bout du film en m'endormant chez Matthew ! Puis il se tourna vers moi et me demanda qui j'étais. Mais j'étais trop interloquée par sa magnificence pour répondre. Aragorn le fît à ma place. Une fois mon récit fini, le magicien fît la moue. Je croisai les doigts. Il fallait qu'il m'accepte sinon j'étais fichue. Je voulais réussir ma mission et rentrer chez moi.

– Une nouvelle étape de votre voyage commence. Le Rohan est en guerre. Rejoignons Edoras au plus vite. Elle peut se joindre à nous. Là-bas, quelqu'un pourra sans doute l'aider, déclara le magicien.

A peine ses mots prononcés, nous étions déjà sortis de la forêt. Gandalf s'avança dans la plaine puis siffla. Un cheval, blanc comme la neige, nommé Gripoil selon les dires du magicien, arriva. Nos chevaux, dons du cavalier Eomer, nous avaient également rejoints. Je m'apprêtais à monter derrière Aragorn, quand une main se posa sur mon épaule. Je me tournai.

– Vous et moi, nous devrons parler, me souffla le magicien.


CHAPITRE V

« Parfois, les gens ne veulent pas entendre la vérité, parce qu'ils ne veulent pas que leurs illusions se détruisent. »

Friedrich Nietzsche

Les paroles du magicien m'avaient glacée le sang. Je ne savais pas comment les prendre. Le ton qu'il avait employé n'était ni dur, ni doux mais entièrement dénué d'émotions. Il me fut impossible de connaitre la raison qui l'avait poussé à souffler cette phrase. Avait-il eu vent de ma décision ? Connaissait-il mon passé ? Ou bien souhaitait-il seulement me connaitre ? Je me fatiguais les méninges à ressasser toutes ces questions qui n'auraient jamais de réponses si je n'en venais pas directement à la confrontation. Cependant, je ne pouvais pas non plus me résoudre à cette discussion avec ce magicien ayant ouï-dire de ses pouvoirs d'Istari. Cette solution était trop risquée. Je soupirai face à ce dilemme. Le cavalier noir n'était jamais présent lorsqu'il le fallait. Un petit coup de pouce maléfique et discret comme il se faut m'aurait bien avantagé dans cette situation.

Tant angoissée et perturbée par la situation, je ne décrochai pas un seul mot durant toute notre chevauchée jusqu'à Edoras. La tension était palpable depuis l'arrivée de Gandalf. Il faut dire que communiquer à cheval était assez complexe. Seuls Legolas et Gimli semblaient se parler de temps à autre. Parfois, je les voyais même rire. Je me demandais bien ce qui pouvait faire glousser un elfe et un nain sur un cheval lancé au galop…

Au loin, je vis petit à petit plus visiblement un château perché sur une colline. Aragorn me dit que nous arrivions à destination. Typique de l'âge médiéval, Edoras était une ville entourée de fortifications de pierres, un château en hauteur placé au centre d'une butte dominant ainsi toute la contrée avec une kyrielle de petites maisonnettes en bois qui pullulaient tout autour. Je n'étais pas une fanatique des constructions moyenâgeuses, mais je devais bien avouer que cet endroit était plutôt mignon. Il me faisait penser à mon monde dans un sens.

A l'entrée de la ville, nous démontâmes puis laissâmes nos chevaux à des écuyers pour qu'ils les mènent aux écuries. Quand je fus descendue d'Hasufel, je constatai à quel point mes cuisses étaient en compote. Je marchais un peu comme un cowboy aux côtés de Gandalf, Gimli, Legolas et Aragorn qui, eux, n'avaient pas l'air touché par ce mal. On remarquait bien que je n'avais pas l'habitude d'aller à cheval. Je reçus plusieurs sourires mesquins de Gimli. J'aurais pu le prendre mal mais je savais très bien que ses moqueries n'étaient pas à mauvais escient. Mais c'est vrai que j'avais l'air un peu gourde avec les jambes arquées.

Gandalf prit la tête du groupe et Legolas s'empressa de se proposer comme soutien en tendant son coude. Aragorn se plaça de l'autre côté du magicien. Une fois de plus, je me trouvais en arrière avec Gimli. Je ne savais que faire hormis suivre le petit groupe.

Tout s'enchaîna lorsque nous arrivâmes tous les cinq à l'entrée du palais. Des gardes nous demandèrent nos armes. Ils ne nous laissèrent que le bâton de Gandalf. Sur ce, nous entrâmes dans le château. L'accueil ne fût pas très chaleureux. L'atmosphère s'envenima d'autant plus quand un petit homme à la peau à moitié verte et aux cheveux dégoulinants s'épouvanta devant le bâton de Gandalf. Nous fûmes alors attaqués de toute part. Aragorn, Gimli et Legolas éloignèrent les ennemis du magicien au corps à corps. Quant à moi, je ne savais pas me battre. Je restais donc en arrière les bras ballants. Un homme me surprit par derrière et passa son bras sous mon cou. Il serrait si fort que je crûs que c'était fini. Heureusement, Gimli s'en aperçut à temps. Il courut vers moi. L'homme se prit un coup dans les côtes qui le coucha immédiatement. Ce nain me stupéfiait !

Legolas, sur ma droite, m'attrapa par le bras et me plaça derrière lui.

– Faites un peu attention ! Se fâcha-t-il.

Je viens de rêver ou le joli minois aux yeux d'un bleu glacial en amandes vient de me dire de faire attention ? J'ai même cru apercevoir une once de colère dans son regard. Quelle bonne blague !

Par peur de me faire à nouveau étrangler, j'avançais dorénavant dans le sillage du duo nain-elfe pour être protégée. Soudain, une lumière forte nous éblouit tous. Bon Dieu, devant, Gandalf avait encore retiré son manteau. Décidément, il faudra qu'il me donne la marque de sa lessive. C'est si blanc ! Il braqua son bâton en direction d'un homme assis sur un trône. J'en déduis que ce dernier devait être le roi. Il paraissait si malade. Sa tête se tordait bizarrement comme dans un vieux remake de l'exorciste. Il semblait craindre le bâton de Gandalf. C'est fou comme un simple bâton peut inspirer une telle peur. Cela me faisait penser aux baguettes de sorciers d'Harry Potter… Tout à coup, l'homme se jeta en direction de Gandalf mais son corps fût projeté à nouveau contre le trône. Une femme aux longs cheveux blonds accourut vers lui pour le prendre dans ses bras. Alors qu'il se redressait, son corps se mit à rajeunir. Ses cheveux blondirent, son visage se dérida. Plus efficace que le botox, les coups de bâton de Gandalf !

Le roi se ressaisit peu à peu mais il semblait très affaibli. A présent, la salle avait été vidée des hommes qui nous avaient attaqués et de la plupart des serviteurs du roi afin qu'il puisse aisément reprendre ses esprits. J'attendais en retrait ne sachant où me placer. Je me sentais assez mal à l'aise et la présence de Gandalf n'apaisait pas ma tension. Je vis le roi se lever du trône puis parler au magicien et à Aragorn. Puis, brusquement, je l'entendis demander à voix haute à la femme aux longs cheveux dorés où était son propre fils. Elle baissa la tête. C'était très mauvais signe. Son âme devait avoir quitté cette terre.

OoOoOoO

Quelques heures plus tard…

A la demande d'Aragorn, j'avais été obligée d'assister à l'enterrement du fils du roi. La vie avait quitté Théodred depuis quelques heures et j'avais cru comprendre qu'il était de leurs croyances d'enterrer les corps rapidement afin que l'âme du défunt rejoigne au plus vite les cavernes de Mandos.

Le temps était maussade sans parler du brouillard qui nous embrumait depuis le matin même. Nous escortâmes son corps jusque devant les portes du château.

J'étais en retrait derrière Gimli et Legolas. Depuis l'exorcisme de Théoden, j'avais tendance à me faire toute petite pour passer inaperçue aux yeux de Gandalf qui n'était que plus proche. Je me demandais toujours ce que le magicien avait en tête car, maintes fois, il aurait pu venir me parler. Mais, de toute évidence, il avait des tâches beaucoup plus importantes. Tant mieux!

La procession s'arrêta devant un monument dans lequel devait être placé le cercueil. Je me mis à grelotter. Je comprenais pourquoi le peuple d'Edoras portait des manteaux assez épais. Nous étions tous en cercle autour du corps de Théodred. Je risquais un regard vers le corps. Couché sur un tissu sombre, les cheveux d'un blond très beaux bien qu'ayant perdu de leur splendeur, tenant dans ses mains jointes une épée, le visage du mort, dirigée vers le caveau, reposant sur un coussin couleur émeraude orné de dorures, était très pâle de fait mais l'homme semblait apaisé. Mon regard glissa vers son abdomen. Les serviteurs avaient pris la précaution de poser un tissu sur son ventre, cachant ainsi la blessure par laquelle il avait failli.

J'aurais pu sans doute faire quelque chose, songeais-je en me rappelant mes anciens cours de médecine.

Lorsque son corps fût placé dans le caveau, la jeune femme aux cheveux blonds comme une rivière d'or, prit l'initiative de chanter à sa mémoire. Son acte fût très apprécié par l'assemblée. Je la regardai plus encore. Elle était très belle. Son visage était fin, ses pommettes hautes et rosies par le froid. Je me demandais pourquoi Grand-Pas ne l'avait pas choisie. Après tout, cette femme était charmante aussi et semblait prendre plus d'initiatives que sa dulcinée, Arwen Undomiel. Ah ces hommes !

Une fois la sépulture achevée, je me mis en retrait du groupe. Je prenais beaucoup sur moi car cet enterrement me rappelait celui de Mamy Beth.

– Dame Nerea, puis-je ? Me demanda une voix douce.

Dame Nerea ? Décidément, je ne m'y ferai jamais… Je me retournai puis vit une femme. Les cheveux bouffants, le nez un peu retroussé, un menton carré et la bouche en arc, des rides très creusées aux coins, je lui donnais la quarantaine.

– Oui, oui. Bien sûr, soufflai-je.

– Je m'appelle Mélite. Je sers personnellement Dame Eowyn, nièce du roi Théoden. Elle désirerait vous parler.

Puis elle fit un pas de côté pour laisser place à la femme aux cheveux d'or. C'était donc elle, la fameuse Eowyn. Nièce du roi, rien que ça !

Cette dernière me sourit puis me fit signe de la suivre.

– J'ai entendu parler de vous. Aussi, est-ce pour cette raison que je souhaitais avoir une conversation avec vous, me confia-t-elle.

Sa voix était assez rude, contrastant avec sa beauté physique, mais on y sentait la sincérité. J'acquiesçai ne sachant que dire à cette femme. La voyant de plus près, je remarquai qu'elle était plus jeune que la plupart des personnes que j'avais rencontrées jusque-là : à vue d'œil, Eowyn et moi avions presque le même âge.

– Vous êtes seule désormais, n'est-ce pas?

– Oui.

– Si je puis me permettre, avez-vous perdu votre famille ?

– Oui, en effet.

J'aurais voulu mes réponses moins concises pour paraître plus respectueuse mais cette personne m'était totalement étrangère. Je n'étais pas du genre à ouvrir mon cœur à des personnes que je ne connaissais ni d'Eve, ni d'Adam.

– Venez-vous du sud du Rohan?

C'était une question piège, je le sentais! Me souvenant rapidement des quelques explications de Gimli quant à la géographie de la Terre du milieu, je me souvenais qu'Imladris était au Nord. Dire que je venais du Sud du Rohan pouvait compromettre ma crédibilité.

– Non, du Nord-Est.

Je vis Dame Eowyn sourire en coin. Bonne réponse ! Je ricanai intérieurement.

– Veuillez me pardonner toutes ces questions. Tant d'espions traversent nos terres en ces temps néfastes qu'il est de mon devoir de me renseigner sur vous.

– Oui, je comprends.

Elle émit un petit rire léger.

– Si vous étiez une espionne, nous l'aurions su depuis longtemps! Le seigneur Aragorn ne vous aurait jamais laissé chevaucher à ses côtés. Et puis, vous êtes arrivés accompagné d'un Istari.

Je souris.

– Sans compter que nous vous aurions exécuté dans l'immédiat pour haute trahison, ajouta-t-elle. C'est d'ailleurs un miracle que Grima y ait échappé.

Je déglutis. Je venais à l'instant de frôler la crise cardiaque. Je n'avais encore jamais observé les choses sous cet angle… Je me ressaisis et lui décochai un sourire :

– Oui, c'est vrai.

– Vous paraissez bien pâle. Vous allez bien ?

– Oui, oui. C'est cet enterrement. Il me rappelle des souvenirs troubles, mentis-je à moitié.

– Je ne sais pas qui est concerné par ses souvenirs mais je vous présente mes condoléances.

Je levai les yeux vers elle et lui sourit. C'était bien la première fois qu'une personne, autre que Matthew, me présentait ses condoléances.

– Mon oncle pourrait vous offrir un hébergement quelques temps. Vous n'auriez plus à errer dans ces contrées malfamées. Suite au règne de Grima, nous avons perdu beaucoup de personnel au château. Je ne doute pas que vous pourriez nous être d'une grande utilité au château.

Je faillis mourir de rire. J'étais loin d'être l'une de ces fangirls de fanfics transportées en ces terres et devenant princesse ou reine de je ne sais quel royaume, j'allais devenir la servante personnelle de Sa Majesté du Rohan, dévouée au ménage et cirage des bottes de ces messieurs! Il y avait de quoi ruminer. Mais je devais jouer le jeu. J'allais tôt ou tard trouver une solution. Mais quelles qualifications mettre en avant ? Mon niveau 80 à World of Warcraft ? Ma connaissance inégalable du monde de Harry Potter? Mon campage expert du canapé ? Je réfléchissais cherchant dans ma vie antérieure une quelconque qualification pouvant être nécessaire et plausible.

Brusquement, une idée me vint à l'esprit.

– On m'a enseigné les soins. J'ai une formation de guérisseuse.

Surprise, Eowyn me fixa de ses grands yeux gris.

– Votre venue s'est manifestée sous une bonne étoile. Nous manquons justement de personnes ayant les capacités de guérir. Par les temps qui courent, cette spécialité est indispensable. J'irai enquérir mon père et viendrai vous informer de votre future situation.

– Je vous en remercie Dame Eowyn. C'est avec plaisir que je vous servirai, votre Seigneur et vous. Je ne puis demander plus qu'un logement et une situation.

Je ralentis tout à coup le rythme. Devant moi, Gandalf conversait avec Théoden. Il fallait au plus vite que je l'évite. Je pris donc congé de Dame Eowyn pour entrer dans les écuries. Les effluves de paille et de crottin me titillèrent les narines. Quelle odeur épouvantable ! Les gigantesques étalons à la robe sombre des soldats Rohirrims huèrent en me voyant ce qui n'atténua pas ma crainte des animaux. Car, oui, même si je vivais à la campagne, j'étais plutôt mal à l'aise envers l'espèce animalière, en particulier les chevaux et les chiens, et ma longue chevauchée avec Aragorn ne m'avait pas du tout réconcilié avec les canassons. Une seule bête plus petite que ses semblables, au crin semblable aux vapeurs d'argent, respirait la sérénité. De l'entrée, je ne voyais ni son encolure ni sa tête. Je m'avançais, piquée par la curiosité.

Quelle ne fût pas ma surprise de découvrir Legolas! Sa main tenait la bride que portait auparavant Arod ; de l'autre, il caressait son museau. Le cheval émit un bruit comme satisfait et apaisé. Je continuai de le fixer. J'avais rarement vu une personne développer un lien aussi fort avec un animal. Le cheval et l'elfe semblaient communiquer en quelque sorte.

– Arod n'a pas besoin de brides ; mon peuple ne saurait tolérer une telle coutume, lâcha soudain l'elfe en posant son regard sur moi.

– Je … je ne pensais pas que vous m'aviez vu, murmurai-je, hébétée.

– Vous avez le pas assez lourd, confia-t-il le sourire en coin tout en continuant de caresser le museau d'Arod.

– Oh! Et vous, la langue bien pendue. Je vois que votre peuple ne manque pas de galanteries non plus, grinçai-je.

– Loin de moi était l'idée de vous offenser, répondit-il d'une voix plus douce comme pour me calmer.

Puis il se baissa pour se saisir d'un peu de foin, posé en ballots dans un coin. Sa main s'approcha de la gueule du cheval. Arod se baissa puis commença à se nourrir dans la main de l'elfe. Je restai figée. Ma crainte des chevaux refit surface de plus belle.

– N'avez-vous pas peur qu'il croque votre main avec ses dents?, demandai-je, peu assurée.

Legolas se mit à rire comme si j'avais dit la chose la plus idiote au monde. Je fis la moue. J'aurais bien voulu l'y voir, lui, dans mon monde ! Monde dans lequel les animaux avaient tendance à être parqués et où on nous apprenait plus à nous en méfier comme de la peste.

– Approchez, vous pourriez le nourrir vous-même, me proposa-t-il en tendant une poignée de fourrage.

– Je ne sais pas comment faire.

Qu'est-ce que j'avais horreur des chevaux, bon sang ! Ils m'impressionnaient par leur fougue et je craignais de terminer rouée par leurs sabots. Mais, dans cette situation, étrangement confiante, je m'approchai de l'elfe et pris quelques épis dans sa main. Il me positionna face à Arod tandis que lui se mit à ses côtés pour lui caresser l'encolure.

– Maintenez les doigts bien joints lorsque vous le nourrissez, me conseilla-t-il.

– Pour quelles raisons, maître elfe ?

Il n'eut pas le temps de répondre que le cheval eût un mouvement brusque. Je poussai un cri puis reculai d'un pas mais ma botte se prit dans un défaut du sol qui me fit tomber en arrière. Legolas, une main devant la bouche, rit de bon cœur. La situation était si ridicule que je me mis également à glousser tout en essayant de cacher mon visage rouge de honte dans mes vêtements.

– Une femme du Rohan effrayée par un cheval, jamais je n'ai vu telle étrangeté ! Rit-il tout en me tendant sa main pour me relever.

Je repoussai doucement celle-ci puis me relevai seule. Je venais de me taper la honte, Oreilles-pointues était bien gentil mais je n'allais pas non plus me rabaisser à accepter son aide !

– Comme si vous n'aviez jamais approché un cheval…, ajouta-t-il à voix basse.

Ses yeux plongèrent dans les miens mais cette fois-ci, j'eus l'impression qu'il essayait de me sonder. Par cet acte d'apparence bénigne, je venais de commettre une grosse bourde quant à ma mission. Il fallait que je sois plus sur me gardes. Gênée et ne pouvant plus supporter son regard, j'inventai une excuse pour fuir cet endroit et prendre congé de l'elfe. Je les saluai, lui et Arod, avant de tourner les talons et de m'éloigner.

En sortant de l'écurie, j'avais quand même le sourire aux lèvres. Je n'avais pas ri depuis si longtemps. La dernière fois, c'était avec Matthew…

OoOoOoOoOoOoO

Plus tard, dans la nuit…

Mon avenir n'étant pas encore discuté et se révélant aussi irraisonnable que de dormir avec la gente masculine, Dame Eowyn m'avait dégoté un appartement. Pour le cou, j'avais un peu l'impression d'être un boulet qu'on ne savait pas où placer. Dame Eowyn m'avait donc amenée dans ma nouvelle chambre après le dîner. Au début, je refusai, peu confiante en cet acte de gentillesse de la femme. Mais cette dernière me fit bien comprendre que je n'étais pas en position de force pour négocier et que je risquais de ne pas avoir de logis avant longtemps. Vaincue, je cédai.

Ces appartements me plaisaient. Dame Eowyn m'avait assurée qu'il s'agissait d'un des plus douillets parmi les appartements du personnel proche du roi. Les cuisines se situaient en-dessous. La chaleur remontait, attiédissant ainsi le sol et la pièce. Comme c'était agréable d'y marcher pieds nus ! Dans la pièce principale, un lit trônait au centre, des petites tables de chevet en chêne l'entouraient de chaque côté. La décoration était spartiate : aucun tableau, aucune toile, seuls une coiffeuse, une commode et un miroir dans un coin.

Je me plantai devant celui-ci. J'étais vraiment contente d'avoir gardé mes yeux d'autrefois car la fille, reflétée dans la glace, m'était totalement étrangère. J'avais du mal à me figurer que c'était cette apparence que les autres personnes voyaient. Je souris. Apparemment, j'avais gardé mes mimiques. Seulement, un détail me troubla : mes doigts caressèrent les commissures de ma bouche. Quelques rides commençaient à s'y creuser. Choquée, je grimaçai. Je n'avais que 21 ans! Comment pouvais-je être ridée à cet âge? Je continuai mon inspection : d'autres rides apparaissaient au coin des yeux et entre les sourcils. J'eus un mouvement de recul. Je passai mes doigts dans ma chevelure. Je poussai un soupir de soulagement. Aucune mèche grise à l'horizon.

L'inspection faciale terminée et mes vêtements changés, j'allais m'étaler en étoile de mer dans le lit, les jambes et les bras écartés. Mon dernier contact avec un lit remontait à mon passage à Rivendell. Si ce lit n'était pas aussi confortable, je m'enfouis quand même au plus vite sous les draps. Je remontai le lourd linge de lit jusqu'au menton puis me mit sur le côté face aux hautes fenêtres. Je ne distinguais rien à cause des ténèbres. On n'entendait que le mugissement effrayant du vent. Je me lovai dans les couvertures puis m'endormis.

OoOoOoOoOoOoO

Quelques jours plus tard, dans la matinée…

J'étais en train de me débarbouiller le visage quand on cogna à la porte.

– Qu'y a-t-il ? Demandais-je à voix haute pour me faire entendre.

Une jeune servante entra.

– Le… L'homme-elfe désire vous voir en urgence. Il vous attend dehors.

Les joues de la jeune servante étaient très rouges. Il n'y avait qu'un seul « homme » capable de déclencher l'émoi de la gente féminine. Je ris intérieurement. Décidément, il n'y avait pas que dans mon monde qu'elles tombaient comme des mouches devant cet elfe. Cependant, contrairement à mon monde où le physique de l'acteur n'était pas ma tasse de thé, le vrai Legolas – si je puis m'exprimer ainsi – avait vraiment une beauté peu commune.

– Je dois d'abord m'habiller. Introduisez-le après.

J'enfilai mes vêtements à la hâte. Ceux-ci avaient été lavés par la servante sur l'ordre de Dame Eowyn. J'étais toujours perplexe quant à la sincérité de cette dernière. Elle était si gentille et si prévenante, aux bords de l'exagération.

J'étais en train de chercher une broche pour soutenir ma lourde chevelure lorsqu'entra Legolas. Voyant que mes vêtements avaient été mis à la va-vite, il baissa la tête.

– Dame Nerea, dit-il, daignez me pardonner de vous avoir dérangé.

– Non, ne vous excusez pas, maître elfe.

Mais où était cette broche ! Je m'acharnais à fouiller tous les recoins de la chambre.

– Que cherchez-vous?

– Oh rien d'important !, m'exclamai-je. Un petit objet. Que me vaut votre visite si matinale ? Excusez-moi, je dois retrouver…

Ma besace ! Elle était posée sur la coiffeuse. Je l'ouvris et fouillai à l'intérieur.

– Le roi Théoden a décidé de déplacer toute la population d'Edoras. La sécurité n'est plus assurée ici. Nous devons immédiatement partir, je viens donc vous chercher pour…

Plac. Un objet rond, tombé de mon sac, roula à ses pieds. Je le reconnus aussitôt : la boule qui m'avait transportée dans ce monde. J'avais oublié l'avoir mise dans mon sac. Elle scintilla reflétant ses lueurs dans les yeux interrogateurs de Legolas.

– Quel est cet objet ? Je n'en ai jamais vu…

Je lui coupai la parole en m'empressant de fourrer l'objet dans la besace.

-Ce n'est rien, répondis-je agacée. J'arrive. Vous pouvez prendre congé.

L'elfe me décocha un regard glacial.

– Étrange, murmura-t-il en observant ma besace.

A ces mots, il tourna les talons et se pressa de sortir de la pièce. Au moment où il poussa la porte, je vis Dame Eowyn qui attendait derrière. Je devrais vraiment être plus prudente à l'avenir.

OoOoOoOoOoOoO

L'exode. C'est le mot qui me vint à l'esprit en observant la multitude de personnes, bagages à la main, en train de fuir dans les plaines vallonnées du Rohan.

– Où allons-nous ? Demandai-je à Aragorn.

– Au Gouffre de Helm. L'ennemi approche. Le roi a estimé que leur ville n'était plus sûre.

– Mais en cas de siège, être enfermé dans un gouffre sans nul autre sortie que celle conduisant à l'ennemi, ce n'est pas moins judicieux comme choix, non ?

Aragorn esquissa un sourire.

– La décision revient au roi. Cependant, vous auriez fait un excellent stratège si vous étiez un homme.

Quel esprit machiste réside dans ce peuple ! On se croirait au Moyen-Age ! Songeai-je.

L'avantage, en tant que femme, était que je n'avais pas ma place sur un champ de bataille. Tant mieux ! Je balayai la foule du regard à la recherche de visages connus. Gandalf n'était pas présent. Selon Aragorn, il avait dû s'absenter pour affaires. Je me demandais quelle couleur il allait arborer à notre prochaine rencontre : vert, rouge, bleu ?

En tête de la foule se trouvait Legolas, suivi par les éclaireurs de Théoden. Les elfes sont décidément très pratiques. Tel un chien de chasse, campé sur un rocher, il guettait le moindre danger. Tout à coup, j'entendis une femme rire juste devant moi. Dame Eowyn. Elle tenait compagnie à Gimli. Ce dernier, pour passer le temps, plaisantait avec elle.

Au soleil couchant, Theoden nous fit signe et, de sa voix puissante, ordonna de nous arrêter pour élire campement. Nous cessâmes tous aussitôt de marcher pour nous reposer. J'en profitais pour faire un petit somme sur un coin d'herbes, la tête posée sur un rocher.

- Votre visite en terre du milieu se déroule pour le mieux?, se railla une voix rauque.

Je me retournai. Bonté divine, j'avais failli l'oublier celui-là !

Si vous voulez rentrer, tâchez de ne pas oublier votre mission.

J'ignorai son sarcasme et répondit au cavalier noir d'un air assuré :

- Toute la population d'Edoras migre vers le Gouffre de Helm.

Intéressant. Le peuple entier ?

- Oui, y compris les gardes et les membres de la Garde Royale. Aragorn a décidé de les suivre.

- Aragorn. Je vois que vous êtes devenue bien familière envers ce rôdeur.

Il poursuivit.

- Une bataille va bientôt avoir lieu. Elle se déroulera au Gouffre de Helm. Une première attaque sera lancée par surprise sur votre route. Placez-vous en arrière pour être protégée. Ensuite, à l'intérieur du gouffre, vous vous débrouillerez pour vous cacher tout en observant la situation lors de l'assaut. Je veux également que vous continuiez à suivre ce rôdeur que vous nommez Aragorn avec tant d'affection.

J'eus à peine le temps de répondre que son corps s'était dissipé sous forme de fumée.

Attaquer les gens par surprise ? Comme c'est déloyal ! Me ressassai-je tel un leitmotiv dans ma tête me remémorant les paroles du Cavalier noir.

Gimli vint à moi et me tendit une miche de pain. Dame Eowyn le talonnait avec un bol rempli d'une sorte de bouillon.

Vous semblez épuisée. Sustentez-vous un peu avant de prendre la route, me conseilla le nain en me posant une main sur l'épaule en signe de réconfort.

Épuisée, oui. Je n'avais fermé l'œil de la nuit. Je commençai sérieusement à me poser des questions. Certes, je voulais rentrer. La condition pour partir était d'espionner des personnes. Cependant, je n'avais pas réalisé que mon acte impliquait la vie de milliers de personnes. Des milliers de morts contre une vie. Ces gens de papiers si réels. Des enfants, des femmes et des hommes de tous les âges. Étais-je du bon côté ? A Edoras, la veille de notre départ, un jeune homme du nom d'Eodred m'avait fait récit de la situation en terre du milieu. En l'écoutant, j'avais sérieusement commencé à en douter. J'allais devoir faire un choix. Être la source de l'extermination de plusieurs peuples et vivre avec cet acte sur la conscience ou me sacrifier. Le dilemme du prisonnier… Brusquement, je me mis à sangloter sous les yeux étonnés d'Eowyn et de Gimli.