S'accordant une seconde de répit, Zayn s'adossa à la porte d'entrée, inspirant profondément afin de dissimuler sa nervosité. Jetant un coup d'œil à la jeune femme l'accompagnant, il se détendit quelque peu face à son sourire rassurant et, avec un bref signe de tête, il poussa le panneau de bois, invitant la demoiselle à le précéder dans la maison.
Avançant d'un pas chancelant, il passa sa tête par la porte de la cuisine, cherchant la silhouette imposante de son père. Se détournant, il pénétra dans le salon et ne put retenir la chair de poule rampant sur sa peau lorsqu'il rencontra son regard froid.
-Zayn, accueilli sèchement l'homme.
-Papa, pose ton journal, commença-t-il d'une voix vacillante. Il faut que je te parle.
-Fiston, je vais partir travailler. Ma journée promet d'être épuisante et je veux simplement me reposer, alors tes problèmes d'adolescent mal dans sa peau attendront.
Un frisson de haine et de courage le parcourant, le métis contourna le canapé, arrachant dédaigneusement le journal de l'étreinte de son père.
-Non, tu vas m'écouter ! Et, ne t'inquiète pas, après ce que tu vas entendre, tu auras tout le temps de décompresser, menaça-t-il amèrement.
Durant de longues secondes, les prunelles de son père brulèrent ses pupilles, y cherchant des réponses à cette explosion soudaine.
-Je t'écoute, marmonna-t-il, son regard se concentrant finalement sur la jeune femme se tenant à ses côtés. Qui est-ce ?
-Je te présente Alice Darren, elle est avocate au barreau de Londres.
-Enchantée, Monsieur Malik, salua la blonde.
Ignorant son intervention, l'ainé se tourna une nouvelle fois vers son fils, perplexe.
-Qu'est-ce qu'elle vient faire ici ? Interrogea-t-il, les sourcils froncés.
-Je suis désolé, papa… Chuchota le pakistanais. Je ne voulais pas en arriver là, mais tu as dépassé les bornes.
-Monsieur Malik, votre fils m'a demandé d'examiner votre cas, débuta l'avocate, son visage lisse et des plus sérieux.
-Mon cas ? Répéta l'homme, sidéré. Mais enfin, que se passe-t-il ?
-Votre fils m'a rapporté vos actes récents appuyés de preuves et des témoins valides qui seraient parfaitement pertinents dans un procès.
-Je ne comprends pas, de quoi parlez-vous ?
-Devrais-je vous en dresser la liste ? Nous avons, tout d'abord, l'accident de voiture mortel ayant couté la vie à Monsieur et Madame Styles il y a onze ans de cela. Etre l'auteur d'une telle collision et, surtout, s'enfuir sans laisser de traces, mène au meilleur des cas à quinze ans de prison, Monsieur Malik. N'oublions pas de souligner que vous avez également dissimulé les preuves en vous débarrassant de l'agent s'occupant de l'affaire. Si nous ajoutons à cela, le harcèlement psychologique dont vous êtes coupable à l'encontre de votre beau-fils dû à ses préférences sexuelles et le chantage auquel vous l'avez soumis, on passe largement à vingt ans d'enfermement.
Un silence lourd s'abattit sur la pièce, les yeux de Zayn résolument baissés alors que son père s'agitait sur le canapé, sa nervosité évidente dans ses gestes brusques.
-Vous n'avez aucune preuve, bafouilla-t-il difficilement.
-Au contraire, nous avons de quoi construire un très beau dossier, assura la spécialiste.
Son regard rencontrant celui presque affolé du métis, elle lui adressa un sourire complice, s'excusant avant de quitter la pièce.
-Je vais vous laisser discuter, vous en avez besoin. Et, Monsieur Malik ? Je vous conseille vivement de ne pas toucher à ce jeune homme, je serai juste à l'extérieur et au moindre haussement de ton, j'appelle la police.
A la seconde où la porte d'entrée se referma sur la blonde, l'homme explosa, s'approchant de son fils, les poings serrés, sa voix pas plus haute qu'un murmure étouffé, furieux.
-Comment oses-tu faire une telle chose ? Est-ce que tu réalises que tu es sur le point de détruire la vie de ton propre père ?
-Et est-ce que tu réalises que tu passes ton temps à manipuler la vie des gens qui t'entourent ? A faire du mal à de parfaits innocents ? Répliqua Zayn, la mâchoire serrée.
-Et d'après toi, ça mérite vingt putain d'années de prison ?
-Evidemment ! Mais nous sommes prêts à te donner le choix, répondit-il prudemment.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
-On accepte de renoncer au procès à quelques conditions, expliqua le benjamin, son cœur battant follement dans sa poitrine.
-Qu'est-ce que tu es en train de manigancer ?
-Tu as fait suffisamment de mal, ici. On veut que tu disparaisses, que tu quittes la ville. Si tu renonces à ton travail et que tu t'installes très loin d'ici, on arrête tout.
-Mais c'est insensé, s'exclama l'homme, levant les bras de désespoir.
-Je n'ai pas fini, reprit sévèrement l'étudiant. Tu pourras toujours avoir accès à ton compte bancaire, mais nous exigeons que le compte comprenant toutes tes économies revienne à Jay.
-Comment peux-tu demander une telle chose ?
-Et, finalement, si jamais tu reprends contact avec nous ou que tu fais du mal à une des personnes que j'aime, je relance immédiatement la procédure. Et cela inclut évidemment Harry et Gemma Styles.
Examinant longuement les traits de son fils, Monsieur Malik arpenta la pièce d'un bout à l'autre, se prenant la tête entre les mains.
-Comment tu as su pour l'accident ? S'enquit-il d'une voix tremblante.
-Gemma t'a reconnu, et ta réaction en apercevant Harry a confirmé cette hypothèse.
-Comment est-ce que tu peux apprécier cette famille ? Maugréa-t-il sous son souffle, indigné.
-Gemma est adorable et tient plus que tout à son frère et ferait n'importe quoi pour le protéger. Harry, lui, est juste parfait. Je l'aime, papa.
-Bon sang, soupira le père, rejetant sa tête en arrière, ne me dit pas que toi aussi tu es tombé aussi bas ? Aimer les hommes, c'est une véritable honte ! Comme si avoir un pédé dans la famille ne suffisait pas…
-Louis est amoureux de Liam et c'est le plus beau couple que j'ai eu la chance de voir, riposta durement l'artiste.
-Imagine la manière dont ta mère aurait réagi, lança sournoisement l'homme, un sourire malicieux sur les lèvres. Imagine sa déception, Zayn…
-Elle aurait adoré Harry et Liam et tu le sais parfaitement, elle les aurait accepté à bras ouverts si elle avait su. Et en ce qui te concerne, elle aurait réagi exactement de la même manière que moi. Elle n'aurait pas supporté de voir le monstre que tu es devenu, répondit-il, combattant les larmes s'accumulant derrière ses paupières.
Une nouvelle accalmie s'abattit sur le salon, les respirations haletantes des deux hommes étant la seule source de bruit dans le silence de la maison. Rencontrant une dernière fois le regard de son père, Zayn rassembla les dernières onces de force et de courage qu'il possédait.
-Je vais te laisser, je ne rentrerai pas avant ce soir. Si tu es toujours là quand je reviendrai, je porte plainte immédiatement. Alors… Adieu, papa.
Battant des cils pour étouffer ses larmes, il tourna les talons, traversant le hall et ouvrant la porte d'entrée d'une maison qui ne lui avait jamais semblée aussi étrangère.
A la seconde où Zayn passa le seuil de la demeure des Styles, une tornade bouclée se précipita vers lui et il referma ses bras autour de son petit-ami, se blottissant contre son corps chaud, inspirant son odeur familière et rassurante, enfouissant sa tête dans le creux de son cou. Malgré ses efforts, il lui était difficile de dissimuler ses tremblements et il soupira d'aise lorsque le benjamin l'attira dans un tendre baiser, le déchargeant d'une partie de sa nervosité.
-Le plus dur est derrière nous, chuchota doucement le bouclé contre ses lèvres, y abandonnant un dernier geste d'affection. Comment ça s'est passé ? Interrogea-t-il, s'éloignant quelque peu.
S'emparant de sa main, le métis le conduit vers le salon, se laissant tomber dans un canapé, adressant un vague signe de tête à son demi-frère affalé dans le fauteuil opposé, tirant Harry contre lui.
-Je n'aurais pas vraiment pu espérer mieux, répondit-il finalement. Il ne l'a pas très bien pris, mais je pense qu'il va réellement envisager de quitter la ville.
-Le principal est que tu sois rentré en bon état, intervint Liam en pénétrant dans la pièce, s'asseyant au côté de son petit-ami qui logea immédiatement sa tête sur ses genoux. Je craignais qu'il te frappe ou quelque chose de la sorte…
-Alice a été géniale, complétement sérieuse et intimidante. Très convaincante. Elle l'a prévenu qu'elle appellerait la police au moindre haussement de ton.
-Ou est-ce qu'elle est, maintenant ? S'informa Louis, ronronnant au contact des mains du châtain avec ses mèches.
-Elle est repartie à l'hôpital pour faire ses adieux à la maman de Niall, elle sort ce soir.
-Niall aura surement besoin d'aide pour sa sortie, souligna le stagiaire.
-Et Gemma sera plus qu'heureuse de s'en charger, assura le frère de la concernée, s'appuyant contre Zayn.
-Au fait, il faut qu'on réfléchisse à ce qu'on va dire à ma mère, lança le mécheux, se redressant. Même si ton père reste, il faudra la mettre au courant du procès.
-Evidemment, acquiesça l'artiste. Je trouve qu'elle a totalement le droit de connaître la vérité, mais cela dépend de toi, Lou. Qu'est-ce que tu veux qu'elle sache ?
-Je n'ai jamais pu aimer Liam librement à la maison, alors l'étape numéro un c'est de lui annoncer cela ! Répondit-il, liant ses doigts à ceux de son petit-ami. Et toi et Harry, bien sur. Qu'on ait enfin un peu de liberté… Mais pour le reste, je veux qu'elle connaisse toute l'histoire. Je ne veux plus avoir à dissimuler quoi que ce soit, j'en ai marre de me cacher. Je veux être honnête avec elle.
-Alors on ferra ça ensemble, lui sourit Liam, embrassant amoureusement sa joue avant de se caler dans ses bras.
-Niall, dépêche-toi ! On va être en retard !
Interrompant ses cents pas, Gemma s'arrêta une seconde devant le miroir pendu dans le hall, passant une main moite dans ses cheveux lisses, avant de recommencer à arpenter la pièce d'un pas anxieux. Sur le point de renouveler son avertissement, elle soupira lorsque le blond descendit finalement les escaliers, ses mèches encore légèrement humides de la douche qu'il venait de prendre.
-Du calme, princesse, apaisa-t-il en lui déposant un baiser sur le front. Tout va très bien se passer.
Se penchant vers le placard, il attrapa une veste en jeans qu'il enfila d'un tour de main. Passant sa tête dans le salon, la brune jeta un regard attendrit aux deux couples accaparant les fauteuils.
-On file à l'hôpital, interpella-t-elle. On en a pour un petit bout de temps, alors essayez de ne pas faire de bêtises jusqu'à notre retour.
Avec un dernier signe de la main, elle se détourna, levant les yeux au ciel lorsque son petit-frère lui tira la langue. S'emparant du poignet de l'Irlandais, elle le poussa vers l'entrée, attrapant ses clefs de voiture avant de l'entraîner vers le véhicule. Démarrant prestement, la demoiselle s'engagea sur les routes, ses gestes brusques et rapides.
-Hey, apostropha l'adolescent, posant une main rassurante sur son genou. Gemma, sincèrement, respire.
-Désolée, s'excusa maladroitement la jeune fille. Je suis un peu nerveuse. Et si elle ne m'aime pas ?
Eclatant de rire, Niall couvrit sa bouche d'une de ses paumes, étouffant le son.
-Ca, ma belle, ce n'est pas envisageable, répondit-il joyeusement.
-Qu'est-ce que t'en sais, bougonna-t-elle faiblement.
-Tu es beaucoup trop charmante et adorable pour qu'elle ne t'apprécie pas, encouragea-t-il affectueusement. Ne t'inquiète pas pour ça, je te promets qu'elle sera dingue de toi.
Lui adressant un sourire reconnaissant, l'étudiante se reconcentra sur la route, enclenchant son clignoteur pour entrer dans le parking de l'établissement. Descendant de la voiture, le blond s'empara du poignet de la demoiselle, l'attirant contre lui avant de lier leurs doigts. Resserrant son étreinte autour de sa main, il lui accorda un dernier regard apaisant avant de pénétrer dans le bâtiment.
Après un ascenseur, deux cages d'escaliers et deux couloirs bondés, ils arrivèrent devant une porte entrouverte que le blond poussa immédiatement.
-Maman ! S'exclama-t-il joyeusement en s'avançant vers une dame blonde occupée à fermer un sac de voyage.
-Nialler, s'enthousiasma-t-elle en l'apercevant.
Son occupation précédente oubliée, elle enlaça tendrement son fils, leur étreinte se prolongeant alors qu'elle ne cessait d'exprimer sa joie de le retrouver.
-Et qui est cette magnifique jeune fille ? Interrogea-t-elle en rencontrant le regard timide de Gemma, reculant de l'emprise de son fils. Serait-ce la Gemma dont tu parles constamment au téléphone ?
-Oui, maman, c'est bien d'elle qu'il s'agit, répondit-il affectueusement, un léger rougissement colorant ses pommettes.
-Bonjour, Madame Horan, salua-t-elle en s'avançant dans la chambre.
-Bonjour, trésor, répondit-elle, ses bras entourant aussitôt la silhouette tendue de la demoiselle.
Se crispant brièvement au geste de bienvenue, l'étudiante se détendit pourtant rapidement, retournant l'étreinte avant de s'écarter, la main du blond encerclant sa taille, protecteur.
-Tu as récupéré toutes tes affaires ? S'enquit-il, parcourant la pièce de ses prunelles bleutées.
-Je pense, oui. Il ne reste plus qu'à signer mon formulaire de sortie à l'accueil, et je suis libre.
-Parfait, allons-y dans ce cas.
Attrapant le sac, Niall désigna la sortie et ils rejoignirent l'entrée de l'établissement. Quelques minutes plus tard, ils prirent place dans la voiture de la brune, direction Holmes Chapel. La maman du blond engagea directement la conversation, bombardant Gemma de questions sur ses études, son quotidien, son petit-frère… Evitant soigneusement de l'interroger sur sa famille, ce qui lui permit de deviner que son fils avait dû l'avertir.
Lorsqu'ils arrivèrent à destination, Maura Horan descendit prestement du véhicule. Attirant la conductrice dans une nouvelle étreinte, elle lui offrit un sourire éblouissant.
-Merci de tout ce que vous avez fait pour Niall, Gemma. Je vous en suis très reconnaissante, sincèrement. Je n'aurais pu rêver mieux, mon fils a trouvé la petite-amie idéale.
S'écartant, elle amorça un geste pour s'emparer de son sac, mais le blond l'interrompit dans son élan, les joues rosies après les dernières paroles de sa maman.
-Ne t'inquiète pas pour ça, je m'en occupe. Rentre, je te rejoins.
-D'accord, acquiesça-t-elle gentiment. Au revoir, Gemma.
-Au revoir, Madame Horan. Ravie de vous avoir rencontrée.
Fermant la porte après un dernier signe de la main, elle disparut dans la maison. Aussitôt, l'ainée se tourna vers l'Irlandais, un sourire radieux aux lèvres.
-Ta petite amie ? Interrogea-t-elle, rayonnante.
-Visiblement, soupira Niall en passant une main dans ses mèches ébouriffées.
-Et… On ne peut pas désobéir aux ordres d'une maman, poursuivit-elle malicieusement.
-Bien sûr que non, attesta l'adolescent, se prenant au jeu.
-Alors ? Invita-t-elle en se mordant la lèvre.
-Alors je pense que je vais t'embrasser maintenant, répondit amoureusement le lycéen.
-J'aimerais beaucoup, Monsieur Horan.
Caressant du bout des doigts le sourire taquin de la demoiselle, il posa son front contre le sien, inspirant son parfum sucré. Plongeant son regard dans ses yeux émeraude, il ferma finalement les paupières, ses lèvres se rapprochant de celles rosées et fines de la demoiselle avant de les embrasser avec une douceur et une tendresse infinie.
Ses doigts trouvèrent refuge sur les joues de la brune alors qu'elle passa ses mains dans ses cheveux, jouant avec les mèches décolorées. Leurs lippes se cajolèrent durant un long moment, s'écartant lorsqu'il leur fut devenu difficile de respirer.
Déposant un dernier baiser sur les lèvres gonflées du benjamin, Gemma lui lança un regard affectueux.
-Vas t'occuper de ta maman, c'est votre soirée.
-Très bien… Mais, on se voit demain ? Proposa-t-il, une légère timidité émergeant dans sa voix.
-Evidemment, sourit la demoiselle. Je ferais mieux de rentrer. Au revoir, petit-ami, lança-t-elle malicieusement.
-Au revoir, petite-amie, s'amusa-t-il.
Se détournant, Gemma lui envoya un clin d'œil avant de pénétrer dans sa propre maison.
Ses prunelles accrochant l'horloge numérique ancrée dans le tableau de bord de sa voiture, Zayn inspira profondément : 20H30. Jay n'allait pas tarder à rentrer du travail et les garçons devaient s'enquérir de la situation avant son retour. Adressant un regard décidé à ses passagers à travers le rétroviseur, Zayn descendit du véhicule, attrapant immédiatement les doigts d'Harry en guise de soutien. Derrière lui, Liam posa une main réconfortante sur son épaule, Louis blottit contre lui, ses yeux fouillant l'avant de la demeure à la recherche d'un indice quelconque.
A première vue, la voiture de Monsieur Malik n'était pas là, mais cela ne certifiait pas qu'il avait plié bagage. Enfouissant sa main dans la poche de son jeans, il en extirpa son trousseau de clé et déverrouilla la porte. Avant de s'aventurer dans la maison, il accorda un regard interrogateur au mécheux, s'assurant qu'il était prêt à découvrir la vérité.
Leurs premiers pas dans le hall leur arrachèrent un frisson d'angoisse, une atmosphère incertaine planant au-dessus du groupe.
-Papa ? Appela le métis au travers de la quiétude planant dans l'habitation. Papa ?
Lorsque seul le silence lui répondit, il avança lentement vers le salon, vide. Laissé dans l'exact état qu'il était quand l'artiste était parti ce matin, le journal que lisait son père abandonné sur le canapé.
Laissant ses amis visiter le reste de la demeure, le métis gravit les escaliers deux à deux, s'introduisant dans le bureau de son père. Ses dossiers étaient là, étalés sur le meuble de bois, ses stylos éparpillés sur les documents ouverts. Seul son ordinateur portable manquait à l'appel.
Traversant le couloir, Zayn poussa la porte de la chambre de son père et de Jay. Une nouvelle fois, tout semblait parfaitement en place. Poussant un soupir vacillant, le pakistanais fit coulisser le panneau de bois dissimulant le dressing des deux adultes, et sa respiration se cala dans sa gorge.
Sur l'étendue de planches de bois ne restaient que les vêtements de Jay. Le moindre costume de son père, le plus petit sous-vêtement…. Tout avait disparu. Caressant distraitement du bout des doigts l'espace anciennement réservés aux pantalons de son paternel, l'étudiant ferma fortement les paupières. Cette sensation piquante lui chatouillant les sinus, cette faible brulure dans la gorge… Il connaissait les symptômes. Debout au milieu de la chambre, il laissa les larmes suivre les courbes de ses joues. Il ne luttait plus. Il avait fini de se battre.
Percevant des grincements provenant des escaliers, il leva brièvement les yeux vers la porte de la pièce où apparut le visage fermé de Louis.
-Il est parti… Constata-t-il, ne commentant pas les perles salées quittant les prunelles de son frère.
-On dirait bien, oui…
Secouant la tête, l'adolescent pénétra dans la chambre, attirant le métis contre sa poitrine, ses bras s'enroulant immédiatement atour de sa poitrine tremblante. Zayn retourna l'étreinte, se calant au plus près du jeune homme, son visage trouvant refuge au creux de son cou, ses larmes tachant sa blouse.
-Je suis désolé, mon ange, chuchota sincèrement le lycéen.
L'artiste n'était pas triste, pas vraiment. Ce qu'il ressentait s'apparentait plus à un mélange pétulant de colère, de soulagement, de haine, d'amour, d'espoir et de déception. Désormais, ils allaient pouvoir mener la vie qu'il désirait, à l'abri de la menace que représentait son père. Cependant, il était douloureux d'imaginer que les deux personnes l'ayant mis au monde étaient désormais loin de lui. Inaccessibles. C'était cela, la cause des larmes.
Lorsque, une demi-heure plus tard, Jay pénétra dans la maison, les traits tirés et fatigués de sa longue journée, les garçons avaient retrouvé leur sang-froid et l'attendaient, installés autour de la table de la cuisine.
-Bonjour les garçons, salua-t-elle affectueusement en les apercevant.
S'approchant de Louis et Zayn, elle leur déposa un baiser sur le front avant d'ébouriffer tendrement la chevelure épaisse du châtain.
-Je suis tellement heureuse de te revoir, Liam ! Ca fait une éternité que tu n'es pas passé ici ! S'exclama-t-elle joyeusement. Et, tu es Harry, si mes souvenirs sont bons, ajouta-t-elle en se tournant vers le bouclé.
-Oui, Madame. Bonsoir, répondit-il poliment, se détendant lorsque Zayn se redressa, se tenant derrière sa chaise, ses mains rassurantes sur ses épaules.
-Au fait, où est ton père, Zayn ? Interrogea-t-elle en se débarrassant de son sac à main.
-Jay, il y a quelque chose dont on doit parler.
Le ton grave du jeune homme lui fit froncer les sourcils, et jetant un regard perplexe au groupe, elle prit place sur une des chaises de la table.
Accrochant les pupilles brillantes de Liam pour y arracher le courage dont il avait besoin, Louis se tourna vers sa mère, glissant ses mains entre les siennes.
-Maman, il y a quelque chose que Zayn et moi devons t'annoncer, débuta-t-il sérieusement. Nous sommes gays, ou, du moins, également attirés par les hommes. De plus, poursuivit-il avant que la brune ne puisse intervenir, dans quelques jours ça fera un an que Liam et moi sortons ensemble. Je suis complètement fou amoureux de lui, maman, tu n'imagines pas à quel point. Et Harry et Zayn s'aiment également à la folie, et on refuse de te cacher ça plus longtemps.
Ses prunelles concentrées sur le visage de sa maman, Louis ignora le doux rougissement colorant les joues du bouclé à la mention du mot 'amour'. Ils n'avaient pas encore eu ce genre de conversations. Etouffant un rire attendrit, Zayn embrassa la tempe de l'adolescent, espérant apaiser sa nervosité.
-Louis, répliqua Jay, perplexe, je ne comprends pas pourquoi tu as ressenti le besoin de me dissimuler la vérité. Même si c'est un léger choc, tu sais que le fait que tu aimes les hommes ne change strictement rien, surtout s'il s'agit de Liam. Tu aurais difficilement put mieux faire. Tu restes mon fils, et je t'aime, quoi qu'il arrive. Et c'est exactement la même chose pour toi, Zayn. Je suis contente que vous soyez heureux, sincèrement.
-Le plus important, c'est que tu saches qu'on t'aime tous très fort, d'accord ? Reprit Louis, ému quant à la réaction de sa maman.
-Mais, enfin, que se passe-t-il ? J'ai l'impression que quelque chose m'échappe.
-On va tout t'expliquer, maman. Et même si cela parait difficile à croire, je te promets que tout est vrai et que le cauchemar est terminé, d'accord ?
Acquiesçant, confuse, elle se tourna vers les autres occupants de la pièce qui échangèrent un regard entendu. Cela risquait d'être une longue nuit…
