Chapitre Dixième

Tu es dans ton lit. Tu voudrais bien dormir. Mais tu te retournes encore et encore. Tu te retournes parce que tu n'arrives pas à trouver le sommeil. Tu ne trouves pas le sommeil parce que tu repenses à Arizona. Tu penses à Arizona parce que vous avez eu une conversation ensemble. Vous avez eu cette conversation parce que tu as été maltraitée. Tu as été maltraitée parce que ... Parce que ... Tu ne sais pas pourquoi.

Il pleut toujours autant dehors. Le martèlement de la pluie n'arrange rien au fait que tu n'arrives pas à dormir. Tu te retournes une nouvelle fois. Tu fermes les yeux. Pour dormir. Pour ne plus penser à cette porte. Mais tu sursautes. Quelqu'un frappe à la porte. Tu n'attend personne pourtant. Tu vas ouvrir. Tu sais qui est derrière cette porte. Tu le sais. Au fond de toi, tu le sais très bien. Tu vas quand même ouvrir. Comme tu t'y attendais. Elle est là. Elle est trempée. Mais vraiment trempée. Elle ne parle pas. Tu te recules. Elle rentre.

- Je sais que tu as du vivre des tas de choses ... horribles, inimaginables, et affreuses. Je sais que c'est dur pour toi, et je sais que tu vas mettre du temps à te reconstruire. Je le sais tout ça.

- Arizona, s'il te plait ...

- Je sais aussi que je t'aime. Je t'aime plus que tout. Et je sais que je veux être avec toi. C'est une certitude.

Elle ne comprend pas. Tu vas lui faire du mal. Elle va souffrir par ta faute. Tu n'es pas capable de satisfaire ses besoins. Tu n'es pas capable d'agir comme autrefois. Tu n'en n'es pas capable. Pas encore. Ca va venir. Tu espères que ça va venir. Mais ... et si elle avait raison ? Comment pourrais-tu être capable un jour si elle n'est pas là pour te pousser dans ce sens ? Te pousser pour essayer ? Pour découvrir tes limites, et les chasser au fil du temps ? Tu ne sais plus. Tu ne sais pas. Mais elle a l'air sûre d'elle. Si sûre d'elle.

- Tu ne comprends pas, Arizona. Tu ne comprends pas.

- Je ne comprends pas, tu as raison. Et je n'ai aucune intention de prétendre comprendre un jour. Tout ce que je veux, c'est être là pour toi, de la même manière que toi, tu aurais été là pour moi. Nous savons touts les deux que si les rôles avaient été inversées, tu te serais battue pour moi. Et je compte bien le faire pour toi.

- Ca ne va pas être facile, tu sais ?

- Nous appréhenderons la vie et ses difficultés ensemble. Nous partagerons des bons moments ensemble. Et nous nous créerons un futur et un avenir ensemble. Je t'aime Calliope.

Tu ne peux plus lutter. Elle est là, devant toi. Elle te sourit. Elle t'a pris la main. Tu ne t'en n'es même pas rendu compte. Et c'est une bonne chose. Une très bonne chose. Elle a confiance en elle. Elle a confiance en toi. Elle a confiance en vous. Alors, à ton tour, fais-lui confiance. Tout se passera bien. Tu n'as plus rien à perdre. Tu as tout perdu. Ta joie. Ton bonheur. Ta confiance en toi. Ta dignité. Ta vie. Arizona va t'aider à retrouver tout ça. Tu en es sûre. Vas-y en douceur. Et parle-le lui. Ne lui cache plus rien. Elle veut te protéger. Tu la protégeras à ton tour en la laissant faire. D'une certaine manière. Tu la protégeras de ce mal qui te ronge.

- J'ai besoin de toi.

Tu fais le premier pas. Comme le premier jour. Tu t'avances vers elle. Tu la prends dans tes bras. Elle t'accueille avec plaisir. A croire qu'elle attendait ça. Qu'elle attendait que tu prennes l'initiative. C'est peut-être le cas. Elle ne veut peut-être pas te brusquer. Tu aimerais dire quelque chose. Mais tu ne sais pas quoi exactement. Les mots te manquent. Ce que tu aimerais lui dire ? Merci de faire ça pour moi. Merci de t'occuper de moi. Merci de prendre soin de moi. Merci de rester près de moi. Merci d'être là. Merci d'être toi. Alors, tu ne laisses échapper que l'élément commun.

- Merci.

Tu lui as chuchoté dans l'oreille. Et elle a eu l'air d'apprécier. Tu te recules. Tu la regardes dans les yeux. Vous restez là quelques minutes à vous regarder. Tout simplement. Ce visage qui t'a tant manqué. Tu le revoyais tout le temps là où tu étais. Tout le temps. Et Dieu seul sait combien de temps tu es resté sans rien faire. Seule avec tes pensées. Ton esprit. Tes rêves et tes espoirs.

- Tu veux manger quelque chose ? J'ai de quoi te faire repas dont tu me diras des nouvelles. J'ai tellement plus eu l'habitude de manger à ma faim, que l'un de mes premiers gestes fut de dévaliser les magasins.

- Ce sera avec plaisir.

Tu t'en vas alors mettre le nez dans ta cuisine, cherchant tous les ingrédients nécessaires et les ustensiles adéquats à un bon repas. Derrière toi, tu entends la porte se refermée. Elle était restée ouverte pendant toute votre conversation. Arizona la referme. Instinctivement tu regardes ce qui se passe. Tu la regardes elle. Mais elle te sourit. Tout va bien. Elle te sourit. De son sourire. Tu souris en retour. Tu retournes à tes occupations. Elle te regarde faire durant tout le processus. Tu te sens bien. Ca c'est sûr. Ce soir tu te sens bien. Et tu n'as plus envie de dormir.