Lorsqu'Harry ouvrit les yeux le matin suivant, les rayons doux du soleil passant par la fenêtre chatouillant ses paupières, il fut accueilli par le sourire chaleureux et encore légèrement ensommeillé de Zayn.

-Bonjour… Salua doucement le bouclé, sa voix profonde rauque de sécheresse.

-Bonjour, belle au bois dormant ! Bien dormi ? Interrogea joyeusement le métis, adossé contre le chambranle de la porte entrouverte de ce que l'adolescent reconnaissait être sa chambre.

-Plutôt, oui. Mais je n'ai pas le souvenir d'avoir atterri ici…

-On s'est endormi devant la télévision hier soir, et je t'ai amené jusqu'ici. Tu n'as presque pas cillé quand je t'ai porté, j'ai dû lutter pour parvenir à t'enlever tes vêtements, expliqua l'étudiant, clairement amusé par la situation.

Jetant un rapide coup d'œil sous les draps, le lycéen constata que, effectivement, il n'était couvert que de son caleçon.

-Désolé, rougit-il faiblement, baissant le regard.

Balayant son embarra d'un signe de la main, l'artiste lui adressa un clin d'œil complice.

-Ne t'inquiète pas, tu es tellement adorable quand tu dors que le spectacle en valait la peine.

-Arrête, riposta allégrement le benjamin, un rire mutin lui échappant. J'espère que je ne t'ai pas empêché de dormir convenablement, je sais que je bouge beaucoup la nuit, s'enquit-il, se mordillant légèrement la lèvre, sa gêne réapparaissant quelque peu.

-Désolé, princesse, mais nous n'avons pas dormi ensemble ! Qu'est-ce que tu crois ? Tes beaux yeux ne suffisent pas pour ça, tu vas devoir me faire tomber éperdument amoureux de toi !

Une moue malicieuse s'emparant de ses traits, le pakistanais se redressa, jetant un regard à l'adolescent aux yeux ébahis par ses propos avant de disparaître dans la cage d'escaliers.

-Allez, debout, Curly ! Le petit-déjeuner t'attend dans la cuisine !

Une fois habillé, Harry descendit les escaliers de la demeure, ses pieds glissant silencieusement sur le parquet alors qu'il approchait de la cuisine. La voix de Louis lui parvint vaguement, mêlée à celle de son grand-frère, son ton empli d'une tristesse infinie à la froideur presque tangible. Se mordant la langue sous sa curiosité irréversible, il ne put s'empêcher de s'arrêter un bref instant dans le couloir à l'extérieur de la pièce, invisible aux yeux des deux occupants lui tournant le dos, attablés au comptoir établi de l'autre côté de la salle.

Jetant un rapide regard en leur direction, il détailla rapidement le métis, portant toujours le même pyjama que précédemment et le mécheux, emmitouflé dans un pantalon de survêtement usé et un sweatshirt manifestement trop grand pour lui, sa silhouette mince semblant se camoufler sous le tissus trop large pour sa carrure. Ses yeux injectés de sang renforçait la pâleur inhabituelle de son teint. Il paraissait plus jeune que jamais, recroquevillé dans son pull, ses bras enlaçant sa poitrine en une étreinte de fer.

N'accordant aucun intérêt au bol de céréales servi devant lui, Louis se détendit quelque peu lorsque la main de l'artiste cajola doucement la base de son cou, ébouriffant ses mèches brunes au passage.

-Je lui ai dit que tu viendrais chercher mes affaires aujourd'hui, murmura-t-il furtivement. La tempête s'est calmée, tu devrais pouvoir rouler.

-D'après le journal télévisé, la majorité des routes sont inondées mais je ferais de mon mieux, assura l'ainé, resserrant imperceptiblement son emprise sur le plus jeune.

-Elles sont dans deux caisses en carton, à l'entrée du salon.

-Tu lui enlèves tout souvenir de toi, mais tu refuses de te débarrasser de ce qui lui appartient, souligna gentiment l'étudiant, désignant le sweat d'un signe de tête.

-Ça fait tellement mal… S'imaginer que tout est terminé, ça fait tellement mal, chuchota-t-il maigrement, de nouveaux sanglots luttant pour lui bloquer la gorge. Je ne supporte pas la pensée qu'il puisse me détester.

-Jamais il ne pourrait te détester, il t'aime à en mourir !

-Je lui ai brisé le cœur, Zayn. Je lui ai promis qu'on surmonterait cette épreuve avant de brusquement mettre un terme à notre relation…

-Louis, souffla le métis, son pouce caressant doucement la pommette humide de son frère. Louis, qu'est-ce qui te pousse à faire ça ? Quoi que ce soit, tu sais que tu peux tout me dire.

-C'était atroce, la douleur dans ses yeux, la déception, la colère, l'incompréhension. L'amour… L'amour tellement brulant que je le ressens encore dans chaque fibre de mon corps. Comment pourrait-il me pardonner après un tel affront ? Poursuivit sourdement le benjamin, comment inconscient des paroles de son interlocuteur.

-Lou, mon ange, qu'est-ce qui te ronge ?

Zayn était incapable de dissimuler l'inquiétude dans sa voix, désormais. Cette rupture ne provenait pas de son frère, il en était certain. Ce besoin impérieux de couper court à leur amour était dû à une force extérieure, une force puissante et invisible.

-Il m'a demandé de le regarder dans les yeux et de lui dire que je ne l'aimais plus, que je n'avais plus besoin de lui… Il m'a promis qu'il restera amoureux de moi, pour toujours. Et le plus horrible, c'est que je sais que c'était sincère, que c'était réel. Je suis à lui, de la même façon qu'il est à moi, confessa lentement le lycéen. Ça semble cliché, mais c'était lui, je l'ai toujours su. C'était lui, c'est lui, et ça restera lui. Mais je suis impuissant, tellement impuissant… Alors, oui, je garde toutes ces affaires dans l'espoir que cela m'empêchera de sombrer.

-Pourquoi ne pas lui rendre la pareille, dans ce cas ? Avança prudemment le pakistanais. Lou, je vous aime tous les deux, à la folie. Vous êtes les deux personnes qui me sont le plus cher au monde. Et même si je serai toujours présent pour toi et que je me plierai à la moindre de tes demandes, je dois penser à lui, à son bonheur. Il voudrait conserver tes affaires, il voudrait pouvoir s'accrocher aux souvenirs que tu lui arraches.

-Tu ne comprends pas ? C'est quelqu'un de fabuleux, de fantastique. Il est la meilleure chose qui me soit arrivée, et même si je suis incapable de m'imaginer vivre sans lui, je veux lui offrir cette chance ! S'il garde mes affaires, il aura toujours un rappel de ce qu'on a été et de ce qu'on aurait pu être, je veux lui donner l'occasion de passer à autre chose, de tourner la page, d'avancer sans que notre histoire le retienne ! Il ne mérite pas de rester emprisonné par notre amour !

-Tu crois réellement que tu serais capable de le regarder aimer quelqu'un d'autre ? Tu imagines pouvoir supporter de le voir heureux ailleurs que dans tes bras ? Tu penses être assez fort pour le laisser s'échapper, et, dans dix ans, recevoir l'invitation à son mariage. Un mariage où il liera sa vie à quelqu'un qui ne sera pas toi ? Tu l'imagines élever des enfants sans toi à ses côtés ? Tu réussirais à mourir sans qu'il soit le dernier visage que tu aperçoives ? S'exclama vivement Zayn. Parce que moi, je ne pourrais pas. Je ne tolèrerais pas de vous laisser gâcher cet amour.

-Malheureusement, mon avis et mes sentiments ne font plus partie de l'équation, répondit douloureusement Louis.

Adressant un dernier regard à son demi-frère, il lui accorda un sourire triste, n'essayant plus de convaincre qui que ce soit, avant de disparaître dans le salon, emportant son mystère avec lui.

Une fois la conversation terminée, Harry, dissimulé dans le couloir, s'accorda une minute pour retrouver ses esprits. Louis était gay, où, du moins, amoureux d'un homme. Le premier visage qui lui vint en tête fut celui de Liam, cela expliquerait le comportement étrange des deux garçons. Mais n'était-ce pas là une solution extrême ? Il devait surement y avoir une autre explication, non ? Cependant, la logique ne s'appliquait pas à l'amour, et il devait avouer que Louis et Monsieur Payne formerait un très beau couple.

Se secouant la tête afin de se remettre les idées en place, Harry poussa bruyamment la porte de la cuisine, répondant au sourire que lui envoya Zayn alors qu'il s'approchait.

Le repas se déroula dans le calme, le métis manifestement plongé dans ses pensées, l'inquiétude pour son frère marquant son front. Le bouclé parvint néanmoins à lui arracher quelques rires, des bulles de fierté emplissant sa poitrine alors que l'artiste s'animait et replongeait dans leurs plaisanteries détendues, se moquant gentiment des yeux embués de sommeil du benjamin et de ses bâillements sonores. Harry se serait régalé avec joie de cette bonne humeur et de cette quiétude jusque tard dans la journée, pourtant, toutes les bonnes choses ont une fin.

Un claquement de porte les fit sursauter, et, quelques instants plus tard, un homme à la ressemblance frappante avec Zayn fit irruption dans la pièce, l'épuisement inscrit sur les traits. Une jeune femme à la longue chevelure brune et au sourire attendrissant pénétra dans la cuisine à sa suite, ses yeux clairs dénonçant son lien de parenté avec Louis. Monsieur Malik et Madame Tomlinson.

Ce fut elle qui les aperçut en premier lieu, une curiosité polie dans le regard alors qu'elle se tourna vers eux.

-Zayn, comment s'est passée votre soirée ?

-Très bien, Jay, j'ai pris soin de Louis, lui assura-t-il d'une voix douce, lançant par-dessus son épaule un coup d'œil à son père qui extirpait une tasse d'une armoire, ne leur accordant pas la moindre attention.

-Parfait, mon grand, remercia la brune. Et, qui est ton ami ?

-Oh, voici Harry, il est dans la classe de Louis et je l'assiste pour le rapport qu'ils doivent rendre sur leurs ambitions futures.

-Enchantée, Harry ! Répondit gaiement Jay, serrant la main qu'il lui tendit.

-Egalement, Madame Tomlinson !

-C'est Madame Malik, en fait, s'exclama le père de Zayn, se dirigeant enfin vers eux.

Soudainement, ses pupilles croisèrent celles du bouclé, et il s'arrêta dans son élan. Sous le regard interrogateur de sa femme, ses traits se durcirent visiblement, une rougeur furieuse s'élevant sur ses joues alors que ses doigts se refermaient en poings à ses côtés.

-Zayn, rugit-il. Tu poses ce toast tout de suite et tu raccompagnes le gamin chez lui.

-Quoi ? Mais pourquoi ? S'écria-t-il, surpris.

-Fais le sortir de ma maison !

-Mais, enfin, laisse-le au moins terminer de manger, s'indigna le métis, confus.

-Je veux qu'il dégage de ma maison, tu m'entends ? Hurla-t-il soudainement, sa colère parvenant même à attirer Louis, sa silhouette mince apparaissant dans le cadre de la porte.

-Mais qu'est-ce qu'il se passe, ici ? Demanda-t-il doucement.

-Papa, arrête tes conneries ! S'emporta l'étudiant, sa main trouvant l'épaule d'Harry en signe de soutien.

-Chéri, tu exagères, intervint faiblement Jay.

-Taisez-vous, tous ! Je te donne cinq secondes pour déguerpir, pesta-t-il, ses orbes froids détaillant ceux du lycéen. Tu n'es pas le bien venu ici, plus jamais !

Son point s'abattit durement sur le comptoir, faisant sursauter les occupants de la pièce.

-Zayn, trésor, je pense que tu devrais obéir, invita Madame Tomlinson, effrayée par la colère de son mari.

Pendant une longue minute, le pakistanais défia son paternel du regard, cherchant une réponse qu'il savait invisible, comme toujours. Se redressant silencieusement, ses doigts quittèrent le bras du bouclé pour se loger au creux de ses reins, l'entrainant à sa suite vers la porte d'entrée. Ils enfilèrent leur manteau dans le plus grand des silences, l'artiste attrapant ses clefs de voiture avant de refermer le panneau de bois derrière eux.

Le trajet en voiture jusqu'au domicile de l'adolescent fut silencieux, douloureusement silencieux, uniquement brisé par les directions que donnaient Harry au conducteur. Lorsque, une dizaine de minutes plus tard, la voiture se gara devant sa demeure, le bouclé hésita, lançant un regard au métis dont la tête était renversée sur son siège, les paupières étroitement closes. Poussant un léger soupir, l'adolescent se détourna, amorçant un geste pour ouvrir sa portière, interrompu dans son élan lorsque la main du métis s'apposa sur son bras.

-Harry, attends…

Muet, le lycéen redirigea son attention sur l'étudiant, l'encourageant à poursuivre d'un signe de tête lorsque leurs regards se croisèrent brièvement.

-Je suis désolé que ça se soit déroulé de cette façon. Je ne sais pas ce qu'il lui a pris, c'était horrible et injuste. Mon père a toujours été… Comment dire ? Impulsif et sévère, mais je ne comprends pas sa réaction.

-Ne t'inquiètes pas pour ça, soutint Harry, son visage de poupée obscurcit par une résignation morose, refusant de lever ses yeux baissés résolument sur ses genoux.

-Je suis sincèrement désolé, mais ça ne changera rien à notre relation, d'accord ? Je continuerai à t'aider pour ton dossier et il n'y a aucune raison pour que j'arrête de te voir, promit Zayn, une détermination sourde dans la voix.

Le benjamin se contenta d'acquiescer lentement, ses boucles dissimulant son expression.

-Harry… Je déteste te voir comme ça. Dis-moi ce que je peux faire pour réparer ça ! Hurle, traite mon père d'idiot, frappe-moi, mais par pitié, explique-moi comment te faire sourire à nouveau ! Supplia le pakistanais, impuissant face au silence du jeune homme.

La quiétude s'éternisa quelques minutes de plus, finalement rompue par le chuchotement éprouvant du bouclé.

-Quand nos parents sont morts, Gemma et moi avons été placés en famille d'accueil. Malheureusement, les couples prêts à accueillir deux enfants sont très rares et nous avons toujours été séparés. Par moment, nous étions même aux deux extrémités du pays, avec des centaines de kilomètres pour nous éloigner. Elle n'a connu qu'une seule famille, qu'une seule maison, qu'un seul couple qui s'est attaché à elle et l'a élevée parfaitement. Moi, cependant… J'ai valsé d'une famille à l'autre, d'une ville à l'autre, d'une école à l'autre…Je n'ai jamais réussi à m'intégrer, j'étais toujours le vilain petit canard. Je n'avais que très peu d'amis, on me rejetait parce que j'étais le gamin qui n'avait plus de parents, l'orphelin, le bizarre. Les couples qui me recevaient cherchaient constamment à faire ma connaissance, à remplacer mes parents, à occuper une place importante dans ma vie, mais j'y étais opposé. Je n'avais que six ans le jour de l'accident, et j'ai tellement peu de souvenirs d'eux… La seule chose dont j'étais certain était l'amour profond et indéfinissable que je ressentais pour eux. Je refusais de laisser qui que ce soit chercher à combler ce vide, à effacer cette douleur, parce que tant que ce trou béant creusait ma poitrine, j'avais la certitude qu'ils avaient existé. Je détenais la preuve que, durant une époque, moi aussi j'étais entourée de personnes qui m'aiment, me désiraient et me chérissaient. Alors, quand ton père m'a expulsé ce matin, c'était comme un nouveau coup de poignard dans une cicatrice toujours ouverte…

-Harry… Murmura faiblement Zayn, craignant que le bruit ne brise la fragilité du moment.

Il resserra son emprise sur le bras de l'adolescent, souriant doucement lorsque ce dernier s'empara de ses doigts, s'y accrochant fortement.

-Non, ne dit rien. Je ne cherche pas ta pitié, je ne cherche pas à excuser mon mutisme, je veux simplement que tu comprennes que ce n'est pas à toi que j'en veux. Je n'éprouve aucune rancœur envers ton père non plus, c'est le malheur que je déteste, mon malheur qui semble s'étirer sans fin.

-Attends une seconde, murmura Zayn, se détourna pour fouiller dans le désordre juchant le sol de l'arrière de la voiture.

En extirpant un stylo et un morceau de papier, il y nota une série de chiffre, déposant la feuille au creux de la main d'un Harry perplexe.

-C'est mon numéro de téléphone, je veux que tu l'utilises, d'accord ? Dès que tu as besoin de parler, ou juste envie d'aller faire un tour, ou quoi que ce soit… Je serai là, je te le promets.

Pour la première fois depuis qu'il était entré dans la voiture, un sourire sincère étira les lèvres de l'adolescent, et il acquiesça, glissant le numéro dans sa poche.

-Merci, Zayn.

A l'instant où il ouvrit la portière, le métis le retint une nouvelle fois, juste quelques secondes, le temps d'abandonner un doux baiser sur le haut de sa fossette, un baiser scellant la confiance qu'ils s'offraient.

Lorsqu'Harry pénétra dans la maison, il trouva sa sœur endormie sur le canapé, blottie sous une couverture, une comédie romantique défilant sur l'écran de télévision. Il s'assit précautionneusement à ses côtés, mais la jeune femme ayant toujours eu le sommeil léger, le mouvement suffit à lui faire ouvrir les paupières.

-Hey, salua-t-elle calmement. Ça a été chez ton ami ? Zayn, c'est ça ?

-Oui, Zayn et Louis. Ça s'est plutôt bien passé, fournit-il, refusant de l'inquiéter avec la tournure des évènements. Et toi, ta soirée ?

-J'ai juste travaillé et regardé quelques films, rien de spécial, sourit-elle tendrement.

L'embrassant rapidement, Harry lui adressa un dernier signe de la main avant de rejoindre sa chambre, le cœur lourd de secrets qu'il ignorait que sa sœur réciproquait.

-Wow, je pensais avoir touché le fond avec Louis ce matin, mais t'as vraiment une sale mine ! Lança Zayn en guise de salutations alors que Liam lui ouvrait la porte de son appartement.

-Et toi, tu as toujours autant de tact, ronchonna le châtain, se reculant afin de le laisser entrer. Je suppose que tu es venu chercher ses affaires…

-Entre autre, je viens surtout prendre de tes nouvelles. Comment tu vas ?

-Je suis en pleine forme, je nage dans le bonheur, répondit-il sarcastiquement, désignant d'un geste vague de la main ses yeux gonflés par les larmes et le manque de sommeil.

-Oui, ça a été un choc pour moi aussi, informa Zayn, se laissant tomber dans un des canapés, attirant son meilleur ami à ses côtés, se blottissant contre sa poitrine pour lui prouver son soutien. Il fait une connerie, mais il finira par s'en rendre compte.

-Tu crois qu'il pourrait réellement ne plus vouloir de moi ? Exprima imperceptiblement le garçon.

-Il est fou amoureux de toi, il n'arrête pas de le répéter.

-Donc être persuadé que ce n'est pas de ma faute et qu'il y a autre chose qui le pousse à agir n'est pas égoïste, interrogea timidement le stagiaire, un léger rougissement colorant ses joues.

-Il y a quelque chose, ou quelqu'un qui l'empêche d'être avec toi, j'en suis certain. Le problème c'est qu'il ne veut rien me dire, il refuse de m'expliquer quoi que ce soit.

-Comment va-t-il ? S'enquit Liam, presque effrayé de connaître la réponse.

Il ne savait pas ce qui serait le plus douloureux, entendre que Louis souffrait ou apprendre qu'il allait parfaitement bien sans lui.

-Il était vraiment dans un sal état en revenant à la maison, hier soir. J'espérais que ça irait mieux ce matin, mais il a à peine fermé l'œil de la nuit. Il m'a dit que tu lui avais promis de l'aimer pour toujours… Je crois que c'est ce qu'il avait besoin d'entendre. Il est persuadé que tu le détestes pour ce qu'il a fait.

-Ce sont des conneries, et il le sait ! Il me manque, Zayn ! Nous ne sommes même pas séparés depuis vingt-quatre heures et il me manque terriblement, gémit péniblement l'étudiant.

-Tu lui manques aussi, n'en doute pas. Il ne cesse de répéter qu'il veut que tu passes à autre chose, que tu ne restes pas bloqué par cette histoire, que tu sois heureux.

-Je ne suis heureux que lorsque je suis avec lui, grogna-t-il tristement.

-Hier soir, en rentrant, il était comme dans un état second. Il ne cessait de me répéter que je devais être heureux et que je ne devais pas me préoccuper du reste… Je crois qu'il parlait de l'avis de mon père.

-Quoi ? Tu as rencontré quelqu'un et tu ne m'as rien dit ? S'indigna le brun, son visage devenant aussi sévère que les traces de larmes séchées et ses rougeurs le lui permettaient.

-En quelque sorte, répondit le métis autour d'un rire.

-Tu veux en parler ?

-Pas vraiment, je préfère voir comment les choses vont évoluer avant d'espérer quoi que ce soit.

-Tu l'aimes ?

-Je tiens beaucoup à lui…

En fin d'après-midi, alors qu'elle relisait ses cours étalés autour d'elle sur la table de la cuisine, Gemma sursauta lorsque son téléphone se mit à sonner. Décrochant d'un geste vif, elle sourit lorsque la voix de Niall lui parvint de l'autre côté de l'appareil.

-Salut, Gemma !

-Hey, comment tu vas ? S'inquiéta-t-elle aussitôt.

-Plutôt bien, j'ai passé la journée avec Louis, ça m'a changé les idées. D'ailleurs, je suis chez lui en ce moment. Ça t'embêterait de venir nous chercher là-bas pour nous conduire à l'hôpital ? Je sais que tu travailles et je ne veux surtout pas te déranger, mais…

-Calme-toi, interrompit prestement la jeune femme. Je pars immédiatement, donne-moi simplement l'adresse et j'arrive.

-Je t'envoie ça par message tout de suite, merci beaucoup !

-Ne bougez pas, je démarre, assura-t-elle avant de raccrocher.

Lorsque, une dizaine de minutes plus tard, sa voiture se gara devant l'entrée de la demeure des Malik, Gemma n'eut pas le temps de s'emparer de son téléphone pour prévenir le blond de son arrivé, Niall et le présumé Louis descendait déjà les marches du porche.

Alors que l'Irlandais ouvrait la portière, se glissant à l'arrière du véhicule en saluant joyeusement la conductrice, un homme apparut sur le seuil de la porte d'entrée, criant le nom de Louis avant de lui faire promettre de ne pas rentrer trop tard.

Détachant son regard des orbes clairs du blond, la brune jeta un rapide coup d'œil dans le rétroviseur en direction de l'homme, son sang se glaçant dans ses veines lorsqu'elle aperçut son visage.

En une fraction de seconde, son passé revint la hanté. Elle ferma brusquement les yeux, tentant de repousser les souvenirs. Trop tard. Une route sombre. Un véhicule en excès de vitesse. Une collision. Des ambulances. Des draps noirs.

La scène sembla défiler au ralenti devant ses paupières, intense et épuisante, la plongeant dans la même angoisse qui l'emplissait après chaque cauchemar.