Chapitre vingtième
Tu as cessé tes visites avec Miranda. Cela fait quelques semaines déjà. Bien longtemps. Tu n'en n'as plus besoin. Tu n'en n'éprouves plus le besoin également. Te faire soigner par ses mains revenait à remettre ton corps tout entier à sa merci. D'une certaine manière. Elle n'avait pas le choix. Et toi non plus. Tu n'avais pas d'autre choix que de te laisser faire. Les séances avec ton psy est le seul suivi médical qu'il te reste. Et encore. Ce n'est plus des séances hebdomadaires. Tu prends toi-même l'initiative des rendez-vous désormais. Dès que tu sens que tu flanches. Que tu vas mal. Que tes doutes reviennent.
Une personne interrogée au hasard dans la rue à ton sujet penserait que tu es une jeune femme normale. Comme la plupart des autres. Epanouie. Rayonnante. Heureuse. A coup sûr. Cette personne n'a pas totalement tord. Tu ne laisses plus rien voir de ce qui t'est arrivé. Tu ne laisses rien transparaître. Tu ne le fais pas exprès. Loin de là. Mais ton esprit s'est peu à peu réparé. Il a pris son temps. Le temps qu'il lui fallait pour guérir. Guérir un peu.
Tu as décidé de passer du temps avec Mark aujourd'hui. Tu as l'impression de l'avoir délaissé. De l'avoir mis de côté. Abandonné même. A force de passer tout ce temps avec Arizona. A essayer de te reconstruire. Tu as oublié ton ami. Ton meilleur ami. Tu as oublié Mark. Presque oublié. Arizona n'est pas la seule qui t'a aidé à reprendre pied dans la vie. Il l'a fait aussi. Il a contribué à ta réinsertion. Tu n'as jamais pris le temps de le remercier. Mais il sait ce que tu penses. Ce que tu penses de tout ça. Il le sait, parce qu'il vit la même chose de son côté.
Mark. Tu as souhaité qu'Arizona vienne te chercher. Vienne de tirer de là. Et tu as souhaité que Mark vienne te défendre. te défendre physiquement. Qu'il s'en prenne directement à lui. Qu'il lui rende tous les coups. Qu'il l'empêche de te toucher. De te ... Tu n'y peux rien. Quoi que tu fasses tu repenses à ça. Et tu y repenseras encore et encore. Quoi que tu vivras. Tant que tu vivras. Tout revient toujours à lui.
Quand tu en parles à Mark, il te répond que c'est normal. Que tu n'as pas à t'en faire. Que malgré toi, cet homme fera toujours parti de ta vie. Mais que tout le monde essaie de faire en sorte que ce le soit le moins possible. Tes amis. Ta famille. Arizona. Mais tu ne veux pas. Tu ne veux pas être un poids. Un fardeau. Tu ne veux pas paraître faible à leurs yeux. Etre l'éternel victime qui ne se remet pas. Qui ne s'en remet pas. Tu veux pouvoir t'exprimer sur tes sentiments, sur tes regrets et tes besoins. Tu veux pouvoir parler librement. Sans que le silence se fasse autour de toi. Voilà ce que tu veux. Ce que tu demandes. Une vie. Une vie normale. Une vie normale sans regards interrogatoire, curieux et désolé. Etre montrée du doigt sans arrêt ne t'intéresse pas.
Tu n'es pas le centre du monde. Et tu t'aperçois maintenant, en écoutant parler Mark, que tu ne sais absolument pas les sentiments d'Arizona. Tu ne sais pas comment elle s'est senti lorsqu'elle s'est rendu compte que tu n'étais pas à la maison. Que tu étais injoignable. Que personne n'avait de nouvelle de toi. Que tu avais disparue. Puis tu ne sais pas quelles ont été ses réactions quand la police est intervenue. Quand elle a su que tu avais enlevée. Que la sang retrouvé près de ta voiture ne pouvait signifier qu'une chose. Tu ne sais pas non plus ce qu'elle a fait les premiers jours. Les premières semaines. Les premiers mois. Ce qu'elle a du endurer. Tu ne sais rien de tout ça. Et ce, sans parler de Mark et de tous les autres.
- Oh toi ! Tu as découvert une chose incroyable, ou alors tu as eu une illumination. Je me trompe ?
- Je ne suis qu'une égoïste.
- Mais qu'est-ce que tu le racontes ? Y a pas plus généreux que toi.
- Pas une seule fois je n'ai abordé les sentiments d'Arizona face à ma disparition. Pas une seule. Elle, elle a toujours été là pour moi depuis que je suis revenue. Elle a toujours été présente, et elle m'a toujours soutenue et aidée de ton son être. Et moi j'ai ... je n'ai rien fait Mark. Je suis égoïste.
- Tu as vécu des moments difficiles Callie. On n'espérait plus te revoir vivante.
- Parce qu'elle n'a pas vécu des moments difficiles peut-être ?
- Je n'ai jamais dit ça. Mais ...
- Parle-moi de ... de cette nuit s'il te plait.
- Callie ...
- S'il te plait. J'ai besoin de savoir.
La nuit commencé à tomber. Pourtant vous ne bougiez pas. Ni Mark. Ni toi. Trop absorbés par le récit. Tu écoutes attentivement ce qu'il a à te raconter. A t'expliquer. A t'apprendre. Tu l'écoutes silencieusement. Ne l'interrompant que très rarement. Pour lui faire répéter un passage plus lentement. Ou demandant de reprendre avec plus de détails un moment précis. Ou poser une question. Ou tout simplement laisser un commentaire. Une remarque.
Quoi qu'il en soit, ce moment privilégié entre toi et Mark vous rapproche encore plus. Comme-ci c'était possible. Il était ému. Il t'a pris par les épaules. T'a pris la main. T'a caressé le dos. Il a pleuré. Vous avez pleuré ensemble. Et c'est l'esprit embué qu'il te dépose finalement devant ton chez toi. Et c'est fière d'avoir passer un long et agréable moment avec ton meilleur ami que tu rentres et retrouves ta femme.
