Blotti contre le corps musclé de son petit-ami, sa chaleur corporelle l'englobant d'une fièvre langoureuse, Louis se délecta de la sensation de bien-être le traversant alors qu'il ouvrit les yeux sous les assauts lumineux du soleil se déversant par la fenêtre de la chambre du châtain. Son regard caressa la silhouette pelotonnée à ses côtés sous les draps, la poitrine du jeune homme se soulevant doucement au rythme de sa respiration. Parcouru par une joie enfantine face aux traits apaisés de l'étudiant, il ne put retenir un sourire attendri, poivrant son torse nu de baisers papillons, cajolant sa peau claire.

Un doux grognement quittant ses lèvres, l'ainé remua légèrement sous les chatouilles, un éclat de rire fluet lui échappant alors qu'il était arraché aux bras de Morphée. Ses paupières papillonnèrent quelques secondes avant de dévoiler ses larges orbes chocolat, contemplant avec tendresse le sourire du mécheux alors qu'il rencontrait son regard.

-Salut, mon ange, chuchota-t-il amoureusement.

-Salut, beau brun. Bien dormi ?

-Toujours quand je dors avec toi, répondit-il avant d'attirer l'adolescent contre lui, l'entourant de ses bras, abandonnant un baiser sur son front. Je n'arrive pas à croire que tu sois revenu.

-Je suis désolé pour toute cette histoire, je ne voulais pas te faire souffrir… S'excusa-t-il faiblement, sa bonne humeur s'éclipsant momentanément.

-Chut, changement de sujet ! Toute cette histoire est terminée, d'accord ? Le rassura aussitôt Liam, resserrant son étreinte autour de lui. J'aimerais simplement connaître la raison de ton départ, pour que je ne fasse pas la même erreur deux fois…

-Ça n'avait aucun rapport avec toi, tu n'as rien fait de mal. Je suis tellement heureux avec toi, murmura le benjamin, enfouissant sa tête dans le creux du cou du garçon, embrassant une marque estompée de leurs derniers ébats.

-Mais ça me rend dingue de savoir que tu n'es pas libre de tes décisions ! Lou, qu'est-ce qu'il se passe ? Est-ce qu'on te fait chanter ?

-Arrête de t'inquiéter, d'accord ? Intervint-il, ses prunelles fixées dans celles de son amoureux. Je ne laisserai personne te faire du mal.

-C'est mon travail, ça ! Contesta immédiatement l'étudiant. Mon ange, tu sais que tu peux tout me dire.

-Je sais, je sais…

-Rien ne m'empêchera de te protéger, tu m'entends ? Mais pour cela, il faut que je sache ce qu'il se passe.

-Ce n'est pas ça, c'est juste que… Ecoute, je t'en parlerai, promis. Mais ne gâchons pas une aussi belle matinée. Je viens à peine de te retrouver.

Acquiesçant à contre cœur, Liam se décala légèrement sous les couvertures.

-Ça te dirait qu'on sorte petit-déjeuner en ville ? Je n'ai pas grand-chose ici et ce serait une façon de fêter nos retrouvailles, proposa-t-il, enjoué.

-J'adorerais, mais, Liam… Commença le brun en se redressant, s'adossant à la tête de lit. Je suis revenu et je me déteste de t'avoir quitté, cependant…

-Lou, arrête de t'excuser ! C'est du passé désormais ! Interrompit rapidement l'ainé, prenant place à côté de son amant, sa main se liant à la sienne.

-Non, écoute moi jusqu'au bout ! Je suis revenu mais ça ne signifie pas qu'on peut dévoiler notre histoire, ajouta-t-il, les yeux baissés vers ses genoux. Je ne demande que ça, pouvoir marcher dans la rue en te tenant la main et pouvoir t'embrasser où et quand je le souhaite, mais avant cela, j'ai encore quelques petites choses à régler.

-On a l'habitude, maintenant, Lou. On est sorti des tas de fois sans pouvoir montrer que nous sommes ensemble, souligna-t-il, perplexe.

-Sauf que cette fois-ci, c'est encore pire. Nous ne pouvons plus être vus ensemble, plus du tout.

Liam le dévisagea un long moment, l'inquiétude gravée dans ses traits, s'interrogeant sur la situation dans laquelle s'était embourbé.

-Il va vraiment falloir que tu m'expliques ce qu'il se passe, conclut-il sérieusement.

-Pour l'instant, j'essaie simplement de te préserver le plus longtemps possible, murmura Louis, son regard scintillant le suppliant de ne pas poser de questions.

-Très bien, je vais aller nous chercher de quoi déjeuner ici, alors, soupira-t-il.

-Merci, souffla le lycéen, le soulagement s'emparant de son visage.

Installé sur le canapé du salon, une tasse de chocolat chaud sur les genoux, Harry observa une Gemma toujours vêtue de son pyjama prendre place à ses côtés. Il observa longuement ses cernes violets, lourds et révélateurs sous ses yeux.

-Nuit difficile ? Interrogea-t-il doucement, semblant la surprendre légèrement.

-Plutôt, oui…

-Je suis désolé de m'être comporté de cette façon, j'aurais dû te faire confiance, s'excusa-t-il, empli de remords suite à ses mots durs de la veille.

-Ne t'inquiète pas pour ça, l'important c'est que désormais tu sois en sécurité, assura-t-elle d'un sourire las.

-Tu… Tu crois que je ne suis pas en sécurité avec Zayn ? S'enquit-il prudemment, devinant le sujet douloureux.

-Honnêtement, je ne sais pas. Peut-être que ma réaction était excessive, mais son père a tué mes parents. Il a détruit ma vie, purement et simplement, alors je pense avoir le droit de déborder des lignes.

-Tu ne le connais pas, contesta-t-il avec un soupçon d'hésitation.

-Il a été élevé par un monstre, je ne veux pas qu'il t'approche !

-Gemma, il a pris soin de moi quand tu en étais incapable ! S'exclama-t-il soudainement. Et même si ça ne modifie en rien ce putain d'accident de voiture, c'est quelqu'un de bien !

-Qu'est-ce que tu veux dire ? Demanda-t-elle, confuse face à la révélation.

-Quand tu es rentrée, complètement saoul, j'étais… Comment dire ? Choqué, je crois. J'avais besoin de parler, j'avais besoin qu'on me dise que tout allait bien se passer, que ma vie ne basculerait pas à nouveau et donc je l'ai appelé.

-Harry ! S'indigna-t-elle malgré sa mine épuisée.

-Il a promis qu'il serait là pour moi, qu'il me protégerait. Il était même prêt à passer la nuit ici pour s'assurer qu'il ne m'arrivait rien.

-Mais enfin, pour qui se prend-t-il ?

-Pour quelqu'un qui tient à moi !

Un silence lourd de sens et d'accusation s'abattit sur la pièce, le cœur du jeune homme battant face aux insinuations qu'il venait de lancer, coupable.

-Je tiens à toi, murmura difficilement la brune, son regard brillant de larmes contenues. Je t'aime, et tu le sais.

-Peut-être, mais tu n'es pas toujours très douée pour le montrer.

-On change de sujet, d'accord ? Je refuse d'en discuter une heure aussi matinale. Tu n'as que dix-sept ans, Harry. Tu ne comprends pas tout le travail que ça exige d'entretenir une maison !

-Désolé de représenter un tel fardeau, cracha-t-il sombrement.

-Ne dis pas de bêtises !

-Tu préfèrerais parler de Niall ? Interrompit-il, brutal.

-Ne le mêle pas à ça ! C'est ma vie privée !

-Très bien, dans ce cas Zayn fait partie de la mienne et la décision de le voir m'appartient !

-Harry, souffla fortement Gemma, frottant ses yeux endoloris. Harry, il faut vraiment qu'on apprenne à se parler sans se sauter à la gorge. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi on est devenu comme ça ?

-J'ai cru que tu allais m'abandonner hier soir, j'ai cru que tu abandonnais ma garde et que tu ne t'occuperais plus de moi. Je ne veux pas retourner en famille d'accueil, je ne veux pas quitter cette maison, je ne veux pas quitter…

-Zayn ? Poursuivit la demoiselle, la compréhension s'ancrant doucement en elle.

-Il me manque… Hier, il avait besoin de moi et j'ai choisi de l'ignorer…

-Qu'est-ce que tu vas faire ?

-Parle-moi de Niall, lança-t-il après avoir vaguement haussé les épaules.

-Haz, tu le détestes !

-Non, je déteste l'idée qu'on m'enlève une nouvelle fois ma sœur, c'est différent. Tu crois que c'est quelqu'un de bien ?

-Je le pense, oui, répondit-elle avec un sourire attendrit. Mais j'ai besoin de faire davantage connaissance avec lui pour en être certaine. Ça t'ennuierait beaucoup que je le vois ?

-Ça t'ennuierait beaucoup que je vois Zayn ? Répliqua-t-il aussitôt.

-Je veux que tu sois prudent, parce que je ne supporterais pas de te perdre. Mais si tu penses qu'il peut correspondre à ce que tu recherches…

Il sirota une gorgée de chocolat chaud, s'agitant légèrement avant de demander :

-Qu'est-ce que tu vas faire ? Maintenant que tu sais qui est le conducteur ?

-Je vais trouver une solution, il est hors de question que je laisse filer cet homme !

-Gemma, l'affaire a été classée, qu'est-ce que tu veux faire de plus ?

-Fais-moi confiance, il ne s'en sortira pas comme ça ! Promit-elle vigoureusement.

Embrassant sa joue avant de se redresser, il se retourna une dernière fois vers elle en se dirigeant vers le couloir.

-Quoi que tu fasses, débrouille-toi pour que Louis et Zayn s'en sortent indemne, d'accord ? S'il te plait ?

Contemplant son petit frère un long moment, Gemma hocha faiblement la tête, la mâchoire serrée.

-J'essaierai, je ne promets rien.

Lorsque Liam réapparut dans l'appartement, des pâtisseries encore chaudes venant de la boulangerie coincées sous le bras, Louis était affalé dans un des canapés, ses cours étalés devant lui sur la table basse.

-Déjà au travail ? S'informa l'ainé, surpris de cet enthousiasme soudain ?

-Pas par plaisir, crois-moi. Mais je dois bientôt rendre mon dossier sur mes ambitions futures, alors le temps presse un peu…

-Tu as trouvé quelqu'un pour t'assister ?

-Oui, un homme très séduisant, d'ailleurs, répondit malicieusement le mécheux, abandonnant ses cahiers pour dresser la table.

-Vraiment ? Je le connais ? Ronchonna doucement le châtain, sa jalousie remuant dans le bas de son ventre.

-Oui, très bien même !

-Lou, qui ?

-Il est grand, brun, musclé, intelligent, étudiant pour enseigner les mathématiques… Tu dois certainement voir de qui je parle ?

-Attends, tu veux que je sois ton assistant ? S'exclama soudainement le jeune homme, amusé. Louis, tu as horreur des maths !

-Et alors ? Personne ne doit le savoir !

-Avec tes résultats, c'est pas bien compliqué à deviner…

-Chut, tu es censé être de mon côté ! Rabroua vigoureusement le benjamin.

Etouffant un rire, Liam lui ébouriffa les cheveux avant de disposer les viennoiseries sur la table, leur préparant simultanément du thé.

-Allez, s'il te plait ! On pourrait inventer que je me passionne pour l'informatique et qu'avec cette recherche sur les possibilités qu'offrent cette branche, je me concentre sur l'aspect mathématique. On a été séparé pendant une éternité, Liam, tu veux vraiment que la réalisation de ce travail me force à passer encore plus de temps loin de toi ?

Levant les yeux au ciel face aux supplications théâtrales de son petit ami, l'étudiant l'attira vers une chaise avant de prendre place.

-Très bien, tu as gagné, céda-t-il tendrement.

Poussant un cri de joie, Louis embrassa aussitôt sa joue, le remerciant avec profusion.

-On en reparlera plus tard, mange maintenant. Je meurs de faim !

S'emparant d'un croissant, le lycéen le leva devant lui, son expression grave et sérieuse.

-Je propose que nous portions un toast ! A nos retrouvailles !

Un sourire amoureux illuminant ses traits, Liam attrapa sa propre pâtisserie, rejoignant celle de son petit-ami.

-A nos retrouvailles, scella-t-il par un baiser.

-Ne me distrais pas, reprocha faussement le benjamin. J'essaie d'être sérieux ! Donc, à nos retrouvailles ! Quel jour sommes-nous ? Il nous faut une date pour fêter ça !

-Euh… Le 17, je crois.

Brusquement, l'amusement disparut des prunelles du jeune garçon, son corps se raidissant à cette découverte.

-Le 17 avril ? Croassa-t-il difficilement.

-Oui, confirma le châtain, confus. Pourquoi, qu'est-ce qu'il se passe ?

Louis lui adressa un regard bordé d'inquiétude, et la réalité s'imposa à lui.

-Oh, merde… Murmura-t-il, se prenant la tête entre les mains. L'anniversaire de la mort de la maman de Zayn.

-Merde, merde, merde ! Bordel, on l'a laissé tout seul ! Liam, il faut qu'on y aille !

-Oublie le petit-déjeuner, on file !

Arrachant leurs vestes du porte-manteau, ils filèrent vers le véhicule de l'ainé, Louis composant déjà le numéro de son demi-frère sur son portable.

Ses écouteurs propageant dans ses oreilles une musique douce alors qu'il tentait de clôturer ses devoirs, Harry releva le regard de son cahier lorsqu'il perçut du coin de l'œil la porte de sa chambre s'ouvrir, révélant une Gemma semblant confuse.

-Haz, commença-t-elle, perplexe, désolée de t'interrompre mais Louis est en bas.

-Louis ? Interrogea-t-il, se débarrassant de son IPod les sourcils froncés.

-Oui, accompagné d'un autre garçon. Ils disent que c'est très urgent, tu peux venir voir ce qu'il se passe ?

-Evidemment, j'arrive.

Abandonnant ses cours, il sauta du matelas, suivant sa sœur dans les escaliers, deux voix étouffées par la distance lui parvenant faiblement.

-Louis ? Lança-t-il en tournant le coin menant au hall, se stoppant brusquement lorsqu'il remarqua la silhouette se tenant à ses côtés. Monsieur Payne ? Mais qu'est-ce qu'il se passe ?

-Harry, on s'excuse de débarquer à l'improviste, mais on a réellement besoin de toi, répondit précautionneusement l'étudiant.

-Zayn a besoin de toi, précisa le mécheux, son regard empli de gravité.

Un frisson d'anticipation lui parcourant l'échine, Harry arqua un sourcil.

-Il va bien ?

-Disons qu'il a connu mieux, poursuivit le châtain.

-Non, stop, ça suffit. On n'a plus le temps pour les énigmes. Harry, intervint à nouveau Louis, attrapant le garçon par les épaules, plongeant ses orbes dans ses cailloux émeraude. Harry, écoute-moi bien. I ans, Zayn a perdu sa maman. Elle est décédée, brusquement, et aujourd'hui c'est l'anniversaire de sa disparition.

-Oh mon dieu, souffla doucement Gemma, sa main s'écrasant contre sa poitrine.

-On a passé la matinée à le chercher, et finalement Niall l'a retrouvé au cimetière, devant sa pierre tombale. On y était déjà passé ce matin mais il n'y était pas encore. Il ne peut pas rester seul aujourd'hui, il ne peut pas traverser cette épreuve seul. Mais ce n'est pas de nous dont il a besoin, s'il avait eu besoin de nous il nous aurait appelés. Ce qu'il veut, ce qui le rend heureux, c'est toi. Alors, s'il te plait, rejoins-le et aide-le à traverser cet horrible anniversaire, s'il te plait, supplia le lycéen, les yeux bordés d'une inquiétude infinie.

-Hier… Balbutia difficilement le bouclé, les pièces se mettant lentement en place, hier il m'a envoyé un message. Il disait qu'il était prêt à parler. Il avait besoin de moi et je l'ai ignoré… Merde, comment j'ai pu lui faire ça ?

-Ce n'est pas grave, d'accord ? Assura Liam, son ton calme et posé. La seule chose importante est ce que tu vas décider de faire maintenant.

Poussant un profond soupir, Harry secoua la tête, clarifiant ses pensées avant de se tourner vers sa sœur, qui se contenta d'un faible hochement de tête.

-Très bien, murmura-t-il, je vous suis.

La voiture suivait les routes ensoleillées de Holmes Chapel, un silence lourd pesant dans la voiture, seulement entrecoupé par les plaintes et les inquiétudes répétitives de Louis que Liam s'empressait d'apaiser, sa main résolument liée aux siennes posées sur ses genoux. Harry ne put s'empêcher de sourire à leur comportement des plus attendrissant, jugeant néanmoins que ce n'était ni l'endroit ni le moment de l'exprimer à voix haute.

Le visage du métis constamment dessiné sur ses paupières, Harry sursauta lorsqu'il réalisa que la voiture s'était arrêtée devant une des entrées du cimetière local et que la silhouette voutée au loin était bien celle de l'étudiant.

Avant de quitter le véhicule, puisant du courage dans le regard confiant que lui adressa Monsieur Payne dans le rétroviseur et dans la main que Louis posa brièvement sur son épaule depuis le siège passager, Harry s'autorisa une profonde inspiration, posant une dernière question à ses complices :

-Est-ce que tu pourrais transmettre un message à Niall de ma part ?

-Euh… Bien sûr, oui, acquiesça le mécheux.

-Est-ce que tu pourrais lui demander de passer voir Gemma ? On traverse une période difficile et elle aura besoin de soutien.

-Je m'en occupe, promit solennellement le lycéen.

Errant le long des allées sombres et obscures du lieu de culte, Harry déambula jusqu'à la pierre tombale devant laquelle se tenait un Zayn au visage baissé, les paupières résolument closes. S'encourageant et se motivant intérieurement, le bouclé s'approcha, les jambes secouées de tremblements. Il patienta, dans le cas où le métis priait, pour ne pas déranger son rituel, mais lorsque plusieurs minutes défilèrent et qu'il n'eut montré aucun signe de vie, il fit un nouveau pas en avant, posant délicatement sa main sur l'avant-bras du jeune homme.

Un violent sursaut parcourut l'étudiant, ses yeux s'ouvrant brusquement alors qu'il tourna sur lui-même, son regard large de surprise quand il découvrit l'identité du garçon.

-Harry… Croassa-t-il d'une voix rauque, semblant confus.

-J'ai… Euh, appris ce qu'il c'était passé. Je suis tellement désolé, Zayn, répondit-il difficilement, des larmes dont il ignorait l'origine s'accumulant contre le bord de ses paupières.

L'artiste haussa vaguement les épaules, une tristesse et une lassitude gravée dans les traits.

-Elle t'aurait adoré, tu sais…

N'y tenant plus, Harry bondit en avant, s'emparant de la main du jeune homme, l'attirant contre lui dans une étreinte de fer. Son corps se moula parfaitement contre sa poitrine, sa tête se nichant dans le creux de son cou, ses boucles taquinant la peau de son cou, lui arrachant son premier sourire de la journée. Porté par une force dévastatrice, le lycéen autorisa ses lèvres à effleurer la chair mate, déposant un baiser juste sous son oreille.

S'écartant, le métis le conduisit jusqu'à un arbre dressé à quelques mètres de là. Se laissant tomber au sol, il s'y adossa, le benjamin s'installant entre ses jambes, les bras forts du pakistanais se refermant autour de son torse. Le silence se prolongea autour d'eux, protecteur et apaisant.

-Parle-moi d'elle, s'il te plait, chuchota prudemment le brun.

Pendant de longues minutes, l'ainé laissa son regard se perdre dans l'horizon, Harry s'agitant contre lui, craignant d'avoir franchi une limite invisible.

-Les seuls souvenirs que j'ai de mon enfance sont des images heureuses, simples. Moi, mon père et ma mère, dans notre maison, avec notre quotidien, notre bonheur. Quand je suis entré dans l'adolescence, c'était parfois un peu plus tendu, mais dans l'ensemble, on gardait cette même joie de vivre et cette même légèreté. J'adorais ma vie, c'était un conte de fée… Enfin, jusqu'au jour où…

S'accordant une pause, Zayn renversa sa tête contre le tronc, inspirant profondément, ses doigts se liant à ceux du bouclé.

-Jusqu'au jour où je suis rentré plus tard que prévu, après mon couvre-feu. Elle était inquiète parce qu'il n'y avait personne à la maison. Elle ne pouvait jamais restée fâchée très longtemps, elle s'était vite calmée. Tout à changer quand mon père est arrivé. Il avait passé la soirée dans un bar avec ses amis et elle le soupçonnait de l'avoir trompée. Il l'a emmené dans son bureau, je ne percevais que les cris. J'ai vite compris quand elle est apparue en haut de la cage d'escaliers avec un sac de voyage à la main. Elle m'a demandé d'emporter l'essentiel, elle voulait qu'on parte, tous les deux. J'ai refusé, je ne comprenais par ce qu'il se passait. Elle a recommencé à s'énerver et elle a voulu descendre. Trop vite… Elle a dégringolée depuis l'étage. Quand mon père a appelé l'ambulance, je ne sentais aucun pouls sous sa peau, mais j'ai gardé espoir. En vain. Ils ont annoncé sa mort dès qu'ils l'ont examinée. En une fraction de seconde, mon conte de fée à virer au cauchemar. Mon père a commencé à s'en prendre à moi peu après, d'abord des insultes, puis des menaces. Il disait que si j'avais accepté de partir directement, elle serait descendue plus calmement et elle serait toujours avec nous aujourd'hui. Il a levé la main sur moi, une fois, le premier anniversaire de sa mort. Il n'a plus jamais recommencé depuis. Je crois qu'il a peur de ce qu'elle pourrait penser de lui, de là-haut… Quoiqu'il en soit, sans le soutien de Liam, je n'aurais pas tenu le coup, j'aurais arrêté de me battre. Ce n'est que quand Louis est arrivé dans ma vie que j'ai eu l'impression de pouvoir recommencer à respirer. Je l'aime tellement, ce bonhomme…

Ne pouvant retenir les larmes coulant à présent librement sur ses joues, Harry mordit fortement l'intérieur de sa joue, tentant d'avaler la nouvelle.

-Je suis tellement désolé, Zayn, souffla le bouclé, sa voix à peine compréhensible.

-Généralement, je gère la douleur, c'est devenu une partie de moi. Mais, parfois… Sans elle, le bonheur me semble inaccessible. J'ai juste besoin de me sentir mieux, de me sentir à nouveau désiré, aimé, protégé. J'ai envie qu'on recommence à s'occuper de moi. Et je sais qu'à mon âge, c'est ridicule, mais…

-Je peux faire ça, interrompit Harry, se retournant dans l'étreinte du métis. Zayn, ma vie est en lambeau, comme la tienne, mais je crois qu'on devrait essayer d'en faire une force plutôt que de laisser cela nous abattre. Elle n'aurait pas voulu que tu baisses les bras, elle aurait voulu que tu sois heureux, que tu trouves quelqu'un qui tienne réellement à toi. Je veux être cette personne, je suis cette personne. Laisse-moi prendre soin de toi, s'il te plait… Tu n'imagines pas à quel point ça me détruit de te voir dans cet état.

Observant pendant de longues secondes les traits gravés de sincérité du benjamin, le métis laissa échapper un doux sourire, une de ses mains encadrant tendrement la joue du bouclé.

-Uniquement si tu me laisses prendre soin de toi, murmura-t-il contre son front.

-Marché conclu.

Une expression émerveillée sur les traits, Harry ferma les paupières, son sourire s'élargissant lorsqu'une paire de lèvres rosées rencontrèrent les siennes.