Les bras croisés sur le bureau en face de lui, la tête résolument enfouie entre eux, les paupières fermées avec une telle force qu'une sensation de malaise l'envahissait, Louis tentait d'échapper au monde qui l'entourait, bloqué dans cette classe, offert aux regards et aux interrogations muettes de ses camarades. Son seul repère, son unique port d'attache était la main douce de Niall qui ne cessait ses caresses apaisantes dans ses mèches brunes. Loin d'être inconscient des murmures d'étonnement et des ricanements qui entouraient le geste tendre, il n'opposa cependant aucun véto quant à la démonstration d'affection. Le blond avait passé la nuit chez lui, l'écoutant décrire sa confusion et le berçant dans son sommeil agité en l'absence de Liam. Lors de leur arrivée simultanée à l'école ce matin, l'Irlandais arborant la même tenue que la veille et ses doigts fermement liés à ceux du brun, les rumeurs concernant leur relation à l'apparence romantique s'étaient propagée comme une trainée de poudre. Comme à l'ordinaire, aucun des deux n'y avait accordé la moindre attention. S'ils savaient…
Leur professeur de français, debout sur l'estrade, poursuivait son cours, un léger chahut parvenant des élèves. Ses cours autres que celui de Monsieur Watson étaient devenus des lieux de détente, des heures où il ne devait pas s'inquiéter de garder les yeux baissés sur son cahier pour ne pas rencontrer ceux de son petit-ami, de ne pas se perdre dans les courbes de son corps alors qu'il traversait la pièce. Une fois Liam hors de leur vue, les adolescents oubliaient leur stagiaire de math, et Louis respirait enfin, libre de la menace des soupçons éventuels. Enfin, excepté pour l'expression troublée qui caractérisait les traits d'Harry Styles dès que le brun croisait son regard. Aucune attaque n'était survenue, cependant, et la tension raidissant les muscles des épaules de Louis s'apaisait légèrement.
Se déconnectant davantage de la réalité, il autorisa son esprit à dépeindre le portrait de son petit-ami, ses prunelles sombres, son nez droit, ses joues légèrement rosie, ses lèvres pleines… Cela faisait plus de douze heures qu'ils ne s'étaient pas vus. Ayant déjà passé de nombreuses nuits à l'appartement de son cher et tendre cette semaine, Louis ne pouvait plus prendre le risque de manquer les petits déjeuners chez lui, son père posait beaucoup trop de questions. Il savait qu'il pouvait compter sur Zayn qui enchainait les excuses destinées à le couvrir (il dort chez Niall, il a rencontré une fille et il passe la nuit là-bas, il est toujours dans son lit…), mais s'il tenait à garder son secret transparent, il devait être prudent.
Finalement, la sonnerie résonna entre les murs de l'établissement et les élèves se redressèrent rapidement, interrompus néanmoins par la voix rauque de leur professeur.
-Chers élèves, veuillez patienter une minute, j'ai une annonce à faire, commença-t-il, indiquant aux adolescents de retrouver leurs places. Cette année, afin d'augmenter votre ouverture d'esprit, l'ensemble du corps professoral et moi-même avons décidé de vous assigner un travail.
-Qu'est-ce que c'est que cette connerie… Murmura doucement Niall, levant dramatiquement les yeux au ciel.
Etouffant un rire, Louis redirigea son attention vers l'homme debout devant le tableau.
-Vous n'êtes pas sans savoir que vous effectuez votre avant dernière année d'études dans notre école. Dans quelques années, vous serez abandonnés au milieu de la vie professionnelle, et pour vous permettre de mieux appréhender votre futur, nous vous demandons de réaliser un dossier sur la voie qui vous intéresse. Vous avez droit à l'assistance d'une personne extérieure spécialisée dans ce domaine, au choix. Vous avez deux semaines pour ce devoir, des questions ?
Face au silence ébahi qui s'en suivit, le professeur sourit largement, congédiant sa classe.
La journée s'étira paresseusement, et lorsque Louis put enfin quitter le lycée, il accepta avec plaisir la proposition de Maura Horan de le ramener chez lui en voiture. Il avait toujours adoré la maman de Niall, elle l'acceptait à bras ouverts à chaque fois que Louis avait besoin de s'enfuir de sa réalité et de passer du temps avec son meilleur ami, sans poser une seule question, juste en s'assurant qu'il allait bien. Saluant le blond en sortant du véhicule, il ne sut retenir l'étrange tension naissant dans ses entrailles lorsqu'il reconnut la voiture de Liam garée dans son allée. Leurs contacts étaient inexistants depuis la veille et l'adolescent refusait de reconnaître que cela était de sa faute, la culpabilité trop lourde à supporter.
Dégotant ses clefs dans son sac, il pénétra dans la demeure, les rires de Zayn et du châtain faisant écho depuis la cuisine. Quand il fit son apparition, le spectacle qu'il y découvrit lui fit chaud au cœur. Sa maman, son demi-frère et son petit-ami plaisantaient joyeusement autour de chocolats chauds, entourés par ce bien-être et cette complicité qui leur était propre. Si seulement son beau-père ne renfermait pas autant de préjugés et de haine envers les différentes orientations sexuelles, si seulement sa mère et lui n'avaient pas intensément besoin de lui et de sa protection, il aurait été si facile d'exprimer son amour pour Liam à sa famille. Il s'était tellement bien intégré, étant le meilleur ami du métis depuis toujours.
Remarquant son entrée, Jay Tomlinson se leva, l'attirant contre elle en une douce étreinte avant de déposer un baiser sur sa joue, lui proposant une boisson.
-C'est gentil, maman, mais j'ai beaucoup de travail et je pense que je vais m'y mettre tout de suite, répondit affectueusement le brun.
-Oui, d'ailleurs Liam et moi allons remonter aussi, je ne lui ai pas encore montré mes derniers tableaux ! S'exclama Zayn, reculant sa chaise et rejoignant son petit-frère dans l'entrée en une fraction de seconde, l'enlaçant brièvement et ébouriffant ses mèches habilement coiffées.
-Merci pour le chocolat chaud, Jay, remercia tendrement le châtain.
-C'est avec plaisir, Liam, tu es toujours le bienvenu ici. Au fait, Zayn, ton père rentrera du boulot et repartira immédiatement après s'être changé, il a une réunion importante ce soir. Et je dois également filer, je vais faire quelques courses. A tout à l'heure, les garçons !
Avec un dernier signe de tête, elle entreprit de rassembler ses affaires, se préparant pour sortir. Les trois jeunes hommes lui firent de brefs adieux, gravissant la cage d'escalier menant à l'étage. Une fois à l'abri des oreilles indiscrètes, le métis se tourna vers le couple.
-Allez, réglez tous vos problèmes et faites-nous de beaux bébés. Soyez simplement prudents, ne vous faites pas prendre quand mon père reviendra, lança-t-il en leur adressant un clin d'œil malicieux, se délectant de la rougeur colorant les joues de son petit-frère alors qu'il disparaissait dans son antre.
Se dirigeant silencieusement vers sa chambre, Louis s'allongea sur son lit, observant Liam fermer précautionneusement la porte derrière eux avant de le rejoindre, son corps chaud et protecteur déployé tout contre le sien. S'appuyant sur son coude, l'ainé laissa une de ses mains errer sur la peau pale et douce de la joue de son petit-ami, ses orbes sombres plongeant dans les siennes. Lentement, Louis se décala, sa tête trouvant refuge sur la poitrine de son amoureux, ses bras enlaçant son torse fort alors que les mains de l'étudiant se nouèrent autour de sa taille.
-On ne va pas bien, murmura finalement le brun, brisant le silence maladroit s'attardant entre eux. On ne va pas bien et ça me déchire.
-J'ai l'impression que tu me files entre les doigts, répliqua faiblement Liam, resserrant son étreinte autour du benjamin. Tu ne cesses de t'éloigner et je crains que tu ne partes pour de bon.
-Je veux simplement te protéger, chuchota amoureusement le plus jeune, les larmes s'accumulant aux bords de ses paupières se répercutant dans sa voix.
-Je ne veux pas que tu me protèges, c'est mon rôle. C'est à moi de prendre soin de toi, je dois m'occuper de ton bien-être et de ta sécurité, et non l'inverse.
-On ne peut prendre aucun risque, Liam. Tu ne comprends pas ? On n'a tout à perdre. Et sans toi, je ne peux pas continuer à avancer. Alors, s'il faut que je prenne mes distances, je le ferai.
-Je t'en supplie, arrête de dire ça. Rien que l'idée de te voir t'éloigner…
-Alors, promets-moi que tout va bien se passer, que ce n'est qu'un mauvais moment à passer.
-Tout ce que je peux te promettre, c'est que je t'aime et que je vais me battre pour te garder à mes côtés. Alors, s'il te plait, arrête de lutter et laisse-moi me charger des difficultés.
Relevant la tête, Louis rencontra le regard embué de tristesse, de détermination, d'amour et de peur de son petit-ami. Il l'aimait, il l'aimait tellement…
-Embrasse-moi, Liam. Embrasse-moi et serre-moi fort, implora-t-il, les goutes salées quittant finalement ses prunelles, dévalant les courbes de son visage de poupée alors que l'étudiant s'empara de ses lèvres.
Une petite heure plus tard, l'atmosphère de la chambre de Louis s'étant considérablement allégée, la musique en bruit de fond provenant de chez Zayn, leurs rires emplissant la pièce, le téléphone du benjamin abandonné sur la table de nuit s'agita. Haussant un sourcil interrogateur, il s'empara du portable, le pressant contre son oreille.
-Allô ?
-Euh… Louis Tomlinson? Lui parvint une voix grave hésitante
-Styles ? S'enquit-il, les intonations rauques vaguement familières.
-Désolé de te déranger, je voulais simplement savoir si tu étais disponible pour tes cours de math.
-Quoi, maintenant ? S'étonna le mécheux, jetant un coup d'œil à la montre de Liam. 17H15.
-Eh bien, pour être honnête, ma sœur m'a expulsé de chez moi. Elle veut avoir une soirée tranquille pour travailler ou quelque chose comme ça. Donc, je pourrais tout aussi bien en profiter pour en finir avec cette histoire.
Interrogeant muettement son petit-ami assis à ses côtés, écoutant prudemment la conversation, il aperçut ses hochements de tête frénétiques.
-D'accord, d'accord. Mais laisse-moi encore une demi-heure avant de débarquer, ok ?
-Pas de problème. J'aurais besoin de ton adresse, par contre.
-Je t'envoie ça par message.
-Très bien, à tout à l'heure !
-Il ne manquait plus que lui, maugréa le brun après avoir mis un terme à l'appel.
-Qu'est-ce que tu lui reproches ? C'est un chouette gamin, je trouve.
-Oui, c'est juste que… Peu importe, ce n'est pas grave, assura Louis, ne voulant pas alarmer son copain en lui expliquant ce qu'Harry avait vu la veille. Par contre, il vaudrait mieux qu'il ne te voit pas ici.
-Oui, je vais filer. Embrasse Zayn pour moi, d'accord ? Demanda l'ainé, rassemblant ses effets personnels, ouvrant largement la porte de la chambre.
S'approchant du garçon, Louis s'appuya sur la pointe de ses orteils, déposant un dernier baiser chaste sur les lèvres de son amoureux. La tendresse et la chaleur du moment distrayant le couple du petit flash qui les entoura brièvement, provenant du téléphone de Monsieur Malik se tenant dans le couloir à quelques pas d'eux, une sensation tenace de victoire au ventre, une preuve pouvant causer beaucoup de dégâts à la main alors qu'il s'effaçait vers son dressing.
Quand Liam eut quitté la pièce, Louis s'empara une nouvelle fois de son mobile, y composant de mémoire le numéro de son meilleur ami.
-Salut, Lou ! S'écria joyeusement le blond dès la deuxième sonnerie.
-Nialler, Harry va passer pour me donner des cours de math, ça te dis de me tenir compagnie ?
-J'aurais adoré, mais je suis pris ce soir.
-Vraiment ? Elle est jolie ? S'informa aussitôt le mécheux, un sourire naissant sur ses lèvres.
-Il s'agit de la sœur d'Harry, Lou… Confessa faiblement le lycéen. Ils ont emménagé juste à côté de chez nous, et quand maman m'a forcé à aller les accueillir hier, elle m'a avoué ne pas savoir cuisiner et m'a demandé de l'aide pour faire une surprise à son frère ce soir.
-Voilà pourquoi elle l'a jeté dehors. Harry m'a expliqué qu'il n'avait plus droit à entrer jusque ce soir. Mais, ça ne répond pas à ma question. Elle est jolie ?
-Elle est éblouissante, admit timidement l'Irlandais, et même à travers le téléphone, Louis imaginait parfaitement le rose décorant ses joues.
-Mais… S'enquit-il suite à l'hésitation bordant l'excitation de son ton.
-Mais elle doit avoir au moins une vingtaine d'années.
-Et alors ? Qui pourrait résister à tes charmes, taquina affectueusement le brun.
-Arrête tes bêtises, parvint à châtier l'adolescent entre ses rires. Bon, je vais devoir y aller, mais on se voit demain.
- Amuse-toi et fais la craquer, recommanda-t-il chaleureusement. Bye, mon grand.
A 18 heures piles, comme prévu, Niall sonna à la porte des Styles. Presque aussitôt, la porte en bois s'ouvrit, révélant une Gemma souriante et accueillante.
-Niall, entre ! Comment ça va ?
-Très bien, merci. Prête à devenir une pro de la cuisine ?
-Je suis assez excitée ! Souligna la brune, l'entrainant d'une main sur l'épaule vers la cuisine, sa chevelure tourbillonnant derrière elle au moindre mouvement. N'hésite pas à poser ton manteau sur une des chaises, installe-toi ! Je peux te servir quelque chose à boire ? Je dois avoir quelques bières au frigo…
-Oui, c'est gentil, merci.
-Alors, tu as trouvé quelque chose d'intéressant ? Interrogea-t-elle, lui tendant sa boisson et attrapant la sienne.
-Oui, j'avais pensé à un blanc de poulet cuit au four enrobé d'une couverture de moutarde accompagné d'un risotto aux courgettes et parmesan, exposa-t-il en prenant ses aises. C'est assez rapide, facile, et absolument délicieux !
-Ça me semble parfait ! S'enthousiasma aussitôt la jeune femme, un large sourire éclairant ses traits.
-Super, il ne reste plus qu'à s'y mettre !
Pendant la demi-heure qui suivit, le blond s'empara dans les armoires de la demeure Styles de chacun des ingrédients nécessaires, se délectant de la modernité des installations et du matériel flambant neuf. Une fois prêt à se mettre au travail, il détailla chaque partie de la recette à son hôte, notant les étapes essentielles et soulignant l'importance de telle ou telle cuisson et température. Après avoir répondu aux éventuelles questions de l'ainée, il attrapa un des deux tabliers prévus, enfilant prestement le sien avant de prendre la liberté de retourner délicatement l'étudiante, nouant les attaches au bas de ses reins et autour de son cou.
Les bruits désagréables du mixer et des batteurs électriques disparurent rapidement sous les rires et les exclamations de Gemma, la demoiselle découvrant un univers entièrement nouveau sous les conseils avisés du lycéen. Ce ne fut que lorsque, distraite par les plaisanteries échangées avec l'Irlandais, elle risqua de renverser un saladier de préparation que Niall décida de prendre les choses en main. Enlaçant fermement les hanches de la brune, il la souleva et la fit s'asseoir sur le comptoir en marbre, juste à ses côtés.
-Eh bien, Monsieur Horan, c'était extrêmement inapproprié !
Sa voix légère et emplie d'indignation factice raisonna entre les murs de la pièce et il ne put retenir le rougissement qui colora ses joues, réalisant le geste qu'il venait de commettre.
-Peut-être que si tu avais été plus attentive, tu aurais toujours les pieds au sol. En attentant, interdiction de cuisiner ! Tu es beaucoup trop dangereuse ! Répliqua-t-il, malicieux.
Lui tirant la langue de façon très mature, Gemma éclata de rire avant de se pencher et de déposer un baiser sur sa joue, ébouriffant affectueusement ses cheveux.
-Alors, comment ça se passe à l'école ? Interrogea-t-elle après quelques minutes de silence.
-Aujourd'hui on a appris qu'on devait réaliser un dossier sur le métier qu'on voudrait faire, il faut que je trouve quelqu'un pour m'assister.
-Et quelle voie envisages-tu ?
-Je pensais à la médecine. Ma maman est diabétique, et même si son état est basique et qu'elle peut vivre plus ou moins normalement, je suis intéressé par le sujet et j'aimerais y consacrer mon devoir et mon avenir.
-C'est très courageux de ta part, murmura doucement la brune, ignorant jusqu'où elle pouvait s'enquérir de la santé de sa maman sans paraître impolie.
-Je trouve juste qu'il n'y a jamais assez de recherches et de solutions, c'est tout… Haussa-t-il timidement les épaules.
-Niall, je suis consciente de n'être qu'une étudiante mais j'ai réussi mes trois premières années d'étude en médecine et jusqu'ici, ma quatrième est en bonne voie. Si tu as besoin d'aide, je serai plus qu'heureuse de te la fournir, proposa-t-elle gentiment.
-Sérieusement ? S'exclama-t-il, se tournant vers elle. J'ignorais que tu souhaitais devenir médecin !
-Je n'ai encore aucune certitude sur ma spécialisation, mais c'est une possibilité.
-J'adorerais travailler avec toi ! Mais tu as sans doute beaucoup de choses à faire, et je ne voudrais pas te déranger…
-Niall, arrête tes bêtises et contente-toi de dire oui ! S'écria-t-elle, levant les yeux au ciel.
-Merci, Gemma, chuchota-t-il, reconnaissant.
-Avec plaisir. Maintenant, explique-moi comment tu cuis un riz pour risotto !
La sonnette de la maison des Malik-Tomlinson résonna clairement dans la demeure, et ce fut sans grand enthousiasme que Louis ouvrit la grande porte de bois. Sans surprise, appuyé contre le chambrant du panneau, se trouvant la silhouette grande et mince de son tuteur attitré.
-Bonsoir, salua maladroitement le bouclé, un faible sourire sur les lèvres.
-Styles… Entre, je t'en prie, invita le mécheux, s'écartant pour lui permettre de passer.
-Wow, ta maison est magnifique, siffla l'adolescent, admirant distraitement les nombreux cadres ornant les murs aux couleurs chaudes l'entourant.
-Oui, oui, merci. Mais passons directement aux choses sérieuses, d'accord ? Je voudrais qu'on termine rapidement.
-Oui, moi aussi je suis ravi de te venir en aide, Tomlinson, railla Harry fasse à la précipitation du brun.
-Ça va, ça va, pas besoin de devenir mélodramatique, souffla le garçon, dirigeant son interlocuteur vers la cuisine où ses cahiers étaient déjà étalés. Installe-toi. Et si on passait directement aux intégrales ? C'est la partie où je lutte le plus, indiqua Louis une fois qu'ils furent assis.
-D'accord, on va reprendre les exercices depuis le début.
-Lou ? Les interrompit brusquement une voix chaleureuse provenant du couloir. Est-ce que tu as déplacé mon t-shirt ? J'étais persuadé de l'avoir laissé sur mon lit avant de prendre ma douche, mais il est introuvable. Et il vaudrait mieux que je sois habillé au moment où ton ami arrive, non ?
Surgissant dans la cuisine, Zayn se figea dans son élan quand il aperçut les deux adolescents.
-Ha, visiblement il est déjà là…
Abattant une main exaspérée sur son front, le mécheux soupira lourdement, agitant vaguement une main dans la direction du métis.
-Harry, je te présente Zayn, mon demi-frère. Zayn, voici Harry, mon nouveau tuteur de maths.
Le bouclé, cependant, se contenta d'hocher la tête, incapable de répondre alors que son regard épousait la moindre courbe du torse dévoilé du jeune homme lui faisant face. Un long torse mince et musclé, ses côtés de distinguant légèrement à travers la peau mate où luisaient quelques gouttes d'eau s'écoulant de ses mèches noires mouillées et ébouriffées. Clairement, le pakistanais venait de sortir de sa douche, vêtu uniquement d'un jeans s'accrochant bas sur ses hanches.
-D'accord… Harry, enchanté ! Je crois que vais aller enfiler quelque chose, dans ce cas.
Se détournant et quittant la pièce alors que Louis levait les yeux au ciel, Harry s'efforça de s'arracher à sa contemplation, interrogeant le mécheux.
-J'ignorais que tu avais un demi-frère…
-Oh, ma mère a épousé son père. Histoire habituelle, éluda-t-il d'un geste de la main.
-Et, vous vous entendez bien ? S'enquit-il, curieux.
-Oui, il est génial.
Pour la première fois depuis qu'il avait passé le seuil de la porte d'entrée de la demeure, l'adolescent décela un sourire sur le visage du propriétaire des lieux.
-Il a l'air plus âgé, non ?
-Il a dix-neuf ans, il suit des études d'art à l'université. C'est un véritable artiste ! Mais on ferait peut-être mieux de se remettre au travail, offrit le mécheux, toujours anxieux à l'idée de se retrouver seul en compagnie du détenteur d'un de ses plus grands secrets.
Quelques minutes plus tard, entièrement vêtu cette fois, le métis réapparut dans la cuisine, prenant place face à eux sur la table pour travailler, leur adressant un large sourire.
-J'aime avoir un bruit de fond quand j'étudie, expliqua-t-il sous le regard interrogateur du bouclé.
Acquiesçant dubitativement, le lycéen repris ses démonstrations mathématiques.
Durant l'heure que le pakistanais passa à leurs côtés, leur invité se retrouva dans l'incapacité de poser la moindre question personnelle à Louis, ne désirant pas le mettre mal à l'aise devant son frère. Cependant, à l'instant même où Zayn s'éloigna vers le salon à l'heure du journal télévisé, Harry passa à l'attaque.
-Louis, il faut qu'on parle, introduit-il doucement.
-Harry, non… Nous sommes ici pour les mathématiques, et uniquement les mathématiques, répondit aussitôt le mécheux.
-Tu sais comme moi ce que j'ai vu hier, et je ne peux pas m'empêcher de me poser mille et une questions.
-Je ne sais pas ce que tu crois savoir ou ce que tu penses avoir compris, mais rien de tout cela n'est vrai, tu m'entends ?
-Je ne te veux aucun mal, je ne veux pas vous dénoncer. Je ne cherche pas non plus à intervenir dans votre relation. Je veux simplement que tu saches que si tu as besoin de soutien, je suis là.
-Pardon ? S'exclama Louis, abasourdi.
-Si tout cela est réel, je sais ce que tu peux ressentir.
-Tu veux dire que tu es… S'informa le garçon, son cœur battant la chamade dans sa poitrine.
-Je veux dire que je serai présent, c'est tout.
Ils s'observèrent pendant un long moment, tentant de lire en l'autre, d'obtenir des révélations, des secrets qu'aucun d'entre eux ne voulait voir s'échapper. Il luttait, cherchait la faille qui pourrait leur permettre de comprendre qu'ils n'étaient pas anormaux, et que la différence et la douleur étaient humaines. Mais ils étaient fatigués, tellement exténués par cette bataille incessante qu'ils baissèrent simultanément les yeux, renonçant pour le moment.
-Et si on en revenait aux maths ? Interrogea doucement le bouclé.
Lorsque la silhouette d'Harry s'éloigna de la maison dans l'obscurité de ce début de soirée, Louis ne put retenir un sourire. Un chouette gamin, disait Liam… Peut-être, oui. Verrouillant la porte d'entrée, le mécheux rangea rapidement la cuisine, rassemblant ses feuilles de cours avant d'embrasser la joue de Zayn affalé dans le salon, lui souhaitant bonne nuit avant de se diriger vers sa chambre. Lorsqu'il passa devant le bureau de son beau-père, sa voix grave et sèche l'interrompit dans son élan.
-Louis ? Pourrais-tu m'accorder cinq secondes de ton temps ?
Soupirant imperceptiblement, le brun pénétra dans la pièce, posant ses cahiers sur une chaise alors qu'il se retournait vers Monsieur Malik.
-Bien sûr, répondit-il avec un enthousiasme qui sonna faux à ses propres oreilles. Que se passe-t-il ?
-Pourrais-tu informer mon fils de ma part ? Je tiens à lui faire savoir que, désormais, Liam n'est plus autorisé à franchir le seuil de cette maison.
-Pardon ? Mais… Pourquoi ? Balbutia-t-il aussitôt, se maudissant pour son manque de retenue.
-Voilà, pourquoi.
Brandissant son téléphone, l'homme permit à son beau-fils d'apercevoir sur l'écran son propre sourire lui faire face, ses lèvres embrassant celles de son petit-ami. Leur tenue lui permit de reconnaître en une fraction de seconde que le cliché datait du jour même. Et dire que Zayn leur avait dit de faire attention…
Réprimant le frisson d'horreur qui le traversa de part en part, Louis déglutit la boule d'angoisse se formant dans sa gorge. Tentant de dissimuler son malaise, il leva les yeux, rencontrant le regard sombre qu'il craignait plus que tout.
-Entretenir une relation avec un garçon… Comment oses-tu encore te regarder dans le miroir ? Comment peux-tu vivre sans ressentir le dégout immonde que tu m'inspires ? Ces choses-là sont interdites par la religion, elles sont bannies pas la bienséance, elles sont censurées par la société ! Tu n'es qu'un infâme pédé ! Siffla aigrement l'homme, ses prunelles lançant du venin.
-Je… Je… Bégaya-t-il, impuissant, frappé par les mots qui l'étourdissaient.
-Pédé, tapette, gouine ! Dois-je poursuivre où est-ce suffisant pour que tu comprennes la honte et le mépris que tu m'inspires ?
-Stop, ça suffit… Murmura faiblement l'adolescent, effrayé par la sentence qu'il devinait à venir.
-Tu ne pensais tout de même pas t'en sortir indemne ? Il faut payer après avoir commis un tel affront à la réputation de cette famille !
-Personne n'est au courant, contesta timidement le mécheux.
-Je ne veux rien savoir, économise ta salive pour larguer ton putain de copain ! Voilà les termes de l'accord, Louis : soit tu romps avec lui immédiatement, soit j'arrête de payer les études de Zayn.
-Quoi ? Mais non ! Tu ne peux pas faire ça, c'est du chantage !
-Exactement, du chantage. D'ailleurs, je vais appuyer encore plus fort. Afin de m'assurer que tu ne révèles en aucun cas notre petit contrat à mon fils, si j'apprends qu'il est au courant, je file prévenir la direction de ton lycée. Tu imagines le scandale ? Un stagiaire et un élève… J'ai une photo à l'appui, ne l'oublie pas.
-C'est complètement injuste !
-Tu n'es qu'une absurdité de la nature, une exception à la règle alors tu n'as pas ton mot à dire ! Dégage de ce bureau, tu me répugnes.
Soutenant fermement le regard glacial de Monsieur Malik pendant quelques interminables secondes, Louis s'empara de ses affaires, se précipitant dans sa chambre, les larmes dévalant les courbes de son visage alors qu'il claquait la porte avec toute la force qu'il put rassembler.
