Ben alors elles sont où les tomates ? Bande de petites joueuses…
Vous les avez gardées pour ce chapitre ? Et vous avez bien fait !
Je vous préviens c'est un chapitre de transition pour Bella ! Il faut qu'elle évolue un peu. J'introduis un nouveau personnage et vous allez me détester pour ça.
Quant à Edward, vous allez voir il s'arrange pas ! Mais bon il a une réputation à tenir !
Remerciements :
A vous toutes mes fidèles lectrices à qui je m'efforce de répondre (dites moi si j'aie oublié une d'entre vous), aux nouvelles (bienvenues) et aux mise en story alert (n'hésitez pas à laisser un message pour dire ce que vous en pensez, ça fait du bien par là ou ça passe !)
A ma revieweuse sans compte, fan2manga : merci pour ta longue review. Et oui tu verras Bella aura un peu de répit avant la suite. Pour Victoria et Laurent tu as raison… Quant à Edward, il ne va finalement pas aller là ou tu pensais…
A popo, bienvenu(e), merci de ta review et comme j'aime les gens synthétiques : pour répondre à ta demande voilà la suite !
Et une toute spéciale dédicace à mon Edward domestique qui depuis qu'il a découvert pourquoi je faisais des nocturnes devant l'ordi adore lire « Toilite de Enée Lamia »… D'ailleurs monsieur a moins aimé le dernier chapitre, heureusement que vous êtes là pour me soutenir !
Les personnages et l'histoire originale appartiennent tous à Stephenie Meyer
On se retrouve en bas !
Chapitre 6 : Intermède
POV Bella
J'étais enfin à l'université.
J'avais passé l'été auprès de ma mère et Phil et j'étais revenue quelques jours à Forks pour emballer mes maigres possessions et dire au revoir à Charlie.
Il m'avait laissé partir avec nostalgie. Nous nous étions finalement habitués l'un à l'autre. Il allait une nouvelle fois se retrouver seul. Mais je savais que ce qui lui manquerait le plus serait mes bons petits plats.
Les quelques jours passés là bas m'avait fait comprendre que Sue Clearwater s'était nettement rapprochée de mon père et que son estomac ne serait pas en reste avec elle. Après tout il avait le droit au bonheur.
Je m'en allais d'autant plus vite que Sue était beaucoup trop proche de Jacob. J'avais profité de mon été au soleil loin de Forks pour faire le point sur ma vie. Et je m'étais fait la promesse de ne plus le revoir. Nous n'avions rien à partager et son attitude m'avait décidé à le rayer définitivement de mon existence. Au final il ne m'apportait que de la tristesse supplémentaire. J'étais bien assez mélancolique comme ça.
J'avais pris une autre décision, celle de reléguer mon histoire avec James dans le passé. Pour cela je m'éloignais de Forks et de ce monde qui s'était dévoilé à moi. Avec le temps je me demandais même si tout ce que j'avais découvert était réel.
Il y avait un point commun à tout ce que je voulais fuir et c'était la ville de Forks. La plus sage décision pour un aimant à problèmes comme moi était de m'éloigner de la source de ceux ci.
Je pris donc la route une semaine avant la rentrée dans ma Chevrolet en direction de Seattle. Mon père avait accepté de me laisser faire le trajet et m'installer seule uniquement car Angela qui allait partager une chambre avec moi me suivait dans la voiture de Ben.
Ce dernier avait décidé de ne pas aller à l'université mais de suivre sa passion qui était la cuisine. Il avait donc trouvé une formation en alternance dans une école de cuisine et dans un restaurant de Seattle. Il était pressé de rentrer dans la vie active et voulait rester près d'Angela.
Comme moi ayant de faibles économies, elle avait opté pour l'université publique de Seattle, la Washington University. Elle allait étudier l'art avec l'objectif se spécialiser en photos.
Les longues remises en question de ma vie durant l'été m'avaient amené à abandonner le cursus pour lequel je m'étais toujours crue destinée, la littérature. Je supportais de moins en moins de lire les grands romans classiques qui pourtant étaient jusque là mes préférés. Alors m'imaginer faire une étude approfondie dessus me donnait presque la nausée.
J'avais dirigé mes lectures vers les romans d'horreur et de science fiction mais ils me rappelaient trop que la frontière entre la réalité et ce que l'on croyait appartenir aux cauchemars était ténue et ne se situait pas là ou on la croyait.
Après de mûres réflexions et étude de mes bulletins de notes avec Renée, elle m'avait suggéré de faire de la biologie. J'avais beaucoup aimé son idée. J'excellais dans cette matière et j'avais déjà de bonnes connaissances de la faune et la flore de l'Etat de Washington.
J'avais décidé de choisir des cours sur les écosystèmes, l'écologie et la génétique. Je pourrais ainsi éviter les dissections et tout ce qui se rapportait au sang. Par chance la Washington University extrêmement réputée pour ses recherches dans les domaines de l'écologie et de la génétique offrait des cours de grande qualité et un cursus complet dans ces matières.
L'installation dans notre résidence fut rapide, vu le peu d'affaires que nous avions et la taille de notre chambre. Ben lui vivait déjà dans un logement jouxtant le restaurant ou il travaillait.
Partager une chambre avec Angela était une vraie chance pour moi. Notre lien d'amitié était toujours très fort. Je n'aurais pas pu me permettre d'avoir un logement seule et vivre avec une inconnue m'aurait été difficile.
D'ailleurs l'avantage avec Angela est qu'elle dormait souvent chez Ben et je disposais de la chambre pour moi seule.
La semaine fut chargée entre notre installation et l'inscription aux différents cours que nous devions suivre pour valider notre année. Le campus était agréable. Le temps était peu différent de celui de Forks et me dépaysait peu. Par contre vivre dans une grande ville me donnait le sentiment ambigu de sûreté car je n'étais jamais seul dans le fourmillement du campus et de danger car j'avais retenu la leçon et je savais que tout pouvait se produire, même l'impensable.
Dans la série de mes grandes résolutions, j'avais décidé de profiter au maximum de ma vie d'étudiante.
Comme, une fois réglés les frais universitaires, mes économies ne suffiraient pas à subvenir à mes besoins, j'avais trouvé un travail de serveuse dans le bar attenant au restaurant de Ben. Les horaires me permettaient de m'adapter en fonction de mes cours.
Angela qui avait plus ou moins suivi mes relations avec Jacob et qui s'inquiétait de ma mélancolie avait pour ambition de me faire rencontrer du monde pour que je trouve mon « Ben ». J'avais beau essayer de la décourager, elle me traînait dans des soirées dès que l'occasion se présentait quand Ben travaillait le soir.
Je m'étais résolue à en profiter et me laissait habiller par Angela. J'avais parfois l'impression d'être déguisée mais comme elle me le disait il fallait que je me féminise un peu pour attirer l'œil.
Etant aussi timide l'une que l'autre, nous nous contentions souvent de boire un verre en marge de la piste de danse. Dans mes bons jours Angela arrivait à me traîner dessus et je devais danser ridiculement en essayant de ne pas tomber.
Les cours, mon boulot et les soirées de travail ou de sortie me prenaient tout mon temps.
Mon objectif effacement de ma vie à Forks était presque atteins. Si ce n'est que je ne pouvais lutter contre mes rêves. Ils étaient tous peuplés de la même personne, Edward Cullen, parfois souriant et avenant, d'autre fois menaçant. Dans ce cas je me réveillais toujours en hurlant, effrayant Angela si je n'avais pas le temps d'étouffer mes cris. Au début elle s'était inquiétée de mes nuits agitées. Je lui avais certifié avoir toujours été une grande rêveuse et faire de nombreux cauchemars dans mes périodes de stress. Jusqu'à là, elle s'était contentée de mes explications.
Un matin, elle était assise sur le bord de son lit quand je me réveillais et elle m'observait.
- Salut Angie ! lançais-je d'une voix ensommeillée.
- Bonjour Bella.
Elle avait l'air gênée. Je commençais à bien la connaître et je savais qu'elle voulait me poser une question qu'elle estimait être une atteinte à mon intimité.
- Tu veux me demander quelque chose ? Vas-y !
- Je sais que ce n'est pas très poli mais comme tu le sais tu rêves beaucoup la nuit…
- Et… ?
- Je sais que nous avons déjà parlé de ça mais…en fait je voulais savoir une chose…tu parles toujours d'une même personne dans ton sommeil…
Elle s'arrêta m'interrogeant du regard pour savoir si elle pouvait continuer.
- Ah bon et qu'est ce qui te fait dire ça ?
- Euh… en fait tu parles toujours d'un certain…Edward.
- Oh !
- Oui parfois tu as l'air de passer d'agréables moments avec lui dit-elle en me faisant un clin d'œil qui me fit rougir. D'autres fois tu le supplies de rester ou de revenir, tu as l'air si triste… Et d'autres fois il a l'air de t'effrayer, comme s'il allait te faire du mal, ça me glace le sang rien que d'y penser.
J'étais bouche bée. Comment mes rêves pouvaient être si révélateurs de tout ce que j'essayais de cacher au plus profond de ma conscience ?
- Je ne voulais pas te gêner. C'est juste que je me demande qui il peut être pour te provoquer de telles émotions. Mais n'en parlons plus, excuses moi, ça ne me regarde pas.
- Non, non, ça va Angela ! Tu n'as pas à t'excuser. C'est moi qui devrais le faire pour toutes les nuits de sommeil que je t'ai gâchées !
- Eh ! Je sais que tu ne le fait pas exprès !
- C'est sûre, dis-je rêveuse. En fait Edward est un garçon que j'ai rencontré pendant quelques heures il y a presque deux ans. Mais il faut croire que ça a été suffisant pour me marquer.
Dire consciemment son prénom à voix haute était étrange et savoureux à la fois. J'étais étonnée de ma franchise mais j'étais une piètre menteuse et je ne voyais pas d'explication à fournir à mon amie.
Elle ne parlait plus perdue dans ses pensées. Tout à coup elle releva la tête et me regarda les yeux grands ouverts de surprise.
- Edward… Cullen ?
Etais-je si transparente ?
- Euh, oui, pourquoi ?
- C'est bizarre, j'étais persuadée qu'il avait quitté le lycée avant que tu n'arrives. Je ne savais même pas que tu l'avais rencontré, dit-elle pensive. En même temps si tu l'as croisé même trois minutes je comprends que tu t'en souviennes…
- En fait il est parti le jour de mon arrivée. On a partagé un seul cours ensemble…
- Et…depuis tu as eu de ses nouvelles ?
- Non pas du tout, on ne s'est même pas adressé la parole ce jour là, donc à l'heure qu'il est il ne doit même plus se souvenir de mon existence !
- Pas si sûre !
- Pardon ?
- Tu te sous estimes toujours Bella ! Tu n'as pas idée de l'effet de ta charmante personne sur toute la gente masculine du lycée de Forks à ton arrivée !
- Tu exagères, c'était juste l'attrait de la nouveauté. Et je ne pense pas qu'Edward puisse trouver le moindre intérêt chez une fille comme moi.
Dire son prénom à voix haute était décidément plaisant, beaucoup trop plaisant pour être sain. Ça le rendait trop réel.
- Pour ce qui est de l'attrait de la nouveauté, je te signale que Mike, entre autres, a encore les hormones en ébullition rien qu'à l'évocation de ton prénom. Tu es une magnifique jeune femme Bella, ne l'oublies jamais. Et effectivement Edward n'avait pas l'air de s'intéresser à grand monde mais je suis sûre que s'il t'avait connue il t'aurait forcément appréciée.
- Si tu le dis ! Mais bon la question ne se pose pas car je ne le reverrais jamais.
- Je te souhaite de le revoir, tu sais comme on dit le monde est petit. Allez, j'arrête de t'embêter avec mon inquisition. Merci d'avoir été aussi franche. Il faut qu'on se prépare pour les cours.
Je jetais alors un œil à mon réveil, il était huit heure, il me restait une demi-heure avant d'être en amphi à l'autre bout du campus.
- Merde, je suis en retard. Tu m'excuses mais je vais sauter le petit dèj ! A ce soir !
J'embarquai avec moi mon sac de cours, une pile de vêtements propres et me dirigeais en trottinant vers les douches.
Sous le jet revigorant, je réalisais que les interrogations d'Angela avaient agis comme un électrochoc sur moi. Mes résolutions de l'été n'étaient pas suffisantes. Je ne pouvais pas passer ma vie à enfouir le souvenir d'un homme, si je pouvais le considérer comme tel, qui malgré tout resurgissait dans tous mes rêves. Je ne le reverrais jamais quelque soit les vœux d'Angela. Et pour le peu que je savais avais-je réellement envie de le connaître ? Lui aussi, il appartenait à mon passé, il appartenait à Forks.
Il fallait me faire une raison, la sensation de manque ne me quitterait jamais. Peut-être me suivrait-elle toute ma vie sans que je mette le doigt sur sa cause ? Je l'enfouissais au plus profond de moi mais elle remontait à la surface fulgurante au moment ou je m'y attendais le moins me tordant le ventre de douleur telle une entaille profonde. Une silhouette dans la rue, le reflet du soleil dans des cheveux, un regard, une odeur, une musique…un rien pouvait la déclencher et le seul mécanisme d'auto-défense que j'avais trouvé face à ça était l'hyperactivité. Il fallait que j'empêche mon cerveau de réfléchir.
Il était impératif que j'avance dans ma vie. Je ne pouvais pas rester seule à me morfondre. Ca n'amenait jamais rien de bon à part sauter au cou de Jacob et finir encore plus brisée que je n'avais le sentiment de l'être avant.
Pour commencer, ce n'était plus possible d'arriver en cours essoufflée après avoir piqué un sprint à cause de mon retard. Il fallait que je me mette au moins au jogging. J'étais maladroite mais si j'arrivais à faire de la randonnée dans un chemin caillouteux, je pouvais bien réussir à courir sur une piste plane.
Il fallait que je rencontre du monde, dans mes cours, dans les soirées ou nous allions avec Angela, au travail…Ma vie devait commencer même si c'était lutter contre mon caractère solitaire et ma timidité. La nouvelle Bella devait naître.
J'enchaînais donc les cours, le travail au bar, les révisions et les soirées. Quand j'avais commencé à courir ça m'avait valu quelques moqueries de Ben et Angela. Mais ils s'étaient fait une raison quand ils m'avaient vu persévérer. J'étais rentrée deux fois les genoux en sang. Il avait suffit d'un seul caillou sur la piste et il était pour moi. Maintenant c'était presque un rituel quand je n'avais pas cours trop tôt, je me levais, j'enfilais ma tenue, mon Ipod sur les oreilles et je courais une demi heure à une heure suivant mon humeur. C'était devenu une manière d'extraire mes tensions.
Si le crépuscule était toujours pour moi un moment extrêmement mélancolique ou le manque d'une présence à mes côtés était le plus fort, l'aube était aussi un supplice. Je ne dormais plus comme par le passé, les mêmes rêves immuables me réveillaient tôt et je ne retrouvais jamais le sommeil après. C'était sans doute le prix à payer pour porter le poids d'un tel secret que je ne pouvais partager avec personne sous peine d'être traitée de folle. La seule personne qui aurait pu être mon confident était celle que je voulais absolument fuir et qui ne m'apportait que malheur. Courir après une nuit particulièrement angoissante ou intense était un exutoire.
Nous sortions de plus en plus avec Angela. Parfois j'y allais même seule quand elle était avec Ben, mais j'étais trop timide pour en profiter. Je buvais de plus en plus à ces soirées. Je pouvais lire l'inquiétude d'Angela dans ses yeux mais elle ne me faisait aucune réflexion. Après tout c'était ponctuel et elle était là tel un ange gardien pour moi.
Elle avait dû par deux fois me ramener dans un état plus qu'euphorique après avoir profité de garçons qui voulaient nous payer à boire. Elle m'avait aidé à me déshabiller et couchée. Dans la nuit elle était venue tenir mes cheveux alors que je vomissais tout le contenu liquide de mon estomac. Je m'excusais mais elle rejetait mes excuses me faisant promettre de ne jamais me mettre dans des états pareils sans sa présence à mes côtés. Elle était inquiète que l'alcool devienne un dérivatif à mes souffrances intérieures et qu'il m'arrive des mésaventures.
C'est à cette époque que je commençais les cours de physiologie végétale et que je rencontrais Alex qui était mon binôme lors des travaux pratiques. Notre entente avait été immédiate et naturelle.
C'était un beau garçon grand avec une carrure de sportif, les cheveux châtains aux épaules, le teint mate, le visage carré et harmonieux. Ses grands yeux marron me rappelaient curieusement les miens.
Il suivait un cursus qui devait l'amener à faire une thèse en immunologie afin de travailler sur le cancer. Originaire de l'Arizona qui fut notre premier point commun, il était venu à Seattle car il y avait une équipe de recherche très renommée sur les mécanismes cellulaires du cancer mais aussi je le découvrirais plus tard pour échapper à son passé et s'éloigner de sa famille qui était notre deuxième point commun.
Alex commença à sortir régulièrement avec Ben, Angela et moi. Il ne connaissait presque personne en dehors de son colocataire, de quelques élèves qui partageaient ses cours et de ses coéquipiers de l'équipe universitaire de basket. C'est son niveau dans cette discipline qui lui avait permis d'obtenir une bourse d'étude pour intégrer une université à l'autre bout du pays, c'était aussi ce qui l'avait fait fuir sa famille.
Il nous raconta son histoire lors d'une soirée que nous avions terminée autour d'un verre dans notre bar préféré.
Son père nourrissait pour lui de grandes ambitions de carrière sportive et cela depuis sa plus jeune enfance. Sa mère l'avait aidé à combattre la passion dévorante paternelle en lui faisant de l'espace pour travailler ses cours autant que le basket.
Alex estimait qu'il avait juste le niveau pour les équipes universitaire mais pas pour être professionnel. Sa véritable passion était les sciences. A la fin de la terminale il avait avoué à son père qu'il souhaitait suivre des cours en sciences afin de devenir chercheur. Sa réaction avait été violente. Il l'avait traité de minable sans ambition et l'avait accusé de lui avoir fait perdre son temps. Il l'avait averti qu'il serait hors de question de venir lui réclamer quoi que ce soit quand il serait un pauvre rat de laboratoire gagnant un salaire de misère et publiant des articles dans de sombres revues scientifiques.
Sa mère avait fait profil bas et ne l'avait aucunement défendu. Elle avait même pris le parti de son père quand il avait refusé de financer ses études si ce n'était pour jouer au plus haut niveau dans une équipe universitaire réputée.
Il leur avait alors annoncé l'obtention d'une bourse d'étude à l'université de Seattle. Il jouerait ainsi dans une équipe de son niveau et pourrais poursuivre son rêve de recherche.
Sa petite amie du moment avait également rompu avec lui se rangeant à l'avis de son père. Il avait eu l'impression de se réveiller dans un monde hostile après un agréable rêve. Tous ses repères s'écroulaient.
Découvrir la face cachée de ceux qui l'entourait avait été tellement brutal qu'il avait quitté le domicile familial sur un coup de tête pour passer son été à l'aventure sur la côte pacifique du Mexique, ou il vécu au grès des rencontres sur la plage pendant deux mois.
Après un appel à sa mère qui lui avait dit que son père était toujours fâché mais l'avais supplié de rentrer, il avait pris la décision d'aller à Seattle directement.
Son histoire nous avait touchés. Moi en particulier qui avait fui mon père alors qu'il ne m'avait absolument rien fait. La seule différence entre lui et moi était la nature de ce que l'on fuyait.
J'avais été concise sur mon passé auprès d'Alex et il n'avait pas été curieux. Il devinait que j'étais moi aussi en fuite mais il me laissait vivre avec mon jardin secret.
Cette nouvelle amitié m'apaisait. Je sortais moins et au grand soulagement d'Angela j'avais largement baissé ma consommation d'alcool. Je travaillais moins aussi. Profitant plus des moments entre amis.
Noël arriva rapidement. Angela était excitée comme une puce à l'idée de rentrer à Forks. Ben allait partager le repas de noël avec sa famille et elle se joindrait à la sienne pour la nouvelle année. Ils avaient également pour projet de fêter la nouvelle année avec les anciens du lycée dont Mike, Jessica et Lauren. J'étais invitée mais je n'avais aucunement envie de croiser Mike qui suivait des cours par correspondance et travaillait dans le magasin de ses parents, ainsi que Jessica et Lauren bronzées et encore plus arrogantes que jamais rentrant de UCLA.
De même passer les fêtes de noël avec Charlie, Sue Clearwater et ses enfants m'angoissait. Je ne me sentais pas capable de retrouver l'environnement de Forks, ma chambre chez mon père, les paysages… Et par dessus tout comment éviter Jacob ? C'était beaucoup trop tôt. Je n'étais pas encore assez forte pour ne pas replonger dans mon enfermement. Et puis la douleur tapie au fond de mon ventre se ferrait un plaisir de ressortir plus vivante et plus forte que jamais.
Une semaine avant les vacances j'arrêtais la décision en courant à grandes foulées rageuses autour de la piste du terrain de football du campus. Je n'irais pas.
Je prétextais à Charlie un monticule de devoirs pour la rentrée afin d'obtenir des notes suffisantes pour obtenir une bourse pour la suite de mes études. Mon travail au bar m'avait également fourni un motif de poids en me proposant des extras pour cette période de vacances de certains employés et d'augmentation de la fréquentation due aux fêtes. Ca me permettait d'alimenter mon compte en banque sans dépendre de mes parents.
Charlie accepta à contre cœur en échange de la promesse de revenir aux vacances de Pâques. De toute façon ça serait la période des révisions avant les examens de fin d'année. Je pourrais me cloîtrer dans ma chambre pour travailler sur mes cours en refusant les visites de ceux que je ne voudrais pas voir.
Je m'assurais quand même que mon père était entre de bonnes mains avec Sue, je pressenti à ses maigres propos que les choses avaient évoluées en bien entre eux et qu'il passerait un agréable noël en famille.
Angela était inquiète de ma décision et tenta par tous les moyens de me convaincre de les suivre. Ben m'aida en lui expliquant qu'effectivement ma présence était la bienvenue au bar et que je n'aurais pas l'occasion de m'ennuyer. Alex vint également à ma rescousse en lui assurant de prendre soin de moi. Toujours embrouillé avec sa famille, il restait lui aussi sur le campus pour les fêtes. Elle partit me faisant promettre d'être sage et de ne pas tenter le diable pendant son absence.
Je savais que ma décision était à double tranchant, d'un côté j'évitais Forks mais de l'autre je replongeais avec un peu trop de délectation dans la solitude. Mes pensées en profiteraient pour vagabonder sur des territoires interdits et je me complairais dans la mélancolie.
Dès le samedi le campus se vida. C'était étrange de se retrouver d'un coup dans les couloirs déserts. Même une solitaire comme moi ressentait un malaise. J'avais peut-être changé finalement. La compagnie des autres m'était-elle maintenant indispensable ?
Pendant le premier week-end, j'enchaînais les services au restaurant gardant le reste du temps pour dormir le plus possible. Chaque service était exténuant, le bar était bondé et les clients surexcités par les fêtes. J'arrivais chez moi et prenais à peine le temps de grignoter un morceau avant de me jeter sur mon lit. Mon sommeil était de plomb. A mon réveil j'avais l'impression d'émerger d'un trou noir. C'était désagréable mais j'en retirais le soulagement d'enfin dormir à poings fermés.
C'était mon jour de repos pendant lequel je tentais de me consacrer à mes révisions. J'avais du mal à discipliner mon esprit et la journée me parut durer une éternité. Le soir je m'endormis sur un cours de génétique.
Je me réveillais en hurlant. Je tremblais de peur et de froid. Mon visage était baigné de larmes comme si j'avais pleuré depuis de longues minutes. Je me recroquevillais dans le haut de mon lit et tentais de me calmer. Les lumières de mon rêve étaient si vives qu'elles s'imprimaient encore sur ma rétine. Le souvenir n'était pas cohérent mais tous les acteurs habituels de mes nuits étaient présents. Je me tournais vers ma table de chevet pour allumer la lumière et constatais qu'il n'était que six heure. Vu mon état, je ne me rendormirais pas.
J'enfilais ma tenue de jogging, mes gants et mon bonnet et me dirigeais dans l'aube glaciale vers les terrains de sport. Concentrée sur ma foulée et la musique dans mes oreilles, je ne m'aperçue pas que je n'étais pas seule. En se mettant à ma hauteur Alex me fit bondir d'effroi. Il s'excusa en rigolant, il était persuadé que je l'avais vu alors qu'il s'entraînait sur un terrain de basket jouxtant la piste d'athlétisme.
Il m'invita à petit déjeuner avec lui. J'étais heureuse de trouver une présence amicale sur le campus. Je n'avais pas osé l'appeler depuis le début des vacances imaginant que sa promesse à Angela était juste pour la forme afin qu'elle parte en paix à Forks. Il me fit rire en m'expliquant que lui aussi s'était retenu de m'appeler pensant que je souhaitais être seule.
Nous nous donnions rendez-vous pour courir le lendemain matin. Je repartis au travail le cœur léger. La présence de Alex m'avait distraite. Je ne pouvais pas rester seule plus longtemps.
C'est ainsi que j'acceptais son idée de venir me chercher à la fin de mon service le soir de noël et de partager ensemble un repas préparé par lui dans son appartement. Mes collègues pressés de regagner leurs familles quittèrent le travail rapidement.
Ce fut une soirée agréable pendant laquelle je réalisais le regard qu'Alex posait sur moi. Angela m'avait fait des allusions à l'intérêt qu'il me portait. J'avais toujours rejeté ses suppositions lui disant que nous étions juste bons amis.
Mais le soir de noël je l'observais sous un nouveau jour. Sans doute car c'était la première fois que nous étions tous les deux seuls pour une soirée.
Alex avait eu la bonne idée de prévoir un repas rapide se doutant de mon état de fatigue après le travail. Il m'avait prévu un cadeau, ne sachant ce qui me ferait plaisir il m'avait pris un magnifique livre de photos sur les animaux du nord du continent Américain. Je feuilletais le livre jusqu'à tomber sur une photo d'un paysage semblable à ceux de Forks au milieu de laquelle trônait un magnifique loup au pelage gris. Je ne sais pas si c'est la fatigue, le poids de mes souvenirs refoulés ou l'émotion du moment mais les larmes se mirent à couler sans que je puisse les retenir.
- Désolée…
- Eh ! Je ne savais pas que mon cadeau te ferait un tel effet ! tenta de plaisanter Alex.
- Non, non, ce n'est pas de ta faute, c'est juste, je ne sais pas…l'émotion de noël ?
- En tout cas il n'est pas question que tu sois triste, que dirais-tu d'un bon verre de vin pour clore cette soirée ?
- Ok, mais je suis embêtée je n'ai pas prévu de cadeau pour toi.
- Ah dans ce cas je vais devoir te mettre à la porte sur le champ pour ton impolitesse dépassant toutes les bornes. Tu te rends compte, tu pleures au lieu de remercier quand on te fait un cadeau et en plus tu viens les mains vides quand on t'invite !
Je ne pu retenir mes sanglots. Je savais bien qu'il plaisantait mais c'était plus fort que moi.
- Eh Bella, je rigole ! Je n'ai pas besoin de cadeau. Ta présence ce soir c'est mon cadeau.
Il s'approcha et me pris dans ses bras doucement comme s'il s'attendait à ce que je m'éloigne à tout moment. Je me laissais aller au réconfort en appuyant mon visage contre son torse. Je laissais libre cours à mes sanglots. Il me caressait les cheveux et restait silencieux attendant que je me calme.
Je finis par le faire et me décollais de lui.
- Désolée, je ne voulais pas que tu sois témoin de ça. Surtout que je suis aussi très heureuse de passer la soirée avec toi. Et je te remercie de tout cœur pour ton cadeau. Je suis vraiment trop émotive.
- Allez, je t'offre un bon verre de vin à condition que tu sèches tes larmes. Tu es si triste parfois Bella que ça me fait peur pour toi.
La soirée se termina en discutant de tout et de rien.
Ce fut un rayon de soleil qui me réveilla le lendemain. J'étais en boule sur le canapé d'Alex, la tête posée sur ses genoux. Il dormait callé entre le dossier et l'accoudoir. Je ne me souvenais pas m'être retrouvée dans cette position ni d'ailleurs de m'être endormie.
Je me relevais et mon geste le réveilla. Il me regarda d'un œil amusé.
- Bonjour Bella, décidément tu es la personne la plus impolie que je connaisse. Et d'une tu t'endors alors que l'on te parle et en plus tu empêches les gens d'aller se coucher dans leur confortable lit.
Cette fois les émotions de la veille était loin, parties avec la fatigue et je pouvais lui répondre en plaisantant à mon tour.
- C'est que j'ai un rang à tenir, il ne faut absolument pas que je commette un acte poli sinon je perdrais mon certificat de personne la plus impolie du monde. D'ailleurs je ne te souhaite pas le bonjour !
- Dans ce cas tu ne verras aucun inconvénient à ce que je te mette à la porte et que je te donne rendez-vous sur la piste dans une demi-heure ?
- Aucun, je me change et je te retrouve. A tout de suite !
J'allais fermer la porte quand je me retournais en lui affichant mon plus sincère sourire.
- Au fait j'ai le droit à un écart de politesse par jour, donc je tenais à te remercier de tout cœur pour la soirée d'hier soir et à m'excuser pour ta nuit inconfortable.
- Ca fait deux écarts ça. Ton sourire est mon plus beau remerciement et rassure toi ma nuit à été plus que confortable.
Il me fit un clin d'œil et s'éloigna vers sa chambre. J'en profitais pour quitter son appartement avant qu'il s'aperçoive à quel point j'étais rouge. Il fallait me rendre à l'évidence et que je crois Angela, Alex avait sans doute plus que de forts sentiments d'amitié pour moi.
Encore une fois j'étais confrontée au dilemme de l'amitié entre une fille et un garçon. Mes sentiments pour lui n'étaient absolument pas limpides. Il me plaisait, me faisait rire, j'appréciais sa compagnie et je me sentais naturelle avec lui.
La nouvelle Bella et ses bonnes résolutions décida de laisser les choses se faire. Je ne ferais pas le premier pas cette fois ci et je m'assurerais de la sincérité des sentiments d'Alex avant toute chose.
Arrivée chez moi je rangeais son cadeau. Le livre était magnifique mais la soirée d'hier soir me prouvais qu'il remontait trop de souvenir encore trop frais pour moi.
Je découvrais que mon portable était saturé de messages plus ou moins inquiets de Charlie et Angela. J'avais oublié de les prévenir de mes projets pour la soirée de noël. Je les rappelais rapidement et coupait cours aux questions d'Angela lui promettant un récit détaillé à son retour.
Le reste des vacances s'écoula rapidement. Alex ne fit aucun geste vers moi et se comporta en véritable ami. Nous passions tout mon temps libre ensemble.
Il me proposa de fêter la nouvelle année ensemble le soir du 1er de l'an car je travaillais le 31 décembre jusque tard dans la nuit. Comme il me le fit remarquer il aurait été trop poli de ma part de lui souhaiter la nouvelle année à minuit le 31 décembre. J'acceptais à condition qu'il me laisse la journée pour dormir.
Je me réveillais à cinq heure de l'après midi fourbue par ma nuit de travail. La douche me fit le plus grand bien. Pour une fois c'est avec enthousiasme que je mis en pratique les conseils beautés qu'Angela s'escrimait à m'enseigner depuis le début de l'année. J'optais pour une robe courte noire plutôt simple et des ballerines de la même couleur. Je me maquillais légèrement et arrangeais mes cheveux du mieux possible. J'égayais ma tenue par un collier argent emprunté à Angela.
Alex me fit des compliments sur ma tenue. C'était à marquer d'une pierre blanche. Si seulement mon amie avait pu me voir.
La soirée fut très agréable. Il m'avait emmené dans un bar qui faisait jouer des groupes locaux le soir. La musique était bonne et l'ambiance détendue. J'étais consciente que j'abusais un peu de la bière mais ça m'aidait à me décontracter.
C'est sans doute ce qui fit que je n'eu aucun mouvement de recul quand Alex m'embrassa sur le pas de ma porte. Je me laissais faire. C'était agréable, il me plaisait et j'avais besoin de vivre tout simplement avec des gens normaux. Il me souhaita une bonne nuit. J'avais envie de lui demander de rester. Dormir seule était toujours angoissant mais je savais que s'il acceptait je risquais de craquer comme avec Jacob. Et il n'était plus question d'aller trop vite et de me brûler les ailes.
Le lendemain matin il m'appela pour aller courir. Le baiser qu'il déposa sur mes lèvres quand je le rejoignais et la façon dont il me tenait la main pour aller vers les terrains de sport ne me laissaient aucun doute sur sa vision de notre relation. Au moins lui ne se débinait pas au petit matin !
C'est ainsi qu'au retour d'Angela et Ben le dimanche soir Alex leur appris avec un sourire jusqu'aux oreilles et en me tenant la main que nous étions ensemble. Nos amis étaient bien sûre ravis et Angela regretta même d'avoir essayé de me faire venir à Forks. Je la coupais alors qu'elle nous voyait rentrer ensemble à nos prochaines vacances pour admirer la mine déconfite de Mike à la vue d'Alex ainsi que la jalousie de Jessica et Lauren.
Mais mélanger Forks et Alex étaient tout bonnement impossible pour l'instant. C'était trop tôt. Ce que je ressentais pour lui n'était encore une fois pas l'amour fou mais j'étais décidée à essayer, à prendre mon temps. Alex perçu ma gêne et mon hésitation mais ne dit rien.
Angela et Ben avaient eux aussi une grande nouvelle à nous annoncer. Ben avait profité de la nuit de noël pour demander Angela en mariage et elle avait accepté. Ils comptaient se marier dès l'été.
J'étais étonnée de leur empressement. J'étais vaccinée de l'idée du mariage si jeune à cause de Renée et de son histoire avec mon père. Je fis quelques allusions peu subtiles à Angela qui me confirma qu'elle n'était pas enceinte mais qu'ils ne voyaient pas pourquoi attendre plus longtemps d'autant que Ben commencerait la vie active l'année prochaine et qu'Angela voulait ouvrir sa boutique de photos dès que possible.
Elle me fit l'honneur de me choisir comme témoin et j'acceptais en échange de la promesse de ne pas être attifée d'une immonde robe en satin saumon ou verte de demoiselle d'honneur. Elle rigola et me promis de prendre soin de mon apparence.
Le campus se remplit à nouveau, les cours reprirent, je passais du bon temps avec mes amis, mon petit ami était adorable avec moi…en bref j'avais enfin la vie normale que j'avais tant espérée.
POV Edward
Ce jour là en arrivant face à Alice sur le palier du premier étage de notre maison, presque aveuglé par sa vision de moi devant la maison des Swan, j'avais à peine résisté à retourner à Forks.
Jasper inquiété par mon humeur s'était interposé entre Alice et moi. Me permettant de me calmer. Immédiatement la vision se modifia. La petite maison blanche devint trouble jusqu'à disparaître.
Mais si je n'y allais pas je ne pouvais pas pour autant rester dans l'ignorance. Je fis voler en éclats toutes mes bonnes résolutions. J'implorais Alice d'observer Bella. Etait-elle vivante ? Allait-elle bien ?
Je savais que si elle avait croisé la route d'un prédateur comme James il ne résisterait pas deux minutes à sa fragrance trop appétissante.
Alice ne se fit pas prier pour me dévoiler l'avenir de Bella. Bien que je sentis sa légère déception quant à ma décision de m'en tenir à ses visions. Je me laissais glisser le long du mur et me recroquevillais au fur et à mesure des images qui s'imposaient à moi.
Je la vis lors de la remise des diplômes du lycée de Forks affublée d'une immonde tenue jaune qu'elle arrivait quand même à sublimer. Puis elle apparue dans une lumière éblouissante qui ne pouvait pas appartenir à Forks, l'air l'entourant était saturé de chaleur et d'humidité. Elle était vêtue d'un top noir et d'un short blanc qui laissait voire le galbe de ses jambes. Elle marchait sur une plage accompagnée d'une femme que je ne connaissais pas. Puis je la vis moins nettement dans ce qui semblait être un campus, marchant vers un bâtiment puis entrant dans un amphithéâtre ou elle pris place dans une rangée du milieu.
- Ça suffit Alice ! Je ne pourrais pas en supporter plus, dis-je implorant.
- C'est toi qui l'as voulu ! Décidément tu es têtu. Tu aurais dû aller voir par toi-même !
- Oublie ça il en est hors de question ! Où sont les deux autres, Laurent et Victoria ?
Elle se concentra. « Ils retournent vers l'Etat de Washington ».
Immédiatement je me relevais prêt à courir.
« Du calme ! Victoria est inquiète. Ils retournent là bas afin de vérifier que James n'y est plus. Ils ne resteront pas longtemps. Ils ne souhaitent pas attirer l'attention des humains. Ils remonteront ensuite au Canada quelques temps avant de partir pour l'Amérique du Sud. Pour le moment ta présence là-bas ne ferait qu'empirer les choses, elle éveillerait leur curiosité et les attirerait vers Bella »
- Mais Bella elle est en danger avec eux dans les parages !
- Non Edward ! Je viens de te le montrer, son avenir existe. Elle va d'ailleurs s'éloigner de Forks à partir de cet été. Victoria et Laurent seront déjà loin à ce moment là. De toute façon ils ont des difficultés à rester longtemps près de Forks, je suppose que c'est les Loups qui les repoussent. Mais c'est étrange je n'arrive pas à les visualiser. Ça fait comme des trous noirs, je ne vois plus rien par moment et quand je les récupère ils sont loin de Forks…
- Qui te dit qu'ils ne s'en prennent pas à Bella pendant tes trous noirs ?
- Deux choses, premièrement je vois son avenir proche et elle se porte bien, et deuxièmement je ne vois pas en quoi ils iraient spécifiquement s'en prendre à une jeune lycéenne sans histoire. Bella a une vie normale d'humaine et elle n'est pas du genre à se faire remarquer je crois.
- Comment le sais-tu ? Tu m'avais promis de ne pas la surveiller !
- Je ne l'ai pas surveillée comme tu me l'avais demandé. Contrairement à ce que tu penses, je sais tenir mes promesses. C'est la première fois en plus d'un an que j'essaye d'avoir une vision d'elle. Et à ce que je peux constater, elle a encore deux jambes, deux bras et sa jolie petite tête qui me laissent à penser qu'elle va bien. Mais tu peux aller vérifier par toi même si tu ne me fais pas confiance.
Je grognais de frustration. Elle savait très bien que je ne voulais pas y aller.
- Non je te fais confiance !
- Ils vont passer un temps fou à chercher James dans le sud. Ils devront se faire discrets pour ne pas se faire remarquer des nombreux clans qui ont leurs territoires là bas. Je ne les vois pas retourner à Forks, sois tranquille. Je vais continuer ma surveillance et je te tiendrais informé si nécessaire.
- Merci Alice. Mais s'il te plait une fois qu'ils auront quitté Forks, pourras-tu arrêter d'observer Bella ? La voir est vraiment trop…
Je laissais ma phrase en suspens. J'étais incapable d'exprimer tout haut les souffrances infligées à mon cœur de pierre par ses visions. Surtout pas à Alice car ça aurait été céder et je ne voulais pas essayer de comprendre ce qui me reliait à Bella. Il me restait une once de courage pour tenir mes promesses et j'allais m'y atteler à nouveau.
- Il n'y a pas de quoi ! Mais la prochaine fois, fais moi plaisir, va vérifier les choses par toi-même, dit-elle en m'adressant un clin d'œil.
- Très drôle.
J'étais remonté dans ma chambre. Méditant sur les visions d'Alice et tentant de me calmer.
Mon quotidien reprit rapidement le dessus entre le lycée et mon internat. Cela a été d'autant plus facile quand Alice m'annonça qu'ils avaient quitté Forks et que Bella allait bien.
Mais je ne pouvais m'empêcher de repenser aux visions d'Alice. Ça faisait si longtemps que je ne m'étais pas autorisé à penser à elle. Et là d'un coup toutes ces visions, c'était plus que ce à quoi je pouvais résister. Je me sentais comme un ancien drogué qui aurait replongé.
Je me mis alors à analyser la situation avec autant d'objectivité qu'il m'était possible. J'avais une certitude : j'étais un prédateur trop dangereux pour Bella. A tout moment je pouvais craquer et retourner vers elle, achevant sa vie sans doute à la seconde où je la sentirais. Et je n'avais aucun droit. Sa vie ne m'appartenait pas. J'avais développé pour elle des sentiments que je peinais à nommer. Je ne la connaissais pas mais je tenais à elle et je la voulais heureuse avec une vie pleine de joie et de bonheur comme le mérite la plus part des humains.
Une des premières choses à faire pour lui permettre ça avait été de m'éloigner. Mais je me rendais compte que ce n'était pas suffisant. La meilleure assurance pour que Bella vive une longue et heureuse vie était que je disparaisse de la surface du globe. J'augmentais nettement ses chances en éliminant son plus grand danger, c'est à dire moi. Ma fin serait synonyme d'une vie calme pour elle.
Au vu de ma condition, il n'y avait pas beaucoup de solution. J'en connaissais une mais je m'efforçais de ne pas y penser pour ne pas éveiller les soupçons d'Alice. Je décidais de prévenir ma famille que je me rendrais seul en Europe pendant l'été afin de changer d'air. Ils ne réagirent pas, ne sachant quelles étaient mes intentions derrière cette décision. Mon comportement des derniers mois les avait rassurés et ils n'avaient pas de raison de douter de moi.
Je me rendrais en France et là bas j'aviserais.
J'étais parti sur un coup de tête commandant un billet à la dernière minute sur internet en direction de Paris sur un vol de nuit, évitant ainsi d'avoir Alice à rôder autour de moi pour essayer de deviner mes intentions.
Une fois sur place je louais une puissante berline aux vitres teintées et me rendait à Rome en Italie ou je décidais de rester quelques jours.
Je profitais d'un rare jour pluvieux pour visiter la cathédrale Saint Pierre. Je savourais cette provocation, moi la créature du mal, qui n'aurait jamais dû exister et qui avait perdu son âme depuis des années, déambulant parmi les fidèles et le clergé.
Je m'assis sur un banc et me laissais aller à la contemplation. Le bâtiment avait été construit de façon à ce que l'existence d'une présence divine soit presque perceptible. Croyant ou non, on ne pouvait rester insensible à ce lieu. Carlisle avait peut-être raison, nous n'étions peut-être pas perdus ?
Mais comment pouvais-je avoir encore une âme ? Même si je n'avais pas goûté au sang humain depuis longtemps, j'avais déjà tué, des criminels certes, mais faire justice soi-même n'était-il pas un péché ? Et à la première tentation je n'avais qu'une idée en tête libérer le monstre en moi, la part sombre qui ne ferait que répondre aux instincts de ce que j'étais.
Je secouais la tête pour me libérer de mes pensées et regardais autour de moi. Je vis trois religieuses un peu plus loin sur ma droite. La plus vielle d'entre elle me lança un regard et je la vis frémir, son instinct lui dictait de me fuir. Tout son être entièrement voué à son dieu la rendait plus sensible que le commun des mortels face aux incarnations du mal. Elle invita ses consœurs à se lever et les éloigna de moi.
Je me décidais alors à me lever à mon tour pour ne pas attirer plus l'attention.
Je passais les semaines suivantes à errer me dirigeant vers la Toscane, laissant le hasard me guider vers mon but secret sans savoir si j'aurais le courage de l'atteindre et d'aller au bout. Si Alice m'observait elle ne se douterait pas des intentions qui rôdaient au bord de ma conscience.
La journée je me terrais dans des caves, parfois dans les églises qui parsemaient les villes. Les jours nuageux je visitais des musées ou des palais. Carlisle m'avait parlé de la richesse culturelle de ce pays et j'étais heureux de la découvrir par moi-même. Ironiquement je constatais qu'effectivement après avoir admiré les œuvres des grands maîtres de la renaissance Italienne, on pouvait mourir en paix.
La nuit, je chassais la plus part du temps. Je remontais souvent loin vers le massif alpin pour me nourrir. Dans cette partie de l'Europe les étendues sauvages étaient rares et le gibier aussi. Les pumas me manquaient. Je m'étais attaqué à quelques loups mais leur odeur me répugnait et ils me laissaient un arrière goût désagréable. Avec nostalgie, je pensais à Emmett qui n'aurait pas pu vivre longtemps par ici.
Un jour de grisaille m'amena à visiter la basilique Saint Lorenzo. Je passais un moment étrange dans la contemplation des tombeaux qu'elle renfermait.
Sur un sarcophage j'admirais les allégories sculptées par Michel-Ange, l'aurore personnifiée par une femme triste et résignée, et le crépuscule symbolisé par un homme tranquille et serein. Je pensais à mon existence et à son but.
Je frémis en lisant le commentaire accompagnant l'œuvre qui précisait que « toutes les statues avaient les yeux vides, sans pupille, ni iris, aveugles, symbolisant le sommeil et l'oubli, l'impuissance face à la destinée ». J'avais l'impression qu'à travers les âges l'artiste me parlait.
Sauf que le sommeil et l'oubli n'étaient pas pour moi. Et je faisais tout pour contrôler mon destin et celui de celle que je me représentais comme l'aurore. Elle incarnait la vie, elle devait pouvoir relever la tête face au crépuscule qu'était le monde dans lequel je vivais. Pour cela je devais disparaître.
Je n'aurais pas de tombe monumentale pour me rappeler au bon souvenir des vivants mais c'était mieux ainsi, les créatures telles que moi devaient partir en poussière et rejoindre le néant.
La nuit qui suivie, la nouvelle lune rendait le ciel d'encre, moment parfait pour les êtres nocturnes. A force d'errer ainsi au bord de leur territoire, je finis par les rencontrer, les Volturi. J'étais venu là pour ça mais je n'avais pas eu le courage ou l'envie d'y aller directement. Je m'étais donc laissé porté me rapprochant de plus en plus jusqu'à ne plus me laisser d'échappatoire.
Je sortais d'un bois où je venais de tuer une jeune biche goûteuse qui m'avait rassasié, quand je les aperçus en même temps que j'entendis leurs pensées. Deux silhouettes encapuchonnées de noir, Félix et Démétri. Ils furent polis et respectueux. Mais je sentais sous leur attitude civilisée que je n'avais pas le choix. J'avais enfreint les règles en m'approchant de leurs terres sans venir me présenter officiellement. Il me fallait les suivre jusqu'à leurs maîtres.
J'entendais dans leurs pensées, que les joyaux de la garde, deux jumeaux prénommés Alec et Jane surveillaient leurs arrières prêts à intervenir au moindre geste menaçant ou de fuite de ma part. Le peu que j'entrevoyais de leurs pouvoirs et de leur délectation à s'en servir me dissuadait d'envisager la moindre évasion.
Je les suivis sans résister. Sans le savoir ils m'offraient ce que j'étais venu chercher. Ils me firent entrer dans Volterra sans bruit et sans qu'un humain ne puisse soupçonner notre présence.
Ils me conduisirent dans leur citadelle jusqu'à la salle centrale de celle-ci, que l'on pouvait qualifier de salle du trône. Je me rappelais des récits de Carlisle sur ce lieu. Un frisson imperceptible me parcouru. J'espérais ne pas trop m'y attarder, en finir au plus vite. Car dans cet endroit ce n'était pas la présence divine qui surplombait les lieux mais plutôt celle du mal à l'état pur. Je pouvais presque entendre les cris des victimes humaines ou vampires torturées et tuées ici.
Il fallait que j'obtienne rapidement ce que j'étais venu chercher. A l'heure qu'il était Alice savait précisément ou j'étais et elle ne tarderait pas à découvrir mes intentions dès que je les aurais dévoilées à mes hôtes. Elle n'avait pas pu le deviner avant car j'avais laissé les choses venir à moi sans rien préméditer.
Maintenant que j'étais là je savais ce que je voulais. Je ne reculerais pas. Je posais ma main sur mon cœur là ou la photo de Bella se trouvait dans la poche de ma veste, le seul objet que je souhaitais emmener avec moi dans le trépas.
Ils entrèrent, tel un cérémonial bien établit Aro, suivi de Marcus et Caius, puis les épouses, tous encadrés de leur garde du corps. Ça aurait été risible, si leurs yeux rouge carmin et leurs pensées sanguinaires ne me rappelait pas ou j'étais et ce que je voulais.
Aro resta debout, tandis que ses frères s'asseyaient sur leurs sièges respectifs. Il prit la parole.
- Edward, mon ami, c'est un honneur de te recevoir parmi nous, pourquoi cette visite ?
Démétri m'avait demandé mon identité avant de me conduire dans la citadelle des Volturi. J'imaginais qu'ils savaient tout de la famille de Carlisle. Les choix de vie de ce dernier étaient trop anormaux pour qu'ils ne nous tiennent pas à l'œil.
- J'ai une faveur à vous demander si vous le permettez.
- Tout ce que tu voudras mon jeune ami.
- Je souhaite mourir.
- Oh là ! Oh là ! Pourquoi ces soudaines idées noires ? Permets tu que je lise tes pensées ainsi nous irons plus vite dans les explications.
Il me tendait la main. En lisant son esprit je compris que c'était son don, quasiment identique au mien sauf qu'il nécessitait un contact physique et qu'à ce moment tout lui était accessible, passé comme présent.
Je n'avais pas le choix et rien à perdre. Je lui tendis la main à mon tour.
Il la prit et nous fûmes simultanément saisis par nos pensées respectives. Il lisait tout en moi, et je voyais mes pensées à travers les siennes. C'était très inconfortable. Il me fit tout revivre depuis ma rencontre avec Bella, mes fuites, ma résistance, mon nouveau départ à Rockwood, la comédie que je m'efforçais de jouer pour les miens, ma souffrance quotidienne due au manque d'elle, ma solitude…
Il lâcha ma main et secoua la tête.
- Décidément je ne comprendrai jamais votre façon de vivre à vous les Cullen. Toutes ces souffrances inutiles. Enfin, Edward, la Tua Cantate, offerte pour toi par le destin et tu la refuses. Tu aurais pu connaître le plus grand moment d'extase de ta vie. Tu aurais même pu la séduire afin de multiplier le plaisir, lui faire l'amour en la buvant…
Ses propos étaient associés à des images dans son esprit. Je ne pus me contenir.
- NON ! Je t'interdis de la toucher même par la pensée !
- Du calme, jeune Cullen, inutile de s'énerver je ne faisais qu'émettre mon avis !
- Alors allez-vous accéder à ma requête maintenant ?
- Edward, comment peux tu gâcher un tel talent. Cette humaine est sans doute une personne valeureuse mais si tel est ton choix laisse la vivre sa vie et vis la tienne. Si ton mode de vie ne te convient plus changes-en. Ton pouvoir serait très utile dans nos rangs et nous serions ravis de t'accueillir parmi nous. Au moins tes journées seraient occupées à quelque chose d'utile. N'est ce pas mes frères ?
Les deux vampires sortirent à peine de leur léthargie pour acquiescer d'un infime mouvement de tête. Ils s'ennuyaient tellement que je percevais à peine leurs pensées.
- Tu vois, notre famille n'est jamais assez grande, qu'en dis-tu ?
- Impossible ! Je ne trahirai pas Carlisle et tu possèdes déjà mon pouvoir Aro.
- Non, nous sommes différents, le tien est merveilleux, entendre les pensées sans même toucher la personne est une arme redoutable. Réfléchis bien, veux-tu ?
- C'est tout réfléchi. Je souhaite juste obtenir la réponse à ma question. Sinon je trouverais une autre solution.
Un mouvement sur ma droite, c'était Caius.
- Qu'on en finisse Aro ! Il veut mourir, soit, réglons ça tout suite. Félix, Démétri ?
Allais-je être satisfait ?
- Non ! dit Aro d'un ton sans appel.
Tous arrêtèrent leurs mouvements dans la pièce. Je sentis dans le frémissement de l'air à ma gauche que Félix venait de s'arrêter à mes côtés. Je compris alors que si seulement ils leur en donnaient l'ordre ma fin serait extrêmement rapide.
- Mes frères, Je propose que nous laissions la journée à Edward pour réfléchir. S'il est toujours décidé c'est avec une grande tristesse que nous accéderons à sa requête. Mais avant ça pour que ton choix soit éclairé je te propose de te donner un avant goût des souffrances causées par le trépas. D'autant que nous n'avons aucune idée de ce qui nous attend aux enfers. Jane ma chère !
Une jeune fille blonde, presqu'une enfant entra dans mon champ de vision. Avant même que je comprenne je fus envahi par la douleur à l'état pur. Je n'avais jamais imaginé que l'on pouvait souffrir autant. Mes plus infimes cellules se consumaient au ralenti dans d'atroces brûlures. Mon corps était tellement raidi par la souffrance qu'il restait debout. Mon cerveau tentait de se déconnecter mais plus ça augmentait plus ma perception de ce que j'étais en train de vivre était limpide renforçant la cruauté de ma torture.
Je ne criais pas bien que tout m'y poussait. Etant pleinement conscient je me focalisais sur une pensée agréable pour résister. C'est le visage souriant de Bella qui me vint à l'esprit. La voir m'apaisait, je ne voulais pas qu'elle me voit souffrir car je faisais tout ça pour elle, pour son bien. Elle m'empêchait d'exprimer ma douleur de vive voix.
J'étais tellement concentré sur moi-même que j'entendis à peine la voix d'Aro s'élever dans le silence qui régnait autour de moi.
- Suffit Jane !
La douleur s'arrêta d'un coup aussi vite qu'elle était venue. Mon corps s'affaissa alors et je m'écroulais à terre.
- Quelle résistance ! C'est rare que les martyres de Jane n'hurlent pas. Finalement tu es peut être prêt à mourir, s'amusa Aro.
Je me relevais péniblement, remplis de doute sur le fait que je voulais mourir entre les mains de ces tortionnaires.
- Le soleil va bientôt se lever et tu comprendras que nous ne voulons pas que tu te fasses remarquer dans la ville. Tes intentions sont telles que tu serais capable de commettre un acte stupide sans même que nous ayons eu le temps de discuter à nouveau. Nous allons donc te conduire dans nos sous-sols, le confort y est plus que sommaire et tu ne seras pas seul, mais c'est tout ce qu'il faut pour réfléchir.
Je sentis les bras de Démétri et Félix me saisir de chaque côté et m'entraîner hors de la pièce.
- Ah j'oubliais ! Tu comprendras que pour notre sûreté nous devons maintenir nos invités enfermés et que nous avons des moyens particuliers un peu supérieurs aux verrous pour les personnes de ton genre. Ne nous en tiens pas rigueur. Dès le crépuscule tu seras libre de tes mouvements et de tes choix. Bonne réflexion, lança Aro dans mon dos alors que nous quittions la pièce.
Mes deux gardes me conduisirent deux étages plus bas. Après avoir parcouru un long couloir dans lequel se succédaient des portes de ce qui devait être des cellules, ils me jetèrent sans ménagement dans un cachot. Je pouvais sentir la présence dans les autres pièces d'un autre vampire qui attendait que l'on statut sur son sort ainsi que d'humains effrayés, garde-manger des Volturi et d'autres attendant fièrement de rejoindre leurs rangs. Cet endroit était sinistre.
Je m'assis sur la couche sale. Je ne savais plus d'où j'en étais. J'étais venu chercher une mort rapide et salvatrice et je me retrouvais prisonnier des Volturi. Je commençais à entrevoir que je n'accéderais pas à ma demande. Au mieux, si l'on peut dire, Aro m'abandonnerait à la torture de ses gardes les plus cruels et je n'aurais plus qu'à prier qu'ils acceptent de m'achever en mettant un terme à mes souffrances. Et si je refusais de les rejoindre me laisseraient-ils partir ? Et quelle autre solution envisager pour arriver à mes fins ?
Tout à coup mes pensées furent interrompues non pas par la douleur mais par une immense tristesse, un vide sans fin qui annihila tout ce qui m'entourait au sens propre comme au figuré. Je n'avais plus aucune perception de mon environnement, j'étais comme aveugle. Mes souvenirs, le visage de Bella, les liens affectifs avec les miens s'effacèrent, j'étais seul.
J'aperçus alors ce qu'Aro avait laissé entendre avec ses moyens particuliers de séquestration. C'était l'œuvre d'Alec le frère de Jane. Il vous plongeait dans le néant vous laissant sans réaction à la merci du reste des Volturi. C'était pire que la douleur à endurer. Ça me sembla durer l'éternité.
Quand le brouillard commença à s'éclaircir je compris que c'était fini. La journée devait toucher à sa fin. Alec me libéra de sa contrainte. Autour de moi je percevais les gémissements de soulagement de mes codétenus.
L'amour de ma famille revint alors comme une vague dans mon esprit. Ils existaient et ils m'aimaient comme ils me l'avaient démontré à plusieurs reprises. J'avais la sensation de me réchauffer. Bella aussi reprit sa place dans mon souvenir. Une sensation de bien-être me parcouru.
Je me sentais entier et aussi égoïste que cela puisse paraître je réalisais que je ne voulais pas quitter un monde ou j'aurais la plus infime chance de la voir, ne serait ce que dans une vision de ma sœur. Aro n'imaginait pas à quel point ce moment de réflexion m'avait été bénéfique en me faisant revenir sur mes intentions premières.
Démétri et Felix ouvrirent la porte de ma cellule et nous refîmes le chemin inverse de la veille. Les Volturi étaient déjà présents dans la pièce quand nous entrâmes.
- Edward, comment vas-tu ? Bien que les conditions aient été spartiates j'espère que tu as pu te reposer et réfléchir à ma proposition.
J'allais reprendre la parole quand Aro me coupa.
- Avant que tu ne t'exprimes, je voulais te faire savoir une dernière chose. J'ai moi aussi réfléchi et bien que je ne comprenne absolument pas l'intérêt de ta résistance à l'appel d'un sang comme celui de cette Bella, je souhaite que tu saches que si tu acceptes de nous rejoindre je te l'offrirais en cadeau de bienvenue. Tu en feras se que tu voudras, ton premier et sans doute plus exquis repas parmi nous, ou tu pourras la transformer pour la garder à tes côtés jusqu'à ce que tu t'en lasses, elle sera ton esclave, tu disposeras d'elle sans aucune entrave…
A ses propos j'émis un grognement rageur. Immédiatement Démétri me saisit à la gorge. Je le fis pivoter par dessus moi et le repoussais violement. Il revint aussitôt, se saisit de mon bras et m'envoya à l'autre bout de la pièce. Je percutais un mur que je sentis se fendre sous la force du choc. Je me relevais et fonçais alors sans réfléchir sur lui. Sa force était démentielle et ma rapidité ne fut pas suffisante pour l'empêcher de me plaquer au sol. Il me releva et se glissa derrière moi en tenant mon cou.
J'étais à sa merci face à Aro qui n'avait pas bougé d'un millimètre depuis le début de l'affrontement. Un sourire satisfait étirait ses lèvres. Je me calmais afin de comprendre ce qui pouvait le réjouir à ce point.
Ce fut à ce moment que je perçus un esprit familier. Alice, elle était là, elle arrivait. Elle avait sauté dans le premier avion pour l'Italie dès qu'elle avait vu où j'étais et ce que je projetais de faire. A peine atterrie à Rome elle avait volé une Porshe 911 jaune, seule réjouissance pour elle dans cette mission suicide de sauvetage. Elle venait me tirer des griffes des Volturi.
Aro jubilait d'avoir à sa portée ceux qu'il considérait comme les meilleurs partis de la famille Cullen. Nos pouvoirs étaient des pièces rares qu'il aurait aimé ajouter à sa collection de gardes.
Alice précédée d'Heidi entra dans la pièce.
- Bonjour chère Alice, c'est une joie et un honneur de rencontrer une personne aussi précieuse que toi !
- Bonjour Aro, pardonne moi d'interrompre vos activités.
- Je t'en prie, quelque chose me dit que nos activités t'intéressent au plus au point. Mais, excuse mon impolitesse, que nous vaut ta visite ?
- Je viens ramener mon frère à la maison. Nous souhaitons vivement qu'Edward revienne à nos côtés.
- Ah c'est embêtant ! J'ai l'impression que les intentions d'Edward sont différentes des vôtres mais si tu le permets nous allons le laisser s'exprimer, puis nous aviserons de votre sort. Alors, Edward quel est ton choix ?
Je pouvais entendre la convoitise malsaine d'Aro se répandre dans ses pensées face au potentiel de nos pouvoirs pour sa garde. Cela vint confirmer ma décision, je voulais repartir d'ici avec Alice pour continuer à vivre près des miens.
- Je tenais tout d'abord à m'excuser de vous avoir importuné. J'ai pris ma décision Aro et je te remercie pour la période de réflexion que tu m'as accordé, elle m'a permis de comprendre la valeur de mon existence. Je souhaite donc rentrer auprès de ma famille. Ton intérêt pour ma présence dans ta garde me touche mais je me vois obligé de décliner ton offre. Je ne souhaite pas trahir mon mode de vie.
Caius prit alors la parole.
- C'est trop facile ! Ce jeune imprudent vient perturber notre tranquillité, nous le surprenons à rôder sur nos terres, il nous implore de l'achever et le lendemain il change d'avis et nous demande de l'épargner ? Nous n'avons pas de temps à perdre, finissons-en !
Je sentis la poigne de Démétri se resserrer autour de mon cou puis s'arrêter au son de la voix d'Aro.
- Je comprends ton agacement mon frère, mais décidément je ne me résous pas à faire disparaître un tel talent. Ce qui m'inquiète c'est qu'il lui reprenne des idées de suicide dans quelques temps et qu'il trahisse notre existence dans un geste désespéré. Comment nous assurer que ça n'arrivera pas sauf en l'ayant près de nous au sein de la garde ?
Je savais où Aro voulait en venir, il désirait tester le pouvoir d'Alice par lui même. Comme je m'en doutais elle intervint de la façon dont Aro souhaitait qu'elle le fasse.
- Aro, si tu le permets je peux te prouver qu'Edward n'aura plus d'idée suicidaire et qu'il ne commettra pas d'imprudence. De toute façon nous y veillerons car il mettrait également en danger notre famille.
Alice tendit la main vers Aro. Ce dernier s'approcha et la saisit avidement. Il jubilait. Quand ils furent en contact elle lui transmit une vision de mon quotidien à Rockwood semblable à ce qu'il était ces derniers mois. Aro savait très bien que ça ne prouvait rien mais cela lui permettait de voir l'ampleur du pouvoir d'Alice.
- Extraordinaire ! Ma jeune amie ce serait une bénédiction pour nous que tu acceptes de te joindre à nos rangs !
- Je décline moi aussi ton offre Aro, je suis bien trop attachée à notre famille et à notre mode de vie pour les quitter.
- Quel dommage ! Je ne vous cache pas ma déception mais si tel est votre choix nous le respecterons. Nous considérons que cet incident est clos et nous vous laissons rejoindre Carlisle. Mais à une condition, c'est d'avoir des nouvelles plus régulières du clan Cullen, passez donc le bonjour à notre vieil ami de notre part.
- Nous n'y manquerons pas Aro, lui répondit Alice.
- Démétri libère Edward ! Nous vous invitons à partir maintenant, la nuit vous permettra de sortir discrètement de Volterra.
Démétri me lâcha immédiatement. Je rejoignis Alice.
- Aro, Marcus, Caius, nous vous remercions de votre hospitalité. Nous ne vous importunerons pas plus longtemps. Adieu.
Alice m'entraîna rapidement avec elle.
- Nous te gardons à l'œil, ne t'avises pas de te faire remarquer ou nous serons alors intraitables ! cria Caius alors que nous quittions la pièce.
Il était frustré de ne pas avoir pu achever une vie. Il ne comprenait pas la clémence d'Aro. Mais pour moi elle était claire. Il était persuadé qu'il aurait l'occasion de recroiser notre chemin et il ne perdait pas l'espoir de nous convaincre de les rejoindre. Et plus que tout, il voulait savoir si j'allais réellement résister à Bella, mon histoire l'intriguait et il avait lu au plus profond de moi ce que j'essayais de me cacher : combien de temps allais-je repousser l'envie de la revoir ?
Nous sortîmes rapidement de Volterra. Alice nous conduisit à Florence à bord de la Porshe volée. Elle téléphona à Jasper pour le tenir au courant de notre retour mais ne m'adressa pas la parole. J'avais tellement honte de ma conduite que je n'osais pas lancer la conversation. Nous primes l'avion à Florence pour Rome puis de là pour Portland dans le Maine.
Pendant le vol transatlantique elle prit enfin la parole. Du moins intérieurement pour ne pas que les passagers puissent comprendre notre échange.
« Enfin Edward qu'est ce qui t'a pris ? Je savais que tu étais torturé mais à ce point ça frise le ridicule ! »
- Je sais je suis inexcusable mais je ne voyais pas d'autre issue…
« Dès que j'ai compris ce que tu avais derrière la tête j'ai pris le premier avion pour l'Italie. J'ai dû cacher à Jasper mes intentions. Je ne voulais pas qu'il me suive. Je ne savais pas quels périls nous courrions et il était hors de question de l'entraîner dans cette histoire »
- Vraiment Alice, je ne voulais pas vous mettre en danger.
« Mais réfléchis, nous sommes tous liés. Si tu te mets en danger, nous ne pouvons pas te laisser faire sans réagir. Cette famille t'aime Edward »
- Plus que je ne le mérite je sais…
« Arrêtes de jouer les martyres. Maintenant il va falloir être positif. Reprendre ta vie et t'y mettre sérieusement. Essayes de te rendre heureux Edward, le bonheur est vraiment une sensation agréable tu sais ? »
- Je vais essayer… Les autres sont au courant ?
« En partant, j'ai prévenu uniquement Rose car nous étions tous les quatre à la maison quand je t'ai vu. Elle avait pour mission de se taire et de contenir Jasper quand il s'inquiéterait de mon absence. Carlisle et Esmée étaient en Irlande chez Maggie, Siobhan et Liam et je ne voulais pas qu'ils soient au courant car ils étaient trop près de l'Italie. Ils nous auraient rejoins immédiatement et notre présence en masse aurait pu être interprétée comme une agression par les Volturi. Tout du moins Aro aurait eu plus de mal à contenir Caius et à le convaincre de nous laisser repartir. Malheureusement Rose était tellement en colère contre toi qu'elle s'est empressée de prévenir les autres. Jasper est intervenu auprès de Carlisle pour ne pas qu'ils nous rejoignent. Mon appel de tout à l'heure les a rassurés et ils nous attendent tous à Rockwood. »
- Tant mieux. Je m'en veux tellement pour tout ça…pour vous avoir tous mis en danger… Je sens que les excuses vont être longues…
« Eh ! C'est toi qui t'es mis dans ce pétrin, tu ne peux t'en prendre qu'à toi même »
- Je sais et je te jure que je vais reprendre ma vie en main. Vous n'aurez plus de craintes à mon sujet. Ce séjour en Italie aura au moins été bénéfique pour me faire comprendre à quel point je tenais à vous et à mon existence…
« J'espère que tu dis vrai cette fois. Tu nous as tellement fait de promesses. Mais je ne demande qu'à te croire… »
A notre arrivée toute la famille nous attendait à l'aéroport. Le soulagement était le premier sentiment qui transparaissait. Nous rentrâmes à la maison en silence.
Une fois chez nous je prenais les devants. Je m'excusais de la stupidité et de l'inutilité de mon geste. Je leur demandais de me pardonner de les avoir mis en danger et particulièrement Alice, j'implorais Jasper du regard. Je leur expliquais que tout ça m'avait permis de réaliser la valeur de mon existence et des liens qui me reliaient à eux.
J'avais l'impression d'être un petit garçon qui avait fait une grosse bêtise. Mais je l'avais bien cherché. Ils s'empressèrent tous d'accepter mes excuses et de me signifier leur joie de mon retour parmi eux. Même Rosalie, était confuse d'avoir prévenu tout le monde au risque que tous se jettent dans la gueule du loup.
Chacun se fit un devoir d'oublier cette histoire.
L'été touchait à sa fin. Je repris le cours de ma vie, me consacrant uniquement à la médecine. Sauver des vies humaines m'apportait un semblant d'apaisement face à ma torture intérieure. J'étais définitivement acquis à la cause de Carlisle.
Une seule fois je demandais à Alice d'observer l'avenir de Bella. Victoria et Laurent était toujours en Amérique du sud mais je ne pouvais m'empêcher de m'inquiéter pour elle.
Elle m'envoya une vision de Bella, resplendissante, bien qu'une légère tristesse était présente dans son regard, mais peut être était-ce une illusion de ma part ?
Elle était dans le café d'un campus avec trois autres personnes. Un couple que je reconnus comme Angela Weber et Ben Cheney qui étaient collés l'un à l'autre. A côté d'elle un jeune homme inconnu grand et élancé au visage carré et harmonieux. Je m'aperçus alors que ce dernier tenait la main de Bella. Bien que plus discret que leurs amis, ils étaient aussi un couple…
La douleur fulgurante dans ma poitrine me surprit autant qu'elle me fit mal. Je ne comprenais pas. Je n'avais eu qu'un souhait depuis le début, le bonheur de Bella. Et elle l'avait trouvé. J'aurais dû me réjouir. Ça aurait du m'aider encore plus à m'éloigner et à l'oublier, tout du moins à la reléguer au fin fond de ma conscience.
Au contraire, j'étais à vif, un sentiment proche de la haine me parcourait à la vue de cet homme trop proche de Bella. Et je n'avais qu'une seule idée en tête la rejoindre immédiatement. Mais, pourquoi ? Qu'étais-je pour elle pour oser m'immiscer dans sa vie ?
J'avais assez fait de dégâts autour de moi. Je devais me contenir, abolir mes sentiments qui me conduisaient trop souvent à des actes irréfléchis.
Je remerciais Alice qui m'observait avec curiosité depuis le début. Et je lui demandais de ne plus observer Bella afin qu'elle vive réellement sa vie loin de nous.
Bon c'est plus possible là ! Alors deux choix s'offrent à vous :
Soit j'arrête là et… « Ils vécurent heureux et elle eut beaucoup d'enfants… »
Soit il faut que quelqu'un débloque la situation… Bruce Willis ? Désolée il est pris sur un météore qui va s'écraser incessamment sous peu sur Los Angeles (pauvre Paris Hilton !)
Une autre idée ? Moi j'en ai bien une…
Mais il me faut de la motivation pour mettre en pièces ces deux vies bien trop parfaites…
Du sang, du sang ! (on se calme Edward ! Voilà qu'il frétille de la queue à l'évocation de son met préféré !)
