Chapitre troisième
Tu es détendue. Ne le croyez pas si vous ne le voulez pas, mais tu es détendue. Du moins, tu te sens détendue. Et tu aimes cette sensation. Tu n'as pas attendu Mark pour te rendre à l'hôpital. Il n'est pas encore 10h, tu es en avance. Très en avance. Mais tu as besoin de renouer avec ton passé. Renouer avec ce que tu as perdu, pour peut-être espérer le retrouver un jour.
Tu entends. Tu entends les gens parler autour de toi. Ils parlent beaucoup à vrai dire. C'est l'exact contraire d'hier. C'est à croire que tu es déjà redevenue toi-même. Que tu fais de nouveau partis du personnel de cet hôpital. Mais tu sais très bien que c'est faux. En fait, ils parlent de toi. Mais tu ne les écoutes pas. Tu les entends, mais tu ne les écoutes pas. Nuance. Ne pas confondre. Tu ne fais pas attention jusqu'à ce que le nom d'Arizona ressorte à plusieurs reprises. Ces gens ne sont pas vraiment discrets.
Arizona. Pleurs. Espoir. Callie. Disparue. Sans nouvelles. 3 jours. 2 semaines. 6 mois. 1 an. Toujours rien. Déprime. Solitude. Tristesse. Coleen. Aide. Réconfort. Bonheur. Callie. Coleen. Callie. Coleen. Coleen. Petite amie. Ensemble. Continuer. Callie. Partie. Adieu. Au revoir. Vivre. Survivre. Pour Callie. Avec Coleen.
Voilà tout ce que tu as retenu des conversations autour de toi. Ils pensaient peut-être que tu allais pleurer ? Que tu allais t'effondrer ? Ils pensaient sûrement que de savoir Arizona avec une autre te mettrait mal ? Te rendrait malade ? Eh bien ils se trompent. Ils se trompent complètement. Personne n'a voulu plus que toi qu'Arizona se remette avec une autre. Personne n'a souhaité plus que toi qu'Arizona soit de nouveau heureuse. Et apparemment, Coleen a réussi à la rendre heureuse. Alors, dès que tu la verras, dès que tu pourras mettre un visage sur un nom, tu iras la remercier. La remercier de s'occuper d'elle. La remercier de lui avoir donner ce que toi tu n'as pas pu. La remercie de l'aimer. Parce que s'il y a bien une chose qu'Arizona mérite, c'est d'être aimer.
Il est heure. Tu croises Bailey. Elle t'emmène dans une salle d'auscultation. Il est temps pour toi de lui dire. De lui dire ce qu'elle va voir. Ce qu'elle va comprendre. Ce qu'elle va devoir accepter. Ce n'est pas facile. Toi-même tu n'y arrives toujours pas. Et pourtant. Pourtant il va bien falloir. Il le faut.
- Allez-y Torres. Installez-vous, et retirez-moi tout ça. Je vais voir ce que je peux faire.
- Oui, mais avant, il faut que vous sachiez ... quelque chose. Ne prenez pas peur. Je veux dire que ... enfin ... ce qu'il y a sous mes vêtements n'est pas beau à voir. Vous comprenez, j'ai été ... il ... il ...
- Doucement, calmez-vous. Je vais faire attention. Prenez votre temps d'accord ? Je vous attends. Allez-y. Là. Comme ça. C'est mieux.
- Il m'a fait ... beaucoup de mal. Et je ne parle que physiquement là. Coups et blessures en tout genre. Je ne sais pas ce qu'il attendait de moi, mais je n'ai pas du le lui apporter.
Lentement, tu retiras ta veste. Puis ton pull. Et enfin ton débardeur. Tu te retrouvais en soutiens gorge devant Miranda Bailey. Et tu sais que tu n'avais rien à craindre. Qu'elle ne te jugerait pas. Tu savais que tu pouvais compter sur elle. Sur sa discrétion. Mais sur le coup, tu pus lire sur son visage de la surprise, de la colère, de la tristesse. Mais jamais de la pitié. Tu avais eu raison de t'adresser à elle.
- Bien. Je vais m'occuper de vous.
- Merci. Miranda, personne ne doit savoir. Personne. Pas même Mark. Ils vont vous questionner, je le sais bien. Mais je ne veux pas qu'ils sachent. Je leur dirai peut-être. Un jour. Ou peut-être jamais. Je ne sais pas encore. Mais je sais que je ne veux pas.
- Ils n'en sauront rien. Pas de moi. Je ne laisserai rien échapper.
Alors que Miranda s'occupait de toi, et laissait aller ses mains sur ton dos, tu ne pouvais pas t'empêcher de repenser à la manière où tu as reçu toutes ces blessures. Cet homme n'avait aucune limite. Aucune. Tu étais un simple objet. Il se servait de toi comme d'un puching ball. Il était toujours en colère. Toujours. Tu ne demandais rien d'autre qu'on te laisse tranquille, et lui te frappait. Hématomes, bleus, cicatrices, marques. Voilà à quoi se résumaient les diverses blessures qu'il t'a infligé. Si Miranda te faisait mal, tu ne laissais rien transparaître.
Elle avait enfin finis. Ca lui a pris un certain temps de te soigner. Mais maintenant, tout va bien. Tu me sens mieux. Comme vidée d'un poids. Tu as parlé de ça à quelqu'un. Vite fait. Certes. Mais tu as parlé quand même. Une douleur en moins en toi. Mais bon, ça ne change pas grand chose. Tu n'es plus à ça près.
