Chapitre quatorzième

Tu es dans cette salle. Cette salle qui te faisait du bien au début. Un grand bien même. Mais qui maintenant, ne te fais plus rien. Plus d'effet. Tu aimerais bien pourtant. Tu aimerais bien venir ici, des idées plein la tête, l'envie de te confier. D'avancer. De te vider l'esprit. Et d'en sortir l'esprit léger. Mais tu n'y arrives pas. Ca ne marche plus avec toi. Il t'a demandé d'attendre. Tu attends. Dans un beau fauteuil. Le beau fauteuil du psy. Il revient. Il s'installe. Il regarde ses notes. Tu le regardes. Il te laisse faire. Tu es une patiente ordinaire.

- Parlez-moi de ce qui vous a été fait là-bas.

- Que croyez-vous que je fais depuis tout ce temps ?

- Vous parlez.

- Et c'est ce que vous voulez. Donc le problème est réglé, non ?

- Non. Vous parlez certes, mais vous ne parlez pas de ce que je vous demande. Vous évitez le sujet. Vous fuyez.

- Je ne fuis pas !

- Pourquoi ne voulez-vous pas vous lâcher avec moi ?

- Je ... Je dois en parler à quelqu'un avant.

- Au Docteur Robbins ?

- Non. A Arizona.

- Arizona n'est pas le Docteur Robbins ?

- En théorie, oui. Mais je n'ai pas besoin de parler à un énième docteur. Je veux parler à ma copine, à ma femme. Je veux lui dire à elle. On n'en n'a jamais parlé encore.

- Pourquoi ?

- Pourquoi quoi ?

- Pourquoi vous n'en n'avez pas encore parlé ?

- Je ne sais pas. Enfin, si, je sais, mais ... enfin je ...

- Dites-moi Callie. Pourquoi ?

- Et vous alors ? Pourquoi me posez-vous toutes ces questions aujourd'hui ? Vous ne le faites jamais d'habitude.

- J'ai remarqué que la psychologie narrative ne fonctionnait pas toujours avec vous. Et je remarque que vous vous livrez plus lorsque l'on vous questionnait. Contredisez-moi si vous pensez que j'ai tord.

- Non. Non, vous avez raison.

- Alors, dites-moi Callie. Pourquoi ne pas en parler ?

- J'ai peur.

- Peur ?

- Oui, peur de revivre tout ça. Peur de revivre tout ça une nouvelle fois. Et peur aussi de lui faire vivre tout ça. De faire vivre tout ce qui m'est arrivé à Arizona.

- Vous pose-t-elle des questions ?

- Non. je vois bien qu'elle n'ose pas. Je voudrais bien qu'elle le fasse d'ailleurs. Mais même si je vois bien qu'elle en a envie, elle ne fait rien qui pourrait me brusquer.

- Elle tient à vous.

- Oui. Et je tiens à elle aussi. Un fois elle m'a demandé. On n'était pas encore ensemble. Enfin pas de nouveau. Elle m'a demandé comment je me sentais, depuis que j'étais revenue. Mais je n'ai pas pu tout lui dire tout de suite. Ca ne faisait pas si longtemps. Et ce n'était pas une question sur ce qui s'était passé là-bas.

- Que s'est-il passé là-bas ?

- Vous le faites exprès ?

- Peut-être.

- D'un côté, je veux vous le dire mais je ne peux pas parce que je veux d'abord le dire à Arizona. Et d'un autre côté, je ne peux pas le dire à Arizona, je m'en sens incapable. Je ne saurais pas par quoi commencer.

- Je vous propose quelque chose. Je vais aller parler avec le Chef Weber, et je vais m'arranger pour qu'il vous offre une après-midi à vous et à Arizona. Comme cela, vous pourrez venir toutes les deux, ensemble, pour une consultation. Qu'en pensez-vous ?

- J'en pense que c'est une bonne idée en théorie, mais que je ne suis pas sûre d'y arriver pour autant en pratique.

- C'est ce que nous verrons en temps voulu. Je vous ferai part de la date du rendez-vous. On se voit plus tard dans ce cas.

Je retourne dans le service de chirurgie. Comme à chaque fois que j'ai un rendez vous avec le psy, le chef allège mes heures de service. Il fait cela pour moi. Et je dois dire que je lui en suis très reconnaissante. J'avais quelque peu l'esprit brouillé en sortant de chez lui. Aujourd'hui aussi d'ailleurs. Je me pose des tas de questions.

- Ah Calliope, c'est toi. Comment ça s'est passé aujourd'hui ?

- On a rendez-vous toutes les deux pour une séance commune.