Chapitre sixième
Elle te regarde. Tu vois bien qu'elle a envie de savoir. Qu'elle a envie que tu lui répondes. Qu'elle a envie de comprendre. D'analyser. D'entendre. Mais, toi, en as-tu vraiment envie ? Alors que dans un premier temps, tu penses non. C'est finalement un oui qui te vient à l'esprit. Tu prends alors une grande respiration, et tu te lances enfin.
- Je ... j'ai peur. Constamment peur. Tout le temps. A toute heure du jour et de la nuit. Sauf quand je dors. On pourrait croire que je ne dors pas beaucoup. Que mes nuits sont peuplées de cauchemars. Mais de toute évidence, les cauchemars sont la seule chose que la vie a décidé de m'épargner. Lorsque je dors, j'oublis. J'oublis tout ce qui m'entoure. J'oublis les ... viols. Les coups. Les insultes. Les nuits froides. La faim. Quand je dors, tout va mieux.
Elle te regarde. Tu la regardes à ton tour. Tu as pourtant gardé la tête baissée pendant ce début de discours. Mais tu as sentit son regard sur toi. Tu l'as sentit au plus profond de toi. Il t'a transpercé. Et c'est dans ce même regard que tu trouves la force de continuer. Tu reprends là où tu t'es arrêtée.
- Maintenant, j'essaie au maximum de marcher dos au mur. De le longer. En jetant régulièrement des regards autour de moi. De cette manière, je peux voir tout le monde. Et surtout je n'ai pas à sursauter lorsque quelqu'un désire me parler. Il n'a pas besoin de me faire un petit coup sur l'épaule. Autrement, tu peux être sûre que je m'enfuirais en courant. Tu as bien vu le jour où je suis revenue. Quand Mark a voulu me prendre dans ses bras, j'ai eu un mouvement de recul. Ca va mieux aujourd'hui, parce que je suis dans un environnement connu. Mais je fais tout de même très attention.
Elle te regarde. Elle est toujours là. Elle veut en apprendre plus. Elle veut vraiment tout savoir. Mais tu ne peux pas tout dévoiler d'un coup. C'est dur. Très dur. Trop dur. Et elle devra l'accepter. Elle n'a pas le choix. Tu ne lui laisses pas le choix. Mais tu reviendras lui rapporter le reste plus tard s'il le faut. Pour le moment tu poursuis ton récit.
- Après, regarde-nous. Depuis le temps que je suis arrivée, tu as quasiment finis de manger, alors que moi j'ai à peine touché à mon assiette. Mark me force à avaler quelque chose. Mais mon estomac n'a pas encore repris l'habitude de tant de nourriture. Mais ça va venir. Je retrouve l'appétit peu à peu. Ce n'est plus qu'une question de temps je l'espère.
Elle ne te regarde plus. Elle a l'air dans ses pensées maintenant. Alors, tu lui prends la main. Et tu la serres fort. Très fort. Mais elle te laisse faire. Elle a à présent les yeux fixé sur vos mains jointes. Et quand elle te regarde, pour la première fois depuis 3 ans, tu souris. Tu lui souris. A elle. Elle a réussit à te faire sourire. Un vrai sourire. Cette vision de toi a du lui faire quelque chose, parce que maintenant elle sourit à son tour.
- Tu m'as manqué Callie. J'avais perdu espoir. Je pensais ne plus jamais te revoir.
- Mais je suis là maintenant. Et je compte rester encore un petit moment ... Tu m'as manqué toi aussi.
Tu t'apprêtais à rajouter quelque chose. A lui dire tout ce que tu avais sur le coeur, mais tu ne fis rien de tout cela. Pourquoi ? Parce que Coleen venait juste d'arriver dans la cafét, et visiblement elle recherchait quelqu'un. Ca ne peut être qu'Arizona. Tu l'appelles. Oui, oui, c'est toi qui l'appelles. Tu te lèves. Tu as toujours la main d'Arizona dans la tienne. Et symboliquement, tu glisses la main d'Arizona dans celle de Coleen. Ce geste peut sembler anodin pour ceux qui ne connaissent pas ton histoire. Mais il prend tout son sens dans cette situation précise. Tu as fait ça. Devant tout le monde. Tu as montré que tu étais d'accord, et enchantée de la nouvelle relation de ton ex. Symboliquement. Tout n'est que symbole. Mais tout est vrai.
Et puis tu t'en vas. Sous le regard de tous tes amis. Ta famille. Tu t'en vas. Tu ne fuis pas non. Tu aimerais bien rester. Mais tu n'as plus faim. Tu as eu assez d'émotion pour la journée. Tout ce que tu souhaites, c'est d'aller t'occuper de tes patients. Il te reste des dossiers à remplir. Et puis tu iras te coucher. Parce que demain, quoi qu'il puisse arriver, c'est une nouvelle journée qui commence. Un nouveau jour qui s'annonce. Demain.
