Alea jacta est.



Booth et moi nous avancions, arme au poing, dans un long et glacial couloir sombre que je voyais chaque nuit depuis un mois déjà. Comme je l'avais vu, les néons lumineux au dessus de nous n'arrêtaient pas de clignoter dans un bruit inquiétant.
Soudain, il plaqua sa main libre contre mon buste. Comme je le savais, il avait perçu un bruit suspect. Contrairement à d'habitude, je ne le questionnai pas du regard. Je savais d'où provenait les sons. Je savais ce qui allait se passer. Comme je m'y attendait, il me poussa quand même en arrière. Je levai les yeux au ciel. Je le sentis plus que je ne le vis sourire. Puis nous fîmes quelques pas et aperçûmes enfin la porte quelques mètres plus loin. Il s'arrêta -comme prévu- et se retourna.
_Reste-là, tu me promets ?
Nous étions dans la réalité. Pas dans ma vision. Je lui répondis alors :
_Que puis-je faire d'autre de toute façon ?
Il sourit.
_Prends soin de toi quand même...
Je secouai la tête.
_Contente toi de ne pas arriver trop tard.
Son sourire s'évanouit.
_Je te le promets.
Il s'avança vers moi et scella sa promesse d'un léger baiser sur mes lèvres. La réalité était tout de même plus attrayante que mes visions !
_A demain, lança-t-il.
Puis il entra dans cette foutue pièce.
Les minutes passèrent. Et c'est sans surprise que j'entendis les trois coups de feu. Mais contrairement à d'habitude, je ne paniquai pas. Je savais qu'il n'était pas mort.
Alors, lentement, je m'avançai vers mon destin.
Un pas après l'autre, j'avançais vers cette foutue salle.
Et comme prévu, alors que j'allai entrer dans la pièce, l'un des mafiosi me colla un chiffon sur le nez et la bouche. Contrairement à dans mes visions, je ne cherchai même pas à me débattre. Et c'est sereine, plaçant toute ma confiance en mon partenaire que je sombrai dans un profond sommeil... A l'odeur de chloroforme.

x

Je me sentis rouler avec douleur sur le bitume. Plongé dans une demi-conscience, je sentis que l'on m'avait jeté d'une voiture. J'avais trop mal pour ouvrir les yeux. Et j'étais... si fatigué... Je ressentais plus de courbature que si j'avais couru un marathon. Et ce mal de tête... Il me terrassait. Tout mon crâne résonnait.
Une horreur.
_Booth ?!!
Cette voix. Je la connaissais. Mais elle me semblait... Si loin.
_Booth ! Bon Dieu Angela ! Appelle les secours !
"Hodgins ?". Non. Non ils ne devaient pas... Bones. Au prix d'un effort qui me paru surhumain; j'ouvris les yeux et murmurait :
_Non...
_Quoi "Non " ? Mais avez-vous vu dans l'état où vous êtes ? s'enquit Zack, à côté de l'entomologiste à n'en pas douter.
_Brennan... Elle est en danger... Articulai-je péniblement.
J'entrevis Jack faire les gros yeux.
_Comment ça ?
_Les mafieux... Ils...
_Ils l'ont kidnappé ? Termina la voix beaucoup trop aigüe pour mes oreilles d'Angela.
_Oui...
Je la vis pâlir.
_Je... Je sais où elle est... Réussis-je à articuler non sans peine.
_Emmenons-le à l'intérieur proposa Zack.
_Oui, tu as raison.
Je les sentis se placer autour de moi.
_A trois, déclara Hodgins, Un, deux,... Trois !
Et ils me portèrent jusqu'à ce que je supposais être l'institut. Les mafieux m'avaient donc jeté devant. Ils voulaient que l'on me retrouve...
Les fouines m'allongèrent sur un divan. A la couleur du tissu, je sus que nous étions dans le bureau de Brennan. Hodgins me cala un oreiller sous la tête et Zack vînt m'apporter un verre d'eau.
M'hydrater me fit le plus grand bien.
J'ouvris les yeux plus fortement. La lumière crue du labo à travers la baie vitrée du buerau m'aveugla un peu mais je m'habituai vite.
_Booth, que s'est-il passé ? Me demanda Angela.
Je lui expliquai la situation.
_Oui, mais comment savez-vous où elle est ?
_Ça, c'est mon affaire, dis-je maintenant plus en forme.
Je plongeai ma main dans ma poche intérieure ressortant le papier que Bones y avait glissé avant l'incident.
_Est-ce-que vous pouvez me dire où se trouve "Le Petit Paris" s'il vous plaît ?

x

Je me réveillai, la vision encore troublée par les derniers effets du chloroforme.
_Alors Bella, on se réveille ? Fit une voix à ma droite, dans un fort accent italien.
J'essayai de tourner la tête, mais en était incapable; mon esprit encore trop engourdi. Ainsi, j'étais bien "arrivée"...
_Pourquoi suis-je ici ?
_Hum... Bizarre. En principe, la plupart des personnes demandent elles sont... Tu es vraiment unique Bella...
_Ne m'appelez pas Bella.
_Et pourquoi donc ? Moi, je trouve que cela te va bien Bella.
Je ne répondis pas. Il ne fallait pas que je le provoque. Je devais éviter qu'il me tue inutilement. Quelques minutes passèrent pendant que je reprenais conscience.
_Où sommes-nous ? M'enquis-je.
Je connaissais parfaitement la réponse.
_Quelque part... Fit la voix avec sarcasme, ce qui m'agaçait d'autant plus.
_Montrez-vous, je ne crois pas que je sois en position de vous manger ou quoi que ce soit d'autre...
Je l'entendis rire.
_Non, effectivement... Mais aurais-tu oublier que c'est moi qui donne les ordres ici, Bella ?
_Non, d'ailleurs comment le pourrais-je ?
_Alors pourquoi m'en donnes-tu un ?
Je sentis sa main caresser avec douceur ma nuque. Je m'en mordis la langue de dégoût.
_Ce n'en était pas vraiment un, mais bon; j'aimerais bien voir le visage de mon bourreau... Car vous allez me tuer, n'est-ce-pas ? Fis-je dans un calme olympien qui me surpris moi-même.
_Tu es étrangement calme et perspicace Bella. Tu es vraiment une femme intelligente, à la hauteur de ta réputation...
"Bella". Ce surnom m'horripilait. Je n'en pouvais déjà plus. Bon sang, mais que fichait Booth ?
L'homme poursuivit :
_Mais c'est exact. Je vais te tuer.
Son ton était sans appel. Et pourtant étrangement serein. Je fus parcourue d'un frisson.
_D'ailleurs, j'en suis désolé; et je t'avoue que je n'en ai pas spécialement envie... Mais chez nous, les ordres sont les ordres.
Je l'entendis se déplacer derrière moi.
_J'aimerais que tu me pardonnes, Bella. Si j'avais le choix tu sais, je ne te tuerais pas.
_Nous avons toujours le choix.
Il ne répondit pas. Nous étions dans la cuisine aux rideaux rouges. Les murs étaient vert pomme. Sans surprise, je vis "Le Petit Paris" en bas de la rue.
_Comment vous appelez-vous ? Demandai-je.
Je devais l'occuper en attendant Booth, mon seul et unique espoir.
_Armando. Armando Tucci, répondit-il.
Sa voix semblait pensive.
_Armando, avez-vous déjà manger dans ce restaurant ?
_Lequel ?
_Celui-ci, juste dehors : "Le Petit Paris".
Il s'avança au devant de la fenêtre, entrant enfin dans mon champ de vision.
_Oui, une fois.
_C'est bon.
_Oui, très. Pourquoi me demandes-tu ça ? Dit-il en se retournant.
Dieu qu'il était beau.
Bon, il n'avait pas le charme de mon partenaire, mais il était si élégant. Je n'y avais pas fait attention dans ma vision.
_Parce que j'aime beaucoup manger français.
Il eut un petit sourire.
_Moi aussi. Nous avons beaucoup de points communs. Dommage que nous ne nous soyons pas rencontrés dans d'autres conditions...
J'observai son arme, accrochée à sa ceinture.
_C'est ainsi que vous allez me tuer. Une balle dans la tête, n'est-ce-pas ?
Il eut une moue gênée.
_Oui Bella. Mais je te promets que tu ne souffriras pas.
_C'est dingue, je me sens très rassurée tout à coup ! fis-je avec sarcasme.
Il rit. Je vis à son regard que je lui plaisais.
_Si tu savais à quel point je n'ai pas envie de te tuer ! Fit-il en s'appuyant contre le mur.
_Pourtant, vous allez le faire.
Son visage redevînt grave.
_Oui.
Un silence s'installa.
_Pourquoi ? demandai-je enfin au bout de quelques minutes.
_Pour venger la famille.
_Est-ce-une raison valable ?
Encore une fois, il garda le silence.
_Il me reste combien de temps ?
Je commençais à croire que Seeley ne viendrait pas. Je désespérais.
_Tout dépend de ton petit ami. Je me suis imposé de te tuer lorsqu'il appellerait, -car je l'ai appelé pour une rançon il y a de ça une demie-heure- mais si j'avais suivi les consignes à la lettre, tu devrais déjà être morte.
Je ne comprenais pas. Pourquoi étais-je encore en vie ? Il dû voir l'incompréhension sur mon visage, car il déclara :
_Je n'ai pas pu me résoudre à te tuer avant. Tu es si belle, Bella.
Ses yeux. Je vis qu'il souffrait. J'essayai de tourner la situation à mon avantage.
_Alors, ne me tuez pas... Dis-je doucement.
Il passa sa main dans ses cheveux. Sa fine bouche se tordit en un sourire triste.
_Ce n'est pas si simple Bella.
Ses yeux se fixèrent sur moi.
_Si je ne te tue pas, ils te tueront tôt ou tard, et moi avec.
Je déglutit difficilement; sentant mon heure approcher. Et Booth qui ne venait pas ! Avais-je été trop imprécise ? Ma gorge se serra. J'allais mourir. Je baissai la tête, réprimant un sanglot.
_Hey, Bella ! Fit Armando d'une voix douce. Ne pleure pas. Tu es trop belle pour ça.
Et cet imbécile avec ce maudit surnom ! "Je ne m'appelle pas "Bella" mais "Bones" !" avais-je envie de lui crier. Je me retins, de peur de la provoquer. Je le vis poser son arme sur le comptoir et s'approcher de moi. Il se mit à ma hauteur et posa une main sur ma joue.
_Bella, ne pleure pas... Murmura-t-il en essuyant l'une de mes larmes.
Soudain, alors que je perdais tout espoir, une ombre se profila dans le salon.
Je fis comme si de rien n'était.
C'était Booth. Enfin. Je le savais. Son aura m'apaisait et me rassurait sans que ses bras ne m'enveloppent. Mon ravisseur dû percevoir mon bien-être car il me sourit. Croyant sans doute qu'il y était pour quelque chose.
_Tu vois Bella, ça ne sert à rien de pleurer. M'intima-t-il en caressant ma joue de son pouce.
Je le regardai.
Il devait vraiment croire que je me sentais mieux grâce à lui car il se penchait déjà sur moi pour m'embrasser. Dégouttée, j'allais reculer mais la voix de mon partenaire fendit l'air avant que je n'eusse le temps de faire quoi que ce soit.
_Je serais toi, j'éviterais de faire ça. Fit-il sur un ton glacial.
Je relevai la tête.
Seeley pointait son arme sur Armando, lequel avait posé la sienne sur le comptoir. Il eut d'ailleurs un regard sur ce-dernier.
_Eh non ! Fit ironiquement mon sauveur en secouant le revolver convoité de l'autre main. Voilà ce qui arrive lorsqu'on ne fait pas attention à ses affaires !... Mais bon, je te comprends; je sais que MA Bones est envoûtante...
Il avait insisté sur le "ma". Armando en pâlit. Quant à moi, j'en éprouvai une étrange sensation, un mélange de fierté et de révolte pure. Mais la première l'emporta sur la seconde.
_Allez, lève-toi gentiment et tourne toi; grogna-t-il.
Le mafieux obtempéra alors que Seeley lui passait déjà les menottes.
_Vous nous le paierez ! Cracha Tucci. On n'a pas les Piazza comme ça !
Booth eut une grimace.
_Tiens, c'est bizarre... C'est exactement ce que l'on m'a sortit il y a dix ans ! Alors ferme-la maintenant !
Sur ce, il lui décocha un coup de poing dans la figure qui mit immédiatement son adversaire K.O.
_Aah ! Ça fait un bien fou ! s'exclama-t-il en se massant le poing.
J'haussai les sourcils.
_Était-ce vraiment nécessaire ?
_Je suis planqué là depuis une demie-heure. Alors oui, je peux t'assurer que c'était nécessaire, répondit-il en détachant mes liens.
_Comment es-tu entré ?
_Cet imbécile avait laissé la fenêtre donnant sur les escaliers de secours extérieurs ouverte. Je n'ai eu qu'à m'y glisser.
Il s'affairait maintenant à défaire les liens de mes chevilles alors que je massais mes poignets douloureux.
_Puis-je savoir en quoi c'était "nécessaire", au fait ?
Il releva brusquement la tête.
_Attends, il allait t'embrasser !
Je souris.
_Tu es jaloux !
Il secoua la tête et reporta son attention sur mes liens.
_Pff... Cela n'a rien à voir avec ça... Marmonna-t-il.
_Booth. Je crois que mes liens sont bien défaits. Fis-je remarquer gentiment.
Il s'arrêta mais ne releva pas la tête. Je me baissai et glissai un doigt sous son menton pour le forcer à me regarder.
_Réponds-moi : Étais-tu jaloux ?
Il prit une profonde inspiration.
_Oui ! Lâcha-t-il.
_Merci.
Je me levai et il m'imita.
_Tu as mis du temps... m'enquis-je.
Je sentis mes yeux s'humidifier au souvenir du désespoir que je ressentais encore quelques minutes plus tôt.
_Je sais. Pardonne moi.
Il m'ouvrit ses bras. Je m'y jetai sans hésiter; sentant ensuite son étreinte se fermer autour de mon corps.

xXx


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