et voila que tu vas être contente!! notre Harm est de retour!!
enjoy!!
JAG
Le lendemain 0915
Angoisse. Nervosité. Fatigue. Pâleur.
Mac était attablée dans la salle de réunion, entourée de ses collègues, de son patron et de l'ancien Amiral Chegwidden. Elle n'était pas seule. Elle ne le serait pas durant les premières heures face à lui. Mais ça ne l'aidait pas à la rassurer. Il n'était pas encore là qu'elle sentait déjà la boule coincée dans son ventre. Elle la sentait en fait depuis la veille au soir, et à cause d'elle, elle n'avait pas beaucoup dormi. A cause d'elle, elle n'avait rien pu avaler. A cause d'elle, elle était enfermée dans ses pensées, se triturant les doigts dans un signe d'agitation intérieure. Ses amis autour d'elle discutaient de la nouvelle vie d'AJ, mais elle n'entendait rien. Elle ne disait rien. Il allait arriver, et elle ne savait pas comment elle réagirait. Oh, elle savait comment elle voulait réagir ! Professionnelle, détachée, Marin's. Mais y arriverait-elle quand il passerait la porte ? Y arriverait-elle quand elle devrait le saluer ? Y arriverait-elle quand elle croiserait son regard océan ? Et y arriverait-elle quand elle retrouverait le regard de sa fille dans ses yeux à lui ? Elle n'en était pas sûre du tout. Elle craignait que Sarah prenne le dessus sur Mac au moment où il entrerait. Elle craignait que la femme ne se dévoile alors que seule la militaire devait se montrer. Mac et Sarah combattaient fiévreusement. Qui allait gagner ? Elle le saurait bien assez tôt.
Trop tôt !
_ Ah Commandant, vous nous faites enfin l'honneur de votre présence ! Je vois que vous n'avez pas perdu vos bonnes habitudes !
Réveil brutal.
Ça y est. Il est là. Respire !
_ Oui désolé Général. Ma correspondance a été retardée à ce matin, je viens directement de l'aéroport.
Ses jambes vacillaient. Heureusement qu'elle était assise et que personne ne pouvait le voir ! Le souvenir d'une main cognant son visage lui apparut soudainement à l'esprit. Tout comme des yeux bleus remplis de fureur. Mais elle s'obligea à chasser rapidement ces images. Ce n'était pas le moment. Elles lui avaient suffisamment gâché la vie !
Elle ne put s'empêcher de le regarder, de le détailler. Vite ! Avant qu'il ne la remarque, avant qu'il ne trouve son regard.
Il n'avait pas beaucoup changé. Des cheveux gris en plus au niveau des tempes, mais toujours la même carrure. Il avait perdu de son arrogance, elle l'avait vu sur son visage. Il semblait enclin au même trouble intérieur qu'elle. Il semblait gêné.
Du moins, c'est ce qu'il avait laissé paraître juste le temps de son entrée, il s'était vite repris. Pour les autres. Pour elle, qu'il avait devinée dès ses premiers pas dans la salle. Personne n'avait remarqué cet instant de faiblesse. Personne, à part elle.
Elle avait détourné rapidement ses yeux. Elle s'en voulait. Elle s'en voulait de n'avoir pu s'empêcher de l'observer. Elle s'en voulait d'être encore la seule à entrapercevoir l'homme en dessous de la carapace, même après cinq ans de totale ignorance, même après cinq ans de séparation, même après ce qu'il avait fait. Et il en avait fait !
_ Je vous en pris Commandant, asseyez-vous, que nous puissions commencer tout de suite.
_ Oui Monsieur.
Puis, en s'asseyant à côté de Sturgis, il lança un regard circulaire et dit bonjour. La réponse de l'Amiral fut la seule à être véritablement chaleureuse. Celle des autres était neutre, chacun ayant sa raison pour ne pas être plus jovial. L'ambiance dans la pièce était pesante, tout le monde le ressentait. Alors le Général lança rapidement le sujet, pour les plonger dedans et éviter que leurs problèmes n'interfèrent dans le traitement du dossier. Il s'était douté que les retrouvailles ne seraient pas pleines d'effusions sentimentales. Le Commandant Rabb était parti du jour au lendemain, et depuis il n'avait pratiquement pas été évoqué au sein du JAG. Lui-même n'avait pas aimé son départ, mais il lui avait semblé qu'il était le seul à encore avoir des contacts avec lui, leur situation professionnelle aidant.
Victoire ! Elle avait réussi ! La première bataille était gagnée ! Elle avait réussi à garder Sarah en elle, Mac avait pris le dessus. Sarah s'était quand même montrée, à l'instant où il avait mis le pied dans la salle et quand elle s'était perdue à le dévisager. Mais personne ne l'avait vue. Lui, surtout, ne l'avait pas regardée avant de saluer tout le monde. Là il avait croisé son regard, mais la Marin's avait déjà fait surface. Ils ne s'étaient pas perdus dans les yeux l'un de l'autre comme ils l'auraient fait avant. Elle avait réussi à se détourner de lui dès qu'elle l'avait salué. Elle était restée neutre, il avait approuvé. C'était comme s'ils ne se connaissaient pas plus que ça, comme s'ils n'avaient jamais été partenaires pendant des années, comme s'ils n'avaient jamais été amants. Ils réussiraient. Ils arriveraient à se côtoyer dans le cadre du JAG sans que leur histoire n'interfère. Tout simplement en faisant à chaque fois comme ils venaient de le faire. En restant professionnels, en restant Commandant et Colonel.
La journée se passa ainsi, chacun mettant de côté ses ressentiments personnels. Tout le monde se concentrait sur l'affaire, à l'exception du Général qui était retourné à ses fonctions. Ils avaient passé la matinée à revoir ensemble l'affaire entière, se rappelant les preuves qu'ils connaissaient, les témoignages qu'il y avait eu, Mac, Harm et AJ argumentant à tour de rôle pour Sturgis et Bud. Deux petits groupes s'étaient formés dans l'après-midi afin d'avancer plus vite et de se concentrer sur plusieurs éléments à la fois. Mac et Bud s'étaient enfermés dans la bibliothèque, cherchant un précédent d'une affaire qui pourrait peut-être les aider, alors que les trois autres étaient restés dans la salle de réunion pour commencer à vérifier à nouveau chaque preuve l'une après l'autre.
Mac avait arrêté de travailler à dix-neuf heures. Elle voulait avoir un peu de temps avec Rachel avant de la coucher et passa donc la chercher chez Harriet avant de rentrer.
AJ était parti peu de temps après, mais Harm, Bud et Sturgis tinrent une heure et demie de plus.
Quand ils se levèrent pour rassembler leurs affaires et partir, Harm était hésitant. Devait-il faire un pas vers eux ? Comment réagiraient-ils ? Ne se braqueraient-ils pas ? Il avait réellement envie de reprendre contact avec eux. Revenir ici avait fait remonter beaucoup de souvenirs, pas tous heureux malheureusement. Mais ses amis lui manquaient. Il s'était refusé à le croire jusqu'à présent, ne s'autorisant pas à prendre de leurs nouvelles. Il n'avait pas le droit. Surtout pour Bud. Il avait dépassé les limites la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Avait-il plus le droit maintenant ? Non, il ne pensait pas. Il ne le méritait pas. Mais les revoir, travailler à nouveau avec eux toute la journée, lui avait fait rappeler leur ancienne amitié, lui avait fait prendre conscience qu'il avait besoin d'eux.
_ (Embarrassé) Euh… Ecoutez… Je sais que je suis parti du jour au lendemain, sans jamais donner de nouvelles depuis. J'ai déconné, j'ai sérieusement déconné… J'ai fait des tas de bêtises, dont je ne suis pas fier… Je suis désolé, vraiment désolé… pour tout.
Silence. Pesant.
Harm gardait la tête baissée, il se sentait coupable, il se sentait gêné.
Bud et Sturgis ne répondaient pas. Ils alternaient entre fixer Harm et s'échanger des regards, se demandant chacun ce que l'autre allait dire ou voulait faire.
C'est Sturgis qui rompit le silence. Harm releva les yeux vers lui.
_ (Sur un ton calme) C'est vrai, tu as vraiment déconné. On pensait qu'on était tes amis, on pensait que TU étais notre ami. Et tu nous as laissés tombés, comme ça, sans explication, pendant plus de cinq ans.
Silence encore. Culpabilité encore.
_ Tu as intérêt à te rattraper maintenant ! Tu nous devras des explications aussi, mais plus tard, pas ce soir.
Harm le fixait, ému. Il lui donnait une nouvelle chance, alors qu'il ne la méritait pas.
_ (Dans un murmure) Merci !
Sturgis sourit et lui donna une accolade. Retrouvailles.
_ De rien. Je n'ai jamais voulu cesser d'être ton ami.
Ils se séparèrent, un sourire aux lèvres. Renaissance.
Bud était toujours silencieux. Il avait vraiment mal digéré l'emportement du Commandant face à son fils. Même si beaucoup de temps avait passé, il ne voulait pas qu'il s'en sorte si facilement, en lui disant un simple pardon. Il n'était plus en colère, mais il voulait qu'il comprenne qu'il avait vraiment fait du mal.
Harm remarqua son silence. Il savait qu'il devait bien plus à Bud. Il ne comprenait même pas comment il pouvait oser demander une autre chance. Lui n'aurait jamais pardonné. Alors pourquoi Bud le ferait-il ?
_ Bud, je sais qu'un simple pardon ne peut suffire pour ce que j'ai fait à votre famille. (Il se passa une main dans les cheveux) Je ne sais même pas comment j'arrive à vous regarder dans les yeux ! Ce qu'il s'est passé ce dimanche chez vous est inexcusable ! Je…
_ Vous avez été odieux Monsieur ! Vous avez fait peur aux enfants ! Et à nous aussi.
Harm acquiesça. Bud avait raison.
_ Il n'y a pas qu'à moi à qui vous devez présenter des excuses !
_ Bien sûr Bud, cela va sans dire. Je vais m'excuser auprès d'Harriet, d'AJ junior, et surtout de Jimmy ! C'est la moindre des choses !
Bud fixa Harm quelques secondes dans les yeux avant de dire, d'un air plus relâché, mais sans sourire :
_ Bien ! Dans ce cas Monsieur, que diriez-vous de venir dîner demain soir à la maison afin que vous puissiez voir tout le monde et tenter de vous rattraper, surtout auprès des enfants ?
Voila pourquoi Bud le faisait alors que lui ne l'aurait pas fait. Car justement il était Bud. Il n'avait pas changé !
Harm n'en revenait pas ! Etait-il réellement en train de retrouver ses anciens camarades, qui faisaient partie des meilleurs moments de sa vie ?
_ (Lui tendant la main d'un air amical, avec un grand sourire au visage) Avec plaisir Bud ! Les enfants doivent avoir bien changés !
_ (Lui rendant la poigne et un petit sourire) Vous n'avez pas idée ! Et vous n'avez pas encore vu les jumeaux !
C'est ainsi qu'ils se séparèrent et rentrèrent chez eux, ou à l'hôtel pour Harm, le cœur plus léger.
Harm était heureux. Il avait oublié à quel point ça réchauffait le cœur. Il n'avait plus connu ça depuis plus de cinq ans et demi ! Il n'aurait pas cru le revivre un jour, il se l'était interdit.
Il avait retrouvé ses meilleurs amis. Il allait retrouver son filleul et sa famille. Il retrouvait sa vie. Doucement.
Enfin, pas tout à fait. Il lui manquait l'élément central. Mais ça, il ne le retrouverait jamais. Il l'avait bien vu dans ses yeux le matin. Et il le comprenait. Il l'acceptait.
Devait-il tout de même tenter une approche ? Pouvait-il prétendre pouvoir faire des excuses ? Les accepterait-elle ? Arriverait-il à la confronter seul à seule ? Il n'en savait rien. Il avait peur. Il ne méritait pas le pardon de cette femme. Comment pouvait-il même y penser ? Comment pouvait-il espérer être pardonné par elle alors que lui ne se le pardonnait pas ! Il se faisait horreur. Il ne s'était jamais autorisé le moindre contact avec elle, sous n'importe quelle forme. Il voulait se punir. Il voulait la laisser vivre en paix. Il avait toujours pensé qu'après ce qu'il lui avait fait subir, elle devait le haïr, puisque lui se haïssait. Elle ne devait pas lui pardonner, car lui ne se pardonnait pas. L'alcool n'était pas une excuse valable pour son acte. Il n'aurait jamais du. Il n'y avait pas d'excuse pour ça. Seulement une punition. Et l'enfer.
Ils agiraient en véritables professionnels tout le temps du procès. Aucune rancœur ou culpabilité ne se ressentirait dans leurs propos et leur attitude au JAG. Il le savait. Mais il n'y aurait probablement rien de plus que des échanges de travail. Elle était passée à autre chose. Il l'avait compris. Elle semblait avoir réussi à l'oublier. Et à passer outre les horreurs qu'il lui avait faites pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions. Elle était remarquable. Elle était toujours la femme qu'il avait aimée, et qu'il aimait encore, il venait de le découvrir.
à suivre…
