Oui je sais c'est mal, très mal d'avoir été absente tout ce temps… Mais bon, moi au moins, je ne vous ais pas larguées au milieu de la forêt avec Jacob et ses regards énamourés comme seule compagnie pendant que je me dorais la pilule au Brésil !
Sachez que mon éternité ne sera pas suffisante pour que je me pardonne de vous avoir abandonnées (Edward sort de ce corps ! Euh non tu peux rester Edward, tant que tu veux… Il fait froid, euh chaud par ici, non ?)
Pour ma défense, comment voulez vous décemment que je me concentre ? D'abord il y a Edward qui nous fait sa crise de la cent-dizaine en essayant de nous faire croire qu'il s'appelle Jacob, en troquant la brune et le loup-garou contre une blonde et un éléphant, auquel vous ajouterez mes efforts surhumains pour m'astreindre à ne pas regarder les photos des scènes de sexe de Breaking Dawn volées à Summit à l'insu de leur bon grès…
Bon ok, la vérité vraie est que le seul coupable est le TEMPS qui parfois semble s'écourter comme un vieux slip kangourou porté par un jeune Quileute en pleine mutation lupine…
Pour en revenir à nos pumas et à vos bruyantes reviews, sachez que j'ai beaucoup aimé votre assurance de façade sur la transformation de Bella, doublée d'un vieux doute quant à savoir si j'étais assez tordue pour finalement la zigouiller. Par contre, à part Elunéa et Aude77, les autres n'ont aucun espoir dans les compétences médicales vieilles de près de 300 ans de Papounet Cullen ! Je vous préviens il est vexé, je ne suis pas certaine qu'il s'en remette… (Qui a dit « On s'en fout de Carlisle, on veut juste Edward et Bella ensemble ! » ? Hein, qui ?)
Sinon, pour marquer l'anniversaire de ma fic, je vous ais caché une phrase « saga » dans ce chapitre, vous m'en direz des nouvelles, tellement c'est beau… Et oui, déjà un an que j'écris ce truc ! (et hop, auto-lançage de confettis ! Allez, Edward tu mets le joli chapeau pointu rose avec des princesses sans râler et tu m'aides à souffler la bougie !). Et en plus pour fêter ça dignement j'ai eu le droit à Robert et ses mèches cuivrées au Grand Journal ! (Ah bon ? Ça n'avait rien à voir avec ma fic ? Pfff, je suis naïve parfois…)
Pour les sans comptes (si elles n'ont pas déserté) :
Aurore : Encore une fois merci pour ta review ! Tu dois me prendre pour une vraie sadique maintenant avec ma lenteur de publication, j'espère que cette suite n'aggravera pas mon cas ! ROBisous !
Sandry : Je sens que tu t'en veux de m'avoir dit que tu ne me mettais pas la pression pour la suite… Si tu traines encore par ici, sache que je te remercie chaleureusement pour ta review et ta patience, j'adore ton avis catégorique sur le devenir des différents personnages ! J'espère que cette longue pause t'as permis de calmer tes nerfs et que ce chapitre ne les remettra pas à rude épreuve car non, même si les apparences sont contre moi, je ne tiens absolument pas à ta mort !
Enfin, à tous ceux qui ont maintenu un bruit de fond de visites sur ma fic pendant ces longues semaines, alors que je n'osais même pas aller regarder persuadée que c'était le calme plat : merci pour votre assiduité qui a contribué à me donner le courage de publier !
Les personnages et l'histoire originale appartiennent TOUS à Stephenie Meyer
Un vieux morceau que j'avais oublié a accompagné ma relecture du POV Bella, « Gone » de Madonna, merci au mode aléatoire !
Une fois n'est pas coutume, nous allons commencer par Edward !
Chapitre 22 : Les limbes
POV Edward
Rien…
Plus aucune trace de Victoria…
J'avais traversé la rivière là où sa piste s'arrêtait brutalement, mais je n'avais trouvé aucun indice de son passage sur l'autre berge, bien que j'eus exploré l'amont et l'aval du cours d'eau sur plusieurs miles.
Perdu, je reculais vers la lisière de l'épaisse et profonde forêt qui bordait la rive sur laquelle je me tenais, ne sachant plus où me diriger.
La rage, qui depuis que j'avais quitté la dépouille de Bella, coulait en moi, se propageant tel un poison, s'amenuisa laissant place à mon chagrin. Immobile, j'entamais une sourde lutte avec moi-même pour avoir le courage de lui survivre assez longtemps pour la venger.
« Edward »
Des mains secouaient puissamment mes épaules.
- Edward, réagis ! m'implorait la voix de Rosalie.
J'ouvrais les yeux pour découvrir son visage inquiet à quelques millimètres du mien.
- Enfin ! J'ai eu un mal fou à te retrouver, ta piste n'arrêtais pas de faire des détours ! Désolée de t'interrompre mais il faut absolument que je te parle !
Je la fixais sans plus de réaction.
- Edward, est ce que tu m'entends ? demanda-t-elle à bout de patience en secouant frénétiquement une main devant mes yeux.
- Oui Rose, répondis-je d'une voix où ne filtrait aucune émotion.
- Très bien ! Ce que je vais te dire ne va pas te plaire, mais je t'en supplie, écoute moi jusqu'au bout, d'accord ?
Je hochais imperceptiblement la tête.
- Il faut que tu arrêtes ta traque…
Un grondement sourd monta du plus profond de ma poitrine, mais elle ne se laissa pas impressionner, au contraire, elle se rapprocha, prenant mon visage entre ses mains comme pour appuyer ses propos.
- N'aies crainte, nous t'aiderons à retrouver Victoria, mais pour le moment tu dois venir avec nous. Les Volturi arrivent ! Ils viennent faire justice, du moins de la manière dont ils l'envisagent ! Alice a eu une vision, Caïus voit là un moyen de détruire le clan Cullen, il veut éliminer Carlisle, il est persuadé que sans notre chef, notre famille se délitera… Et cette fois il est persuadé que rien ne pourra l'empêcher de convaincre ses frères du bien fondé de cette sanction !
Je gémis. Quand tout cela allait-il cesser ? La perte de Bella n'était-elle pas suffisante ? Le sort n'en avait donc pas terminé avec moi ?
- Attends ! Je n'ai pas fini ! Laisse-moi t'expliquer pourquoi ta présence est indispensable ! Aro désirera ardemment lire tes pensées, il sera tellement captivé par ton histoire avec Bella que ça calmera ses ardeurs, il retiendra ses frères et Carlisle survivra ! m'assena-t-elle avec un optimisme grandissant.
- Je ne vois pas en quoi découvrir qu'une humaine connaissait notre secret pourrait nous épargner, dis-je sèchement.
- Détrompe-toi ! Aro est friand de la souffrance d'autrui, il va s'abreuver de ta peine… Il va laisser naître en lui le fol espoir que n'ayant plus rien à perdre tu rejoignes enfin ses rangs… Et, il faut se rendre à l'évidence, l'humaine qui connaît notre secret n'est plus un problème maintenant… termina-t-elle dans un souffle scrutant ma réaction.
L'onde de douleur qui traversa mes traits ne lui échappa pas. Ses mains descendirent sur mes épaules, y exerçant une légère pression.
- C'est le seul moyen d'épargner notre famille, sans toi Carlisle sera sacrifié...
- Inutile d'insister, je te suis, murmurais-je en me relevant.
Je n'avais plus rien à perdre. Il m'importait peu que les Volturi veuillent m'éliminer, si ce n'était que je n'obtiendrais pas ma vengeance sur Victoria, mais je ne pouvais laisser ma famille disparaître, je devais m'assurer de leur survie avant de rejoindre Bella à la tombe.
- Merci, me dit Rosalie en affichant un sourire mélange de soulagement et de tristesse.
Elle se redressa et je l'imitais. Après une courte hésitation, elle reprit la parole d'une voix gênée.
- Avant que nous rejoignions les autres, je dois te demander de t'astreindre à ne pas épier nos pensées, Aro ne doit pas en savoir plus…
Elle fuyait mon regard, absorbée dans la contemplation de ses ongles manucurés. Je compris alors qu'elle était étonnamment concentrée depuis qu'elle m'avait trouvé, s'appliquant à ne pas laisser son esprit vagabonder au-delà de ce qu'elle exprimait.
- Pourquoi ? Que me caches-tu Rose ? demandais-je agacé.
- Je t'en prie, ne pose pas de questions, contente-toi de ce que je t'aie dit, nous essaierons de te bloquer nos pensées au maximum, mais il faut que tu coopères. Fais-moi confiance, c'est pour la survie de notre clan !
- D'accord, finis-je par accepter face à ses derniers mots indiscutables.
Pourquoi lutter ? Il n'y avait plus rien pour attiser ma curiosité, Bella était morte et le reste n'avait aucun intérêt. S'il était important qu'ils me tiennent dans l'ignorance de certains faits pour échapper aux Volturi, je saurais m'y contraindre.
J'entamais ma course vers Forks, quand Rosalie me retint. Ses traits s'étaient durcis redessinant la figure froide et hautaine qui ne m'était que trop familière chez elle.
- Une dernière chose Edward. Ne tente rien de suicidaire face aux Volturi. Il est impératif que toi aussi tu survives à cet affrontement pour que la vision d'Alice se réalise. Je te promets qu'après ça, si tu me le demandes, je te tuerais de mes propres mains.
Elle vrilla ses prunelles sévères dans les miennes. Ses pensées me prouvaient l'entière sincérité de ses propos.
- Je ne tenterais rien… Mais je compte sur toi pour tenir ta parole le jour venu, sans discuter, sans laisser les autres t'arrêter.
- Je te le promets Edward, je ne laisserais personne s'interposer, ça se réglera entre toi et moi, assena-t-elle sans lâcher mon regard.
Rassuré par sa détermination, je quittais l'emprise de ses yeux en baissant la tête et la laissais passer devant moi.
« Avant que j'oublie, je voulais que tu saches que j'ai réalisé trop tard que Bella était celle qu'il te fallait, même si je détestais l'idée qu'elle se prive d'une vie humaine pour un jour devenir une des nôtres. Je suis sincèrement navrée pour ta perte… ».
Brutalement les dernières images de Bella s'imposèrent à moi, me ramenant cruellement à ma peine.
Pour ma sœur reconnaître ses torts était un véritable acte de contrition, mais se doutait-elle que l'effet de ses mots sur moi était totalement inverse de celui recherché ?
Je ne voulais pas de regrets, je ne voulais pas de condoléances, je voulais seulement qu'elle me revienne ! La rage qui s'était infiltrée dans chaque partie de mon corps se réveilla, me brûlant par son ardeur, venant se joindre à la douleur, à mon chagrin, me faisant sombrer un peu plus dans des abysses sombres et opaques...
Mais je ne pouvais m'y abandonner, pas pour l'instant. Je devais me concentrer sur ma famille, leur prouver ma loyauté une dernière fois.
Je rejoins Rosalie qui filait à travers les bois, la suivant jusqu'à la vaste prairie où s'était déroulée la bataille contre les nouveaux nés. Les nôtres nous attendaient avec les survivants du clan Denali.
Je ne m'étais pas préparé à l'impact de mon image dans leurs esprits, mon corps qui avançait mécaniquement vers eux, les épaules voutées, les traits fermés, le regard noir, perdu, au delà de la souffrance.
Finalement soulagé de suivre à la lettre les instructions de ma sœur, je bloquais leurs pensées trop douloureuses à supporter, me repliant sur moi-même, prêt à subir la suite des évènements.
Je me plaçais sur la première ligne à la hauteur de Carlisle, fixant l'horizon pour ne pas croiser le regard de ceux qui m'entouraient.
Je ne sus combien de temps s'écoula avant que je ne perçoive les Italiens qui s'étalèrent en une longue ligne noire et spectrale face à nous.
Je sentis les miens resserrer les rangs autour de moi.
Alice avait entièrement raison, Caïus n'avait qu'une idée en tête : profiter de l'occasion pour en finir avec notre étrange famille. Pour lui nous étions une aberration, un danger pour notre espèce.
- Mes chers amis, vous nous voyez navrés de vous rencontrer en pareille occasion, nous lança Aro sur un ton faussement affligé en avançant de quelques pas, entouré de ses gardes du corps.
Ses frères restaient en arrière de part et d'autre de lui, Marcus indifférent et Caïus impatient. J'aperçus également non loin d'eux, ceux dont j'avais fait la désagréable connaissance à Volterra, les jumeaux Alec et Jane. Leurs visages de marbre ne trahissaient en rien la joie sadique de faire usage de leurs pouvoirs qui emplissait leurs esprits.
- Aro, Marcus, Caïus, que nous vaut l'honneur de votre présence, les salua Carlilse, prenant la parole pour notre camp.
- Si tu souhaites en venir au fait si rapidement, saches que nous sommes ici car nous avons été alertés de faits intolérables dans les parages et nous avons été extrêmement contrariés d'apprendre que vous y étiez mêlés, clama Aro.
Sondant les esprits face à moi pour savoir comment ils avaient pu être au courant si rapidement, je compris qu'alertés par la recrudescence de meurtres et de disparitions dans les environs d'Houston, Felix et Démetri avaient été dépêchés sur place.
Ces derniers avaient surveillé les nouveaux nés jusqu'à découvrir la raison de leur création. Caïus avait alors pris la tête des opérations, n'informant ses frères de la nécessité de se rendre aux États-Unis qu'au moment où l'armée avait quitté le Sud du pays, espérant arriver après l'affrontement avec toutes les conséquences que cela entendait pour notre clan.
- On ne peut rien vous cacher, lui répondit Carlisle.
- Et pouvons-nous savoir pour quelle raison vous vous êtes battus avec des membres de notre espèce ?
- Nous avons été attaqués par surprise pour semble-t-il une sombre histoire de vengeance.
- Par surprise… Mais je constate que l'issue du combat a été en votre faveur, dit-il en nous détaillant un à un avant de se tourner vers l'amas de cendres dernier témoin du brasier que nous avions allumé pour détruire les restes des nouveaux nés.
- Oui, mais ce ne fut pas sans perdre deux membres du clan Denali, ajouta Carlisle froidement.
- Vous nous en voyez navré… La perte d'êtres proches nous amène toujours à nous interroger sur notre immortalité, à nous faire réaliser qu'on ne doit jamais la tenir pour acquise… dit Aro en contemplant Tanya avec un air compatissant.
Cette dernière ne réagit pas, se contentant de fixer l'horizon.
- Quelle sont les conséquences sur notre monde, des humains ont-ils été impliqués ? demanda Aro en se tournant à nouveau vers mon père.
- Les nouveaux-nés ont fait une victime humaine mais nous avons maquillé son meurtre avant de quitter les lieux.
- Et vous pensez que ça va être suffisant ? Que nous pouvons tolérer ce débordement qui aurait pu tous nous trahir ? s'interposa Caïus incapable de retenir plus longtemps son animosité.
Depuis qu'ils avaient quitté l'Italie, il tentait de convaincre ses deux frères du danger de notre étrange mode de vie, leur démontrant que ce qu'ils allaient découvrir dans l'État de Washington était prévisible et qu'il n'existait qu'une solution pour que ceci ne se reproduise pas.
Aro le fit taire d'une main avant de reprendre la parole.
- Caïus est un peu brutal dans ses propos, mais dans le fond il n'a pas tord, vous ne nous laissez pas beaucoup d'opportunités…
Il ne s'était pas encore rangé du côté de son frère, sa fascination pour notre clan et les pouvoirs que nous détenions était trop forte pour accepter de nous laisser disparaître. Il comptait sur Carlisle et son sens de la diplomatie pour lui fournir des arguments à opposer à Caïus.
- Nous comprenons Aro, mais tu sais que mon clan comme celui des Denali est pacifique et vit dans le but de préserver notre secret.
- Bien sur, Carlisle… Malgré ces années, ces siècles derrières nous, je ne comprends toujours pas comment tu as réussi à ne jamais tuer un seul humain, ça me laisse perplexe, je t'admire presque pour ça… murmura Aro pensif.
- Mais ce mode de vie n'est-il pas la raison de cette attaque malheureuse ? Votre habitude d'évoluer parmi les humains en vous faisant passer pour eux n'est-elle pas en partie responsable de tout ceci ? Dans ce cas ne devrions-nous pas punir les instigateurs de cette utopie dans laquelle vous vivez ? martela Caïus décidé à en finir au plus vite.
- Caïus ! Carlisle vient de vous expliquer que tout ceci n'était qu'une vengeance ! l'interrompis-je sèchement.
Les prunelles voilées du vieux vampire s'ancrèrent instantanément aux miennes, haineuses. Devinant que mon intervention avait porté ses fruits, je ne me laissais pas déstabiliser.
Aro se déplaça légèrement afin de revenir dans mon champ de vision et de reprendre la position de meneur qu'il considérait comme légitime.
Comme l'avait prédit Alice, l'attrait qu'exerçait ma présence sur lui était palpable, il n'avait pas oublié les pensées que nous avions partagées en Italie et il était curieux de découvrir la tournure qu'avait pris mon existence suite à ce voyage.
- Mon jeune ami, comme je suis heureux de te retrouver ! Nous sommes restés sans nouvelles depuis ta dernière visite mais je dois reconnaître que si l'on fait exception d'aujourd'hui, tu as su te montrer discret… A présent, ton aide serait la bienvenue pour que nous comprenions ce qu'il s'est réellement passé ici. Edward, si tu l'acceptes, dit-il en tendant avidement la main vers moi.
Malgré les apparences, il ne laissait place à aucune discussion, je n'avais d'autres choix que d'accéder à sa demande.
J'avançais, posant ma paume dans sa griffe raide. Immédiatement, il plongea avec délectation dans les méandres de mon esprit, remontant à mon séjour en Italie, me renvoyant mes pensées dans cet étrange circuit fermé que constituaient nos deux pouvoirs assemblés.
Rockwood, la demande de vengeance de Victoria, notre retour à Forks, ma rencontre avec Bella, la fascination que j'éprouvais pour elle, la tentation de son sang, ma stupide hésitation à accepter ses sentiments, la révélation qu'avait été pour moi notre union au-delà de ma nature, mon droit à l'aimer comme n'importe quel homme…
Finalement il me fit revivre les derniers jours, sa disparition, mon acharnement vain pour la retrouver, le combat contre les nouveaux nés, ma funeste découverte…
Sous le poids des souvenirs j'étais tombé à genoux, la main toujours dans celle d'Aro. Il la lâcha enfin, satisfait. Prostré à ses pieds, j'avais le sentiment d'être vide, comme s'il m'avait arraché les dernières traces de mon humanité en me volant mon passé.
- Incroyable… Je n'aurais pu choisir meilleur témoin ! dit-il en se délectant des dernières images de Bella avant de retrouver un air sérieux.
Il était en proie à un réel dilemme, d'un côté mes pensées avaient confirmé notre version des faits. Il avait maintenant toutes les cartes en main pour s'opposer à son frère et préserver les talents du clan Cullen.
Cependant, il ne pouvait faire l'impasse sur ce que je lui avait révélé, le seul instant où il n'avait pu retenir un frisson devant les images qui défilaient dans nos têtes, la seule chose capable d'effrayer la plus puissante famille de vampires de la planète…
- Par contre vous avez omis de nous révéler un détail que nous ne pouvons ignorer, nous les garants de la survie de notre espèce : les lycans qui vous ont aidé… murmura-t-il finalement déterminé à ne pas le cacher aux siens.
Une onde de frayeur passa imperceptiblement dans la ligne du clan Italiens. Les légendes qui entouraient cet ennemi ancestral de notre espèce étaient ancrées au plus profond de chacun, sa seule évocation avait suffit à les déstabiliser.
- Ils n'ont rien à voir avec les loups-garous que tu as connu, Aro ! Ceux sont des métamorphes, ils auraient pu prendre la forme de pumas ou de grizzlys, seule l'histoire de leur peuple en a décidé autrement. D'ailleurs tu constateras que nous ne sommes pas à la pleine lune et que le combat a eu lieu en plein jour ! s'exclama Carlisle.
- Mais ne sont-ils pas également des ennemis ? demanda Aro intrigué.
- Ils font partis de notre monde, ils protègent le secret tout comme nous. Contrairement aux lycans, ils ne s'attaquent pas aux humains, ils défendent leur territoire dans le but de préserver leur peuple de nos congénères. Nous avons conclu un pacte de non agression avec eux, il y a de nombreuses années en nous engageant à ne pas pénétrer sur leurs terres, depuis nous vivons à leurs côtés sans avoir à déplorer aucune perte. Notre alliance provisoire n'était due qu'à un ennemi commun, les uns comme les autres n'avions aucun intérêt à combattre seuls ces nouveaux nés, expliqua Carlisle, priant pour qu'Aro accepte son argumentation.
Il y eut un long silence pesant, pendant lequel Aro chercha comment se sortir de cette situation sans entacher l'autorité de son clan. Face au raisonnement de mon père, il devait se rendre l'évidence, ces loups n'étaient pas les cruels et dangereux lycans qu'il avait combattu par le passé.
Quoi qu'ils soient, il savait que sa garde n'était pas enchantée à l'idée de combattre des créatures inconnues. Même le belliqueux Caïus n'osait se servir de notre tolérance à l'égard des loups contre nous. Aucun d'eux ne voulait risquer de perdre leurs meilleurs éléments dans un affrontement à l'issue incertaine.
- Décidément, tu m'étonneras toujours Carlisle, tu t'humanises de plus en plus ! Avoir des animaux domestiques ! s'exclama sans préambule Marcus sur le ton de la plaisanterie avant de retomber dans son attitude d'indifférence et d'ennui.
La tension qui régnait au sein du clan Italien s'allégea. Aro saisit l'opportunité de la surprise créée par cette intervention pour s'offrir une échappatoire.
- Admettons… Nous allons nous en tenir à ta grande sagesse Carlisle et faire le choix de te croire. Nous laisserons ces créatures poursuivre leur existence tant qu'ils ne croisent pas notre chemin, je compte sur toi pour y veiller mon ami, dit-il sur un ton qu'il voulut sévère, mais dans lequel perçait le soulagement.
- Nous y veillerons, affirma mon père.
- Bien… Revenons à cette armée de nouveaux nés, il est indéniable que votre vieille connaissance Victoria est leur véritable meneur et l'instigatrice de tout ce désordre… Nous allons devoir la retrouver pour lui rappeler les lois qui gouvernent notre monde !
Je ne pus retenir un sifflement de colère. Je voulais être celui qui l'achèverait ! Ils ne pouvaient me priver du dernier acte de mon existence.
La fureur m'aveuglait au point que je perçus à peine le léger mouvement de Marcus qui s'approcha d'Aro jusqu'à lui toucher le dos de la main, puis recula à nouveau de sa démarche étrange qui donnait l'impression que ses pieds étaient à quelques centimètres du sol.
Grâce à son pouvoir qui lui permettait de détecter les relations entre les personnes, il venait de confirmer à son frère ce qu'il ressentait depuis qu'Aro avait lu mes pensées : le lien qui m'unissait à ma famille n'était plus qu'un fil ténu, effiloché, prêt à céder.
Aro se retint difficilement de laisser grandir le sourire victorieux que cette information fit naitre à la commissure de ses lèvres fines.
- Crois-tu réellement pouvoir réussir seul, Edward ? Pourquoi ne pas t'allier à nous ? Tu bénéficieras de l'aide de nos meilleurs traqueurs et je te promets que tu seras celui qui la tuera ! dit-il, suave, en me fixant intensément.
Il savait qu'il avait là un argument de taille pour me convaincre de le rejoindre. Mes souvenirs lui avaient révélé mes piètres talents de traqueur ainsi que la capacité redoutable de Victoria à se dérober.
Avec Démétri, la retrouver serait sans aucun doute plus aisé…
Et Marcus avait raison, j'avais laissé mon passé dans la main d'Aro, je n'étais plus qu'une coquille vide. Si la promesse de rejoindre la garde était le prix à payer pour préserver les miens, j'étais prêt à me sacrifier. Qu'avais-je à perdre, si ce n'était une âme que je ne possédais plus depuis ma transformation ?
L'idée fit son chemin, forte, claire, balayant tout ce que je tentais d'y opposer.
Le sourire sur le visage d'Aro s'étendit alors qu'il devinait que sa proposition gagnait du terrain dans le duel intérieur que je menais.
Sa pensée fut subitement interrompue par une autre plus puissante, une vision d'Alice qui me frappa de plein fouet, m'offrant un spectacle que je n'aurais jamais cru possible jusqu'à aujourd'hui.
Dans les cahots de Volterra, assis sur la couche sale d'une cellule, j'étais statufié, les traits crispés, les prunelles noires soulignées de larges cernes violets témoins de ma faim.
Provenant du couloir, la voix d'Aro se fit entendre.
- Ça suffit maintenant Alec ! Je pense qu'il est prêt à être raisonnable !
Libéré du joug de mon gardien, mes épaules s'affaissèrent, mon visage se détendit sans pour autant que l'on y devine autre chose qu'une froide indifférence.
La porte de la geôle s'ouvrit sur Félix qui lança devant moi un humain dans la force de l'âge, avant de s'effacer devant son maitre.
- Ne sois pas obtus Edward, il faut te nourrir à présent ! Il ne suffit pas que tu nous ais fait l'honneur de nous rejoindre ! Comme toi nous désirons retrouver Victoria, mais pour cela nous avons besoin que tu sois au meilleur de tes capacités, ce qui entend que tu oublies ton ancien régime alimentaire et que tu renoues avec ta véritable nature, me sermonna Aro d'un ton paternaliste.
Je baissais le regard vers l'individu à mes pieds qui me fixait avec défiance, nullement impressionné par ceux qui l'entouraient.
Voyant que je réagissais, Aro m'énuméra, avec force détails, la liste des atrocités que cet homme avait commises, me prouvant qu'il n'avait pas été choisi par hasard. Il ne faisait aucun doute en observant mon visage que ses propos étaient illustrés par les pensées du tueur.
Mon expression changea à nouveau et je reconnus le monstre dont j'avais maintes fois vu le reflet dans les esprits de mes victimes il y avait des décennies de cela, quand je m'étais affranchi de la philosophie de Carlisle.
Je saisis l'humain par le col de son blouson alors qu'il tentait de me repousser, réalisant enfin le danger que je représentais, goutant la terreur de devenir proie après avoir été trop longtemps bourreau.
J'émis un feulement alors que je plongeais vers sa jugulaire qui palpitait au rythme de ses battements de cœur désordonnés…
Soudain, la vision changea, nous amenant plus loin dans le temps.
Je me tenais debout à la droite des trônes à Volterra, vêtu d'un long manteau gris, mes poings crispés dépassaient des manches, la capuche recouvrait ma tête, seuls mes prunelles cramoisies ressortaient de l'ombre qu'elle projetait sur mon visage.
Devant nous, maintenue à genoux par Felix et Démétri, se tenait Victoria. Aro était lancé dans un de ses habituels monologues, nous expliquant qu'il ne pouvait se résoudre à faire disparaître un talent supplémentaire pour sa garde, ventant les avantages de ne pas la tuer afin de découvrir le pouvoir qui lui avait permis d'échapper aussi longtemps à son plus fin traqueur.
Je ne la quittais pas des yeux, indifférent au reste de la pièce. Je relevais la tête quand Aro déclama que son seul souci était qu'une querelle éclate entre elle et moi.
Je baissais ma capuche découvrant un visage méconnaissable, dépourvu de toute humanité, dur et menaçant. Mes lèvres bougèrent en un semblant de sourire qui tenait plus du rictus dans lequel ne se lisait que la cruauté.
- Si tu souhaites la garder parmi nous pour profiter de son pouvoir, fais-le Aro ! Peu importe le temps que cela prendra, je sais que tu finiras par honorer ton serment de m'offrir sa tête, énonçais-je sur un ton glacial, laissant entendre que je n'aurais aucune pitié pour celle qui avait créé le monstre que j'étais devenu.
Ce n'était pas la résignation que révélait mon regard qui se posa à nouveau sur Victoria, mais la détermination de celui qui attendrait le moment propice pour agir, au prix de sa propre existence…
POV Bella
D'abord, il y avait eu le refuge de l'inconscience…
…
J'avais cru découvrir les prémices du paradis en entendant le ténor d'Edward m'appeler, ouvrant les yeux sur son visage magnifique, sentant ses doigts de glace sur ma peau…
…
Puis, il y eu le néant…
…
Interrompu par la morsure de lames acérées, venimeuses, qui s'enfonçaient dans ma chair sans répit…
…
Quand elles cessèrent enfin, elles furent remplacées par le feu…
…
Le feu qui s'insinua lentement, ravageant tout sur son passage, jusqu'à ce que mon corps ne fût plus que brûlure, faisant passer les lames pour une douce caresse…
…
Je hurlais, me débattais, pour finalement me résigner au silence et à l'immobilité quand je compris que cela ne faisait qu'accroître la douleur…
…
Subitement, une insupportable puanteur, pesante, âcre, vint remplir mes narines et j'eus la sensation d'être ballottée, brimbalé. Je n'opposais aucune résistance, trop accaparée par la puissance du brasier qui me consumait…
…
Puis, le calme se fit autour de moi, l'odeur infecte n'était plus qu'une vague réminiscence, pourtant au lieu de diminuer la fournaise prit de l'ampleur…
…
Je n'avais aucune notion du temps écoulé mais rien ne semblait pouvoir ralentir mon calvaire. Lentement tout ce qui avait pu être agréable dans ma courte existence s'estompa…
…
Par moment j'entendais des gémissements au loin… Étais-je déjà dans les enfers, immolée pour l'éternité, percevant l'agonie d'autres suppliciés autour de moi ?
…
Dans ce cas, comment supporter d'être pleinement lucide, prisonnière d'un corps martyrisé à l'infini ?
…
Je n'entrevoyais qu'une possibilité…
…
Disparaitre …
…
Oublier cette abomination…
…
Me détacher de mon enveloppe charnelle, me retirer au plus profond de mon esprit, dans ses derniers retranchements, là où subsistaient les dernières bribes de mes plus précieux souvenirs…
…
M'exhortant à livrer cette dernière bataille, je me concentrais, effaçant un à un les liens qui m'unissaient à chaque fragment de chair qui m'avait composée, plongeant dans les tréfonds de mon inconscient, loin… Le plus loin qu'il m'était possible d'aller…
…
…
…
J'errais au milieu d'une terre brûlée, aride, sans vie.
La chaleur était telle que je voyais ses volutes troubler l'air autour de moi.
Des cendres voletaient tels des flocons sales avant de se poser sur le sol dans des mouvements lents et aériens.
Mes pieds nus s'enfonçaient dans la tiédeur de cette neige noire qui recouvrait tout.
Le disque rougeoyant du soleil terminait sa course dans le ciel plombé de fumées, m'offrant une vision d'apocalypse.
Fréquemment, mon regard se posait sur des ossements qui jonchaient les bordures du sentier qui me guidait, je m'efforçais de ne pas y prêter attention, de ne pas imaginer la raison de leur présence pour ne pas basculer dans la terreur.
Mes seules certitudes étaient qu'il me fallait avancer sans me retourner et quitter ce lieu de désolation avant que la nuit tombe, sous peine de retourner à mon point de départ pour le reste des temps.
Pendant ce qui me parut des jours, je progressais péniblement au milieu de ce no mans land, butant sur des obstacles, tombant, me relevant obstinément, avec la sensation de me flétrir dans la sécheresse environnante.
Les derniers rayons du soleil embrasèrent l'horizon de leurs lueurs de fin du monde faisant naitre la peur au creux de mon ventre. Je devinais les choses innommables et terrifiantes que recelaient les ténèbres qui s'étendaient autour de moi.
En proie à la panique, le souffle court, j'avançais d'une démarche saccadée, cherchant des yeux un endroit ou me cacher, mais il n'y avait rien à part le désert sans fin, plat et morne.
J'allais me résoudre à revenir sur mes pas quand je vis un infime changement devant moi.
Plissant les yeux, je finis par distinguer dans l'atmosphère sombre et trouble, une forme blanche qui se détachait dans l'obscurité grandissante, douceur au milieu du néant et de la dévastation.
Sans même envisager que ce soit un mirage ou un danger, je me mis à courir frénétiquement pour découvrir un fin voile, qui défiant toute logique, était suspendu dans le vide, bougeant au grès d'une brise que je ne sentais pas.
A bout de force, secouée de tremblements je soulevais la fine tenture, dévoilant un paysage familier au centre duquel le kiosque de l'île d'Esmée surplombait la crique de sable blanc et son lagon.
Déroutée, je contemplais la végétation luxuriante, épargnée.
Ici, le crépuscule avait recouvert des teintes ocre, réconfortantes, promesses d'une nuit paisible.
Avançant d'un pas, je relâchais le voile qui retomba dans mon dos, me coupant de l'enfer que je venais de traverser, l'empêchant d'atteindre ce havre de paix.
J'inspirais longuement pour laver mes poumons de l'air vicié qu'ils avaient respiré, me laissant envahir par le parfum des fleurs et de l'iode marin.
Timidement, je me dirigeais vers le kiosque en foulant l'herbe grasse et tendre sous la plante de mes pieds.
Je constatais que les cendres qui avaient recouvert ma peau et mes cheveux quelques instants auparavant avaient disparu, que les pans de ma robe étaient immaculés, comme si ce que je venais de traverser n'avait pas existé.
Renonçant à trouver un sens à ce que je vivais, je relevais la tête. Les tentures blanches du kiosque volaient entre les quatre piliers dans le vent léger et tiède venue du large, révélant une silhouette.
Nerveuse, je franchis le rempart de tissu.
Je me figeais devant l'homme qui me tournait le dos, appuyé sur la rambarde face à la mer. Sa haute taille, ses épaules solides, sa carrure élancée, sa chevelure bronze désordonnée, étaient si coutumières, si tangibles, que j'osais à peine y croire.
Comme s'il avait soudain eut conscience de ma présence, il fit volte face. Mon cœur eut un raté, mon souffle se fit erratique.
Edward, légèrement différent de celui que je connaissais sans que je puisse dire pourquoi, me souriait tendrement.
Sa beauté plus solaire qu'habituellement était indéniable. Je sentis mon pouls repartir de plus belle, irradiant dans tout mon corps.
Ne pouvant me contenir, je sanglotais, le dévorant des yeux à travers ma vision brouillée par les larmes.
Les manches retroussées de sa chemise dévoilaient ses avant bras finement musclés et le bracelet que j'avais noué il y a des siècles sur son poignet gauche. Le col largement déboutonné laissait entrevoir le dessin de son torse.
Étrangement les derniers rayons de soleil ne faisaient pas briller sa peau légèrement hâlée, différant de sa carnation neigeuse habituelle.
Je continuais mon exploration visuelle vers son visage encadré de mèches cuivre, retrouvant le tracé harmonieux de ses traits.
Il me tendit la main et je la pris, m'approchant de lui. Ce contact déclencha un long frisson le long de mon bras bien que sa peau sous ma paume était singulièrement tiède.
Intriguée, je levais mon autre main vers sa mâchoire carrée, découvrant le picotement de sa barbe naissante sous la pulpe de mes doigts.
Il souleva mon menton et sécha mes larmes avec son pouce, captant mon regard dans ses prunelles lumineuses qui me fixaient intensément. Leur couleur me déstabilisa, elles étaient claires, d'un vert tendre, liquide, envoûtant…
Malgré l'absurdité que cela aurait dû représenter, il ne faisait aucun doute que je rencontrais Edward, l'humain, pour la première fois.
Tous ces détails, ces imperceptibles différences pour ceux qui ne l'auraient pas connu comme moi, étaient créés de toutes pièces par mon inconscient, indices irréfutables de l'irréalité de l'endroit dans lequel je me trouvais, dernier rempart avant la folie.
Repoussant ce que me dictait la raison, je m'enfonçais un peu plus dans les limbes de mon esprit en répondant à l'invitation silencieuse de ses bras, me blottissant contre lui, retrouvant l'aura protectrice de son odeur.
Par moment il déposait de légers baisers mes pommettes, mon front, mes cheveux, sans jamais toucher mes lèvres comme s'il savait lui aussi que ce geste dépassait les limites que je m'autorisais afin de ne pas sombrer définitivement dans l'aliénation.
A l'abri, cachée là ou rien, ni personne ne pourraient me retrouver, je m'abandonnais à son étreinte, chérissant mon amour pour lui, indestructible.
Je vois bien ce que vous vous dites : « Mais qu'est ce qu'elle a pris Bella ? J'en veux aussi ! »
Parce que je vous aime bien, je vais vous donner le secret : un shoot de venin d'Edward.
Je vous assure que c'est terrible ! Pour les commandes, appuyer sur le bouton en bas et je m'empresserais d'aller vous extraire quelques gouttes de ce précieux nectar…
