Bon… si je vous dis que ce chapitre est écrit depuis quoi… oh allez, en arrondissant… 2011… 2012…

Ah… On me fait savoir dans l'oreillette que nous sommes… en septembre 2013…

2 ans et demi…

Hum…

Oui j'ai honte…

Mais Vous savez ce que c'est : aller à mes cours de macramé, prendre l'apéro, nourrir le poisson rouge, faire des pauses café au boulot, lire la totalité des articles sur le RobstenGate, procrastiner, changer des couches, la vie quoi… et le temps passe sans qu'on s'en aperçoive…

Pour dire la vérité, rien que la vérité, en fait je ne voulais pas publier tant que je n'avais pas un chapitre d'avance… Mais voilà, j'ai du me résoudre à changer de stratégie (oui comme Edward il me faut beauuuuucoup de temps pour changer d'avis) et c'est pourquoi je publie (qui a dis « enfin ! » ?) de façon à m'obliger à écrire la suite ! Oui, je sais l'espoir fait vivre !

En hommage à Blue fantaisie (j'espère que tu es encore là) je voulais vous faire un résumé « Previously in Destin », mais je vous la refait pas, vous savez, la vie, les trucs à faire qu'on fait jamais… Bref, je me contenterais de ces quelques conseils avant de reprendre votre lecture :

- Les courageux à tendance tenaces : y a plus qu'à, vous relisez tout depuis le prologue (je vous voue admiration jusqu'à la fin des temps)

- Les sérieux à tendance efficace : vous relisez le chapitre précédent, vu que je l'avais coupé en deux, celui là en est la suite directe.

- Les overbookés à tendance grosse feignasse (les gens comme moi, cf. mes activité ci-dessus) : et bien vous vous lancer directe dans la lecture, genre « même pas peur » et vous priez pour que votre mémoire ne vous trahisse pas dans les méandres des souvenirs des centaines de fic que vous avez lues (« bizarre… j'étais persuadée que dans le chapitre 10 Emmett et Jacob vivaient une folle passion adultérine, et que Charlie était le frère d'Esmée, cousine de Sue qui avait eu Seth d'un deuxième mariage avec le père de Mike, lui-même amant de la mère de Jessica, cette dernière étant la sœur cachée d'Angela, dont seule Bella jumelle d'Emmett marié à Tanya mais amoureux secrètement de Rosalie connaissait le secret avant qu'Alice, femme de Jasper, neveux d'Edward par alliance… Ah bas non ça devait pas être cette histoire… »).

Et je conclue en remerciant du fond du cœur les fidèles et les nouvelles pour vos reviews sur le dernier chapitre : Aelita48, AuroreAthena, Elunea, Elo-Didie, Blue fantaisie, Aude77, Linou2701, Sandry, Death In Vegas, Mlle Cullen-Swan, Rose, Mrs Esmee Cullen, Julioange, Wesker101 et la petite dernière . Merci pour vos encouragements !

Les personnages et l'histoire originale appartiennent tous sans exception à Stephenie Meyer.


Chapitre 23 : Renaissance.

POV Edward

La vision s'arrêta aussi brutalement qu'elle avait commencé.

Epuisée par l'effort fournit pour contenir son pouvoir, Alice luttait avec peine contre le sentiment d'horreur qui la submergeait.

La violence de ce qu'elle m'avait laissé percevoir, l'impression de certitude, d'irrévocabilité qui s'en dégageait, résonnait encore en moi.

Hagard, je redressais la tête pour découvrir ma main à nouveau dans celle d'Aro. Il n'avait pas résisté à la curiosité de savoir ce qui causait mon tourment.

- C'est merveilleux ! Edward, tu vas être parfait ! s'exclama-t-il en rompant le contact avec moi.

Il se tourna vers ma sœur.

- Ma chère, ton don est un cadeau du ciel, il me tarde de te voir suivre le chemin d'Edward pour te joindre à nous !

Je sentis Alice se recroqueviller un peu plus sur elle même, atterrée d'avoir perdu le contrôle et de m'avoir donné un aperçu de mon avenir.

- Prends ton temps, nous avons l'éternité devant nous et je sais qu'un jour ou l'autre tu te rendras à l'évidence, lui dit Aro d'un ton paternaliste avant de me faire face à nouveau.

Derrière lui, Marcus était retourné dans son mutisme habituel. Caïus bouillait de rage d'être mis de côté et de ne pas connaître la teneur de nos échanges silencieux.

- Alors Edward, as-tu pris ta décision, souhaites-tu venir avec nous maintenant ou préfères-tu te morfondre encore un peu sur ton sort avant de suivre ta destinée ? demanda Aro.

J'étais en proie à un violent combat intérieur. J'avais là la certitude de retrouver Victoria, mais à quel prix ? Celui de la trahison… Trahir Carlisle… Trahir ma famille… Me trahir moi-même, celui que j'avais mis un siècle à devenir, celui dont Bella était tombée amoureuse… Trahir Bella…

« Tiens parole ! Tu repars avec nous ! Inutile d'envisager autre chose ! »

L'avertissement silencieux et rageur de Rosalie claqua dans ma tête, me sortant de mon égarement.

Comme Caïus, elle fulminait, mais contrairement à lui ce n'était pas le désir d'exterminer le camp adverse qui l'habitait mais une colère sourde, dirigée vers ma famille, qu'elle avait réussi à me cacher jusqu'ici. Emmett peinait à la contenir une main sur son bras et priait pour que les Volturi ne remarquent pas son étrange comportement.

Aveuglé par la vengeance et l'atermoiement, je n'avais pas considéré les choses sous leur vrai jour : mon clan me cachait quelque chose. Rosalie avait été désignée comme porte parole car elle était celle dont je ne douterais pas de la sincérité, celle qui jamais ne m'épargnerait quelque soit mon état, du moment que c'était pour le bien de la famille. Elle était aussi de ceux auxquels les Volturi ne prêtaient pas attention.

Moins par curiosité, car je n'imaginais pas ce qu'ils pourraient me dévoiler qui aurait encore le moindre intérêt pour moi, que pour ne pas détruire tous leurs efforts, je répondis comme convenu.

- Je reste… pour le moment, annonçais-je d'une voix éteinte.

Une imperceptible vague de déception passa sur les traits d'Aro avant que son visage s'illumine d'un sourire satisfait.

- Prends ton temps mon jeune ami, l'espoir que tu me donnes n'a pas de prix ! Si ça t'amuse de t'adonner à la traque, grand bien te fasse ! Je suis persuadé que le dénouement de tout ceci sera fabuleux ! s'écria-t-il.

Après m'avoir contemplé avec attrait, il se tourna vers ses frères.

- Alors messieurs, comment allons nous conclure cette rencontre fort instructive ?

Il avait enfin pris sa décision. Il s'opposerait à Caïus pour épargner les Cullen sachant je ne me résoudrais jamais à rejoindre le clan qui aurait détruit les miens et il ne perdait pas espoir qu'un jour Alice me suive. Il ne lui restait qu'à convaincre ses frères.

La tâche ne s'avérerait pas si aisée. Marcus était indécis, il ne comprenait pas l'intérêt de préserver ma famille si j'étais décidé à les rejoindre.

Caïus ne démordait pas de sa position initiale : nous devions payer le prix fort pour notre manque de discrétion, peu importe que je les rejoigne ou non. Il acceptait de m'épargner pour que son frère fasse de moi son nouveau jouet mais il ne transigerait pas sur le fait qu'il fallait faire un exemple au nom des lois qu'ils défendaient.

Ils se rassemblèrent. Pour pouvoir agir rapidement et sans résistance de notre part, Caïus fit un signe à Alec. Immédiatement le vide se fit autour de moi comme à cette époque ou j'avais passé la nuit dans les cachots de Volterra.

J'étais aveugle, tout disparu, ma famille, les Denali, j'étais seul, sauf que cette fois comme l'avait souligné Marcus, mes liens étaient si faibles, j'étais déjà si vide, que la sensation fut moins douloureuse que la première fois.

- Suffit ! grogna Aro qui ne tenait pas à ce que Caïus arrive à ses fins trop facilement.

Tous reprirent consistance autour de moi. Je vis les miens ébranlés, échanger des regards pour se rassurer de la présence de l'autre.

Les Volturi entamèrent une âpre discussion à voix basse dont aucun ne sortait vainqueur. Les arguments d'Aro n'étaient pas suffisants pour réfréner le désir de justice de son frère, aucun d'eux ne cédait du terrain.

Mon abattement laissa place à l'inquiétude. Rose avait-elle eu tord ? Ma présence ici ne serait-elle pas suffisante pour qu'Aro ait le dessus ?

La tension de mon clan autour de moi était palpable, le doute sur l'issue de la confrontation grandissait.

Je cherchais en vain l'ultime argument qui pourrait nous sortir de cette impasse mais je n'en voyais qu'un, toujours le même. Je m'apprêtais à prendre la parole pour négocier ma venue immédiate dans le clan Volturi contre la survie des miens quand je fus stoppé dans mon élan.

- Aro, Caïus, Marcus, il vous faut la tête de quelqu'un pour l'exemple, prenez moi ! lança Eleazar en s'avançant vers eux.

Je n'avais pas anticipé son intervention. Son état était proche du mien, à la différence qu'il avait trouvé un semblant de paix, il avait fait son choix, il était prêt à rejoindre Carmen et il savait que son attente ne serait plus très longue.

- Non !

Le cri déchirant de Tanya et Kate résonna dans la plaine. Les miens étaient déstabilisés, Alice n'ayant apparemment pas prédit cette tournure des évènements.

Eleazar s'était préparé depuis la mort de Carmen, comme je l'aurais fait s'il n'y avait eu Victoria, seule lui manquait l'occasion et elle était parfaite, il accédait à son plus cher désir sans mettre aucun d'entre nous à contribution.

- Tanya, Kate, je ne peux pas vivre sans elle, je fais ça pour vous, je veux que vous poursuiviez votre existence, que vous perpétuez notre mode de vie, en mémoire de Carmen et d'Irina… murmura-t-il en les fixant.

Les sœurs gémirent, incapable de prononcer une parole, leurs visages dévastés par la douleur.

Eleazar, les serra l'une et l'autre longuement avant de se diriger d'une démarche digne vers la ligne des Italiens.

Aro et Caïus étaient en pleine négociation. Le premier voyait là la seule chance d'amener le second à ne pas détruire toute notre famille, bien que le talent d'Eleazar dont ils avaient jadis profité serait perdu à jamais. Mais il était prêt à ce sacrifice pour préserver les pouvoirs du clan Cullen.

Marcus prit enfin clairement le parti d'Aro. La vie d'Eleazar lui paressait un bon compromis, d'autant qu'il n'avait jamais accepté la désertion du clan Italien de celui qu'il avait toujours considéré comme un frère.

Caïus ne cacha pas sa déception devant ce qu'il appela « leur lâcheté », mais il n'avait d'autres choix que de céder. Écœuré, il recula, s'enfonçant dans la ligne des gardes, ne souhaitant pas prendre part à ce qu'il considérait comme un signe de faiblesse de son clan.

Serein, notre ami s'agenouilla devant ses anciens compagnons, la tête haute, les yeux fermés. Toutes ses pensées étaient tournées vers Carmen, son unique amour, celle qui avait donné un but à son existence de vampire, qui lui avait permis de maitriser le monstre qu'il était devenu.

Marcus soupira, Aro leva un doigt et avant même de le percevoir Félix avait bondi derrière Eleazar, arrachant sa tête d'un geste précis et mettant aussitôt le feu au reste de son corps.

Le tout se fit dans un silence assourdissant, Félix regagna son poste et seul le crépitement des flammes qui léchaient les restes de notre ami troublait le silence.

Autour de moi, chacun retenait son désespoir, dans l'attente de la réaction des Volturi.

- Bien ! Je crois que justice a été faite ! Que ce châtiment vous serve de leçon ! Je compte sur vous pour vous faire oublier et dites à vos loups de ne jamais croiser notre chemin ! Quant à toi jeune Edward, j'espère que nous aurons l'honneur de te compter parmi nous rapidement ! asséna Aro, pressé de partir avant que son frère revienne à la charge.

Il nous salua d'un signe de tête avant de disparaître au milieu de ses gardes. Comme un seul homme, ils nous tournèrent le dos et la ligne noire s'estompa aussi vite qu'elle était apparue.

Nous étions loin de la scène de liesse qu'aurait dû déclencher le dénouement de notre confrontation avec les Volturi. Tanya et Kate étaient agenouillées devant le tas de cendres duquel s'échappait une colonne de fumée mauve. Esmée s'avança et tenta des les consoler.

- Ils sont partis… Aro ne reviendra pas… énonça lentement Alice perdue dans ses visions.

La tension s'estompa légèrement autour de moi. Carlisle s'apprêtait à prendre la parole quand elle parla à nouveau.

- Caïus… Il refuse d'abandonner… Il a demandé à Démétri de rester en arrière, de nous observer, il veut prouver à Aro qu'il a eu tord de nous épargner…

Carlisle soupira.

- Bon… Agissons comme il l'attend… Dirigeons nous vers la villa, dit-il.

- J'ai une meilleure idée, séparons nous ici, s'il s'attend à quelque chose c'est à ce que je reprenne la traque. Avec un peu de chance il décidera de me suivre, il se lassera vite quand il aura compris que je ne fais rien de plus que poursuivre Victoria et il reprendra sa route vers l'Italie. D'ici là Caïus aura trouvé un nouveau sujet d'occupation, proposais-je d'un ton amer.

- Tu devrais venir avec nous et reprendre des forces avant de repartir, suggéra mon père.

- C'est inutile Carlisle. Je suis revenu uniquement car je n'aurais pas supporté que vous payiez de votre existence pour les événements auxquels je vous aie égoïstement mêlé. Rien de tout ceci ne serait arrivé si je ne nous y avais pas irrémédiablement conduit… assénais-je d'un ton assuré.

- Edward… commença mon père d'une voix suppliante.

Je ne le laissais pas poursuivre, me dirigeant vers les deux survivantes du clan Denali.

- Tanya, Kate, j'espère que vous me pardonnerez un jour la perte d'Irina, de Carmen et d'Eleazar. Je n'aurais jamais du vous laisser participer à ce vaste gâchis…

Incapable de parler, Tanya attrapa ma main et la pressa contre sa joue, me laissant entendre que je n'étais pas coupable et qu'elle ne regrettait rien.

- Vous n'allez tout de même pas le laisser repartir comme ça ! La petite scène de tout à l'heure ne vous a pas suffit ! explosa Rosalie sans prévenir.

- Rose… tenta de l'apaiser Carlisle

- Non, Carlisle ! Non, je ne me tairais pas ! Pas cette fois ci ! s'insurgea-t-elle.

Elle s'arrêta contemplant tour à tour les membres de ma famille qui avaient formé un cercle autour de nous.

- Aucun d'entre vous n'a pris conscience de la gravité de la situation ! Aucun d'entre vous n'a compris qu'Edward était prêt à se joindre à cette bande de tueurs qui se couvrent sous leurs soi-disant lois pour trucider tous ceux qui les gênent ? Avez vous cru une seule seconde son idée de détourner l'attention de Démétri sur lui ? N'avez-vous pas pensé qu'il allait tout simplement repartir pour l'Italie avec lui ?

- Ma puce, calme toi, tenta Emmett en posant une main sur son épaule, qu'elle repoussa violemment.

- Non, Emmett, je ne me calme pas parce que si vous continuez sur cette voie, ça va mal se finir ! Que croyez vous qu'il va se passer une fois avec les Volturi ? Je vais vous le dire : ils vont mettre la main sur Victoria, Edward va lui arracher la tête sous l'œil bienveillant d'Aro, et après quoi ? Il va rester faires des parties d'échecs avec ses nouveaux amis, aller chasser dans les bois avec eux et se dire que finalement il passerait bien son éternité sous le soleil de la Toscane ? s'emporta-t-elle.

- Tu n'en n'est pas loin Rose et ça sera au delà de ce que tu imagines, car même si son existence se poursuit, Edward, tel que nous le connaissons, sera à tout jamais perdu, déclara lentement Alice plongée dans les réminiscences de sa vision.

Tout le monde se tourna vers elle, s'attendant à ce qu'elle en dise plus.

- Pas ici, Démétri n'est pas loin et peut nous entendre, regagnons la villa, il gardera ses distances afin que nous ne détections pas sa présence, nous ordonna-t-elle.

- Comptez sur moi pour poursuivre cette conversation dès que nous serons à la maison ! les menaça Rosalie.

Carlisle m'entraîna à sa suite. Je n'opposais pas de résistance. Quoique Rosalie ait à dire, il me suffirait de reprendre la route dès la fin de son plaidoyer et effectivement les Volturi resteraient une option si ma traque ne menait à rien.

Esmée et Jasper aidèrent Tanya et Kate à se relever et nous suivirent.

Notre longue file entra par l'arrière de la maison. Chacun pris position dans le salon plus par habitude que par nécessité. Esmée conduisit les Denali à un canapé ou elles se blottirent l'une contre l'autre se refermant dans leur bulle de chagrin.

- Sommes-nous hors de portée ? demanda Carlisle dans un chuchotement.

- C'est bon, il reste assez éloigné pour ne pas que nous prenions sa présence pour une agression, mais il surveillera toutes nos allées et venues, déclara Alice.

- Dans ce cas nous pouvons reprendre là où nous en étions, à moins que vous ayez encore des excuses pour justifier le traitement que vous lui infligez ? demanda Rosalie sarcastique.

- C'est peut-être prématuré, qui sait comment il va réagir et si nous arriverons à le maîtriser… N'oublions pas le but de tout ceci ! Nous ne pouvons prendre le risque qu'il nous trahisse devant Démétri, les conséquences pourraient être désastreuses… s'inquiéta Carlisle.

Le rire glacial de Rosalie résonna dans la pièce.

- Je vous rappelle qu'il est là, à côté de nous et qu'il a une certaine capacité à lire dans nos esprits, lança-t-elle.

Je croisais alors les regards dorés des membres de ma famille, la gêne se lisait sur leurs traits.

- Ce n'est plus de la prudence à ce stade, c'est de la cruauté ! Faites lui confiance, il saura être raisonnable ! N'est ce pas Edward, dis leur que nous pouvons compter sur ton contrôle ? me supplia Rosalie.

Je hochais la tête par réflexe, submergé par toutes les pensées qui fusaient. Jasper exerça son don sur moi car je sentis une douce hébétude m'envahir alors que ma famille se livrait une véritable bataille.

- Tout doux, ma belle, si tu avais des pieux à la place des yeux on serait déjà tous morts ! susurra Emmett en ricanant, ravi de sa blague et comme à son habitude, insensible à la tension ambiante.

- Je te signale que nous sommes déjà tous morts et si tu veux éviter l'étape suivante je te suggère de te ranger de mon côté ! gronda Rosalie entre ses dents.

Emmett leva les mains en signe d'apaisement.

- Bien sur que je suis avec toi, mais permets moi de te dire que dans certaines de mes situations préférées, tu m'as l'air d'être tout sauf morte…

Le regard que Rose lui lança le fit se taire sur le champ.

- Et vous ? Allez-vous vous ranger du côté de Carlisle et poursuivre cette mascarade ou vous rendre enfin à la raison ? demanda-t-elle en dévisageant Esmée, Alice et Jasper.

- Je n'arrive pas à déterminer la suite, il change sans cesse d'avis, je ne sais pas… s'excusa Alice.

- Il est déjà trop tard pour les précautions, combien de temps croyez-vous lui cacher vos pensées ? demanda Jasper pragmatique.

- Carlisle, Rose a raison, nous ne pouvons pas le laisser comme ça, nous devons lui faire confiance, il y a eu trop de vies gâchées aujourd'hui, le conjura Esmée en désignant les Denali.

Bien qu'il savait que ce n'était qu'une question de secondes avant que je comprenne ce qu'ils me cachaient, ce fut cet argument qui eut raison des dernières défenses de Carlisle.

- C'est d'accord, tu peux le lui dire Rosalie, se résigna-t-il.

Elle le remercia d'un sourire et se plaça en face de moi.

- Edward, sache que je suis désolée d'avoir dû te tenir dans l'ignorance et de t'avoir joué cette mascarade. Ce que je vais t'annoncer risque de te paraître absurde mais je t'assure que cette fois c'est la vérité !

Elle prit une profonde aspiration avant de poursuivre.

- Edward, Bella est vivante ! Enfin pour être plus juste, Bella est en pleine transformation… m'annonça-t-elle le plus sérieusement du monde.

Abasourdi, je perdis toute notion de ce qui était vrai, de ce qui était faux, au fur et à mesure que les images qui parcouraient leurs esprits me frappaient.

- Nous ne pouvions pas te le dire sachant qu'Aro allait lire tes pensées. C'était prendre trop de risques pour Bella. Son existence n'aurait fait que renforcer la thèse de Caïus, il nous aurait accusé d'avoir voulu nous aussi créer une armée de nouveaux nés, il aurait commencé par l'éliminer et il y avait de fortes probabilités pour qu'Aro ne s'y oppose pas car elle aurait été le dernier obstacle à son grand projet de t'avoir dans sa garde, m'expliqua-t-elle.

J'étais tétanisé, encore incapable d'assimiler ses paroles.

- Alice et moi risquions le plus de nous trahir, Emmett était tellement ravi de se frotter aux Volturi qu'il aurait été incapable te faire comprendre la gravité de la situation, Carlisle et Esmée voulaient être sur place dans le cas ou les Volturi seraient arrivés avant que nous te retrouvions. Rose nous a donc paru être la mieux placée pour te ramener à la réalité de la situation, avec toute sa froideur et son objectivité… continua Jasper.

- D'ailleurs je voulais que vous sachiez que j'aie détesté lui faire ça ! Vous avez vraiment une piètre image de moi pour m'avoir confié cette mission ! dit-elle sur un ton de reproche.

- C'est juste parce que tu es belle, intelligente et convaincante ma chérie, lui souffla Emmett récoltant pour toute réponse un coup de coude dans les côtes.

- Jasper, je crois que tu peux relâcher ton emprise, suggéra Alice en agitant une main devant mes yeux.

- Je ne fais plus rien, lui répondit-il en me dévisageant, intrigué.

- Carlisle, est-il possible qu'un vampire soit en état de choc ? demanda Esmée.

- Je n'ai jamais vu ça, mais pourquoi pas… Face à un traumatisme violent… réfléchit-il.

Toutes les pensées qu'ils avaient réprimées devant les Volturi me submergèrent, s'assemblant pour former une réalité qu'à aucun moment je n'avais même osé envisager.

Depuis mon départ, Carlisle puis Alice avaient fait sans relâche un massage cardiaque à ce que je m'étais résigné à considérer comme la dépouille de Bella.

Le reste de la famille était arrivé dans la clairière découvrant horrifié le corps devant eux.

Carlisle qui avait retrouvé toute sa froideur professionnelle imposa le silence autour de lui. Les animaux ayant fuis depuis longtemps la menace que nous représentions, seul le cœur de Jacob qui n'avait pas encore repris connaissance perturbait le silence.

Puis je l'entendis à travers leurs oreilles…

Les battements anachroniques d'un cœur qui s'emballe…

Le bruit reconnaissable entre tous, pour ceux de mon espèce, d'un cœur en transformation…

- Elle est vivante… murmurais-je sortant de mon hébétude sous leurs regards soulagés.

- Oh Edward, je suis désolée que l'on ait du t'infliger une telle peine ! dit Alice en m'entourant de ses bras.

- Où est-elle ? Je dois la rejoindre immédiatement ! dis-je en me dégageant.

- Ils ne voulaient pas te mettre dans la confidence à cause de ce genre de réaction typique de ta part qui risque de mettre tout notre plan à l'eau ! Démétri ne doit rien savoir de l'existence de Bella ou il nous dénoncera à ses maîtres ! Nous devons attendre qu'il soit parti ! s'écria Rosalie dans mon dos.

- De toutes façons à part intriguer Démétri tu n'arriveras à rien en partant, tu ne la trouveras pas, nous ne savons pas nous même ou elle se trouve… commença Carlisle.

- Vous ne savez pas où elle est ? l'interrompis-je en me retournant, submergé par les émotions contradictoires qui me traversaient.

Rosalie occupa mon champ de vision et posa ses mains sur mes épaules.

- Calme toi ! Tu m'as promis que tu te contrôlerais ! m'ordonna-t-elle fermement.

J'allais protester, mais Jasper fut plus rapide, mon corps tendu se relâcha, si bien que Rosalie ôta ses mains.

- Je vous écoute, soupirais-je décidé à profiter du pouvoir de Jasper pour ne pas devenir fou.

Alice se tourna vers les autres pour obtenir leur consentement silencieux avant de commencer.

- Jacob est près d'elle…

- Jacob ? Vous l'avez laissée seule avec ce clébard ? Celui qui l'a abandonnée à la merci de Victoria ? criais-je.

Jasper dut redoubler de concentration pour me calmer.

- C'était la seule solution Edward, nous devions l'éloigner rapidement, sans que les Volturi flairent sa trace et aucun d'entre nous ne pouvait l'accompagner, m'expliqua Carlisle.

- Mais où sont-ils ? Tu viens de me dire que vous ne le saviez pas vous-même !

- Malgré nos efforts, il y avait de fortes chances que tu perçoives Bella dans nos pensées, le fait qu'aucun d'entre nous ne saches où elle se trouvait la protégeait du pouvoir d'Aro. Même s'il l'avait perçue dans tes pensées, il aurait été incapable de la localiser. Nous avons donc décidé de la confier à Jacob, qui nous a prouvé par le passé qu'il était capable de couvrir ses traces et même de la rendre invisible à Alice, continua-t-il.

- Mais comment allons nous la retrouver ? demandais-je tourmenté.

- Nous avons décidé que Seth serait notre contact, nous l'appellerons dès que Démétri sera parti. Jacob doit le contacter tous les jours et lui donnera sa position dès que le danger des Volturi sera écarté, dit Alice.

- Mais je ne peux pas attendre ! Je ne peux pas la laisser seule après l'enfer qu'elle aura traversé ! Et si elle s'enfuit, si je la perd encore… me lamentais-je désespéré.

- Je te promets que Jacob veille sur elle. Ce n'est sans doute pas idéal mais nous n'avions pas d'autres solutions, tenta de me rassurer Carlisle.

- Combien de temps vais-je devoir attendre ? suppliais-je en me tournant vers Alice.

- Si nous n'éveillons pas ses soupçons, il partira dans deux jours, à la nuit tombée, me répondit-elle concentrée.

Je gémis, abattu à l'idée de Bella qui allait s'éveiller à sa nouvelle existence, après d'atroces souffrances, seule et sans explications.

- Ça va aller, Edward, Bella a toujours été forte étant humaine et je suis persuadée que sa nouvelle condition ne ferra que renforcer ce trait. Elle saura surmonter l'épreuve et à la seconde où Démétri s'en ira nous contacterons Seth, me dit Esmée en posant sa main sur mon bras.

- Je comprends vos choix mais ça me semble si hasardeux… Comment prévoir sa réaction face au loup et comment être certain qu'elle n'attaquera pas un humain ?

- Fils, cesse de douter. Jacob nous a garantit qu'il la conduirait dans un lieu éloigné de toutes vies humaines, de plus si elle se réveille avant que nous puissions la rejoindre il se chargera de lui expliquer la situation. Nous pouvons également compter sur lui pour se défendre face à Bella…

- Et s'il la blesse ? m'exclamais-je.

- Arrête Edward ! Ça m'atterre de devoir dire ça mais fait confiance au clébard pour gérer la situation, il a déjà fait ses preuves pour gérer les situations anormales avant l'arrivée de Victoria ! me lança Rosalie.

- Pardon ?

- Edward, nous ne t'avons pas encore tout dit… soupira Carlisle

Plus par réflexe que par besoin, je me laissais tomber sur le sofa derrière moi.

- Edward, nous ne connaissons pas tous les détails mais Jacob nous a brièvement raconté ses quelques semaines de fuite avec Bella, poursuivit mon père.

Mes épaules ployèrent comme pour amortir l'impact de ce qui allait suivre.

- Désolé de te faire revivre ce moment, mais rappelle toi la blessure la plus flagrante que lui a infligée Victoria ? me demanda-t-il.

Je me remémorais douloureusement le corps brisé de Bella, baignant dans son sang jusqu'à percevoir ce à quoi mon père voulait en venir.

- Eventrée, elle l'a éventrée… articulais-je difficilement.

- Exact. Et ce n'est pas un hasard, ni un effet de mise en scène… Edward, Bella était enceinte, m'annonça-t-il.

Incapable de prononcer un mot, je levais des yeux interloqués vers lui. Une nouvelle fois tout s'écroulait autour de moi.

- Inutile de te torturer, elle était enceinte de toi à n'en pas douter, bien que je ne m'explique pas le phénomène n'ayant jamais rencontré de cas similaires tout au long de mon existence pas même dans les légendes. Mais les descriptions de Jacob ne font aucun doute sur l'anormalité de sa grossesse. Durant le peu de semaines qu'a duré leur fuite, elle avait déjà atteint l'apparence d'une femme à terme. Son ventre était extrêmement dur et couvert d'hématomes, le fœtus semblait lui porter des coups qui d'après Jacob allaient jusqu'à lui briser des côtes. Ne supportant plus la nourriture humaine, elle s'est résolue à boire du sang animal dans les derniers jours…

- Oh, je suis un monstre… gémis-je en prenant ma tête dans mes mains.

Par égoïsme j'avais tout détruit, sa vie, ses relations avec sa famille, ses amis… Et tout ça en lui infligeant directement ou indirectement d'immenses souffrances…

- Edward je t'en supplie, arrête ! s'écria Jasper.

- Ne te fustige pas ! Jacob nous a affirmé qu'elle nourrissait un amour profond pour l'enfant qu'elle portait, il en était même effrayé quand il a réalisé qu'elle était prête à se sacrifier pour lui donner la vie, poursuivit Carlisle.

- Ça n'excuse en rien ce que je lui ais fait. Mais je comprends enfin pourquoi elle m'a fui ! me lamentais-je.

- Personnellement je doute que ce soit dû à sa grossesse… Mais elle seule pourrait te donner la véritable raison de sa fuite, ajouta-t-il perdu dans ses réflexions.

- Inutile… soufflais-je.

- Non, laisse moi terminer. D'après Jacob le jour où ils sont partis de leur cachette, il a trouvé Bella en pleurs, au bord de l'hystérie, elle a mis sans dessus dessous leurs maigres possessions jusqu'à sortir une enveloppe qui contenait une lettre de toi et une bague dans un écrin. Elle a lu tes mots, à ce moment là son chagrin s'est mué en détermination et elle a exigé de rentrer à Forks. Elle revenait vers toi ! m'encouragea-t-il.

- Pour me dire à quel point elle m'en voulait… murmurais-je.

- Je ne sais pas Edward, elle n'a pas eu le temps, Victoria l'a découverte et a arraché l'enfant, commettant un geste d'une cruauté inimaginable…

- Ça veut dire que Victoria a aussi tué l'enfant… chuchotais-je, abattu.

- Tout porte à croire que le bébé a survécu et qu'il est toujours avec elle, enfin à avec eux car elle n'est pas seule, deux nouveaux-nés sont encore à ses côtés, mais j'ai souvent de grandes difficultés à les visualiser… Je crois que cet être hybride me rend « aveugle » ce qui expliquerait que je n'arrivais pas à voir Bella lors de sa fuite même quand le loup s'éloignait, m'expliqua Alice.

J'étais scindé entre l'envie de retrouver Bella et celle de poursuivre Victoria pour lui reprendre tout ce qu'elle nous avait volé.

- Chaque chose en son temps, nous allons nous charger de retrouver la piste de Victoria et je te promets qu'elle ne nous échappera pas ! Mais pour toi la première chose à faire est de retrouver Bella. Cependant tu dois attendre le départ de Démétri et donner le change en simulant la traque de Victoria, réagit ma sœur aux changements incessants de mon avenir.

- Je t'accompagne, ne t'inquiète pas nous resterons dans les parages, juste assez loin pour qu'il nous croit partis, me proposa Jasper.

Décidant de leur faire confiance car je n'avais pas tellement d'autres choix, j'acceptais et je lui fus redevable car il usa de son pouvoir pour me plonger dans une sorte de léthargie apaisante. Nous nous contentions de nous éloigner assez de la villa pour être hors de portée de Démétri, errant dans des zones où nos téléphones étaient en état de recevoir des appels.

Le soir du deuxième jour, malgré mes supplications, Jasper avait refusé que nous nous rapprochions trop de la maison pour ne pas que Démétri croise notre piste. Il s'était assis sur un rocher se concentrant pour me contenir tandis que je tournais en rond autour de lui comme un lion en cage, quand mon téléphone sonna enfin.

- Aro a découvert la manigance de Caïus et a ordonné à Démétri de rentrer en Italie. Il refuse de savoir son meilleur traqueur sans défense et craint notre réaction si nous le découvrons. Démétri leur dira que nous avons repris notre vie, que tu poursuis Victoria et que les loups se cantonnent à leur territoire. J'ai contacté Seth, il me rappelle dès qu'il a des nouvelles de Jacob, me dit Alice d'une traite.

Jasper qui s'était rapproché de moi, relâcha son emprise.

- Merci, nous rentrons, lui répondis-je avant de raccrocher.

Je regagnais la villa en quelques minutes, incapable de ralentir, je semais mon frère. Quand il arriva à son tour, j'étais planté dans le salon, bouillant d'impatience devant le téléphone silencieux d'Alice.

La lune était déjà haute dans le ciel, quand enfin je sentis l'infime décharge d'électricité statique qui précédait le déclenchement de la sonnerie du cellulaire.

Avant que qui que ce soit ait réagis, je décrochais.

- Seth ?

- Euh, bonsoir je souhaite parler à Alice… répondit-il hésitant.

- C'est moi Edward, ou sont Bella et Jacob ?

- Je ne sais pas si je peux te le dire…

- Ne t'inquiète pas je ne toucherais pas un poil de ton ami, tout ce que je veux c'est retrouver Bella !

- C'est bon, Seth, tu peux parler, lui dit Alice par-dessus mon épaule.

- Bon ok, il faut prendre la direction Ketchikan en Alaska, quand vous aurez passé le bras de mer qui marque la frontière avec la Colombie-Britannique, vous entrerez dans un parc naturel, il faudra continuer vers le lac Humpback, après ça Jacob dit que vous trouverez sa piste.

Suivant les instructions de Seth, Jasper visualisait le trajet sur Internet que je m'empressais de mémoriser.

Alice me prit le téléphone des mains avant que je le laisse tomber.

- Merci, nous te tiendrons informé… l'entendis-je souffler avant de raccrocher.

- Préfères-tu y aller seul ou souhaites-tu que nous t'accompagnions ? me demanda Esmée.

Elle ne posa sa question que par principe car elle connaissait instinctivement la réponse.

- Ne vous offensez pas mais je préfère être seul…

- Ne t'inquiète pas nous comprenons, Esmée et moi-même resterons ici pendant que les autres chercherons Victoria, me rassura Carlisle.

- Merci, dis-je d'un ton anxieux avant de me diriger vers l'arrière de la villa.

- Attends Edward, juste un dernier conseil, quand tu la trouveras, soit patient et garde confiance, les conditions de sa transformation ont été particulièrement brutales, elle va être très désorientée, tu vas devoir prendre ton temps pour lui expliquer, ne pas la brusquer, m'avertit Alice.

- J'y veillerais, lui répondis-je avant de m'élancer dehors.

Savoir que j'allais revoir Bella après l'avoir cru définitivement morte aurait du me réjouir mais je ne pouvais étouffer l'inquiétude qui me rongeait à l'idée de sa réaction quand elle découvrirait sa nouvelle condition.

Allait-elle me pardonner de l'avoir transformée sans son consentement ? Allait-elle m'expliquer les raisons de sa fuite ? Allait-elle me parler de l'enfant ?

Chaque pas qui me rapprochait d'elle ne faisant qu'augmenter mon anxiété.

Je profitais du camouflage de l'obscurité pour avancer à pleine vitesse, traversant les bras de mer à la nage, parcourant les villes en sautant de toit en toit.

Au lever du jour, après avoir traversé la frontière et m'être enfoncé dans une nature sauvage, entrecoupée de forêts, de fjords et de lacs, j'arrivais aux abords du lac Humpback retrouvant comme prévu l'odeur écœurante du loup.

Suivant sa trace, j'évoluais sans difficultés dans la végétation dense.

Je devais lui reconnaître son sens stratégique dans le choix du lieu qui offrait de nombreuses échappatoires, des étendues d'eau qui permettait d'interrompre une piste et était assez éloigné de toute présence humaine.

Sur la rive d'une rivière bouillonnante qui charriait les eaux des sommets plus au nord, formant une entaille dans la forêt épaisse, je le trouvais qui m'attendait bras croisé, un air de défi dans le regard.

Je traversais d'un bond pour me retrouver à sa hauteur.

- Enfin ! s'exclama Jacob en plissant le nez.

- Où est-elle ? le questionnais-je brutalement.

Ignorant ma question, il regarda derrière moi.

- Où sont les autres ? Le toubib ? Ne me dis pas que tu t'es pointé tout seul ! Je ne suis pas certain qu'elle sera ravie de ta présence si elle se réveille… surtout quand elle apprendra que tu es responsable de sa nouvelle existence de buveuse de sang !

- Mêle toi de tes affaires Jacob, dis moi juste où elle est ! lui ordonnais-je en serrant les dents pour ne pas le laisser voir à quel point ses paroles me blessaient.

- Comme tu veux, après tout elle voulait revenir à Forks pour te parler… A toi d'assumer les conséquences de tes actes ! C'est pas moi qui pleurerait si elle t'arrache la tête… marmonna-t-il en désignant la forêt derrières lui.

J'allais le dépasser, quand il me retint d'une main sur mon épaule, qu'il enleva aussitôt.

- Je n'y connais rien à vos trucs de vampires mais je crois qu'il y a un truc qui cloche, elle s'est débattue au début, puis elle n'a plus bougé. Quand son cœur s'est finalement arrêté de battre hier, j'ai cru que c'était terminé. Mais depuis elle est inerte, j'ai même pensé qu'elle était morte, que la transformation avait raté, mais elle a cette odeur immonde qui ne me laisse aucun doute… m'expliqua-t-il, laissant l'inquiétude gagner son air bravache.

- Merci Jacob d'avoir fait tout ça pour nous. Je m'en occupe maintenant, rentre chez toi, lui lançais-je avant de le laisser en plan et de suivre la direction qu'il m'avait indiqué.

Rapidement je perçus son odeur de freesias et de fraises, plus forte que par le passé… Cependant ce n'était plus l'arôme enivrant de son sang qui m'attirait inexorablement vers elle, Jacob avait raison même si nous le percevions de façon totalement différente : sa vie humaine était terminée et la transformation avait bien eu lieu.

Elle gisait à l'abri des branches basses d'un pin. Ses vêtements étaient déchirés et couvert de sang séché, son corps qui était visible en grande partie ne portait plus aucun stigmate des tortures de Victoria. Son visage serein et détendu me laissait penser qu'elle ne souffrait pas.

Je m'agenouillais à son côté et prononçais doucement son prénom sans obtenir aucune réaction. Je pris sa main dans la mienne, continuant à l'appeler.

Je devinais Jacob ayant reprit forme animale, qui rodait aux alentours. Excédé, il finit par se rapprocher assez pour me faire partager ses pensées.

« Ne me dis pas que t'as rien d'autre à proposer ! Tu crois peut-être que je n'ai pas déjà essayé de l'appeler avant que tu pointes ta gueule enfarinée de sangsue ? »

- Dégage clébard ou je me sers de ta fourrure pour faire une nouvelle tenue à Bella ! grondais-je dans sa direction.

« A mon humble avis ce n'est pas le meilleur cadeau pour lui souhaiter la bienvenue dans le monde merveilleux des morts-vivants et elle risque fort de se faire refouler à l'entrée de votre crypte à cause de l'odeur… »

- Dégage ! répétais-je en me relevant, les épaules ramassées, prêt à bondir.

La menace qui émanait de moi eut enfin raison de sa bravoure, il s'éloigna sans demander son reste, nous abandonnant à notre sort.

Je reportais mon attention sur Bella. Les rayons ardents du soleil au zénith perçaient le toit végétal, illuminant sa peau par endroit, ne laissant aucun doute sur sa nouvelle condition.

Décidant d'ignorer le temps anormalement long qui s'était écoulé depuis que je lui avais injecté mon venin, je suivis les conseils d'Alice, me forçant à patienter.

Je l'appelais inlassablement, alors que le soleil continuait sa course dans l'horizon. Je me raccrochais à l'idée que si je ne repérais aucun changement d'ici le lever du jour, je contacterais ma famille en espérant que Carlisle saurait quoi faire…

POV Bella

J'étais perdue dans la torpeur de mon refuge, lovée dans l'étreinte d'Edward quand j'entendis un murmure lointain.

- Bella…

La voix douce, agréable, tentatrice et si familière venait de derrière moi, de cet endroit vers lequel je ne voulais plus retourner.

- Bella…

Le ton se fit plus pressant mais restait toujours distant.

Je levais les yeux vers Edward qui me regardait avec un sourire tendre. Je serrais plus fort son corps contre moi, enfouissant mon visage dans son cou, me concentrant pour ne plus entendre ce leurre qui tentait de me faire revenir vers mon supplice.

- Bella, je t'en supplie…

C'était forcément un piège, cette voix avait été magnifiée, j'en percevais des nuances que je n'avais jamais entendues auparavant, presque irréelles.

- Bella…

Je m'accrochais plus fermement, résistant à l'envie de me retourner, d'obéir à ce son si attirant.

- Bella, c'est fini, tout ira bien à présent…

Je levais la tête vers l'Edward aux yeux émeraude qui me tenait dans ses bras, il me souriait toujours. Silencieux, il se pencha pour embrasser mon front, puis ses bras me lâchèrent et il recula d'un pas.

- Non ! criais-je effrayée.

Il ne réagit pas, continuant à reculer, un sourire confiant sur les lèvres.

- Tout va bien, je suis là, tu es en sécurité, me dit la voix apaisante, comme pour répondre à mon affolement.

Au même instant, je sentis quelque chose de tiède à la texture satinée dans ma paume. Je baissais les yeux pour constater que rien n'était en contact avec ma main bien que la sensation persistait.

Je relevais la tête pour découvrir qu'Edward avait disparu. En proie à la panique, je le cherchais autour du kiosque, sanglotant, l'appelant de toutes mes forces.

- Je suis là Bella, je suis à tes côtés, me répondit inlassablement le ténor.

Edward était introuvable, seule cette voix trompeuse réagissait à mes appels. Désorientée, je finis par commettre l'erreur que je m'étais promise de ne pas faire, je soulevais le voile blanc qui m'avait permis d'entrer ici…

Je fus happée, remontant des limbes de mon esprit à une vitesse vertigineuse, parcourant mes souvenirs flous.

Tout s'arrêta brutalement et je me retrouvais allongée, paupières closes, ignorant totalement ce qui m'entourait.

Prudemment je passais en revu chaque partie de mon corps, le feu était à nouveau présent mais uniquement localisé dans ma gorge parcheminée comme si je mourais de soif.

La sensation de tiédeur sur ma main avait disparu, je sentais sous mes doigts une texture fraîche qui me faisait penser à de l'herbe.

J'entendais à côté de moi une respiration longue, régulière, presque trop régulière.

Incapable de trouver le courage d'ouvrir les yeux, je bougeais lentement les doigts de ma main droite, comme pour m'assurer que ce corps était bien le mien. C'était étrange, j'avais l'impression que le mouvement léger de mes doigts était trop fluide, trop souple pour être réellement m'appartenir.

Lentement je levais ma main et immédiatement la respiration s'arrêta, ce qui me fit réaliser que moi-même je ne respirais pas et que je n'en ressentais pas le besoin.

Cet état me laissa penser que je n'étais toujours pas revenue à la réalité. M'étais-je enfoncée plus profondément dans les méandres de mon inconscient ou au contraire m'étais-je rapprochée de ce que j'avais tenté de fuir ?

Sachant que je n'obtiendrais pas la réponse en ignorant mon environnement, je me décidais à inhaler une bouffée d'air. Je perçus d'abord un puissant parfum végétal de mousse, d'aiguilles de pin et d'humus, puis des senteurs enivrantes de lilas, de soleil et de miel qui furent surpassées par la brûlure atroce qui se réveillât dans ma gorge.

Je me redressais brutalement, persuadée d'avoir perdu mon long combat contre le feu et d'être revenue à la surface de mon esprit pour revivre mon supplice.

M'efforçant de ne plus bouger pour ne pas céder totalement à la terreur, je compris que la douleur restait localisée dans ma gorge.

Je bloquais ma respiration et l'incendie se calma jusqu'à devenir supportable.

Mon calme retrouvé, j'ouvris les yeux, pour les refermer aussitôt, éblouie par la précision de l'image qui s'était formée sur ma rétine.

J'avais eu le temps de voir que la crique de l'ile d'Esmée avait disparu, laissant place à un paysage plus familier, celui d'une forêt d'Amérique du Nord.

Rassemblant mon courage, j'ouvris à nouveau les yeux, constatant que je ne m'étais pas uniquement mise sur mon séant mais que je me trouvais accroupie dans une posture de défense.

Méfiante, j'inspectais les alentours. Ce nouveau refuge dans mon inconscient s'accompagnait de nouvelles facultés, malgré la nuit et l'ombre du sous-bois, tout m'apparaissait dans des détails saisissants. Je distinguais nettement une colonie de fourmis qui escaladait lentement le tronc d'un épicéa à plusieurs mètres, je percevais même le bruit léger de leur déplacement.

J'étais nerveuse, tout ça était si surprenant, je me mis à haleter et immédiatement le brasier dans ma gorge prit des proportions inquiétantes jusqu'à ce que je reprenne le contrôle.

Un infime mouvement à la périphérie de mon regard attira mon attention. Je tournais la tête effectuant instinctivement un bond arrière renforçant ma position de défense en dévisageant l'intrus.

Le visage impénétrable Edward me fixait. Loin du personnage lumineux qui m'avait accompagné quelques minutes auparavant dans le kiosque, celui-ci était sombre, lugubre. Sa peau diaphane était marquée de cernes violets, ses yeux avaient perdu tout éclat, ils n'étaient plus que deux puits sombres qui me scrutaient.

Cette fois, il n'était pas question de me laisser prendre au piège tendu par mon esprit retors. J'allais devoir survivre sans lui dans ce nouvel endroit, il n'était plus question de le voir à nouveau m'être arraché sans autre sommation. J'avais compris qu'il était ma faiblesse, si je n'avais pas paniqué en croyant l'avoir perdu, j'étais persuadée que je me trouverais encore à l'abri de la souffrance dans le kiosque.

Il du sentir ma défiance car il recula d'un pas, ses épaules s'affaissèrent et il baissa le regard. Ce que j'y lu avant de qu'il tourne son visage vers le sol me fit frémir : la tristesse, la peine, les regrets…

M'ordonnant intérieurement de ne pas céder à la tentation de m'approcher de lui, je reculais à mon tour, reprenant conscience de mon corps, de l'absence de bruit de mes pas sur le tapis d'aiguilles et de brindilles, de la souplesse de mes mouvements et surtout de mon gosier parcheminé.

J'imaginais que mon inconscient avait cette fois été incapable de supprimer toute sensation de souffrance, et que ma gorge serait mon fardeau, afin que je n'oublie pas ce que j'avais perdu en quittant les bras de l'Edward de l'ile d'Esmée et surtout ce qui m'attendait si je faisait encore un faux pas m'amenant à quitter ce monde pour le suivant, me rapprochant un peu plus de l'enfer du départ.

Je fermais les yeux me concentrant sur cette unique point qui semblait définir mon corps…

La douleur était intense, destructrice, rageuse, assoiffée…

Tentant de l'oublier je m'ouvris aux alentours, écoutant la multitude de bruits qui me parvenaient, m'éloignant de plus en plus…

Le bruissement des feuilles secouées par la légère brise, le grincement des branches, la multitude d'insectes nocturnes qui vaquaient à leurs occupations, le piétinement des oiseaux perchés sur les arbres, leurs petits cœurs qui battaient nerveusement dans leur cage thoracique…

La brulure que cette pensée fit naître en moi, me fit déglutir…

Je m'obligeais à nouveau à l'oublier, je repris mon voyage auditif, trouvant un son plus fort, celui d'un ruisseau chargé, qui bouillonnait sautant d'obstacle en obstacle.

Je remontais vers l'amont quand je perçus une respiration régulière accompagnée des battements harmonieux d'un cœur…

Instinctivement j'avançais vers ce son et j'inspirais, m'obligeant à aller au delà des fortes senteurs d'humus autour de moi, j'arrivais enfin à ce que je cherchais un parfum délectable, le plus doux et le plus appétissant qu'il soit…

Ma gorge se fit incendie, incapable de résister, je m'élançais vers ma découverte. J'entendis une course derrière moi mais elle s'éloigna paraissant dévier sa trajectoire.

J'arrivais enfin sur les lieux. Une tente minuscule se trouvait au pied d'une falaise escarpée sur laquelle je vis plusieurs coinceurs et mousquetons.

J'approchais sans bruit, impatiente, la pulsation du sang dans le corps du dormeur m'emplissait les oreilles, son odeur divine me tournait la tête, ma bouche se remplissait d'un liquide que je devinais n'être pas de la salive. Je n'avais plus qu'une idée, sentir son gout sur ma langue, dans ma gorge, je gémis d'anticipation.

Ce que je n'avais pas prévu, c'était l'ombre féline qui se coula le long de la falaise et me fit face de l'autre côté de la tente. C'était à nouveau l'Edward aux cernes noirs qui me contemplait, prêt à bondir.

J'émis alors un terrible grognement de rage, montrant mes dents et me rassemblant prête à tout pour défendre ma trouvaille. Le visage en face de moi se décomposa.

Les battements dans la tente changèrent de rythme, ils se firent saccadés. Je sentis le goût de la peur sur ma langue alors que l'effluve de la proie se modifiait.

Une lampe s'alluma dévoilant une silhouette assise projetée en ombre chinoise sur la toile, j'entendais une main qui fouillait nerveusement à la recherche sans doute de ce qui pourrait être une arme…

Mais aucune arme ne pouvait me résister, me faire reculer. Tout en moi était fait pour arriver à mes fins, j'étais une machine parfaite, une machine à tuer, Edward ne me l'avait-il pas expliqué une fois dans le but de me faire fuir ?

Cette pensée me frappa brutalement, s'associant avec toutes les nouvelles sensations que j'avais découvertes dans ce nouveau monde.

Interrompant ma réflexion, Edward se rapprocha sur ma droite contournant la tente. Tout dans son attitude me laissant penser que je n'achèverais pas la vie de cet innocent randonneur sans qu'il m'en empêche.

Je contemplais la toile de tente, l'ombre qui se découpait était maintenant muni d'un piolet. J'entendais ses longues inspirations pour se donner le courage d'ouvrir la fermeture et regarder ce qui avait pu faire un tel bruit au milieu de la nuit.

Si je restais une seconde de plus à portée de cette odeur enivrante, j'allais tuer cette personne, sans même la regarder… Et je craignais plus que tout que mon esprit soit assez tordu pour me laisser découvrir le visage exsangue d'une personne que je connaissais, sans compter que réel ou non il me faudrait mettre Edward hors d'état de nuire…

Je ne pouvais pas prendre tous ces risques, il me fallait quitter ce lieu de tentation au plus vite. Je fixais une dernière fois la lumière rassurante du dôme de toile. Tournant le regard à regret, je croisais les prunelles noires qui s'étaient encore rapprochées.

Bloquant ma respiration, je m'élançais, courant à perdre haleine, sauf que respirer m'était inutile, je ne m'essoufflais pas et j'allais vite, trop vite, ne rencontrant aucun obstacle, bondissant à travers la forêt comme dans un rêve éveillé.

Au bout de ce qui me parut une éternité je me décidais à m'arrêter, reprenant doucement contact avec les alentours. Le son du cœur humain n'était plus là, à sa place j'entendais des piétinements de sabots, des langues qui lapaient avidement l'eau d'un ruisseau, des cœurs puissants qui tambourinaient, j'en comptais trois…

Un effluve doucereux, écœurant s'incrusta dans mes narines quand je m'autorisais à respirer à nouveau…

Lentement, à l'affût, je me dirigeais vers eux, sous le vent.

Je vis alors à la lueur de la lune, une harde d'élans, qui s'abreuvaient, levant parfois la tête, aux aguets.

Cette fois je n'avais aucun scrupule, je me souvenais avoir déjà fait ça avec Jacob dans une autre vie et je savais le soulagement que m'apporterait ce liquide épais.

M'abreuver à l'encolure du grand male fut cette fois presque naturel. Je pris vite la technique pour tuer d'un coup les bêtes qui fuyaient et trouver leur jugulaire afin de bénéficier du maximum de sang.

Certes, mes gestes n'étaient pas très gracieux et la scène ressemblait à un carnage quand j'en eu finit, mais j'étais en partie rassasiée. Même si la brûlure de ma gorge n'était pas totalement apaisée, c'était toujours mieux et je pouvais enfin réfléchir avec plus de clarté à la situation.

Toutes les questions qui avaient été occultées par ma soif revinrent à la charge, se bousculant dans ma tête.

D'où m'était venue cette certitude d'avoir eu besoin de tuer cet humain en le vidant de son sang ?

Pourquoi avais-je eu la conviction d'être une machine à tuer ?

Pourquoi tout ce qui m'entourait me paraissait si réel, si familier, sans fin, au contraire de mon refuge dans le kiosque, aux frontières limitées, à l'aspect trop parfait pour être vrai ?

Mais comment croire que mes nouvelles facultés physiques puissent appartenir à la réalité ?

En pleine confusion, j'avançais à travers les bois touffus, tentant d'analyser une situation qui m'échappait totalement.

Tous mes sens surdéveloppés avaient conscience de la présence d'Edward derrière moi qui gardait ses distances.

Arrivée à un aplomb rocheux qui marquait la limite de la forêt, je me penchais pour apercevoir quelques mètres plus pas le ressac léger qui venait s'écraser au pied de la falaise.

Je me remémorais cette autre falaise, ce jour à la Push où j'avais sauté pour défier ma peur au risque de me noyer, ce jour ou Jacob m'avait dévoilé l'existence des vampires et des loups…

Que se passerait-il cette fois si je m'élançais dans le vide ?

Un raclement de gorge derrière moi me fit faire volte face pour découvrir Edward à quelques mètres sous les arbres.

Après une longue hésitation, il fit un pas dans ma direction avant de se figer à nouveau. Voyant que je ne réagissais pas il s'approcha encore jusqu'à sortir de l'ombre protectrice de la forêt.

Je sentais mon corps prêt à prendre la fuite à la moindre alerte, mais je ne fis aucun geste en ce sens.

Il s'arrêta à deux pas de moi et son odeur envahit mon nez et je compris d'où venait l'irrésistible fragrance de lilas, de miel et de soleil.

Incapable de me retenir, j'avançais légèrement mon visage et humais l'air chargé de son arôme au risque de réveillez ma gorge endormie.

Mon manège paraissait l'intriguer, ses yeux suivaient chacun de mes mouvements mais le reste de son corps restait totalement immobile.

Profitant de son impassibilité, je le contemplais à loisir. Malgré ses prunelles noires et son regard éteint, la perfection se ses traits ne m'était jamais apparue avec autant de clarté.

Je parcourais son corps des yeux. Ses vêtements étaient froissés, poussiéreux, une traînée de sang séché courait de sa manche à l'avant de sa chemise.

Ce détail me troubla, il me paraissait comme un défaut dans le tableau dressé par mon esprit, comme un indice qui aurait du m'éclairer, m'amener à comprendre…

Je baissais les yeux découvrant avec effroi les haillons qui me couvraient à peine. Une tâche carmin et dense s'étalait au niveau de mon bas-ventre sur le reste de tissu de mon t-shirt. Ma peau plus que visible était maculée de traînées rougeâtres et pourtant je ne sentais aucune douleur ni ne détectais aucune blessure…

- Bella, m'appela le ténor qui m'avait forcé à quitter le kiosque.

Paniquée, je relevais la tête, prête à bondir pour m'éloigner de la voix tentatrice.

- Bella, n'aie pas peur.

Je compris alors que ce son aux nuances si particulières ne provenait pas du tréfonds de mon cerveau mais d'Edward qui me scrutait inquiet.

Je restais muette, sur mes gardes, attendant d'être certaine de ne pas avoir à faire à un nouveau piège.

- Bella… Je suis tellement désolé… Je t'en supplie, dis moi que tu vas bien, que tu n'as pas mal, je m'en veux tellement de t'avoir fait subir ça et de t'avoir laissé toute seule pour l'endurer.

Tout n'était qu'incohérence dans ma tête, mon esprit me donnait l'impression d'être bloqué devant un mur infranchissable sur lequel s'écrasaient toutes les pensées que ses propos faisaient naître en moi.

- Parle moi je s'il te plait…

Je m'efforçais de ne pas répondre à sa demande, j'avais trop peur de rompre mon fragile équilibre. Cette nouvelle cachette dans mon inconscient me convenait, j'étais prête à supporter la brûlure de ma gorge tant que j'échappais mon supplice.

Abdiquant face à mon silence, il reprit la parole.

- Alice avait raison, elle m'a prévenu que tu serais très désorientée après tout ce que tu as traversé. Je comprends que tu ne veuilles plus me parler mais laisse moi simplement te raconter ma version des faits…

Mon absence de réactions l'encouragea et sans jamais me quitter des yeux, il me retraça tous les évènements qu'il avait vécus depuis que nous nous étions quitté devant chez moi à notre retour du Brésil.

Les souvenirs qu'il réveillait en moi étaient flous, j'avais des difficultés à les saisir comme si je les observais à travers un prisme qui altérait ma vision.

Je tressaillis au moment ou il évoqua la découverte de mon corps et le traitement qu'il avait du m'infliger. Sa voix se cassa comme dans un sanglot quand il m'avoua qu'il m'avait abandonné me croyant morte.

Il baissa les yeux avant de poursuivre.

- Tu es transformée Bella, c'est pour ça que tout doit te paraître si différent. Je m'en veux terriblement de t'avoir infligé ça, de ne pas t'avoir laissé le choix, mais c'était le seul moyen de te sauver… J'aurais tellement voulu t'épargner la douleur de la transformation, tout du moins être à tes côtés pour t'expliquer ce qui t'arrivait…

Le mur venait de s'écrouler dans mon cerveau qui n'avait jamais fonctionné si vite, analysant les paroles d'Edward, les questions que je me posais depuis mon réveil dans ce nouvel univers.

Et s'il disait vrai, si tout ce que je ressentais était réel ? Et si le monde qui m'entourait était le même que celui qui m'avait vu naître ? Et si la torture que j'avais subie était due au processus de transformation ?

- Un vampire… murmurais-je, surprise autant par le son mélodieux et cristallin qui sortait de ma bouche que par l'évidence qui me frappait.

Sans lui laisser le temps de réagir, je bondis escaladant en quelques gestes souples un épicéa immense jusqu'à me trouver sur la dernière branche, la cime ployant légèrement sous mon poids.

Je me souvins alors d'une course sur le dos d'Edward où il m'avait fait grimper au sommet d'arbres majestueux surplombant les vallées du parc d'Olympic. Aujourd'hui la sensation de vertige était loin de moi quand je regardais plusieurs mètres plus bas pour découvrir l'expression perplexe de son visage.

J'aurais dû être effrayée à l'idée de m'écraser si jamais je glissais de mon perchoir mais je ne ressentais aucune peur et j'étais bien décidé à mettre mes nouveaux talents à l'épreuve si toute fois ils étaient bien réels.

J'avançais un pied dans le vide et sans plus réfléchir le deuxième vint le rejoindre. Je me laissais tomber, droite, les branches cinglaient mon visage et mon corps sans même entamer ma peau.

Je distinguais le sol qui se rapprochait de moi de seconde en seconde comme si ma chute se passait au ralenti, je rassemblais mes jambes me mettant en position d'amortir le choc.

Contre toute attente j'atterris sur la terre ferme sans une secousse, sans un bruit, comme si j'avais sauté dans un tas de plume. Je me redressais interdite.

- Etonnant, murmurais-je de ma nouvelle voix carillonnante.

- Les premières sensations peuvent te paraître étranges mais je te rassure on s'y habitue très vite, me dit Edward, prudent.

- C'est aussi pour ça que c'est étonnant, comme si tout ça faisait déjà parti de moi, dis-je en observant mes bras qui ne portaient aucune trace de ma chute.

Sans crier gare, je m'élançais vers la forêt remontant le sommet qui surplombait le bras de mer. Contrairement à tout à l'heure ou je tentais à échapper à l'odeur du sang humain, j'étais détendue, je bondissais laissant l'ivresse de la vitesse me gagner, admirant la facilité avec laquelle je négociais les obstacles.

Edward progressait à ma hauteur dans un trajet parallèle au mien. Je m'extasiais devant la fluidité de sa course, sa démarche féline prenait toute son ampleur quand il courait.

J'étais décidé à tester mes limites, je laissais échapper un rire cristallin avant d'accélérer. Ma vitesse augmenta encore considérablement, mais Edward ne se laissait pas distancer.

Poussant ma puissance à son extrême, je finis pas creuser un écart significatif entre nous avant de m'arrêter brutalement sur la rive d'un petit lac.

Edward m'avait rejointe, je me tournais vers lui, sa beauté éblouissante me laissa interdite, notre course avait ébouriffé ses cheveux bronze et ses traits s'étaient légèrement décontractés.

Je pensais qu'avec des yeux de créature immortelle, il aurait du me paraître moins mystérieux, moins divin, moins inaccessible, peut-être même aurais-je du percevoir des défauts. Mais il n'en était rien, sa perfection n'en était que plus indéniable.

Lui aussi m'observait, s'attendant sans doute à ce que je me lance sans avertissement dans un nouveau test de mes capacités de vampire, mais j'en avais terminé pour le moment, j'avais accepté de croire à mon retour dans le monde réel et à ma nouvelle existence.

- Bella, je… commença Edward avant de s'interrompre comme s'il s'inquiétait de ma réaction.

Je l'encourageais en lui souriant. Il prit une longue inspiration avant de continuer.

- Même si je ne suis pas certain que tu veuilles entendre ça, je tenais à ce que tu saches que je n'ai jamais cessé de t'aimer… Mais je comprends que tu ne veuilles plus de ma compagnie, que tu puisses me haïr pour tout ce que je t'ai fait… Je te supplie juste d'accepter l'aide de ma famille pour affronter le début de ta nouvelle existence, ils sauront te guider. Et ne t'inquiète pas, je m'éloignerais le temps qu'il faut, tu n'auras plus à croiser mon chemin...

- Pardon ? m'exclamais-je plus fort que désiré.

- Je respecterais ton choix, murmura-t-il résigné.

J'étais outrée qu'il puisse penser que je ne veuille plus de lui, que je puisse lui en vouloir de m'avoir transformée. Je n'en revenais pas de cette capacité qu'il avait à s'infliger la responsabilité de tout ce qui ne tournait pas rond dans ma vie.

Puis je réalisais ce que je lui avais fait subir en disparaissant sans aucune explication… Il en était resté au fait que je l'avais quitté, il ignorait totalement la responsabilité de Victoria…

Qu'avait-il pu imaginer ? Il avait forcément cherché à comprendre… Sous ce nouvel éclairage, sa distance, la culpabilité, la tristesse sur ses traits prirent leur signification : il était persuadé d'avoir perdu mon amour, il s'en voulait de n'avoir pas résisté au besoin de me garder vivante en me transformant bien que je ne voulais plus de lui...

Je m'approchais afin de capter son regard. L'étincelle que j'y avais trouvée après notre course s'était éteinte, laissant à nouveau place à deux abîmes insondables.

Je devais le convaincre, lui faire oublier ce que je lui avais infligé.

- Edward, ma fuite était absurde, j'ai été piégée… D'ailleurs je revenais vers toi, pour t'avouer ma méprise, pour te supplier de me reprendre… dis-je fermement sans le quitter des yeux.

Je lisais la perplexité dans ses yeux.

- Je t'aime, je n'ai jamais cessé de t'aimer, soufflais-je en reprenant ses mots.

Il n'esquissa pas un mouvement quand je pris son visage entre mes mains pour embrasser doucement ses lèvres. Comme sa peau, elles étaient chaudes, douces et souples, loin de la statue de marbre de mes souvenirs.

Je reculais et vis enfin un infime changement dans ses prunelles.

- Je t'aime Edward, n'en doute plus jamais quoiqu'il puisse se passer, rajoutais-je avec toute la détermination dont j'étais capable.

Cette fois il répondit à mon baiser et mon désir explosa, décuplé par rapport à tout ce que j'avais connu humaine, comblant le manque, le vide que les jours passés loin de lui avaient créés.

Comme une réponse à la tension que je sentais dans tout mon corps, l'atmosphère changea, le vent se leva brutalement, chaud et lourd, les arbres se mirent à bruisser autour de nous, les eaux du lac perdirent leur calme et le clapot furieux vint s'écraser contre nos pieds.

L'air se remplit d'électricité statique, alors que les lèvres d'Edward s'unissaient aux miennes, que ma langue envahissait sa bouche sans aucune retenue. Retrouvant leurs vieilles habitudes, mes mains s'enfoncèrent dans ses cheveux, l'ébouriffant encore plus.

Il finit par interrompre notre baiser, pour plonger son regard dans le mien.

Le ciel s'était chargé de nuages violacés, compacts, qui se déplaçaient en roulant sur eux même, envahissant l'horizon. Mon état intérieur était proche de celui de la tempête qui s'annonçait.

Les premières gouttes s'écrasèrent avec fracas créant de petits cratères sur la terre sèche, révélant des odeurs végétales qui jusqu'à là n'était que des bruits de fonds olfactifs.

Un éclair zébra, l'électricité crépita dans l'atmosphère précédant le grondement du tonnerre et la pluie s'abattit franchement. Je levais mon visage au ciel, laissant l'eau ruisseler, profitant de ne pas ressentir les désagréments du froid et de l'humidité.

- Bella, je ne t'ai pas encore tout raconté… murmura Edward m'obligeant à reporter mon attention sur lui.

Un nouvel éclair illumina ses traits ciselés, trempés par la pluie.

- Pas maintenant, soufflais-je avant d'écraser ma bouche contre la sienne pour le faire taire.

Les cieux se déchaînaient autour de nous, parfaite métaphore de ce qui se passait à l'intérieur de moi. J'étais submergée par la violence de mon besoin de le sentir contre moi, incapable de le canaliser.

Tout comme lui, je savais que tout n'avais pas été dit, que je lui avais occulté un détail essentiel de mes quelques semaines loin de lui. Mais j'étais incapable de l'évoquer pour le moment, de m'y confronter, je ne voulais pas encore découvrir la funeste fin de cette histoire.

Je voulais juste le retrouver, le persuader de mon amour et m'assurer du sien.

Tandis que ma langue jouait avidement avec la sienne, mes doigts glissèrent le long de son torse défaisant un à un les boutons de sa chemise.

Je me reculais pour enlever les haillons trempés qui me collaient à la peau, me retrouvant nue sous la pluie qui s'écoulait en rigole sur ma peau, traçant des sillons dans la poussière et le sang séché, découvrant peu à peu, ma carnation neigeuse.

Le ciel se déchira une nouvelle fois, et je frémis, regardant Edward avec intensité. Ce qu'il vit sembla faire tomber ses dernières réticences.

Il prit mon visage dans ses paumes, ses lèvres vinrent effleurer les miennes, elles s'appuyèrent un peu plus et bougèrent à l'unisson des miennes.

Je plongeais mes mains dans sa chevelure trempée réduisant l'écart entre nos deux corps à néant, savourant le contact tiède de sa peau à la même température que la mienne.

Son baiser devint alors plus fougueux, plus empressé, sa langue lécha mes lèvres et pénétra avidement ma bouche quand je l'entrouvris. La passion qu'il mit dans cette étreinte aurait du me couper le souffle mais je découvrais l'avantage de ne pas avoir besoin de respirer, de ne plus être une fragile petite humaine qu'il devait préserver à tout prix.

Il ôta ses derniers vêtements et nous tombâmes à genoux face à face tandis que nos bouches ne se quittaient pas. Ses gestes n'avaient plus aucune retenue, il se colla contre moi, écrasant ma poitrine, ses mains descendirent à mes reins, me plaquant contre ses hanches, me faisant sentir sans ménagement son désir.

Il tira délicatement mes cheveux dans ma nuque m'obligeant à pencher ma tête en arrière, lui découvrant ma gorge que sa bouche parcourut de baisers avant de s'attarder sur ma poitrine.

La pluie cinglait mon visage, mais ça ne suffisait pas à éteindre la fièvre incontrôlable qui s'emparait de moi. Sentir ses lèvres, sa langue, ses dents qui me dévoraient littéralement ne faisait que la nourrir toujours plus.

Il lâcha enfin mes cheveux, me laissant tout le loisir de le contempler à nouveau. A mon tour, je parcourus son front, son nez, son menton, sa mâchoire, son cou, me promenant sur son torse finement sculpté, glissant la paume de ma main jusqu'à son bas ventre.

Il grogna et s'assit sur ses talons, prenant mes fesses en coupe, il me souleva pour que mes jambes se place de chaque côté de ses hanches. M'appuyant sur ses épaules, je plongeais mes yeux dans ses prunelles gagnées par une lueur sauvage.

D'un brusque mouvement de bassin il s'introduisit en moi, contemplant le plaisir qui submergeait mes traits.

J'étais surprise par la puissance de mes sensations, son odeur, sa peau contre la mienne, sa vue, son goût sur ma langue, le bruit de la tempête autour de moi mélangé à ses grognements, et surtout sa présence en moi que je ressentais dans chaque millimètre carré de mon intimité, jamais je n'avais ressenti une telle chose étant humaine.

Il ramena ma bouche sur la sienne, ses mains sur mes hanches m'imposant un rythme lent et doux.

Je gémissais à chaque mouvement, il resserra notre étreinte, sa langue ravagea ma bouche, augmentant la cadence, soudant mon bassin au sien, ses doigts parcourant mon corps.

Nous étions imperméables à la nature en colère autour de nous, à la pluie qui s'abattait sur nous, aux éclairs, au roulement du tonnerre. Nous étions cette colère, nos corps liés se disaient dans l'empressement, la force de leur étreinte, leurs regrets, leur désir, leur joie de se retrouver, leur amour.

J'arrêtais mon baiser, pour laisser libre cours à mes cris quand j'atteignis le paroxysme de mon plaisir, ses râles leur faisant écho, nos bras enserrant l'autre comme pour empêcher le vent furieux de l'emporter.

Nous restâmes ainsi longtemps, enlacés, l'un dans l'autre au milieu du chaos.


Vous voyez, pour me faire pardonner, j'ai décidé cette fois de vous laisser sur un bon moment…

Ok, je sais que tout ça ne nous dit pas, si pendant ce temps là, Victoria se fait une omelette de lardons de bébé hybride…

Pour m'encourager (oui ok, me mettre un bon coup de pied au postérieur) et pour me prouver que vous êtes encore là, que vous vous accrochez et que vous voulez absolument avoir la fin de cette histoire, une seule solution, appuyer sur le bouton en bas !