Chapitre septième
Tu es enfin retournée dans un bloc opératoire aujourd'hui. Enfin. Soulagement. Délivrance. Bien être. Alors, non, tu n'es toujours pas heureuse. Mais au moins tu as opéré. Tous ont voulu voir comment tu te débrouillerais, y compris le chef. Tu as eu le droit à des applaudissements. Avant l'opération. Après l'opération. Ton infirmière de bloc était Coleen. Elle t'a vraiment beaucoup aidée. Un bon point en plus pour elle : elle est une bonne infirmière.
Dehors le soleil était au rendez-vous. Les oiseaux chantaient. Le gens se promenaient. Les papillons papillonnaient. Les enfants courraient, et s'amusaient. Les amoureux s'enlaçaient. Les vieillards nourrissaient les canards. La vie à Seattle reflétait la joie de vivre et le bonheur absolu. Et toi, toi tu te surpris à rêver. A envisager de nouveaux rêves. De nouveaux espoirs. Tu te projetais vers l'avenir. Tu appréhendais le temps. Tu voulais vivre de nouveau.
Ta disparition a été le sujet de conversation a la mode i ans. Aujourd'hui, le sujet qui revient, c'est ton retour. Les gens de ton entourage ne parlent que de ça. Tu les écoutes d'une oreille discrète. Des choses sont vraies. D'autres ne le sont pas. Ils inventent de ces trucs parfois. Ils ne savent pas où donner de la tête. Mais tu les laisses dire. Tu ne cherches pas à les contredire. A rectifier la vérité. Moins ils en savent, et mieux ils se portent. Ton psy t'aide à aller mieux. Tu le vois 2 fois par semaine sur rendez-vous. Et parfois, tu vas le voir parce que tu sens un moment de faiblesse. Il t'aide. Mais il voudrait que tu parles à quelqu'un d'autre que lui. Seulement toi, tu ne trouves pas la force de le faire. Tu as assez donné. Tu ne veux pas revivre ça une dernière fois. Et puis, à qui en parler ?
A Arizona ? Elle se sent déjà assez mal comme ça. A Mark ? Il voudrait savoir, ça tu en es sûre. Mais est-ce une bonne chose ? Il ne te verra plus de la même manière après avoir pris connaissance de tous les détails. A Miranda Bailey ? Tu lui demandes déjà beaucoup en la laissant toucher ton corps pour te soigner. Au chef ? Non. A Teddy ? Non plus. A un inconnu ? Encore moins. Tu te sens piégée. Tu ne sais plus comment agir. Mais tu sais tout de même au fond de toi, que tu dois en parler. Que tu dois partager ce genre de choses. Tu vas essayer. Pas faire un long discours, et tout raconter en même temps. Juste .. des allusions. Des petites phrases de temps en temps.
Bon, faut que tu ailles manger maintenant. Mark t'a donné rendez-vous à 13h pile à la cafétéria. Tu n'as pas intérêt à louper l'heure, et à arriver en retard, sinon Mark te fera la fête. Ah, ce Mark. Qu'est-ce que ses petites attentions à ton égard t'ont manquées ! Ces bras protecteurs. En revanche, ses allusions perverses elles, ne t'ont pas manquées, et tu n'es pas sûre de vouloir les entendre à nouveau. Il sait que tu as été violée. Il le sait. Il s'en doute. Personne n'a lu ton dossier médical. Miranda s'en est assurée. Mais ils le savent tous. Ton comportement va en ce sens de toute façon. Ce n'est pas très difficile à deviner.
Tu les rejoins à table. Ils sont tous là. Presque tous quoi. Arizona n'est pas là. Mais, apparemment, elle ne mange jamais avec eux quand elle est avec Coleen. Elle ne veut pas. Elle partageait sa vie avec tout le monde quand elle était avec toi. Mais avec Coleen, elle ne veut pas. Tu ne sais pas pourquoi. Peut-être lui poseras-tu la question plus tard. Quand vos rapports se résumeront bien à de l'amitié. En attendant, tu profites de l'instant présent. Un bon repas en présence de tes amis.
- Pfff, la matinée a été trop longue. Je n'en peux plus. Heureusement que je finis dans 2h. Je vais pouvoir dormir, et rattraper un peu de ma garde.
- Te plains pas April, je viens juste de commencer la mienne de garde, et j'en ai pour 48h min.
- Et vous savez quoi ? J'ai une patiente de 25 ans qui a fait vœu de chasteté. Apparemment, son mec l'a trompée. Elle est dégoûtée des mecs quoi. Mais c'est pas une raison je trouve.
- Je ne suis pas d'accord. Après avoir été violée et battue par le même homme pendant plus de deux ans, je crois pouvoir affirmer que refuser l'approche d'un homme est tout à fait compréhensible.
Ca y est, tu l'as dit. Tous te regardent. Allez, vite, change de sujet. Trouve quelque chose. N'importe quoi. Pourvu qu'ils arrêtent de se sentir gênée de ta remarque.
- Vous savez pourquoi Arizona ne mange pas avec nous ?
- Oh ... eh bien ... elle ne mange quasiment plus avec nous depuis que tu es ... enfin que tu as été ...
- Depuis que j'ai été enlevée Teddy. Tu peux le dire tu sais. Je n'ai aucun problème avec ça.
- C'est ça. Depuis que tu as été enlevée. Ca me manque tout ça, mais j'ai beau essayer de la raisonner, à chaque fois elle refuse. Elle a son jardin secret maintenant.
- Je suis sûre que c'est à cause de Coleen. Elle ne doit pas la laisser nous approcher.
- Mark, ne t'énerve pas contre elle. Elles doivent avoir leur raison. Elles préfèrent sûrement passer du temps ensemble.
- N'empêche qu'Arizona ne nous parle plus. Elle arrive ici, nous dit bonjour quand elle croise l'un de nous, mais sans plus, elle travaille, vas rejoindre Coleen, et rentre chez elle. Et ça recommence le lendemain.
- On ne va pas leur reprocher d'être heureuses non plus. Arizona et Coleen sont biens ensemble. On devrait tous être ravis pour elles.
- Mais pourquoi tu les défends toi ?! Arizona, je peux comprendre mais Coleen ! Et d'ailleurs, tu peux me dire pourquoi elles sont toujours ensemble ? Pourquoi tu n'es toujours pas retournée avec Arizona ? Tu l'aimes pourtant !
- Mark ...
- Je ne te comprends pas là. Vous avez mis du temps à vous trouver, tu disparais, elle se jette dans les bras d'une autre, tu reviens, et elle, au lieu de revenir vers toi en rampant, elle reste avec l'autre ! Ce n'est pas normal. Explique moi !
Tu ne peux pas le laisser dire autre chose. Il commence à hausser le ton, et tu n'apprécies que moyennement. Tu n'apprécies pas du tout en réalité. Sans autre forme, tu le prends par le bras, et l'emmènes avec toi dans une salle réservée aux titulaires.
