CHAPITRE 7
Dans le bureau de Mélanie, qui ressemblait davantage à une grande salle de sport qu'un office, Kate et Rick se regardaient timidement. Ils avaient enfin échangé sur quelques-uns de leurs désaccords, et même si la situation n'était pas entièrement réglée pour autant , l'air entre eux s'était assaini.
Mélanie, une grande jeune femme blonde d'une trentaine d'années, leur faisait faire un petit tour du propriétaire. La salle était grande, environ soixante mètres carré. Les tons à l'intérieur étaient très modernes, variant entre le taupe, le beige et le rouge sur un pan de mur. Sur le côté droit se trouvaient plusieurs chaises ainsi qu'une armoire. Le côté gauche, quant à lui , était occupé par une sorte de divan, une machine à café trônait près d'un autre siège.
Le bureau blanc de l'assistante de Moore se trouvait au milieu de cette salle, face à deux chaises. S'installant sur son fauteuil, elle leur fit signe de la tête pour leur indiquer de prendre place en face d'elle.
Mélanie était belle….très belle. Ses cheveux ondulaient de façon naturelle jusqu'à mi-dos, ses yeux d'un bleu azur et son sourire accueillant auraient pu la mettre en tête des magazines people d'Amérique.
Installé près de Beckett, Castle repensait à tête reposée à ses dernières paroles sans porter attentions au mannequin qui se trouvait devant lui.
« Tu as été et tu seras toujours plus que ça, Castle »
Que voulait-elle dire par là ? Rick n'était pas idiot même si, sur ce penchant-là de sa vie, il n'était pas le plus brillant, il se doutait bien que ses paroles transcrivaient un peu d'amour ou du moins de sentiments. Mais Kate lui avait tellement fait de mal cette année qu'il n'osait plus croire en eux…Ou à un possible « nous ».
Elle s'était d'abord murée dans son silence pendant trois long mois, sans lui, après son hospitalisation et dernièrement, elle lui avait menti sur la chose qui lui importait le plus au monde. Alors, un peu désabusé par le comportement de cette dernière, il préférait rester malgré tout sur ses gardes, afin de protéger ce qui restait de son coeur.
Kate, quant à elle, était quelque peu soulagée d'avoir enfin pu dialoguer avec Rick sans hurlements, et même sans reproche, et pendant un instant elle avait même entre-aperçu le Castle qu'elle connaissait : attentif et doux, et ce constat lui réchauffa le coeur. Finalement, s'être ouverte en partie avait été bénéfique autant pour lui que pour elle. Elle avait l'impression d'avoir un poids en moins sur les épaules, et même si l'exercice avait été quelque peu périlleux pour elle, à cet instant elle se dit que Lanie avait sans doute raison, cette thérapie leur ferait peut-être du bien.
-Alors, commença Mélanie tout sourire en les sortant de leurs pensées respectives. J'ai discuté un peu avec Randy qui m'a expliqué la session de ce matin. On va travailler là-dessus cette après-midi à partir de quelques exercices.
-...
-Dans un premier temps, on va jouer à un jeu. Je vais vous poser des questions et vous me répondrez, ok ? continua-t-elle pour les mettre en confiance.
-Très bien, sourit faussement Kate qui redoutait la nature des questions.
Les regardant tour à tour, Mélanie se leva pour récupérer deux chaises qu'elle positionna au milieu de la salle.
-Prenez-place, fit-elle en leur montrant leur siège.
Sans un regard, Beckett et Castle s'installèrent dos à dos sur leur chaise respective. Chacun avait un mur en face de lui. L'anxiété était à son paroxysme, et pour détendre l'atmosphère, Mélanie leur demanda gentiment :
- C'est souvent plus facile de ne pas voir son partenaire quand on s'épanche, alors je veux que vous restiez dos à dos pour faciliter l'exercice.
- Ok, murmurèrent ensemble, mais mal à l'aise, les deux partenaires.
-Je veux que vous fermiez les yeux, que vous vous détendiez. Il n'y a pas de mauvaises réponses. On est ici pour avancer ….Lentement, mais sûrement. Ok?
-Oui, répondit Castle les mains entre les jambes, jouant le jeu en fermant les yeux et en tentant de respirer calmement.
Dans le silence, durant quelques minutes, seules leurs respirations animaient la salle. Ils attendaient sagement que la jeune assistante commence l'exercice.
-Alors pour faire simple…on va jouer à « qui est mon partenaire »? Je vais vous poser une série de questions sur votre moitié et vous devrez me donner la réponse la plus exacte possible selon vous. Honneur aux dames, la galanterie avant tout.
-Super, marmonna Beckett qui appréhendait quelque peu ce jeu vérité.
Ils s'étaient un peu rapprochés au chalet, et elle craignait qu'une des questions de Mélanie ne rallume le brasier. Elle pourrait très bien mentir pour apaiser les tensions, si l'une question ne lui convenait pas, mais elle avait à coeur de mettre cartes sur table. Le mensonge n'apportait rien de bon dans leur relation, et Kate en prenait enfin conscience.
-Tout d'abord , j'aimerais que vous me disiez ce que vous préférez physiquement , chez votre mari ?
La première question la prit totalement au dépourvu. Ce qu'elle préférait physiquement chez Castle? Elle avait envie de dire « tout » mais avant de pouvoir répondre, Mélanie rajouta :
-Vous n'avez droit qu'à une seule chose
Fermant les yeux, elle commença à réfléchir à ce qui la faisait la plus craquer chez Rick. Elle se remémora tous les instants ou elle avait failli faiblir pour se fondre dans ses bras , et, finalement, sans trop tergiverser, elle répondit naturellement :
-Ses yeux…J'adore me noyer dans son regard azur…
-Pourquoi ?
-Ses yeux sont le reflet de son âme…ils me disent quand il est en colère, songeur ou simplement heureux.
Sa réponse , mais, surtout le ton doux et sensuel qu'elle avait employé pour la formuler, surprit agréablement Castle. Il n'aurait pu expliquer pourquoi, mais à l'énoncé de sa réponse , il s'était senti comme aimé, ou du moins apprécié, et cette sensation si agréable ne lui avait pas été accordée très souvent ces derniers temps, quand il était à ses côtés.
-Mr Castle ? ….à votre tour
Souriant comme un adolescent à qui on aurait autorisé de fantasmer sur le physique de sa petite-amie, Rick se laissa bercer par les images du corps de Beckett. Tout en elle était un appel au crime selon lui , mais une chose….à part son magnifique fessier , le faisait fantasmer plus que de raisons, alors d'une voix légèrement rauque , il avoua :
-Ses jambes.
-Pourquoi ? demanda Mélanie, intriguée par sa réponse
-Parce que je serai toujours en adoration devant leur longueur et la sensualité qu'elles dégagent quand Bec….Kate marche.
-Vous appelez toujours votre femme par son nom de famille ?
-C'est une habitude…Je l'ai fait pendant deux ans alors c'est resté
-Et ça ne vous dérange pas Kate ?
-Non pourquoi ? fit-elle surprise alors qu'elle souriait encore à la réponse de Rick sur ses jambes
-Vous appeler Beckett met une sorte de barrière invisible entre vous….
-Oh, ne vous inquiétez pas, il sait dire Kate dans les bons moments, rétorqua-t-elle sur un ton amusé, en espérant ainsi clore le débat.
Elle savait pertinemment et surtout depuis qu'ils étaient dans ce camp, que lorsqu'il la nommait par son patronyme, une sorte de distance s'établissait entre eux, mais Rick avait raison, quatre ans à se nommer ainsi ne pouvaient pas se balayer en quelques heures.
Abdiquant devant la réponse de Kate, Mélanie poursuivit l'exercice:
-Très bien, maintenant décrivez-moi en quelques mots votre mari ?
-Il est…, dit-elle en se mordant la lèvre.
-Prenez votre temps
-Il est ….immature, égocentrique…il en est bête à force de se regarder le nombril
-Hey! s'offusqua Rick en se tournant violemment
-Du calme Mr Castle, ré-installez vous et laissez votre femme continuer
-Ben voyons, grinça Rick
-Mais, continua Kate sur un ton doux et affectueux, c'est un père formidable, un fils aimant, et c'est surtout la seule personne en qui j'ai une confiance aveugle. Il est attentionné, adorable, passionné, serviable, et tellement patient avec moi que je me trouve extrêmement chanceuse d'avoir ….un mari…comme lui à mes côtés.
Sa voix faiblissait de mots en mots, certainement surprise elle-même par ses propos. Rick , quant à lui, déglutissait face à autant de tendresse de sa part. Jamais encore, elle ne lui avait avoué tout ça, et après quatre années à l'aimer secrètement , il était ému par les mots employés par Kate.
-Très bien, fit Mélanie en notant sur son calepin quelques lignes. A votre tour, Mr Castle….décrivez-moi votre femme ?
Kate se tendit immédiatement. Elle redoutait ses paroles, surtout après la découverte de son mensonge et les dernières semaines qu'ils avaient passées ensemble à se chamailler tous les deux. Alors la tête basse, les mains entre les jambes, elle écoutait sa sentence :
-C'est la personne …la plus remarquable, la plus frustrante et exaltante que j'ai jamais connue
-Bien
-Et aussi la plus exaspérante, ajouta Rick, taquin
La dernière phrase de Castle la fit sourire malgré elle. Elle était si heureuse, et aussi soulagée, par la description qu'il avait faite d'elle, qu'elle n'entendit pas la nouvelle question de Mélanie
-Mme Castle ?
-...
-Kate ?
-Oui ? Pardon
-Pas de souci. Je vous demandais de me nommer un de ses défauts
-Facile….Enfantin
-Hey!
-Vous voyez ? sourit Kate, heureuse de son effet
-A votre tour…
-Seulement un ? Parce que c'est difficile de n'en choisir qu'un seul, on parle de Beckett, là, bougonna Castle
-Hey!
-C'est qui l'enfant maintenant ? fit-il joyeusement
-Mr Castle, je vous attends, reprit Mélanie, étonnée par leurs enfantillages dignes d'une cour de maternelle.
-Têtue…je pense qu'on pourrait lui décerner un prix Nobel pour ça
-C'est pas vrai , se renfrogna Beckett
-Ah bon? Qui doit toujours avoir raison ?
-C'est faux!
-Tout est compétition avec toi
-Ok ..On commence à s'éloigner de l'objectif, là, temporisa Mélanie
Se scrutant pendant quelques secondes, ils soupirèrent dans un même élan, pour ensuite se ré-installer sur leur chaise.
-Bien, reprenons….Mr Castle , parlez-moi de votre premier rendez-vous ?
-Notre quoi ? fit Rick, surpris.
-Votre premier rendez-vous…ça ne devrait pas être dur, non ? C'est écrit ici que vous êtes ensemble depuis deux ans.
Aux paroles de Mélanie, Kate commença à paniquer à l'idée que Rick fasse voler leur couverture en éclat. Ils étaient tellement focalisés sur leurs problèmes, à vivre cette thérapie pour de vrai, qu'ils en oubliaient qu'aux yeux de tout le monde , ils étaient mariés. Ce qui impliquait obligatoirement le premier rendez-vous, le premier baiser, la première dispute…..Oh mon dieu, pensa-t-elle alors que Rick commençait une explication qui la figea instantanément.
-A la fin de notre deuxième année de partenariat , je l'ai invitée à venir passer le week-end avec moi dans ma maison des Hamptons. Après pas mal d'hésitations, elle a accepté.
Le ton qu'il employa sur la fin était d'une tristesse infinie, comme s'il y avait un regret dans ses paroles.
-Votre premier rendez-vous s'est donc passé dans les Hamptons ? tenta Mélanie, qui le voyait se décomposer par ses souvenirs.
-Non…J'ai été un parfait gentleman au cours de ce week-end là. On s'est simplement rapprochés.
-Dans quel sens ?
Fermant les yeux, Castle se laissa emporter par son imagination, mais surtout sur ses véritables attentes de ce fameux week-end qu'ils n'avaient jamais eu:
-Au niveau de notre amitié.…On s'est rapprochés. Sans boulot pour nous interrompre à tout bout de champ , on est tout doucement devenu plus…..On était amis plus que partenaires. On avançait d'un même pas dans les tâches quotidiennes, telles que la vaisselle , la cuisine , les courses. On n'avait pas besoin de se parler pour comprendre les pensées de l'autre.
_...
-On s'est pas mal baladés à la recherche de coquillages, j'en ai même fait un cadre. On a aussi fait un marathon TV .
-Lequel ? sourit Mélanie, face à ses paroles
-Temptation Lane. Kate adore cette série, murmura Rick alors que Beckett tentait de garder ses larmes pour elle
Elle était émue par le tableau qu'il dépeignait d'eux. Cet homme était tellement formidable qu'elle se maudissait d'avoir pu le blesser en rejetant, en premier lieu, sa demande d'aller dans les Hamptons cette année-là.
-Et après ce week-end ?
-Oh…On est revenus à la réalité. Les meurtres, les enquêtes, soupira-t-il
-Qu'est-ce qui vous a rapprochés ?
-Une alerte à la bombe
-Pardon ? fit, surprise, Mélanie alors que Kate buvait leur soi-disant histoire, un brin rêveuse
-On a bossé sur un possible attentat sur le sol américain , continua Rick, plongé dans ses souvenirs. A un moment donné, on s'est retrouvés coincés dans une sorte de camion frigorifique. On a cru mourir. J'ai cru la perdre…réellement, déglutit-il. Alors je le lui ai dit.
-Quoi? murmura Mélanie, prise dans l'histoire narrée par Rick
-Mes sentiments….Mon amour pour elle
Les souvenirs de ce frigo revenaient comme un boomerang pour Kate. Elle pouvait encore sentir le froid et le gel au plus profond de ses entrailles. Mais l'histoire dépeinte par Rick ne narrait pas la vérité. Ce jour-là…Elle avait failli lui dire…c'est elle qui avait presque avoué ses sentiments. Ce jour-là , elle aurait pu démolir ce mur qu'elle avait construit autour de son coeur….Ce jour-là, elle était prête…Pourquoi ne pouvait-elle plus le faire maintenant ?
-Et c'est après cette enquête, à la fin ….j'ai eu le courage de l'inviter à dîner, ajouta Rick
-C'est…impressionnant et digne d'un roman, fit, admirative, Mélanie alors que Kate déglutissait
-Ouais…., soupira tristement Castle. C'est impressionnant.
Elle revoyait très bien tous les instants que Castle venait de dépeindre et surtout sa fuite du commissariat lors de la fin de l'enquête. Après l'attentat à la bombe, il allait lui proposer quelque chose mais il avait fait marche arrière et était parti. Etait-il parti parce que Josh arrivait ? pensa-t-elle subitement. Tout commençait à prendre forme dans sa tête. Toutes ces occasions ratées qu'ils avaient eues. Séchant une larme au coin des yeux, elle l'entendit terminer :
-Ensuite, on est sortis. On a dîné, elle portait une fabuleuse robe noire. Longue et d'une élégance telle qu'elle aurait pu la mettre pour une soirée à l'ambassade . Ses cheveux étaient relevés en un magnifique chignon…. Elle était à tomber.
Hunt. Il parlait de la robe qu'elle avait portée pour partir sous couverture avec Colin Hunt. Les yeux rougis par la culpabilité, elle murmura à son tour, se laissant emporter dans ce pseudo rendez-vous :
-La soirée était géniale
-Pourquoi, Mme Castle ?
-Parce que…..c'était nous…..simplement nous et pour une fois, il n'y avait pas de non-dits ou de mensonge…. On était simplement Rick et Kate…..et c'était génial.
-Qu'est-ce qui a changé selon vous ? lança Mélanie heureuse de les voir se prêter aussi bien à l'exercice
-Tout, répondirent en coeur Castle et Beckett, peinés.
Près du chalet de Catskill, quelque temps plus tard
La séance avec Mélanie avait touché à sa fin. Ils s'étaient livrés comme jamais auparavant dans toute l'histoire de leur partenariat.
S'apercevant qu'ils étaient tous les deux touchés de revivre ces moments de leur passé, Mélanie avait mis fin à l'exercice, leur donnant rendez-vous le lendemain.
Ils étaient donc libres de leurs mouvements, car en plus d'avoir réussi avec brio leur session, l'assistante de Moore s'était même permis d'annuler leur thérapie du soir, jugeant que leur temps passé à discuter aujourd'hui suffisait amplement.
Castle et Beckett étaient donc revenus au bungalow tous les deux. Au tout début le trajet s'était fait silencieusement, tant ils avaient besoin tous les deux de remettre en perspective leurs aveux mutuels.
L'histoire que Rick avait imaginée pour eux deux avait beaucoup touché et ému Kate. Tout semblait avoir été tellement simple et en même temps magique qu'elle s'était elle-même prise au jeu de son imagination.
Mais en même temps, ils étaient tous les deux conscients que désormais « tout » avait changé. Son mensonge, cette année et les « ratés » dans leur relation les avaient tellement ébranlés que même Kate se demandait si, un jour, ils arriveraient à avoir le genre de relation qu'elle désirait pour eux deux.
Au bout de quelques minutes, perdus dans leurs pensées, elle décida de continuer le dialogue avec lui:
-J'ai beaucoup apprécié ce que tu as dit tout à l'heure
-A quel sujet ? demanda, d'une voix à peine audible, Castle, les mains dans ses poches
-A propos de nous…de cette histoire que tu nous as dépeinte
-C'est mon métier. Imaginer des histoires, rétorqua-t-il comme pour se protéger de nouveau
-C'est vrai, concéda-t-elle. Mais…
-Mais ?
-Autant j'aime notre histoire…..autant celle que tu as imaginée était….je ne sais pas .
-Surréaliste ? sourit Castle, tentant tant bien que mal de cacher sa peine.
Il avait tellement imaginé des tas et des tas d'histoires sur Beckett et lui , qu'il comprenait très bien qu'elle puisse être surprise devant ce qu'il décrivait d'eux. Une histoire d'amour…..Une histoire avec quelques embûches mais une histoire où ils étaient ressortis plus forts…
Une histoire tellement différente de la réalité que Castle commençait à comprendre ses peurs à elle aussi.
Ils étaient tellement différents, elle était consciencieuse et appliquée et lui….Il agissait encore comme un enfant de neuf ans par moments, et malgré tous les sentiments qu'il pouvait avoir pour elle , il se demandait si c'était suffisant désormais. Elle l'avait tellement blessé qu'il était terrifié à l'idée de lui faire de nouveau confiance.
-ça n'a rien de surréaliste, répondit Kate naturellement, en se passant une main dans les cheveux pour cacher sa gêne
-Non ? fit-il, surpris, en s'arrêtant à quelques pas du chalet pour la dévisager
-Non. Pourquoi penses-tu qu'un « nous » serait surréaliste ?
-Alors pourquoi penses-tu qu'on se fourvoie ?
-Parce que…..parce que j'ai peur, avoua-t-elle en baissant le regard au sol
-Peur ? de quoi? De moi ? De nous ? Ou simplement peur d'une relation sérieuse ?
-Peur qu'on implose, Rick
-...
-Si on n'y arrive pas, on perdra plus qu'un partenariat. On perdra une sincère amitié. On ne pourra plus travailler ensemble ou….
-Travailler ensemble ? ricana-t-il
-Oui
- On a déjà perdu tout ça, Kate, répondit-il, peiné qu'elle puisse être inquiète pour le boulot
-Tu crois ?
-Je….je …..
-Dis-moi
-Je ne peux plus revenir au commissariat
-Tu ne peux plus ou tu ne veux plus, reformula-t-elle la boule au ventre
Elle ne pensait pas avoir ce genre de conversation avec lui un jour. Castle était tellement enjoué à chaque fois qu'une enquête se présentait, qu'elle n'avait jamais imaginé pouvoir un jour stopper toute collaboration avec lui.
C'est vrai que la première année de leur partenariat avait été laborieuse et difficile pour elle. Elle avait dû faire face à plusieurs de ses facettes : tantôt attendrissant , tantôt énervant, frustrant , intrusif ou même enfantin, mais finalement, après cette année-là, ils avaient trouvé leur équilibre. Rick savait où était la limite et une franche amitié avait vu le jour. Alors finalement après quatre années passées auprès de lui , il était devenu sa bouée de sauvetage, son meilleur ami…Il était irremplaçable.
Mais aujourd'hui, dans ces bois, un nouveau tournant de leur partenariat se dessinait. Elle venait de lui demander s'il ne souhaitait plus être auprès d'elle, et finalement son silence et son regard fuyant parlaient pour lui.
Une colère monta instantanément en elle. Comment pouvait-il songer à l'abandonner ? Après tout ce qu'ils avaient vécu ? Après leur Always et son « je t'aime » ? Elle savait qu'elle n'aurait jamais dû lui mentir et encore plus alors qu'elle partageait ses sentiments, mais un mensonge pouvait-il sérieusement mettre à mal une relation de quatre ans ?
Et à quoi rimait cette thérapie , alors ? Il semblait jouer le jeu… Elle avait eu l'espoir qu'avec leur session leurs problèmes se résoudraient. Elle se sentait désabusée et perdue, et finalement, perdant patience devant son silence, elle lui déclara froidement :
-Alors pourquoi toute cette mascarade là-bas?
Au ton qu'elle employa, il releva la tête pour la dévisager une nouvelle fois. Pour qui se prenait-elle, à donner des leçons, alors que tout était de sa faute?
-Et toi ? Pourquoi, ne peux-tu pas me dire, pour une fois, ce que tu désires dans cette foutue relation! Pourquoi dois-je être celui qui fait toujours le premier pas ? Vas-y, dis-moi ce que tu désires, Kate, qu'est ce que tu veux? demanda-t-il hargneusement en sachant très bien qu'elle allait fuir une nouvelle fois.
Toi! Elle avait envie de hurler « toi! » mais rien ne sortit. Elle était comme paralysée par la peur de devoir faire ce pas. De devoir exploser ce mur. Et s'il la rejetait ? Et si elle lui avait fait tellement de mal qu'il ne la désirait plus? Fermant les yeux, pour contenir ses larmes et pour cacher sa déception, elle préféra la sécurité au saut dans le vide, et lui répondit plus calmement en espérant l'atteindre d'une autre façon :
-Je veux mon meilleur ami…..je veux pouvoir discuter avec toi de ce qui s'est passé entre nous et trouver une solution.
-Ton ami, hein ? déglutit Rick en faisant un pas en arrière, comme si elle lui avait tiré dessus
-on l'était avant
-ça c'était avant. Avant que j'aie des sentiments ou même avant que tu me mentes !
-Rick , je suis désolée et si tu me laissais une chance de m'expliquer , je…
-Je ne veux pas être ton ami
-Non?
-Non!
-Castle, tu veux réellement commencer une histoire avec moi dans de telles conditions ? Parce qu'on parle de relation intime, là ... demanda-t-elle subitement peu sûre d'elle, en espérant n'avoir pas mal interprété son « non »
-...
-Parce que si c'est ce que tu veux….. Si tu penses qu'on peut réussir à ne pas se déchirer alors qu'on n'arrive pas actuellement à passer une journée sans se hurler dessus, alors je le ferai. Si tu me dis maintenant que tout ce que tu veux c'est un « nous » alors…
-Oh arrête, j'ai bien compris que tu ne souhaitais qu'un partenaire de travail, j'ai compris, je n'ai pas besoin de pitié affective, contra-t-il alors qu'il ne comprenait pas ses propos
-Non, soupira-t-elle lasse. Je veux un avenir avec toi!
-Un avenir ? fit-il véhément
-Oui
-Ah ? Et quel genre d'avenir ?
Elle se sentait gênée de devoir exposer ses envies et ses sentiments comme ça. Elle n'était pas une femme de mots , oh non, elle était plus dans l'action. Mais elle comprenait qu'il puisse nager en eaux troubles. Après tout, ils n'avaient jamais clairement parlé d'une possible relation entre eux, et quand Rick avait enfin osé se déclarer , elle lui avait menti. Alors, Kate comprenait très bien son hésitation et son incompréhension à son sujet, mais elle avait peur, elle était totalement terrifiée.
-Kate, si tu ne me parles pas, on n'avancera pas, continua Rick sans la lâcher du regard.
Dire qu'il était surpris qu'elle puisse imaginer un avenir entre eux était un euphémisme. Lui , qui aujourd'hui avait le coeur en miettes et l'espoir en berne, la toisait en tentant de la comprendre. Que voulait-elle dire par relation ? Une relation professionnelle ? Ou une relation intime ? Il se sentait dans le flou complet.
-Je veux….je…, bégayait-elle en cherchant difficilement ses mots
-Oui ?
-Je veux être ta partenaire, lâcha-t-elle enfin
-Ouais,ça j'avais compris, soupira-t-il déçu une nouvelle fois
-Dans le crime et dans la vie. Je nous veux Rick. Mais..
-Mais ?
-J'ai peur. Parce qu'aujourd'hui, on n'est qu'un champ de bataille.
-...
-Mais si tu me dis maintenant que tu penses qu'on peut y arriver, qu'on peut le faire sans tout faire foirer alors, je serai là avec toi, déclara-t-elle fébrilement en accrochant sa main à la sienne.
La tête basse, il regardait leurs doigts s'entremêler dans un synchronisme parfait après sa déclaration. Elle souhaitait un « nous », elle ne disait pas «non » mais elle avait menti, pourquoi ?
Finalement , elle avait raison, ils étaient tous les deux brisés par leurs non-dits, et même s'il était certain il y a quelques semaines qu'ils seraient extraordinaires ensemble, aujourd'hui, il n'en était plus aussi sûr. Aujourd'hui, lui aussi était terrifié et comprenait aisément que s'ils tentaient quelque chose à cet instant , ils iraient droit dans le mur. Et ils méritaient plus…tellement plus que ça.
-Castle ?
Le coeur de Kate palpitait à cent à l'heure. Elle attendait qu'il lui ouvre aussi son coeur. Elle attentait qu'il lui dise « oui » mais quand il releva la tête, le regard abattu, elle déglutit douloureusement :
-J'ai besoin de temps.
-De temps ?
-Hum. J'ai besoin de temps pour te faire confiance à nouveau, de temps pour ne plus être en colère contre toi…. J'ai besoin de temps pour qu'on se retrouve avant de décider quel tournant prendra notre relation, tenta-t-il d'expliquer sans lâcher sa main
Ils étaient brisés. Leur relation avait implosé et Rick ne pouvait pas s'engager à nouveau sans reconstruire ce qui les liait, avant que son coeur ne lui pardonne son mensonge.
-Kate ? fit-il doucement, alors qu'elle tentait de garder ses larmes pour elle et lâchait sa main, pour s'enlacer sa taille comme pour se protéger de ses mots
-J'ai tout fait foirer, hein ?
-Je….On doit se retrouver , Kate.
-...
-Commençons par être amis, d'accord ? continua Rick, que la détresse de Beckett touchait profondément
-Amis ? sanglotait-elle
-Oui
- Je croyais que tu ne souhaitais pas qu'on soit amis ?
- Je...c'était avant que je ne sache que tu souhaitais toi aussi une relation
-Comment ? murmura-telle désemparée
- Quoi ?
- Comment être amis ? demanda-t-elle perdue alors que sa seule envie était de se fondre dans ses bras
-Heu…eh bien…..comme on fait d'habitude
Au regard perplexe qu'elle lui lança quand elle releva le visage, il sourit, amusé, et s'expliqua:
-On va rentrer,et reconstruire notre relation en reprenant les bases
- Les bases ?
- on va enquêter un peu, hein ?
-Enquêter ?
- Tu joues au perroquet ?
- Castle, grinça-t-elle en le fusillant du regard
-On va reprendre les bases de notre amitié. Alors on va enquêter, c'est un domaine dans lequel tu excelles et je me trouve pas trop mal non plus. Ensuite, poursuivit-il devant un léger sourire de sa part, on va dîner et discuter de tout et de rien. Je vais t'exaspérer et tu vas râler
-J'aime bien ça, fit-elle en séchant une larme sur sa joue comprenant enfin ou il désirait en venir
-Quoi ? Que je t'exaspère ?
-Non , passer du temps avec toi, avoua Kate franchement
-Moi aussi, on pourra peut-être même se faire un marathon de films
-Y a pas de télé , là-bas
-Quoi! s'exclama-t-il, feignant d'être outré, ce qui la fit rire. Mais que font alors tous ces couples le soir?!
-Sérieux ?
-Eh bien…., heu….on trouvera bien comment s'occuper, fit-il un peu gêné, sous son regard affectueux .
-Oui, on trouvera bien
-Alors tu viens ? demanda Rick en lui montrant le chalet de la tête
-Castle, attends
-Oui ?.
- Je…je…, soupira-t-elle frustrée
-Tu ?
-Tu crois qu'un jour j'arriverai à te le dire ? demanda-t-elle, tremblante, constatant qu'elle n'arrivait pas à lui dire un simple « je t'aime »
Comprenant le fil de ses pensées, il lui répondit sur un ton doux :
-Espérons
-Espérons ?
-Hum…que tu te sentes assez en sécurité pour le faire.
Les yeux dans les yeux, ils débutèrent une de leurs conversations silencieuses, et pour la première fois depuis des semaines, malgré leurs yeux rougis , ils entrevoyaient enfin une lueur d'espoir.
Chrisfancaskett: bon ils se sont ouvert à l'un à l'autre. Ils regardent dans la même direction désormais. Maintenant un peu d'enquête, un diner, une douche et un dodo.
Caskettshipper31: Pas les réconcilier trop vite ? Ok...alors je vois que je ne suis pas la seule sadique mdr..
Chris65: J'espère que ce chapitre t'aura plus. Trois chapitres cette semaine, je suis fiere ! Merci surtout à vous pour vos commentaires qui me poussent à écrire plus vite
Caskett13080: Je te remercie d'avoir pris le temps de commenter . Je sais que par moment c'est difficile de tous concilier alors MERCI
julie91: Bon, ben là, personne ne les a interrompus...place à la soirée;
Laetitiafw: Ils s'améliorent tu as raison. Maintenant on va retrouver la base pour trouver notre Caskett au bout du chemin
Rhane : La nuit approche, avec l'enquête mais le diner, la douche et ...le lit. Alors ou est-ce que Rick va dormir ?
virgine pascual:Tu as raison , se sera plus léger dans le prochain chapitre
Aurélie: C'est Castle qui se retrouve avec un mur. Mais Kate ne baisse pas les bras
AlwaysCaskett3012: Et voilà une partie des exos sont dévoilés...les prochains seront dirons-nous...plus physique ^^
Pau974: Castle écoute mais il est blessé alors c'est lui qui demande du temps désormais
