Chapitre Douzième

Tu ne vis pas le temps passer. Déjà 6 mois que tu étais revenue à Seattle. En 6 mois, il s'en est passé des choses. Des choses incroyables. Des choses que tu croyais terminées. Oubliées. Perdues. Mais des choses que tu as. Que tu possèdes. Qui te reviennent. Des choses qui te manquaient. Que tu espérais retrouver. Des choses.

A ce jour, tu peux presque affirmer que tu as retrouvé une vie normale. Ton ancienne vie. Celle à laquelle on t'a arrachée. Presque. Presque affirmer. Il reste toujours cette situation avec Arizona. Cette proximité que vous n'avez toujours pas retrouvé. Bien sûr, maintenant, tu l'embrasses. Elle t'embrasse. Tu prends les initiatives. Elle aussi. Mais il n'y a eu rien de plus. Aucune évolution. Aucun changement. Aucun. Ca va changer. Tu es prête. Tu es disposée à aller plus loin. En partie.

Tu files au bloc. Un patient a été admis d'urgence il y a 20 minutes. Le chirurgien en charge de ce cas a fait un malaise juste après s'être préparé pour l'opération. Owen est déjà sur place. Il attend que tu décides de la marche à suivre. April, la résidence de garde cette nuit là, te fait un topo du cas. A ton tour tu es parée. Tu te sens plus en forme que jamais.

Mais tu ne peux pas. Tu ne peux pas faire quoi que ce soit. Tu es figée sur place. Le temps s'est figé autour de toi. Tout est figé. Tes yeux restent fixés sur cette urgence. Ce cas. Ce type. Tes yeux balayent les traits de ce visage, de ces cheveux, de ces cernes, de ce nez. Tu n'as pas oublié. Tu n'as rien oublié. Tu ne pourras jamais oublier.

- Torres, qu'est-ce qui te prend ?

- Je ... Je ne peux pas.

- Quoi ? Je sais que tu n'étais pas de garde, mais tu n'es pas du genre à refuser une opération, alors pourquoi tu le ferais pour lui ?

- Justement. Parce que c'est lui.

- Ecoute, Torres, cet homme risque de perdre l'usage de se membres si on ne ...

- Tu comprends pas Owen ! C'est ... Lui. C'est lui. C'est mon ... C'est l'homme qui m'a ... C'est lui.

Silence. Le silence est revenu. Le silence que tu avais presque réussit à effacer de ta mémoire. Le silence auquel tu n'avais plus eu à faire depuis maintenant 6 mois. C'est comme ci il avait choisi ce jour précis pour réapparaître. Une date d'anniversaire ? Tu es resté le regard planté sur le visage endormi. Mais tu sens le regard d'Owen sur toi. Il ne sait pas comment réagir. Mais il se reprend vite. Heureusement. Tu en es incapable.

- Kepner, sors d'ici, et vas vite prévenir le chef. Dis-lui ce qui se passe. Il fera le reste. Ensuite, tu iras voir le Docteur Robbins.

- Oui, Docteur Hunt.

- Et dépêche-toi ! Callie ...

- C'est lui Owen. C'est lui.

- Oui je sais, je le sais. Donne-moi le bistouri maintenant.

- Il m'a ... il ... pendant 3 ans, il est ...

- Callie ... je suis avec toi. Il ne te fera aucun mal. Donne-moi le bistouri s'il te plait.

- Quoi ? Ah oui, bien sûr.

Tu te recules d'un pas. Mais tu restes là. Tu ne bouges plus. Tu entends les infirmières remuer derrière toi. Devant toi. Sur les côtés. Ils remuent. Mais ne bougent pas. Chacun est resté à sa place. Tu sais qu'Owen te parle. Mais tu ne comprends pas. Tout n'est que bourdonnement. Les mots résonnent en toi. Ils entrent, et ressortent aussitôt. Tu n'entends pas tout simplement. Tu te contentes de répéter inlassablement la même chose.

- C'est lui. C'est lui qui m'a fait ça. C'est lui.

- Calliope ...

Tu détaches enfin le regard de cet homme pour le poser sur Arizona. Elle vient juste d'arriver. Presque en même temps que le chef. Tu ne les as pas entendu. Mais tu le repositionnes aussitôt sur lui.

- C'est lui Arizona. Regarde. C'est lui. Viens voir de plus près.

- Je le vois. Je vois qui il est. Je vois que c'est lui.

- C'est lui ! Je le reconnais. C'est lui Arizona. C'est ... c'est lui.

- Tu es en état de choc Callie. Viens avec moi. je t'emmène loin d'ici.

- Tu m'emmènes ?

- Oui. Viens avec moi.

Tu lui donnes ta main. Elle te la serre fort. Elle est là pour toi. Elle ne parle plus. Une fois sorties du bloc. Elle ne parle plus. Elle t'emmène avec elle. Tu ne sais pas où. C'est lui. Dehors ? Non. Elle sait que ce n'est pas le moment. Que tu ne veux pas sortir. Dans une salle de garde. Tu as besoin de te remettre les idées en place. De faire le point sur ce que sa venue implique. Parce que oui. C'était lui.

Tu la suis sans hésitation. Ses mots ont fait tilt et se sont créés un passage dans ton esprit. Cette fois, c'est toi. C'est toi qui décides. Toi qui as les cartes en main. Toi contre lui. C'est toi qui gagnes. Alors tu pars avec elle. Tu quittes cette salle. Sous leurs regards. Le chef. Owen. Kepner. L'anesthésiste. Les infirmiers. Tu t'en vas. Tu es libre.