Bon, alors je ne peux que m'excuser pour l'attente de ce deuxième chapitre. Oui, 6 mois c'est long. J'ai été rattrapée par les cours et le boulot. Et puis, je tiens beaucoup à cette histoire et je ne voulais donner que le meilleur!

Je tenais à remercier DameLicorne, Nana'.'Lea et AlouetteBZH pour leurs commentaires, ça fait toujours un grand plaisir, et si je ne vous ai pas perdu, j'espère que vous apprécierez ce chapitre!

Disclaimer : tout est JK Rowling, sauf Cecilia qui est à moi.

Bonne lecture !


Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?

[…]

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine !

Paul VERLAINE

Avril 2012

La fumée de cigarette que laissa échapper la jeune femme s'éleva et s'estompa dans le gris du ciel, une journée maussade attendait encore Edimbourg. Tandis que le café qu'elle tenait dans la main refroidissait, elle observa les passants. Elle pouvait lire sur leur visage la lassitude d'un hiver qui n'en finissait plus. Elle seule, il lui semblait, trouvait un réconfort amer dans le gris du ciel et le froid de l'air c'est qu'ils s'accordaient avec le froid et la torpeur qu'elle ressentait au plus profond d'elle-même.

Dans un soupir, elle écrasa sa cigarette et, d'une gorgée, finit son café. Une nouvelle journée de travail s'annonçait. Alors qu'elle s'approchait de la National Gallery, elle ne put retenir un nouveau soupir. Tous les aspects de sa vie qu'elle avait un jour tant chéris lui semblaient empreints d'amertume aujourd'hui, les regrets et la colère faisaient rage en elle.

Elle se dirigea d'un pas rapide vers l'entrée, espérant s'oublier dans ce musée trop grand. Elle se faufila à travers les couloirs et les expositions pour atteindre son bureau. Alors qu'elle allait refermer la porte, Lena, une de ses collègues, l'interpella :

« Bonjour Lily ! Comment vas-tu ? J'ai une lettre pour toi ! ». Et d'un geste rapide, elle lui tendit la lettre avant de disparaitre au détour du couloir.

Il fallut une seconde à Lily pour reconnaitre l'écriture, puis quelques minutes avant que les battements de son cœur ne reprennent un rythme normal. Doucement, elle déposa la lettre sur son bureau et referma la porte derrière elle. Elle n'osait pas bouger, de peur que tout ceci ne soit un rêve – ou un cauchemar. Elle savait qu'elle devrait tôt ou tard lire cette lettre, elle lui devait bien ça. Cependant, elle préférait s'accorder encore quelques instants, et sans perdre plus de temps, elle récupéra les dossiers qui l'attendaient. Elle savait que la lettre ne disparaitrait pas – pas comme lui.

Un dernier soupir. Tellement d'efforts vains pour oublier.

-One moment in time-

Elle ne pouvait précisément dire quand tout cela avait commencé. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'un jour son mari avait commencé à regarder les autres femmes avec plus d'intérêt qu'il n'en avait pour elle. Cela aurait pu s'arrêter là, n'être qu'un passage à vide dans la vie d'un couple, mais comme toutes les choses dans sa vie, tout alla de mal en pis.

Il n'y avait pas un seul fautif dans son mariage raté. Il aurait été trop facile de ne blâmer qu'Andreï. Il l'avait peut être trompée en premier, mais cela faisait déjà plusieurs années qu'elle ne se battait plus. Ou en tout cas, plus pour eux. Et elle n'avait pas non plus refusé les avances de Julian, son voisin.

Bien qu'elle soit toujours en colère, c'était surtout la déception qui faisait rage en elle. Elle était déçue par Andreï, par elle-même, pas ce « eux » qu'ils avaient promis pour l'éternité. Mais par-dessus tout, elle était déçue par la rapidité avec laquelle leur vie – à deux – avait disparu. Il n'avait fallu que quelques mois pour que le divorce soit prononcé : ils étaient d'accords, n'avaient pas d'enfants ni de maison, pas même un chien, pour lesquels se battre. En l'espace de quelques mois, cette éternité promise n'était devenue qu'amertume. Elle avait passé des années à essayer de construire un futur et il avait suffit d'une signature pour détruire sept ans de vie conjugale. Depuis cette journée de décembre où elle avait dit adieu à cette vie, elle n'était pas sortie de la torpeur qui engourdissait son âme et voilait ses yeux.

Oui, l'hiver se faisait long à Edimbourg et le froid de la ville rappelait amèrement à Lily tout ce qui ne serait pas.

-One moment in time-

La peinture avait toujours été la passion de Lily. Adolescente, elle s'imaginait artiste bohême, vivant de quelques toiles, déambulant dans les rues de Paris ou de Rome, laissant la vie guidée ses pas. Elle se voyait Monet ou Van Gogh, défiant les règles et les codes. Elle avait du talent, c'était certain. Ses professeurs avaient admiré sa technique et reconnu le potentiel de cette jeune fille pleine de rêves et à l'imagination sans limite.

Mais la vie fait des promesses qu'elle ne tient pas toujours et Lily n'était jamais devenue l'artiste qu'elle aspirait tant à être. Un jour, la petite flamme qui la guidait s'était éteinte. Et, à défaut de peindre, elle faisait découvrir la peinture aux autres. Elle ne pouvait parfois retenir un pincement au cœur lorsqu'elle présentait une exposition, elle qui avait rêvé de marquer l'éternité de son art, ce n'était qu'un pis aller mais c'était devenu sa vie, et elle l'avait accepté.

Le musée avait choisi de faire une exposition temporaire sur Turner. C'était la première fois que Lily était en charge entièrement. Elle s'était spécialisée dans la peinture du XIXe siècle et avait été si fière de se voir confier l'exposition. Elle se souvenait encore de ce soir de juin où elle était rentrée pour annoncer la bonne nouvelle à Andreï. Elle avait cru, l'espace d'un instant, que tout finirai pas s'arranger. Elle avait pu lire de la fierté dans ses yeux et du bonheur partagé. Il n'avait été que plus dur ensuite de réaliser qu'il ne restait plus rien à sauver. Aujourd'hui, cette exposition était devenue un fardeau, un fil qui la reliait au passé qu'elle cherchait à oublier. Il lui restait moins de deux mois pour finaliser les détails et elle souhaitait que le temps accélère.

Après avoir passé quelques coups de téléphone pour s'assurer que les toiles qui manquaient pour l'exposition arriveraient bien comme prévu, elle jeta un rapide coup d'œil à la lettre qui semblait peser une tonne sur son bureau. Il ne servait à rien de repousser encore l'échéance.

-One moment in time-

Janvier 2004

Le bar était sombre mais accueillant, c'était un endroit où elle se sentait bien. Il lui rappelait les longues soirées passées avec son frère Albus à refaire le monde autour d'un verre de bière. Aujourd'hui, sa préférence allait au whisky. La brûlure que provoquait chaque gorgée réchauffait son corps et lui rappelait qu'elle pouvait encore ressentir. Une fois son verre vide, elle hésita à partir. La soirée débutait et le bar se remplissait, elle commençait à étouffer. Elle n'attentait personne, et personne ne l'attendait. Alors qu'elle esquissait un mouvement pour se lever, une voix l'interrompit :

« Une belle jeune femme comme vous ne devrait pas être seule dans un bar un samedi soir avec un visage si triste. Puis-je vous offrir un autre verre et vous proposer de vous joindre à mes amis et moi ? »

La première chose qu'elle nota sur son interlocuteur fut le discret accent qu'il y avait dans sa voix, puis la blondeur de ses cheveux et le marron de ses yeux. Elle ne put s'empêcher de penser au jour où elle l'avait rencontré. C'était à une autre époque, dans un autre pays, elle n'était qu'une enfant, et pourtant cette rencontre était si similaire.

« Exceptés les yeux, pensa-t-elle, ses yeux sont bleus. ».

L'inconnu qui l'avait abordée la regardait avec un sourire hésitant mais elle pouvait lire dans son regard de la chaleur. Peut être était-elle naïve mais sa proposition lui semblait sincère, sans arrière pensée. Elle tourna alors son regard vers le groupe de personnes qu'il lui avait indiqué. Cinq personnes étaient réunies autour d'une table et regardaient la scène avec une curiosité non dissimilée. Cela faisait quelques temps qu'elle n'avait pas cherché à socialiser et elle n'était pas sûre de se sentir à l'aise. Sentant son hésitation, l'inconnu ajouta :

« Si vous préférez, on peut rester ici.

-Vos amis ne vont-ils pas être déçus ?

-Nous travaillons ensemble et je vis avec deux d'entre eux, je pense qu'ils peuvent se passer de moi le temps d'un verre. Laissez-moi vous distraire de ce qui vous peine, c'est tout ce que je demande ! »

Elle rencontra de nouveau son regard, si sombre et pourtant si honnête, et accepta. Alors qu'il commandait deux verres de whisky, il ne put retenir un énorme sourire. Il était beau, c'était indéniable. Mais surtout, il émanait de lui une chaleur qui réchauffait le cœur de Lily. Son verre de whisky lui semblait bien pâle comparé au sourire joyeux de son compagnon.

« Je m'appelle Andreï, et vous ? lui demanda-t-il en plongeant son regard dans le sien.

-Lily.

-Ravi de vous rencontrer Lily. »

Et elle ne put que désirer voir le vide qu'il y avait en elle se remplir de nouveau d'espoir.

-One moment in time-

D'un geste vif, elle décacheta l'enveloppe et sortit la lettre. Elle était courte et succincte, il n'était jamais pour les grands discours.

-One moment in time-

Août 2011

« Lily, on ne peut plus continuer ainsi… »

Son regard était fuyant, et elle décelait la honte et la tristesse qu'il cherchait à cacher.

« Je sais.

-Je… C'est de ma faute, j'au…

-Andreï, on est tous les deux fautifs dans cette histoire.

-Peut être, mais j'aurais dû y mettre un terme bien plus tôt, personne ne mérite cela…

-Et je ne t'aurais pas laissé faire ! »

Oui, elle se serait battue, elle avait fait une promesse.

« Je… Tu… »

Il ne trouvait plus les mots. Que restait-il à dire quand tout avait disparu ? Tant d'occasions manquées, de rêves évanouis. Une vie entière venait de disparaitre devant leurs yeux et jamais rien ne la ramènerait.

« Je sais. Moi aussi. ».

Et comme le disait si bien Shakespeare, le reste est silence.

-One moment in time-

Juin 2001

Lily, Lou, ma sœur,

Je ne sais pas quoi écrire, je ne sais les mots qui permettront d'apaiser ton cœur. Je ne sais comment me faire pardonner. Je sais qu'on s'était promis de tout se dire mais il y a des choses indicibles. Tu es la partie manquante de moi-même, ma jumelle, la personne que j'aime le plus au monde et je m'apprête à partir, à te quitter. Oui, je ne suis qu'un putain d'égoïste après tout ce que tu as fait pour moi, mais je sais que tu me retrouveras un jour. Comme ce jour dans la forêt, lorsqu'on était enfant. Tu suivras ton cœur et je serais là.

J'ai dit adieu à Cecilia hier. Elle ne le sait pas encore, mais c'était notre dernière dispute. Je ne peux continuer à la détruire comme ça. J'espère qu'un jour, elle viendra te chercher pour me retrouver. Je ne le mérite certainement pas, mais j'aimerais pouvoir la voir une dernière fois. Je ne peux qu'espérer que tu la guideras à moi.

Dans l'espoir de ton pardon,

Albus

Une larme coula sur la joue de Lily. Elle s'était promis, il y a des années, de ne plus verser de larmes pour lui. C'était lui qui était parti sans rien dire, lui qui avait disparu dans la nuit sur sa moto. Il n'avait pas le droit.

Mais comme toujours lorsqu'il s'agissait de son frère, elle ne pouvait lui en vouloir complètement. Il souhaitait simplement la protéger. Cependant, cette lettre rappelait à Lily un passé qu'elle avait enfoui au plus profond d'elle-même. Et, alors qu'elle cherchait à faire une croix sur sa vie avec Andreï, elle ne savait pas si elle était prête à l'affronter.

-One moment in time-

Décembre 1988

« C'est toi et moi contre le monde Lily ! chuchota Albus pour la rassurer, alors que dans la pièce d'à côté, leurs parents se disputaient pour la énième fois.

-J'ai peur, Al… ».

Une assiette qui se brise, un coup sur la table.

« Je sais, Lou, moi aussi j'ai peur. Mais personne ne nous séparera. Toi et moi, on sera toujours ensemble !

-Promis ?

-Je te le promet. ».


Alors, est ce qu'il y a toujours quelqu'un avec moi?