Chapitre dix-septième

- Arizona ...

Tu la regardes. Tu es revenu à l'instant présent. Tu ne sais pas comment réagir. Arizona t'a écouté tout le long. Elle n'a rien dit. Elle était attentive. Elle n'a jamais rien fait. Pas bougé. Pas parlé. Rien. Elle pleure. Tu t'en doutais. Elle aussi. Tu savais que c'est ce qui allait se passer. Tu cherches un mouchoir sur la petite table que tu lui tends. Il y a toujours des mouchoirs chez les psy. On ne sait jamais. Elle le prend avec gratitude. Tu as attends qu'elle se calme. Tu poursuis.

- Dis quelque chose ... s'il te plait.

- J'essaie d'imaginer ce par quoi tu es passée, et c'est si ... ça fait si mal !

- N'essaie pas. N'essaie pas d'imaginer. Je suis là avec toi maintenant. Tu es là avec moi. Tu me prends la main. Je suis bien. Je veux que tu le sois aussi. Mais dis-moi, est-ce que tu regrettes ?

- Je voulais savoir tout ça. Je voulais que tu m'expliques. Et maintenant que je sais ... Non, non je ne regrette pas. Je comprends plus de choses. Je comprends tes réticences sur certaines choses. Je comprends tes silences. Je comprends tes regards. Je te remercie de m'en avoir parlé.

Raconter ces trois années de ta vie t'a fait mal. Mais en même temps, cela t'a fait du bien. Mal parce que tu sais que tu en pourras jamais oublier de ce qui s'est passé. Ta solitude. Ta souffrance. Ta peur. Trois ans de ta vie. Bien parce que tu as pu extérioriser tout ça justement. Tu as pris du recul. Tu t'es vidée la tête. Tu as partagé ces moments avec quelqu'un que tu aimes. La femme que tu aimes. Ta femme. Un mal pour un bien.

Tu ne seras jamais heureuse de ce que tu as traversé. Ca, c'est sûr. C'est une évidence. Tu ne souhaites ça à personne. Tu n'es pas un monstre. Mais aujourd'hui, au regard de tout ce que tu as vécu, tu te sens normale. Tu as retrouvé une partie de ta vie d'avant. Tu as retrouvé tes repères. Tes façon de faire. D'agir. De pensées. De vivre. Tu t'es retrouvée peu à peu. Grâce à elle. Au chef. A ta famille. Tes amis. Tu as réussi. Vous avez réussi. Ensemble.

- Mon ange, on a réussi. On a traversé ça. Regarde où nous sommes. Regarde qui nous sommes aujourd'hui. Je suis fière de nous. Je n'ai jamais été aussi fière de quoi que ce soit.

Les pleurs ont cessé. Elle a pleuré. Tu as pleuré. Mais les pleurs ont cessé. Vous vous rendez compte du semblant de chance que vous avez. Elle sait ce que tu penses de la chance. Tu n'as pas eu de chance. Tu as eu mal. Mais tu es vivante. Toujours ce "mais" . Ce "mais" qui dissimule la vérité. Ce "mais" que les gens emploient à tout va. Ce "mais" qui signifie "ça aurait pu être pire". Oui Callie Torres a subi des tortures en tout genre, mais elle est vivante. Il n'y a pas pire que ce que tu as vécu. Les gens se trompent. Les gens ont tord. Les gens ne savent pas.

- Je t'aime tellement Calliope.

- J'ai beaucoup pensé à toi à l'hôpital. D'ailleurs, je ne pensais qu'à toi.

Tu vois bien qu'Arizona a été touchée par ton récit. Elle n'agit plus pareil. Elle se comporte d'une façon peu habituelle. Elle est figée sur place. Elle a l'air avoir des difficultés à exprimer ses sentiments. ce qu'elle ressent. Du mal à te parler vraiment. Elle semble différente en cet instant. Comme atteinte. Bouleversée. Affectée. Elle partage ta douleur. Elle la vit avec toi. Elle est là pour toi.

- Tu y es restée longtemps c'est ça ?

- Oui. Quasiment six moi. Je suis restée un moment inconsciente même. La police avait pris soin de ne pas ébruiter l'affaire. Ils voulaient rattraper le ... lui. Comme tu le sais, ils n'y sont pas arrivés. Mes parents ont été prévenu, et quand ils sont arrivés ils ont pris la décision de faire taire mon retour aux autres. Mon père me connait, et il sait que c'est ce que j'aurais voulu.

- Tu sais, tes parents ont pris régulièrement de mes nouvelles.

- Ma mère m'en a parlé. Je n'ai pas été surprise de l'apprendre. Ils t'ont toujours apprécié.

Il y a encore beaucoup à faire. Tu en as conscience. Mais honnêtement, plus rien ne te paraît insurmontable. Parce que tu as vécu pire. Cela peut paraître idiot comme réflexion, voire même absurde. Mais c'est toi. ta réflexion. Toi. C'est ce qui compte. Vous allez enfin avancer avec cette histoire derrière vous. Tu lui as tout raconté. Tu as passé plusieurs heures à lui débiter toutes ces paroles. Tous ces souvenirs importants pour toi. Mais aussi pour elle. C'est votre histoire. A toutes les deux.

C'est seulement à ce cet instant précis que tu te rends compte d'une chose : Arizona et toi êtes seules dans cette salle. Personne autour. Plusieurs heures se sont écoulées depuis que tu as pris la parole. Et le psy est parti. Il vous laissé seules. Tranquilles. Livrées à vous mêmes. Mais tu t'en fiche. Tu sais que tu pourras lui répéter tout ce que tu as appris à Arizona. Tu n'as plus rien à lui cacher. Parce que tu lui as parlé. A elle.