Chapitre Vingt-troisième

Arizona. Arizona a été toute ta vie. Arizona est toute ta vie. Elle le sera toujours. Jusqu'à la fin de vos jours. Jusqu'à la fin. Eternellement. Eternellement tienne. Elle et toi. Elle est toi. La femme de ta vie. Ta femme. Ton autre. Ta moitié. Arizona.

Tu pensais que toute ta vie ne tournerait plus qu'autour d'elle. Tu le pensais vraiment. Tu en étais persuadée. Sûre. Certaine. Mais tu avais tord. Elle n'est plus la femme de ta vie. Elle n'est plus ton monde. Aujourd'hui, elle est tout autre chose. Elle est plus. Bien plus que ça. Plus que la femme de ta vie. Parce qu'elle est non seulement la femme que tu aimes. Ta femme. Mais aussi la mère de ta fille. Oui. Arizona et toi êtes mamans.

Depuis deux mois. Arizona n'est plus la seule désormais. Tu dois te partager. Mais tu l'as voulu. Tu les as voulu toutes les deux. Et tu les as. Arizona, ta femme. Sofia, ta fille. Votre fille. Tu les aimes plus que tout. Une vie sans elles ? Tu ne l'imagines même pas. Même plus.

Il est passé 3h du matin. Sophia s'est réveillée. Une nouvelle fois. Elle a le sommeil léger. C'est à ton tour de te lever. D'essayer de la rendormir. Mais tu sais qu'Arizona est déjà debout. Sa place dans le lit est vide. Les pleurs cessent rapidement. Tu te demandes comment elle fait. Comment elle s'y prend. Elle est la seule à y arriver.

A travers la porte restée ouverte, tu les observes. Elles sont si belles toutes les deux. Arizona t'a vraiment surprise lorsqu'elle t'a demandé un enfant. Lorsqu'elle t'a fait part de son souhait d'être mère avec toi. Toi qui avais tiré un trait sur la maternité pour elle. Le projet a été remis à neuf. Au goût du jour. Et tu es devenue maman. Avec elle. Comme elle. Pour elle. Ensemble.

Vous en avez parcouru du chemin. Et il vous en reste à parcourir. Cependant tu sais que quoi qu'il arrive désormais, vous y arriverez. Quoi qu'il se dresse sur votre route, vous le combattrez. Vous ne perdez pas votre temps avec des futilités. Tu as retrouvé le bonheur. Tu as repris goût à la vie. Tu es heureuse. Tout simplement. Tu es toi.

Sofia est reparti dans le pays des rêves. Tu attends ta femme. Vous vous recouchez. Geste naturel. Quotidien. Routinier. Tellement agréable. Tu rejoins ta fille et ta femme. Comme elle tu rêveras cette nuit. Encerclant de tes bras la fine taille d'Arizona. Sa tête blottie dans ton cou. Tu t'endors.

Tu mènes une vie paisible ...

Ce que tu ne sais pas. Ou plutôt ... ce à quoi tu ne veux pas penser. C'est que au loin. A des kilomètres de là. A des kilomètres de toi. Il y a cette fille. Cette jeune femme. Cette innocente. Dans le même état que fut le tiens il y a des années de cela. Retour en arrière. Elle a peur. Elle souffre. Elle a mal.

Ce que tu ne sais pas. C'est que des parents cherchent leur enfant. Pleurent la disparition de leur fille. Prient un Dieu auquel ils n'ont jamais cru afin qu'il de protéger leur progéniture. La chair de leur chair. Leur enfant. Tout simplement. Des prières veines. Inutiles. Illusoires. Car le corps de cette jeune fille sera retrouvé quelques jours plus tard. Morte. Désertée. Sans vie.

Ce que tu ne sais pas. C'est que d'autres n'ont pas eu la même chance que toi. D'autres ne s'en sont pas sorties. Et d'autres ne s'en sortiront pas. Bien d'autres. Tellement. Beaucoup trop. Chaque année, selon une étude, plus d'un million de viols seraient commis dans le monde. Et encore. Ce n'est pas tout. Ce chiffre est éphémère. Léger. Incomplet. Ce chiffre ne prend pas en compte les viols dont les victimes ne portent pas plainte ou qui ne sont pas enregistrés par la police.