Chapitre Huitième
Je suis à bout de souffle. J'ai envie de crier. D'hurler. D'exploser. Mais je prends sur moi. Je me contente de le regarder faire les cent pas dans la pièce. Apparemment, il cherche lui aussi à se contenir. Il se retient. Il est en colère. Et je ne comprends pas pourquoi. Il me doit des explications. Je veux des explications.
- Pourquoi est-ce que tu prends la défense de Coleen ?!
- Pourquoi est-ce que tu craches derrière son dos ?
- Pourquoi tu veux faire amie-amie avec elle ?
- Pourquoi ne pourrais-je pas être amie avec elle ?
- Ce n'est pas bien ! C'est ta rivale ! Elle est ton ennemie !
- Arrête Mark ! Arrête ! Je ne veux pas en entendre davantage ! Tais-toi ! Arrête !
- Callie ...
- T'as pas le droit de dire ça ! Je n'ai qu'un seul ennemi aujourd'hui, et ce n'est sûrement pas Coleen ! Alors arrête !
- Callie ... je suis désolé. Je ne voulais pas dire ça. Les mots ont dépassé ma pensée.
Il faut que tu te calmes. Calme-toi Callie. Allez vas-y. Respire. Respire. Tout va bien. Tu vas bien. Il en a trop dit. Il ne dit pas ce qu'il devrait. Il est venu le temps des explications. Vous devez parler. Tu dois lui parler. Et il doit t'écouter.
- Ecoute, Callie. Je ne comprends pas. Tu aimes Arizona non ? Alors pourquoi tu ne te bats pas pour elle ?
- Je n'ai pas envie de me battre ...
- Mais pourquoi ? Il t'en faudrait peu pour que tu la récupères.
- Elle est heureuse Mark.
- Elle le sera encore plus avec toi.
- Je ne peux pas la récupérer. Je ne le veux pas. Je ne peux pas faire ça à Coleen.
- Mais pourquoi ? Coleen s'est amourachée d'une femme triste, et seule. Maintenant que tu es revenue, tu vas pouvoir nous transformer cette femme en une autre complètement différente.
- Coleen l'a fait ! Coleen a remonté le moral d'Arizona, quand je n'étais pas là. Coleen a fait naître un sourire sur le visage d'Arizona, puisque je n'étais pas là. Coleen a permis à Arizona de rêver à nouveau, alors que je n'étais pas là. Coleen a tout simplement aidé Arizona à surmonter mon absence. Je-n'étais-pas-là.
- Justement Callie, justement. Elle t'a abandonnée. Tu n'étais pas là. Et ce n'est plus le cas, alors ...
- Tu ne comprends rien du tout, Mark ! Coleen est quelqu'un de bien. Aussi bien en tant qu'infirmière, et j'ai encore pu le constater ce matin, mais aussi en tant que femme. Coleen est la personne idéale pour Arizona. Elle mérite d'être heureuse. Elles méritent d'être heureuses toute les deux. Quand j'étais là-bas, quand ... quand il me frappait, quand j'étais terrorisée, je priais. Je priais pour moi bien sûr, mais je priais aussi pour Arizona. Pour qu'elle trouve la force de se battre, et de vaincre tout ça. Et mes prières ont été exaucées. Elle a survécu. Grâce à Coleen.
- Mais Callie tu ...
- N'insiste pas Mark s'il te plait. Je ne veux que son bonheur, tu le sais très bien.
- Mais tu allais la demander en mariage ! Tu avais tout prévu !
Mark te ramena à ce moment là 3 ans en arrière. Oui, tu allais la demander en mariage. Oui, tu étais stressée comme pas possible. Oui, tu avais tout prévu. Oui, tu avais des projets avec Arizona. Mais c'est fini tout ça. Alors, en relevant la tête, tu regardes ton meilleur dans les yeux qui semble avoir compris que ta décision était prise. Que tu ne changeras pas d'avis.
- Je sais, Mark, je sais. Mais tout ce que je demande maintenant, c'est de ne pas disparaître de sa vie. Je veux avoir ... une autre place. Je veux être une amie exemplaire, celle qu'elle n'a jamais eu. Je veux traverser tout ce qu'elle traverse. Je veux ... être là dans les meilleurs moments de sa vie. Je veux qu'elle vienne me voir quand elle se dispute avec Coleen, parce que je veux tout savoir pour tenter de recoller les morceaux entre elles. Je veux assister à son mariage. Je veux être témoin de son bonheur. Que ce soit avec Coleen ou une autre. Peu m'importe. Je veux qu'elle se confie à moi. Je veux ... je veux qu'elle pense à moi plus tard pour garder ses enfants, lorsqu'elle voudra se faire une soirée romantique avec sa femme. Je veux qu'elle m'appelle à 4h du matin, parce qu'elle a fait un cauchemar affreux et qu'elle n'arrive pas à joindre Coleen. Je veux qu'elle me demande de régler ses petites affaires quand elle est occupée avec une autre. Tu comprends Mark ? Je ... je ne suis plus sa personne. Alors, oui, bien sûr que ça fait mal ! Bien sûr que je vais mettre du temps à m'en remettre. Mais je ne peux plus rien faire maintenant. J'ai tout simplement disparu.
- Callie ...
- Tu as perdu une amie i ans. Ta meilleure amie. Mais elle, elle a perdu sa femme ! Tu réagirais comment si tu devais renoncer à celle que tu aimes ?! Tu ne peux pas savoir comme j'ai été heureuse d'apprendre qu'Arizona avait refait sa vie. Qu'elle ne dormait pas seule le soir, mais dans les bras d'une femme. Et savoir que cette femme n'est d'autre que Coleen, c'est encore mieux.
- Je comprends Callie ... je comprends ...
- Mark ... je l'aime ! Je l'aime tellement. Je n'ai jamais cessé de l'aimer. Et je l'aimerais toujours autant. Et je sais qu'elle m'aime aussi, je le sais. Elle ne m'a jamais abandonnée. Jamais. Je sais que beaucoup pensent ça. Mais moi, je sais que c'est faux. Elle pense toujours à moi. Et vous, vous lui en voulez uniquement parce que je suis revenue. Elle ... elle ... est heureuse. Elle est heureuse ... sans moi. Sans moi Mark. Je ne veux que son bonheur. Je veux qu'elle vive. Je ... Je veux qu'elle soit ... Je veux ... elle ...
- Je sais, Callie. Je le sais. Viens là. Ne pleure plus. Shutt. Elle est heureuse. Tu as raison. Elle est très heureuse, Callie.
Mark continue de te bercer tout doucement. Tu pleures. Tu ne t'en n'est pas rendu compte tout de suite. Mais c'est tout aussi bien. Tu en avais besoin. Parler d'Arizona te touche plus que tu ne l'aurais pensé. Mais tu avais besoin de ça. Besoin de te lâcher. Besoin de vider ton sac. Besoin de dire ce que tu avais sur le coeur. De t'exprimer enfin. Et t'opposer à Mark au début t'a fait du bien. Tu te calmes au bout d'un moment. Il ne t'aura pas fallu longtemps. Tu t'excuses rapidement auprès de Mark, et tu voudrais bien t'en aller. Tu te retournes pour partir. Tu reprends contenance. Tu sèches tes larmes une dernière fois. Et tu sors. Et là. Aie. Arizona. Elle est là. Devant toi. Près de la porte. Elle te regarde. Elle pleure elle aussi. Elle a entendu. Tu en es sûre. Tout entendu ? Tu ne sais pas. Tu ne veux pas savoir. Tu la regardes un instant. Elle soutient ton regard. Puis tu t'en vas. Sans un mot. Elle ne cherche pas à te retenir. Elle doit comprendre que tu n'as pas envie d'en parler.
Que va-t-il se passer maintenant ? Tu ne sais pas. Tu verras bien. Ce qui doit se passer se passera. Tu verras bien. Tu devrais aller voir Bailey. Ressasser tout ça te fait avoir mal au dos. A tes cicatrices. C'est sûrement psychologique. Mais tu as besoin de la pommade miracle de Miranda. Pourvu qu'elle ne soit pas en train d'opérer.
