MERCI à vous toutes ! Ah la, la, qu'est ce que j'ai senti votre reconnaissance lors du dernier chapitre, tellement fort que j'ai longuement cherché à prolonger le plaisir, mais je me suis dit que si je vous faisais encore le coup de la panne vous alliez trouver ça louche. Donc, quand faut y aller, faut y aller, n'est ce pas ?

Histoire de détourner votre attention avant de passer aux choses sérieuses, je vous serais grès pour celles qui le souhaitent de bien vouloir me donner votre opinion sur le sujet suivant : je suis tombée par le plus grand des hasards (ou serait-ce le destin ?) sur les photos du tournage de Breacking Dawn au Brésil et… Non, non, je vous ai entendu crier au fond, je ne vais pas vous parler de la raie des fesses de Robert, je garde ça pour plus tard (comment ça ce n'est pas un vrai sujet de société ?). Hou, hou, on lâche son moteur de recherche et on revient écouter la dame, bande de voyeuses (tirez-en une bonne leçon, ne jamais associer « fesses » et « Robert » dans la même phrase, l'effet sur l'auditoire est désastreux !). En fait je voulais vous parler moumoute, ouais, je sais, ça faisait longtemps, (encore une fois je parle de cheveux, je précise ceci pour au moins une d'entre vous dont l'esprit à l'évocation de ce mot aurait dévié vers des pensées batmanièsques). Encore une minute d'attention s'il vous plait, voilà ma question (oui celle pour laquelle je vous demande votre opinion au début de cet aparté), alors pour celles qui ont suivi et que ça intéresse : c'est moi ou la couleur des cheveux d'Edward/Robert est un peu trop foncée ? Merci pour votre contribution, battons nous pour un monde meilleur, battons nous pour un Edward avec des cheveux bronze désordonnés !

Pour ceux qui aiment les cartes (si, si, ça existe), j'ai passé un peu de temps sur Google Map pour donner plus de véracité à ce chapitre et j'ai eu la surprise de découvrir (ben oui j'avais jamais remarqué ce qui est peut-être une évidence pour vous) au Canada, au dessus de l'Etat de Washington, des lieux aux noms qui ne me sont familiers : Victoria, Bella Bella, Old Bella Bella, Bella Coola, Swan Lake, Jasper, Jasper National Park, Port Alice, Charlotte Lake, Peter Lougheed Provincial Park, Fort St James, Port Edward… et accrochez vous, il n'y a pas de hasard, il y a même un Summit Lake (Mouarf)… Ben oui on s'occupe comme on peut…

Les personnages et l'histoire originale appartiennent tous à Stephenie Meyer, l'amoureuse de la géographie ? Merci à elle de nous donner l'accès aux outtakes de la saga sur son site.

Pour accompagner le tout : « Hold on » de Angus et Julia Stone et « Blackout » de Muse.

Allez, soyez courageux, c'est comme pour enlever un pansement, il faut le retirer d'un grand coup sec et rapide, même si ça fait mal !


Chapitre 18 : Tout découvrir…

POV Bella

Nous y étions, franchissant la porte de l'avion, de retour dans l'État de Washington, loin du soleil qui avait illuminé notre séjour sur l'ile. Je voyais derrière les vitres de la passerelle, le ciel gris plombé de nuages et la pluie fine qui détrempait tout. J'aurais dû être d'humeur maussade mais cette escale à Miami avait eu le don de me faire réaliser à quel point Edward me rendait heureuse, j'étais prête à tout affronter à ses côtés.

Je suivais sa haute et féline silhouette qui ouvrait le passage dans le couloir. Je voulais partager chaque instant de mon avenir avec lui. Je ne pensais pas à ma possible transformation, elle me semblait inutile pour le moment alors que nous pouvions tout vivre ensemble, seul le temps, les mois, les années, qui nous séparaient formaient une échéance.

Pour l'instant j'avais la tête remplie de projets, reprendre mes cours à l'université, nous trouver un logement, vivre chaque seconde dans ses bras… Je n'aurais jamais cru être comme ça, être tout simplement amoureuse.

Je regardais ma main dans la sienne, nos peaux si différentes mais qui ne cessaient de se chercher, de se frôler pour toujours maintenir le contact. Immédiatement je voulais plus que nos paumes l'une contre l'autre, que nos doigts enlacés, je voulais me serrer contre lui, le toucher le sentir sur moi, en moi…

J'inspirais lentement pour me calmer, nous n'étions plus sur notre île, nous allions devoir nous tenir, d'autant plus après la discussion que nous avions eue dans le taxi avant de prendre l'avion à Rio.

Nous avions décidé d'être raisonnables, ce qui signifiait se séparer pendant quelques jours. Notre passage à Miami m'avait conforté dans cette idée, si nous restions ensemble nous n'aurions qu'une idée nous enfermer tous les deux dès que l'occasion se présenterait, mais nous avions besoin de prendre un peu de recul, de reprendre nos esprits pour mieux nous retrouver par la suite.

De mon côté, je voulais passer du temps avec mon père, m'assurer que je pouvais repartir vers mes études, qu'il allait bien et était heureux. La journée de notre retour lui serait consacrée. Ensuite, nous étions invités à aller passer le week-end chez Sue à la Push et je savais qu'il était important pour eux que je sois présente. Le lundi, je reprenais le travail et afin que je dorme suffisamment, Edward et moi avions convenu de nous retrouver en fin d'après-midi.

De son côté, lui voulait chasser et je le soupçonnais de simplement vouloir s'ébattre dans de grandes étendues sauvages après avoir été limité aux contours de l'ile. Il avait aussi accepté l'idée de ce week-end dans nos familles respectives car Alice lui avait appris que leurs amis d'Alaska venaient leur rendre visite. Avec sa prudence innée, il ne souhaitait pas que je les rencontre sans s'être assuré auparavant qu'ils ne tenteraient rien contre moi.

Nous avions donc résolu de nous donner quatre jours, quatre jours pour retrouver les nôtres, quatre jours interminables loin l'un de l'autre mais avec la perspective de se retrouver, de partir dès la rentrée à l'université et de vivre ensemble.

Je butais sur un obstacle, un mur vu sa dureté. Quand deux bras m'entourèrent avant que je ne tombe je compris que c'était simplement lui qui s'était arrêté.

- Alors Bella, on rêve ? dit-il avec son irrésistible sourire en coin alors qu'il embrassait l'arrête de mon nez.

- Mmmmm, ça va être dur d'être loin de toi… soupirais-je.

- Je sais, mais ce n'est que quatre jours, quelques minutes dans notre vie. Et nous pouvons toujours nous appeler et si nous ne tenons pas, nous pouvons aussi nous revoir…

- Ah non ! J'étais sure que tu allais essayer de tricher ! N'oublie pas qu'on a dit qu'être un peu séparé nous ferait du bien ! Pense à ce pauvre Jasper… Et je n'ai pas ta résistance d'être surnaturel… J'ai besoin de me reposer… dis-je taquine.

- Heu, excuse-moi, mais il me semble que la personne la plus insatiable dans cette histoire n'est pas forcément celle…

- Tais toi et embrasse moi ! Je ne veux pas perdre une seconde du temps qu'il nous reste ! le coupais-je.

Immédiatement ses lèvres, lisses et froides comme le marbre, s'appuyèrent sur les miennes, sa langue glacée s'immisça dans ma bouche, mes mains se perdirent dans sa chevelure bronze, tandis qu'il me plaquait contre lui. Encore une fois tout ce qui nous entourait avait disparu.

Je mis du temps à percevoir qu'une main tapotait de plus en plus impatiemment sur mon épaule, puis j'entendis une voix cristalline près de mon oreille.

- Hé, ho ! Ouh, ouh ! Ici Seattle ! Vous êtes dans le monde civilisé, il va falloir vous décoller un peu l'un de l'autre, au moins pour aller jusqu'à la voiture ! Oh ! Je vous parle !

A regret nous nous détachâmes l'un de l'autre, non sans nous regarder une dernière fois avant de nous tourner vers une Alice excédée.

- Contente de vous revoir même si je sais que ce n'est pas réciproque ! Bon, où sont vos bagages que l'on vous trouve rapidement une chambre et un lit pour que vous puissiez reprendre là où vous en étiez !

- Bonsoir Alice, nous sommes heureux de te revoir nous aussi, où est Jasper ? lui demanda Edward.

- Dans la voiture, je l'ai prévenu de l'état dans lequel vous alliez être et il a préféré s'octroyer encore quelques minutes de calme ! répondit-elle exaspérée.

- J'aurais pu louer une voiture pour rentrer si ça t'agace tellement de nous revoir ! dit-il dépassé par la réaction de sa sœur.

- Ah c'est facile ça !

- Alice, tu as été la première à tout faire pour que ce voyage se réalise, alors pourquoi es-tu si mécontente maintenant ? tentais-je pour la calmer.

- Tu me demandes ça, toi que je croyais être mon amie ? Oui, j'ai tout fait pour que ce maudit voyage se fasse, pour que vous sautiez enfin le pas, mais jamais, oh non jamais je n'aurais cru que vous oseriez me faire ça ! nous lança-t-elle hors d'elle.

- Te faire quoi ? demandais-je estomaquée par sa réplique.

- Et bien, vous mariez, bande d'ingrats ! Sans même me prévenir et je ne parle même pas d'avoir mes conseils, voir mon aide !

Elle souleva nos manches sur nos bras gauches et contempla nos bracelets en secouant la tête.

- Sérieusement, tu n'aurais pas pu trouver mieux ? De vrais gosses !

- Non, mais t'es jalouse ou quoi ? dis-je en rabaissant ma manche rageusement.

- Jalouse moi ? De ça ? Jamais de la vie ! Je suis juste extrêmement vexée et déçue que vous ne m'ayez pas tenue informée !

- Et tu peux me dire comment tu sais ça ? lui demanda Edward qui commençait à être sérieusement agacé par ses grands airs de victime.

- Euh… Disons que je vous ai observé de temps à autre pour être certaine que tout allait bien…

- De temps à autre… Et comme pas hasard, tu tombais sur le moment adéquat ! Je pense que c'est plutôt à nous d'être en colère en découvrant que tu as passé ton temps à violer notre intimité ! dit-il faussement outragé.

- Tout de suite les grands mots ! Bon d'accord, j'ai un peu abusé, mais je vous jure que dès que je visualisais des moments, hum, intimes, j'arrêtais ! dit-elle sur un ton repentant.

- Certainement, tout le monde connaît ta discrétion légendaire ! dit-il les yeux au ciel.

- Oh allez, je faisais ça pour votre bien ! Mais vous, pourquoi vous marier dans mon dos ? demanda-t-elle suppliante.

- Nous n'avons rien fait dans ton dos, c'était absolument improvisé et c'était un moment qui n'appartient qu'à nous deux, qui n'a de symbole que pour nous deux et si un jour nous nous marrions officiellement tu seras la première avertie, crois moi ! lui assénais-je.

- Alors ce n'était pas pour de vrai ? Tous les gens qui vous appellent monsieur et madame Cullen, c'était juste un jeu ? demanda-t-elle pleine d'espoir.

- Prends ça comme tu le souhaites, mais considère que ça ne concerne que nous deux, lui dit fermement Edward.

Je regardais Alice qui étrangement resta sans voix. Je compris qu'une vision la frappait quand j'entendis les derniers mots d'Edward.

- Le sujet est clos Alice, je pense que tu en as assez fait et dit pour aujourd'hui, la menaça-t-il.

Je savais qu'ils me cachaient quelque chose, mais je décidais de ne pas poser de questions, j'allais vite devenir folle si je me faisais une montagne de chacune de leurs conversations secrètes.

Nous récupérâmes nos bagages et rejoignîmes Jasper qui nous attendait dans le parking souterrain au volant de la Mercedes de Carlisle. Il nous salua chaleureusement avant de prendre la route. Pendant tout le trajet jusqu'à Forks je restais dans les bras d'Edward à l'arrière de la voiture.

Sa sœur avait râlé tentant de percer notre bulle mais Edward lui avait demandé de nous oublier, voyant qu'elle ne tirerait rien de nous deux, elle s'était détournée en boudant, rejetant même la main apaisante de Jasper sur sa cuisse.

J'étais rapidement retournée à l'admiration de la plus belle chose de mon monde, perdue dans ses yeux assombris par la faim, mes doigts plongés dans ses cheveux. De temps à autre nous partagions de longs baisers, imperméables aux soupirs agacés d'Alice.

Déjà, la voiture s'arrêta devant chez moi. Edward expliqua brièvement nos intentions à Jasper et Alice. La fréquentation de Seth et de la Push expliqua à cette dernière pourquoi elle ne me voyait pas dans les prochains jours. C'était aussi une des raisons qui avait poussé Edward à accepter cette séparation, il me savait sous bonne garde. Ils sortirent de la voiture nous laissant nous dire au revoir dans une relative intimité.

Il pris mon visage dans ses mains, ses lèvres entrèrent doucement en contact avec les miennes, je m'accrochais à sa nuque. Avant même de m'en rende compte, j'étais à califourchon sur ses jambes, approfondissant notre baiser, ses mains sur mes hanches se glissèrent sous mes vêtements et montèrent le long de mon dos. Je me collais à lui, je voulais le sentir, sentir son désir. J'aurais juré que la température de la voiture était montée de quelques degrés. Le manque d'air me fit reculer, je restais sur ses genoux, le contemplant, mémorisant chacun de ses traits.

- Tu vas me manquer, je vais compter chaque seconde loin de toi… murmurais-je.

- Mon amour, ne plus t'avoir près de moi va être une torture… souffla-t-il de sa voix de velours en parcourant lui aussi mon visage.

Il toucha l'infime cicatrice qu'il avait recousue lors de ma chute en montagne, maintenant presque invisible aux yeux humains.

- Prends soin de toi… Il est temps que tu partes, ton père t'attends impatiemment, Jasper est sur le point d'exploser et je ne réponds pas de moi si tu restes une seconde de plus ici… ajouta-t-il avec son sourire ravageur.

Il avait raison, je devais sortir immédiatement ou Carlisle n'accepterait plus jamais de nous prêter sa voiture.

- A bientôt, je t'aime… chuchotais-je sur ses lèvres.

Je me dégageais de ses genoux à regrets et sortis, refermant rapidement la portière. J'avais refusé qu'il sorte de la voiture car je n'aurais pas été capable de le laisser sur le pas de la porte. Je saluais d'un geste Jasper et Alice, m'éloignant d'eux avant de ne plus en avoir la force. Les larmes me montaient aux yeux. J'entendis le moteur rugir alors que la puissante berline l'emmenait loin de moi. J'étais stupide, nous allions nous revoir dans quatre jours.

J'essuyais mes larmes, tout n'était que joie, j'avais tout ce que je désirais, j'étais aimée et j'aimais en retour. Sur ces pensées positives, je saisis ma valise déposée sur le perron par Jasper et entrais dans la maison.

Charlie m'attendait derrière la porte, debout, juste soutenu par une béquille. Le sourire jusqu'aux oreilles, il avait bonne mine et semblait heureux et fier.

- Bella ! Tu es superbe, toute bronzée, je vois qu'Edward t'a gâtée. D'ailleurs où est-il ?

- Nous nous laissons le week-end pour retrouver nos familles respectives, il sera là lundi soir.

- Je vais finir par l'aimer ce brave garçon !

- Toi aussi tu as l'air en pleine forme, je vois que Sue t'a gâté également, dis-je en lui adressant un clin d'œil.

Charlie s'approcha de moi. Je le fixais ébahie.

- Incroyable ! Tu marches ! Tu marches, papa ! Oh, je suis si contente, comment as-tu fait autant de progrès en si peu de temps ?

- Ça fait un moment que je m'entraine mais je ne voulais pas te l'annoncer avant d'être sûr de moi et je me suis dis que ça te ferrait un beau cadeau de retour !

Je l'enlaçais plaquant un baiser sur sa joue, lui disant toute ma fierté de son long combat pour retrouver l'usage de ses jambes. Mon bonheur ne pouvait être plus grand, j'avais décidément tout pour être heureuse.

Il me laissa ensuite pour que je monte mes bagages à l'étage. Je repris possession des lieux. C'était étrange de revenir ici, j'avais l'impression qu'il s'était écoulé des mois depuis mon départ, je voyais tout sous un angle différent. Perdue dans mes pensées, je m'allongeais sur mon lit. Je ne me rendis compte que je m'étais assoupie que quand je fus réveillée par les appels de mon père pour venir déjeuner.

Nous mangeâmes en tête à tête dans notre habituel silence réconfortant. Je touchais à peine à mon repas prétextant avoir copieusement petit déjeuné dans l'avion. En réalité, j'étais barbouillée et incommodée par l'odeur de la nourriture, sans doute un effet secondaire de notre long voyage et de la fatigue.

En début d'après midi j'appelais Angela comme je le lui avais promis. Elle était ravie de pouvoir connaître les détails de mon périple.

- Alors ? demanda-t-elle avec une excitation à peine contenue.

- C'était absolument parfait, soupirais-je.

- Et ça y est ? C'est fait, c'est consommé ?

- Euh, ouais, on peut dire ça, c'est même plus que consommé…

- Je déteste être curieuse comme ça, mais tu me tues là… Allez, dis-en moi plus s'il te plait !

- Que dire, c'était… C'était au delà de tout ce que j'ai connu, je crois que j'aurais pu rester dans le fond d'un lit avec lui et oublier le reste du monde pour un long moment…

- Roooo, le pauvre s'il savait que tu n'en veux qu'à son corps !

- Non ! C'est vrai, j'ai besoin d'être en contact physique avec lui, mais c'est un tout, je peux passer des heures à parler avec lui ou à ne rien dire, je me sens tout simplement moi-même en sa présence… dis-je rêveuse.

- Et bien, je crois que tu es folle amoureuse et je suis ravie pour toi…

- Pourquoi j'ai l'impression que tu n'as pas terminé ta phrase ?

- Parce que tu me connais trop bien ! Je voulais juste te demander si vos sentiments sont réciproques, je suis désolée mais après Alex, je suis toujours un peu inquiète pour toi…

- Je pense que tu peux être rassurée… Ses paroles, ses gestes, tout me porte à croire qu'il est sincère… Mais comme tu le soulignes, j'avais la même impression avec Alex…

Je savais que c'était inutile et mauvais de laisser le doute s'insinuer en moi, je n'avais aucune raison de remettre en question les sentiments d'Edward, mais c'était toujours un vieux réflexe chez moi dû aux blessures du passé.

- Eh, Bella ! Je t'interdis de ressasser les vieilles histoires, ce que tu vis me semble unique, la façon dont il te regardait et te touchait à la fête était si intense, c'était incroyable… Je ne suis pas extralucide mais je crois que ça y est, tu as trouvé ton « Ben » !

- En tout cas c'est comme ça que je le vois ! Bon, changeons de sujet, parle moi de la fin de vos vacances, le retour à Seattle n'a pas été trop dur ?

- Non, tu sais du moment que je suis avec Ben tout va bien ! Et je t'avoue qu'après deux semaines à fréquenter Mike, Jess et Lauren presque tous les jours, j'ai apprécié de retourner chez nous ! On est même reparti deux jours plus tôt car Alex devait prendre un avion pour Houston. Ben était inquiet pour lui vu son humeur après la fête, mais il a reçu un appel pour lui dire qu'il était retenu pour un stage de je sais plus quoi dans un laboratoire au Texas, du coup il a retrouvé son entrain ! En fait, il a réussi à décrocher le stage grâce à un ancien étudiant de la Washigton University, que tu dois avoir connu, il était deux ou trois années au dessus de vous et il assistait le prof dans vos travaux pratiques de biologie molaire…

- Biologie moléculaire ! Et non, comme ça, je ne vois pas qui c'est…

- Eh, oh, c'est bon la grande scientifique, je ne suis qu'une simple artiste moi ! En tout cas Alex est parti quelques semaines dans le labo où ce mec fait sa thèse. Ben n'a pas trop de nouvelles mais à son arrivé il était super content. C'est bien, ça va lui changer les idées, il est vraiment temps qu'il t'oublie !

- C'est certain ! Et vous, quels sont les projets ?

- Et bien, je pense rester encore un an à la fac, Ben termine l'école au mois de juin, et on se dit que peut-être l'année prochaine on envisagerait d'avoir un bébé…

- Oh mais c'est génial ça !

- Ce n'est qu'un projet et je croyais que tu n'aimais pas trop les enfants…

- C'est juste que ça me laisse indifférente, que je ne prévois pas d'en avoir, mais si vous avez un bébé ça sera mon préféré !

- J'espère que tu changeras d'avis, en attendant je suis enchantée de savoir que tu reviens à l'université l'année prochaine, ça sera vraiment sympa d'habiter dans la même ville et de se voir un peu plus souvent !

- Ouais et bien c'est pareil, ce n'est qu'un projet pour le moment alors ne fait pas des plans sur la comète, mais j'y pense très sérieusement.

- J'ai hâte ! Je te laisse j'ai cours dans une demi-heure, il y en a qui bosse dans ce bas monde au lieu de passer des heures dans les bras de leur adonis sur une ile paradisiaque !

- La jalousie est un vilain défaut !

- Je suis juste admirative, il m'impressionne tellement que j'aurais été une vraie godiche seule avec lui à l'autre bout du monde…

- Ne prends pas tes rêves pour des réalités, je ne suis pas prêteuse !

- Vilaine ! Trêve de plaisanterie, il faut vraiment que je te laisse ! Profite bien de ton week-end, car lundi la dure réalité du boulot t'attend !

- Sadique ! Eclate toi bien en cours, passe le bonjour à Ben, à bientôt.

- A bientôt !

Je raccrochais avec le sourire, espérant moi aussi que tous nos projets se concrétisent. Je vidais ma valise, sortant une à une les tenues hyper sexy qu'Alice avait eu le culot d'y glisser avant notre départ. Il me restait un peu de temps avant de descendre préparer le dîner de ce soir, Sue et Seth se joignant à nous. J'en profitais pour télécharger les photos que j'avais prises lors de notre voyage.

Je les fis défiler sur l'écran de mon ordinateur. Une en particulier me fit ressentir la douleur que me provoquait déjà notre séparation, je l'avais prise au lever du soleil du jour ou nous étions repartis de l'île.

Je n'avais pas fermé l'œil de la nuit, assoiffés l'un de l'autre, ne nous laissant que le temps que je reprenne mon souffle, puis une caresse, un baiser et à nouveau nous nous embrasions. La plage, la cuisine, le salon, la salle de bain, la chambre, avaient été témoins de la fièvre qui nous habitait.

Nous étions enlacés sur le lit, les premières lueurs de l'aube perçaient derrière nous, baignant la pièce d'une lumière douce et tamisée, mais devant nous, par la persienne ouverte, nous pouvions encore voir les étoiles dans le ciel sombre. Nous étions entre deux mondes dans cet instant de grâce avant de replonger dans notre quotidien, le retour sur la terre ferme. J'avais voulu fixer ce moment pour ne jamais l'oublier.

M'entourant d'un drap j'étais partie chercher mon appareil dans le salon. Quand j'étais remontée, Edward était sur la galerie assis sur le bout d'une chaise longue. Il avait enfilé un pantalon

et un pull en laine écru, il contemplait la voûte céleste. J'avais photographié son profil magnifique. Puis il s'était tourné vers moi avec son sourire en coin, ses cheveux ébouriffés comme s'il sortait d'une longue nuit de sommeil. Ce visage que j'avais voulu immortaliser était celui d'Edward, ni vampire, ni humain, juste mon Edward, mon amour…

Le cliché représentait parfaitement ce que mes yeux avaient vu à cet instant. C'était ma dernière photo, il s'était ensuite relevé prenant l'appareil de mes mains, le posant sur la table basse. Puis lentement il avait déroulé le drap autour de moi finissant par le laisser tomber au sol. Nous avions alors fait l'amour sur la chaise longue, parcourant à nouveau chaque parcelle du corps de l'autre, tentant de faire durer ce moment pour l'éternité.

Malgré ses suppliques j'avais ensuite refusé de dormir. Grimpée sur son dos, nous avions fait une dernière fois le tour de l'île, faisant une pause dans le kiosque où les vestiges des bougeoirs nous rappelaient notre serment. Puis Edward avait préparé nos bagages en quelques minutes et nous étions repartis vers Rio.

J'imprimais ce dernier portrait, parcourant ses traits du bout de mes doigts quand l'encre fut sèche, toujours aussi troublée par sa beauté inhumaine… Mettant fin à ma rêverie, je glissais le cliché dans le sac que j'avais prévu pour aller à la Push et descendis préparer le dîner.

La soirée fut joyeuse et animée, à la fin du repas, je remis à Charlie, Sue et Seth, les quelques présents que nous leur avions achetés. Puis je fis défiler une sélection de photos sur l'écran plat de Charlie. Ils s'amusèrent des grimaces de Renée, s'extasièrent des paysages de l'ile et mon père eut un hoquet de surprise en découvrant le hors bord des Cullen. Un pincement au cœur, je passais rapidement sur les quelques portraits d'Edward.

La soirée se termina dans la préparation de notre week-end à la Push, Charlie tenait absolument à ce que ce soit réussi. Je me doutais qu'ils allaient nous annoncer des noces prochaines et je savais que mon avis était important pour lui.

Je montais me coucher alors que nos invités venaient de prendre congés. Je me forçais à terminer de remplir mon sac pour partir à la Push le lendemain avant de m'écrouler sur mon lit.

Je rêvais de l'appeler, mais je ne voulais pas être celle qui craquait, je devais me monter forte, après tout il résistait bien, lui. Et, à l'heure actuelle, il était, soit en pleine retrouvailles familiales avec les Denali, soit perdu dans le fin fond de la montagne les crocs plantés dans un puma.

A cette idée mon estomac réagit en se tordant, je courrais à la salle de bain pour rendre son faible contenu dans la cuvette des toilettes. Décidément je ne supportais pas le décalage horaire. Je retournais dans ma chambre et me couchais. Dormir était le meilleur moyen de faire passer le temps, de ne pas réfléchir à son absence et j'étais exténuée.

Je me réveillais en milieu de matinée, encore fatiguée malgré mes nombreuses heures de sommeil, avec une faim de loup. L'expression fut vraiment forte à propos quand je descendis dans la cuisine. Seth était là terminant laborieusement un devoir de math. Sue et mon père, dehors, s'occupaient du jardin. J'ouvris le réfrigérateur et la seule chose qui me tenta fut les œufs, j'en proposais à Seth qui accepta volontiers. Nous engloutîmes l'omelette en quelques minutes nous brulant la langue en riant.

Je retournais à la gazinière en refaire une tournée. Pour la première fois j'eus le dernier mot en terme d'appétit devant les yeux ébahis de mon frère. Mais je payais au prix fort mon festin quelques minutes plus tard dans la salle de bain, vomissant ce que je venais d'avaler. Je ne comprenais pas d'où venaient ces fringales suivies de nausées qui m'accablaient depuis deux jours.

En me déshabillant je fus surprise de la bosse que formait mon ventre, je connaissais l'anatomie humaine et je pouvais certifier que l'estomac était plus haut. Je me regardais dans la glace de plein pied et je ne pus retenir un cri de surprise quand je sentis sous ma main une infime vague à la surface du renflement. Je m'accrochais à la vasque, étourdie par les idées qui se formaient dans ma tête.

Quelqu'un tambourina à la porte.

- Bella, ça va ? demanda Seth inquiet depuis le couloir.

- Mmmm, marmonnais-je tentant de reprendre mes esprits.

- T'es sur ? Ça n'a pas l'air d'aller, je t'ai entendue vomir. Tu veux que j'appelle ton père ou ma mère ?

- Non, non, surtout pas, t'inquiète c'est juste un truc pas frais que j'ai mangé dans l'avion, je me douche et je redescends t'aider pour tes maths, dis-je en tentant de paraître assurée.

- Ok, mais tu m'appelles si ça ne va pas, ok ?

- Ouais.

Je me dirigeais vers la douche et ouvrais le robinet, alors que ses pas lourds descendaient l'escalier.

Je plongeais sous l'eau, essayant de me détendre sous le jet brûlant, laissant mon cerveau analyser la situation : renflement au dessus du pubis, nausées, vomissements, sautes d'humeur, mouvement dans le ventre …

Une seule hypothèse s'imposait à moi, mais ce n'était pas possible, pas avec Edward…

Mes règles…

J'entrepris un compte à rebours rapide, dans un sens puis dans l'autre…

Non, non, ça ne se pouvait pas…

Son corps, son corps était mort depuis presque cent ans…

Je ne prenais plus la pilule depuis ma rupture avec Alex mais pas un seul instant je n'avais pensé avoir besoin de contraception avec Edward…

Et même si c'était vrai, notre première relation sexuelle datait de quelques jours, alors comment pouvais-je avoir déjà du ventre et sentir quelque chose ?

Mais après tout qu'en savais-je ? N'étions nous pas sans doute les premiers et peut-être le seul couple humaine / vampire où l'humaine en était ressortie vivante ?

Un nouveau coup sous ma main que j'avais placée instinctivement sur mon ventre.

- Je suis enceinte…

Le prononcer à voix haute rendit la chose réelle, c'était maintenant une certitude. Je coupais l'eau m'essuyant rapidement.

Qu'allions nous faire, qu'allais-je faire ?

La terreur s'empara de moi devant l'inconnu de cette grossesse…

Je sentis un nouveau mouvement sous mes mains, un frôlement, et un sentiment puissant remplaça la peur, c'était limpide, une évidence indéniable, j'éprouvais de l'amour pour cette… chose dans mon ventre.

J'étais perdue, je ne savais pas comment réagir. La sonnette de l'entrée me sortit de mes pensées.

- Bella ! Un colis pour toi ! Urgent, je le pose sur ton lit ! cria Seth en montant l'escalier quatre à quatre quelques minutes plus tard.

Je l'entendis aller dans ma chambre puis se diriger vers la salle de bain.

- Ça sent fort le vampire ce truc si tu veux savoir, chuchota-t-il derrière la porte avant de redescendre à nouveau.

Je me précipitais dans ma chambre après avoir enfilé un jean et un t-shirt. Perplexe, je m'installais en tailleur sur mon lit devant l'enveloppe Fedex. J'ouvrais la partie autocollante et en sortis une autre enveloppe épaisse et élégante. Mon nom complet y était inscrit dans une écriture gracieuse que je n'avais jamais vue.

Les doigts tremblants d'une appréhensions qui me paraissait infondée, j'en extrayais le contenu, une lettre manuscrite sur un papier de même facture et trois photos légèrement pixellisées. Le sujet des clichés ne faisait aucun doute. Mon ventre se noua, mon estomac menaça à nouveau de se vider.

Sous mes yeux Edward faisait face à une sculpturale blonde qui ne portait que ses sous-vêtements. Ses mains étaient posées sur les hanches de la femme, leurs visages à quelques millimètres se fixaient. Je ne la connaissais pas mais malgré la piètre qualité de l'image je pouvais certifier qu'elle n'avait rien à envier à Rosalie Cullen.

Ils étaient dans la chambre d'Edward, baignée de lumière, en arrière plan trônait le nouveau lit, défait, dans lequel j'avais dormi une fois, un oreiller gisait à leurs pieds. Machinalement, je saisis la photo suivante, toujours dans la même position, elle avait maintenant les mains sur son visage et ils se souriaient complices.

La dernière fut comme un coup de poignard dans ma poitrine, il avait les bras ballants de chaque côté de son corps mais la blonde avait les mains dans sa nuque et leurs bouches plaquées l'une contre l'autre ne laissaient aucun doute sur la nature du baiser qu'ils échangeaient…

En bas de chaque photo, une date et une heure… Hier… Le jour de notre retour… Peu de temps après notre séparation…

D'un geste mécanique j'attrapais la lettre, j'avais du mal à la lire, les larmes brouillant déjà ma vision.

Isabella,

Je te remercie, car même si tu n'étais qu'une passade, tu lui as ouvert les yeux sur ses sentiments et ses envies. Il a enfin trouvé celle qui lui correspond après toutes ces années. Leurs retrouvailles ont été si intenses, c'était à peine imaginable…

Tu comprendras qu'il est nécessaire qu'il vive comblé avec quelqu'un qui lui convient. Fais toi une raison, vous n'aviez aucun avenir ensemble, tu restes une humaine avec tes faiblesses, tes limites, le poids des années, incapable de lui apporter ce dont il a réellement besoin. Dis toi qu'il ne peut même pas être lui-même à tes côtés, contraint de toujours se contrôler. Crois moi, c'est mieux ainsi.

D'ailleurs, sois objective, à ton avis, pourquoi ne t'a-t-il toujours pas transformée ? Ne t'aie-tu jamais dit que tout serait tellement plus simple pour lui si tu étais son égal, alors pourquoi attendre ? A moins que ce qu'il partage avec toi ne soit pas assez fort pour envisager une éternité à tes côtés…

Je suppose que tu ne souhaites pas subir ses mensonges, car si tu tentais de le revoir, je le connais, il n'hésiterait pas, croyant épargner ton esprit fragile et il serait fichu de se rendre malheureux en restant avec toi par pitié, sans jamais oser t'avouer qu'il ne veut plus de toi.

Maintenant que tu as obtenu ce que tu voulais et que tu as bien profité de ton expérience surnaturelle, je te demande une faveur, sois raisonnable, laisse le, si tu l'as un jour aimé, fais lui ce cadeau de ne pas te porter comme un fardeau.

Je te souhaite une agréable courte vie d'humaine.

Adieu

Rosalie Cullen

J'étais anéantie, en état de choc. Tout s'embrouillait dans ma tête, les souvenirs fabuleux des derniers jours, la cruauté des mots que je venais de lire, les images sans équivoque que je venais de voir. Je n'avais même plus la force de pleurer.

Dans un dernier réflexe, comme quand j'avais sauté de la falaise et tenté de refaire surface, je pris mon téléphone et composais lentement son numéro. J'approchais le combiné de mon oreille, même pas une sonnerie, directement la messagerie, je raccrochais.

A ce moment, mon monde s'écroula, les pans de mon bonheur s'effondrèrent un à un, tout redevint noir et gris, les ténèbres m'entourèrent, j'étais retombée encore plus bas que je l'aurais imaginé… Et pourtant j'étais encore là, vivante, j'allais devoir continuer à avancer avec ça…

Mes vieux démons remontèrent à la surface, puissants et cruels, Jacob, Alex, la peur d'être abandonnée, la douleur de la trahison, tout me revenait. Ça m'avait paru terrible, mais ce n'était rien en comparaison de la blessure qui s'ouvrait dans ma poitrine.

Je m'écroulais sur mon lit, rien ne sortit, mes yeux étaient secs. Mais je savais que la crise me guettait et à ce moment là je devais être loin de mon père et surtout de « lui », si jamais il « lui » venait l'idée de venir s'excuser ou pire de dire au revoir, je n'y survivrais pas, mon esprit se briserait définitivement.

Je tentais de remonter les barrières mentales que je m'étais forgée dans le passé et que j'avais eu la naïveté de laisser tomber, persuadée de son amour éternel. Je m'empêchais de réfléchir à ce que je venais de voir, je bloquais toutes les explications ou incohérences que mon cerveau tentait d'y trouver, elles n'étaient que des leurres pour repousser l'échéance de mon inévitable confrontation avec la réalité.

Après tout qu'étais-je pour lui ? Notre relation se comptait en semaines, en jours, en secondes pour lui et son éternité. Emportée par la passion fulgurante, ce qui m'avait paru être une évidence, le centre de ma vie, n'était qu'une attirance réciproque, rapidement assouvie. Mais qu'y avait-il derrière tout ça ? Quels étaient nos points communs, les choses qui nous reliaient ? Rien, je n'étais qu'une simple et faible humaine, à l'intelligence limitée et au physique banal face à un être d'une beauté inqualifiable, immortel, cultivé et brillant. Nous n'avions pas d'avenir.

Il n'y avait plus qu'une solution, un but unique sur lequel je devais concentrer toutes les forces qu'il me restait pour m'empêcher de m'effondrer : fuir. Ma pensée se fit claire et pragmatique, j'étais déterminée, fonctionnant sur mon instinct de survie.

Je répondis au troisième appel inquiet de Seth depuis le bas de l'escalier, le rassurant, lui disant que je terminais de ranger ma chambre. J'étais étonnée de l'assurance de ma voix.

Je saisis à nouveau mon téléphone, parcourant le répertoire à la recherche d'un numéro que je n'avais pas composé depuis longtemps, c'était la seule personne qui pouvait m'aider dans ma situation. Même si c'était beaucoup lui demander, j'espérais qu'il accepterait.

- Allo, Jacob ?

- Bella ? demanda-t-il incrédule.

- Salut, es-tu seul ?

- Euh, oui…

- Excuse-moi d'être aussi brutale mais j'ai un énorme service à te demander, et ça ne sera pas sans conséquences pour toi, tu as le droit de refuser…

- Parle je t'écoute.

Je pouvais entendre la réticence dans sa voix.

- Ne pose pas de questions, contente toi de ce que je te dis, dis moi juste si tu acceptes, ok ?

- Ok, allez vas-y !

- Je dois m'enfuir et tu es la seule personne qui peut m'aider sans me trahir !

- C'est quoi encore ce bordel Bella ? Tu te payes ma tronche avec ton petit ami c'est ça ?

- Il n'a rien à voir là dedans. C'est simple Jack, j'ai besoin que tu dises au revoir à Billy avec une excuse valable pour ton départ et ton absence indéterminée, qu'ensuite tu viennes me rejoindre le plus vite possible et surtout que tu n'en touches pas un mot à qui que ce soit de la meute, il faut que tu te débrouilles pour qu'ils n'en sachent rien…

- Non, mais t'es dingue ? C'est quoi ce délire Bella ?

- Jacob, tu voulais mon amitié et bien la voilà, j'ai besoin de mon ami, j'ai besoin d'aide, acceptes-tu ou non ?

- Je vais surement le regretter, mais oui j'accepte!

- Merci ! Quand peux-tu être là ?

- C'est si pressé ?

- C'est une question de minutes…

- Tu es en danger ? C'est les sangsues ? demanda-t-il inquiet.

- Non, non, je ne risque rien, mais il faut que je parte et que personne ne puisse nous suivre.

- Le temps de prendre quelques affaires et je suis là.

- Merci ! Mais n'oublie pas, pas un mot ! Fais vite s'il te plait.

Il raccrocha. Je fourrais l'enveloppe qui avait ouvert les portes de l'enfer dans le sac que j'avais préparé la veille, y ajoutant deux pulls, une veste chaude, un sac de couchage et le fermais, l'amenant au rez-de-chaussée.

Je rejoignis mon père et Sue dans le jardin, leur expliquant que je devais rejoindre immédiatement Angela à Seattle qui avait besoin de l'aide d'une amie. Je leur demandais de me pardonner d'annuler ma venue à la Push à la dernière minute. Je les serrais rapidement dans mes bras. Mon père était dubitatif, il semblait s'interroger sur la véracité de mes explications.

Je servis le même mensonge à Seth, lui confiant un mot à l'attention de Charlie que je venais de griffonner à la hâte. Je savais qu'il m'obéirait si je lui demandais de le remettre à mon père à la fin du week-end. C'était une lettre courte qui se voulait rassurante.

J'ai besoin de faire le point sur ma vie. Je suis en sûreté chez Angela mais n'essaye pas de me joindre, je t'appellerais quand je serais prête. Je sais maintenant que tu es heureux avec Sue et je suis ravie que tu refasses ta vie, profitez-en tous les deux. Excuse cette façon de te prévenir, je voulais éviter les adieux douloureux. Un dernier service, s'il te plait, ne contacte pas les Cullen, tout est clair entre eux et moi. Je reviens dès que je peux. Je t'aime. Bella

Seth voyait mon inquiétude mais ne posa pas de questions. Il me serra dans ses grands bras. Mon téléphone vibra me signalant l'arrivée de Jacob, je lui avais demandé de m'attendre à la lisière de la forêt dans la rue voisine afin que personne ne puisse l'apercevoir.

Sans me retourner je fonçais dehors vers ma Chevrolet, balançant mon sac sur le plateau. J'espérais qu'Alice ne pourrait pas me distinguer pendant ce laps de temps. Arrivée à la hauteur de Jacob, je pilais et lui ouvrit ma portière avant de me glisser sur le siège passager.

- Salut Bella, tu veux que je conduise ?

- S'il te plait.

- Et où dois-je conduire mademoiselle ?

Le poignard me transperça une nouvelle fois car je me rappelais un doux ténor qui m'appelait Madame Bella Cullen.

- Bella, ça va ? T'es toute pâle ! Merde qu'est ce qu'il se passe ? C'est ton vampire ? Qu'est ce qu'il t'a fait ?

- Je t'interdis de parler de lui à partir de maintenant, dis-je d'une voix dure et froide.

Il me regarda les yeux écarquillés de surprise.

- Euh… Comme tu voudras… Mais tu ne m'as toujours pas dit où nous allons ?

- Pour commencer, arrête toi à la Forks Federal Banks.

- Ok c'est parti, mais vas-tu m'expliquer la raison pour laquelle j'ai dû mentir à mon père ?

- Es-tu vraiment prêt à partir loin et longtemps avec moi ? Si ce n'est pas le cas va-t-en maintenant je vais me débrouiller !

- C'est bon Bella, tu sais que je ferrais tout pour toi…

- Alors fonce, je pense que nous avons un peu d'avance ne la gâchons pas.

Trois minutes plus tard nous étions devant la banque, je demandais à Jacob de m'accompagner à l'intérieur et de m'attendre sur un siège à l'entrée. Je me dirigeais vers le seul guichet de l'établissement et dus me forcer à sourire devant madame Stanley, la mère de Jessica, avec sa permanente aux boucles rigides qui encadrait son visage maquillé de façon outrancière. Elle commença à me vanter les grandes études de sa fille à Los Angeles, mais je coupais court en lui demandant de fermer mon compte et de me remettre la totalité de son contenu en petites coupures.

Cela eut le don de mettre fin à son verbiage, elle essaya de connaître la raison de ma démarche, mais mon regard lui fit renoncer à toute question. Elle dut appeler Madame Gerandy, sa responsable, pour valider la fermeture du compte. Je tapais du pied d'impatience, l'inquiétude me gagnait, nous devions quitter Forks au plus vite. Elles finirent par me remettre une liasse de billets représentant mes maigres économies que je ne pris pas la peine de compter. Après un bref au revoir, je filais sous leurs yeux ahuris, entrainant Jacob à ma suite.

Une fois dans ma voiture, il démarra et je l'invitais à rouler jusqu'à la sortie de Port Angeles. Il accéléra et nous quittâmes Forks, dans le silence. Je ramenais mes genoux contre ma poitrine et tentais de faire le vide en moi. Je devais rester concentrée, sur ma fuite, mon unique objectif pour le moment.

La route défilait devant moi, avec son lot de souvenirs, en passant près des bureaux du parc j'eus un pincement au cœur mais je ne laissais pas mes pensées divaguer vers le passé, seul le présent comptait.

A la sortie de Port Angeles, je fis tourner Jacob en direction de la baie de Dungeness, puis nous empruntâmes une route cabossée qui menait à la côte. « Il » m'avait indiqué le chemin à suivre lors de notre trajet de retour de l'aéroport. Ce serait mon dernier contact avec leur monde.

Comme prévu au bout de la voie qui longeait la plage se trouvait des hangars à bateaux sur pilotis, abrités par un remblai artificiel. Je comptais sur mon sens de l'observation pour trouver celui que je cherchais, sinon je devrais demander à Jacob de forcer la serrure de chacun d'entre eux un par un.

Le coin était désert, Jacob roula lentement jusqu'au dernier d'une couleur si discrète qu'il se fondait dans le décor si bien qu'on le remarquait à peine. Je jetais mon dévolu sur celui là et il se gara.

- Ouvre le !

- Quoi ?

- Ouvre le s'il te plait !

- Tu comptes me donner des ordres tout le temps ?

- S'il te plait, fais ce que je te demande ou va-t-en !

- Ok, princesse !

D'un coup de sa grosse main, il brisa le cadenas et ouvrit le battant en bois. Je passais devant lui, j'avais raison, il n'y avait aucun doute, c'était le bon. J'attrapais nos deux sacs et lui demandais d'aller garer ma voiture loin d'ici, à l'abri des regards avant de revenir le plus rapidement possible. Alors qu'il s'éloignait, j'entrais et montais sur le bateau pour enlever la bâche de protection. Je montais avec difficulté les jerricanes pleins de carburant que je trouvais dans le hangar.

Jacob arriva enfin, il referma la porte du mieux qu'il put pour ne pas que l'effraction soit trop visible. Il émit un sifflement en découvrant le hors bord devant lui.

- Ouais je sais, c'est une Cigarette Racing AMG, démarre le ! dis-je sans lui prêter plus d'attention.

- Putain, mais c'est même pas encore en vente ce truc ! T'es folle ! De toutes façons, je n'ai jamais piloté un engin pareil !

- Je sais le conduire ! dis-je exaspérée.

- Je refuse de le piquer, on risque d'avoir de gros problèmes ! répondit-il fermement.

- Si je te dis à qui il appartient tu arrêtes de jacasser comme une fille et tu te débrouilles pour le démarrer ?

- Faut voir…

- Aux Cullen… soufflais-je en grimaçant de douleur à l'évocation de ce nom.

- Ah ben, fallait le dire ! Tu sais, il suffit d'utiliser les bons arguments avec moi ! dit-il tout sourire, ne remarquant pas mes traits déchirés.

- Tais toi ! le suppliais-je.

- Il y a toujours une clé de secours sur ces trucs, il suffit que j'entre dans la cabine, marmonna-t-il en sautant sur le bateau.

Elle n'était pas fermée et il s'y glissa courbant sa silhouette géante et râla en fouillant, se cognant dans l'habitacle étroit.

- Je l'ai, dit-il triomphant en ressortant.

Je pris la clé et reproduisis « ses » gestes, me remémorant « ses » conseils.

- Défais les amarres ! lui lançais-je.

- A vos ordres capitaine !

Jacob eu à peine sauté sur le pont que je descendis la manette des gaz et l'embarcation partit dans un soubresaut. Je sortis lentement du hangar rejoignant la pleine mer.

Nous étions loin de mes souvenirs, le vent était glacial, la mer légèrement montée. J'accélérais assez pour ne pas être trop secoués par la coque qui tapait sur les vagues. Jacob s'accrochait à son siège, perplexe.

- Et où va-t-on ? demanda-t-il.

- Où avez-vous patrouillé en meute le plus récemment ?

- Il y a deux nuits, nous avons flairé une piste étrange près du lac Quinault, une sangsue de passage, inconnue, nous l'avons suivie jusqu'au Canada, nous ne sommes rentrés que ce matin…

- Où ça ?

- Difficile à dire précisément, nous sommes montés bien au dessus de Vancouver et nous l'avons perdu plus haut, au niveau de l'île Calvert.

- C'est parfait, c'est là que nous allons !

- Ça ne va pas, Bella ? Il n'y a rien là bas, sans compter le temps qu'il nous faudra pour y aller…

- Peux-tu t'occuper des commandes pendant que je prends le cap sur la carte ? Et avant que j'oublie, donne moi ton portable !

- Euh, tiens, dit-il incrédule en me tendant son appareil.

Rapidement je l'ouvris pour en sortir la puce et prenant mon élan je jetais le tout le plus loin possible. En quelques secondes le téléphone sombra dans les profondeurs, engloutit par une vague.

- Bella !

Je ne lui prêtais pas attention et fis subir le même sort à mon portable sous ses yeux effarés. De cette façon j'étais certaine que personne ne pourrait nous retrouver par ce moyen là.

Sans même accorder un regard à Jacob, je descendis dans la cabine. Tout était neuf ici, fidèles à leur philosophie, les propriétaires avaient acheté la panoplie du parfait navigateur pour donner le change. Je trouvais sans difficultés les cartes marines qui me permettraient de tracer notre route, me remémorant les leçons de mon père. Jacob avait raison, il nous faudrait au moins deux jours pour atteindre notre but, mais tant que nous étions en mer, nous étions introuvables.

Je comptais sur l'eau pour effacer ma trace, puis sur l'odeur de Jacob pour la cacher quand nous aurions regagné la terre ferme. De plus, il m'offrait l'avantage d'être hors de portée des pouvoirs de « sa sœur » tant qu'il se trouvait à mes côtés. J'avais honte de me servir de lui ainsi, mais il était le seul qui puisse accepter de me suivre et je pouvais compter sur sa discrétion.

L'endroit où nous allions était sauvage et peu habité, même à cette époque de l'année, nous devrions facilement trouver une cabane à l'abandon pour nous terrer. Il y avait de nombreux fjords qui nous offriraient une porte de secours pour reprendre le large rapidement si nous étions repérés.

Suivant l'itinéraire que j'avais choisi, nous naviguions entre l'île de Vancouver et la côte. Le soir, nous jetâmes l'ancre dans une crique déserte près de Port Hardy. J'étais exténuée par ces longues heures de navigation pendant lesquelles je m'étais concentrée sur notre route essayant de ne penser à rien d'autre.

Je regardais Jacob dévorer les provisions qu'il avait emmené puis me glissais dans la cabine où je sombrais dans un sommeil agité. Je fus réveillé à l'aube par les bruits de pas des goélands sur le bateau. J'avais l'impression d'émerger du néant. Étouffée par la chaleur que dégageait Jacob qui ronflait comme un bienheureux sur la couchette face à la mienne, je sortis sur le pont.

Je m'assis sur le siège de pilotage. Notre jauge était dans le rouge, même si nous avions encore un jerricane plein, je n'avais pas le choix, nous devions nous arrêter à Port Hardy. Le port de plaisance de cette ville était assez grand pour que nous fassions le plein et une réserve de provisions sans trop nous faire remarquer. Par la suite, je ne savais pas quand nous pourrions regagner la civilisation.

A l'idée de nourriture, mon ventre gargouilla et aussitôt je ressentis la sensation de vagues à la surface de ma peau. Je mis ma main sur le renflement, je fus stupéfaite de constater qu'il avait augmenté de façon significative. Je caressais machinalement cette protubérance incapable d'avoir une pensée cohérente à ce sujet.

Un bruit sourd et un juron me ramenèrent à la réalité. Le corps dégingandé de Jacob émergea de la cabine. Il se plaignit du manque de nourriture. Je coupais court en démarrant et en lui promettant les monts et merveilles de Port Hardy.

Comme je l'avais prévu, la saison touristique avait commencé et même à cette heure matinale, le port était assez fréquenté pour que nous passions inaperçus parmi les autres plaisanciers. Jacob se chargea de faire le plein de carburant. Puis nous rejoignîmes le supermarché le plus proche, habitué aux équipages qui s'arrêtaient régulièrement, le personnel ne prêta pas attention à notre caddie rempli à ras bord. Je payais tout avec de l'argent liquide.

Il y avait une seule chose qui ne passait pas inaperçue, notre bateau. Nous l'avions stationné derrière un voilier qui le cachait en partie, mais déjà quelques curieux qui s'affairaient sur les embarcations alentours le regardaient admiratif. Jacob chargea nos provisions et nous reprîmes le large dans le détroit de Queen Charlotte. Je priais pour que nous quittions rapidement les pensées de ceux qui nous avaient vus…

Nous arrivâmes dans la zone où j'avais prévu de nous cacher peu avant la tombée de la nuit. Nous entrâmes dans un des nombreux bras de mer de cette région nous enfonçant dans un paysage vierge de toute présence humaine. Quand l'obscurité fut trop importante pour que nous puissions continuer en toute sécurité, nous jetâmes à nouveau l'ancre pour une nouvelle nuit à bord.

Le lendemain nous continuâmes jusqu'à trouver une petite crique abritée. J'approchais notre embarcation le plus possible de l'étroite bande de sable. Nous réinstallâmes la bâche sur le poste de pilotage, puis nous chargeâmes nos sacs à dos avant de sauter à terre. Jacob amarra le bateau à l'arbre le plus proche qui lui parut assez solide, puis nous nous éloignâmes vers la pente abrupte et rocailleuse qui se dressait devant nous.

Mon intention était maintenant de trouver un endroit pour rester quelques jours. Jacob repéra un vieux sentier à l'abandon qui débutait à la lisière de la forêt composée essentiellement de conifères. Je marchais dans ses pas pour que son odeur couvre la mienne. Peu gêné par la végétation, il avançait assuré, tandis que je peinais anormalement essoufflée.

Tellement de choses s'étaient passées depuis le temps où il m'avait initié à la randonné, mon monde s'était élargi au-delà de ce que je pensais possible, mais à présent il était vide. La tristesse remontait en force mais ce sentiment s'arrêta net quand un coup me transperça les entrailles. Je ne pus retenir un cri de douleur et m'appuyais à un arbre, pliée en deux par la souffrance qui irradiait dans tout mon corps.

- Bella ! Qu'est ce qu'il y a ? me demanda Jacob paniqué.

- Rien, c'est rien ça va aller, dis-je haletante.

- T'es blanche comme une … heu… un linge !

- Je te dis que ça va aller ! C'est juste un point de côté, pas facile pour moi de suivre tes grandes enjambées de loups ! ânonnais-je entre mes respirations.

- Je te porte !

- Hors de question !

- C'est ça ou… rien ! dit-il en passant ses bras sous mes genoux et mes épaules.

J'essayais de me dégager mais il me souleva sans peine. Je m'accrochais à son cou, je ne savais pas combien de temps il allait tenir avec mon poids et celui de nos deux sacs à dos. Il repartit vaillamment comme si je ne le gênais pas.

Nous arrivâmes peu de temps après à une cabane construite avec des rondins de bois qui paraissait abandonnée. Elle n'était pas fermée, à l'intérieur nous découvrîmes dans l'odeur de renfermé une table bancale et deux chaises, deux lits superposés aux matelas miteux, un placard contenant de vieilles couvertures poussiéreuses et un poêle à bois en état de marche. Jacob fit une ronde dans le voisinage me confirmant la désertion ancienne du lieu.

Il se comporta en véritable fée du logis, astiquant, aérant, rendant l'unique pièce un peu plus vivable pendant que je restais prostrée sur un banc devant la maison. J'étais incapable de bouger, mon ventre avait encore grossi depuis la veille, j'avais ouvert la fermeture de mon jean, à l'intérieur c'était une véritable sarabande, je sentais des coups irréguliers contre mes paumes. Quand je les bougeais, les coups suivaient mon mouvement. J'étais partagée entre l'extase et la peur panique.

Mais je ne pouvais pas en parler à Jacob, car il voudrait m'amener dans un hôpital sur le champ et là « il » pourrait me retrouver si « il » s'en donnait la peine. Je ne savais pas où tout ça allait me mener, ma santé importait peu pour le moment, je voulais juste rester ici et me terrer.

Jacob était très fier de son ménage de printemps. Il passa le reste de la journée à explorer les alentours. Le soir il tenta à nouveau de connaître la raison de notre présence ici mais devant mon silence buté, il abandonna.

Les jours qui suivirent, il commença à tourner en rond. Sous ses supplications j'acceptais de l'accompagner à une partie de pêche sur un petit lac voisin. Il avait fabriqué une canne et avait décrété que nous mangerions du poisson le soir même. Je m'assis à ses côtés enserrant ma poitrine dans mes bras. Ce geste était devenu un reflexe pour tenter de contenir le trou béant qui ne cessait de s'agrandir dans ma poitrine.

Je n'arrivais même pas à voir la beauté du site. La brise tiède qui faisait bouger les hautes herbes et provoquait des ridules sur la surface de l'eau, l'odeur boisée mélangée à celles des fleurs d'été, le chant mélodieux des oiseaux, les sommets couverts de neiges éternelles qui se détachaient au loin en arrière plan, le reflet des nuages éparses sur le lac, tout ça ne m'atteignait pas.

- Bon, on va rester longtemps ici ? me demanda doucement Jacob après être resté silencieux depuis notre arrivée.

- Je ne sais pas…

- Et tu le sauras quand ?

- Je ne sais pas Jacob, le temps de me faire oublier et de pouvoir repartir de zéro, ailleurs… soupirais-je.

- C'est eux que tu fuis, c'est ça ? dit-il en se tournant vers moi.

- Mmm, marmonnais-je sans quitter la surface de l'eau des yeux.

- Qu'est ce qu'ils t'ont fait ?

- Rien.

- Alors pourquoi ? demanda-t-il intrigué.

- Pour leur bien… murmurais-je.

- Pardon ? demanda-t-il surpris.

- C'est mieux ainsi, pour tout le monde, quand ils m'auront oubliée, tu pourras reprendre le cours de ta vie. Je suis désolée de t'entraîner dans tout ça mais tu es la seule personne qui peut me cacher, dis-je sans émotion dans la voix.

- Attends ! Pourquoi ils devraient t'oublier et tu fais quoi du cours de ta vie ?

- Ça c'est mon histoire et le mieux pour toi sera que tu ne saches rien de la suite, tu n'auras pas à me trahir si on t'y oblige…

- Bella, je pige rien !

- C'est simple, on se planque pour ne pas qu'ils nous trouvent car s'ils me cherchent c'est maintenant. Après ils laisseront tomber, ils m'oublieront et on pourra repartir.

- Mais quand et où ?

- Je ne sais pas Jack, tu pourras rentrer chez les tiens et moi je trouverais… Tiens, j'irais voir Renée à Jacksonville, je reprendrais mes études en Floride, dis-je feignant l'enthousiasme.

Je vis à ses yeux qu'il ne croyait pas un traître mot de ma dernière phrase mais il abandonna, retournant à sa ligne.

J'arrivais encore à lui cacher mon ventre de plus en plus gros dans le pull que je lui avais emprunté. Mais je ne pouvais lui dissimuler ma faiblesse de plus en plus grandissante due au manque de nourriture avec mon estomac qui ne gardait rien des rares aliments que j'arrivais à avaler.

Les choses allèrent en empirant. Je ne pouvais quasiment plus quitter mon matelas crasseux dans la cabane. J'étais exsangue, mon ventre gonflait, il était dur comme la pierre, les mouvements à l'intérieur se faisaient de plus en plus forts. Mais cette immobilité m'allait bien, je m'enfermais sur moi-même, tentant de contenir le vide qu'était devenu ma vie.

Mes seuls objectifs de la journée, étaient de me relever pour manger et me traîner dehors pour mes besoins élémentaires. Mon cerveau était focalisé sur ces quelques gestes quotidiens, anticipant et regroupant les forces nécessaires pour que je les mène à bien.

Un matin je m'éveillais devant les yeux effrayés de mon ami. Il était figé, fixant mon abdomen comme s'il avait vu le diable. Je baissais le regard, j'étais en partie sortie de mon sac de couchage et mon t-shirt relevé découvrait la peau violacée et tendue de mon ventre gonflé ne laissant aucun doute sur mon état. Je me redressais lentement mais je sentis un mouvement puissant contre mes côtes, j'entendis l'os se briser en même temps que la douleur insoutenable se répandit dans tout mon être. Je retombais, étouffant mon cri en me mordant l'intérieur des joues.

- Bella… Putain, Bella…. C'est quoi ce bordel… dit-il d'une voix blanche.

Je ne répondais pas, attendant que la souffrance s'estompe.

- Qu'est ce que tu as dans le ventre ?

Le silence régnait dans la pièce, j'avais le sentiment d'entendre Jacob réfléchir.

- Dis moi juste que ce n'est pas ce que je crois… Tu es enceinte ? Non, non c'est impossible, avec qui d'abord ? Avec ce monstre ? Tu l'as laissé te toucher ?

Il hurlait à présent.

- Et pourquoi tu ne m'as rien dit ?

- Pour éviter ce genre de scène, dis-je dans un filet de voix.

- Et tu comptais me le cacher longtemps ? Et quand prévoyais-tu m'annoncer que tu te servais de moi pour couvrir tes plans suicidaires ? Putain, c'est complètement dément !

- Je suis désolée…

Ses traits se durcirent et il se mit à faire les cent pas devant moi.

- C'est pour ça que je te vois te tordre de douleur par moment ! Putain, ce truc est en train de te bouffer de l'intérieur ! Et tu dis que tout va bien alors que tu hurles à la mort toutes les nuits dans ton sommeil et que tu as gerbé tout ce que tu as avalé depuis que nous sommes là ! Et comment peux-tu être autant enceinte ? La dernière fois que je t'ai vue date d'il y a moins d'un mois et tu étais plate comme une planche à pain !

- Je ne sais pas, je ne sais rien… chuchotais-je.

- En tout cas moi je sais une chose, c'est fini la ballade dans les bois et ton petit jeu du chat et de la souris, on va aller immédiatement dans un hôpital ! me lança-t-il sûr de lui.

- Et on va leur dire quoi que je suis enceinte d'un vampire ? demandais-je acerbe.

- Dans ce cas nous irons voir le responsable, son père est médecin à ce que je sache, ils n'ont qu'à te sortir du merdier dans lequel il t'a foutu !

Cette fois, j'eus la force de me soulever et de me dresser face à lui.

- Ça c'est hors de question, tu m'entends ? Jamais ! Je te l'interdis ! Va-t-en dans ce cas, laisse moi je vais me débrouiller ! Va-t-en je te dis ! criais-je.

Je le repoussais de toutes mes forces. Sa haine pour ce qu'il venait de découvrir transformait ses traits. Il recula hors de la cabane, puis d'un bond il se retourna et j'entendis le déchirement de ses vêtements alors qu'il s'éloignait devenu loup.

J'étais à nouveau seule, seule face à ma condition et aux émotions qui tentaient d'envahir mon esprit. Je saisis le lecteur MP3 de Jacob, espérant que la musique canaliserait mes pensées. Je choisis machinalement une chanson que je connaissais, la programmant en boucle, je voulais l'écouter jusqu'à l'épuisement de la batterie déjà faible de l'appareil, je voulais marteler les paroles dans ma tête et ne penser à rien d'autre.

Je retournais sur ma couche et me recroquevillais, tentant de contenir la douleur physique et psychique. J'étais toujours incapable de pleurer. J'attendais, j'attendais la fin, la délivrance, je devais me faire à l'évidence que je ne pourrais pas survivre à la fin de notre histoire…

Don't kid yourself (Ne te fais pas d'illusions)
And don't fool yourself (Et ne
te leurre pas)
This love's too good, to last (Cet amour est trop beau pour durer)
And I'm too old to train, yeah... (Et je suis trop vieux pour changer)

Don't grow up too fast (Ne grandis pas trop vite)
And don't embrace the past (Et ne t'accroche pas au passé)
This life's too good to last (Cette vie est trop belle pour durer)
And I'm too young to care, yeah...
(Et je suis trop jeune pour m'en soucier)

Don't kid yourself (Ne te fais pas d'illusions)
And don't fool yourself (Et ne te leurre pas)
This life could be the last (Cette vie pourrait bien être la dernière)
And we're too young to see (Et nous sommes trop jeunes pour le voir…)

Blackout de Muse.


Comme je sais que ce n'est pas facile de taper une review avec les doigts tremblants de rage, la larme à l'œil en se mouchant bruyamment avec l'autre main, je vous facilite la tâche, il vous suffit juste de copier une des phrases suivantes au choix, de cliquer sur le bouton en bas, de la coller et de faire envoyer :

1. Toi… Tu vas avoir des problèmes…

2. Moi aussi j'aime les chiens, presque autant que ta fic !

3. Mais que fait la police ?

4. Je ne peux pas, j'ai piscine ce soir.

5. J'adore Rosalie ! Et Jacob ! Et Enée Lamia !

6. Je trouve pas, elle est où la raie des fesses de Robert ?