Nevra se rappelle de la planète originelle où les dieux, jadis, ont fait éclore la vie. Il se rappelle du Soleil. Il se rappelle surtout de la Lune.
Ah, la Lune ! Le souvenir de sa rondeur pâle et de ses mers grisées est inscrit dans son esprit avec la précision d'une peinture de maître. C'est que les vampires, vous comprenez, ne possèdent pas l'étrange talent qu'ont les mortels pour oublier. De toute éternité – peut-être même après, qui sait ? –, il se remémorera la danse de la Lune et de la Terre, la valse régulière des amantes qui autrefois ne faisaient qu'un.
Sur l'Originelle au satellite unique, la nouvelle lune revient tous les vingt-huit jours. En Eldarya où les lunes sont deux, il faut l'attendre vingt-huit ans.
Nevra adore ces nuits de noirceur où le ciel piqueté d'étoiles semble si proche qu'on croirait pouvoir le toucher du doigt. Tous les vingt-huit ans, il répond présent au rendez-vous des astres. Sous un prétexte ou un autre, il s'éloigne de la civilisation et part se perdre dans les plaines où, jusqu'au lointain horizon, on ne distingue pas une seule lumière autre que celle venue du ciel. Tous les vingt-huit ans, sa silhouette s'imprime dans l'herbe alors que, confortablement allongé, il admire sans bruit l'infini ballet des cieux.
Il le sait pourtant, lui le vampire aux instincts infaillibles, que le Vertige le prendra une nuit de nouvelles lunes, sous le regard indifférent des étoiles brillantes. Il lui faudrait se calfeutrer dans ses appartements, amener une compagne pour se distraire – pas Oëlia, non, peut-être Skri ? – et faire l'amour jusqu'au matin.
Oui, c'est ce qu'il devrait faire. Alors bien sûr, tous les vingt-huit ans, il fait exactement l'inverse.
Il a été sage, autrefois, restreint dans ses actes, prudent dans ses choix. Il a été l'archétype du mentor à la voix paisible et aux yeux vieux comme le monde… Il a été Skotoma, oui, mais maintenant il n'est plus que Nevra.
Skotoma, du grec σκότωμα, nom neutre, troisième déclinaison : τὸ σκότωμα, le vertige.
Des siècles durant, ce fut son obsession. Il en rit quand il y repense : à quoi rime une vie centrée sur l'inéluctable ? Qui gâcherait des décennies à se préoccuper de ce qui viendra de toute façon un jour ?
Allons, Σκότωμα, pauvre idiot ! Quand le banquet de la vie t'offre ses tables chargées de victuailles, pourquoi te préoccuper du vieillard dont les intestins fragiles l'empêchent de savourer des mets trop riches ? Va, vole, vis ! Joue, joute, jouis ! Le Vertige t'emportera bien assez tôt !
Nevra, nom turc, inspiré de l'arabe نورة, nora : la lumière, la lumineuse.
Il se croyait au sommet de la hiérarchie des êtres, surpassé seulement par les dieux. Il se croyait fleur au parfum entêtant, chêne multimillénaire aux branches vigoureuses, étoile au cœur gigantesque consommant à chaque seconde plusieurs centaines de millions de tonnes d'hydrogène…
Il se croyait immense, superbe, puissant.
Il n'était que le proverbial géant aux pieds d'argile. Socrate, en deux questions, a brisé son fragile appui et l'a projeté au sol.
La chute, songe parfois Nevra, n'aurait pas été à moitié aussi douloureuse s'il n'avait pas été lesté de son ego surdimensionné.
Il est tombé plus bas que terre, aux côtés des insectes et des vers qui grouillent dans l'obscurité, et au moment où un vertige qui n'avait rien à voir avec l'immensité des cieux s'apprêtait à l'emporter, un vertige de désespoir et de colère et d'incompréhension, il s'est dit : Yggdrasil qui lie de son tronc les Neuf Royaumes a un jour été arbrisseau.
Je ne suis pas une fleur. Je ne suis… qu'un bourgeon attendant la lumière pour éclore.
Ce mortel a brisé le plafond qui me cachait du soleil. Ma douleur ne vient que d'avoir observé trop soudainement une lumière trop brillante.
Il a inspiré longuement l'air frais du crépuscule.
Je suis… la promesse d'une éclosion.
Tout n'est pas perdu. La Question ne l'a pas détruit. Elle n'a fait que brûler ses œillères, a-t-il soudain décidé. Désormais, il se dévouerait à cette lumière si intense qu'elle l'avait réduit en cendres.
En l'an Trois de la Quatre-vingt-seizième Olympiade, Nevra a quitté l'Originelle pour rejoindre les Neuf Royaumes.
Un millénaire plus tard, il arrivait sur Eldarya.
La nuit la plus sombre est là. Ce soir, les cycles d'Opale et de Cristal, les deux lunes d'Eldarya, se croiseront enfin et jetteront sur la planète un voile de noirceur : ce sera la Nuit Obscure.
Nevra a fait des pieds et des mains pour obtenir un congé.
Ça n'a pas été simple. Miiko a semblé prête à l'attacher au plafond pour le forcer à rester ici, et pendant un instant délicieux, il a cru qu'elle essaierait vraiment – oh, il aurait adoré renverser la situation et plaquer la fougueuse femme-renarde contre le mur…
Hélas, Miiko s'est contrôlée. A croire qu'elle vit dans l'unique but de frustrer son vampirique lieutenant ! Le Feu de Glace est sagement rentré dans sa Lanterne, et Nevra s'est retrouvé la cible d'un déluge de questions.
Oui, il veut sa nuit de congé.
Oui, il sait qu'on aura peut-être besoin de lui en urgence.
Oui, il a bien conscience que ces nuits marquent une recrudescence d'activité de la part des Templiers.
Oui, il sait qui sont les Templiers, il n'est pas ignare au point d'ignorer le nom de leurs ennemis jurés…
Oui, il connaît ses responsabilités en tant que chef de Garde !
Non, ce n'est pas à lui qu'il faut rappeler que les pouvoirs des sorcières et autres nécromanciens sont démultipliés durant cette unique nuit !...
Mais honnêtement ? Il s'en fiche. Un peu plus de mortels mourront avant le lever du soleil ; la belle affaire !
Il part observer les cieux, lui. Il va profiter du spectacle de l'infini. Ses subordonnés devront se débrouiller sans aide : il est un vampire, nom d'un Ocemas, et il a ses priorités !
Bien sûr, il n'a pas dit ça de vive voix. Miiko, si brillante soit-elle, est mortelle, elle aussi, et Nevra a découvert au cours des siècles que les mortels détestent qu'on leur rappelle leur condition. Alors il a gardé ses certitudes pour lui et s'est contenté de sourire.
- Si tu tiens tellement à ce que je reste au QG cette nuit, il y a bien un moyen de…
Le Feu de Glace s'est jeté sur lui avec la voracité d'un démon.
- Dehors ! a hurlé Miiko. J'ai assez à faire sans gérer tes excentricités, espèce de vampire lubrique ! Dehors, dehors,dehors !
- A demain, Miiko chérie ! a lancé Nevra en lui envoyant un baiser par-dessus son épaule.
Un cri de rage inarticulé lui a répondu.
Miiko est sur les nerfs à l'approche de la Nuit Obscure – sa toute première Nuit Obscure depuis qu'elle a fait renaître la Garde d'Eel de ses cendres. Quand il la reverra demain matin, elle l'attaquera probablement à vue, songe-t-il en quittant la cité, et lui reprochera tous les problèmes qu'elle aura rencontrés durant son absence.
Voyons voir, comment détourner la fureur d'une kitsune enragée ?...
Il peut récupérer le morceau de Cristal qui dort au fond de la mer, à sept ou huit kilomètres de la côte. Non, se ravise-t-il aussitôt, ce ne serait pas drôle. Mieux vaut attendre que les Gardiens le trouvent d'eux-mêmes. Quelle tête tireront-ils en réalisant qu'une pièce de leur précieux puzzle se trouvait là, à deux pas du QG, juste sous leur nez ?
Il peut éviter Miiko jusqu'à ce qu'elle retrouve son calme…
Un rire lui échappe. Miiko, retrouver son calme ? Quelle étrange hypothèse ! Leur chef bien-aimée est du genre rancunière. De toute façon, il ne peut pas sécher les RB2HG pendant plusieurs semaines ; il se ferait démettre de son poste. Miiko tient beaucoup à ces réunions bi-hebdomadaires.
Un bébé Pimpel sort à toute allure du terrier. Nevra le regarde s'enfuir comme s'il avait le diable aux trousses. Parmi le vaste peuple des familiers, il n'y a guère que les Dafala nocturnes pour apprécier la Nuit Obscure ; les autres passent la journée qui précède les nouvelles lunes dans un état de panique absolue.
Il est presque arrivé, à présent. Le soleil est bas sur l'horizon. Encore quelques centaines de mètres et l'imposante silhouette de la colline cachera les lumières de la cité. En temps normal, Nevra mettrait bien plus qu'une unique colline entre lui et la ville, mais cette année, il a décidé de ne pas trop s'éloigner de la cité : si les pires craintes de Miiko venaient à se réaliser, si les Templiers attaquaient, il veut pouvoir intervenir en vitesse et sauver les meubles. Il a investi du temps et de l'énergie dans cette Garde, ce n'est pas pour la voir s'évanouir sous l'attaque d'une bande de barbares. En plus, Skri ferait partie de la première ligne de défense en cas d'invasion, et perdre une des Sept mettrait Nevra de très mauvaise humeur.
Ici, ce sera parfait, décide-t-il en sentant sous ses pieds une herbe si épaisse que la plus capricieuse des princesses pourrait dormir dessus. Il ôte ses bottes aux semelles fines et remue les orteils.
Puis, sans plus de cérémonie, il bascule en arrière et se laisse tomber au sol.
Un soupir de bien-être lui échappe. Le soleil, loin à l'Ouest, colore les rares nuages d'un rouge sanglant qui va en s'assombrissant. Nevra joue avec l'idée de se relever, de remonter la colline et de regarder l'astre du jour se coucher derrière la cité d'Eel, puis y renonce. Le spectacle doit être superbe mais Nevra, comme tous les vampires, déteste le soleil. Il ne remontera pas l'observer. Il ne lui fera pas ce plaisir.
Le soleil est trop orgueilleux. Nevra sait bien que c'est, ah, comment disent les mortels ? The pot calling the kettle black ? Non, l'hôpital qui se moque de la charité, mais c'est plus fort que lui : le soleil l'exaspère.
Alors il reste là, allongé paisiblement sur son matelas d'herbe, et regarde les étoiles apparaître une par une.
Le vampire rêve. Au-delà de l'univers, là où vivent les dieux, tout est fait de magie, une magie si pure et puissante qu'elle scintille comme une poudre de diamant, une magie arc-en-ciel aux lueurs chatoyantes qui s'enroule autour du corps des dieux et les habille d'un voile de beauté…
Le vampire se perd presque dans cette vision – presque. Il a un pied dans le vide et au fond du ravin, il peut entendre le chant séduisant du Vertige.
Dans le rêve du vampire, le Temps et l'Espace ne sont qu'un gigantesque objet en quatre dimensions qui les contient tous, mortels comme immortels. Le ciel est une toile étendue autour d'eux que piquent dix, puis vingt, puis trente aiguilles. Par tous ces petits trous de plus en plus nombreux passe la magie de l'au-delà, et c'est elle qu'on voit briller la nuit, ce sont ces trous dans la toile de l'univers qu'on appelle étoiles…
Le vampire rêve, et soudain…
- Nevra ?
Le rêve se brise.
Je la tuerai un jour, siffle une voix furieuse au fond de lui.
L'humaine. Bien sûr que c'est l'humaine. Seul un être parfaitement dépourvu de magie pourrait surprendre un fils de dieux ; seule une petite vermine de la plus basse extraction pourrait s'approcher à la lisière de ses perceptions sans qu'il ne la repère.
Nevra veut plaquer un sourire charmeur sur ses lèvres, mais le sourire glisse comme de l'huile, s'étire péniblement et finit par se tordre en une grimace de dégoût.
Elle est telle le soleil, se dit-il soudain : viscéralement insupportable.
Il lui faut plusieurs secondes pour réaliser que la fille n'est pas nyctalope. Dans une pareille obscurité, elle doit à peine distinguer les contours de sa silhouette, encore moins les détails de son visage. Il abandonne immédiatement sa pathétique imitation de sourire. C'est intolérable ! Il fait l'effort de lui faire bon accueil – de sourire à cet être anormal – et elle n'est même pas capable de s'en rendre compte ! C'est… C'est…
Irrationnel, suggère une voix en lui, la voix qu'il entend parfois depuis deux millénaires et qu'il appelle voix de la Question. Cette violence soudaine ne lui ressemble pas.
Pourquoi la déteste-t-il à ce point ?
- Nevra ? répète l'humaine. Vous allez bien ?
- Oui, ne t'inquiète pas, une faiblesse passagère.
Il devrait jouer son rôle de séducteur, mais une fois n'est pas coutume, ce masque lui paraît insupportable. Il ne peut pas flirter avec cette fille. C'est au-dessus de ses forces. Lui qui bat des cils devant les sorcières et fait les yeux doux aux trolls des marais, le voilà face à un obstacle insurmontable : il se découvre incapable de charmer cette gamine qui n'atteint pas le quart de siècle.
Irrationnel, murmure à nouveau la voix dans son esprit.
Cette voix lui a soufflé de nombreux indices au cours des siècles. Sans doute devrait-il l'écouter… Mais il a beau savoir que son attitude est étrange, Nevra ne parvient pas à dépasser ce dégoût primitif.
- Vous êtes venu admirer les étoiles, vous aussi ? reprend l'humaine. Keroshane m'a dit que sur Eldarya, la nouvelle lune est un phénomène très rare. Je suis heureuse de pouvoir y assister.
Tiens, c'est vrai, ça : que fait-elle dehors ? Y aurait-il là un moyen de se débarrasser de cette présence ô combien indésirable ?
- C'est la Nuit Obscure, déclare-t-il d'un ton sec. Cette nuit, les pouvoirs des créatures maléfiques sont démultipliés. Tu dois rentrer au QG.
- Carinae est plus rapide qu'un blackdog, fait la fille en haussant les épaules. De toute façon, vous ne me laisseriez pas mourir, n'est-ce pas ?
Quelle arrogance ! Pourquoi la protégerait-il, d'abord ? Nevra est un vampire ; il révère la magie. Une vie sans magie n'a aucune valeur, et oh ! Il se trouve justement que cette fille n'a pas de magie !
Mais s'il lui dit ça en face, Miiko sera hors d'elle en l'apprenant. Nevra travaille dur pour éroder les défenses de la kitsune. Hors de question qu'une phrase lâchée sans réfléchir devant une idiote d'humaine réduise à néant ses efforts.
- Bien sûr que non, je ne te laisserai pas mourir, lâche-t-il d'une voix si sucrée qu'elle quitte le domaine des bonbons pour entrer dans celui du diabète.
Et si un blackdog attaque, on verra bien si Carinae, la Crylasm qui sommeille en haut de la colline, parvient à le distancer…
- Ezarel m'a dit de me méfier de vous.
Sale petite humaine répugnante, songe Nevra sans pouvoir s'en empêcher. Non seulement elle lui vole son rival, mais en plus elle remue la dague dans la plaie !
Non, une seconde. Pensait-elle à mal ? Sait-elle seulement qu'il est mon rival ? demande la voix de la Question.
Ou bien cette antipathie inexplicable prend-elle le dessus sur sa raison ?
L'humaine continue :
- Miiko m'a dit la même chose. Keroshane également. Je crois que dans tout le QG, il n'y a pas une seule personne qui ne m'ait mise en garde contre vos talents de séducteur…
- Viens-en au fait, ordonne Nevra.
Ça ne va pas. Il est à visage découvert ; son masque aguicheur gît, abandonné, entre la fille et lui. A chaque fois qu'elle ouvre la bouche, c'est comme si on lui frottait les nerfs au papier de verre. D'où vient cette haine viscérale qui lui donne tour à tour envie de la tuer et de l'éloigner autant que possible ? Elle n'a pas de magie, c'est vrai… Est-ce là une justification suffisante ?
Bien sûr qu'une telle défaillance ne peut être accueillie que par un mépris condescendant ; mais la rage, le dégoût, la fureur qui couvent dans son ventre ?
Quelque chose dysfonctionne en lui. Il ne devrait pas la haïr à ce point…
Non, non, il doit la haïr, mais…
La pensée s'échappe. Nevra tente de la retenir, mais attraper de la fumée à mains nues serait plus facile. Il ne doit pas la… haïr ? Ou le doit-il ?
Il ne sait plus. La pensée s'est enfuie.
Nevra plisse son œil gris. A quoi pensait-il ? Ah oui : qu'il déteste cette saleté de mortelle impertinente. Si l'humaine avait la plus petite sensibilité magique, elle aurait fui depuis longtemps face à l'aura menaçante qu'il n'arrive plus à contenir. Alajéa serait partie il y a plusieurs minutes ; Oëlia aurait tourné les talons dès le début de cette conversation.
Mais si l'humaine avait la plus petite sensibilité magique, Nevra ne ressentirait pas cette haine aussi brutale qu'inattendue.
- Tout le monde m'a dit que vous essaieriez de me mettre dans votre lit, mais depuis mon arrivée, vous ne m'avez pas parlé une seule fois.
- Peut-être es-tu exceptionnellement laide, réplique-t-il sans pouvoir s'en empêcher.
La fille fronce les sourcils.
- Non, conclut-elle après un court instant de réflexion. Je suis dans la moyenne sur Terre et sur Eldarya. A moins que vous n'apparteniez à une espèce aux critères de beauté très excentriques… Non, ce n'est pas crédible, vous ne séduiriez pas toutes les femelles de la Garde si c'était le cas.
Son petit discours l'exaspère encore plus. Se croit-elle intelligente, à débiter ainsi des évidences ?
Attaquons sous un autre angle, décide-t-il. Il renfile à grand-peine ses habits de courtisan.
- Quoi, est-ce que tu as envie de venir dans mon lit ? Tu veux jouer dans la cour des grands, petite humaine ? Fais attention, le méchant vampire pourrait bien te manger…
La fille le regarde sans réagir. Quel adjectif pourrait décrire son expression à cet instant ? Stupide ? Passif ? Non, mieux encore : bovin.
Oui, c'est exactement ça : la fille le regarde d'un air bovin.
- Inutile de faire semblant, j'ai compris que vous ne m'aimiez pas, dit-elle finalement. Mais je ne sais pas pourquoi. Je ne vous ai rien fait… si ?
Tu existes et tu n'as pas de magie, manque répondre Nevra. De son point de vue, c'est largement suffisant. Il craint cependant que l'humaine et Miiko – surtout Miiko – ne voient pas les choses du même œil.
- Etes-vous venu sur Terre ? Avez-vous connu mes parents ? Est-ce que ce sont eux qui vous ont mis en colère ?
Ses parents ? La gamine a lu trop de romans ! Que pourrait-il avoir à faire de ses parents ? Deux pathétiques humains aussi hideux qu'elle, voilà ce qu'ils doivent être !
Le soleil a disparu depuis longtemps. Avec ses simagrées, cette fille est en train de gâcher la Nuit Obscure.
- Je n'ai pas connu tes parents, humaine, dit-il sans plus masquer son agacement. Tu me déplais, c'est tout. Est-il si important pour toi d'être appréciée de tous ?
Sous-entendu : manques-tu tellement de confiance en toi, pour mendier ainsi l'amitié d'autrui ?
L'insulte fait mouche.
- J'ai un nom, vous savez, répond l'humaine d'un ton froid. Inutile d'utiliser mon espèce à tout bout de champ. Appelez-moi juste Régine.
Régine, issu du latin regina : la reine.
Ça suffit, décide Nevra. C'est la goutte qui fait déborder le vase, le manaa qui met le feu au tapis. Ce nom prétentieux lui va bien, à cette fille si prétentieuse, et le vampire réalise soudain que si elle ne part pas très vite, il va perdre le contrôle de lui-même. Elle est juste insupportable. Depuis quand un fils des dieux se laisse-t-il marcher sur les pieds par une gamine ?
- Fiche le camp, humaine. Tu gâches le paysage.
Pendant un instant, il se demande si elle va obéir, puis elle se détourne en soupirant et siffle son Crylasm qui arrive au petit trot.
Femme et familier remontent la colline jusqu'à disparaître. Nevra se laisse tomber sur l'herbe.
Enfin débarrassé de ce parasite. Maintenant, il va pouvoir revenir à la contemplation des étoiles…
