LIVRE 3 : MALÉDICTION.

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Chapitre 1

« Le corps est la chair de l'esprit chaque tourment de l'âme laisse sous la peau une fêlure et dessus une foulure » [Eric Fottorino]

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Aragorn

Chacun de ses pas était une avancée vers son destin. Ce destin, annoncé quelques années plus tôt, auquel il ne pouvait échapper et qui l'enchaînait à ces terres. Les chaines de son héritage le serraient plus encore au fur et à mesure de son cheminement. Mais il ne reniait ni sa succession, ni son destin. Au fond de lui, son âme lui soufflait que tel était son rôle, telle était sa place sur Arda. De même, sa douce dulcinée l'avait rassuré à maintes reprises. Lui, Grand-Pas, le rôdeur, nommé Aragorn par ses parents et Estel par ses amis elfes, devait reprendre sa place qui lui était destinée : le trône du Gondor faisant ainsi renaître la dynastie Numéronéenne.

« Le prochain âge sera celui des hommes. », lui avait plusieurs fois répété Seigneur Elrond.

Lui, Aragorn, fils d'Arathorn, descendant d'Isildur, allait représenter la clef de voûte indispensable liant l'âge des elfes et celui des hommes. Cette transition, appuyée en plus par son mariage avec l'elfe à la beauté inégalable, rappelant celle de Luthien : Arwen Undomiel.

Alors qu'il avançait sur le chemin des morts, ses pensées convergeaient vers elle ; Legolas, qui marchait à sa droite, tenant les deux chevaux en bride, ressentit sa peine et posa une main sur son épaule :

– Ne désespérez pas, mon ami », conseilla l'elfe.

Aragorn releva la tête vers lui et fit un signe d'acquiescement. Sur sa gauche, apparut Gimli, l'air tout aussi inquiet.

– Ce sont des lieux sinistres. Plus on s'approche du Chemin des morts, plus je sens mes propres démons ressurgir et s'acharner sur moi.

– Les morts, les morts… mon cœur s'alourdit également, souffla l'elfe.

Prenant conscience de l'effet sinistre exercé par cet environnement sombre, sinistre et morose, constitué de montagnes hautes et acérées, d'un chemin caillouteux, que même la végétation avait fui, Aragorn se ressaisit en éloignant toutes pensées malsaines.

« Je dois me battre. Si je deviens roi, il me faut être plus fort pour mener mes troupes. », se dit-il.

Au moment où il se redressa, tête haute et l'air fier, décidé à redonner le moral à ses compagnons, il aperçut au bout d'un chemin annexe, une porte, trou béant et ténébreux dans la montagne.

« Nous y sommes », pensa fort Aragorn.

Comme s'il avait entendu ses pensées, l'elfe de la Forêt Noire répéta ses paroles :

« Nous y sommes »

– Entrons-nous immédiatement ? » demanda Gimli en posant sa hache à terre.

Aragorn réfléchit quelques instants avant de répondre.

– Les épreuves qui nous attendent seront plus éprouvantes encore. Reposons-nous ici quelques instants, le temps de prendre un repas.

A ces mots, le rôdeur s'assit sur un rocher à l'intersection, peu enclin à s'avancer davantage dans le chemin menant au boyau. Gimli prit place à ses cotés et commença à sortir quelques mets de sa besace tout en commentant chacun de ceux-ci. Aragorn avait remarqué cette manie que le nain avait de grommeler continuellement quand il était en état de stress. Mais il n'en tenait pas compte : qui ne serait pas saisi d'angoisse avant de rencontrer des morts ?

Son regard se posa sur l'elfe qui caressait machinalement les deux chevaux – Arod et Hasufel- qui remuaient frénétiquement à cause de l'inquiétude, il leur murmura quelques mots d'une voix apaisante.

– Legolas ! , dit Gimli à voix haute en lançant une outre en direction de l'elfe.

D'un geste rapide et précis, le prince de la Forêt Noire rattrapa l'outre. Aragorn, tout en avalant quelques lichettes de viande, observa son ami. Il remarqua son air troublé. Le connaissant depuis des années, il savait que c'était inhabituel de la part de Legolas. Il laissa de côté son repas, se glissa du rocher pour rejoindre l'elfe en train de boire pendant que Gimli se sustentait goulûment, les yeux dans le vide, perdu dans ses pensées.

– Etes-vous tourmenté?, souffla Aragorn en caressant l'encolure des chevaux au passage.

Legolas sursauta, ses yeux se plantèrent dans ceux d'Aragorn.

– A mesure de notre progression, un pressentiment s'accroît dans mon esprit, confia l'elfe, son visage exprimant ses angoisses.

Le rôdeur fit la moue. Quand l'elfe parlait dans sa propre langue à voix basse en présence d'un « étranger » – Gimli en locurrence- c'était souvent mauvaise augure.

– Bon ou mauvais ?

Il se fit un silence. Legolas, comme ému par une pensée, sentait sa voix prête à lui manquer.

Aragorn tendit l'oreille, très inquiet :

– Mauvais…malheureusement, répondit l'elfe en pinçant les lèvres.

– Depuis quand vous assaille-t-il, mon ami? demanda Grand-Pas en langue commune par respect pour le nain.

– Depuis notre départ, j'ignore pour quelles raisons.

– Espérons que cela passe.

l'elfe et l'homme échangèrent un regard entendu, empli de craintes et de doutes puis leurs yeux se dirigèrent vers l'entrée du chemin des morts d'où sortaient des courants d'air glacial.

Il ne fallait pas tarder.

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Nerëa

La manière dont il venait de prononcer mon prénom -mes « prénoms »- me laissa une mauvaise impression. J'avais pensé m'être sortie de la situation aisément, et pourtant, j'étais bien loin de la vérité. Ce que je n'avais pas réalisé, c'est que j'étais bel et bien une traîtresse. Non seulement pour mes amis que j'avais balancés deux fois mais également pour les « ennemis » avec mon affront. Face au Voldemort d'Arda, je me sentais incapable et impotente. Ma situation avait tourné au vinaigre, j'étais mal barrée…

Je restais donc quelques instants avant de prendre la parole.

« Aussi loin que je me souvienne, nous n'avons pas été présentés. », lâchai- je, ne trouvant autre chose à dire.

– Comme je le regrette, je pensais ne pas avoir à le faire…

Il laissa sa phrase en suspens, le temps d'observer ma réaction, avant de continuer :

– Je suis Sauron. Mon nom doit surement vous remémorer des souvenirs.

Sauron. Evidemment que j'en souvenais. Son nom était souvent revenu au cours de mes conversations nocturnes avec Legolas. Sauron, la malveillance incarnée. J'avais souvent entendu parler de ce monstre que ce soit du côté des nains, des elfes, ou des hommes.

Sauron, le Maia éternel, plus avide encore que son maître Melkor, également connu sous d'autres pseudos – Artano, Aulendil, le Nécromancien-, qui avait forgé les anneaux de pouvoir pour dominer le monde. Lui, qui fut le séduisant et très beau Mairon l'Admirable, avait vu son cœur corrompu par mon ancien maître.

Mon visage se tordit de haine au souvenir du mal que cet être avait commis, mon cœur s'emballa. J'étais habitée à la fois par la terreur et la peur.

– Je vous ai fait venir car j'aimerais éclaircir définitivement quelques points. La situation serait beaucoup plus simple si nous ne nous mentions plus, jeune fille ?

J'acquiesçai mécaniquement. Mes jambes flanchaient sous la terreur mais je finis par répondre d'une voix à peine audible :

– Oui, vous avez raison.

– Je serai franc. Vous nous avez été d'une grande utilité auparavant. Le peu d'informations que vous nous avez fournies nous ont été précieuses. Mais je n'apprécie pas qu'on joue double-jeu avec moi, me révéla Sauron. Mon maître a remarqué un changement dans votre comportement. Si lui vous croit bêtement ingénue, je ne suis pas aussi dupe. Je pense sincèrement que vous vous jouez de nous.

– Non, répliquai-je en me tortillant les mains.

– La réponse d'une double espionne serait la même et cela ne me contente pas le moins du monde.

Je restais pétrifiée me sentant idiote à ne savoir quoi répondre. Il poursuivit :

– Etes-vous de notre côté? Soyons…clair.

A sa façon d'insister sur ce dernier mot, je compris que ma réponse serait déterminante quant à ma survie. Je répondis sans réfléchir. Mon instinct prit le dessus :

– Oui.

– Je vous remercie d'avoir répondu. Au moins, tout sera clair entre nous. Néanmoins, j'aimerais vous poser une question afin de juger votre loyauté.

L'expression que j'affichais à ce moment-là devait trahir une certaine perplexité. Mais je m'appuyais autant que possible aux rebords du promontoire derrière moi pour ne pas montrer ma faiblesse physique et mentale.

– Dites-moi donc ce que font les hommes actuellement? Se rassemblent-ils pour m'attaquer ? Où vont-ils ? Je perçois de nombreux mouvements mais je souhaite comprendre ce qu'il se passe exactement, déclara-t-il.

J'avais cru qu'une seule question suffirait pour partir de cet endroit affreux. Mais vu la détermination de cet être maléfique, il n'allait pas me lâcher de si tôt. À tourner en rond, j'étais revenue au même dilemme : espionner et sacrifier des milliers de vie ou se taire et mourir. Je pensais à nouveau à tous les moments que j'avais vécus jusqu'ici. Je m'étais véritablement construit une vie en ces terres. J'avais inéluctablement ma place sur Arda, du moins le croyais-je. Même si le trio, Aragorn, Gimli et Legolas, m'avait laissée, ils restaient ce qu'ils m'étaient de plus cher. Sans compter que j'avais connaissance de la quête de Frodon et je ne pouvais pas le dénoncer. Ma conscience m'en empêchait. Ce serait réduire à néant ce monde où j'avais ressuscité.

J'avais pris ma décision depuis bien longtemps.

Il était temps que je prenne mon courage à deux mains et que j'assume mes responsabilités.

Sans jamais y revenir.

– Je ne vous dirai rien. Plus jamais. Je ne reviendrai pas sur ma décision.

La créature parla dans une langue inconnue. Je n'eus le temps que de sentir un coup violent dans la nuque avant de m'évanouir.

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SCENE CLASSEE M

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Lorsque je repris conscience, j'étais assise contre un poteau, les bras levés et attachés en hauteur. Mes pieds étaient également liés. Difficile de s'enfuir dans ces conditions. Deux créatures discutaient à une table devant moi. Je plissais les yeux et reconnus des orques.

– Le maître nous a dit de ne pas jouer avec elle, dit l'un des orques.

– Nous devons la faire parler, répondit l'autre.

– Oui, mais sans trop l'amocher.

De la poussière s'insinua dans mon nez. J'essayais de me contenir mais j'éternuais dans un bruit très sonore. Les deux créatures tournèrent la tête et me virent remuer la tête. Ils cessèrent leurs activités pour s'approcher.

– Tiens, tiens, la poupée se réveille, ricana l'un des orques découvrant une bouche à moitié édentée.

Un bon dentiste lui ferait pas de mal à celui-là ! Il s'approcha de moi, je sentais son haleine de viande pourrie ce qui me fit l'effet d'un haut le cœur. Ses longs ongles crasseux se frayèrent un chemin le long de mon aorte. L'autre orque arriva de l'autre côté, une dague à la main. Il se mit à caresser mon bras avec celle-ci.

– Ecoute-moi, avec mon camarade, on voudrait en finir vite. Etre enfermé ici devient insupportable. Donc tu vas nous dire ce que tu sais sur la stratégie des hommes en ce moment-même.

– TĀpa abhī bhī mara sakatē haiṁ, harāmī*1 lui rétorquai-je.

La lame de la dague s'enfonça légèrement dans ma peau. Je sentais mon sang couler le long de mon bras. Mais je refusais de lui donner le plaisir d'entendre mon hurlement. Je luttais.

– Rien que ça, mūrkha, imbécile?

– Tu vas être moins grossière, fillette, dit l'orque aux ongles noirs en me tirant les cheveux brusquement au point que je crus que ceux-ci allaient se décoller de mon crâne.

Mon dieu, quelle haleine !

Je lui crachais au visage. Il riposta en me saisissant fermement par le cou.

– Tu veux jouer à ça, ma jolie ?

Les deux orques se regardèrent puis rirent. Ongles-crasseux déchira un pan de ma robe et me le fourra dans la bouche de manière à ce que je ne puisse le recracher. Son camarade entreprit d'arracher le haut de ma robe puis mon corset. Paniquée, je me débattais puis tentait de hurler malgré le tissu dans ma bouche qui m'étouffait presque.

– On fait moins la maline, alors ?, répliqua Ongles-crasseux, haletant, en baladant ses sales mains sur mon ventre.

Je pleurais. Je voulais les supplier d'arrêter.

Je poussais des cris étouffés.

Mais j'étais seule.

Pas de Legolas, ni de Gimli, ni d'Eodred aux alentours pour me sauver.

Impuissante.

– Il y a longtemps que je n'ai pas vu le corps d'une femme…, fit remarquer l'orque à la dague. Il promena son arme sur mon ventre en se pourléchant les babines.

– Longtemps que je n'ai pas entendu une femme crier non plus, continua-t-il.

Il arrêta le tranchant de sa dague à hauteur de mon nombril puis y fit pénétrer le tranchant. La douleur était insupportable. La lame me transperça lentement. Je poussais des cris en vain jusqu'à m'évanouir, terrassée par la douleur.


Chapitre 2

« L'être humain peut supporter la soif une semaine, la faim deux semaines, il peut passer des années sans toit, mais il ne peut tolérer la solitude. C'est la pire de toutes les tortures, de toutes les souffrances. » [Paul Coelho]

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PDV Eowyn

La jeune femme suivait son plan à la lettre, il était hors de question qu'elle laisse sa famille, la seule famille qu'il lui restait, aller au front et elle se refusait à les laisser partir, son coeur s'alourdissant à chaque jour d'absence dans l'ambiance angoissante procurée par la guerre. Comme l'art de manier les armes lui était familier, elle avait décidé de se travestir et de partir en guerre aux côté des hommes. Idée saugrenue d'autant plus qu'elle n'avait que vingt-quatre ans et qu'une vie longue et paisible de Grande Dame l'attendait. Mais elle voulait prendre les devants.

La seule personne avec laquelle elle aurait pu partager ce plan avait disparu depuis quelques jours. Eodred était parti à la recherche de Nerëa puis il avait rattrapé quelques heures plus tard la cavalerie, l'air miné. La jeune femme avait compris qu'il ne l'avait pas trouvé.

Elle repensa à ce matin-là. Jamais elle n'avait vu la jeune femme dans cet état. L'impulsivité est un trait de la jeunesse mais sa colère fut si vive qu'elle espérait la revoir pour une conversation avec elle afin d'en comprendre les raisons. Nerëa changeait souvent d'humeur ce qui déstabilisait pas mal de personnes au château, et son sixième sens lui soufflait qu'il ne s'agissait pas de son réel caractère. Quelque chose la poussait à être lunatique, lui renforçait son stress. Tantôt elle était tendue et répondait brièvement sans un regard aux personnes ; tantôt, au contraire, elle apparaissait comme une fille très sensible pouvant vite se sentir submergée par les problèmes. Au-delà de cette sensibilité, la jeune femme était très appréciée, surtout par Gram, pour son travail rigoureux. Elle appliquait à la lettre ce qu'on lui disait de manière rapide et efficace. Ce côté lunatique devait donc sûrement être dû aux problèmes qui l'avait poussée à fuir de son lieu de naissance. Nerëa lui avait expliqué qu'elle avait perdu sa grand-mère quelques mois auparavant. Désormais, elle était orpheline. Nerëa délivrait les informations au compte-goutte. Ainsi, Eowyn apprit qu'elle avait perdu ses parents jeunes, qu'elle avait été éduquée pour être guérisseuse, qu'un jeune homme était son meilleur ami et qu'il lui avait appris à jouer du piano avec son père. La princesse appréciait que l'apprentie-guérisseuse se confie petit à petit à elle. Bien qu'elles n'étaient pas du même rang social, elle souhaitait l'épauler et Mélite, avec qui elle avait longuement conversé à son sujet, approuvait totalement sa démarche et surveillait de près la jeune femme. Même si Gram et elle paraissaient rudes, ils ne lui souhaitaient que du bien et jamais ils n'abandonneraient Nerëa. Leur sévérité était volontaire pour la pousser à aller au-delà de cette sensibilité pour se confronter directement aux aléas de la vie. Par expérience, comme Eowyn avait aussi perdu ses parents très jeunes, elle savait combien il était compliqué de se forger une carapace, surtout lorsqu'on est un femme. Elle avait toujours été seule. Même lorsque son frère et elle furent envoyés chez son oncle puisqu'Eomer fut très vite formé de son côté pour devenir maréchal de la Marche et rapproché du roi aux côtés du fils de mon oncle, Theodred, qui n'était désormais plus des nôtres.

Elle était tout à ces pensées quand une voix puissante et grave rugit. Celle de Theoden.

– Halte!

Au loin, l'air fier et loyal, droit sur son cheval, son oncle Theoden menait la troupe, le drapeau portant le symbole de leur maison à la main. Bien que ses cheveux blancs rappelaient sa vieillesse, il n'en restait pas moins vigoureux et brève comme si les griffes de Saroumane ne l'avaient jamais affaibli. En cet instant, voyant son oncle encourager ses soldats avec ardeur ou encore donner quelques ordres de manière ferme, Eowyn comprit que le nom son oncle prophétisait la grandeur de cet homme : « le chef d'un peuple, le roi » en rohirrim.

Les valeurs qui caractérisaient son oncle impressionner toujours autant la jeune fille. A ses yeux, il représentait un de ces héros de conte, un idéal à atteindre. Elle aimait ce qu'il incarnait : la bonté, la fermeté, le courage. Elle avait conscience que jamais elle ne pourrait être son égal -elle était une femme -mais souhaitait profiter de la bataille pour se prouver à elle-même qu'elle était capable de grandes choses. Car si elle ne le faisait pas maintenant, il serait trop tard. Elle vieillissait et la plupart de ses amies, à son âge, étaient mariées et possédaient deux ou trois enfants. La jeune femme ne rejetait pas ce qu'elle était -une femme- mais…elle voulait plus.

Lorsque tous les chevaliers furent arrivés, elle put distinguer la scène devant ses yeux. Des immenses volutes de fumée s'échappaient de la cité, Minas Tirith, contrastant ainsi avec sa propre blancheur. Un paysage apocalyptique tellement le champs de bataille était chaotique ; tout était désordonné, ennemi comme allié.

Eowyn eut une pensée pour Aragorn. Le seigneur était-il vivant ? Le reverrait-elle ?

Ce n'est qu'une ombre et une pensée que vous avez. Je ne puis vous offrir ce que vous recherchez. J'ai souhaité votre bonheur dès que je vous ai vu.

Bien que les dernières paroles du rôdeur lui avait brisé le coeur, elle craignait sa mort. Cet homme était si sincère, la douceur l'embaumait. En quelque sorte, elle était libérée maintenant. Elle pouvait exécuter son plan sans se soucier de lui, : elle allait suivre son oncle et son frère dans ce combat. Les aider à repousser l'ennemi. Elle savait parfaitement que les femmes étaient refusées parmi les soldats mais avait eu l'idée de se travestir. Déguisée en homme, elle passerait inaperçue. Seul le hobbit, avec lequel elle était à cheval, partageait son secret. De son côté, le hobbit était visiblement bien plus paniqué par le millier d'ennemis enragés qui grouillaient que par le secret d'Eowyn. La jeune femme essaya de le rassurer en lui tapotant sur l'épaule mais c'eût le même effet que de souffler sur une plaie pour apaiser une brûlure.

– Courage, Merry, courage pour nos amis.

La voix de Theoden rugit à nouveau provoquant le silence dans les rangs :

« … Ne craignez aucune obscurité. Debout, debout, cavaliers de Theoden. Les lames seront secouées, les boucliers voleront en éclats…. »

Eowyn détourna la tête alors que son oncle passait devant.

La mort, voilà ce qui les attendait. La jeune femme n'en prenait conscience que maintenant.

« Quoiqu'il se passe, restez avec moi, dit-elle à Merry. Je veillerai sur vous ».

Bien sûr, ses paroles servaient plus à la rassurer elle-même que le hobbit. Merry ressentait ce malaise mais ne pipa mot. L'ambiance était déjà assez tendue. Le bras de la jeune femme l'enserra, il posa la main sur son bras. Le hobbit savait qu'Eowyn était jeune et il se promit de la protéger.

– A mort!, hurlèrent tous les soldats en même temps que leur meneur. A mort!

Tous brandissait leurs épées. Merry tourna rapidement la tête et vit que la dame du Rohan, les yeux baissés, semblait perdue dans ses pensées.

-Levez votre épée, gente dame…, lui souffla-t-il.

Eowyn sursauta et, observant son entourage, l'imita.

– Je vous remercie, Merry !

– A mort!

– A mort !

Comme un seul homme, la cavalerie se mit à bouger, suivant le seigneur Theoden. Les chevaux huèrent lancés au petit trot puis au galop. Droit devant l'ennemi. Eowyn, l'épée à la main, Merry aggripé à la crinière du cheval, ne distinguant plus qu'un seul bruit , celui des sabots martelant le sol. Un bruit effrayant comme le tonnerre. L'ennemi qui leur faisait face eurent alors un mouvement de recul puis reprit leurs esprits, plaçant leurs archers en première ligne. Quelques cavaliers s'écroulèrent sous les flèches des orques mais sans franc succès pour ses derniers. L'armée du Rohan chargeait sans même vaciller. Puis ce fut le choc. Les chevaux se ruèrent sur les créatures hideuses sans dévier de leur trajectoire, les piétinant de leurs sabots. La cavalerie de Theoden avait réussi leur percée. Mais jusqu'où ?

Le soleil était déjà levé qu'Eowyn et Merry combattaient toujours, tranchant machinalement de l'orque. Dans ce cahin-cahas, la jeune femme ne parvenait pas à repérer son oncle et son frère. Mais elle n'avait pas le temps de s'en inquiéter, étant attaquée de tout côté. Soudain, le sol trembla comme s'il allait se dérober. Eoowyn fit faire un volte face à son cheval au moment où un cor retentit. Un frisson la parcourut quand elle vit un animal gigantesque aussi haut que le château de Meduseld, ou plus encore… Son courage la déserta quelques instants. Elle présageait déjà de se faire embrocher par ses énormes défenses. Le cheval se cabra apeurée. elle vit le hobbit lui caresser la crinière. Les Oliphants accélérèrent leurs pas comme ressentant la peur des soldats. Son oncle, sur son cheval plus loin , lança un ordre :

– Reformez-vous! Sonnez la charge, attaquez de front.

Aussitôt, Eowyn obéit aux ordres de son oncle en se plaçant avec les autres cavaliers de manière à faire face à l'ennemi. Sans attendre, ils chargèrent. Ils furent vite ralentis par des archers, sur les Oliphants. Mais la jeune femme se ressaisit et encouragea son camarade. Puis, d'une pression sur les rênes, elle fit galoper son cheval à travers les énormes créatures et les cadavres d'orques et de cavaliers écrasés. Il fallait abattre ces monstres sinon ils seraient vaincus.

– Merry, prenez les rênes.

En quelques mots, elle dirigea Merry vers un des Oliphants; Quand ils furent quasiment sous le ventre de la créature, elle dégaina son épée et prit celle de son camarade dans l'autre main. Avec les deux épées, elle trancha deux par deux , les énormes pattes de l'oliphant qui, blessé, s'effondra.

-Au prochain ! , cria-t-elle.

La bataille était loin d'être finie et encore moins d'être gagnée. Mais elle devait donner le meilleur d'elle-même. Pour ses feu mère et père. Ceux qu'elle aimait. Aragorn, Theoden, sa nourrice, Eomer, Mélite, Nerëa.

OoOoOo…OoOoO

PDV Nerëa

Je me réveillai à nouveau. La pièce baignait dans l'obscurité. En plissant les yeux, je pouvais distinguer le promontoire que j'avais percuté auparavant, faiblement éclairé par un faible rayon de lune. Peu à peu mes yeux s'habituèrent et je pus mieux étudier les lieux. Le sol était couvert de dalles sombres, nettes et lisses. Les murs de style gothique finement sculptés représentaient des formes que m'étaient inconnue. Bien que ce décor soit macabre, c'était plutôt l'odeur de souffre qui me gênait. Mais je ne pouvais pas mettre ma main devant la bouche. J'étais allongée sur une grande dalle froide en hauteur, mes chevilles attachées, jambes et bras écartés à la croix saint-André. En levant la tête, je fus prise de panique en constatant ma quasi nudité. Je sentais encore la douleur lancinante au nombril et à mon bras. Mes cuisses avaient également été tailladées. Je gémis d'angoisse. J'essayai alors de lever plus encore la tête pour chercher du regard mes vêtements. Mon ventre se contracta, m'ôtant un cri de douleur. J'avais oublié qu'un orque m'avait plantée une dague au niveau du nombril pour de vrai… Enfoiré d'orque, il allait douiller si je mettais la main dessus. Ma blessure était visiblement pansée mais restait douloureuse, une douleur lancinante mais moins vive.

Soudain j'entendis des bruits dans le couloir qui brisèrent le silence pesant de cette pièce. Une porte s'ouvrit diffusant une lumière à l'intérieur de la pièce. Je tournais du mieux que je pouvais sur moi-même mais rien ne m'était visible.

– Je suis arrivé à temps. Vous n'avez pas été violée.

Je me tordais à nouveau dans tous les sens sans rien voir.

– Je suis très déçu par votre comportement.

Une tête apparut devant mes yeux. Effrayée, je poussai un cri. Derrière ce masque, Sauron.

– Je ne dirai rien, affirmai-je.

– Je le constate, à mon grand regret.

Il poussa un soupir puis reprit :

– Vous connaissez la différence entre les orques et moi ?

– Non, hormis votre stupidité commune, osai-je.

Cette situation commençait à sérieusement me pomper l'air. J'avais mal et j'étais moitié nue, tailladée, poignardée. Les devinettes sordides de ce pseudo Voldemort ne m'intéressait pas le moins du monde et je ne voulais pas rentrer dans son jeu. Je savais pertinemment quelle était la clé de ma liberté, mais il était hors de question de reculer. J'étais déterminée. Et surtout persuadée d'avoir vécu le pire.

Le seigneur des Ténèbres en paraissait moins certain car il s'esclaffa comme amusée par une gamine.

– La différence est que je suis le pire.

Il m'empoigna les cheveux et tira d'un coup avant de rapprocher son visage du mien. Puis il lâcha brusquement ma tête qui retomba sur la dalle. Je me pinçai les lèvres pour ne pas pleurer devant lui. Sauron émit un rire puis il posa sa main sur mon genou. Prise d'angoisses -j'étais nue devant ce monstre – je me débattais comme une acharnée. Soudain, une onde étrangement chaude pénétra mon genou. Je continuais de m'agiter…jusqu'à entendre le craquement sec de mon os au genou. Un cri de douleur s'échappa de ma bouche. Ce hurlement me surprit moi-même par son côté bestial.

Lui recula quelques pas comme pour se délecter de ce spectacle effrayant. J'avais l'impression que la douleur parcourait mon corps tout du long. Je sanglotai comme une pauvre fille qu'on avait giflé, reniflant et gémissant. Je devais être écœurante à voir.

Entre deux sanglots, je parvenais à balbutier quelques paroles .

– Je…je vous ai servi le Gouffre de Helm… l'itinéraire de la Compagnie de l'anneau., hurlai-je. Je vous jure que je ne sais pas…où sont les hommes…j'ignore réellement leur stratégie…je vous jure…je vous ai servi, vous devez tenir la promesse de votre maître.

Il s'approcha de moi. La sueur se mêlait aux larmes, j'avais incroyablement mal.

– Promesse?

– Oui…je vous ai servi…donnez-moi…ce qui m'est dû.

Son visage masqué était à quelques centimètres du mien.

– Mon maître n'oublie jamais ses promesses. Grâce à vos informations nous avons pu affaiblir l'ennemi, vous serez récompensée à la hauteur de celles-ci…

A travers le voile de larmes devant mes yeux, je le vis quitter la pièce. Je fermais les yeux. Quelques minutes de répit malgré la souffrance.

« Pitié, qu'on vienne me chercher… »

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De l'eau ruisselant sur mon visage me réveilla. Je vis mon oppresseur qui épongeait une serviette au-dessus moi. Une fois que j'eus les yeux ouverts, il lâcha la serviette sur mon visage. Je m'en dégageai en tournant la tête.

– Je me suis entretenu avec mon maître, déclara Sauron. Vous pouvez obtenir votre récompense. Choisissez : rentrer chez vous ou devenir immortelle et rester ici.

Les larmes continuaient de couler. La douleur était telle que mes tempes cognaient. Mais je ne sentais plus mes blessures comme si leur intensité avait dépassé ma perception des douleurs.

– Je pourrais très bien répondre tout étant détachée, n'est-ce pas ?, soufflai-je.

– Ne me prenez pas non plus pour un inepte !

– Non, plutôt pour une personne censée.

– Il semble que je ne le sois pas.

– Quel dommage…

– Que choisissez-vous ?

J'avais déjà fait mon choix en arrivant ici. Les paroles de Matthew au Sketch m'avait aidé dans mon choix.

» Nous devons vivre séparément, souffler chacun de notre côté…vivre sa vie »

En prenant cette décision, je ne reniais pas Matthew. Il restait à jamais mon ami d'enfance dans mon coeur. Mais je voulais vivre ici. J'en éprouvais le besoin.

J'opinai :

– Je choisis l'immortalité…pour demeurer en Terre du milieu

Il ricana. Bon sang, il y avait anguille sous roche… « réfléchis avant de parler », me disait souvent Mamy Beth.

La main du Seigneur des Ténèbres toucha mon cœur. Il prononça des mots dans une langue inconnue. Je sentis une vague de chaleur se propager dans mon corps. J'avais la sensation de flotter dans l'air. Tout devint flou autour de moi. Ma respiration se calma.

J'étais sereine et apaisée par une douceur inconnue. Ma tête dodelina. Puis ce fut le noir à nouveau.

Je re-sombrais dans l'inconscience à plusieurs reprises, sans être capable d'analyser ce qui m'entourait J'avais le sentiment de passer mon temps à dormir dans cette fichue forteresse.

Mais, cette fois-ci, j'étais détachée. Je roulais sur le côté en me pinçant les lèvres pour ne pas pleurer, remontant mes jambes contre ma poitrine. Je fus prise de vertiges et de nausées. J'étais trop faible. Sauron se tenait toujours au même endroit qu'avant de m'évanouir.

– Si j'étais vous, j'éviterais d'être trop … active, suggéra Sauron.

– Pourquoi m'avoir détachée ?, l'interrogeai-je.

– Vu votre faiblesse, vous n'êtes pas dangereuse, ricana-t-il. Impuissante. Ainsi, c'est plus amusant à voir…

Impuissante, c'était le terme exact. . Je n'avais pas pris de repas depuis un certain temps. Et la seule eau qui m'avait été administrée provenait d'une vieille serviette épongée. J'étais aussi dangereuse qu'un oisillon. Je repris petit mes esprits me remémorant mes derniers jours. Puis, je me tournais vers lui, les sourcils froncés :

– Suis-je immortelle ?, demandai-je bêtement.

Il émit un rire léger.

– Oui. Je vous annonce Nerëa que vous être admis parmi les immortels en Terres du Milieu. Spécimen très étrange car vous gardez votre apparence humaine. Assez intéressant même.

– C'est tout ?

– Oui.

– Relâchez-moi.

Je l'entendis ricaner à nouveau. Tous les jurons possibles me vinrent à l'esprit.

– Maintenant, vous êtes à ma merci...désormais, pour l'éternité.

Sans plus attendre, me laissant dans l'incompréhension la plus totale, il se leva et demanda à deux gardes de m'enfermer dans une cellule. A cause de mes blessures -dont les os de mon genou brisé, je ne pus me débattre et mon cri de douleur et de colère se perdit dans les profondeurs de la forteresse.

OoOoOoOoO

Voilà plusieurs jours que j'étais enfermée, mon détracteur n'était pas revenu Je voulais qu'on vienne me chercher, qu'on me délivre. Comme dans les contes de fées. Au lieu de ça,et nul sauveur à l'horizon. Rien que de la crasse d'orque, et de la souffrance, je me trouvais enchaînée au cou comme animal.

Mais le désespoir laissa parfois place à la certitude. Ils viendront me chercher.

Mais comment ?

Eodred et Eowyn ne m'avaient même pas suivie quand j'avais quitté le camps ; quant au trio, aucune chance qu'ils me retrouvent.

Legolas, Gimli.

Je les imaginais rire à mes côtés dans mes moments de solitude.. Dans mes rêves, dans la réalité… la limite du réel et de l'irréel n'était plus que chose confuse dans mon esprit.

Sur le sol de ma cellule, à l'aide d'un caillou, j'avais gravé une étoile. Une simple étoile. Une petite étoile qui me rappelait cette nuit-là…cette conversation. Le ridicule et la honte ne m'atteignaient plus, je lui parlais intérieurement. J'imaginais à travers cette étoile que je me confiais à Matthew ou Legolas. Je leur dévoilais mes terreurs, mes angoisses, mes cauchemars.

J'avais peur. J'avais besoin de quelqu'un.

Les seules créatures que je voyais étaient des orques qui me donnaient à manger, ou plutôt qui me jetait la nourriture au visage. Affamée, je rampais pour me sustenter. De temps à autre, -il m'était impossible de déterminer exactement l'heure- j'étais transportée dans une pièce pour faire mes besoins. Dans un coin se trouvait une petite vasque d'eau à laquelle je me hissais, non sans hurler de douleur, pour me rafraîchir rapidement. En vitesse, je me nettoyais les bandages. C'était peu hygiénique mais toujours mieux que de ne rien faire. Les blessures étaient vilaines à voir ; pourtant les plaies ne paraissaient pas si infectées. Je savais que beaucoup de temps avait passé en calculant le nombre de repas qu'on m'avait apportée. Normalement, l'infection aurait dû être plus étendue me provoquant fièvre, douleur, enflures et écoulement de pus. Ma jambe me faisait étrangement moins souffrir ; une « attelle' m'avait été posée mais l'os semblait s'être miraculeusement remis de lui-même. Mais…mais, de toute évidence, sans sois, je ne devrais pas survivre.

Normalement.

Je levais les yeux et croisait, pour la première fois depuis plusieurs jours, le regard du Seigneur noir qui me fit tressaillir. Il était là à me regarder curieusement. Je gémis comme une bête apeurée. La peur qu'il me fasse à nouveau mal me paralysa. Des larmes commençaient à poindre.

– Il y a quelques détails sur votre immortalité dont j'ai omis de vous parler, me renseigna-t-il d'un ton détaché. Il va sans dire qu'elle relève de la magie noire; et quelques inconvénients s'y rattachent. Rassurez-vous : vous n'allez pas mourir, jeune immortelle…

Il rit lui-même à sa propre blague, je blêmis.

– Votre âge n'est pas le même que celui de votre monde ; ici, il est de 33 ans. Vous avez sûrement remarqué les rides sur votre visage, continua-t-il. Vous êtes donc immortelle. Seulement, les conditions sont que vous donnerez naissance à chaque fois que vous aurez 33 ans. Oui, vous avez bien entendu. « A chaque fois ». Car 6 mois exactement après avoir donné naissance, vous mourrez. Et la créature -une fille bien sûr- que vous aurez mis au monde sera vous-même. Elle aura vos souvenirs, votre personnalité, votre apparence. Ce ne sera pas exactement votre double en tout point mais une part de vous-même ressuscitera à chaque fois. Vous ne pouvez donner naissance qu'à vous-même ; vous n'aurez aucun autre enfant. Toutes vos vies s'additionneront. A la différence des elfes, vous ne pourrez mourir qu'assassiner avant de donner naissance.

Ses mots me crevèrent le cœur. Cette immortalité était en réalité un fardeau. Mourir pour vivre ; un paradoxe. Mais je ne me lamentais pas. Le cri d'effroi était coincé dans ma gorge.

Je craquai et fondai en larmes.

Qu'avais-je cru ?

L'immortalité a forcément un prix.

Je payerai de ma propre mort pour ressusciter. Maintes et maintes fois.

Le prix de l'immortalité.

Un cadeau empoisonné.


Chapitre 3

« La force de l'amour paraît dans la souffrance » [Pierre Corneille]

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OO

Il se sentait fier en s'imaginant sur les traces de ses ancêtres, ou encore de son père Gloin et de son oncle Oin dans la quête d'Erebor jadis. Il s'en souvenait encore comme si c'était hier. Il avait fermement insisté auprès de son père pour y participer. Ce dernier avait prétexté qu'en raison de son jeune âge, son fils n'était pas en mesure de se battre.

Peu importe, le temps avait passé et beaucoup de têtes d'orques étaient tombées sous la hache du nain. Il avait même enfin réussi à battre Legolas ! L'elfe avait quand même tenté de faire passer l'énorme Oliphant pour plusieurs cadavres. Il affirmait avoir tué l'Oliphant et les guerriers dessus. Mais Gimli n'était pas d'accord. Un oliphant reste un oliphant ! Lorsqu'on abat un cavalier, on ne compte pas le cavalier et le cheval ! Quand il avait sorti ce même exemple à l'elfe, celui-ci lui avait juste retourné un sourire très gracieux rempli de sous-entendus. Mais ses yeux disaient le contraire. Il le défiait à nouveau.

Gimli appréciait beaucoup Legolas. Le jeune prince de la Forêt Noire était loin de l'image qu'il se faisait d'un elfe. Combattre à ses côtés était devenu un plaisir. Il ne s'était jamais autant attaché à une personne avant. Quelqu'un lui aurait dit, vingt auparavant, que son meilleur ami serait un elfe, il se serait sûrement jeté dans un des puits d'une mine sans hésitations !

Mais son séjour en Lorien avait tout changé. Sa dame, Galadriel, lui avait transpercé le cœur tellement sa beauté l'avait émue. Il gardait en permanence son cadeau, trois précieux cheveux, près de son cœur. Elle était son souffle de vie. Le prince nain se souvenait de chacun des traits de son visage. Sa beauté hypnotisante, son regard vous pénétrant… Il avait bon espoir qu'un jour, il la reverrait. Elle l'avait comme ensorcelé.

Les elfes de la Lorien devaient sûrement affronter les forces maléfiques de leurs côtés. Il aurait voulu défendre sa dulcinée mais il avait fait une promesse lors du Conseil et il ne pouvait laisser son ami combattre seul. . Un nain ne faillit jamais à ses devoirs.

Gimli poussa un soupir en repensant aux derniers mois. Que de chemin parcouru ! Qui eût cru qu'il se trouverait un jour dans la salle du trône de Minas Tirith ?

– Les ténèbres s'épaississent, déclara Gandalf en s'adressant principalement à Aragorn.

Le magicien blanc tournait en rond, l'air profondément inquiet. Il y avait de quoi… Frodon devait sûrement être sur le territoire du Mordor. Gimli avait quasiment la certitude qu'il était proche de son but. Il devait y parvenir sinon le monde était perdu.

Aragorn réfléchit quelques instants puis répondit :

– Si Sauron avait l'Anneau, nous le saurions.

– C'est une question de temps, répliqua Gandalf. Il a subi une défaite, mais derrière les murs du Mordor, l'Ennemi se regroupe.

– Et bien, qu'il y reste et qu'il y pourrisse ! Pourquoi s'en soucier ?, rétorqua le nain en recrachant la fumée de sa pipe.

Le magicien lui jeta un regard glacial. Le nain se rembrunit sentant qu'il venait de commettre une bourde.

– Dix mille Orques séparent Frodon de la Montagne du Destin. Je l'ai envoyé à la mort, confia ce dernier.

» Et oui, j'ai, une fois de plus, répondu sans réfléchir !, pensa Gimli. Bien que nous avons repoussé nos ennemis de Minas Tirith, ce n'était seulement l'arbre qui cache la forêt. L'armée que prépare Sauron derrière les portes du Mordor est sans doute beaucoup plus nombreuse. Mais qu'importe ! Je préférerais mourir au combat pour faire honneur à ma famille. »

Aragorn haussa les sourcils, déplia ses bras et avança vers le magicien.

– Il reste de l'espoir pour Frodon. Il lui faut traverser en sécurité les plaines de Gorgoroth. Nous pouvons l'aider, répondit-il au magicien.

Ne voyant pas où il voulait en venir, Gimli lui demanda quelle stratégie il souhaitait adopter pour aider Frodon.

– En attirant les armées de Sauron, en vidant ses terres, et en marchant sur la Porte Noire, affirma-t-il.

Le nain s'étouffa à la prononciation de ce dernier mot : « La Porte Noire ». Cela signifiait être offensif et aller dénicher l'ennemi directement sur son territoire. Quoiqu'un peu saugrenue, l'idée était plutôt plaisante.

Il regarda Legolas qui restait stoïque tout en écoutant Aragorn. Ou bien l'elfe s'était endormi… Après tout, il lui était arrivé plusieurs fois de s'endormir assis, les yeux ouverts pendant que son ami lui contait les récits de ses aïeux.

Eömer s'avança, l'air confiant :

– Nous ne vaincrons pas par les armes.

Le nain retroussa les lèvres, il n'appréciait guère cet homme à l'air renfrogné…mais il devait avouer que l'homme avait raison sur ce point.

– Mais nous aiderons Frodon en attirant l'Oeil de Sauron sur nous. En le rendant aveugle à tout autre mouvement, riposta Aragorn.

Legolas, à ses côtés, sembla prendre enfin vie :

– Une diversion !

– Une mort certaine! De faibles chances de succès. Mais qu'attendons-nous ?, ajouta le nain en ricanant, la pipe à la bouche.

– Sauron soupçonnera un piège, avertit Gandalf. Il ne mordra pas à l'appât.

– Je crois que si, affirma Aragorn en souriant.

« Décidément, cet homme me plait ! Il a vraiment l'étoffe d'un roi, j'ai hâte qu'il reprenne ce qu'il lui revient de droit : le trône. », pensa Gimli.

Le conseil était enfin fini, l'heure de passer à table était arrivée ! Dans le couloir conduisant à la grand salle, Gimli huma l'odeur de viandes cuites et de fromages frais qui lui ouvrirent l'appétit. Legolas murmura alors à l'oreille de Gimli :

– J'ai vu que Dame Eowyn et la gouvernante sont présentes. Mais je n'ai toujours pas aperçu Nerea.

– Elle est sûrement repartie à Edoras, maître elfe, lui suggéra-t-il. Mais son instinct lui souffla qu'il était loin de la vérité. Et l'elfe avait le même pressentiment.

Les deux compères descendirent l'escalier qui menait jusqu'à la salle des repas. Arrivés sur la dernière marche, ils s'arrêtèrent et attendirent. Plus loin, ils avaient vu Gram, le guérisseur de Meduseld se diriger vers eux, tête baissée, la mâchoire crispée et des rides dessinées sur son front qui trahissaient son inquiétude. Ce fût Legolas, sous les yeux interrogateurs de son ami nain qui s'avança à la rencontre du vieil homme.

– Maître Gram, pourriez-vous nous renseigner ? , lui dit l'elfe. Je ne veux pas vous importuner.

– Quels renseignements ? fit le vieux guérisseur, toujours aussi bougon qu'à l'ordinaire.

Gimli le vit déglutir, nerveux : c'était souvent l'effet provoqué par la vue de son ami dont le visage surpassé de loin la beauté humaine. Lui, avec sa barbe de plusieurs mois qu'il n'avait toujours pas taillée, était loin de provoquer une suée à un individu. S'il pouvait obtenir rien qu'une poignée de minutes pour aller chez un barbier…

– Où se trouve votre apprentie ?

Le vieil homme baissa les yeux. Gimli comprit alors les craintes du guérisseur. La jeune femme ne s'était pas non plus présentée à lui et il n'avait pas pris la peine de le signaler.

Gram, gêné, ne put se résoudre à regarder l'elfe et le nain. Le matin-même, Mélite était venue le voir pour lui poser la même question. Comme Eodred deux jours auparavant, il avait répondu qu'il n'en savait rien, Nerëa était encore à Dunharrow la dernière fois qu'il l'avait vue. Et maintenant, encore deux personnes qui venaient le voir. Le guérisseur commençait à s'inquiéter pour sa disciple. Mais il ne pouvait pas partir lui-même à sa recherche. Aragorn lui avait demandé en personne de veiller au bon rétablissement de la Dame du Rohan. Eowyn avait été grièvement blessée durant la bataille des Champs de Pelennor en combattant le Roi-Sorcier d'Angmar. Quelle folie avait saisi la jeune femme ! Gram la connaissait depuis le berceau et jamais il ne l'aurait pensée capable d'un tel acte.

– Où se trouve Dame Nerëa ? , insista Gimli en s'avançant pour se placer aux côtés de Legolas.

Gram releva le menton mais son regard restait hagard. Une voix grave parvint à leurs oreilles ; des bruits de métal résonnaient dans le couloir. Les yeux du guérisseur se posèrent alors sur Eodred, en tenue de chevalier, qui déambulait en tournant la tête à droite à gauche comme pour contempler les somptueux tableaux et armures exposées.

– Je n'ai pas vu Nerëa depuis que nous avons quitté le camps de Dunharrow, Messeigneurs, répondit Gram d'une voix peu assurée.

Lorsque le chevalier entendit le prénom de la jeune fille, Eodred s'immisça dans le trio. Après avoir rapidement effectué une révérence, il s'adressa à eux.

– Auriez-vous des nouvelles de Nerëa ?

– Dunharrow fut le dernier lieu où je l'ai vu.

Gimli hocha la tête puis se tourna vers Legolas. La bouche de l'elfe resta scellée, les yeux fixés sur Eodred. Le jeune chevalier, embarrassé, se gratta l'arrière de la tête et esquissa un sourire maladroit à Legolas avant de reporter son regard sur le guérisseur.

– Je l'ai vu après vos adieux, maître. Enfin…Dame Eowyn et moi… nous avons essayé de l'en empêcher mais Nerëa a quitté le camp et s'est dirigée vers les Montagnes, déclara Eodred, omettant consciencieusement de signaler la colère inexpliquée de Nerëa. La Dame du Rohan et lui l'avaient trouvé sous la tente des seigneurs qui se trouvaient en face de lui à ce moment-même. Ne sachant quel était leur but, leurs intentions, le jeune homme préféra être le plus concis possible.

– Vous avez laissé ma disciple sans protections ?

– Quelle inconscience ! , souffla Gimli.

– Je l'ai cherchée, maître Gram. Dame Eowyn m'a envoyée à sa recherche.

– Du côté des montagnes ?

– Oui.

– Seul ?

– Oui, nous devions lever le camps. Je suis donc parti seul.

Un silence s'abattit sur le groupe quelques longues secondes quand une voix cristalline se fit entendre.

– Et pourquoi est-elle partie ? Vous êtes la dernière personne à l'avoir vue, vous en connaissez sûrement la raison

– Je ne sais pas, répondit Eodred un peu trop rapidement au goût de l'elfe.

– Si vous la retrouverez, amenez-la moi, dit sèchement Gram. J'aurais deux mots à lui dire. Messeigneurs, je dois prendre congé car il me faut envoyer un pigeon à Meduseld pour qu'un de mes anciens apprentis -si cela n'est déjà fait -prenne ma place. Ensuite, je vais à la Maison de Guérison m'occuper de Dame Eowyn. Le seigneur Aragorn m'a demandé de m'occuper d'elle.

A ces mots, le guérisseur tourna les talons et s'éloigna. Eodred vint se planter devant Legolas.

– Les gens vont et disparaissent par les temps qui courent. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous lancer la recherche de tous les disparus, Monseigneur.

La manière dont il appuya sur le dernier mot dévoilait tout le dédain qu'éprouvait Eodred envers l'elfe. Ce dernier ouvrit la bouche mais n'eut le temps de répondre.

– Mes amis, déclara Aragorn qui venait d'arriver derrière eux, ne nous faisons plus attendre pour le repas.

Puis le rôdeur se tourna vers Eodred :

– Eomer vous attend dans la salle du trône. Nous vous y rejoindrons pour établir une stratégie et décider du moment où nous partirons.

Eodred baissa les yeux.

-Bien, Monseigneur.

Aragorn acquiesça et fit signe à Legolas et Gimli de le suivre.

Quand ils furent assez loin des oreilles d'Eodred, Gimli chuchota quelques mots à l'attention de son ami elfe.

– Avez-vous confiance en cet homme ?

– Le chevalier Eodred ?

– Oui.

– Non, j'ai le sentiment qu'il en sait plus qu'il ne veut nous faire croire.

– Il n'y a que Dame Eowyn qui puisse nous aider désormais.

– Si elle s'en sort…

L'elfe soupira. Désormais, ils étaient arrivés devant le banquet mais les deux amis n'avaient exceptionnellement pas le cœur à manger.

OoOoOo…OoOoO

PDV Nerëa

Ma bouche était craquelée.

Je n'avais pas bu depuis plusieurs jours.

J'avais oublié combien de temps un homme pouvait vivre sans boire. Matthew me le répétait souvent pourtant. C'était un mordu de la série Man vs Wild. Ici, pas de wikipédia pour se renseigner rapidement.

Je n'arrivais même plus à penser.

La faim me torturait également.

Mes yeux se posèrent sur mon étoile gravée sur le sol mais j'étais trop faible pour converser avec elle.

J'avais beau être immortelle, j'avais besoin de manger et de boire un minimum.

Mes souffrances s'étaient néanmoins atténuées. Je sentais peu à peu mon corps se régénérer de l'intérieur. Un avantage d'immortel sûrement.

Un orque ouvrit ma cellule.

Je ne bougeais pas d'un pouce.

Il me traîna par terre jusqu'à l'entrée par la jambe qui n'était pas cassée. Je devais ressembler à une vieille serpillière crasseuse.

– Elle va être envoyée à Minas Morgul, dit celui qui me traînait à un second orque.

– Il parait qu'ils ont trouvé un semi-homme aussi.

– La pêche est bonne en ce moment, ricana le premier.

Un semi-homme. Frodon…

Je gémis.

Par ma faute, l'histoire avait sûrement été modifiée. L'anneau allait tous nous détruire et mener le monde à sa perte.

OoOoOo…OoOoO

Comme prévu, ils arrivèrent en quelques jours devant la Porte Noire. Les portes se tenaient face à eux, menaçantes et effrontées. De toute sa lignée, le nain était le seul à avoir le privilège d'approcher d'aussi près les portes du Mordor. Enfin, si nous pouvions référer à un privilège dans ce cas… Il se trouvait assis derrière son ami elfe qui tenait les rênes comme à l'accoutumée, permettant au nain d'observer minutieusement le paysage. Plus ils s'approchaient, plus les terres devenaient fertiles et l'air nauséabond. Il lui fût difficile d'imaginer que ce territoire, aujourd'hui aride, eût été d'une beauté incommensurable. Toutes ses pierres, ses roches étaient inutilisables. Du point de vue d'un nain, il était clair que l'on ne pouvait rien en tirer.

Derrière eux, l'armée était rangée, prête à se défendre. Aragorn leur fit signe. Legolas et Gimli, Pippin et Gandalf, Aragorn, Eomer, Eodred étaient en première ligne. Gimli serra sa hache.

La dernière bataille.

– Que le Seigneur de la Terre Noire sorte ! Héla Aragorn. Justice lui sera faite.

La porte s'ouvrit dans un bruit fracassant. Alors qu'ils s'attendaient à ce qu'une armée sorte précédée de Sauron, ce ne fût qu'un cavalier qui passa entre les portes. Son masque était conçu de manière à ce qu'on ne voit que sa bouche. Une bouche hideuse aux dents acérés et à moitié pourrie. Des bouts de chairs étaient restés coincés. Le nain grimaça.

La créature s'avança puis prit la parole :

– Mon maître, Sauron le Grand, vous souhaite la bienvenue. Qui, dans cette bande, a autorité pour traiter avec moi ?

– Nous ne venons pas traiter avec Sauron, perfide et maudit, répondit le magicien blanc d'un ton calme Dites à votre maître de disperser les armées du Mordor.. Il doit quitter ces terres à jamais.

« Bien dit ! » Gimli se demandait toujours comment Gandalf pouvait garder son sang froid dans toutes les situations. Même dans la Moria, territoire de ses ancêtres, il était resté maître de lui-même…face au feu…Le souvenir de Balrog lui glaça le sang.

Le cavalier sourit ce qui fit frisonner l'assemblée.

– Vieillard à la barbe grise, j'ai des souvenirs que mon maître m'a prié de vous montrer, rétorqua-t-il.

A ces mots, il sortit un vêtement d'un sac. Gimli entendit Legolas pousser un cri. Les autres, les yeux écarquillés, semblaient horrifiés. Le nain plissa les yeux pour mieux distinguer. Le vêtement était une cotte de maille en mithril, assez familière.

– Frodon !, hurla Pippin.

Gandalf essaya de le faire taire mais le hobbit ne cessait d'hurler le nom de son ami.

La cotte de maille ! Frodon la portait lorsque le troll des cavernes nous avait attaqué. Elle lui avait sauvé la vie.

Gimli émit un hoquet.

Après un silence, le cavalier du Mordor ricana :

– Le Semi-Homme vous était cher, à ce que je vois. Sachez que le hobbit ont enduré mille tourments entre nos mains. Qui eût cru que de si petits êtres puissent supporter tant de souffrances ? Il l'a fait Gandalf. Il l'a fait.

Ils étaient aux prémisses de la dernière bataille. Pourtant, il semblait que toutes leurs forces s'étaient évanouies. Qu'importe de se battre, il n'y avait plus rien à sauver. Gimli baissa la tête et la posa contre le dos de son ami qui ne réagit pas. Seul Aragorn gardait la tête haute. Il s'avança tout en défiant le cavalier du regard. Un fois à côté de ce dernier, il dégaina son épée et lui décapita la tête. Ce fût en quelque sorte un soulagement.

– Voila qui met fin à la négociation, chuchota le nain.

Puis, l'héritier d'Isildur prit la parole :

– Je ne le crois pas. Jamais !

Les portes s'ouvrirent plus laissant place à une armée dont le nombre de soldats était indénombrable.

– Replions-nous, continua-t-il d'une voix plus forte.

La bataille commença. Et cette fois-ci, ni le nain ni l'elfe n'auraient le temps de compter leurs ennemis.

OoOoOo…OoOoO

Eodred n'avait jamais connu de batailles comme celle-ci auparavant. Il avait encore peine à croire qu'ils avaient gagné la bataille. L'anneau était détruit, Sauron parti.

Ces derniers jours avaient été très mouvementés entre la bataille des Champs de Pelennor et celle de Morannon, c'étaient autant de récits qu'il pourrait raconter à son père, un vieil homme très malade. Le jeune homme grimaça ; il espérait que l'âme de son père n'avait pas quitté ces terres. Lui était brave et courageux mais ces mêmes épaules n'étaient assurément pas assez robustes pour s'occuper de ses deux sœurs et de son autre frère, respectivement âgés de neuf, quinze et sept ans. S'il avait pu avoir une femme auprès de lui… Pas une de ces femmes à homme qu'il avait côtoyé dans les auberges mais une femme douce et sensible qui s'occuperait de son foyer tous les jours, lui mijotant des petits plats quand il reviendrait. Mais ce futur était pour le moment loin de s'accomplir. Sur les ordres du Seigneur Aragorn, la cavalerie d'Eomer dont lui faisait parti devait ratisser l'entrée du Mordor et ses environs. Et voilà que depuis presqu'une semaine ils entreprenaient le nettoyage. Les seigneurs voulaient s'assurer que le mal était éradiqué, les petits étaient donc envoyés pour cette tâche ingrate.

Au début, leur progression fut particulièrement difficile à cause des ronces dont les épines étaient aussi dangereuses que des lames puis ils avaient décidé de tout brûler. Aujourd'hui, ils se chargeraient de Minas Morgul. Les Nazgûls avaient fui ces lieux depuis la défaite., Le lieu était presque désert, seuls restaient des orques qui se cachaient dans les entrailles de la cité. Le plus dur ne fut pas d'exterminer les créatures, Eodred commençait à prendre le coup de main, mais plutôt cette odeur de putréfaction qui régnait dans la cité. Une odeur qui s'agrippait à vous, vous cernant de toutes parts, une odeur à vous retourner l'estomac.

Une fois les rues assainies de tout mal, le seigneur Eomer vint voir Eodred avec une dizaine de cavaliers et les rassembla en cercle.

– Vous êtes mes meilleurs hommes, j'ai besoin de vous, déclara-t-il.

– Nous nous occuperons de cette tour, continua-t-il en désignant du menton une haute tour. On dit qu'à l'intérieur, de pauvres âmes y étaient torturées. Selon des rumeurs, des corps y pourrissent…quand la chair n'est pas dévorée par les orques.

L'assemblée tressaillit.

– Et si nous trouvons des personnes…des vivants, des gens comme…bafouilla un jeune homme, à peine plus âgé qu'Eodred.

– Et si nous trouvons des survivants appartenant aux Peuples Libres , Monseigneur?, rectifia d'une voix assurée et plus forte Eodred.

– Toujours à se faire remarquer celui-la, chuchota un homme toujours coiffé de son casque.

– Et bien, faut les ramener, répondit un autre d'un ton sarcastique en levant les yeux au ciel.

– Non, nous ne pouvons ramener tout le monde, grinça Eomer sous les yeux écarquillés de ses hommes. Sélectionnez, nous ne pouvons pas nous permettre d'emporter tous les survivants. Il ne nous restera plus de vivres pour entrer. Nous reviendrons, mentit Eomer.

Dans la tour, les hommes ne rencontrèrent aucun obstacle si ce n'est qu'une dizaine d'orques à l'entrée qui furent rapidement décimés. Pendant qu'une poigne d'hommes se chargèrent des étages supérieurs, Eomer, Eodred et le restant des hommes pénétrèrent dans le sous-sol, lieu où se trouvaient la salle des tortures et les cachots.

Eodred comme d'autres hommes durent se couvrir le nez pour ne pas avoir la nausée. Une odeur de souffre, d'excréments et de sueurs envahissait cet espace toujours fermé. Un regard au sol crasseux et sanglant fit tourner de l'oeil le jeune chevalier. Il avait vu des horreurs mais ce lieu était bien delà de tout ce qu'il avait observé ou imaginé : une monstruosité.

Pris de vertiges, il s'accrocha aux barreaux poisseux d'un cachot. Un de ses camarades s'approcha et posa sa main sur l'épaule en guise de réconfort.

– Ça va, Eodred ?

Eodred grogna.

– Regarde, il y a une forme humaine dans le cachot.

C'est alors que le jeune homme leva les yeux. Dans le coin du cachot, recroquevillée sur elle-même, une main sur sa poitrine dénudée, le corps d'une femme gisait. Seul une guenille crasseuse cachait le reste de ses parties intimes. Son autre main couvrait son oreille. Malgré la chevelure sale mêlée de toiles d'araignées, il la reconnut aussitôt.

– Nerëa, Nerëa ! cria-t-il, faisant sursauter les autres hommes.

Avant même qu'ils ne réagissent, Eodred avait attrapé les clés accrochés devant les cachots comme si le supplice d'être enfermé n'était pas assez cruel. Une fois ouvert, il se rua vers la jeune femme pour vérifier sa respiration.

– Eodred !, s'exclama Eomer qui arrivait derrière lui.

La respiration de la jeune femme était faible mais elle était en vie. En dehors de la puanteur qu'elle dégageait, Eodred remarqua qu'elle portait cette même odeur de putréfaction qui régnait dans la cité. Elle devait être là depuis longtemps…

Mais combien de temps? Et, pourquoi ?

Eodred la secoua légèrement. Pas un mouvement de la part de Nerëa.

Il se tourna vers Eomer et s'aperçut que ce dernier lui tendait sa cape.

– Monseigneur, emmenons-la, je vous en supplie. Elle est en vie, fit le jeune chevalier tout en emmitouflant la femme dans la cape.

– Mais que fait-elle ici ? , répondit d'un ton hautain Eomer.

– Je ne sais pas, Monseigneur. Mais elle est des nôtres et a été maltraitée comme vous pouvez le constater.

Les preuves d'Eodred ne radoucirent pas Eomer. Ce dernier jeta un oeil autour de lui. Avec ses hommes, ils avaient peu de temps et rester dans ce lieu lugubre ne l'enchantait guère. Il devait prendre une décision rapide.

– Eodred, ramenez la jeune femme en haut. Nous la ramenons à la Maison de Guérison de Minas Tirith. Mais je veux que vous la surveillez en permanence. Nous ne savons ni comment ni pourquoi elle est ici. Le roi prendra une décision.

Puis il se tourna vers le reste de ses hommes.

– Continuez de chercher des survivants !

Eodred porta le corps de Nerëa. Elle était aussi légère qu'une feuille d'arbre. Ses os commençaient à être visibles sous la peau. Le jeune homme la prit en pitié en pensant aux sévices qu'elle avait dû subir.

Il aurait dû l'arrêter. C'était de sa faute.

– Maintenant, je suis là, Nerëa. Rien ne t'arrivera.


Chapitre 4

Plus étroits que ceux du sang et de la famille sont les liens de l'amitié

[Jean Boccace]

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L'elfe avait déjà connu des batailles auparavant. Mais nulles ne l'avaient autant affecté que celle-ci.

Ils étaient désormais réunis dans cette chambre autour de Frodon. Le jeune hobbit s'était réveillé la veille. Toute la Compagnie voulait connaître l'aventure de Frodon et de Sam. Enfin toute la Compagnie, sauf Boromir. Ils avaient perdu le prince à Parth Galen. Mais, cette quête si ardue aurait pu leur coûter plus de vies. La Compagnie n'était maintenant composée que de huit membres : Aragorn, Gimli, Gandalf, Merry, Pippin, Sam, Frodon et lui, Legolas.

Son cœur était partagé entre deux sentiments. Il était joyeux à l'idée de retrouver une vie paisible parmi les siens. Grâce à cette quête, il avait connu des gens d'autres peuples. Il s'était lié d'amitié avec certains. Mais elle prenait fin, la communauté allait se dissoudre. Legolas, au cours de ces derniers mois, avait connu des sentiments exaltés jamais connus auparavant en dépit de sa longue existence. Cette aventure l'avait changé. Dans son peuple, ils n'appréciaient guère le changement en général. Mais l'elfe devait se rendre à l'évidence : il ne pourrait jamais renouer avec son ancienne vie.

Legolas s'approcha de Frodon. Il ne savait pas comment le remercier. Les discours avaient toujours été son point faible. Etant potentiellement futur roi, c'était un inconvénient conséquent mais il préférait pour le moment écarter de son esprit cette pensée.

Il regarda Frodon et lui sourit. Dire que tout le poids de la quête avait pesé sur lui, le porteur de l'anneau. Son âme était visiblement meurtrie, affronter l'anneau l'avait métamorphosé comme tous, présents ici dans cette pièce – et sûrement plus encore – à jamais. De toute sa vie d'immortel, il ne pourrait jamais assez le remercier d'avoir sauvé ces terres.

Comme ayant entendu ses pensées, le hobbit lui sourit.

Soudain, la porte s'ouvrit en fracas et Sam, Merry et Pippin surgirent pour se jeter sur le lit de Frodon en poussant des cris de joie.

L'elfe sentit quelqu'un exercer une pression sur son bras, il se tourna. Aragorn s'avança sur son côté.-Vous vouliez avoir des nouvelles de la jeune fille ?

Legolas prit un air étonné. Gimli, qui avait tout entendu, parla à la place de son ami :

– Elle a été retrouvée ?

– C'est impossible, souffla l'elfe.

– Suivez-moi, déclara Aragorn.

Gimli échangea un regard entendu avec Legolas et tout deux suivirent Aragorn à travers les nombreux escaliers de la Maison de Guérison. Le roi eut à peine le temps de raconter la mission d'Eomer, la trouvaille d'Eodred qu'ils étaient déjà arrivés devant une porte entrouverte.

Ils entrèrent dans une chambre assez sombre. Aragorn ordonna d'un signe aux guérisseuses de sortir. Allongée dans un lit, recouverte de bandages, derrière les rideaux tirés du lit, reposait Nerëa. Elle avait été lavée. Les guérisseuses avaient épongé le sang, récuré la peau, lavé les cheveux et pour finir brossé. Mais même les soins les plus méticuleux n'y faisaient rien ; sa chevelure restait de paille et son teint d'une pâleur cadavérique.

– Elle ne s'est pas réveillée ?, demanda Gimli.

– Lorsque les femmes l'ont lavée, elle n'a fait aucun mouvement. Ni mouvement, ni réaction, répondit Aragorn. Elle est entre deux mondes : ni morte, ni vivante. Elle a subi de nombreuses tortures.

Il leur énuméra minutieusement les blessures tout en montrant les parties de son corps touchées :

– Son corps a été tailladé à de nombreuses endroits, comme les cuisses et le bras entre autres. Les os de cette jambe sont brisés. Gram a aidé les guérisseuses à trouver les onguents les plus efficaces (Il soupira) Le plus étrange, c'est le ventre. On lui a enfoncé une lame dans le nombril. Les organes internes ont sûrement été touchés. Nous ne pouvons rien faire. Il ne nous reste que l'espoir. Même la guérison elfique est inefficace, Legolas. La blessure date de quelques jours. J'espère que rien ne s'est infecté.

– Ses lèvres sont sèches, nota Gimli de l'autre côté du lit examinant le visage de Dame Nerëa.

– Ils ont dû la laisser sans manger ni boire pendant tout le temps de son emprisonnement, déclara Legolas, en croisant les bras. Un élément me dérange. Ce ne sont pas seulement ses bras et ses jambes qui ont été touchés, mais la blessure à ce niveau du ventre.

– Ceci signifie que Dame Nerëa était…, termina Gimli.

– Oui, elle était nue, finit Aragorn.

Il baissa les yeux, son visage se durcit. Legolas comprit. Lorsqu'on torture une personne, on ne la déshabille pas dans l'intention unique de la contempler.

Un long silence s'ensuivit. Gimli tenait la main de Nerëa en prononçant quelques vœux à son encontre.

– Elle ne faisait pas partie de la compagnie. Mais il s'agit d'une femme. En tant qu'homme, il était de notre devoir de veiller sur elle, déclara Aragorn en posant deux doigts sur ses tempes comme pour se soulager.

Aragorn appartenait à ces hommes qui détestaient faillir au code d'honneur. Son silence révélait son sentiment de défaite.

Legolas lui posa une main sur l'épaule en signe de réconfort. En partant dans les montagnes sans la prévenir, ils avaient pensé éloigner cette jeune femme au tempérament impétueux de tout danger qui aurait pu l'atteindre. Lui aussi se sentait également en quelque sorte coupable. Il s'était lié d'amitié avec cette petite. Il aurait dû la protéger. Comme un grand frère protège sa petite soeur.

OoOoOo…OoOoO

Allongée, les yeux fermés, une odeur douce et chaude vint me titiller les narines. J'aimais cette odeur. Mais d'où venait-elle ? J'agitai les bras, enfonçai mes doigts dans une matière granuleuse. Du sable. Quand j'ouvris les yeux, mon regard rencontra un ciel azur, dénué de nuages. Je m'assis, les grains de sable glissèrent de ma peau. Devant moi, s'étendait à perte de vue un océan bleuté dont l'écume des vagues venait se perdre sur les rivages. J'inspirai ce léger vent d'embruns dont seul cet environnement possédait le secret. Bien qu'un peu engourdie, je me levai et balayai le paysage. Cette vision me saisit de panique, j'étais seule sur un îlot minuscule, l'eau en léchait les abords comme désireuse de l'engloutir, de m'engloutir. Bordel, où avais-je encore atterri ?

N'aie crainte. Ce paysage n'est qu'une invention traduisant ton état d'esprit.

Je me retournai vers une silhouette qui se dessinait progressivement et plissai les yeux pour reconnaître cet individu dont la voix m'était familière.

En reconnaissant cette ombre surgie de nulle part, je restai bouche-bée, bluffée par ma propre vision. Mon esprit avait effectué un black-out. C'était comme s'il s'agissait d'un fantôme. Un fantôme du passé. Je ne pouvais pas en prendre conscience. Je ne pouvais pas réaliser que, devant moi, se tenait immobile et avec une allure toujours aussi dégingandée, mon meilleur ami. L'air glissait dans ses cheveux soulevant ses jolies mèches rousses de manière à mieux voir son visage. Tout en le dévisageant, des larmes traçaient leur chemin doucement sur mes joues. Un rêve, un cauchemar? Où étais-je ? Pourquoi ? Mes jambes se sont dérobées et je me suis effondrée dans le sable.

Matthew…, sanglotai-je.

Recroquevillée, j'ai posé ma tête sur le sable. Je sentis une main me caresser la tête.

Relève-toi, ma petite potterfan.

Je lui obéis.

Pourquoi…pourquoi es-tu là ?

Matthew resta silencieux, ses doigts caressaient mon visage.

Tu restes avec moi ? Rejoins-moi.

En guise de réponse, mon meilleur ami déposa un doux baiser sur le front.

S'il te plait…Matthew…j'ai besoin de toi.

Les larmes ruisselaient sur mon visage, j'ai détourné mon regard vers la mer grise et opaque. Il me prit la main et la posa sur son coeur.

Tu resteras toujours ma Laura mais je t'avais dit de faire ta vie…

Tu…tu me manques, pleurai-je.

Je sais que tu ressens un vide, que t'adapter a toujours été compliqué mais tu dois faire un effort. S'adapter ne signifie pas oublier tes souvenirs, tes amis, ta famille. Au contraire, sers-toi de tes acquis pour aller de l'avant.

» Au château de Meduseld, poursuit-il l'air calme, tu as réussi à t'intégrer tout en restant toi-même. Qui aurait pu croire qu'en tant qu'étudiante de l'Imperial College, tu deviendrais une excellente apprentie guérisseuse dans un autre monde. »

Je relevai brusquement la tête.

Comment peux-tu avoir connaissance de ce que je vis dans monde, m'agaçai-je.

Son regard se planta dans le mien.

Comment, Matthew ?

Il garda le silence. Soudain, la vérité me vint à l'esprit. Mais je ne pouvais pas y croire. Matthew était là, devant moi, en chair et en os, en train de me sourire, de me toucher, de me parler. Comment pouvait-il être…

-Mort…, murmurai-je.

J'avais les jambes en coton et Matthew eut tout juste le temps de me rattraper avant que je ne tombe, choquée par la nouvelle.

N'y pense pas.

Comment est-ce que je pourrais ne pas y penser ?

Je suis là, maintenant.

J'ai hoché la tête Mais j'étais loin d'éloigner cette tragique nouvelle de mon esprit. Matthew était à la fois présent et absent ce qui me laissait confuse. Avec tous ces événements, j'avais l'impression de devenir folle. Sans repères.

Viens dans mes bras, Laura.

J'ai encore hoché la tête.

Il m'a serrée contre lui, je me suis laissée aller entre ses bras. Je repensais à nos moments ensemble dans mon ancien monde, à notre première rencontre, à cette nuit-là . A nos rêves. Je devais profiter de ce moment, même s'il était éphémère, avec Matthew. M'imprégner de ses dernières paroles, de ses dernières caresses et ne jamais les oublier. Jamais. En marquer mon esprit pour toujours.

Matt'.

Il s'écarta.

Oui?

Reviens.

Tu ne m'es plus promise, plus maintenant. Pas dans ce monde.

Quelque part, dans mon âme, j'étais redevenue froide. Mon coeur se fit douloureux comme si un éclat de glace s'y était planté.

Ce n'est pas à moi que tu es promise.

Je fixai ses yeux. Plus je les regardais, plus son regard chocolatée virait au bleu intense. Surprise, je fis quelques pas en arrière.

Pourquoi reviens-tu , alors?

Le visage de Matthew se rembrunit. Bien que j'avais posé cette question, j'en connaissais déjà la réponse.

Non, Matthew ! Matthew, tu n'as pas le droit !

Brusquement, il me relâcha les mains et recula tout en continuant de me regarder droit dans les yeux. Je tentai de m'agripper à lui. Mais mes pieds étaient comme immobilisés, collés au sol. Devant moi, il s'effaça peu à peu. Je hurlai son nom, mais il ne répondit pas. Il ne restait plus que son visage. Ses lèvres. Ses derniers mots.

Je t'aimerais toujours. Promets-moi de le faire. Fais attention à toi, Laura.

Je poussai un dernier cri.

En vain.

Il n'était plus là. Je fermai les yeux.

L'air devint étrange , plus humide et l'air plus boisée. Autour de moi, le paysage paradisiaque avait laissé place à une forêt dense dont il m'était devenu difficile de respirer. N'attendant plus encore, je me mis à crapahuter entre les sapins, d'un pas saccadé à cause des nombreuses racines et branches sur le chemin. Le bois s'épaississait à mesure de mes pas, l'obscurité plus profonde, j'hésitai à avancer.

Après une trotte d'une trentaine de minutes, je sortis de cette végétation et arrivai dans une clairière. Assise sur un monticule de terre, une femme – âgée semblait-il -me faisait dos.

Tant de questions doivent buller dans ton esprit, me dit la femme d'une voix chevrotante avant de se retourner.

Je poussai un cri.

-Mamy ! , hurlai-je en me précipitant dans ses bras grands ouverts.

Le choc est moins rude qu'avec Matthew. Mamy Beth est morte et j'en avais déjà fait le deuil.

Mamy, quand je me réveillerai, tu ne seras plus là ?

En guise de réponse, elle mordit sa lèvre inférieure. C'était un oui.

Tu ne rêves pas, ma chérie, murmura-t-elle en me grattouillant la tête comme autrefois.

Mais où est-ce je suis alors? , m'écriai-je surprise.

Je n'en sais rien. Mais bientôt, tu reviendras parmi les tiens.

Ce ne sont pas les miens, mamy, rétorquai-je d'un ton cynique.

Mamy Beth sourit.

Toujours ton adorable caractère, déclara-t-elle en riant.

Je me lovai à nouveau contre sa poitrine. Mamy Beth a toujours été comme ma maman.

Mamy, tout ça signifie que je ne vais pas rester dans cet autre monde ?

Elle resta silencieuse.

Je vais sûrement redevenir comme j'étais auparavant.

Tu le sauras bien assez tôt, ma chérie, confia-t-elle en grattant à encore ma tête. Tu dois juste faire attention

C'est comme dans les histoires, Matthew et toi, vous venez me voir pour me dire de faire attention, de vivre ma vie… mais je vais faire attention et ne pas dévoiler mon identité, promis…, grognai-je.

Elle ne pipa mot.

Mamy ?

Oui ?

Papa et Maman, je vais les voir ?

Non, je suis désolée, ma petite, murmura-t-elle d'un air désolé.

Mamy me releva le menton puis prit ma main.

Viens, m'invita-t-elle.

Tu ne vas pas disparaître comme Matthew, j'espère.

Non, je resterai avec toi, le temps qu'il faudra.

D'un pas rapide, elle m'entraîna vers la forêt.

Mamy, je n'aime pas cet endroit.

Il faudra t'y habituer pourtant, répondit-elle sans s'arrêter.

Pourquoi?

A nouveau, ce léger sourire qui se dessinait sur ses lèvres. Je continuai à la fixer, souhaitant m'imprégner de chaque instant avec elle comme avec Matthew, et manquai de trébucher. Sans se retourner, je l'entendis dire :

Fais attention les êtres qui habitent cette forêt sont méfiants, il y a des trous qui servent de pièges un peu partout.

Où m'emmènes-tu, Mamy ? Je m'inquiète.

Fais-moi confiance.

Elle s'arrêta brusquement et désigna un rocher :

Assieds-toi, je vais te raconter une histoire. L'histoire de ce monde.