Chapitre 5

« Dans la poésie, la vie est encore plus vie que la vie-même » [Vissarion Bielinski]

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Eowyn ne tarda pas à venir s'enquérir des nouvelles de Dame Nerëa, son amie. Quand elle entra dans la chambre, la jeune femme aperçut le magicien blanc, Gandalf, assis sur un fauteuil près du lit, pensif, scrutait le corps de la convalescente sur le lit. Elle ne savait pas de quelle manière s'adresser à ce personnage très âgé. En plus, le magicien était doté d'une grande sagesse. Elle se sentait toute petite et misérable auprès de cette personne très respectée.

Elle choisit de lui parler d'une manière simple car il ne possédait pas de titre. Son nom était déjà un titre en lui-même.

« N'y-a-t-il aucune amélioration ? »

Gandalf soupira.

« J'ai bien peur de vous décevoir une fois de plus, gente dame »

Puis il prit un air grave.

Il allait continuer à parler lorsque Eowyn entendit un bruit, elle se retourna. Le nain et l'elfe étaient également venus prendre des nouvelles de la blessée. Elle s'écarta pour les laisser passer. La jeune femme avait remarqué que le bel elfe venait souvent à son chevet, il chantait à voix basse en langue elfique comme espérant que la blessée son réveil.

'Étrange, les elfes sont vraiment des êtres particuliers', songea-t-elle. Legolas croisa le regard d'Eowyn ; il le détourna aussitôt, comme gêné.

Elle s'assit auprès de son amie qui reposait parmi les draps en lin sentant fortement la lavande . Grâce aux soins prodigués par les guérisseuses, le visage de Nerëa semblait plus relaxée, son teint avait meilleur mine et ses lèvres étaient redevenues rosées.

Gandalf se leva.

« Une chose m'étonne. Dame Nerëa semble guérir elle-même de ses blessures internes. Or, j'ai moi-même constaté sa blessure au ventre : un couteau enfoncé dans le nombril. Les organes touchés se sont renouvelés d'eux-mêmes. »

« Ce sont sans doute les onguents qui agissent ? », proposa Eowyn.

» Un organe interne, d'autant plus que c'est au niveau du ventre, ne se régénère pas. Cela s'infecte. L'infection mène à la mort en quelques jours », intervint Legolas.

La face poupine et pâle d'Eowyn s'était empourprée. Elle venait de passer pour une idiote devant trois hommes. Pendant ce temps, Gandalf s'était rassis, pipe à la main tassant de l'herbe dans son fourneau.

« C'est étrange », dit-il à voix basse comme pour se parler à lui-même.

Le magicien alluma sa pipe et calant la tige entre ses dents, il se mit à tirer. Le fourneau s'embrasa quand il inhala. Perdu dans ses pensées, il aspira un peu trop vite une bouffée de fumée provoquant ainsi une quinte de toux.

« Je me demande comment l'ennemi a pu la capturer. (Il tira à nouveau sur sa pipe.) Elle a toujours été à vos côtés, c'est ce que Aragorn m'a confié. »

» La dernière fois que nous l'avions vue, c'était au campement », renseigna Gimli.

Il reprit, en s'adressant à Eowyn :

« J'ai souvenir de l'avoir vue en votre compagnie, sans vouloir vous offenser, Dame Eowyn. Vous êtes donc plus renseignée que nous. »

« Oui, en effet. Le lendemain, j'ai moi-même annoncé à Dame Nerea votre départ sur le chemin des morts. Elle était très en colère. J'ignore la raison de son état. Eodred, un de mes gardes personnels, et moi-même avons essayé de la calmer. Elle nous a ensuite demandé de la laisser et de ne pas la suivre. Puis elle est sortie et je ne l'ai plus revue. Je me suis beaucoup inquiétée. J'ai demandé à Eodred de rester dans le cas où elle reviendrait sur ses pas. Une fois la bataille de Minas Tirith achevée, il est revenu me voir. Elle n'était pas revenue bien qu'il ait attendu plusieurs jours. J'ai donc supposé qu'elle était partie. Jamais je n'aurais pu croire à un enlèvement par l'ennemi. »

« Je vous remercie de pour vos explications, Dame Eowyn », dit Gandalf. « Cependant, les éléments ne concordent pas. Si l'ennemi était arrivé jusqu'au campement, vous auriez croisé son chemin. Il ne faut pas non plus négliger la distance séparant le campement du Mordor. Dame Nerëa n'aurait pu parcourir ce chemin en aussi peu de temps, l'ennemi non plus. Et je ne vois pas bien pourquoi Dame Nerëa irait jusqu'au Mordor. »

Le magicien restait perplexe. Une bouffée de tabac fut à nouveau inhaler de travers et il manqua de s'étouffer. Une petite voix se fit entendre derrière eux.

« Nous devrions arrêter de soupçonner autrui, non ? Dame Nerea a été torturée. J'ignore pourquoi, mais les faits sont là. Regardez où nous ont mené les soupçons en ces temps néfastes, aujourd'hui derrière nous. Nous étions si méfiants à l'égard de nos propres voisins que Sauron s'en était servi pour nous duper. »

Eowyn se retourna pour voir à qui appartenait la voix.

'Frodon Sacquet !'

C'était la première fois qu'elle voyait le porteur de l'anneau d'aussi prêt. Le hobbit semblait en meilleur forme, bien qu'au fond de son regard, on pouvait discerner les traces indélébiles laissées par cette quête

Tout le monde baissa la tête, y compris Gandalf.

Le hobbit avait raison.

'Le passé est derrière nous. Nous ne devrions pas recommencer les mêmes erreurs', pensa Eowyn.

« Vous avez pris de la maturité, jeune hobbit, répondit Gandalf avec calme. Je me réjouis de vous revoir parmi nous. »

Quelqu'un toussa dans la pièce. Ils se regardèrent à tour de rôle. Gimli, Eowyn, Legolas, Frodon, Gandalf. Aucun n'avait été pris d'une toux. Tous les regards convergèrent vers le lit. Dame Nerëa avait les yeux mi-clos. Sa toux la faisait convulser, ses mains s'agitaient dans tous les sens comme repoussant un ennemi invisible.

« Je ne dirai rien. Je ne dirai rien », se mit-elle à hurler en sanglotant.

OoOoOo…OoOoO

Vide. Ce fût le mot qui lui vint à l'esprit. Chaque fois qu'Eowyn venait s'enquérir de ses nouvelles, Nerëa regardait le plafond. Elle ne savait pas si son amie était consciente ou inconsciente. Chaque nuit, ses yeux étaient rivés sur ce plafond pierré. Ils étaient tous certains d'une chose : elle vivait. Seule sa poitrine se soulevait régulièrement au rythme de sa respiration. Parfois, celle-ci devenait haletante. Puis elle se mettait à tousser. Ses mains se portaient à son cou. Lors de ses crises, les guérisseuses faisaient sortir tous les visiteurs de la chambre.

Les semaines s'enchaînaient les unes après les autres. Ces crises s'amenuisaient avec le temps, devenant de moins en moins violentes. Eowyn avait espoir qu'un jour, elle pourrait lui parler. Comprendre. Elle voulait comprendre. La dernière fois qu'elle avait vu Nerëa, l'apprentie-guérisseuse s'était mise dans une colère noire. Elle avait semblé de plus en plus tendue les jours auparavant. Mélite lui avait confiée qu'elle dormait peu les jours précédents sa disparition.

Elle souhaitait également éclaircir plusieurs points très obscurs. Qui était-elle? D'où venait-elle? Son accent lui était étranger. Sa manière de parler et de se comporter était singulière. Elle semblait ignorer le protocole, mais pas comme une femme du peuple. Elle avait même cru l'entendre parfois parler dans une langue inconnue. Il ne s'agissait ni de la langue des nains, ni des elfes. Ni un des nombreux patois des Hommes.

Mais comment pourrait-elle amorcer la conversation?

Eowyn approcha le fauteuil à bascules du lit de son amie, un livre à la main. Elle savait celle-ci friande d'histoires de la Terre du milieu, elle venait donc lui conter l'histoire de sa maison. Elle ne savait pas exactement quelles étaient ses attentes puisque son interlocutrice ne semblait pas écouter une seule de ses phrases. Au fond, peut-être espérait-elle assister à son réveil et que les récits n'étaient qu'un motif pour être à ses côtés. Cette fois-ci, elle avait choisi une vieille histoire, celle du Gouffre de Helm, de sa conquête par Wulf l'usurpateur. Comme, à l'accoutumée, Nerëa ne réagissait pas.

Au crépuscule, les guérisseuses entrèrent pour changer les bandages. L'opération étant rapide, Eowyn fut autorisée à rester. Les femmes prirent soin de ne pas toucher à son bras et à sa jambe. Les hématomes étaient encore bien visibles. Sa jambe était même encore noire et en mauvaise état. Une des guérisseuses souleva le haut découvrant ainsi le ventre de Nerea. Elle retira les feuilles qui lui servaient de soin. La blessure semblait se régénérer petit à petit. La plus âgée des guérisseuses, une vieille femme aux cheveux grisâtres, regarda la fille du Rohan.

– L'aspect des blessures est détestable. Mais je ne détecte pas de septicémie. Sa guérison est…. singulière.

– Que voulez-vous dire?

Elle prit une inspiration puis ses yeux verts se dirigèrent vers la patiente.

– Trop rapide, humainement parlant…

Elle fronça les sourcils.

– Personne ne guérit en quelques semaines de membres brisés, Dame Eowyn, continua la vieille femme. Sans compter sa plaie au ventre. En supposant que cette entaille eût été faite la veille, vu son ampleur et la saleté dans laquelle on nous l'a amené, elle aurait dû s'infecter. Or , au contraire, à sa venue, elle commençait déjà à guérir d'elle-même. J'exerce ce métier depuis des années, Dame Eowyn. Je n'ai jamais rien vu de tel.

Surprise par ces révélations, Eowyn ne sut que répondre. Encore un mystère qui s'ajoutait à ses nombreuses interrogations. Elle la remercia à nouveau des soins prodigués et lui demanda de garder le silence.

Après que les femmes soient sorties, elle en profita pour sortir un vieux livre qu'elle avait réussi à sortir de la bibliothèque du Gondor. Il lui restait peu de temps avant de ne devoir retourner à ses appartements.

Le livre, qu'elle tenait entre ses mains, était de ces très anciens manuscrits retranscrits par des hommes à partir des récits elfiques. Elle n'était pas censée être en possession de tels parchemins, mais elle avait souvenir de la demande de Nerea à propos des origines de ce monde.

Elle ouvrit l'ouvrage en question et se mit à lire à haute voix. Elle se trouva elle-même envoûtée par cette histoire. Ilúvatar, les valars Manwë, Ulmo, Varda, Yavanna et Nienna ou encore les Maiar, Uinen, Melian, Arien, Tilion.

'Tant de noms à l'origine de notre monde et dont nous nous étions désintéressés'.

Elle commença son récit par la naissance des Ainurs, puis elle enchaîna sur la création d'Arda par la Grande Musique, de la modification de la forme de celle-ci par Melkor qui désirait inclure ses propres pensées créant ainsi un nouveau thème semé de discordances.

Au nom du Vala Melkor, Eowyn entendit Nerea gémir. Elle détacha son regard du manuscrit. Elle vit les yeux de son amie s'agiter sous ses paupières closes. Nerëa mordait sa lèvre inférieure. Son visage se crispait. Au moins, il y avait une réaction comme elle l'avait espéré.

A nouveau, elle ouvrit son manuscrit mais cette fois-ci au hasard. Elle guettait à chaque mot un mouvement, un geste, une expression de la part de Nerea. Elle continua à nouveau sa lecture: l'apparition des Elfes sur la Terre du Milieu, leur arrivée en Valinor. Elle crut percevoir un léger sourire. Mais ce fût bref ; quand elle entama les guerres du Beleriand contre Melkor, les traits de son visage se contractèrent à nouveau.

Eowyn s'approcha de son amie et s'assit sur son lit. Nerëa n'avait jamais encore émis d'expressions auparavant. La jeune femme prit sa main et se mit à murmurer son prénom.

OoOoOo..Nerëa…oOoOoO

« Nerëa, Nerëa »

Je retrouvais enfin mes sens et pouvais entendre distinctement les sons. Ma vue n'était plus aussi trouble, je me sentais revenir à la vie. Un plafond blanc. Plus de Mamy Beth, plus de forêt sombre. Du blanc.

'C'est parti pour un nouveau monde, c'est ça!?', songeai-je.

« Nerëa »

Je tournai ma tête vers cette voix qui m'appelait. Lorsque je vis de qui il s'agissait, je me sentis apaisée : Dame Eowyn.

Je lui adressai un sourire.

Avant même qu'elle ne me réponde, je replongeai dans un sommeil réparateur.

Trois jours. Depuis trois jours, je réussissais à rester éveillée quelques heures. Je restais la plupart de mon temps avec Dame Eowyn. Ou plutôt elle s'asseyait à mes côtés à me lire des histoires tandis que j'étais assise dans mon lit à contempler l'armoire devant moi.

Je me sentais perdue.

Je n'avais aucune envie de parler.

Aucune envie de communiquer.

Dame Eowyn m'avait raconté dans quelles circonstances j'avais été trouvée.

Je me sentais sale. Violée dans mon for intérieur.

Ma nudité exposée. Le métal froid s'enfonçant dans ma peau. La langue d'orque explorant ma peau.

La faim. La soif.

Ce sentiment d'abandon qui revenait.

Brisée tant physiquement que moralement.

Aujourd'hui, j'ai réussi à sortir.

J'ai descendu tous les escaliers de Minas Tirith à moitié boitillant puis je suis sortie dans la plaine où avait eu lieu la bataille.

Je me suis assise dans l'herbe, les genoux relevés au menton, en position foetale.

Et j'ai pleuré.

Pour quelle raison? Ma trahison? Mon humiliation? Ma vanité? Mon orgueil ?

Ou encore, ma folie ?

Pour rien?

Ce fût Eodred qui vint me chercher à la tombée de la nuit.

– Il faut rentrer, Dame Nerea, me gronda-t-il doucement. Vous allez prendre froid.

Je n'ai pas bougé.

Il passa une main en dessous mes jambes et une dans mon dos puis me souleva.

Je regardai son visage. Il n'était pas si mal en fait, outre son air un peu bourru. Et j'aimais son côté paternel.

Je me lovai dans ses bras et bredouillai un petit mot de remerciement.

Il me regarda, surpris, puis me sourit comme un père sourit à sa fille.

Lentement mais progressivement, je balbutiai quelques paroles à mon entourage.

Celui-ci se résumait à Eowyn et Eodred. Je ne sortais pratiquement pas de ma chambre. Ces deux personnes me suffisaient entièrement pour communiquer.

OoOoOo…OoOoO

Un soir, quelques semaines plus tard, j'eus une visite inattendue. Une des ces visites que l'on n'espère plus. J'allais mieux et Mélite, qui avait été chargée de s'occuper de ma guérison par Eowyn, accepta que la personne entra.

« …vous ne pouvez rester qu'une dizaine de minutes. Elle est restée éveillée toute la journée et l'heure du coucher est proche. », était en train d'expliquer Mélite d'une manière sèche à l'invité qui s'avançait dans la pièce. « Je dois rester avec vous dans cette chambre pendant que vous conversez, comprenez-le bien. »

Je rougis -oui, car, moi Laura qui portait des mini-shorts, je devenais aussi pudique que les femmes de ce monde – et effectuai une légère révérence. En m'inclinant, je regardais mes vêtements, une longue chemise aux tons bruns aux manches étroites qui s'évasait à partir des hanches, surmontée d'un long surcot plus sombre encore. A cinq minutes près, j'étais déjà en pyjama, enfin en pyjama version Terre du milieu.

« Ne vous inclinez pas devant moi, vous m'embarrassez, mon amie. »

Je relevai la tête et fixai le visage de Legolas.

« Merci, merci d'être venu. »

Il alla s'asseoir sur le bord de la fenêtre ouverte et me fit signe de le rejoindre. Mélite retourna sur sa chaise à tricoter des vêtements. Sa présence me génait, je me sentais censurée.

« Je suis heureux de vous voir en bonne santé. »

« Oui, moi aussi. », répondis-je brièvement.

Nous ne nous étions pas vus depuis si longtemps que je ne savais pas comment amorcer la conversation.

« Êtes-vous sortie aujourd'hui ? »

» Non, pas depuis une semaine. »

Embarrassée, je me pinçais les lèvres. Je n'étais vraiment plus habituée à nos conversations, il me fallait être plus sociale.

« Gimli va bien ? »

» Oui, nous nous promenons toute la journée et parlons de nos peuples respectifs. Il se peut que nous allions respectivement l'un chez l'autre pour découvrir les peuples, les cultures… »

Je ne savais pas quoi répondre.

Un silence régna. Legolas regardait les étoiles dehors.

« Je suis désolée. »

Il tourna la tête, l'air surpris.

« Pour quelles raisons? »

« Je…j'ai envie de parler mais …il y a longtemps que je n'ai pas eu une conversation. Une vraie conversation. »

« Vous voir rétablie me réchauffe le coeur, nul besoin de milliers de paroles. »

Je ne répondis pas, posant ma tête sur la pierre. Mon regard se tourna aussi vers le ciel.

La douce voix de Legolas résonna dans la pièce :

« A Elbereth Gilthoniel,

Sillivren penna miriel

o menel aglar elenath !

Na-chaered palan-dîriel

o galadhrem min ennorath

Fanullos, le linnathon

nef aear, si nef aearon »

Je n'avais rien compris mais c'était beau…bien que je préférais le khuzdûl. La langue des nains m'amusait plus. On aurait dit une vieil allemand à la voix rauque essayant de balbutier quelques mots russes.

« A vous! », s'exclama l'elfe, enthousiaste.

« Mais je ne sais ni chanter ni rien! »

« Je vous laisse réfléchir »

Il y avait bien un poème auquel je pensais. Un poème qui m'avait marqué. Quand nous étions au lycée, avec Matthew, nous avions travaillé sur un poème en langues étrangères. Matthew avait été interrogé, il avait récité ces quelques vers avant d'en faire le commentaire. Je ne me souvenais plus du poème dans son intégralité, seulement les derniers vers.

D'une voix nasillarde, loin de l'envoûtement elfique, je récitais ces quelques vers :

« Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux,

Qui réfléchiront leurs doubles lumières

Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique,

Nous échangerons un éclair unique,

Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux;

Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes,

Viendra ranimer, fidèle et joyeux,

Les miroirs ternis et les flammes mortes. »

« Comme c'est triste ! », s'exclama Legolas.

« Pardon ? »

» Ils s'aiment et ils meurent. », répondit-il tout simplement.

« Je ne pensais pas que vous puissiez comprendre le sens de ces paroles immédiatement. »

« Beaucoup de gens ne comprennent pas la poésie », nous fîmes à l'unisson.

Silence timide.

« Si l'être que j'aime venait à disparaître, je voudrais aussi mourir avec lui. », affirma l'elfe.

Je regardais Legolas. Ses pensées étaient souvent similaires aux siennes. Mais je pensais aux paroles de Matthew, je devais faire ma vie, ne pas me laisser aller au désespoir, vivre.

« Non, je ne suis pas d'accord. »

« Comment vivre en ayant perdu une part de son être ? »

« La vie est précieuse, c'est un don. Des âmes meurent sans même voir la lumière du jour. Vous devez vivre… »

« …même si des obstacles vous obstruent le chemin. », acheva l'elfe en baissant les yeux.

Je le regardais, surprise.

« Oui »

Il me dévisagea.

« Parfois, vous me rappelez ma mère. Elle me le disait souvent quand j'étais très jeune. »

« Jeune comme moi ou jeune à la manière d'un elfe? » ironisai-je.

Legolas éclata de rire.

« Non, si l'on se fie aux hommes, plus jeune encore. Même, maintenant, je suis un jeune adulte, comme vous, aux yeux des autres elfes. Mais à cet époque, je n'avais encore que quelques décennies et mon coeur se troublait au moindre aléa. »

« Avec l'âge, vous vous êtes endurci, Legolas…pardon, maître elfe. »

Ma maladresse fit sourire mon ami.

« Oui…mais il y a toujours des choses qui me troublent. »

« Oh, bienvenue dans le cercle ! »

« Quel cercle? », s'amusa Legolas.

« Une expression de mon coin…encore. », soufflai-je tout bas puis je me raclai la gorge.

« Votre parler est très imagé. »

'C'est clair et encore, je ne t'ai pas sorti des expressions du genre les carottes sont cuites.'

Sans réfléchir, j'enchaînais :

« Que signifie Namarië dans votre langue déjà ? »

« Nous utilisons le terme Namarië pour dire adieu à une personne. »

J'étais souvent surprise par la langue elfique car certains mots ressemblaient fortement à la langue que Mamy Beth m'avait apprise. Namasté, très similaire à Namarië, signifiait je vous salue, comme en elfique apparemment. Il était traditionnel qu'en le disant, on joigne les mains à plat devant la poitrine pour saluer des personnes et je retrouvais chez les elfes, une légère inclinaison. Parfois, je me demandais si ce monde n'était pas le passé de mon ancien monde et si je n'avais pas fait un bond dans le temps, le vif d'or faisant office de DeLorean DMC12.

« Et bien…dans mon..patois, le terme namastë existe, il ressemble beaucoup à namarië.

C'est assez amusant ! Comme les langues sont étranges ! »

« Des mots elfiques dans des langues humaines peu utilisées ? »

Face à sa perplexité, j'essayais de ne pas rougir. Je levai le menton et confirmai :

» Oui. Sans doute les conséquences des échanges entre les hommes et les elfes. »

Il baissa les yeux, l'air peu convaincu. Sa bouche se tordit en un rictus comme s'il était en pleine réflexion. Il souffla un oui. Je le fixai. Parfois, j'avais vraiment l'impression que Legolas savait, ou du moins qu'il émettait des doutes sur mon identité, mais que, pour une raison qui m'était inconnue, il cachait ses soupçons.

« Maitre elfe ? »

« Legolas? »

« Oui. Sachez que j'apprécie votre compagnie. »

Je le vis rougir. La dernière fois que j'avais vu un homme rougir autant, c'était Matthew : il avait reçu un message romantique de sa copine en plein repas, rassemblant ses parents, Mamy Beth et moi, et d'autres collègues de Monsieur Young. Avec un peu de chances, mes paroles ne devaient pas avoir le même sens dans ce monde. La boulette ! Un regard vers Mélite, la bouche grande ouverte, visiblement choquée, confirma mes craintes.

« Et celle de Gimli! »

« Hannon le, Dame Nerëa. Je le lui dirai. »

« Nerëa… Rim hennaid »

Legolas rit. Il faut dire que le sindarin avec un léger accent d'hindou, ça tenait du comique.

« J'apprends vite, n'est-ce pas ? » souriai-je, plein de sarcasmes.

« Il vous faut encore apprendre, je le crains. »

Mélite vint se poster devant nous.

« Mon Seigneur, je ne veux vous importuner mais le temps est écoulé. »

Le visage de Legolas s'obscurcit. Il se leva et inclina légèrement la tête.

« Oui, pardonnez-moi. Je vais prendre congé. »

Il se tourna vers moi et poursuivit :

» Je ne pourrais revenir que dans une semaine. Mais Gimli vous visitera, vous avez ma parole. »

J'acquiescai :

« Je ne l'ai pas vu depuis si longtemps… »

Un sourire fugace. Legolas se dirigea vers la porte et l'ouvrit.

« Attendez! », criai-je.

L'elfe se tourna.

« Nama-ariiié! »

Il éclata de rire et ajouta avant de fermer la porte :

« Namarië, ou plutôt Mára mesta ! No ce ammaer ab lû thent a nai haryuvalyë melwa rë, mellon nin ! »

Je ne compris pas mais je fus certaine que c'était gentil.

OoOoOo…OoOoO

Personne d'autre ne me rendit visite, hormis Gimli, le lendemain suivant ma conversation avec Legolas et Gram, deux jours plus tard, pour me passer le savon du siècle. Les hobbits restaient entre eux, le seigneur Aragorn s'occupait des préparatifs de son mariage. Il faut dire que ce mariage, qui devait avoir lieu d'ici une paire de semaines, allait être royalement grandiose.

J'étais en plein écoute d'une histoire d'Eowyn lorsque j'entendis frapper à la porte. Je regardai mon amie et acquiesçai, elle s'adressa à Mélite qui alla ouvrir la porte. Ce fut Eodred qui entra en premier, suivi d'un vieil homme habillé de blanc.

'Oh Gandalf!'

Un cri d'étonnement s'échappa de ma bouche.

« Je suis ravi de vous voir sur pied », déclara Gandalf un sourire en coin.

Décidément, il me faisait penser à Dumbledore venu voir Harry Potter en convalescence chez Mme Pomfresh.

Cette jolie pensée en tête, je lui rendis son sourire.

« Vous avez grandement contribué à ma guérison. Je vous suis redevable. »

Gandalf acquiesça puis son visage changea. Il prit un air grave et fit signe à Dame Eowyn et Eodred de sortir.

'Oh my god, songeai-je, ça va chauffer pour mon matricule'.

Je m'enfonçai dans mon oreiller.

« Ne soyez pas affolée. Je ne veux pas vous effrayer. Vous saviez pertinemment que nous aurions cette conversation. »

Je regardai Eodred fermer la porte derrière Dame Eowyn.

Je ne pouvais plus me faire la belle.

Honteuse, j'essayais de fuir son regard. Son regard gris profond. Il prit un fauteuil dans le coin de la pièce mais il ne le plaça pas près de moi mais en face de mon lit, devant moi, près de l'armoire.

« Nous n'avons pas eu l'honneur d'être présentés dans les règles. »

Je bredouillai une petite formule de salutation.

« Nerëa, Dame Nerëa, si je ne me trompe pas », finit-il par dire après une pause.

« Oui, c'est bien moi », répondis-je à voix basse.

« D'où venez-vous? du Rohan? », me questionna-t-il.

« Oui », affirmai-je.

« Je suis Gandalf, vous le savez déjà à moins que l'amnésie ne vous ait saisie aussi. On me connait également sous d'autres noms : Mithrandir, Tharkûn, ou encore Olórin dans ma jeunesse. J'ai vécu tant de siècles que je ne saurais vous donner mon âge. J'ai vu cette terre changer, les peuples se déchirer puis s'unir, les âges défiler. J'ai voyagé parmi les peuples de la Terre du Milieu. J'ai vécu longtemps parmi les elfes, j'ai offert à maintes reprises mon aide aux hommes, je me suis amusé en compagnie des hobbits, j'ai souvent rendu visite aux nains. Je peux vous assurer une chose. Vous venez autant du Rohan que je viens de la Comté. Et je pourrais même douter de votre identité : Vous n'êtes pas Nerëa du Rohan, le Rohan n'est pas votre patrie. »

Je restais muette, les yeux grand ouverts. J'étais sous le choc.

J'aurais dû m'y attendre, oui. Mais je ne m'y étais pas préparée.

Mes yeux s'embuèrent. Je ne pouvais pas lui avouer.

'Oui, salut Mithrandir, bah je suis Laura Misley. Je viens d'un autre monde qui n'a rien à voir avec celui-ci. Un monde où tu peux vivre une vie virtuelle par des ordinateurs, téléphoner à un pote à 1500 kilomètres de chez toi, où les femmes peuvent se trimbaler en mini short pyjama en se goinfrant de fraises tagada sans paraître étranges. On m'a amenée ici pour vous espionner. Tâche que j'ai accomplie avec du plaisir au début car je pensais être dans le fictif. Et puis, petit à petit, je me suis liée d'amitié avec certains d'entre vous. J'ai changé d'avis et je ne voulais plus rentrer chez moi comme je me sentais très à l'aise dans ce monde primitif mais plus zen et naturel que le mien. Du coup,…'

Non, je ne pouvais pas lui balancer ça en pleine figure. J'avais été une espionne et des gens avaient été morts à cause de mes renseignements : Boromir, un des membres de la communauté, un nombre incertain de soldats lors de notre fuite au gouffre de Helm. Une chose était sûre, si j'avouais mon crime, je n'allais pas m'en sortir indemne.

– Qui êtes-vous?, insista-t-il d'une voix plus grave.

'Nerëa. Laura. Nerëa. Laura. Nerëa. Laura. Laura. Nerëa. Nerëa. Laura. Nerëa. Laura.'

Aucune idée.

Je portais mes mains à mes oreilles, remontant mes coudes à mes genoux. J'avais l'impression d'être protégée dans cette position.

Je murmurai d'une voix presque inaudible en posant mon visage contre mes genoux.

– Nerëa. Nerëa. Je crois que je suis Nerëa.

Je l'entendis soupirer puis se lever. Le bruits de ses bottes sur le sol m'indiquèrent qu'il se dirigeait vers moi.

« Quoique vous ayez fait, qui que soyez, vous n'avez pas mérité d'être torturée. J'aimerais comprendre pourquoi on vous a fait tant souffrir. Sauron ne séquestrerait pas une personne sans aucun motif. Frodon a lui-même été enlevé… Et il y avait une raison. Tout le monde en a conscience. Nous nous demandons tous quel intérêt vous portait-il », me rassura-t-il.

J'enroulai mes jambes dans mes bras tout en serrant le plus possible.

Le mot espionne tournait en boucle dans ma tête.

« Nous parlerons plus tard », finit-il par dire. »Je reviendrai ; pour aujourd'hui, nous en avons fini. »

Je l'entendis s'éloigner puis claquer la porte.

Je restais dans cette position jusqu'à l'arrivée de mon amie Eowyn.


Chapitre 6 : » Les premiers sentiments sont toujours les plus naturels. » |Madame de Sévigné]

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Assis confortablement dans son siège, Elessar Telcontar, autrefois Aragorn le rôdeur, grattait le bois du bras avec son ongle. Il était inquiet. Quelques jours auparavant, par une nuit fraîche de printemps, Gandalf l'avait amené jusqu'au pied du mont Mindolluin pour lui faire quelques confidences et le conseiller avant de partir de la Terre du milieu. Le magicien avait été appelé pour contrer Sauron ; celui-ci étant détruit, il n'avait plus de raisons d'être en ces lieux. Il devait partir. A cette pensée, le jeune roi sentit son cœur se gonfler ; l'amitié entre Gandalf et lui était de si longue date que, pour lui, il lui semblait l'avoir toujours connu. Son ami avait toujours été présent pour l'épauler.

Cette nuit-là, il avait découvert une jeune pousse aux feuilles argentées avec, à son sommet, quelques fleurs blanches et reluisantes dans la nuit : le rejeton de l'Aîné des Arbres. Ce jeune arbre représentait le début d'une nouvelle ère, un Âge dont il se devait d'en construire les bases avec -il l'espérait plus que tout au monde- sa dulcinée, Arwen Undomiel ; mais également la fin du Troisième Age qui emmenait avec lui tout aussi bien son plus grand ennemi que ses amis – le magicien, le peuple elfique et bien d'autres. Quand Elessar revint à la Citadelle pour le planter dans la Cour de la Fontaine, Gandalf l'invita ensuite à parler, loin des regards indiscrets. Là, il lui avait confié ses soupçons sur l'identité de la jeune Nerëa :

« Cette jeune femme a des secrets. Comme bientôt, je serai appelé à quitter ces terres, je vous confie la tâche de les découvrir. C'est à vous seul d'en avoir connaissance », avait dit le magicien.

Surpris, Elessar avait fixé son ami. Ce dernier feignit de ne pas le remarquer, le regard fixé sur l'arbrisseau de la lignée de Nimloth le Beau.

« Au fond de vous, vous savez mais vous ne voulez pas me le confier. Je vous connais. Mais, pour quelles raisons ? », avait deviné le roi.

Le visage de Gandalf s'était animé.

« Certaines choses doivent être découvertes par vous-même. Mon existence tire sur sa fin et cette mission n'appartient qu'à un roi. Elle vous revient donc mon ami. »

Depuis cette nuit, l'esprit d'Elessar ressassait sans cesse cette phrase. Il avait décidé de faire confiance au magicien et d'établir un plan pour découvrir ces secrets qui devaient être très importants pour qu'on lui en confie la tâche. N'étant pas proche de la jeune femme, il avait trouvé la personne idéale en Eodred pour l'approcher. Il savait qu'il s'agissait d'un homme loyal, prêt à tout pour servir son royaume mais aussi d'un homme amoureux, qui souhaitait se rapprocher de la jeune femme.

Sans trop d'efforts -son grade faisant pression de lui-même -, il avait obtenu d'Eomer de garder Eodred auprès de lui. Le jeune chevalier avait très bien reçu la nouvelle ; pour lui, rester auprès du roi était une promotion.

Aujourd'hui, il avait envoyé à Eodred une missive dans laquelle il lui avait demandé de le retrouver au crépuscule dans son salon. Il voulait lui exposer son plan.

Le soleil était en train de se coucher quand on frappa à sa porte. D'un signe de la main, le roi demanda à son chambellan d'ouvrir. Eodred, nerveux, s'avança dans la pièce et effectua une révérence ; toute la journée, il s'était interrogé sur les raisons pour lesquelles le roi l'avait convié. Il vit le domestique sortir de la pièce, le laissant ainsi seul, et refermer la porte derrière lui.

Elessar se leva et salua le jeune homme.

« Ne soyez pas nerveux, je ne suis pas mécontent de vous, chevalier Eodred. »

A ces paroles, les traits d'Eodred se détendirent mais il ne répondit pas. Parler sans l'autorisation du roi était très impoli.

Tourmenté, le roi se mit à marcher à travers la pièce.

« J'irai droit au but. Vous connaissez une jeune femme prénommée Nerëa ? »

« Oui, monseigneur », affirma Eodred, très surpris.

« Êtes-vous…proches ? », demanda le roi en s'immobilisant.

« Nerëa…je..monseigneur, Nerëa est une…une », bafouilla-t-il. « Une connaissance, une simple connaissance. »

« Bien. »

A nouveau, Elessar se mit à faire les cent pas.

« Je souhaiterais vous confier une tâche. Eomer m'a avoué que vous étiez un homme de confiance, discret. Vous êtes donc l'homme que je recherche. »

Eodred se contenta de hocher la tête, il ne comprenait pas où voulait en venir le roi.

« Votre roi passe avant toutes choses ? », poursuivit le roi.

« Oui, monseigneur. C'est ce que m'a inculqué mon éducation dans la chevalerie. Le roi avant la famille, les amis et surtout, notre propre vie », détailla Eodred.

« Votre mission sera de suivre la jeune femme. Je veux savoir ce qu'elle fait, où elle va, son passé, son futur. Je voudrais savoir qui elle est. »

« Qui elle est, réellement ? », précisa Eodred.

Le roi arqua un sourcil. De toute évidence, Gandalf et lui n'avaient pas été les seuls à sentir que la jeune fille n'était pas ce qu'elle prétendait. Mais, quelque chose, en son for intérieur, lui disait qu'elle n'était pas dangereuse. Seulement, pourquoi leur mentait-elle? Pourquoi le magicien voulait que, lui, le découvre ?

« Oui. Cette affaire restera entre vous et moi, chevalier. Rien ne doit sortir. »

Eodred hocha la tête.

« Combien de temps devrais-je m'acquitter de cette mission, monseigneur? »

« Autant de temps qu'il le faudra. Nous devons savoir. »

« Oui, monseigneur. »

« Vous ne devez en aucun cas user de moyens peu conventionnels. La jeune femme devra vous l'avouer elle-même. »

« Bien, monseigneur. »

« Chaque soir, vous viendrez me faire un rapport. A partir d'aujourd'hui, vous devrez la surveiller. »

« Mais comment puis-je la surveiller sans qu'elle s'en rende compte? »

« Vous serez assigné, de ma propre main, à cette tâche. J'irai convaincre son mentor, le guérisseur Gram. »

Elessar se pinça la lèvre inférieure. Il n'aimait pas mentir, et encore moins mentir à un homme respectable. Cette mission secrète, le fait de surveiller une femme, et inventer des fabulations sortaient de son code d'honneur qu'il s'était forgé tout au long de son existence. Cette situation le mettait mal à l'aise.

Mais il était obligé de s'y plier et d'effacer des soupçons que bien des personnes gardaient en elles.

OoOoOo…oOoOoO

Suite à son entretien avec le roi Elessar, Eodred alla prendre l'air dans la Cour de la Fontaine. Bientôt, le mois de Juin arrivait et l'arbre croissait à vue d'oeil si vite qu'il serait entièrement fleuri avant l'été. Quand son cœur était oppressé, le jeune homme aimait se réfugier dans cet endroit. Parfois, il en profitait pour y écrire à son père à Meduseld. Dernièrement, les nouvelles étaient bonnes, son père se remettait de sa maladie. Il devait lui annoncer qu'il ne reviendrait pas d'ici plusieurs mois, que le roi en personne l'avait engagé. Eodred était certain que son père en serait heureux. Il le voyait déjà claironner la nouvelle dans les rues.

Le soleil était couché, il n'avait plus le temps d'écrire.

Le jeune chevalier se dirigea vers des bancs construits directement dans la roche, il avait besoin de réfléchir aux derniers événements, à sa mission, avant de revenir à son logement qu'il partageait avec deux autres hommes par souci pécunier.

Brusquement, il s'arrêta. Sous la lueur de quelques torches, assise en tailleur sur un banc à l'écart de toute présence humaine, il vit une jeune femme aux longs cheveux blonds ébouriffés qui se rongeait les ongles, le regard fixé sur la lune rousse. Eodred sourit : Nerëa était une femme naturelle et simple, c'était une caractéristique qui lui

plaisait beaucoup. Les femmes qui l'abordaient -aussi nombreuses soient-elles- étaient plutôt endimanchées, plus intéressées par un point de tricot que par la lecture.

C'est le sourire aux lèvres qu'il s'approcha doucement de la jeune femme.

OoOoOo..Nerëa…oOoOoO

Les visites se raréfièrent au fil des jours.

Peu à peu, je me remis. Mais, bien que je guérissais sur le plan physique intérieurement, je me sentais vide. L'elfe et le nain m'avaient apporté un instant de bonheur en me visitant mais ce fut éphémère. Leur départ ne datait que de quelques jours mais je ressentais déjà un manque.

J'avais repris mon travail de guérisseuse auprès de Gram qui avait été promu suite à son soutien pendant la guerre et les soins miraculeux qu'il avait apportés à la Maison de Guérison. Le vieil homme avait aussitôt accepté, rien ne le liait à Meduseld ; il avait seulement dû demander l'autorisation. Un de ses disciples le remplaçait désormais auprès de la Cour du palais. Une chambre, tout aussi spartiate que celle de Meduseld, m'avait été donnée dans le château. Au début, je la partageais avec une autre domestique, Vélina, mais celle-ci avait demandé, sans explications, à changer de logement quelques jours après mon installation.

Mélite venait me rendre visite régulièrement. Sous ses airs de vieille Mac Gonagall revêche au chignon trop tiré en arrière, je la soupçonnais d'être inquiète pour ma santé. Je lui avais confié que je saignais souvent du nez et que des rougeurs apparaissaient sur ma peau, j'étais également prise de nausées. La vieille femme m'amenait quelques potions confectionnés par Gram -auquel elle n'avait rien dit au sujet de ma santé- et me les faisait boire. Mais il n'y avait aucunes améliorations.J'avais voulu laisser Eowyn en dehors de ces problèmes. De toute manière, bien que je l'appréciais, je ne restais qu'une domestique à laquelle elle pouvait avouer ses soucis de cœur. Et je préférais me cantonner à ceci. Mélite, quant à elle, était âgée et je savais que sa sagesse serait source de réconfort dans toutes les situations.

Parfois, le soir, je me sentais seule. Le travail me paraissait plus laborieux qu'à Meduseld ; c'était sans doute dû au fait que Gram ne me parlait pratiquement plus. J'avais été mise au placard, réduite à seulement accoucher les femmes. Mes journées se ressemblaient toutes : lever à l'aube, rejoindre Gram, travailler ou étudier -le plus souvent étudier car, à cause des nombreuses pertes de la guerre, le nombre d'accouchement s'était réduit -, rentrer au crépuscule, manger avec Mélite et les autres domestiques, rendre visite à Eowyn et me coucher quand les premières étoiles apparaissaient.

Un soir, alors que je combattais encore contre l'insomnie, je désobéis aux ordres de Gram (il m'était interdit de sortir de mes appartements, une fois la nuit tombée). J'enfilai une cape et me faufilai à pas de loup jusqu'à la grande Cour blanche. Rares étaient les personnes qui sortaient dans la nuit en cet endroit. Les hommes préféraient écumer les bars et les seules femmes, dehors la nuit, étaient du genre peu recommandables.

Je m'installais dans un coin sur un banc et regardais le ciel. Mon corps était épuisé, je me sentais épuisée mais mille choses grouillaient dans mon esprit. Je me posais beaucoup de questions sur mon rêve avec Matthew et ma grand-mère, ma nouvelle existence dans ce monde. Ma plus interrogation restant celle de mon avenir en tant que femme. J'avais beaucoup de mal à y accepter la condition féminine, me sentant en décalage par rapport à celles-ci. Tôt ou tard, Gram devrait me marier aussi et l'idée me dégoûtait. Je ne m'imaginais pas mariée, et encore moins avoir des enfants. Pas avec les hommes qui résidaient dans ce château. Pour le moment, l'idée de me marier ne semblait pas même avoir frôlé l'esprit de Gram et j'en étais très heureuse. Mais, un jour, un homme ou une femme allait le convaincre. J'espérais que ce jour soit le plus loin possible. Peut-être que, d'ici ce jour, j'allais éprouver des sentiments pour un homme, je l'espérais fortement. Mais j'avais conscience que la vie n'était pas un Disney.

« Bonsoir », fit une voix grave.

Je sursautai. Un homme à l'air soucieux, en dépit d'un large sourire affiché, s'avança vers moi : Eodred.

« Bonsoir. »

« Puis-je? », me demanda-t-il en indiquant le banc.

J'acquiesçai et le laissai s'asseoir à mes côtés. Je tremblais, la peur qu'il me dénonce à Gram me terrorisait. Alors que je m'attendais à ce qu'il me jette une de ses remarques cinglantes mais il en fut tout autre :

« Insomnie? »

« Oui, malheureusement. »

« Que se passe-t-il ? »

Sa curiosité m'agaçait, je ne répondis pas et changeai de sujet :

« Vous allez devoir rentrer à Edoras bientôt. Une fiancée doit certainement vous y attendre. »

Il hocha la tête négativement.

« Non, j'ai refusé d'être fiancée il y a quelques mois. Seuls frère et soeur ainsi que mon père m'y attendent. Un ami de mon père le visite régulièrement pour l'aider; J'ai reçu de leurs nouvelles hier. »

« Comment vont-ils? »

« Bien, mon père guérit grâce aux soins que Gram lui avait donnés. »

J'acquiesçai.

« Pourquoi avoir refusé ces fiançailles ? Au moins, une personne serait en permanence auprès de votre père et vous ne seriez plus seul. »

Eodred prit une longue inspiration et me répondit :

« C'est plus compliqué que ça en a l'air, malheureusement. Je ne peux pas. »

« Qui était-ce? »

« Qui? »

« La jeune fille avec laquelle vous auriez pu être fiancée. »

Gêné, le jeune homme se gratta l'arrière de la tête.

« Aelen, la petite fille de Mélite. Vous avez tenté de sauver son cousin Haleth au gouffre de Helm… je vous ai vu… »

Mon cœur se mit à battre à tout rompre.

« Haleth… »

Mes mains se mirent à trembler, j'essayais de refouler le sentiment de culpabilité qui me rongeait. Pendant quelques secondes, je revis la bataille du Gouffre de Helm, les corps éparpillés, les enfants égorgés, les membres manquants. J'entendis à nouveau les cris. J'en ressentis la peur. Et tout ce massacre à cause de moi ; tout ce sang à cause d'une phrase.

« Je vous ai troublé, pardonnez-moi, fit Eodred en fixant mes mains tremblantes que je cachais aussitôt sous mes cuisses. »

« Ça ira… »

« Êtes-vous sûre ? »

« Oui…soufflai-je, peu assurée. »

« Le remords vous ronge et vous rend malade. Soyez plus sereine. »

'S'il savait… si je n'avais rien dit…à…cette chose…si je n'avais rien dit, le gouffre de Helm n'aurait jamais été attaqué et les morts seraient auprès de leurs familles.', pensai-je.

Eodred sembla ressentir mon malaise et changea de conversation :

« Vous avez oublié quelque chose au camps que j'ai gardé avec moi. »

Je le regardai, les sourcils froncés, ne comprenant pas de ce dont il s'agissait.

« Votre besace, je l'ai ici au château. »

Mes yeux s'agrandirent. Ma besace! Je l'avais complètement oubliée et laissée à Dunharrow lorsque j'avais piqué ma colère.

Je fus alors prise de panique en pensant à toutes les affaires qui y étaient restées.

« L'avez-vous ouvert ? », lui demandai-je en agrippant son avant-bras.

« Non, je ne me le permettrai pas, ce sont les affaires d'une dame et il est de mon honneur de ne pas fouiller les affaires d'une femme. Demain, je vous le rendrai en mains propres. »

Rassurée, je lui souris. Heureusement que ma besace n'était pas tombée entre les mains d'hommes sans aucunes valeurs morales comme Eodred…Celui-ci tourna la tête comme gêné et repoussa ma main avec douceur.

« Je suis heureux…de vous voir parmi nous », me confia-t-il.

« Beaucoup nourrissent toujours des soupçons à votre égard, poursuivit-il en détournant le regard. Mais sachez que je suis de votre côté… »

« Merci de m'avoir ramenée, Eodred. Sans vous… »

« Oui, vous me devez la vie, dit-il d'un air hautain, l'air soudainement sûr de lui. »

Il se redressa et bomba le torse comme pour m'impressionner.

« C'est vrai, vous m'avez sauvé, je vous suis redevable. »

Il plongea son regard dans le mien, j'eus un mouvement de recul.

« Je ne vous demanderai qu'une chose… », souffla-t-il. « Un jour, je viendrai réclamer mon dû et vous ne devrez pas le refuser. »

« Cet accord me parait honorable car c'est de ma vie dont il s'agissait. Jamais je ne saurais assez vous remercier… »

Il sourit. Un frisson remonta mon échine, je ne pouvais refuser un tel accord face à son acte ; pourtant, je craignais de devoir faire un sacrifice en échange.

« Marché conclu ? »

« Marché conclu », confirmai-je. « Mais comment lier cet accord ? »

« Demain, je vous apporterai deux exemplaires écrits de cet accord et nous le signerons tout deux. Chacun gardera un accord et le cachera en lieu sûr. »

Je hochai la tête pour affirmer.

« Il est temps de rentrer, Nerëa. Normalement, vous devriez être dans vos appartements. N'est-ce pas le souhait de votre mentor ? »

Étrangement, je ne rétorquais rien. Au contraire, j'acquiesçai comme tout autre femme de ce royaume l'aurait fait.

Eodred me raccompagna à la chambre en silence.

Le lendemain, nous signâmes le contrat et il me remit la besace en mains propres.

Comme prévu.

Je ne revis Eodred que deux-trois fois depuis cette nuit-là. Le mariage d'Elessar allait avoir lieu pour le solstice d'été et tout le monde s'affairait à la préparation de celui-ci. Gram y étant invité, encore un privilège de la Cour, je l'y étais aussi. Eowyn souhaitait que je sois auprès d'elle et avait fait des pieds et des mains pour que sa requête soit acceptée, mais malheureusement -et cela m'arrangeait -, je n'appartenais pas aux Grands et ma place serait à une table réservée aux personnes du même statut que Gram et moi. Un statut entre gens du peuple et Nobles. C'était vraiment ce qu'on pouvait appeler « avoir le cul entre deux chaises ». Ayant vu le plan de tables, j'avais pu observer que ma table était juste à côté de celle d'Eowyn, mais bien plus loin de celle où la Compagnie de l'Anneau était placée.

A quelques jours du mariage, je rejoignis Eowyn dans ces appartements, avec quelques-unes de ses meilleures couturières pour confectionner nos robes. D'après la Dame de Meduseld, je ne savais pas m'habiller ; affirmation que je ne niais pas puisque je savais autant me vêtir avec une robe qu'Eowyn aurait su enfiler un jean et un sweat. Le plus compliqué fut de me faire enfiler un corset ; n'en ayant jamais mis, ma taille était -selon les codes de ce monde- large et, depuis mon retour à Minas Tirith, j'avais pas mal grossi. Trop large du bassin, une poitrine trop petite, des fesses inexistantes : bref, je compris vite que j'étais infiniment loin des canons de beauté. Ça ne me changeait pas de mon ancien monde. Au final, une robe toute simple -budget oblige- avait donné plus de fil à retordre que la merveille qu'Eowyn allait porter. Je restais ensuite auprès de la Dame du Rohan ; elle voulait impressionner son Prince Charmant, un homme que je ne connaissais toujours pas.

Elle me parla de lui, et cela jusqu'au jour du mariage.

OoO..OoO

Il était soleil couchant lorsqu'Eowyn vint me chercher dans ma chambre. Ce soir, c'était le repas de mariage suivi du bal.

Eodred attendait à la porte au garde-à-vous. J'avais remarqué qu'il était de plus en plus présent dans les lieux où j'allais…ou bien, je devenais parano…ou bien…

Les yeux du chevalier étaient rivés sur mon corset.

'C'est moi ou il se rince l'oeil à me mater quel goujat !', pensai-je en lui jetant un regard cinglant.

Sous le regard étonné de la Dame du Rohan, je m'approchai de la porte et la claquai au nez du jeune homme.

Je m'étais habillée et coiffée du mieux que je pouvais. Autrement dit, un chignon à l'arrache et un corset lacé maladroitement. Mélite allait encore me blâmer pour ma tenue vestimentaire mais je m'en contrefichais. Contrairement à d'autres, je n'allais pas au mariage pour rencontrer mon Prince Charmant au sourire dentifrice White Now, arrivant sur son fidèle destrier, cheveux brillants dans le vent.

Ce fut Gram qui vint nous sommer de nous dépêcher.

Quelques minutes plus tard, escorté par Eodred, et Gram de surcroît, nous entrâmes dans la salle des Festins. De longues tables étaient placées en forme de U du côté droit de la salle tandis que l'autre côté était vide et ouvert sur une grande terrasse, illuminée par des centaines de torches. Des bannières décoraient le plafond, je n'en connaissais pas la signification mais toute cette décoration m'impressionnait. C'est à cet instant que je pris réellement conscience de l'importance d'Aragorn. C'était un roi, un Grand Roi, à la manière de Louis XIV. Celui que tout le monde attendait. Son mariage serait celui qui marquerait les mémoires.

Gram me prit le bras et m'indiqua une table.

« Tu dois prendre place là-bas. Je ne serai pas loin si tu me cherches. »

« Mais si je ne vous vois pas? »

Le guérisseur leva les yeux au ciel comme exaspéré.

« Demande à un domestique, voyons. »

« D'accord. »

Je fis signe à Eowyn, en pleine conversation avec de nobles gens, que je m'installais. N'attendant pas sa réponse, je pris place à la table des femmes de mon rang.

Et oui, que pensais-je!? Être à côté de bonhommes à boire du vin et à entrechoquer nos pintes en se bidonnant? Et bien, non. J'avais le droit à la table des femmes. Les hommes, plus nombreux, étaient assis à la première table. Aragorn et Arwen -la reine et le roi ne peuvent être séparés- étaient en tête de celle-ci dominant ainsi l'assemblée. Je pouvais apercevoir Elrond aux côtés de sa fille. J'espérais passer inaperçu à ses yeux durant toute la soirée. Il paraissait à la fois heureux et soucieux comme tout père qui voit sa fille quitter le cocon familial. Me rappelant leur immortalité, je me dis que le départ chez les êtres elfiques devait être d'autant plus difficile qu'ils restaient plus longtemps auprès de leurs parents. De véritables Tanguy ces elfes!

Parmi les plus rapprochés du couple royal, on pouvait apercevoir les membres de la Compagnie de l'anneau. A côté de Legolas, que je fus surprise de voir, se trouvaient ses semblables.

Je remarquai que les nains n'avaient pas été positionnés à côté des elfes par précaution. En effet, Gimli m'avait soufflé que son amitié avec Legolas était une chose innovante. Les nains haïssaient encore plus les elfes. Il m'avait parlé de l'emprisonnement de son père Gloin par le père de Legolas, du mauvais comportement de celui-ci envers les nains. Bref, il en avait dépeint une peinture assez sombre. Cependant, je me demandais si Gimli ne glorifiait pas non plus les nains dans ses récits…

Entre les nains et les elfes, étaient assis les hommes, représentés en grand nombre. J'apercevais quelques visages connus tels qu'Eomer ou encore Faramir, le Prince Charmant et futur époux d'Eowyn.

J'étais à deux tables de la leur.

Des domestiques nous apportèrent des repas. Ce dîner était gargantuesque. A peine servi, je me sentis enveloppée par un air chaud, mélange du parfum des femmes,du fumet des viandes et de l'odeur virile. Les bougies des candélabres nous éclairaient suffisamment. C'était magnifique de voir toutes ces lumières au-dessus de nos têtes : il y avait une note de romantisme dans l'air. Des bouquets étaient alignés sur toute la longueur de la table, et dans les assiettes à large bordure, les serviettes avaient été pliées avec élégance en aile d'ange. Les tranches de lards débordaient des plats; les fruits étaient à profusion dans les corbeilles; plusieurs variétés de poissons étaient étalés.

Je remarquai que Dame Eowyn, sur la table voisine, était juste en face de Faramir. Comme c'était mignon!

Un domestique me versa du vin. Je portais le verre à mes lèvres. L'odeur était exquise, je frissonnai de toute ma peau en sentant le liquide froid dans ma bouche. Rien à voir avec les vins que j'avais connus dans ma précédente vie, dans mon ancien monde. Le vin était gouleyant à souhait, souple et ouvert. L'odeur rappelait la forêt. Yrnya, l'une des domestiques les plus rapprochées, qui m'avait été présentée par Mélite lors de mon installation, dont le passe temps était la couture, me sourit en élevant son vin en hauteur pour juger de sa robe.

« Ce vin nous vient de la forêt Noire. Quel bouquet magnifique, n'est-ce pas? C'est le roi des elfes qui l'a choisi en personne à ce que j'ai entendu dire aux cuisines. »

« Ah, si ce vin pouvait être aussi accessible que ces elfes, gloussa une femme à ses côtés. »

« Voyons, Irsula, ne soyez pas condescendante. Les elfes ont une ouïe fine, vous savez ! », répliqua une seconde.

« Bien que je partage votre avis », ajouta-t-elle en faisant un clin d'oeil.

« Moi aussi », se raillât une troisième.

Yrnya leva les yeux aux ciels.

« Et bien, tant mieux qu'ils écoutent ! j'aimerais bien repartir avec un elfe. Regarde-moi le petit blond là à coté du petit homme. Il parait qu'il est prince et célibataire », reprit une femme, assise aux côtés d'Eowyn.

Au fur et à mesure qu'elles étaient arrivées, Eowyn m'avaient fait un récapitulatif assez bref concernant chaque personne -identité, statut, maison- et je reconnus la jeune et belle Théodora.

Je vis Legolas jeter un regard vers nos tables puis feindre de ne pas avoir entendu. Je me demandais comment l'elfe pouvait garder son calme dans de telles situations. A sa place, la colère m'aurait déjà pris depuis un bout de temps.

« J'ai trouvé une robe pour le bal. Je vous préviens les filles, il sera à moi. Une fois qu'il aura lorgné sur mes atouts », dit la seconde à voix basse, en gonflant sa poitrine.

Les trouvant très indécentes vis-à-vis de mon ami, je serrai le couteau si fort dans ma main pour ne pas m'énerver que les jointures étaient devenues blanches.

Dame Eowyn, alors en grande conversation avec sa voisine, se tourna d'un coup et mit fin à la conversation:

« Mesdemoiselles, je suis au regret de vous annoncer qu'il m'étonnerait fort qu'un elfe de cette stature accorde une danse à une dame ayant abusé de vin. D'ailleurs, on me dit que le bal va bientôt commencer, vous devriez aller vous apprêter à cet effet. »

'Et pan, dans les dents!'

Irsula, Yrnya et Theodora n'ouvrirent plus la bouche du repas et tout sujet concernant les elfes fut banni.

J'échangeais quelques mots avec Mélite qui me forçait à manger.

A la fin du repas -auquel j'avais à peine touché-, Elessar se leva pour annoncer le bal. Il prit par la main sa femme et, tout deux, se dirigèrent d'un pas majestueux, vers la piste. Ensemble, ils formaient le couple idéal. Leurs sourires rayonnaient et se communiquaient aux visages de ceux qui les regardaient. Leur bonheur touchait chacun des invités. Je me sentais heureuse qu'ils soient mariés, bien que je ne les connaisse pas de manière familière.

Ils glissaient sur le sol, le pas élégant, dans un mouvement limpide et magnifique.

Pour ma part, je n'avais jamais vraiment appris à danser, à l'exception sur smutle dans le jeu des Sims. Cependant, je me voyais mal remuer à la manière d'un sims dans un monde qui n'en était encore qu'au classique. La seule personne qui avait réussi à me faire danser n'était plus de ce monde.

Eowyn avait tenté de m'enseigner quelques pas de danse. Mais, à son grand malheur, je n'arrivais pas à en mémoriser un seul. Complètement dépassée par son piètre élève, elle avait fini par me dire de suivre les mouvements de mon cavalier Si j'en avais un. Je croisais les doigts en espérant que ce ne soit pas le cas.

Tout le monde était fin prêt.

Le couple royal avait lancé le bal de la première danse et peu à peu, d'autres couples se joignirent à eux. A première vue, tous les elfes étaient pris. Mais fallait-il s'en étonner?Les hommes et les femmes remplissaient petit à petit le carré de danse jusqu'à le bonder. Je jetais un coup d'oeil à la table des hommes. Elessar devait avoir oublié un léger détail. Les nains, et les hobbits, à cause de leurs tailles ne trouvaient aucunes partenaires. Au passage, je croisai le regard de mon ami le nain, Gimli. Celui-ci me sourit puis se leva. Il s'avançait vers moi. Au plus profond de mon âme, j'eus envie de lui hurler de ne pas avancer, de ne pas m'adresser la parole car je savais pertinemment ce qu'il voulait.

« M'accorderez-vous cette danse, gente dame? », me demanda-t-il en effectuant une révérence.

Je fondais devant tant de galanteries. Gimli était très gentil, je n'arrivais pas -ou faudrait-il dire jamais – à lui refuser quoique ce soit. J'acquiesçai. Il me prit le bras et nous avançâmes sur la piste sous les regard curieux. Je n'allais pas être facilitée pour une première danse dans un bal de mariage mais j'avais confiance en Gimli car il ne m'aurait jamais demandé si ça n'avait pas été possible.

Comme lisant dans mes pensées, Gimli me rassura :

« Ne soyez pas soucieuse. Vous n'avez qu'à vous laisser guider. Nous autres, les nains, ne sommes pas des elfes mais nous savons également danser. Si vous pouviez vous joindre un jour un banquet de nains. Nous mangeons des mets à profusion puis nous dansons pendant des heures et des heures. »

Il repartit de plus belle dans ces récits. Je ne le coupais pas bien que mes pensées étaient ailleurs. Je scrutais chaque visage. Eowyn. Eomer. Elessar. Yrnya. Mélite! (Qui m'étonnait toujours!)

Puis je tombais sur le visage que je cherchais. Sa partenaire avait les joues rosies. Par l'alcool ou par l'effet que produisait son cavalier sur elle, qu'en sais-je? Elle buvait la beauté de son danseur. Il souriait découvrant une rangée de dents blanches parfaitement alignées. Elle se mit à rire de manière nonchalante. Il avait l'air amusé. J'entendis son rire. Son rire mélodieux. Ils se regardèrent dans les yeux. Elle semblait ensorcelée. Il la fit tournoyer sur elle même. Elle posa doucement sa main sur son torse en revenant à lui. Il la rattrapa puis ils se remirent à valser. Elle lui prit une mèche de ses cheveux blonds en lui lançant un regard de braise. C'en était trop, j'arrêtais de regarder.

Elle l'avait eu sa danse avec Legolas, cette garce! C'était celle dont la robe montrait des atours attrayants. Surtout au niveau de la poitrine…

Théodora, fille d'un petit seigneur du Gondor du Sud, je me contrefichais de ses origines, bien que ça attise quelque peu ma haine, mais sa tenue, son impolitesse et son mauvais comportement m'avaient choquée. Je comptais bien lui faire payer à cette pimbêche.

« Je ne comprends pas ce qu'ont toutes ces femmes à vouloir danser avec les elfes. Chez nous, les nains, nous disons qu'il faut s'en méfier, surtout quand ils vous invitent personnellement à danser. Car il peut vous entraîner dans une valse mortelle », dit-il à voix basse. « Enfin, c'est ce qu'on dit. Je n'ai jamais voulu vérifier. »

« Dans ce cas, il va y avoir beaucoup de morts ce soir », plaisantai-je.

Nous passions juste à côté du couple »Legolas-Théodora »quand j'émis cette parole. L'elfe fronça des sourcils et plissa les yeux comme pour essayer de comprendre. Théodora profita de son absence pour lui baiser la joue. Je ressentis une douleur dans le ventre qui me fit louper un pas. L'envie de vomir me saisit soudainement. Je lâchais une des grosses mains de Gimli. Il me demanda ce qu'il se passait. Je ne lui répondis juste que j'avais besoin de prendre l'air puis je pris congé en sortant rapidement de la salle des Festins.

OoO..OoO

Ce n'était pas une douleur normale. J'avais eu la nette impression que quelque chose avait bougé dans mon ventre. Inquiète, je posais une main dessus. Moi qui pensait que tout ceci n'avait été qu'un vilain cauchemar, que ma rencontre avec l'ennemi suprême était factice. Et si ce qu'il m'avait annoncé était vrai? Et si j'étais enceinte moi-même de ma propre renaissance?

Je nageais en pleine science-fiction. Je souris à cette idée car j'étais dans un roman depuis le début.

Toujours nauséeuse, je m'assis sur la courtine entourant les jardins en hauteur de Minas Tirith et dénouai ma crinière jaune paille en arrachant quelques cheveux au passage. Ils avaient beaucoup poussé depuis le début de mon aventure et m'arrivaient pratiquement aux fesses, ce qui avait le don de porter sur les nerfs. Je comptais bien ratiboiser cette tignasse jusqu'aux épaules. Et au diable, les conventions !

Le courant d'air froid, qui faisait fuir cette sensation de nausée, me faisait du bien. J'inspirais à fond. Puis j'expirais. Je mis mes mains en arrière, me arquai puis grossissai la poitrine tout en prenant ma respiration. Comme c'était vivifiant!

Je m'allongeais, en plaçant une main sur mon ventre.

Au bout d'un moment, je me sentis observer. Je tournais la tête. Lui.

« Votre présence a été éphémère ce soir », me taquina-t-il.

Il était la dernière personne à laquelle j'avais envie de parler, j'étais vexée par le fait qu'il ne soit pas venu nous voir dès son arrivée.

« Êtes-vous tourmentée? »

Je hochais la tête négativement.

« Gen suilon, mellon nin ! », fit-il, cherchant à me faire rire.

« Mae Govannen ! », lui répondis-je sans le regarder.

» Que de formalités!*« , rit-il. « Man mathach ? «

Je lui souris simplement.

« Vous pensiez que j'allais omettre de danser avec vous avant que les réjouissances ne se prennent fin.. », souffla-t-il.

Je penchais la tête vers lui en faisant mine de bouder. Nos regards se croisèrent.

« M'accorderiez-vous cette danse, Nerea? », déclara-t-il en me présentant sa main.

Je lui tendis la mienne. Il la prit délicatement. Me sentant gênée, je baissai la tête. Il la releva avec son index m'obligeant ainsi à le regarder. Mes joues se mirent à rougir.

« Placez votre main sur mon bras. Ici. », me commanda-t-il doucement en me montrant.

Puis il m'enlaça au niveau de la taille rapprochant ainsi nos deux corps. Nous joignîmes nos deux autres mains. Le fait de toucher sa peau, même si ce n'était que nos paumes, me parut étrange. Embarrassant mais agréable.

Mon cœur battait si fort que j'avais l'impression qu'il allait sortir de mon corps.

« Mais il n'y a pas de musique », dis-je d'une voix presque éteinte.

Il ne répondit pas. Il bomba un peu le torse pour se tenir droit réduisant une fois de plus la distance qui nous séparait. Je sentais la chaleur de son corps près du mien. J'avais presque envie de me lover dans ses bras. Mais ce n'était pas conventionnel. Je levai les yeux. Ses lèvres étaient légèrement entrouvertes. Je fus prise d'une irrésistible envie de l'embrasser. L'air froid faisait virevolter quelques mèches le rendant encore plus sublime. Ses yeux étaient rivés sur moi.

Ce n'était pas le même regard qu'il avait jeté sur Théodora. Ce n'était pas non plus le regard avec lequel il contemplait les autres femmes. C'était tout autre.

« Fermez les yeux », me demanda-t-il d'une voix douce.

J'obéis. Il commença à me guider. Je me laissais entraîner. J'entendis le vent souffler, le bruit de nos respirations, le grondement du tonnerre dans les plaines du Mordor, le brouhaha émis par les gens dans le château. Oui, il avait raison. Nul besoin de musique.

Je sentais sa main dans mon dos appuyer davantage rapprochant ainsi nos corps. Nous étions pratiquement collés l'un à l'autre.

Legolas me faisait tournoyer sur moi-même, puis nous effectuions des cercles de plus en plus rapidement. J'en avais presque le vertige. Mais je ne lachais pas prise. C'était une danse effrénée, presque singulière. Nous entrelaçâmes nos doigts. J'étais à bout de souffle. Mais je ne voulais pas arrêter. Sa main qui maintenait ma taille descendit petit à petit pour venir se poser sur mes hanches. Je remontai la mienne pour venir caresser son cou.

Je ne sais pas depuis combien de temps nous dansions. Quelques minutes, quelques heures, peu importe. Je ne voulais pas que cette danse prenne fin. Il approcha son visage du mien tout en accélérant encore et encore le tempo.

Je sentais son souffle chaud sur mon visage. Dieu qu'il était encore plus beau de près. C'était inhumain. Il posa son front contre le mien puis ferma les yeux. Je le vis apaisé.

Puis, plusieurs images défilèrent dans ma tête: Théodora l'air enchanté, les airs béats des femmes devant les hommes elfes, le récit de Gimli sur les danses ensorcelées des elfes. Tout devint confus dans ma tête.

« Non », dis-je presqu'en criant.

Je lâchais sa main et m'enfuit le laissant dans l'incompréhension la plus totale.

Il ne me suivit pas.

OoO..OoO

Nous tournions encore et encore. Je ne contrôlais rien. J'étais à sa merci. Puis, la valse s'arrêta d'un coup. Il me considéra de haut. Ses yeux me pénètrent de leur bleu intense. Il m'attrapa par le menton. Il sourit. Il prenait plaisir à me dominer.

Je le regardais mais ne voyais pas son visage.

J'essayai de me dégager. Il m'attira contre lui m'étreignant avec force au niveau du bassin. Je pouvais sentir chaque partie de son corps contre le mien. Il m'enlaça de plus en plus fort. Ses bras se contractèrent sur mon corps si frêle. Sa bouche glissa vers mon cou qu'il couvrit de doux baisers. Je sentais son souffle chaud sur ma peau. Un frisson parcourut mon échine alors qu'il mordillait mon oreille. Je sanglotais.

« Prends-en soin », dit l'homme en posant sa main sur mon ventre.

Je ne pouvais pas fuir. Je hurlais. Mes bras étaient bloqués contre son torse et son emprise était trop ferme. Je me sentais si petite et si impuissante. Je levai les yeux remplis de larmes. Il me lançai un regard empli de perversité. D'un coup, je le repoussai de mes mains.

Je le fuyais.

Mais il fût bien plus rapide que moi. Il me rattrapa puis me plaqua contre un mur avec son corps. Il s'empara de mes poignets tout en les maintenant écartés contre la pierre froide. Il se pencha. Nos lèvres se frôlèrent. Je le repoussais mais il me saisit par les poignets, me ramena contre lui et m'embrassa. Je me débattais mais rien n'y fit. Il lâcha mes poignets puis se saisit de mon corps: une main sur l'omoplate, l'autre en bas du dos. Je ressentais son désir. Et j'avais peur. A chacun de ses contacts, je frémis de plaisir. Le baiser devient de plus en plus intense. Ses mains passèrent sous mon …

Soudain, je me réveillai haletante.. Mon rêve avait été très perturbant d'autant plus que je n'avais pas vu le visage de l'homme.

Mais qu'étais-je en train de penser? Mon dieu, j'avais peut-être un peu abusé du vin la veille. Je me frottai le visage comme si ça allait effacer mes pensées. Et quelles pensées salaces!

Je me souvins d'un de mes cours de philosophie de terminale. Selon la thèse freudienne, le rêve était l'accomplissement d'un désir inconscient. J'émis un rictus, complètement écœurée.

Dehors, le soleil se levait ; je ne devais pas tarder. Même si, ce jour-ci, Gram m'avait mise de repos, Eowyn avait demandé à me voir tôt le matin dans ces appartements.

J'enfilai rapidement mes habits après avoir fait une brève toilette. Avant de partir, comme chaque matin, je devais faire mon lit avant de partir, sans quoi Mélite me rouspéterait après avoir fait son inspection journalière de ma chambre. Je plissais les draps sur le dessus pour avoir un aspect lisse puis en rabattais les côtés. Mais un détail me saisit d'effroi, le tissu de l'oreiller était tâché de sang. Bien plus que d'habitude.

Que m'arrivait-il?

OoO..OoO

J'étais en grande discussion avec Eowyn quand on frappa à ma porte. Nous étions en train de parler de l'indécence des jeunes femmes la veille.

'Tiens, quand on parle du loup', songeai-je en voyant Legolas entrer avec Gimli.

L'elfe se comporta comme si rien ne s'était passé, ce qui m'arrangeait dans un sens. J'étais rouge jusqu'aux oreilles. Le nain prit la parole en premier.

« Veuillez nous excuser, gentes dames. Nous voulons pas vous importuner. »

« Vous vouliez me voir? », demandai-je à Gimli.

Il acquiesçait. puis sourit en direction de la Dame du Rohan, Eowyn.

« Ne prenez pas la peine de vous lever. Nous serons brefs. Cette conversation n'est pas confidentielle. »

Eowyn se rassit aussitôt sur sa chaise.

« Et bien, Legolas et moi avons longuement réfléchi. Nous avons pensé que vous seriez intéressée pour visiter la forêt Noire. Legolas en a déjà parlé à son père. Une femme sera toujours mieux accueillie qu'un nain, c'est indéniable. (il jeta un regard complice en direction de Legolas) Aussi, nous voulions prendre connaissance de votre réponse à notre proposition. »

« Bien sûr, nous n'attendons pas une réponse rapide », s'empressa d'ajouter Legolas. « Dans quelques temps, nous partirons visiter les mines de la famille de Gimli. A ma connaissance, vous préférez plus les forêts que les mines. Bien qu'il parait que les mines des nains sont d'une somptuosité inouïe. Nous reviendrons d'ici quelques mois pour venir vous chercher. Enfin, si vous le souhaitez. »

J'avais quand même la nette impression que l'elfe me tendait la perche.

Je pris la main de Gimli en ignorant totalement l'elfe afin d'esquiver une situation plutôt embarrassante. D'autant plus que le souvenir de la soirée était encore frais dans ma tête…

'Je vous remercie, maître nain. Décidément je me souviendrai toujours de la gentillesse et de la bonté des nains. répondis-je. Je vous ferai connaître ma réponse aussi tôt que possible.'

Gimli rit de bon coeur.

« Nous ne voulons pas vous gêner un instant de plus, mesdames », fit-il en effectuant une légère courbette puis il se dirigea vers la porte.

Legolas, lui, restait planté, confus. Il s'avança vers moi et me prit la main puis la baisa.

« Vous me voyez navré de mon agissement. J'aimerais votre pardon. Je ne voulais pas offenser une femme, » dit-il, la tête baissée.

Je me sentais gênée mais j'étais touchée de son acte. On voyait bien là une éducation de prince!

« Les tourments causés par l'alcool ne vont pas délier notre amitié. Ne soyez pas soucieux mon ami », le taquinai-je.

J'avais pensé qu'il s'agissait de la réponse la plus censée en présence d'Eowyn.

En effet, il ne fallait pas éveiller de vieilles rumeurs indécentes et non fondées. Quoique dans notre cas… L'alcool fût la première excuse qui m'était venu à l'esprit. Cependant, je savais pertinemment que toute cette histoire n'avait aucun lien avec l'alcool, et Eowyn allait le deviner bien assez vite. Pour la simple raison que l'alcool a le même effet sur un elfe qu'un placebo sur un malade. Aucun.

Le sourire aux lèvres, il se leva puis effectua une révérence en plaçant sa main sur son cœur.

« Namárië »

« Namárië… monseigneur », répondis-je froidement, essayant d'ignorer le tremblement de mes mains.

Pendant toute cette entrevue, nous avions chacun éviter le regard de l'autre. Nous avions dépassé les limites de notre amitié.

Tout deux, nous le savions.

Une fois qu'ils eurent quitté la pièce, Eowyn me lança un regard en biais.

J'aurais pu me confier à ce moment-là. Mais, depuis mon emprisonnement, j'avais une légère tendance à la paranoïa. J'étais toujours sur mes gardes. Je lui adressai juste un sourire avant de revenir à notre précédente conversation pour faire diversion.

OoOoOo…oOoOoO

Eowyn avait l'intime conviction qu'il s'était passé quelque chose avec le prince de la Forêt Noire. Elle en fut très étonnée car les elfes étaient réputés pour leurs inaccessibilités. Certes, l'homme pour lequel elle avait éprouvé ses premiers sentiments amoureux, s'était marié avec une elfe. Cependant, ils se connaissaient tout deux depuis si longtemps qu'elle pouvait le comprendre. Mais Nerëa et Legolas… Non, elle ne saisissait pas. Ils ne se connaissaient que depuis quelques mois. Quelques mois ne représentent même pas quelques secondes dans la vie d'un elfe. Comment pouvait-il l'avoir prise en affection? Auparavant, ce penchant ne se remarquait pas. Mais une telle tension s'était sentie à l'instant qu'elle était persuadée qu'une chose s'était passée entre eux. Ça crevait les yeux.

Elle interrogea Nerëa du regard. Mais cette dernière ignora celui-ci et reprit leur précédente conversation. Cette diversion confirmait bien les soupçons de la Dame du Rohan.

Gandalf, voyant qu'elle était proche de Nerëa, lui avait demandé de garder un oeil sur elle. Ils n'avaient toujours pas découvert son identité. En outre, la jeune fille se débrouillait toujours pour détourner la conversation adroitement lorsqu'une personne abordait le sujet.

La princesse et la petite blonde furent à nouveau déranger. Mais cette fois-ci, c'était le chevalier Eodred. Eowyn remarqua qu'il était encore passé chez le barbier -il y allait de plus en plus souvent. Rasé de très près, il paraissait plus jeune. Il avait une mâchoire assez proéminente que l'on ne voyait pas auparavant. Il avait l'allure d'un guerrier.

Elles l'invitèrent à entrer.

« Je suis navré de vous importuner, desmoiselles, « dit-il d'un ton très solennel. « On m'a mandé de vous apporter ceci, Dame Eowyn. »

« Qui vous envoie? », demanda Eowyn.

« Faramir. »

La femme sourit. Elle se demandait bien quel cadeau pouvait encore lui offrir le jeune homme. Elle prit le petit paquet des mains d'Eodred. Il s'agissait d'une petite boîte enroulée dans du cuir et attachée par des lanières. Elle déballa le paquet puis l'ouvrit.

Eowyn plongea les doigts dans la boîte pour en ressortir un met rare. Des fruits confits! Ce met était singulier, réservé aux tables des reines et des rois. Lors du bal, elle avait confié à Faramir qu'elle aimait beaucoup les fruits confits. Cependant, jamais elle n'aurait pensé qu'il puisse s'en souvenir.

« Voulez-vous en goûter, Nerëa? », proposa-t-elle à son amie en lui tendant la boîte. « Ce sont des fruits confits. »

« Il est rare d'en obtenir une boîte entière. Profitons-en! », ajouta-t-elle en lui adressant un clin d'oeil.

« Je vous remercie, Dame Eowyn », répondit-elle en prenant la boîte.

Nerëa prit un des fruits confits puis mordit dedans. Elle pinça les lèvres ; tout le monde n'affectionnait pas les fruits confits.

Eowyn fit signe à Eodred qu'il pouvait prendre congé puis se tourna à nouveau vers son amie :

« Nous pouvons nous appeler par nos prénoms en public, Nerëa », lui suggérai d'un sourire. « Nous nous connaissons. »

« Mais vous êtes une princesse. »

« Et votre amie. »

Eowyn vit Nerëa sourire. Mais, c'était un sourire triste. Son regard avait changé. Elle baissa la tête, nostalgique. La Dame du Rohan se demanda à quoi la jeune femme pensait. Ou bien à qui…

Nerëa leva les yeux et se rendit compte que la princesse l'observait. Son visage changea d'expression.

« Je vous apprécie beaucoup également. Sans vous, je serai certainement perdue, vous savez! », s'exprima-t-elle.

« Voyons, je n'allais pas vous laisser entre des mains masculines ! Parfois ils peuvent avoir des comportements quelque peu…que sais-je…machiste. »

« Oh oui! je ne m'attendais pas à ce qu'ils soient aussi misogynes ! »

Eowyn fronça les sourcils. Que voulait dire Nerëa par « je ne m'attendais pas »? Une fois de plus, il y avait quelques incohérences dans ses paroles.

« Que voulez-vous dire? »

Le visage de Nerëa se rembrunit.

« Comment dire…Il est vrai que j'ai constaté un comportement assez protecteur envers le sexe féminin, dirons nous. »

La princesse ne comprenait toujours pas ce qu'elle voulait dire. Il était normal que les hommes protègent les femmes.

« Peu importe. (Elle soupira) J'aimerais vous confier une chose. »

Eowyn hocha la tête.

« Depuis le bal, j'ai remarqué que les personnes m'observaient sans cesse à mon passage. A l'instant, Eodred m'a lancé un de ses regards de dégoût. Avez-vous connaissance de ce que l'on pourrait bien raconter à mon sujet? »

Surprise, Eowyn écarquilla les yeux. Sa mâchoire se contracta. Elle l'avait également vu sur le visage d'Eodred en arrivant dans la pièce. Lui qui semblait si épris de son amie pourtant. Elle avait été bien surprise. Se pouvait-il qu'il soit également au courant ? Elle ne pensait pas en parler si tôt. C'était… si gênant.

« Vous m'avez dit dit à l'instant être mon amie », continua-t-elle en posant une main sur la mienne. Dites-moi!

Ses lèvres tremblaient. Eowyn ne pouvait pas lui dire. Elle avait peur d'éveiller à nouveau de sombres souvenirs.

Bien entendu si la rumeur était vraie, son amie allait bien s'en apercevoir tôt ou tard, de toute évidence. Elle baissa les yeux et se demanda qui était à l'origine de cette rumeur. Ils n'étaient que très peu à l'avoir vue dans son lit à la Maison de Guérison…

Nerëa posa la boîte de fruits confits sur mes genoux.

« S'il vous plaît », la supplia-t-elle.

Eowyn pesait le pour et le contre. Si elle avait été à la place de Nerea , elle aurait également souhaité connaître les motifs de ces regards . Elle ne souhaiterais pas que son amie la laisse dans l'embarras le plus total.

Mais cette rumeur était si embarrassante.

La jeune femme prit une inspiration, Nerëa était pendue à mes lèvres. Eowyn lui prit la main et la regarda droit dans les yeux.

« Quelqu'un, lors du bal, aurait fait courir la rumeur selon laquelle on aurait abusé de vous durant votre torture. Cette rumeur s'est répandue dans la cité. Tout le monde n'est pas au courant fort heureusement, comme la plupart des invités. Le viol d'une femme, même si elle en est la victime, est perçu comme une honte. On dit aussi que vous êtes enceinte car les femmes disent que vous avez pris des hanches, que vous mangez davantage que d'habitude et que, régulièrement, vous semblez prise de nausées. Bien sûr, ce ne sont que des rumeurs. Certaines femmes comme Mélite et moi faisons fi de pareilles sottises. Nous vous soutenons face à de tels commérages. »

Au fur et à mesure qu'Eowyn parlait, elle voyait son amie blémir.

Avait-elle fait le bon choix?

Quand elle eut fini de parler, elle vit Nerëa se lever puis partir. Sans un mot.

OoOoOo..Nerëa…oOoOoO

'On dit aussi que vous êtes enceinte car les femmes disent que vous avez pris des hanches et que vous mangez davantage que d'habitude'

Cette phrase tournait en boucle dans ma tête comme un leitmotiv.

'On dit aussi que vous êtes enceinte. On dit aussi que vous êtes enceinte. On dit aussi que vous êtes enceinte.'

Cette idée me préoccupait bien plus que la rumeur du viol. J'étais certaine de ne pas avoir été violée donc je n'avais strictement que faire de cette rumeur. Cependant, j'étais plus dubitative quant à ma supposée grossesse.

Pour une ancienne élève en médecine, j'avais un peu pitié de moi-même. Je n'avais pas su reconnaître les signes: les périodes menstruelles manquées, crampes abdominales, perte d'énergie, nausées, l'aversion pour certains aliments (comme les fruits confits!), l'élargissement des hanches.

Une certitude, j'étais de toute évidence enceinte. Je frôlais mon ventre. Je n'avais pas remarqué qu'il s'était petit à petit arrondi. C'était plutôt mignon en un sens.

Néanmoins, je ne pouvais m'attendrir sur cette grossesse. Contrairement aux autres femmes, il s'agissait d'une anormalité. Je grimaçais. J'eus brusquement l'envie de me griffer le ventre. C'était une chose monstrueuse qui était logée derrière cette peau blanche. Logée, nourrie, blanchie. J'exprimais une mine de dégoût.

Que pouvais-je faire ?

Me faire avorter en me frappant le ventre ?

Il y avait une vie en moi et j'avais une conscience.

Me planter le ventre d'un couteau ?

Je n'en avais pas la force.

Me défenestrer ?

Je n'en avais pas le courage, je tenais trop à la vie.

Décontenancée, je m'allongeai sur le lit m'étendant de tout mon long.

Si j'avais bien calculé, je ne pouvais plus faire marche arrière. Je devais être à mon quatrième mois.

Je m'étais encore mise dans une sacrée histoire. Comment allais-je expliquer cette grossesse? Ce n'est certainement pas un orc qui allait sortir. Bien que tout le monde s'y attendait… Qu'allais-je faire? Que devais-je faire? Comment faire face à mes amis ? J'avais la tête remplie d'interrogations.

Je posai ma main sur mon front moite. Un début de migraine. Tous ces soucis me rendaient malade.

Ma mission était terminée. La quête était achevée. Je ne savais plus trop où était ma place. Avais-je une place attribuée d'ailleurs?

Et puis, avec cette chose qui allait débarquer dans ma vie. Ma vie, à la fois courte et longue.

Je devais trouver une solution.

Mais à qui me confier?

Notes :

_ Gen suilon est utilisé pour une personne familière tandis que « mae govannen » s'utilise dans un cadre formel, d'où la private joke elfique ;)