Titre Such a pretty boy
Auteur : Ju' (la seule, l'unique nn)
Résumé : [J'avais dix-huit ans et je venais de vendre mon corps pour la première fois
Rating : M (enfin, pas vraiment pour ce chapitre, je suis désoléééé ! TT)
Disclaimer : Comme d'habitude quoi, tout est à moi, rien n'est à JK Rowling et tout le monde est content dans le meilleur des mondes. Ah non ? C'est pas ça ? Z'êtes sûr ?
Note de l'auteur : Merciiiii pour toutes les gentilles reviews que j'ai reçu, mon petit coeur en a palpité tout fort ! Par contre, j'ai une mauvaise nouvelle (enfin, rien d'extrêmement grave genre je vais mourir dans trois jours, donc pas la peine de préparer les mouchoirs !). Je n'ai pas encore DU TOUT commencé la suite, ce qui fait que je ne sais pas DU TOUT quand je pourrai publier le chapitre trois et sachez bien que j'en suis navrée, mais je préfère écrire lentement quelque chose de potentiellement lisible que rapidement un chapitre bon pour tapisser la poubelle. J'espère que vous comprendrez. En attendant, je viens tout juste de finir de rédiger celui-ci et je suis désolée s'il y a encore des fautes, mais je n'ai pas réellement pris le temps de faire une correction trop détaillée.
En tout cas, j'espère ne pas vous décevoir.
Et sur ce, enjoy !
Such a pretty boy
Je passe deux jours enfermé dans ma pièce insalubre, parce que je suis parfaitement conscient que Draco ne pourra jamais aimer un miséreux comme moi. De plus, même si grâce à lui j'ai réussi à tenir en ne mangeant presque rien, ce soir je suis obligé de retourner faire le trottoir : il faut que je me nourrisse et que je commence à économiser pour mon loyer puisque trois semaines ne seront pas de trop.
J'enfile des habits assez courts qui laissent deviner mes formes, car même si le froid est glacial, je ne peux me permettre de porter plusieurs pulls, surtout si je veux racoler des clients.
Je m'installe dans mon coin habituel, adossé à un mur, une jambe repliée, et j'aurais presque envie de fumer une cigarette pour parfaire le tableau. Mon sourire « commercial » est figé par le froid et je sens que mes lèvres ne vont pas tarder à se gercer si je ne les réchauffe pas. Je regarde les gens passer, je vois certains hommes hésiter à m'aborder, mais je ne bouge pas. D'un seul coup, je me sens dégoûté par ce que je fais. J'ai perdu ma fierté pour manger et j'ai l'impression de n'en prendre vraiment conscience que maintenant. J'en ai marre, pourquoi je ne peux pas avoir un boulot tout simple et normal, un mec bien et qui m'aime et vivre comme un garçon normal de mon âge ? Qu'est ce que j'ai fait de si grave pour être ainsi priver de bonheur ?
Mon sourire se fane peu à peu et je le perds complètement quand j'identifie la personne qui se tient devant moi. Voilà quelqu'un que j'aurais aimé ne jamais revoir.
« Bonsoir ma petite pute, prête pour un second round ?
- Je ne travaille pas ce soir, j'attends un ami. »
C'est con, mais j'ai peur. Il est beaucoup plus fort que moi et il pourrait m'emmener de force sans que personne ne réagisse ; il le sait, je le sais. Je ne veux pas qu'il me touche à nouveau, je ne veux pas qu'il me fasse mal.
« Tss, tss. Ta maman ne t'a jamais appris à ne pas mentir ?
- Dégage, tu as eu ce que tu voulais, alors dégage.
- La dernière fois était tellement agréable que j'aimerais recommencer.
- Je n'ai pas envie.
- Je paye, tu obéis. »
Je ne sais pas pourquoi, mais je ris. Un rire nerveux, blasé, un rire un peu fou.
« Tu paies ? Tu te fous de ma gueule sale con ? J'ai payé la chambre, j'ai payé le taxi.
- Ce n'est pas mon problème.
- Tu ne me toucheras plus jamais. »
Il se marre en plus. Il joue avec moi, il est le chat et je ne suis que la pauvre souris prise au piège entre ses griffes. Et même si je ne le montre pas, je suis terrorisé. Il se rapproche encore plus, de façon à plaquer mon corps contre le mur à l'aide du sien pour ne pas que je m'échappe. Sa bouche est contre mon oreille et son érection contre ma cuisse. J'ai envie de vomir.
« Tu avais pourtant l'air d'apprécier l'autre soir.
- T'as de la merde dans les yeux ou quoi ?
- Ne sois pas vulgaire ma mignonne. Tu vas me suivre bien gentiment, n'est ce pas ?
- Plutôt crever.
- Ne souhaite pas ce genre de choses devant moi, je pourrais être magnanime et les réaliser.
- Si tu crois que tu me fais peur.
- Mais bien sûr que je te fais peur. Regarde, tu trembles. »
Le pire, c'est qu'il a raison, mon corps entier tremble en se rappelant la douleur qu'il a ressenti à cause de ce pourri. Je réunis tout mon courage et, tout en soutenant son regard moqueur, je lui assène un grand coup de genou dans son entrejambe excité. Il étouffe un gémissement de douleur et se plie en deux. Je souris victorieusement.
« Ça fait mal, hein ? »
Cependant mon succès est de courte durée puisqu'il m'attrape le tee-shirt quand j'essaye de m'échapper et me plaque durement contre le mur.
« Tu vas voir, sale catin. »
Il me décoche un énorme coup de poing dans le ventre qui me coupe le souffle et s'il n'y avait pas un soutient derrière moi, je serais déjà lamentablement étendu sur le sol. J'essaye de riposter mais il fait deux têtes de plus que moi, il est beaucoup plus large et donc pus fort. Je ne fais pas le poids.
« Mais lâche-moi espèce de malade ! »
Il me donne une claque tellement puissante que ma tête heurte violemment les briques et ma vision devient floue pendant un instant. Quelque chose craque, un filet de sang s'échappe de ma lèvre et coule lentement le long de mon cou. Je vais mourir.
« Attention à ta bouche voyons, ce serait tellement dommage de gâcher ton outil de travail. Et elle pourrait encore me servir d'une façon très agréable.»
Je lui crache à la gueule.
« C'est tout ce que tu obtiendras de ma bouche. »
Il m'attrape la gorge et me plaque une fois de plus contre ce fichu mur. Je me débats comme une furie, frappant tout ce que je peux atteindre de mes poings et de mes pieds, épuisant le peu de force qu'il me reste alors qu'il me fixe en ricanant tranquillement.
« Lâche-moi, psychopathe.
- Il ne fallait pas être aussi bien roulé, petite pute.
- Mais t'es complètement dingue !
- Si tu ne t'arrêtes pas, je vais te faire mal.
- C'est ça, vas-y, tue-moi ! Allez, qu'est-ce que t'attends ? »
Je crie à présent. Je veux qu'il en finisse, je n'en peux plus. Chaque partie de mon corps me fait souffrir et de toute façon, j'ai froid, j'ai faim, personne ne m'attend chez moi, pas même un chien, et je suis seul et fatigué … si fatigué.
Je sens encore un coup s'abattre sur ma cage thoracique et ma respiration se fait sifflante. Je trouve le courage de relever les yeux et de planter un sourire ironique sur mes lèvres.
« Pauvre type. »
Je vois de la colère passer dans ses iris et je crois que le prochain coup sera le dernier. Je ne suis pas très croyant, alors je ne prie pas, mais je pense à Draco et un sentiment de bien-être assez étrange m'envahit. Je me sentirais presque en sécurité. Je ferme les yeux.
« C'est triste, ma jolie, j'aurais bien profiter de toi encore un pe…
- Lâchez-le.»
La voix est basse, le ton froid et cassant, menaçant. Si je n'étais pas aussi débordant de reconnaissance, je crois que j'aurais encore plus peur.
« Viens pas jouer sur mon terrain blondinet. Il est à moi.
- Je ne le répéterai pas une troisième fois. Lâchez-le. Immédiatement.»
J'entrouvre les paupières afin d'apercevoir mon mystérieux sauveur et j'ai du mal à en croire mes yeux. Si je n'avais pas déjà reconnu la voix, j'aurais cru que j'étais arrivé au paradis.
« Draco … »
Ma gorge est sèche et prononcer ce simple mot me brûle, mais je m'en fous. Ses yeux rencontrent les miens et il sourit gentiment pour me rassurer. J'essaye de lui rendre son sourire mais mes lèvres craquelées sont trop douloureuses.
« Vous vous connaissez ? Comme c'est mignon. Mais dis-moi, ma petite pute, il t'a payé plus cher celui-là ? Tu lui as fait plus de choses, peut-être. »
Je ferme les yeux à nouveau, mais cette fois pour retenir les larmes qui menacent de couler. Pour fuir son regard surpris et déçu aussi, peut-être même dégoûté.
« Tu es Draco Malfoy, n'est ce pas ? Je ne savais pas que les personnages importants dans ton genre devaient aller voir les putes pour tirer un coup. Tss. Tu me déçois. Mais je te laisse celle-là, je ne voudrais pas avoir de problèmes avec les gens comme toi. Profites-en bien, il a vraiment un corps et une bouche de catin. »
Il relâche sa prise et je m'affaisse au pied du mur, tel un pantin dont on aurait subitement coupé les fils. Je sens le corps qui me pressait s'éloigner, et alors que je croyais le pire passé, il m'assène le coup de grâce.
« Au fait, blondinet, profite de votre charmant tête-à-tête pour lui demander sa véritable identité. »
Comment il a su ? Je ne sais pas, je ne suis pas sûr de vouloir savoir. Je ramène laborieusement mes jambes contre ma poitrine et je pose ma tête sur mes genoux, le visage caché. Draco ne devait pas savoir.
« Harry …
- Ne me touche pas !
- Viens, il faut te soigner.
- Tu n'as pas entendu ce qu'il a dit ? Je ne suis qu'une pute, alors laisse-moi.
- Pourquoi tu ne m'as rien dit ? »
Je ne réponds pas. De toute façon, que pourrais-je répondre ? S'il n'est pas capable de trouver lui-même la réponse, c'est qu'il est plus stupide que je ne le pensais. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais je sens les larmes couler doucement sur mes joues, malgré tous les efforts que je fais pour les retenir. Soulagement d'être sauvé, désespoir de ne pas être mort, sentiments contradictoires qui s'emmêlent douloureusement.
Je le sens s'asseoir à mes côtés et je suis conscient de ses yeux scrutateurs sur moi.
« Tu ne t'appelles pas Harry Evans, n'est ce pas ?
- Non. »
J'essaye de garder une voix normale et je crois que j'y arrive plutôt bien, je ne veux pas qu'il sache que je pleure. D'ailleurs, je ne pleure pas, c'est juste de l'eau qui coule sur mon visage.
« Ton prénom est bien Harry, au moins ?
- Oui... Harry. Harry Potter.»
Il sursaute et ne dit plus rien pendant un petit moment.
« J'ai une mauvaise réputation, n'est ce pas ?
- Si tu savais … »
Mon rire fou revient et je relève la tête un instant, sans me rendre compte qu'il voit maintenant les larges sillons sur mon visage et mes yeux rougis.
« Harry …
- Tu aurais dû me laisser crever.
- Ne dis pas ça.
- Pourquoi tu n'es pas encore parti ?
- Les rumeurs sont-elles vraies ?
- Que t'importe mon avis ?
- Je veux savoir. Moi, je n'y crois pas, je sais que c'est Voldemort qui les a lancées, et je ne lui fais pas confiance. Dis-moi … Pourquoi t'es-tu prostitué ?
- Parce que j'avais faim … »
Ma tête tombe lourdement sur son épaule et mes yeux traîtres se remettent à pleurer.
« Je suis si fatigué … »
Il se relève et, avec une force que je ne lui soupçonnait pas, me soulève et me cale confortablement dans ses bras. Je ne cherche même pas à protester.
« Tu es si léger … La dernière fois, combien de temps avais-tu passé sans manger ?
- Plus de deux jours.
- Et aujourd'hui ?
- Pareil. »
On dirait une mère qui enquête sur les mauvaises activités de son fils chéri et je me soumets à son interrogatoire de bonne grâce. Il fronce les sourcils en une mimique réprobatrice et soucieuse que je trouve adorable.
« Pourquoi tu te soucies de moi comme ça ? »
Il ne répond pas et je ne suis pas sûr qu'il ait même entendu. Ma voix est faible et je suis obligé d'étirer mon cou pour atteindre son oreille.
« Merci … »
Merci d'avoir débarqué dans ma vie, merci de m'avoir sauvé deux fois, merci de me laisser t'aimer, merci d'être aussi doux, aussi gentil, merci de me prendre dans tes bras comme personne ne l'a jamais fait.
Il ne dit rien, mais m'embrasse doucement sur le front. Les jambes accrochées autour de ses hanches, les bras autour de ses épaules, la tête dans son cou, je m'endors quelque part au milieu de Londres, un sourire aux lèvres.
XXXXXX
Je me réveille dans la même chambre verte et argent que la dernière fois, mais cette fois il y a une différence : Draco est assis sur une chaise à côté de mon lit et me fixe avec un air songeur que je n'arrive malheureusement pas à décrypter. Les événements récents me reviennent en mémoire et je ne peux me résigner à rencontrer son regard. J'ai honte de ce que je suis, de ce que je fais et je me demande ce qu'il peut bien penser de moi. Mes yeux tombent sur mes vêtements pliés sur une chaise et je ne peux m'empêcher une fois de plus de rougir. Il profite toujours de l'inconscience des gens pour les déshabiller, ou quoi ?
« Hum … Excuse-moi, j'ai pensé que ce serait plus confortable pour toi de dormir ainsi.
- Ne t'inquiète pas, je m'en fiche. »
Mon ton est distant et il semble un peu blessé. Seulement, c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour rester éloigné de lui. Je ne dois pas me faire d'idées, il va me jeter dehors d'un instant à l'autre, d'ailleurs je me demande pourquoi il ne l'a pas déjà fait.
Il est plus vieux, il a une bonne situation, de l'argent, de la classe. Je ne vois pas pourquoi il s'embêterait avec un pauvre type comme moi.
« Je te remercie, mais je vais y aller. Je ne voudrais pas déranger plus longtemps.
- Qu'est ce qu'il te prend tout à coup ? Il y a un problème ?
- Aucun, mais tu as beaucoup de travail, n'est ce pas ?
- Mais on s'en fout de mon travail, merde. »
Le grand Draco Malfoy dont le calme et le contrôle sont maintenant légendaires est rouge de colère et vient de me crier dessus. Qu'est ce qu'il veut, à la fin ?
« Ecoute, je n'ai pas besoin de ta pitié. Je ne t'ai rien dit de mon nom ou de ma situation car je ne voulais pas que tu saches. Je t'aime bien, tu sais.
- Je ne te comprends pas, Harry Potter.
- Moi non plus, Draco, moi non plus ... »
Je me lève avec une grimace de douleur et me dirige vers la chaise sur laquelle trônent fièrement mes guenilles. Je sens tout à coup deux bras m'enlacer et me plaquer contre un corps chaud et musclé. Je frissonne malgré moi car j'aime ses mains sur mon ventre dénudé et son torse contre mon dos.
« Reste avec moi.
- Je ne peux pas, il faut que j'aille travailler, j'ai un loyer à payer et il faut que je mange au moins un peu. »
Mon ton est doux à présent, je me sens bien là où je suis. Je lui suis reconnaissant aussi, il est la première personne qui se soucie de moi en dix-neuf ans.
« Je ne veux pas que tu te prostitues encore. Je sais que tu ne me connais pas assez pour me faire confiance, mais reste avec moi, je te paierai. »
Ça me fait mal de voir que pour lui aussi je ne suis qu'une chose à acheter. Mais il a raison, je ne veux pas vendre mon corps une fois de plus, je ne veux plus me faire toucher aussi intimement par des inconnus. Mais je ne veux pas non plus que Draco me touche si je ne suis qu'une catin pour lui. Pourquoi a-t-il encore fallu que je tombe amoureux ?
Je me retourne et, comme à chaque fois, tend une main quémandeuse.
« Je ne suis pas un client.
- Je sais. »
Ma main retombe mollement le long de mon corps et je me demande ce qu'il va se passer ensuite. Il y a maintenant une sorte de malaise entre nous.
« Ecoute, installe-toi ici. Il y a deux chambres et je suis seul, j'ai besoin de compagnie. On sortira ensemble, on mangera ensemble, on fera tout ce que tu veux et je te donnerai une sorte de salaire chaque jour, ou chaque semaine si tu préfères.
- Je ne veux pas être dépendant de quelqu'un.
- Mais non, tu n'auras qu'à faire le ménage et la cuisine, ainsi je te paierai selon ton travail.
- Tu auras des ennuis avec Voldemort.
- Oh ! Honnêtement, je m'en fous. Il ne me fait pas peur.»
Je sais que c'est de la folie, que je ne réussirai jamais à vivre près de lui sans le toucher, mais j'accepte avec un grand sourire, parce qu'avec lui, j'ai l'impression de me sentir vivant, ce qui ne m'est plus arrivé depuis bien longtemps. Il scelle notre accord d'un délicat baiser sur ma joue qui fait naître un sourire béat et comblé sur mes lèvres. Je me rends compte que je dois avoir l'air ridicule lorsque son rire magnifique résonne dans la pièce. Je lui tire la langue avec beaucoup de maturité et je suis heureux de l'entendre rire une nouvelle fois. Décidément, je ne me lasse pas de ce son.
« Harry, on devrait peut-être aller chercher quelques affaires chez toi, tu ne crois pas ?
- Oui, tu as raison. Je m'habille et je chope le prochain métro.
- Je peux t'emmener en voiture, si tu veux, ce sera plus simple et beaucoup plus rapide.
- Merci, mais je crois que je t'ai assez ennuyé pour la mâtinée.
- Arrête de dire cela. Si je te le propose, c'est que ça me fait plaisir.
- Mais … »
J'avise son regard insistant et le pli boudeur qui courbe sa lèvre inférieure et ne peux m'empêcher de céder comme le ferait un adulte devant un petit enfant tout mignon. Je suis faible.
« D'accord, d'accord, on y va ensemble. »
En fait, je ne voulais pas qu'il voit ce lieu que le propriétaire a le prétention d'appeler un appartement. J'ai honte, horriblement honte. Qu'il ait appris qui je suis et ce que j'ai fait est déjà difficile à accepter mais si en plus il doit voir cet endroit … Je ne veux pas voir de pitié dans ses yeux, sous aucun prétexte. J'aimerais conserver la dernière parcelle de dignité qu'il me reste.
J'enfile rapidement quelques habits décents et nous quittons son immeuble quelques instants plus tard. Quand je lui indique mon adresse, il semble surpris par le nom de mon quartier mais a tout de même le tact de ne faire aucun commentaire, ce pour quoi je lui suis reconnaissant. Je crois que la réputation de cet endroit vaut largement la mienne, et ce n'est vraiment pas peu dire. Je lui demande de se garer dans une rue assez grande et très fréquentée afin que sa voiture ne se fasse pas cassée comme il est de coutume dans le coin et nous continuons notre chemin à pieds.
Je frissonne à chaque pas, mais j'ai du mal à savoir si c'est à cause de la température bien en dessous de zéro ou si c'est simplement les ombres menaçantes que j'entrevois dès que je lève la tête. Ces ruelles pavées, sombres et étroites me rappellent désagréablement les films que j'ai visionné qui racontaient diverses histoires dans ce Londres effrayant du XIXéme, alors que le taux de crimes était plus élevé que jamais et j'ai l'impression que Jack l'Eventreur va m'attraper d'un instant à l'autre pour m'égorger joyeusement dans un recoin obscur.
Je déteste vraiment cet endroit.
Nous arrivons enfin devant ce qui ressemble à une grande maison et je pousse rapidement la porte, autant pour quitter la nuit froide que pour échapper à mon hypothétique agresseur. Je passe devant les boites aux lettres sans même jeter un œil à la mienne que je sais vide depuis bien longtemps et je gravis les escaliers étroits, sachant pertinemment que Draco me suis toujours silencieusement, observant chaque détail de ce qui l'entoure.
Je sors mon précieux trousseau sur lequel pendent trois misérables clefs et introduit la plus grande, celle qui est dorée et ancienne, dans la serrure. Je sens mon blond se rapprocher de telle façon que son souffle fait légèrement danser mes cheveux indisciplinés. Il me chatouille. Il sursaute quand il se rend compte que ce n'est pas mon appartement, mais bien un escalier qui est apparu derrière la porte.
« Tu es sûr que tu ne veux pas plutôt rester ici ? »
Je me retourne en lui posant cette question et je me demande à quel moment précis ma fière arrogance s'est sauvée pour me laisser seul avec mon embarras et ma honte. Il ne répond pas et se contente de me fixer bien trop intensément à mon goût. Je hausse dignement les épaules puis monte les marches, alors que Draco hésite un instant pour finalement se décider à me suivre à l'intérieur de mon antre.
J'ouvre une nouvelle porte mais reste figé sur le seuil sans réussir à me déplacer pour entrer, comme à chaque fois que ce spectacle s'offre à mes yeux. J'ai toujours eu un certain mal à comprendre comment j'ai pu vivre ici pendant tout ce temps. Peut-être que survivre serait d'ailleurs un terme plus exact. Appelez-moi Survivant.
L'haleine glacée de la pièce me fouette le visage et mes bras viennent enserrer mes côtes en un geste défensive dérisoire. L'isolation du toit est toujours aussi mauvaise et je ne serais qu'à moitié étonné si je retrouvais mon matelas encore humide de la pluie de ce matin. Il y a bien longtemps que je n'ai pas allumé mon petit chauffage électrique et ce froid mordant fait ressurgir de mauvais souvenirs. Je revoie les images des nombreuses nuits pendant lesquelles je me suis réfugié dans les escaliers sous ma précieuse couette, dans l'espoir insensé que ce lieu étroit serait plus chaud que ma chambre, ainsi que toutes les fois où mon radiateur adoré m'a servi d'oreiller de fortune afin d'empêcher mon corps de geler pendant mon sommeil.
Deux bras musclés se nouent autour de ma taille et me sortent de ma désagréable léthargie.
« Je hais cet endroit »
Ma voix n'est qu'un murmure à peine audible qui s'échappe de mes lèvres légèrement
entrouvertes.
« Je sais. Je suis désolé.
- Tu n'as pas de raison de l'être. »
Je sais très bien ce qu'il veut dire mais je ne lui en veux pas d'être venu. Je ne lui en veux plus. Je me défais de son étreinte, passe la porte et, en un temps record, déniche un ancien sac de sport et y fourre une bonne partie de mes fringues. Je trouve ensuite un carton sous mon lit et y range le reste de mes vêtements ainsi que mes livres, mes CDs et tout ce qui me passe sous la main. J'observe la pièce à présent vide et son aspect sinistre me paraît plus impressionnant que jamais.
Je place mon précieux carton dans les bras de Draco et, après avoir vérifié que je n'ai rien oublié, referme doucement la porte derrière moi.
Je ne sais pas pour combien de temps je quitte cet appartement, mais j'ai l'impression étrange que ma vie vient de changer. Peut-être est-ce simplement le fait de ne plus avoir la perspective de soirées passées seul à me morfondre, ou juste le fait d'être amoureux. Je ne sais pas bien. Tout ce dont je suis sûr, c'est que le trousseau dans ma poche ne m'a jamais paru aussi léger.
Je dévale rapidement les escaliers et rejoins gaiement Draco qui m'attend devant l'entrée de l'immeuble. Etrangement, je n'ai aucune appréhension. Après tout, demain est un autre jour.
XXXXXX
