JAG
0900
La réunion qu'organisait le Général chaque lundi matin afin de distribuer les nouveaux dossiers venait de se terminer. Harm et Mac avaient écopé d'un dossier difficile sur lequel ils plaidaient ensemble. Encore un dossier qui leur tombait dessus ! Les avocats du JAG étaient surbookés ces derniers temps. Cela faisait deux mois que tous faisaient des heures supplémentaires et venaient la plupart du temps travailler un peu le week-end afin de pouvoir s'avancer dans leur travail de la semaine. Mac et Harm n'y échappaient pas.
_ (Sortant de la salle de réunion aux cotés de Harm) Et voila, encore un dossier ! A croire que tous les clients se sont donnés le mot pour nous gâcher la vie !
Harm ne dit rien et se dirigea vers son bureau.
_ (Suivant Harm) Je ne sais pas comment je vais faire, je n'ai déjà pas assez de temps pour pouvoir prendre trois-quarts d'heure pour manger le midi et maintenant ce dossier !
Toujours aucune réaction. Pourtant lui aussi croulait sous le travail, il avait même soufflé quand le Général lui avait donné le dossier ! A moins que ce ne soit parce qu'il devait encore plaider avec Mac.
Harm s'installa derrière son bureau, Mac s'arrêta à la porte.
_
Quand voulez-vous que l'on se voit Harm pour ce dossier ?
_ Euh…
Je n'ai pas vraiment de temps. On n'a qu'à lire le dossier
chacun de notre côté, prendre des notes, se les échanger et après
on verra ce qu'on fait.
_ (Soufflant) Harm, vous avez déjà
voulu que l'on fonctionne ainsi sur l'affaire Morris et je ne
pense pas que cela ait beaucoup aidé notre client vu le résultat du
procès ! (S'énervant un peu) Je sais bien que vous n'avez pas
envie que l'on bosse côte à côte sur des dossiers, mais je
refuse que ça ait un impact sur l'avenir de nos clients ! Nous
travaillons beaucoup mieux ensemble, on se complète, que vous le
vouliez ou non !
Silence pendant quelques instants. Mac attendait sa réaction, et lui réfléchissait à ce qu'elle venait de dire. Elle avait raison. Ils formaient une excellente équipe quand ils travaillaient ensemble. Leurs problèmes n'avaient pas à influer sur ceux de leurs clients.
_ Très bien. Que proposez-vous ? Car c'est toujours vrai, je n'ai pas de temps. Et je ne pense pas que vous en ayez beaucoup plus dans la journée.
_ Chez moi
ce soir, dix-neuf heures trente, après avoir lu le dossier chacun de
son côté cet après-midi. Je commanderai des pizzas.
_ Ce n'est
pas la peine…
_ (Ne lui laissant pas le choix) On aura plus de
temps pour travailler sur l'affaire en mangeant devant le dossier
que chacun chez soi avant.
_ (Après quelques secondes de
réflexion) D'accord. Je viendrai.
Victoire !
_Bien. A ce soir.
Et elle sortit. Il avait accepté ! Enfin elle allait pouvoir le voir seule en dehors du JAG. Même s'il n'avait accepté que pour le dossier, c'était déjà un pas en avant, un pas vers leur passé. Espérons qu'ils ne trébuchent pas en route.
Appartement
de Mac
1930
Harm se trouvait devant la porte de Mac, attendant que celle-ci s'ouvre. Il était un peu anxieux. Faire un pas vers elle après tout ce temps, revenir ici après ce qu'il s'était passé entre eux. Il n'était pas sûr que ce soit une bonne idée. Mais elle avait eu raison, et il avait eu tendance à l'oublier. L'avenir du client avant tout.
_
(Ouvrant la porte) Bonsoir Harm.
_ (Un peu gêné) Bonsoir.
_
Entrez donc.
Mac referma derrière lui, s'appuya quelques secondes sur la porte et soupira. Pourvu que cela se passe bien !
_
Installez-vous dans le salon. Je vais commander les pizzas et je
reviens. (S'éloignant vers la cuisine) Vous prenez toujours une
végétarienne ?
_ Euh oui.
Harm
posa sa veste sur le dossier d'une chaise de la salle à manger et
s'installa sur un fauteuil, laissant le canapé entier pour Mac.
Distance.
La table du salon était couverte de feuilles voletantes
du dossier qu'ils devaient étudier.
_ (Sur
le pas de la cuisine) Harm, je vous sers quelque chose en attendant
les pizzas ? Vous voulez que je sorte des amuse-gueules ?
_ Non,
je préfèrerais qu'on commence à travailler en attendant.
_
(Ton lasse) Très bien, si vous voulez.
Elle s'installa sur le canapé.
_ Bien, par où voulez-vous commencer ?
Résumé de l'affaire, opinion de chacun sur le client qui était accusé de manquement au devoir. Voila ce qu'ils eurent le temps de faire avant que les pizzas n'arrivent. Le ton restait professionnel, aucun sourire n'était échangé. Des collègues, rien de plus. Personne n'aurait cru qu'ils se connaissaient depuis neuf ans et qu'ils avaient été pendant longtemps meilleurs amis, même plus. Ce temps était-il révolu ? C'était ce que s'efforçait de faire croire Harm. C'était ce que redoutait le plus Mac malgré ce qu'il lui faisait subir.
Toute la soirée se passa ainsi. Le dossier et rien d'autre. Aucun sujet plus personnel, même si Mac avait tenté deux ou trois fois de faire allusion au passé. Il restait de marbre, et elle désespérait de plus en plus. Mais il n'était pas question qu'il sorte de l'appartement sans une discussion moins professionnelle ! Elle s'était promise de l'aider. Et ça commencerait ce soir.
Vingt-deux heures quinze sonnèrent et Harm se leva.
_ Très
bien, nous avons bien avancé. Il ne reste plus qu'à voir le
client et le témoin pour confirmation de ce que nous pensons et ce
sera bon. Je vais y aller, on ne peut plus rien faire ce soir.
_
Déjà ! Il est à peine plus de dix heures !
_ Je suis fatigué,
et j'ai beaucoup de travail demain, comme vous d'ailleurs.
_
(Se levant, montant le ton) Harm, ne vous servez pas de l'excuse du
boulot ! Vous savez comme moi qu'on a déjà passé des semaines
aussi surchargées sans pour autant quitter l'autre avant minuit
quand on se voyait le soir !
_ Colonel…
Voila qu'il remettait ça, alors elle s'emporta, oubliant son but premier. Ce n'était pas facile de garder en mémoire qu'il lui fallait de l'aide, il était le seul à réussir à l'énerver aussi rapidement.
_ Et
arrêtez avec les « Colonel », vous ne m'appelez jamais comme ça
quand nous sommes seuls !
_ Je suis venu pour travailler Mac, et
maintenant que c'est fait, je rentre !
_ Non, il n'en est pas
question ! NOUS DEVONS discuter !
_ Je n'ai absolument pas envie
de discuter !
_ Et bien moi si ! Vous ne croyez pas que vous me
devez des explications ?!
_ Non je ne vous dois rien.
_ Quoi ?
Vous ne me devez rien ?! Vous vous foutez de moi ? Vous ne croyez pas
que j'ai le droit à des explications quand à votre comportement
depuis quelques temps ?!
_ Je ne …
_ Vous ne croyez pas que
j'ai le droit de savoir pourquoi vous avez été un vrai salaud
avec moi ?!
_ Mac, arrêt…
_ Vous ne croyez pas que j'ai le
droit de savoir pourquoi alors que vous êtes venu travailler ici
votre haleine sent l'alcool à plein nez ?!
_ Je ne vous dois
rien !
_ Vous ne croyez pas que j'ai le droit de connaître la
mission qui vous a rendu si…
_ LAISSEZ-MOI TRANQUILLE !
Regards
fixés l'un dans l'autre.
Mac ne bougeait plus. Abasourdie.
Il
avait crié, et avait en même temps envoyé valser la chaise sur
laquelle reposait sa veste, dans un geste de colère.
Harm se
tenait devant elle, à côté de la table de la salle à manger qu'il
avait rejointe pour récupérer sa veste. Fureur. Son visage était
rouge, ses mains tremblaient, ses yeux sortaient de leur orbite.
C'était la première fois que Mac le voyait ainsi. Hors de lui.
Sans contrôle.
Ils
restèrent ainsi quelques minutes. Aucune parole. Aucun
mouvement.
Puis il ramassa se veste, et partit.
Elle resta là sans bouger un certain temps même après qu'il fût parti. Que s'était-il passé ? Elle ne le savait pas. Elle ne comprenait pas. Etait-ce vraiment lui ? Etait-ce vraiment Harm qu'elle avait eu en face d'elle ? Elle ne l'avait pas reconnu. Cet homme avec ce visage si déformé par la colère. Avait-elle rêvé ce bref accès de violence ? Oui sûrement, ce ne pouvait être que ça ! Mon dieu, faîtes que ce ne fût qu'un rêve ! Mais la chaise par terre lui disait le contraire.
Il était là, appuyé derrière la porte de l'appartement. Il ne comprenait pas plus qu'elle. Que venait-il de se passer ? Etait-ce vraiment lui qui avait réagi ainsi ? Etait-ce ses mains qui avaient renversé la chaise avec fureur ? Il lui fallu de longues minutes avant d'accepter la scène qui venait de se dérouler. Mais finalement, il rentra chez lui. C'était de sa faute à elle s'il avait agi ainsi. C'est elle qui l'avait énervé. C'est elle qui avait insisté pour qu'il s'explique, et voila le résultat. Elle ne redemanderait plus d'explication à présent.
à suivre...
