Petite surprise pour patienter jusqu'à ce soir. Avant la nouvelle année, je vous offre un avant-goût de ce que j'ai prévu pour la suite du Prix de l'Immortalité ^^ ! Je publie à la suite car c'est une même histoire et je trouve que c'est dommage de la sectionner. Profitez bien de ce petit prologue qui, j'espère, vous plaira et donnez-moi votre avis ;)
Le nom de cette fiction changera au chapitre suivant en devenant "Sohalia ou la fille d'une Traîtresse".
Cette fiction passera en M dans quelques chapitres.
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TRAHISON(S)
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Sohalia
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Prologue
ou les séquelles du sang empoisonné
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Quelques pistils de pissenlit s'envolaient entraînés par la brise d'automne assez fraîche dans la Fenmarche où s'était installée l'ancienne gouvernante de Minas Tirith. Installée près de la rivière Mering, dans les plaines vertes, entre les Montagnes Blanches et l'Entalluve, le roi Elessar avait fait bâtir une ferme dans laquelle elle vivait avec la petite Sohalia, Talia et son mari, Thaegis Fairtraid. La chaumière principale, construite à base de terre d'argile et de pierres avec un mur en bois, possédait un mur mitoyen à la ferme. La petite dépendance en bois des Fairtraid, érigée plusieurs années plus tard, faisait face à la chaumière, formant ainsi une cour principale fermée par une clôture.
Chaque matin, Mélite faisait le tour des volailles qu'elle sortait dans la cour suivi de près par "Misley", en hommage à l'ancienne identité de Nerëa, son chien de berger qui surveillait la cour, avant de jeter un coup d'oeil à son potager. De son côté, Thaegis, descendant d'une longue lignée de fermiers, était déjà présent dans ses cultures de raisins pendant que sa femme, dans ses derniers mois de grossesse, dormait à poings fermés. Tous vivaient du commerce de l'homme, aidé de la pension mensuelle de Mélite qu'Elessar avait attribuée à cette dernière afin qu'elle s'occupe convenablement de la fille de Nerëa Feyndal. Il s'agissait d'une petite bourse qui lui permettait d'acheter un peu de lait et du linge pour la petite au village voisin. Parfois, l'ancienne gouvernante recevait des missives de son Seigneur qui souhaitait s'enquérir des nouvelles de Sohalia Feyndal. Ces attentions ne surprenaient pas le moins du monde Mélite : après tout, Elessar avait gracié la jeune femme. Nerëa n'était pas morte par décapitation sur la place publique. Non, elle avait été assassinée. A ce dur souvenir, le coeur de la vieille femme se serrait toujours et Misley, qui ressentait toujours cette profonde tristesse, se frottait à elle en jappant pour la réconforter.
Chaque matin, Mélite s'asseyait ensuite dans la cuisine pour manger un petit bout de pain que Talia avait préparé la veille. Du pain et du lait pour déjeuner avant de s'occuper de Sohalia, ce petit bout plein d'énergie et d'enthousiasme qu'elle considérait désormais comme sa fille. Celle-ci, elle ne voulait pas la perdre.
Des dizaines d'années auparavant, elle avait perdu Aelen, sa fille biologique. Assassinée. Une décennie plus tôt, ce fut au tour de Nerëa, une jeune femme aux apparences très étranges et qui avait pourtant adouci son coeur durci par la perte d'Aelen. Elle avait vu dans cette femme un peu de sa fille et tout comme cette dernière, elle avait été tuée. On l'avait retrouvée dans un jardin, la poitrine transpercée par un poignard laissé dans le coeur, vidée de son sang. Le Seigneur Elessar s'était retrouvé à court de mots pour lui expliquer ce qui était arrivé à la jeune femme. On ne savait pas. Une enquête avait été ouverte : on avait interrogé l'entourage de Darius, l'homme qu'elle avait tué ou encore des serviteurs qui lui étaient proches. Les mois suivirent, la nouvelle de la mort de Nerëa la Traîtresse avait parcouru les terres, de peuple en peuple, rendant bien plus de coeurs joyeux en sachant que cette meurtrière et amie du Mal avait été éliminée et pour finir, on avait abandonné l'enquête. En voyant que tout le monde abandonnait pour connaître la vérité, Mélite s'était mise en colère, dans une colère noire. Sa mauvaise humeur s'était ressentie au palais où elle criait sur toutes les domestiques et vociférait jusqu'à pas d'heures. Lorsqu'on lui avait appris que la traîtresse avait été enterrée loin de Minas Tirith, près de la Forêt Noire, la vieille femme avait quémandé une rencontre avec le Roi pour des explications. Ce dernier lui avait expliqué en détails les événements chez les elfes, à Caras Galadhon puis dans la Forêt Noire mais ces histoires n'apportèrent aucunes réponses.
Ne pouvant rester au palais, confrontée chaque jour aux regards biaiseux à l'égard de Sohalia de la part de quelques haineux, cinq ans plus tard, la vieille gouvernante avait fini par implorer le roi de la laisser partir de Minas Tirith. Elessar avait accepté sans douter une seule seconde : Sohalia ne pouvait être éduquée dans une atmosphère aussi étouffante. A cause de son sang, elle serait sûrement écartée dès son entrée dans la société. Aussi, il avait offert son aide à Madame de Puygargues et décidé de verser une pension. En contrepartie, Thaegis Fairtraid lui amenait gratuitement quelques récoltes au château.
Chaque matin, après son repas, Mélite se levait et se dirigeait vers la cheminée pour toucher une des anses de l'urne en terre cuite, posée sur le rebord en pierres.
Un an après l'enterrement de Nerëa, le squelette avait été exhumé pour des raisons de profanation des lieux par l'impureté de son âme. "Foutaises", avait pensé vulgairement l'ancienne gouvernante. Une fois exhumé, on l'avait brûlé. Une personne, dont Mélite ignorait l'identité, avait demandé de récupérer les cendres pour les disposer dans une urne qui fut envoyée par le Seigneur Elessar ensuite. Mélite n'avait aucune idée de qui pouvait bien être cette personne qui pensait encore à Nerëa et à son âme dans l'au-delà mais c'était sans nul doute un bienfaiteur.
Il s'agissait peut-être d'Eodred. L'homme avait été d'un grand soutien à son retour à Minas Tirith autrefois après l'annonce de la mort de Nerëa. Parfois, alors que Mélite pleurait des heures et des heures, il la remplaçait pour garder Sohalia qu'il avait en grande affection. Il l'avait même aidée à transporter ses affaires et celles des Fairtrade quand ils étaient partis de Minas Tirith. Désormais, il vivait dans la maison de son feu père avec une femme nommée Hortensia à Edoras, une couturière que Mélite savait simple d'esprit mais d'une extrême gentillesse, avec qui il avait eu une fils unique, Rob.
Edoras... cette ville lui manquait. L'effervescence matinal du peuple dès le lever du soleil, les bourrasques qui vous décoiffaient, les épaisses peaux qui recouvraient les épaules, ces détails lui manquaient. Elle aimait les Fairtrade, c'étaient des gens particulièrement agréables qui possédaient une joie de vivre peu commune. Talia lui avait été d'une grande aide quand elle prenait la relève pour s'occuper de Sohalia. Mais Mélite souffrait du mal du pays. La guerre était finie et cela faisait bien trop d'années qu'elle avait été arrachée à ses terres. Voir la guerre de ses propres yeux, vivre à Minas Tirith auprès du roi, connaître une vie isolée dans un coin de campagne paradisiaque étaient autant d'expériences qu'elle aurait voulu revivre pour connaître le bonheur présent si on lui avait donné à nouveau le choix. Mais l'ancienne gouvernante se faisait vieille et quand on commence à avoir mal aux os, il vaut mieux se rapprocher des siens et de la ville. De toute évidence, les Fairtrade ne pourraient lui prodiguer les soins nécessaires même avec l'aide du village voisin.
Cela faisait une semaine qu'Eodred lui avait fait parvenir une lettre maintenant. Dans cette lettre, l'homme lui avait proposé de revenir vivre à Edoras. Par de nombreux motifs, il s'était montré plutôt convaincant. Nul doute que le roi Elessar approuverait également ce déplacement mais elle pourrait faire une croix sur sa pension puisqu'elle céderait déjà ses bâtiments à la famille Fairtrade. Ville rimait également avec éducation et sociabilisation, ce dont Sohalia manquait cruellement. La pauvre fille n'avait aucun camarade de son âge et passait son temps avec Misley à courir à travers les vignes de Thaegis. Si elle ne savait pas lire, son langage était plutôt bien développé. Pour son âge, elle usait de mots plutôt recherchés. Seulement, l'enfant ne devait pas rester seule et, comme le lui avait souligné Eodred, que deviendrait Sohalia quand Mélite mourrait ?
La vieille femme avait pensé à la faire adopter mais le Seigneur Elessar le lui avait interdit : Sohalia était une fille de Traitresse aux yeux de la loi et on ne pouvait l'adopter. Son sang était sali par la puanteur de la trahison.
Eodred lui avait donc proposé de s'en occuper avec Hortensia. Sa femme ne lui donnait à présent plus d'enfants et serait ravie d'aider à élever cette orpheline. Mélite savait que le chevalier avait profondément aimé Nerëa et qu'il était le seul à connaître le chagrin réel de la vieille femme. A ses côtés, elle se sentirait moins seule.
Oui, elle devait partir.
« — Regardez qui n'osait pas sortir de sa chambre !, dit Talia qui arrivait dans la cuisine, un grand sourire sur les lèvres. La jeune femme tenait une enfant à la peau brunie par le soleil et aux longs cheveux ondulés sur lesquels Mélite s'était acharné des heures durant pour les rassembler en une même et seule tresse qui descendait jusqu'à mi-mollet.
— Tata Mélite !, la salua la petite en courant se réfugier dans les bras de la vieille femme. Ca va ? Tu es déjà réveillée ! Où est Misley ?
— Dans la cour, Sohalia. Mais avant de le rejoindre, tu manges une pomme avec un verre de lait, lui demanda Mélite en l'embrassant sur le front puis elle se tourna vers Talia qui essayait tant bien que mal de se glisser sur le banc malgré son ventre imposant. Vous êtes blême, Talia.
— Le bébé a beaucoup bougé cette nuit, la renseigna Talia, enfin assise et à bout de souffle avant de croquer dans une pomme qui était posée dans une corbeille dans la table. J'ai eu du mal à fermer l'oeil.
— Je suis sûre que ce sera une petite fille !, s'écria Sohalia. Comme ça, j'aurais une soeur et on pourra jouer dehors.
— Malheureusement, je crains que tu ne sois déjà trop grande pour jouer à des jeux d'enfants avec le bébé de Talia quand celui-ci sera assez grand, commenta Mélite, un petit sourire en coin. Mange donc ta pomme et bois le lait au lieu de dire des sornettes. »
Talia émit un rire léger :
« — Tu pourras jouer à la nourrice avec mon enfant ! Je t'en donne déjà l'autorisation !
— Cool. », répondit l'enfant qui balançait déjà sa jambe par-dessus le banc pour rejoindre Misley.
Les deux femmes présentes froncèrent légèrement les sourcils. Parfois, Sohalia utilisait des mots étranges. Selon Talia, les enfants solitaires se créaient souvent des langues mais Mélite connaissait la vérité, une vérité qui lui était souvent très difficile d'admettre. Pourtant, les réactions de Sohalia ressemblaient de plus en plus à celles de Nerëa. Ces bouts de lettre reçues dix ans auparavant étaient-ils réels ? Cette petite usait-elle de mots de l'ancien monde de Nerëa ?
Après avoir pris un repas, Talia et Mélite se chargèrent d'étendre le linge lavé. Au bout d'une dizaine de minutes, la femme enceinte dût malheureusement s'arrêter et s'asseoir dans l'herbe. Après s'être concerté sur ses inquiétudes sur la grossesse de Talia avec Thaegis, Mélite avait fait envoyer l'homme dans le village voisin pour lui ramener un médecin.
En fin d'après-midi, alors qu'elle veillait sur Talia, Mélite fut réveillée par les aboiements de Misley. Aussitôt, elle se leva, rassura Talia et se précipita dans la cuisine qui donnait sur la cour principale où le chien était enfermé. Debout sur un tabouret, Sohalia, cachée, regardait discrètement par une fenêtre.
« — Tata, il y a un étranger. Thaegis a ramené un étranger !
— Sohalia, je t'ai déjà dit que les personnes du village voisin ne sont pas considérés comme des étrangers. Ce sont des voisins, gronda calmement Mélite avant d'enfiler une laine pour affronter la brise de fin de journée.
— Celui-la n'est pas de chez nous, tata. Il n'est pas habillé comme les voisins et ses yeux sont bleus comme j'en ai jamais vu. »
Piquée par la curiosité, Mélite osa un regard furtif par la fenêtre. En effet, Thaegis aidait une personne à descendre de sa charrette. Le fermier avait l'air admiratif, presque béat devant cet inconnu et la vieille femme devait bien le reconnaître, avec sa cape et son capuchon vert foncé ainsi que ses bottines en cuir, il ne ressemblait pas aux gens qui vivaient dans les alentours. La richesse de ses habits montraient qu'il était de sang noble. Mais que venait faire un noble au fin fond de la Fenmarche ?
Misley, guère social avec les étrangers en général, se montra particulièrement enthousiaste en tournant autour de la personne et en aboyant joyeusement de temps à autre. Il remuait rapidement sa queue et effectuait des petits sauts.
Comme l'étranger lui tournait le dos et n'ôtait pas son capuchon, Mélite se décida à sortir, demandant au préalable à Sohalia de ne pas sortir sans qu'elle ne lui fasse signe.
« — Bienvenue à vous, étranger, quelles nouvelles nous portez-vous ? Pourrions-nous vous offrir un repas ?, salua poliment Mélite tout en se dirigeant vers les deux hommes. Thaegis, ta visite au village semble avoir été bénéfique. »
Lorsque l'inconnu se retourna pour lui faire face tout en ôtant son capuchon, Mélite eut un hoquet de surprise et sa main se posa sur son coeur qui s'était emballé.
« — L'automne est bien plus doux dans l'Ouest. Comme je venais rendre visite à Roi Elessar, j'ai décidé de faire halte par ici. Eru, en ma faveur, m'a fait croisé le chemin de cet homme qui m'a fait connaître votre changement de situation. Mon coeur se réjouirait de voir la fille de Nerëa … »
Il ajouta avec quelques hésitations :
« — Nerëa Feyndal. »
Mélite ne croyait pas ce qu'elle voyait. Ce visage parfait, les yeux bleus dont Sohalia parlait, cette élégance presque surnaturelle. Elle avait sous ses yeux l'elfe, l'un des Neuf Marcheurs, dont l'aventure à laquelle il s'était joint était contée dans tout le pays. Celui qu'elle avait surpris à plusieurs reprises aux côtés de Nerëa avec un nain.
« — Legolas Vertefeuille. »
L'elfe, un sourire en coin, confirma d'un signe de tête. Thaegis, qui avait ramené le cheval dans les écuries, se planta devant eux.
« — Les présentations ont été faites. Mélite, il faut préparer un repas digne de ce nom et le lit. Sacrifions une de nos plus belles poules pour ce soir. »
Legolas eut un mouvement de recul.
« — Vous ne devriez pas vous donner tant de mal, je ne suis qu'un voyageur.
— Vous êtes un seigneur et c'est pas tous les jours qu'on reçoit de belles gens, s'exclama le fermier en l'invitant à avancer. Je vous offre de quoi vous nourrir et vous reposer car voyager de nuit est trop risqué dans ces plaines.
— C'est un honneur de me joindre à vous. Avec grand … »
Mélite attendit une fin de phrase qui ne vint jamais. L'elfe venait de braquer les yeux sur une silhouette postée devant la maison. Son regard sembla soudainement mélancolique. La vieille femme n'eût qu'à tourner la tête pour comprendre : Sohalia venait de sortir sur le pas de la porte pour caresser Misley. Quand l'enfant s'aperçut qu'on l'observait, elle se rappela l'interdiction de sa tata et fila aussitôt à l'intérieur de la bâtisse.
« — Venez, monseigneur. Allons à l'intérieur. Mélite va préparer le repas et je vais vous présenter les lieux. », proposa Thaegis en se grattant l'arrière du cou.
C'est alors que le visage figé de l'elfe se mua en un sourire accueillant.
« — Je vous suis. »
Franchement, ça fait du bien de retrouver ses personnages. Le travail sur l'écriture est plus approfondi, les dialogues sont adaptés aux personnages également.
Je suis sûre que plus d'une sera surprise de la présence importante d'Eodred :)
Je remercie toutes les personnes qui ont reviewé après la fin de cette histoire et celles qui ont mis "Nerëa" en follow et favo !
Joyeuses fêtes, au plaisir de vous avoir retrouvés ! A bientôt !
