-Harry, termine ton petit-déjeuner ! Rabroua faiblement Gemma, incapable de réprimer son sourire devant la moue endormie de son petit-frère.
-Après le festin que tu as cuisiné hier, j'ai suffisamment mangé pour tenir une semaine !
-Manger ? Tu n'as pas fait que manger, tu as littéralement dévoré le plat ! Corrigea-t-elle affectueusement.
-Je n'en reviens pas que tu aies préparé tout ça, répondit joyeusement le bouclé. Ça a dû te prendre une éternité, tu aurais pu me demander de l'aide plutôt que de me jeter dehors !
-C'était une surprise, idiot ! Et puis, j'ai eu l'aide d'un petit lutin magique ! Murmura-t-elle, conspiratrice.
L'adolescent leva les yeux au ciel, attendrit par les pitreries de sa sœur, ne se doutant pas de la véracité de ses propos, ignorant la visite de son camarade de classe.
-Je ferais mieux d'y aller, je vais en être en retard pour les cours, maugréa-t-il, vidant d'une traite sa tasse de thé.
-Tu rigoles ? Tu n'as rien avalé !
-Je me réserve pour ce soir, lança-t-il malicieusement, s'emparant de son sac à dos abandonné à l'entrée de la cuisine, enfilant simultanément son manteau.
-Si tu espères savourer un tel repas tous les jours, tu te mets le doigt dans l'œil ! Contredit la brune, espiègle.
-Tu n'as qu'à demander l'aide de ton petit lutin, répliqua le lycéen, taquin.
-Oh, mais j'y compte bien !
Avec un dernier sourire et un vague signe de la main, Harry rejoignit l'entrée de la maison, disparaissant derrière la lourde porte de bois.
Lorsqu'elle eut terminé ses toasts, la jeune femme rangea rapidement la cuisine, répartissant les assiettes sales dans le lave-vaisselle. Jetant un coup d'œil à l'horloge murale, elle se précipita dans la salle de bain, loin d'être en avance pour le début de sa journée. Elle termina rapidement de se préparer, attachant ses cheveux en une rapide queue de cheval, un soupçon de maquillage embellissant sa peau d'albâtre. Elle finissait d'entasser ses livres dans son sac quand le bruit familier des sirènes d'une ambulance s'infiltra dans la demeure par les fenêtres ouvertes.
S'approchant de la vitre, sa respiration se cala dans sa gorge lorsque le véhicule dépassa leur maison, s'arrêtant rapidement devant la propriété voisine, celle des Horan. Sa main couvrant sa bouche ouverte par effroi, Gemma dévala les escaliers quatre à quatre, une sensation de malaise et une frayeur déconcertante s'emparant de son corps. La seule pensée que son esprit semblait capable de décrypter parmi l'essaim d'idées lui traversant la tête se répercutait en boucle contre les parois de son crane : Niall. Il y avait des urgentistes chez Niall. Niall n'allait pas bien. Niall était peut-être blessé. Ou pire. Niall était peut-être…
Se secouant énergiquement la tête, mettant un terme à ses conclusions morbides, la demoiselle ouvrit la porte d'entrée à la volée, rejoignant au pas de course son perron. Figée sur place par la peur, les membres tremblant pourtant d'adrénaline, la brune patienta, les minutes semblant s'éterniser, son cœur jouant une rythme fou dans sa poitrine, jusqu'à ce qu'un brancard soit évacué de la demeure. Une silhouette était allongée dessus, les professionnels de la médecine penchés sur elle empêchant l'étudiante de discerner son identité. Croisant les doigts aussi fort qu'elle le put, elle murmura ses paroles, encore et encore, priant une quelconque divinité que le blond soit en bonne santé : S'il vous plait, protégez-le, s'il vous plait.
Lorsque, finalement, les urgentistes s'écartèrent, le brancard transporté dans l'arrière de l'ambulance, la jeune Styles distingua le visage d'une femme âgée d'une quarantaine d'année. Son regard clair et ses cheveux blonds dénonçant son lien de parenté avec l'adolescent. Poussant un énorme soupir de soulagement, Gemma laissa s'échapper le souffle qu'elle n'avait pas conscience d'avoir retenu. Ce fut le bruit d'un sanglot étouffé provenant de la porte de la maison voisine qui la fit se retourner et son cœur se serra douloureusement à la vue qui l'assaillit.
Niall se tenait devant la maison, refermant l'entrée derrière lui alors qu'il essuyait ses larmes d'une main tremblante, sa démarche chancelante le conduisant jusqu'au véhicule où sa mère avait été embarquée. Au moment où il enjambait la marche, montant à l'arrière de l'ambulance, ses yeux opacifiés par la crainte et la douleur rencontrèrent ceux de la jeune femme. Leur regard ne dura qu'une demi-seconde avant qu'un ambulancier ne pousse l'adolescent dans la voiture, fermant fortement la porte derrière lui.
Une demi-seconde. Une demi-seconde où le blond avait transmis toutes ses incertitudes à la brune. Une demi-seconde durant laquelle elle avait absorbé ses doutes, un à un. Une demi-seconde où elle avait rassemblé ses forces et son courage, une demi-seconde où il s'était accroché à sa présence comme à une bouée de sauvetage. Une demi-seconde où elle lui avait offert son sourire, précieux et réconfortant. Une demi-seconde où il s'était permis d'espérer. Une demi-seconde emplie de promesses. Une demi-seconde où il n'y avait qu'eux, Niall et Gemma.
Toc ! Toc ! Toc !
Levant les yeux du tableau où il résolvait une équation, Liam sursauta légèrement aux bruits venant de la porte et invita la personne à entrer. Lorsque le panneau s'ouvrit et que les mèches brunes ébouriffées de son petit-ami apparurent, le stagiaire luta pour contenir un soupir de soulagement. Il était déjà plus de 11 heures et il n'avait pas encore croisé le jeune homme dans les couloirs. Quand, en plus, Louis et Niall ne s'étaient pas présentés avec le reste de la classe au début de leur cours de math, il avait été persuadé qu'ils avaient, une fois de plus, décidé de se passer de l'école aujourd'hui.
Ce ne fut qu'au moment où l'adolescent s'approcha du bureau de son copain que le châtain remarqua la rougeur entourant ses prunelles claires et l'inquiétude étirant ses traits. Il avait pleuré. Réprimant de toute sa volonté la panique s'élevant en lui, Liam posa sa main sur l'avant-bras de son élève, l'interrogeant du regard.
-Je suis désolée d'arriver en retard, maugréa-t-il faiblement.
-Ce n'est pas grave, ça peut arriver, répondit l'étudiant avant de poursuivre, la voix tellement basse que Louis dut tendre l'oreille pour comprendre. Est-ce que tout va bien ? Où est Niall ?
-Sa maman a été emmenée d'urgence à l'hôpital ce matin, expliqua-t-il tout aussi discrètement. Elle ne se sentait pas bien et a fait une sorte de malaise. Je suis passé prendre des nouvelles dès que Niall m'a appelé.
-Tout est sous contrôle ? S'enquit Liam, connaissant la santé fragile de Madame Horan.
-Pour l'instant, mais ils ont craint la crise cardiaque, ce matin.
-Evidemment, les risques sont décuplés avec son diabète, souligna l'ainé en se mordant la lèvre. Ecoute, va t'asseoir et essaie de te détendre. On en reparle après le cours, d'accord ?
Hochant maladroitement la tête, Louis se dégagea de l'emprise du jeune homme sur son bras et rejoignit sa place, évitant son regard. En s'installant à son bureau, il sentit plus qu'il ne vu des yeux émeraudes posés sur lui. Se détournant légèrement, il rencontra les pupilles d'Harry et le sourire rassurant qu'il lui adressa parvint presque à mettre en sourdine ses inquiétudes. Quand le bouclé se reconcentra sur le tableau, le mécheux l'imita, observant Liam dispenser son cours, son cœur se serrant face à la douceur et la gentillesse avec laquelle il répondait aux questions des adolescents, les menaces de son beau-père tournoyant sans cesse dans son esprit depuis la veille. Dans quelques heures, ce magnifique étudiant ne serait plus à lui. Dans quelques heures, son bonheur s'effriterait définitivement. Et Louis n'était pas prêt, loin de là.
Luttant contre les larmes durant le reste du cours, Louis se détendit légèrement lorsque l'heure arriva à son terme. Quand Liam eut reposé sa craie et tapé dans ses mains pour attirer l'attention des élèves, il leur annonça une interrogation pour la semaine prochaine, avant de clôturer la leçon avec une information qui fit lever les yeux aux adolescents.
-N'oubliez pas la tempête attendue pour ce soir et cette nuit, soyez prudents et ne vous déplacez pas à moins que ce soit absolument nécessaire. D'accord ?
Depuis ce matin, la nouvelle tournait en boucle sur toutes les radios et chaines télévisées. Holmes Chapel serait traversée par une sorte de mini-tempête accompagnée d'orages violents, de vent à décorner les bœufs et de pluies diluviennes. Par mesure de sécurité, le maire de la ville avait demandé à la population de ne pas quitter leur domicile.
Avant que le châtain n'ait pu demander à Louis de rester un moment pour s'assurer qu'il allait bien, le mécheux avait quitté la classe, seul son parfum restant dans le sillage qui suivit ses mouvements. Inspirant profondément, tentant de se convaincre qu'ils avaient réglé leurs problèmes et que son petit-ami ne le fuyait pas, le stagiaire se prépara pour son prochain cours, chassant la tristesse de ses pensées.
La journée s'étira longuement, Louis alternant entre les messages qui lui envoyait Niall et cette brume d'anxiété et de douleur l'enrobant et éloignant toutes ses capacités de concentration. Dès qu'il fut libéré de l'atrocité des murs de son école, il quitta le bâtiment à grandes foulées, espérant ne pas croiser Liam dans les couloirs. Ce soir se déroulait un conseil de classe et la présence du stagiaire avait été exigée. Il ne rentrerait pas avant plusieurs heures, permettant au lycéen de pouvoir passer à son appartement pour rassembler ses affaires. Il ne voulait pas partir comme un voleur, s'enfuir sans préavis, mais contempler la souffrance sur les traits de son petit-ami alors qu'il lui imposerait le spectacle de ramasser ses biens un à un, non, il ne le supporterait pas.
Une fois devant la porte d'entrée de l'habitation de son petit-ami, la clef lourde dans sa paume, ses doigts tremblant alors qu'il l'insérait dans la serrure, il autorisa les larmes à inonder ses joues.
Des frissons lui parcourant l'échine, Niall descendit de la voiture de la sœur de sa maman qui lui adressa un dernier signe de la main avant de se rediriger vers l'hôpital, au chevet de la malade. Se précipitant vers la porte d'entrée de sa maison, il fut interrompu dans son élan par une voix claire familière criant son nom. Se détournant, il aperçut Gemma se tenir sous son perron, tentant de se protéger du déluge avec un parapluie, un sourire invitant sur les lèvres malgré l'inquiétude marquant son front.
Progressant avec une démarche hésitante, il oublia ses doutes et courut se blottir contre elle lorsqu'elle tendit les bras, le parapluie oublié jonchant le sol. Son visage coincé dans le creux de son cou, ses bras fermement verrouillé autour de sa taille, il autorisa ses tremblements à le ravager, la pluie s'incrustant dans leurs vêtements, s'accrochant à la jeune femme avec toute sa force, chérissant les légers baisers qu'elle abandonna sur son front.
Après un long moment, le froid les rattrapa et la jeune femme attrapa la main de l'adolescent, l'attirant à sa suite dans la chaleur de son hall d'entrée. Elle le conduisit jusqu'à sa chambre à coucher, le garçon la suivant dans une brume de confiance et de fatigue. Un à un, elle lui enleva ses vêtements trempés : sa veste, son pull, son t-shirt, son pantalon, ses chaussettes. Lorsqu'il se tint en boxer devant elle, elle l'assit sur le lit, promettant de revenir très vite avant de filer dans le couloir. Effectivement, à peine quelques minutes plus tard, elle repassa le seuil de la chambre, portant un essuie ainsi qu'une pile de vêtements appartenant à son frère.
S'approchant du blond, elle frictionna chacun de ses membres engourdis par le froid avec la serviette, finissant par ses cheveux, avant de lui faire enfiler le pantalon de survêtement et le sweatshirt dégotés dans la chambre voisine.
Une fois habillé, elle tira les couvertures du lit et allongea le lycéen sur le matelas avant de le rejoindre, se blottissant contre lui avant de refermer les draps autour d'eux.
-J'ai eu tellement peur, frémit-il, se rapprochant davantage de l'étudiante.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Interrogea doucement la brune, sa main attrapant celle de l'Irlandais.
-Elle est diabétique, et il serait plus sage qu'elle passe plus de temps à l'hôpital, qu'elle fasse plus d'examens et qu'elle se repose, mais elle ne cesse de répéter qu'elle veut une existence normale et qu'il est hors de question que la maladie l'empêcher de vivre comme elle l'entend. Alors, ils m'ont appris à repérer les signes de malaise ou de crise cardiaque, ce genre de choses… Ce matin, elle ne se sentait pas très bien et elle a fait un malaise. Tous les symptômes de l'infarctus étaient là : elle hyper ventilait, elle avait chaud… Et j'ai appelé une ambulance. Après l'avoir emmené à l'hôpital, ils l'ont stabilisée et elle va mieux. Ils vont augmenter la dose de ses médicaments et certainement la garder pour un petit-moment.
-Je suis tellement désolée…
-Ça va aller, ils vont prendre soin d'elle, affirma-t-il avec hargne, ignorant qui de Gemma ou lui-même il essayait de convaincre. Toute ma famille est à son chevet, elle m'a ordonné de rentrer pour passer une bonne nuit et retourner en cours demain.
-Elle tient à toi, sourit tendrement la jeune femme.
-Je l'aime tellement…
-Tu es le bienvenue ici, peu importe l'heure, peu importe ce dont tu as besoin. Je suis là, d'accord ?
-Merci, Gemma.
Déposant un baiser sur sa joue, le blond ferma les yeux, se laissant dériver dans les bras de Morphée.
Perdu dans son tableau, il fallut un instant à Zayn pour associer le son carillonnant qui venait de retentir à la sonnette de la maison. Dévalant les escaliers quatre à quatre, il se dirigea vers la porte d'entrée qu'il ouvrit à la volée, surpris de découvrir la silhouette mince du bouclé.
-Harry ? Interrogea-t-il, perplexe quant à la raison de la venue du garçon, mais pourtant incapable de réprimer son sourire face à la moue maladroite de l'adolescent.
-Zayn, salut. Je te dérange ?
-Pas du tout, entre. Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? S'enquit-il en s'écartant afin de laisser le brun pénétrer dans le hall.
-Eh bien, j'aurais voulu prendre des nouvelle de Louis, il semblait assez distant aujourd'hui.
-Oh, il n'est pas encore rentré, répondit le métis, les conduisant dans la cuisine. Je peux te servir quelque chose à boire ?
-Juste un verre d'eau, merci.
-Ne t'inquiète pas, il panique parce que la maman de Niall a été admise à l'hôpital ce matin, mais tout est à nouveau sous contrôle.
-Merci, dit-il en attrapant sa boisson. Tant mieux, ça a dû être une journée difficile.
-Oui, en plus il va encore devoir rattraper les cours qu'il a manqué ce matin… En parlant de cela, comment avance ton dossier ?
-Justement, je voulais également t'en toucher un mot. Je suis intéressé par l'art et j'envisage de me spécialiser dans le journalisme. Alors je me demandais si ça te dérangerait de m'aider à réaliser mon dossier sur les différents analyses de peinture. Tu pourrais me guider, proposa l'adolescent, se décalant malhabilement sur ses pieds.
Zayn éclata de rire, attendrit au plus haut point par la gêne et la douceur du lycéen, avant d'abattre une main sur son épaule. Il s'empara de son verre d'eau et le posa sur le comptoir, attirant le bouclé à sa suite dans la cage d'escalier.
-Allez, on commence tout de suite, si tu veux ! Ça t'intéresserait de voir mes toiles ? Demanda-t-il joyeusement.
Il était plus de 19 heures lorsque Liam poussa la porte de son appartement, les épaules voutées par la fatigue, ses vêtements trempés par l'averse à l'extérieur. Le conseil de classe avait duré plus longtemps que prévu, et le directeur avait supplié ses enseignants d'être prudents en regagnant leur domicile, la tempête se profilant à l'horizon.
Ce ne fut qu'en retirant son manteau, qu'il remarqua la faible lueur provenant du salon. Se redressant subitement, il s'avança lentement dans le couloir, redoutant de devoir constater une infraction et un vol dans sa maison. Il ne put retenir son sourire attendri en reconnaissant la silhouette mince de Louis, blottie sous une épaisse couverture sur le canapé, le regard perdu vers la télévision allumée. Son bonheur fut cependant de courte durée, ses iris tombant rapidement sur les deux boites en carton posée près de la porte, emplies de vêtements du lycéen.
Toussotant pour faire connaître sa présence, il regarda le sursaut qui parcourut Louis, la manière dont ses sourcils se froncèrent avant de retrouver leurs positions habituelles quand il reconnut son visiteur.
-Salut… Chuchota-t-il maladroitement, passant une main agitée dans ses cheveux.
-Salut… Je ne pensais pas te voir ce soir, vu la façon dont tu es parti après mon cours, lança Liam, penaud, une tension lourde de sens s'abattant sur eux.
-Liam, il faut qu'on parle, avoua timidement le brun, ses prunelles claires ne rencontrant les siennes que très brièvement.
-Pourquoi est-ce que tes affaires sont dans des caisses ? Demanda-t-il aussitôt, son timbre chavirant alors qu'il essayait de parler malgré la boule d'angoisse se formant dans sa gorge.
-Liam…
-Non, tu avais promis de ne pas t'éloigner !
-Liam, c'est fini.
Un brusque silence ce fit dans la pièce après la déclaration brute du benjamin. Les yeux du lycéen restant fermement baissés, incapable de reconnaître la douleur qu'il faisait au plus âgé. Le calme se prolongea, l'adolescent triturant un fil de la couverture, l'étudiant combattant les larmes bordant ses paupières. Un frisson d'horreur le parcourut, il était impuissant, la situation entre les mains délicates du mécheux. Jamais il ne forcerait le brun dans une relation qu'il ne désirait pas. Si un jour Louis arrêtait de l'aimer, il partirait. Si ça le rendait heureux, il partirait sans se retourner. Mais la torture opacifiant les yeux de son petit-ami lui criait que la décision ne venait pas de lui.
-Tu avais promis… Sanglota faiblement le châtain, ses bras se refermant autour de lui, craignant que s'il desserre son étreinte, son cœur ne le supporte pas et tombe en morceaux.
-Je suis désolé, répondit-il, se redressant, ses pas le conduisant face au jeune homme.
-Je ne comprends pas… Pourquoi ?
Il fallut une seconde à Louis pour décrypter les mots brouillés par les pleurs qui l'atteignaient en plein cœur.
-On a vécu dans notre petite bulle, Liam, mais le monde à l'extérieur est loin d'être rose et inoffensif. Il y a des risques que je ne suis pas prêt à prendre, des risques que je ne veux pas que tu prennes !
-Je me fiche des risques ! Je me fous des conséquences, je me fous de devoir encore passer des années à cacher notre relation si tu as besoin de temps. Je t'aime, tu m'entends ? Je t'aime et c'est la seule chose qui m'importe ! S'écria le jeune homme, la tristesse s'infiltrant dans chaque cellule de son corps alors qu'il se sentait perdre cette bataille.
-Liam tu n'as aucune idée de ce dont tu parles. S'il te plait, n'insiste pas !
-Qu'est-ce qui se passe, Louis ? Mon cœur, parle-moi. Qu'est-ce qui te pousse à y mettre un terme ? Tu peux tout me dire !
-Pitié, Liam ! Explosa finalement en sanglots l'adolescent, les perles salées dévalant les courbes de son visage, se perdant dans son cou. Liam, j'ai besoin qu'on arrête.
-Je t'aime et tu m'aimes, où est le problème ?
-Ne rends pas ça plus difficile que ça l'est ! J'ai besoin que tu mettes un terme à cette histoire !
-Je refuse, je n'irai nulle part. Je ne t'abandonnerais pas !
-Alors, c'est moi qui le ferai. Je pars, Liam. C'est terminé, murmura-t-il à travers ses larmes.
Bondissant en avant, le châtain encercla de ses doigts fins les joues de son petit-ami, capturant ses lèvres en un baiser plein de passion et de dévouement. L'étudiant ne s'écarta qu'une fraction de seconde, chuchotant un « je t'aime » tout contre ses lèvres, ponctuant sa déclaration d'amour avec un second baiser. Son petit jeu continua, longtemps, Louis répondant à chacun des baisers avec un peu plus de hargne, de désespoir, d'amour, redoutant le moment où il devrait se reculer.
Lorsque Louis s'éloigna doucement, l'ainé ne fit que resserrer son étreinte, ses prunelles plongées dans les siennes.
-Dis-moi que tu n'as pas besoin de moi. Regarde-moi dans les yeux et dis-moi que tu ne m'aimes plus, dis-le et je te promets de te laisser partir.
Lui adressant un dernier regard débordant de tendresse, d'amour, et de désolation, Louis s'empara des lèvres de son l'homme qui détenait son cœur, y déposant un dernier baiser. Le baiser qui scellait leur amour, le baiser qui scellait son départ. Le baiser qui attestait de la cruauté du monde.
-Zayn viendra chercher les caisses demain, d'accord ? Informa-t-il sans rencontrer ses yeux, sa main agrippant la poignée de la porte.
-La tempête n'est pas loin, sois prudent en rentrant, d'accord ? Tu pourrais ne plus vouloir de moi, mais je suis et je resterai follement amoureux de toi, alors prends soin de toi.
Le dos tourné à son désormais ex petit-ami, Louis acquiesça doucement, avant de disparaître sous la pluie battante.
Pendant près d'une heure, le métis et son invité parcoururent les réalisations du premier, le pakistanais expliquant chaque détail avec un enthousiasme débordant, le bouclé n'en perdant pas un mot, pendu à ses lèvres. Lorsqu'ils reprirent conscience du temps qui avait passé, Harry soupira avant de s'excuser, soulignant qu'il serait plus sage qu'il rentre chez lui. Zayn acquiesça, le reconduisant d'un air morose vers la sortie. Ils se saluèrent presque timidement, le lycéen dégageant une innocence faisant frémir l'ainé.
-Au revoir, Harry, reviens quand tu veux pour ton dossier, sourit l'étudiant en ouvrant la porte.
A l'instant où le garçon allait traverser la porte, ils se figèrent sur le seuil, les yeux écarquillés devant le spectacle qui leur faisait face : le vent soufflait avec une force effroyable, la pluie tambourinait contre les carreaux, les éclairs illuminaient violemment le ciel en un bruit terrifiant.
-Harry, est-ce que tu comptais rentrer à pied ? S'informa le métis.
-Oui, mais ça risque de s'avérer compliqué.
-C'est la tempête dont toute la ville n'arrête pas de parler. Je t'interdis de quitter cette maison avant que le temps ne soit redevenu convenable, d'accord ?
-Zayn, je ne veux pas t'ennuyer ! En plus, tes parents ne vont pas tarder à rentrer, et…
-Ne t'inquiètes pas pour eux, ils sont chez des amis et ont prévu de passer la nuit là-bas pour ne pas devoir rouler ce soir.
-Très bien, d'accord, capitula le benjamin, retournant dans la demeure, fermant le panneau de bois derrière lui.
-Ecoute, que dirais-tu qu'on regarde un film ? Proposa l'artiste, désignant le salon d'un geste de la main. Va choisir ce que tu veux, il y a toute une collection de DVD sur l'étagère, pendant ce temps je vais aller nous chercher à boire.
Observant l'adolescent d'éloigner vers la dite-pièce, Zayn amorça un mouvement pour rejoindre la cuisine, interrompu dans son élan lorsque la porte d'entrée s'ouvrit à la volée et que la forme tremblante et frissonnante de Louis apparut.
-Bon sang, Lou, tu es trempé ! S'exclama son grand-frère, se précipitant en avant et aidant le mécheux à se débarrasser de son manteau. Qu'est-ce que tu faisais dehors par ce temps ? Je pensais que tu étais avec Liam, rabroua-t-il faiblement, baissant précautionneusement la voix, évitant qu'Harry ne surprenne la conversation.
Lorsqu'il s'écarta légèrement, le métis rencontra enfin le regard du benjamin et fut pétrifié. Ses pupilles rougies débordaient de larmes, les traits de son visage crispés en une douleur infinie.
-Louis, merde ! Qu'est-ce qu'il se passe ? S'inquiéta-t-il aussitôt, attirant le jeune homme dans ses bras.
-C'est fini, Zayn… Pleura-t-il contre son épaule. Tout est fini.
-Comment ça, c'est fini ? Est-ce qu'il t'a quitté ? Interrogea le pakistanais, devinant que la discussion concernant son meilleur ami.
-C'est moi qui suis parti…
-Enfin, Lou, pourquoi ?
-Je ne pouvais plus, il y avait bien trop de choses en jeu, bredouilla-t-il à travers ses sanglots. Mais je l'aime, Zayn ! Je l'aime à en mourir, bordel !
-Je sais, mon ange. Je sais, cajola doucement l'ainé. Ecoute, je vais aller dire à Harry de commencer le film seul et ensuite je vais t'installer en haut et on parlera, d'accord ?
-Harry est ici ?
-Oui, je l'aide pour son dossier.
-Tu l'apprécies, hein ? S'enquit le lycéen, se redressant pour plonger ses yeux clairs dans ceux de son demi-frère.
-C'est un chouette gamin, haussa-t-il les épaules, ignorant qui sa décontraction essayait de duper.
-Zayn, écoute, murmura Louis, s'écartant afin d'encercler de ses mains le visage du peintre. Je veux que tu sois heureux, d'accord ? Je t'aime tellement, tu n'imagines pas tous les sacrifices que je serais prêt à faire pour que tu sois bien, alors vis ta vie à fond et sois heureux, tu m'entends ?
Hochant lentement la tête, Zayn essaya de décrypter le message en filigrane tissé sous ses paroles, soupirant lorsque Louis finit par s'extirper de son étreinte pour rejoindre sa chambre, embrassant sa joue une dernière fois, l'encourageant à retrouver leur invité.
Quand il revint dans le salon, Harry l'attendait patiemment sur le canapé, souriant lorsqu'il l'aperçut, démarrant le film dès que le métis fut à ses côtés.
-Au fait, tu as prévenu tes parents que tu restais ici ? Je ne voudrais pas qu'ils s'inquiètent, intervint l'artiste.
-Euh… Pour être honnête, je vis seul avec ma sœur et je viens de lui envoyer un message, sourit timidement le garçon.
-Vous vivez seuls ? Répéta-t-il, surpris.
-Oui, mes parents sont décédés, murmura l'adolescent, ses joues se colorant rapidement alors qu'il baissait le regard sur ses genoux.
-Bon sang, Harry, je suis désolé. C'était indiscret de ma part ! S'exclama Zayn, une main s'abattant sur sa bouche, ébahi à l'information qui venait de lui parvenir.
-C'est pas grave, le rassura maladroitement le bouclé.
-Si, bien sûr que si ! Tu veux en parler ?
-Je n'ai jamais raconté cette histoire à personne, c'est toujours Gemma qui s'en charge, avoua-t-il, refusant toujours de rencontrer les yeux de son hôte.
-Peut-être que ça te ferait du bien, encouragea le peintre, sa main serrant brièvement l'avant-bras du jeune garçon.
-Lorsque j'avais six ans, mes parents, ma sœur et moi avons été passé une journée dans un parc d'attraction. Nous sommes rentrés assez tard, il faisait sombre sur la route. J'étais épuisé de ma journée, et je me suis endormi à peine installé dans mon siège, commença faiblement Harry. Tout ce dont je me rappelle, c'est d'être brusquement réveillé par un énorme choc et un bruit assourdissant. J'étais secoué dans tous les sens, je n'avais aucune idée de l'endroit où j'étais et de ce qui se passait. Tout ce que je percevais, c'étaient les cris de Gemma, ses pleurs, ses supplications… Quelques minutes plus tard, les ambulances sont arrivés, et j'en ai déduis qui nous venions d'avoir un accident. La voiture avait fait un tonneau, et j'ai été extirpé de mon siège par des urgentistes en même temps que ma sœur. On nous a fait nous asseoir dans l'ambulance, nous demandant d'attendre que nos parents soient dégagés. J'avais six ans, je n'imaginais pas qu'ils puissent être blessés. Même si j'étais terrifié, j'étais persuadé que tout allait bien se terminer. Seulement, quand les brancards sont revenus, tout ce que j'ai vu étaient des housses noires fermées. Je ne comprenais pas, j'ai crié en demandant où étaient mes parents, je voulais que ma maman me prenne dans ses bras et m'assure que tout allait bien, mais j'ai vite réalisé que ce ne serait pas le cas quand Gemma a hurlé et a contracté une crise de panique. Ils étaient partis… Ils s'étaient évanouis dans l'obscurité. L'enquêteur descendu sur place a pris nos témoignages, et même si je dormais, Gemma était certaine d'avoir aperçu le visage de l'homme conduisant le véhicule qui nous était rentré dedans. Elle était certaine de pouvoir le reconnaître. Le policier lui a dit qu'elle serait convoquée le lendemain au commissariat pour établir un portrait-robot. Il nous a promis que tout rentrerait dans l'ordre, seulement, le lendemain, il avait été muté dans une autre ville et l'affaire avait été classée sans suite.
Un long silence suivit la déclaration du bouclé, Zayn incapable d'ouvrir la bouche après un tel choc. Tout ce qu'il put faire fut attraper un verre et le tendre au lycéen, lui faisant avaler une gorgée avant de le couvrir d'un plaid, s'emparant de sa main et serrant ses doigts de toutes ses forces, lui démontrant silencieusement son soutien. Et, peut-être, peut-être, que cela était suffisant pour le moment…
