Disclamer : L'univers et les personnages Saint Seiya sont copyright Masami Kurumada/Shueisha, Toei Animation Co. Ltd and Shonen Jump. L'univers et les personnages Saint Seiya : The Lost Canvas sont copyright Shiori Teshirogi/Akita Shoten, TMS Entertainment LtD and Weekly Shonen Champion. L'univers et les personnages Saint Seiya : Episode G sont copyright Megumu Okada/Akita Shoten and Champion Red.
Note de l'auteur : Je tiens à préciser que ce chapitre a été écrit il y a environ trois ans et demi et que les ressemblances que d'aucun pourront établir entre certains éléments de ce treizième chapitre et les derniers chapitre en date de Saint Seiya ~ Episode G - Assassin d'Okada sont tout à fait fortuits. Je me surprends effectivement parfois — comme d'autres auteurs que je connais — à me dire que certains endroits de mon cerveau sont branchés avec celui d'Okada (ma surprise quand j'ai vu un certain personnage en tant que Pope).
Mais assez parlé de ça, place au chapitre. Navré pour le retard à ceux qui me continuent de suivre cette histoire, en espérant que ce chapitre vous plaira.
Chapitre 13
Manoir Kido, Japon – printemps 20**
Un poing lancé à toute allure perça les brumes à l'entour. Pris de vitesse, Seiya ne parvint pas à se dégager à temps, écopant d'une éraflure qui courut le long de sa joue. Assise sur la branche d'un arbre duquel elle suivait le combat, Marine ne put retenir un cri d'étonnement devant cette nouvelle démonstration de la puissance d'Aiolos, que les années n'avaient en rien affaibli. A l'époque déjà, ils étaient peu nombreux à pouvoir faire jeu égal avec le Sagittaire – quant à lui faire mordre la poussière. Non, ce ne serait sans doute aujourd'hui que Seiya parviendrait à lui tenir tête, dévoré qu'il était par ce cosmos qui se déployait, intact.
Marine vit le jeune Pégase tenter de réprimer la crispation de son visage, ce qui n'échappa pas à Aiolos qui ne l'en pressa que plus de coups qu'il continuait de parer avec difficulté, laissant certains s'insinuer dans sa garde déjà débordée. L'évolution de Seiya était pourtant visible et avait suivi la tendance naturelle induite par l'intensification des entraînements. Il aurait pourtant fallu plus que des progrès soudains et une maîtrise encore imparfaite du Septième Sens pour tenir tête à un Chevalier aussi expérimenté qu'Aiolos. Malgré ses efforts, le rapport de force se faisait voir comme en plein jour, implacable, cruel, mécanique.
Le pied de Seiya glissa sur l'herbe encore humide du matin et Marine vit sa bouche se tordre en un juron. Son corps s'affaissa, perdit une partie du précieux équilibre qui lui permettait encore de se maintenir vaille que vaille. Aiolos, lui, n'éprouvait aucune gêne à se mouvoir et se dresser devant lui.
Le poing d'Aiolos fusa vers le bas-ventre du jeune homme qui amorça un geste rapide pour parer cette attaque avant de comprendre, trop tard, qu'il s'agissait d'une feinte. Un pied se projeta vers son visage, protégé par son avant-bras qui, par quelque extraordinaire, s'était levé à temps. La puissance du Sagittaire était toutefois telle qu'il s'envola sur quelques mètres avant de se retrouver au sol, le visage enfoncé dans l'herbe fraîche et la terre molle qui épargna ses os.
A peine Seiya se remettait-il de son choc qu'Aiolos, déjà, fondait de nouveau sur lui. Avec, dans son cosmos, une violence telle que Marine elle-même la ressentit, au même titre qu'elle perçut chaque muscle du corps de Seiya se tendre pour encaisser le choc à venir. Au dernier moment, pourtant, il parvint à reprendre le contrôle de ses membres et effectua une roulade précipitée qui évita à sa cage thoracique d'être enfoncée par le talon d'Aiolos.
Il continua de rouler sur quelques mètres avant de parvenir à se remettre sur ses deux jambes, chancelantes, Aiolos toujours à sa poursuite. Il y avait malgré tout dans son regard quelque chose de différent, comme une lueur de clairvoyance et de fol espoir. Il fit un pas de côté à une vitesse proche de la lumière, évitant le coup d'Aiolos qui avait menacé de le transpercer de part en part et effectua un quart de tour pour se retrouver face au dos d'Aiolos qui pivotait déjà sur lui-même.
Jambes écartées, genoux fléchis, Seiya était ramassé sur lui-même comme une bête prête à bondir. Avec une vitesse folle, ses deux bras esquissaient les traits d'une forme familière. Autour de lui, l'air se raréfia, consommé par son cosmos qui ne cessait de s'intensifier. Seiya jouait son va-tout, sa seule chance au cours d'une séance d'entraînement durant laquelle se jouait sa vie.
Il scanda le nom de son attaque qui s'imprima dans l'air et fit frissonner les environs.
« Par les Météores de Pégase ! »
Des milliers de météores fusèrent de ses poings, lancés avec force, vitesse et précision. L'attaque fit sourire Aiolos mais, contrairement à Marine, il n'éprouvait aucune fierté devant l'effort du jeune Pégase et se fit un devoir de faire parler sa force et son expérience pour briser ces velléités. Paume ouverte, doigts tendus, sa main effectua un arc de cercle qui grignota chaque météore, ceux-ci finissant par tomber, lourds et inconsistants, s'étiolant face à l'aura du Sagittaire.
« Belle attaque et brillante tentative, déclara Aiolos d'une voix forte et légèrement moqueuse, mais ton poing manque encore cruellement de détermination. Laisse-moi te montrer la véritable puissance d'un Chevalier d'Or et grave cette force dans tes chairs. »
Les doigts de Marine se crispèrent autour de la branche tandis qu'elle releva la tête. Elle connaissait ce ton et ce qu'il augurait. L'air qui se comprima à des mètres à la ronde confirma ses craintes.
Tendus devant lui, les bras du Sagittaire s'éloignèrent l'un de l'autre dans une spirale horaire et l'air qui jusqu'ici s'était tenu coi convergea brusquement vers Aiolos. Sa voix tomba, détachant chaque syllabe avec la froideur et l'amertume du couperet, du goût de la défaite qui se lisait dans les yeux de Seiya.
« Infinity Break ! »
Formé par un million de flèches incandescentes, le vortex fondit vers le jeune homme qui, incapable du moindre mouvement, semblait sur le point de se faire engloutir corps et âme. Tout était allé trop vite pour lui à partir du moment où son attaque s'était brisée contre le cosmos de son maître, et bien avant cela. Le bruit des projectiles devint un vrombissement infernal qui fit trembler tout le corps de Marine et les lèvres de Seiya. Ils se rapprochaient peu à peu et Marine sut que le jeune homme serait incapable de s'en dégager à temps, qu'il allait finir écrasé par ces flèches et cette lumière aveuglante.
La branche de l'arbre se brisa lorsque Marine en sauta pour atteindre le cœur du combat. Son cosmos entourait déjà son corps et les portes de sa conscience s'ouvraient pour déverser en elle son Septième Sens. Son bras se tendit avant même qu'elle touchât le sol, projetant entre Seiya et l'Infinity Break un mur qui anéantit chaque trait de l'arcane d'Aiolos.
Seiya tomba à genoux. Ses membres tremblaient et il peinait à reprendre sa respiration, ignorant de la présence de Marine qui se précipitait vers lui tout en considérant durement Aiolos qui soutenait froidement son regard et ne paraissait pas préoccupé par la condition de son élève. Peu de temps après, il s'approcha d'eux, les yeux remplis de désapprobation.
« Tu n'as pas à intervenir dans ce genre de situation.
— Je le dois, pourtant, surtout quand tu mets en danger la vie de Seiya en voulant croire qu'il sera de taille à encaisser une attaque lancée à cette puissance. Si je n'avais pas été là, il serait mort !
— Ça, tu n'en sais rien, trancha-t-il. Tu sais aussi bien que moi que la frontière entre la vie et la mort est ténue, et qu'il ne suffit que d'un instant pour savoir à quel point on peut avoir envie de vivre.
— Epargne-moi tes beaux discours, Aiolos. Regarde-le, il était incapable du moindre mouvement. Sans moi, c'en était fini de lui.
— Parce qu'il sait que tu seras toujours là, tout près de lui. A cause de toi, il ne sera jamais capable de me remplacer.
— C'est parce que je sais de quoi tu es capable que je me dois d'être présente en toutes circonstances. »
Leurs regards se confrontèrent de nouveau, violents et embrasés. Quand il n'endossait pas son rôle de Chevalier d'Or du Sagittaire, instructeur de Seiya, Aiolos pouvait se montrer presque aussi charmant que l'homme qui l'avait incitée à quitter le Sanctuaire à sa suite et avec qui elle avait élevé Seiya. Souvent, pourtant, c'était l'amertume qui avait barre sur ses gestes, celle qui lui rappelait sans cesse qu'il n'était qu'un exilé, et non le Pope du Sanctuaire.
« Aiolos a raison. »
Surprise, Marine baissa la tête vers Seiya qui, regagnant peu à peu le contrôle de lui-même, se relevait avec difficulté, toujours soutenu par Marine qui était incapable de le lâcher.
« Ces entraînements, j'en ai besoin pour devenir plus fort et aller en Grèce. Je veux devenir Chevalier d'Or. » Il marqua un silence, baissa la tête et regarda le vert de l'herbe devenir plus vif au fur et à mesure que progressait le soleil. « Et revoir mes amis. »
Les paroles de son jeune compatriote la frappèrent par ce qu'elles contenaient en elles d'innocence et de cruelle attente depuis longtemps trompée. De tous les orphelins qu'avait compté la Fondation Graad, Seiya était un des rares à ne pas avoir quitté son pays natal pour d'autres latitudes. Le seul, aussi, à avoir eu l'occasion de se rendre de nouveau au manoir Kido. Mais le lieu où Seiya se trouvait n'avait que peu d'importance s'il n'était pas en compagnie de ceux qui avaient été ses amis durant sa prime jeunesse et dont il ressassait le souvenir encore aujourd'hui.
Cinq ans auparavant, quand il s'était rendu en Grèce pour prétendre à la charge de Pégase, il avait bien pensé pouvoir rester dans ce Sanctuaire, y demeurer jusqu'à l'arrivée des autres orphelins. Mais Aiolos l'avait rapatrié au Japon sitôt la victoire acquise sur l'élève de Shaina. Plus jamais, depuis, ils n'avaient quitté ce pays.
Ce qui empêchait Seiya de réaliser une aspiration pourtant si simple, c'étaient le ressentiment et la rancœur d'Aiolos. Ce même Aiolos qui représentait pour lui le seul et unique moyen de revoir un jour ceux qui lui étaient chers.
« Je veux aller au Sanctuaire, Aiolos. Et tôt ou tard, j'irai, avec ou sans ton accord.
— Je t'ai toujours promis que nous nous y rendrons, Seiya, et je ne suis pas homme à trahir ma parole. Quand nous serons au Sanctuaire, tu comprendras que tout ce que j'ai pu faire n'était pas en vain. Qui sait, tu pourrais même me remercier. »
Seiya ne dit rien, pas plus qu'il ne regarda Aiolos. Il savait son maître homme de parole, mais les promesses, avant leur réalisation, n'étaient que rêves abstraits.
« Seiya, reprit Aiolos dont le visage se para d'un pâle sourire, sais-tu pourquoi nous sommes ici, au manoir Kido ? »
Le jeune homme tourna la tête vers Marine qui n'eut qu'un sourire à lui offrir pour toute réponse, mais qu'elle savait suffisant pour détendre l'esprit de son disciple. Seiya n'avait jamais remis les pieds au manoir depuis qu'il avait été confié à leur garde. La bâtisse, elle, était toujours habitée par la fille adoptive de Mitsumasa Kido décédé plusieurs années auparavant, et qui n'était actuellement pas présente dans la demeure que celui qu'elle considérait comme son grand-père lui avait léguée, leur permettant de se retrouver ici. La présence de Tatsumi n'en était pas moins palpable en tous instants, comme en témoignaient les ombres des gardes du corps que l'on voyait parfois traverser les vitres du manoir.
« Tu ne sais pas, Seiya ? Bien, je vais te répondre et exaucer l'un de tes vœux, reprit Aiolos. Un autre Chevalier doit nous rejoindre ici même. Son arrivée est imminente.
— Un autre Chevalier d'Or ? demanda Seiya qui se tendit sous l'espoir sans oser pourtant l'effleurer de peine d'être déçu.
— Dôko, de la Balance.
— Le maître de Shiryû, lâcha Seiya dans un souffle. Et est-ce que…
— Oui, répondit Marine en japonais, Shiryû est ici lui aussi. »
Chaque coin du visage de Seiya se déforma sous ce sentiment nouveau qui venait s'emparer de lui. Il avait déjà vécu trop d'émotions en cette matinée et n'était plus en mesure de maîtriser ses sentiments.
« Shiryû… mon ami… »
Deux larmes coulèrent de ses yeux bruns. Leur sel se mêla à la blessure de Seiya qui ne parut pourtant pas souffrir de cette douleur, si faible en comparaison de la joie qui devait être la sienne en cet instant.
Au même moment, près du manoir Kido
Shiryû foulait avec douceur l'herbe alourdie. Les yeux clos, il se laissait pénétrer par la quiétude des lieux tandis que montaient jusqu'à lui des odeurs d'humus et de terre humide. Il les rouvrit, posant de nouveau le regard sur un lieu qu'il avait connu et aimé. Le dernier étage de l'imposante bâtisse aux hautes fenêtres et aux murs immaculés se dressait devant lui, comme les arbres qui, au loin, formaient la barrière naturelle de leur ancien terrain de jeu. Des couleurs encore pâles – qui prolongeaient la nuit cédant peu à peu place au matin – lui paraissaient briller au-dessus des environs. Dans ce pays qui l'avait vu naître, il se sentait comme revenir à lui tout en percevant sous ses pieds le pouls familier qu'il croyait avoir oublié, mais qui se rappelait à son bon souvenir avec toute la netteté d'antan. C'était une sensation différente de celle qu'il avait pu ressentir en Chine, aux Cinq Pics, mais tout aussi apaisante et singulière.
Oui, malgré le sentiment de solitude des premiers instants, Shiryû avait chéri cet endroit. Il avait aimé la présence continue des cris d'enfants, les bagarres et les éclats de rire, les nuits où, solitaire ou accompagné, il s'était faufilé dehors pour décompter les étoiles, déjà fasciné par ce qu'elles avaient de pouvoir sur lui.
« C'est ici que tu as grandi ? fit Shunrei qui était revenue à sa hauteur. C'est magnifique.
— J'aime les Cinq Pics, mais j'ai aussi été heureux ici. Si j'avais atterri dans un autre orphelinat, qui sait ce que je serais devenu.
— Quelqu'un d'admirable qui aurait fait la fierté de qui t'aurait pris sous son aile. »
Le jeune homme se retourna vers son maître dont la voix, tel un murmure, l'avait pris de cours. Il s'était éloigné d'eux d'un pas rapide sitôt franchi le portail du domaine, mais tous deux l'avaient depuis rattrapé.
Ils traversèrent le taillis d'arbres, débouchant sur la clairière qui faisait face au grand manoir. Shiryû se retourna vers Dôko et Shunrei.
« Le manoir, enfin. Ici. » Il tendit le bras en direction d'une fenêtre située au dernier étage. « C'est là qu'était ma chambre, que je partageais avec Seiya. »
Son cœur manqua un battement en prononçant ce nom. Il avait déjà longuement parlé de ceux qui ici avaient été ses amis, mais la proximité avec l'un d'entre eux, l'imminence de la rencontre était encore trop soudaine pour qu'il pût tout à fait maîtriser les inflexions de sa voix.
« Shiryû… »
Le vieillard avait fermé les yeux et levé le menton. Shiryû quant à lui s'immobilisa tout à fait. Comme son maître, les auras qu'il avait senties depuis de longues minutes se manifestaient de plus belle, de plus en plus proches de lui. Quand il se retourna, la silhouette de Seiya, plus grande et plus large que dans ses souvenirs – Seiya pensait-il la même chose de lui en cet instant ? – se mouvait devant lui, gagnant en taille au fur et à mesure qu'il avançait. Derrière lui suivaient deux autres personnes, ses deux maîtres dont le sien lui avait déjà parlé.
Bientôt, ce ne fut pourtant plus que Seiya qu'il vit et ce ne furent plus que les battements de son cœur qu'il entendit. Il s'était préparé depuis plusieurs semaines à revoir son ami mais sut en cet instant que ces premières retrouvailles dépassaient de loin tout ce qu'il aurait pu imaginer. Et il sut, en voyant Seiya, que son sentiment de joie était partagé.
Seiya s'immobilisa devant lui, à un souffle. Il s'entendit prononcer le nom de son ami et l'entendit dire son nom. Il sentit sa main se tendre vers celle de Seiya tandis que l'autre s'emparait de son épaule. Puis plus rien ne compta que l'étreinte fraternelle qu'ils échangèrent et qui lui sembla durer une éternité.
Quelques instants plus tard
Marine s'effaça devant Dôko après avoir ouvert la porte en bois qui leur barrait le passage. D'abord surpris, le Chinois se ravisa et, les yeux pétillants, entra dans la pièce. Il leva la tête, attiré par la hauteur du plafond. En quelques secondes, le noir quasi total dans lequel ils s'étaient retrouvés se dissipa peu à peu tandis que la toile sombre qui se trouvait au-dessus d'eux commençait à se teinter d'étoiles familières.
« Voici donc le planétarium construit par Mitsumasa, souffla la Balance. Quel travail fabuleux. Shion m'en avait parlé tout en me montrant des photos, mais le voir de mes yeux.
— Ça ne vaut pas le vrai ciel, mais le travail de Monsieur Kido mérite d'être salué. Je suis contente que Tatsumi nous ait finalement donné son accord.
— Que veux-tu dire ?
— Nous n'étions pas censés pénétrer dans le manoir, c'était la condition à laquelle il nous autorisait à réunir Seiya et Shiryû ici. Mais je suis parvenue à le faire changer d'avis, juste pour vous. »
Dôko reporta son attention sur elle. Ses prunelles sombres brillaient entre les étoiles factices.
« Tu as bien changé, petite Marine. »
Une bouffée de fierté l'envahit avant de céder place à la tristesse. Elle ne pouvait qu'avoir changé en dix-neuf années, au cours desquelles elle avait vécue aux côtés d'Aiolos, puis élevé Seiya comme une mère et entraîné ce dernier.
« Je serais bien incapable de dire la même chose à votre propos, Maître Dôko. Les années n'ont eu aucune emprise sur vous. »
— Détrompe-toi, Marine, le temps nous change tous, hélas. »
Une lueur dorée s'échappa de Dôko. Sa silhouette grandit de quelques centimètres et ses épaules s'élargirent. Ses cheveux, auparavant grisonnants, avaient regagné l'éclat brun qui avait dû un jour être le leur. Le Dôko qui se tenait devant elle n'était pas plus vieux que Seiya. Quelques secondes plus tard, son corps et son visage changèrent de nouveau. Les membres fins, maigres, la peau du crâne plus visible, le visage tavelé et la peau translucide affichaient le spectacle de ses quatre-vingts trois années.
« Maître Dôko ! S'exclama Marine.
— Tu ne devrais pas être aussi étonnée. C'est que je paraisse presque aussi jeune que toi qui devrait te surprendre.
— Je n'avais rien senti. Mais vous… »
Dès qu'elle avait posé les yeux sur Dôko, elle avait été frappée de voir à quel point il lui avait semblé jeune et alerte, le corps droit, le cheveu encore vigoureux et le visage quasiment dénué de rides. Il paraissait à peine plus âgé qu'elle tout ayant le double de son âge. A présent, elle comprenait et se tut. Son visage se tordit de douleur. Bientôt, très bientôt, il ne resterait plus rien du temps d'avant.
« Reprendre un disciple après toutes ces années, à mon âge, ne se fait pas sans en payer le prix. Mon cosmos est toujours intact, mais mon corps… »
Il ne finit pas sa phrase, sachant cela inutile et reprit son apparence de façade.
« Jusqu'où comptez les accompagner ?
— Aussi loin que me le permettra mon cosmos. J'ose espérer que je serai en mesure de les escorter jusqu'à Rodorio, après…
— Maître Dôko !
— Allons, Marine, rit le vieil homme. Si je le peux, j'irai jusqu'au Sanctuaire pour y rester aussi longtemps que possible, si la brume permet à mon ombre de passer. Qui sait, Charon est peut-être toujours en poste. »
Un frisson parcourut l'échine de l'Aigle.
« Vous n'auriez pas dû venir jusqu'ici, déclara Marine.
— Il le fallait, pourtant. Shiryû voulait voir Seiya et moi, je voulais vous voir tous les deux. Voir comment tu allais, comment se portait Aiolos. A présent, je sais.
— J'aurais souhaité vous montrer des choses plus rassurantes. Encore aujourd'hui, il a failli tuer Seiya. »
Dôko esquissa un geste du menton. Il n'y avait pas de colère dans son regard, ni d'apitoiement devant le désespoir de Marine. Si Seiya avait pu échouer auprès de la Balance plutôt qu'avec Aiolos... Oui, Marine aurait été prête à sacrifier la présence de Seiya auprès d'elle si cela avait pu assurer sa sécurité.
« Je peine parfois à le reconnaître, avoua Marine. Il y a tant de ressentiment en lui, tant d'amertume. Lui qui était si… »
L'émotion qui s'empara d'elle l'empêcha de poursuivre sa phrase.
« Si parfait, compléta Dôko à sa place.
— Je sais que je suis moi-même fautive de tout ça.
— Pour continuer à l'aimer malgré ce qu'il est devenu ? Les sentiments ne peuvent s'effacer aussi facilement.
— Pour avoir choisi Aiolos et l'avoir séparé d'Aiolia.
— Et que serait-il advenu si tu étais restée au Sanctuaire ? Auprès d'Aiolia. Que serait-il advenu de Seiya pour qui tu t'inquiètes tant ? Et d'Aiolos lui-même, qui ne pourrait pas compter sur ton soutien ? Nous avons été envoyés sur cette Terre pour venir en aide à notre prochain. Certains passent leur existence sans rien faire, mais toi, tu as pu sauver ces âmes qui auraient été perdues sans toi. Esmée serait fière.
« Ne perds pas espoir et bats-toi, Marine. Pour toi, pour Aiolos, pour Seiya, qui a sans doute déjà assez souffert. »
Marine serra les dents pour ne pas pleurer. Elle avait eu le temps de ressasser le passé en bien des occasions, mais toujours au secret d'elle-même. Entendre une autre voix que la sienne évoquer ces fantômes était une chose bien différente.
« Saviez-vous que Yoma et Partita doivent se rendre au Japon ?
— Non, je l'ignorais. Veulent-ils récupérer Seiya ?
— C'est ce que je redoute. Et pour d'autres raisons, sans doute.
— Les mêmes qui font qu'Aiolos est allé voir Tatsumi ?
— Oui. »
Marine pouvait deviner les pensées qui habitaient l'esprit du vieil homme. Partita comme Aiolos, s'ils ne s'appréciaient guère, avaient en partage une haine commune de Kanon et cet espoir qui avait été celui de chacun d'entre eux lorsqu'ils avaient prêté serment et reçu leur charge. Les élans d'enthousiasme que Marine avait connus plus jeune étaient les mêmes que ceux qui avaient agité Dôko et chacun de ses semblables avant elle. Mais le temps des chimères était depuis longtemps passé pour la plupart et Marine pouvait en constater la vacuité en voyant la tristesse qui voilait désormais les yeux de la Balance.
« Maître Dôko ? J'espère pouvoir moi aussi bientôt me rendre au Sanctuaire, mais je ne suis pas certaine de pouvoir arriver à temps. Quand vous vous y rendrez – si vous pouvez vous y rendre…
— Oui, Marine, calme tes inquiétudes. Je compte présenter Shiryû à Kanon ainsi qu'à mon ancien disciple, mais j'espère aussi pouvoir voir Shion et Esmée. Ils sont mes derniers amis, après tout. Et j'aime à penser que je suis aussi tout ce qui leur reste. Mais je suis parfois égoïste, je le sais. »
Le dilemme auquel Marine était confrontée n'en était que plus fort. Elle n'avait quasiment plus de contact avec ceux qui étaient restés au Sanctuaire si ce n'était avec Aldébaran qui l'avait récemment recontactée, soucieux de la tenir au courant de l'état de santé de la Colombe. Il lui avait proposé à plusieurs reprises de parler directement à Esmée, mais Marine s'en sentait incapable, incapable de n'avoir que la voix de la vieille femme qui avait dû changer, depuis le temps.
Il y avait en elle de ces élans qui la poussaient à hurler, à quitter le Japon et la compagnie d'Aiolos pour se rendre au chevet d'Esmée, l'accompagner dans les derniers jours qui rythmaient sa longue existence. Mais sa peur et son amour pour Seiya la ramenaient toujours à la raison et l'ancraient auprès du jeune homme qu'elle ne pouvait quitter, de crainte d'apprendre un jour sa mort au cours d'un entraînement, son corps transpercé par les flèches du Sagittaire qui n'aurait pas été en mesure de retenir ses coups, tandis qu'elle-même serait sous le soleil de Grèce. Ce qu'elle avait appris d'Esmée, c'était aussi ce qu'elle s'efforçait de transmettre à Seiya, et elle savait que demeurer auprès de lui était le meilleur moyen de lui rendre hommage.
Dôko s'avança vers Marine, la tranquillité de son cosmos tentant d'entrer en résonance avec l'aura troublée qu'elle exprimait. Il tendit une main secourable sur son épaule et Marine sentit sur sa peau le contact chaud et vivant de la Balance qui l'observait avec un sourire. Elle sut en cet instant qu'il l'avait comprise et que même si Marine ne pouvait se rendre auprès de son maître, une partie d'elle-même, peut-être, lui reviendrait malgré tout.
Devant elle, l'image de Dôko se troubla pour un bref instant avant de retrouver toute son unité. Marine savait l'effort consenti par le Chinois pour le geste qu'il venait de faire et sa reconnaissance à son endroit n'en fut que plus grande.
En même temps, dans le jardin du manoir
« Tu as pu revoir Saori ? »
Seiya secoua la tête en signe de dénégation cependant que le bout blanc de sa basket en jean butait à intervalles réguliers sur le gazon.
« Pas depuis l'enterrement de Mitsumasa. Et encore, j'ai pu l'apercevoir que de loin, on était pas les bienvenus. Je ne pense pas qu'elle soit au Japon, de toute façon, sans ça, Tatsumi ne nous aurait jamais autorisés à nous retrouver ici.
— Je vois. » Fit Shiryû, songeur.
Seiya ne savait pas ce que Shiryû voyait, mais se garda malgré tout de lui poser la question.
« Tout ce que je sais d'elle, c'est ce que Tatsumi veut bien me dire les rares fois où je l'ai au téléphone. Elle étudie à l'université de Tokyo et passe toutes ses vacances à travailler pour les Industries Graad.
— Elle se prépare donc pour reprendre un jour la société de Mitsumasa. Elle devrait réussir, j'ai le souvenir d'une fille intelligente.
— Elle l'était, sous ses airs de bêcheuse. J'espère juste qu'elle réussira à se faire accepter à la tête de la société. Graad a toujours été dirigée par un homme, japonais.
— C'est un problème. » Se contenta de souligner Shiryû.
Seiya promena son regard aux alentours, sur la clairière familière et mille fois parcourue, parvenant presque à oublier que moins d'une heure auparavant, il y avait versé son sang et frôlé la mort. Elle redevint son terrain de jeu favori. Shiryû assis en tailleur face à un érable, imperméable aux bruits environnants, lui et Hyôga jouant avec Shun ou se moquant de lui par taquinerie, Ikki, en retrait, les bras croisés, protégé par l'ombre d'un arbre mais prêt à bondir au moindre cri qu'aurait poussé son frère. Une époque qui lui paraissait lointaine et si différente de celle qui était à présent la sienne.
Il posa la main sur l'écorce rugueuse d'un arbre. L'un de ceux où lui et d'autres avaient pris l'habitude de mesurer leurs forces pour finir les phalanges en sang et l'épaule douloureuse, fiers, pourtant, d'avoir pu montrer l'étendue de leurs capacités. L'on y voyait des traces de poings de tailles différentes, quand bien même une certaine forme revenait régulièrement : les quatre doigts repliés d'Ikki, déjà assez fort pour entamer l'arbre à force de persévérance. Encore un peu plus bas, néanmoins, apparaissait une autre trace, plus menue et pourtant plus profonde. Shiryû s'abaissa, caressant du doigt les phalanges fidèlement gravées.
« Shun, finit par dire le Dragon.
— Vraiment ? » S'étonna Seiya.
Shiryû se releva et hocha la tête, sûr d'un fait que Seiya ne chercha pas à contredire, sachant la mémoire du son ami plus fiable que la sienne.
« Au Sanctuaire. » Seiya serra le poing. « Au Sanctuaire, nous lui demanderons. »
Le regard de Seiya s'égara de nouveau avant de se poser sur Shunrei. La jeune femme n'avait quasiment rien dit depuis que lui et Shiryû s'étaient retrouvés, mais il pouvait dire au sourire qu'elle affichait que la joie de Shiryû était également la sienne. Sans y prêter attention, il s'arrêta sur le cou de la Chinoise, y vit une longue et fine trace blanche, plus claire que le reste de sa peau. La jeune femme, voyant cela, porta une main à sa gorge, Seiya se détourna, confus et gêné.
« Le Sanctuaire, reprit-il en bafouillant. J'aimerais pouvoir venir avec toi, Shiryû, mais je pense que je vais devoir attendre encore un peu.
— Je sais, mon maître me l'a dit un peu plus tôt avant d'arriver au manoir. Mais je ne comprends pas quand même. Je ne suis qu'un Chevalier de Bronze, mais si je m'entraîne suffisamment, je pourrais remplacer mon maître et devenir Chevalier d'Or. Tu es dans le même cas que moi, non ? Au Sanctuaire, tu combattrais plus de monde, ça ne pourrait que t'aider à progresser, je crois. Je sais que moi, je progresserai à coup sûr. Si tu venais aussi, nous aurions tous les deux plus de chance de devenir Chevaliers d'Or, ensemble.
— Je suis au courant, Shiryû, se désola Seiya. Mais Aiolos ne veut rien entendre, à cause de tout ce qui a pu se passer il y a plusieurs années. Je n'en suis pas responsable, mais j'en paye quand même le prix, c'est tellement injuste. Et en même temps, c'est aussi de ma faute. Si je pouvais devenir plus fort plus rapidement, Aiolos ne pourrait pas m'empêcher d'aller au Sanctuaire. »
Ce qu'Aiolos ferait ensuite au Sanctuaire était le cadet de ses soucis. Il n'avait que peu d'intérêt pour la Chevalerie et le combat, quand bien même il y excellait. Ce qu'il désirait par-dessus tout, c'était revoir ses amis. Et se retrouver en cet instant devant Shiryû, savoir que ce dernier partirait bientôt, tout cela renforçait sa détermination.
« C'est la seule solution, Shiryû. M'entraîner, enflammer mon cosmos encore et encore jusqu'à ce qu'il dépasse celui d'Aiolos. Quand ce sera fait, je viendrai au Sanctuaire, je t'en fais la promesse. Et on se retrouvera tous, enfin. »
En cet instant, Seiya se sentit plus fort que jamais. Il n'avait jamais su à quel point de si grandes convictions pouvaient amener un homme à devenir plus fort. Mais se battre pour ses amis, voilà de quoi l'inciter à se surpasser. Il était l'élève d'Aiolos, mais c'était bien auprès de Marine qu'il avait pu apprendre à endurcir ses convictions, à rester droit et fier et à se battre pour ceux qui lui étaient chers. Il n'avait peut-être ni Terre ni déesse à sauver, mais ses amis, eux, étaient bien réels et méritaient qu'on se battît pour eux.
« Nous nous retrouverons, je t'en fais le serment.
— Je n'attends que ça, Seiya. »
Au même moment, Tokyo, Japon, siège social des Industries Graad
Aiolos se délogea avec peine du moelleux fauteuil en cuir dans lequel il s'était installé près d'une demi-heure plus tôt et où il avait attendu tout ce temps durant. Il pestait à demi-mot quand la secrétaire de Tatsumi, après avoir reposé son téléphone, se leva, quitta son bureau et l'invita à la suivre.
« Monsieur Tokumaru est prêt à vous recevoir, Monsieur Kokinos. »
La jeune femme ouvrit une porte en bois à doubles battants sur laquelle était gravée une scène de l'Odyssée : Ulysse, accroché au mât de bois, sous le charme des sirènes, hurlant pour qu'on le détachât de ses liens. L'amour de Mitsumasa Kido pour la Grèce n'avait jamais été remis en cause, et dépassait le simple cadre contractuel qui liait les Industries Graad au Sanctuaire depuis plus de cent ans. Tatsumi, fidèle à l'héritage de son prédécesseur et respectueux de l'origine de celle qui était sa protégée avait conservé cet ouvrage qui marquait l'entrée de son bureau.
« Cela faisait longtemps, Tatsumi, lâcha Aiolos sans chaleur.
— Effectivement, répondit le Japonais d'une voix froide qui contrastait avec la poignée de main énergique dont il le gratifia. Que venez-vous faire ici, Aiolos ? »
Tatsumi lui sembla plus direct et impatient que dans son souvenir. La mort de son mentor plusieurs années auparavant, le poids des responsabilités, la situation délicate dans laquelle se trouvaient les Industries Graad depuis de nombreux mois, tout cela se retrouvait dans l'attitude que Tatsumi affichait devant lui. Sans se tromper, Aiolos aurait pu y ajouter le déplaisir qu'il avait à le voir.
« Vous savez pourquoi je me trouve ici, Tatsumi. Je vous ai déjà tout expliqué lors de notre dernier face à face et par e-mails depuis lors.
— Je le sais et je sais aussi vous avoir donné ma réponse à plusieurs reprises. Aujourd'hui, ma position demeure inchangée. »
Du coin de l'œil d'Aiolos apparut une légère crispation.
« Sale crevure, tu n'as pas le moindre droit sur elle, et tu n'as pas non plus le droit de la tenir ignorante. »
Rien ne l'aurait empêché de lui coller son poing dans la figure, quitte à le tuer sur le coup, de répandre sur les vitres bien lavées du grand immeuble sa cervelle immonde. Rien sinon l'envie de ne pas inciter le Sanctuaire à envoyer quelques assassins à ses trousses. Plus que cela, il ne désirait en rien décevoir Marine plus qu'il ne l'avait fait au cours des années et avait encore en mémoire le regard qu'elle avait fait peser sur lui tantôt, ainsi que la distance qu'elle affichait clairement depuis ce matin.
Il devait se calmer. Il se calma.
« Tatsumi, vous savez comme moi que…
— Je le sais, oui. Mitsumasa n'était pas seulement mon mentor, il était comme un père pour moi, et mon ami le plus cher. Ce qu'il savait, je le sais également. Et bien que je respecte cet homme plus que n'importe qui d'autre, je ne peux partager toutes ses croyances, pas plus que la volonté qui l'animait de son vivant. »
Bien évidemment, Tatsumi s'était pris d'affection pour l'enfant. Mitsumasa Kido aussi l'avait aimée, mais aurait su faire passer les intérêts du Sanctuaire avant toute autre considération.
« Mitsumasa considérait Saori comme sa petite-fille et je la considère pour ma part comme ma propre fille. Je ne me suis jamais marié et je n'ai jamais eu d'enfant sinon elle, ce qui me suffit amplement…
— Je me fous de votre vie ! explosa Aiolos, incapable de se contenir plus longtemps. Je me fous de vos rêves et de l'avenir de votre compagnie ! L'héritière Kido ? Qui voudrait d'une société fondée par des hommes quand il pourrait avoir bien plus ? Vous ne savez rien de nous, de notre situation, de ce que nous vivons ! Pas depuis quelques années, non, depuis des siècles !
— Il suffit, lâcha Tatsumi dont les traits se durcirent. J'aimerais vous dire que je comprends votre colère, mais je dois vous avouer qu'il n'en est rien. Je sais que vous pourriez me tuer d'un seul geste, mais je serai pourtant franc avec vous : je ne vous aime pas et la seule raison qui m'a poussé à vous recevoir en connaissant l'issue de cette entrevue, c'est la sympathie que j'éprouve pour Marine et l'affection qu'il me reste envers Seiya. Mais j'aime Saori bien plus que cela, et je me sacrifierai mille fois pour une seule seconde de son existence.
« Vous faites erreur, Aiolos, je sais pertinemment de quel mal vous souffrez, et vous souhaitez parier sur la vie d'une jeune fille innocente – qui ne pourrait même pas être celle que vous recherchez – pour continuer d'exister dans un monde qui vous a depuis longtemps oubliés, je m'y refuse. Pourtant, je suis lié au Sanctuaire, je me dois de faire vivre cette compagnie pour permettre à vos semblables d'exister et cela est déjà bien assez. »
Tatsumi se renfonça dans son fauteuil, continuant de fixer Aiolos du regard.
« A présent, partez, je vous prie. Je ne vous ai vu que très peu de fois et je ne pense pas vous connaître tant que cela, mais ce que Mitsumasa me disait de vous… je n'ai pas l'impression de voir la même personne en face de moi.
— Ce que vous voyez, siffla Aiolos, c'est ce que Kanon – dont vous êtes le complice – a fait de moi. Vous, ceux qui travaillent sous vos ordres et tous ceux qui peuplent le Sanctuaire ou en sont partis, vous cautionnez tous les actes de Kanon. Tout ce que je souhaite, c'est rétablir l'ordre et l'équité au Sanctuaire.
— A quel prix ? Celui de la jeunesse de Saori, de Seiya et des orphelins Graad ? Et tout cela pour quoi ? Pour une croyance à laquelle vous vous accrochez et qui provient d'Esmeralda Alvarado ? Renoncez avant qu'il ne soit trop tard. Moi, je ne peux rien faire pour ça, mais vous, vous avez encore cette possibilité.
— Jamais, lâcha Aiolos qui, déjà, tournait les talons.
— Une dernière chose. Si jamais vous deviez croiser Partita, faites-lui savoir que ma réponse est la même que celle que je viens de vous adresser. Au revoir, Aiolos. »
« Je devrais le tuer ! »
Un instant plus tard, dans la clairière du manoir Kido
Aiolos réapparut instantanément devant le manoir Kido, porté par les ailes de son cosmos. S'il avait effectué le trajet d'aller en taxi, ce fut à pied qu'il revint jusqu'à la bâtisse qu'il voulut raser furieusement. Dôko, qui devisait calmement avec Marine et Shunrei leva la tête à son approche. A elle seule, l'ombre du vieillard parvenait à saisir les variations de cosmos avec presque autant d'acuité que lui, qui était pourtant bien présent. Il n'enviait pas la Balance, mais devait porter à son crédit la puissance qui demeurait la sienne. Avec un tel maître, Shiryû deviendrait probablement un Chevalier d'exception. C'était ce même Shiryû qui, au milieu de la clairière, dansait autour de Seiya, ses coups répondant aux assauts de son disciple, martelant le sol de leurs mouvements continus.
Seiya arrêta sans peine le poing de son ami et s'immobilisa soudainement, comme il venait de voir arriver son maître. Il murmura quelques mots à Shiryû qui hocha la tête avant de s'incliner et rejoindre Dôko. Le jeune homme s'avança ensuite vers lui, le visage en sueur et pourtant à peine essoufflé.
« Reprenons l'entraînement de ce matin, Aiolos.
— Tu es sûr de toi, Seiya ? Tu n'as pas pesé bien lourd tout à l'heure.
— Les choses sont à présent différentes. Pour mes amis, je suis prêt à tout donner. Je ne retiendrais plus mes coups. Avance. »
Aiolos répondit au sourire carnassier qui déforma le visage de Seiya. Pour la première fois, Aiolos entrevoyait en Seiya l'homme qui pourrait un jour lui succéder. Il lui était en outre difficile de masquer le fait qu'il avait grand besoin d'un exutoire à sa colère. Il avait tout d'abord souhaité solliciter Marine pour le confronter, mais la détermination de Seiya lui convenait tout autant, sinon plus.
Seiya se mit en position. Aiolos voyait dans son regard que le Chevalier de Pégase savait sa défaite inéluctable, mais quelque chose, malgré tout, avait changé. Comme un éclat d'espoir, de celui qui portait le corps et le cosmos de l'homme capable de se relever devant la défaite, pour devenir plus fort à chaque fois et finir par surpasser celui qui se tenait face à lui. Aiolos lisait la conviction de Seiya dans le bleu de son cosmos, plus vif qu'à l'accoutumée.
« En garde, Seiya ! »
Et Aiolos de s'élancer au-devant du Chevalier de Pégase.
