Titre : Such a pretty boy.

Auteur : Ju' (qui essaye de se cacher du regard méchant des lectrices derrière son ridicule écran d'ordi ...)

Rating : M, bien que pas vraiment pour ce chapitre (en plus ! je sais ...)

Disclaimer : C'est cruel, je trouve, de nous faire avouer, à chaque fois que ce qu'on écrit, non seulement ne nous rapporte rien, mais en plus ne nous appartient même pas. Enfin, bref, l'histoire est quand même à moi (bien que je ne suis pas sûre que je doive en tirer une quelconque fierté ...)

Note de l'auteur : Mon dieu . Je me proterne virtuellement à vos pieds et implore votre pardon pour avoir osé prendre un temps aussi long pour poster le chapitre suivant. A vrai dire, j'étais désesprérée car j'avais les idées et tout ce qu'il faut dans ma petite tête mais j'étais incapable de rédiger tout ça d'une façon acceptable (c'est ce que ce cher Balzac appelle une crise de style ...). D'ailleurs, je ne suis toujours pas satisfaite de l'ensemble et le tout est misérablement court. J'espère néanmoins que vous serez assez magnanime pour me pardonner et que vous apprécierez mon modeste travail.

Je vous aime (bon, la réciproque n'est plus vraie n.n')

Bonne lecture !

Such a pretty boy.

L'emménagement en lui-même n'a pas été une affaire bien difficile puisqu'il m'a suffit de ranger mes loques dans une armoire et de laisser le reste dans le carton que j'ai caché sous le lit. Cependant, alors que je n'ai plus rien à faire pour m'occuper les mains et surtout l'esprit, je me rends compte de l'étrangeté de ma situation. Je vais quand même habiter dans l'appartement du grand et séduisant Draco Malfoy pendant une durée indéterminée et cela afin de lui faire le ménage et la cuisine en échange d'une rémunération régulière. Génial, vraiment, je viens de passer du statut de pute à celui de bonne à tout faire. Quoi que je ne suis pas sûr de ce qu'il attend réellement de moi. Peut-être veut-il que je sois sa prostituée personnelle et que je me balade chez lui en petit habit de soubrette.

J'imagine parfaitement la scène et je me mets à glousser tout seul dans ma chambre comme une collégienne.

« Harry ?

- Oui ?

- Tout va bien ? »

Je le rejoins dans le salon avec un sourire de dément qui s'agrandit encore plus quand j'avise son sourcil droit haussé en une interrogation muette.

« Dis-moi Draco, tu aimes la dentelle ?

- Pardon ? »

Il manque de s'étouffer et je ne peux m'empêcher de rire, tout fier de ma petite blague que je suis le seul à avoir compris. Finalement, tout commence bien.

XXXXXX

Si quelqu'un m'avait dit, il y encore deux semaines, qu'un jour j'apprendrais mes leçons dans le canapé moelleux et confortable de l'appartement luxueux de Draco Malfoy, je crois que je lui aurais sérieusement conseillé un long séjour en hôpital psychiatrique. Après avoir ri de longues minutes, bien sûr.

Pourtant … Pourtant c'est bien ce que je suis en train de faire en cet instant, assis en tailleur avec un livre de mathématiques négligemment posé sur les genoux. Cependant, je reste incapable de me concentrer suffisamment pour comprendre la moindre leçon à cause de mon regard, irrémédiablement attiré pour mon hôte, penché au dessus d'un dossier qui semble complexe, si j'en juge par ses sourcils haussés et son regard perplexe. J'adore l'observer pendant qu'il travaille, alors qu'il est tellement concentré que je peux l'admirer tout mon saoul, pendant de longues minutes. Je finis tout de même par reporter mon regard sur mon exercice, sans grand enthousiasme. Je ne comprends rien à cette leçon. Non mais c'est vrai quoi ! Homothétie dans l'espace … Toi même !

J'aimerais bien demander à Draco de m'expliquer, mais il a l'air vraiment préoccupé et je ne voudrais pas le déranger. En deux semaines, il m'a déjà aidé de nombreuses fois, notamment en mathématiques, matière pour laquelle je n'ai jamais eu de grandes dispositions, même si j'avais toujours de bonnes notes au collège. J'adore quand il joue les professeurs particuliers. Il s'installe à côté de moi et me refait tout le cours d'une voix calme et posée, afin que j'assimile bien toutes les données. C'est tellement plus agréable que de lire un vulgaire manuel. Mais j'ai honte parfois, parce que je me dis qu'il doit vraiment me prendre pour un imbécile. Tout paraît tellement simple pour lui qui est si intelligent que je me sens ridicule, moi l'inculte qui n'a même pas terminé ses études.

Avisant l'heure, je me lève doucement et me dirige vers la cuisine afin de préparer quelque chose de léger pour le repas du midi. Je concocte rapidement une salade de pâtes, avec du jambon, du fromage et des tomates et je mets le plat au frigidaire, afin qu'il refroidisse pendant que je mets le couvert. J'ai rapidement pris mes marques dans cet appartement. Celui-ci est très spacieux et surtout très lumineux, agréable et bien décoré sans être trop tape à l'œil. Draco a beaucoup de goût en ce qui concerne la décoration, c'est indéniable. Je fais le ménage deux fois par semaine et la cuisine pour tous les repas, sauf quand je sais qu'il ne rentrera pas dîner avec moi. Dans ces cas-là, mes vieilles peurs me reprennent et je préfère ne pas manger, restant enfermé dans ma chambre, à attendre que le sommeil daigne s'emparer de moi.

Mon hôte tient également sa parole et dépose un billet sur le buffet du salon tous les matins. Je trouve cela assez dégradant mais je ne dis rien et le ramasse toujours, pour ne pas le froisser et surtout parce que j'en ai besoin. Après tout, je ne suis pas payé à rien faire, n'est ce pas ? Des fois, je me mets à rêver telle une midinette en mal d'amour, et je m'imagine vivre avec lui sans le statut d'homme à tout faire mais uniquement celui de petit ami. L'espoir fait vivre, paraît-il …

Mon beau blond arrive dans la cuisine quelques minutes plus tard, alors que je suis en train de nettoyer le plan de travail et sourit quand je pose la saladier au milieu de la table.

« Ah, Harry, tu es une perle rare, tu sais. »

Je rougis sous le compliment et m'assois en face de lui, le laissant se servir en premier.

« Tu travailles sur un dossier difficile ? Je t'ai senti un peu soucieux toute la mâtinée.

- Tu m'observes, beau brun ? »

Son ton est aguicheur et séduisant et je me déteste d'y réagir comme je le fais. Je détourne le regard brièvement, afin qu'il ne puisse pas y lire mon trouble. J'imprime ensuite un sourire taquin sur mes lèvres et réponds gaiement à sa petite provocation.

« Bien sûr, chéri, à longueur de journée, tu sais bien. »

Et si seulement il pouvait s'imaginer à quel point c'est vrai … Ces petites piques entre nous sont quotidiennes et je les abhorre autant que je les adore car elles me font entrevoir des scènes qui ne se réaliseront jamais. Je me déteste d'être aussi faible.

Il me raconte ensuite le dossier qui le préoccupe tant et je lui donne mes impressions, des morceaux de piste et nous discutons ensemble un long moment afin de déterminer tous les détails importants ou trop négligés de l'affaire. En ce moment, il défend une jeune femme qui a porté plainte contre son patron pour harcèlement sexuel et moral. Malheureusement, mis à part la parole de la victime, Draco ne dispose pas de beaucoup de preuves. Je me demande si c'est un simple hasard, mais j'ai du mal à ne pas faire l'analogie entre cette histoire et la mienne.

J'aime énormément l'aider ainsi dans son travail car il écoute toujours mon avis avec un grand intérêt et j'ai alors l'impression d'être un peu utile. De plus, avocat a toujours été mon métier rêvé, et je me dis que si j'arrive à rattraper mon retard scolaire et à intégrer une école de Droit, Draco pourra peut-être me guider.

Depuis quelque temps, j'ai tendance à faire de plus en plus de projets et mes rêves insensés ne me semblent plus aussi irréalisables qu'avant. Je sais que je devrais faire plus attention, que l'espoir n'apporte que de cruelles désillusions, mais ce n'est pas important. Ce ne l'est plus. Je commence enfin à trouver un semblant d'équilibre pour la première fois de ma vie, grâce à lui, et je compte bien le préserver le plus longtemps possible.

XXXXXX

C'est un dimanche après-midi ensoleillé, fait des plus exceptionnels à Londres, et je me prélasse honteusement, étendu sur le canapé crème du salon, trop confortable pour son bien, devant une télé dont je fixe l'écran sans réellement le voir.

Je suis dans cet appartement depuis un mois déjà. Trente jours qui m'ont paru si désespéramment courts du haut de mon petit nuage de bonheur. J'ai toujours tellement peur que tout s'arrête d'un instant à l'autre, que Draco me rejette et me renvoie dans mon ancienne habitation lugubre et hostile.

« Harry ?

- Oui ?

- Tu as prévu quelque chose pour cette après-midi ?

- Non. Pourquoi ?

- Eh bien, j'ai décidé de laisser mes dossiers de côté un petit moment et de m'occuper exclusivement de ta petite personne.

- Ma personne N'est PAS petite, c'est juste que tout le monde a tendance à être désagréablement trop grand pour moi.

- Mais oui, mais oui, je sais. Dis-moi, ça te dirait un peu de shopping ?

- Oui ! J'adorerais ça !

- Parfait, alors. Va chercher ta jolie veste et nous sommes partis. »

Je souris de toutes mes dents alors que je me rue vers ma chambre, empochant quelques billets et attrapant ma « jolie veste » noire, qui est d'ailleurs bien plus rapiécée que jolie mais enfin, la beauté est toute subjective, comme on dit. J'attrape énergiquement le bras de mon blond et nous quittons son immeuble rapidement, nous dirigeant vers une rue commerçante proche de son quartier. Alors que nous marchons, j'avise les nombreuses décorations rouges, jaunes et vertes qui égaient toute la ville. Je ne suis pas beaucoup sorti depuis que j'habite chez lui, par peur de rencontrer d'anciens clients ou simplement par manque d'envie. En réalité, mes seules excursions se sont limitées à l'épicerie en bas de son appartement pour aller faire les courses ainsi que la récente escapade chez mon opticien, chez qui j'ai dû aller chercher mes lentilles.

J'observe avec émerveillement les illuminations de Noël qui m'entourent et je crois que Draco a remarqué depuis longtemps mes yeux plein d'étoiles car il rit doucement à côté de moi.

« Dray ! Quel jour sommes nous ?

- Dimanche, Harry.

- Te moque pas de moi ! Je veux dire, quelle date ? »

Il rigole encore un peu devant mon impatience puis se penche à mon oreille et murmure une chose totalement inconcevable pour mon pauvre cerveau.

« Répète !

- Dimanche 22 décembre.

- Mais … Mais c'est pas possible ! C'est Noël dans deux jours et je ne m'en suis même pas rendu compte ! Et toi, tu n'as pas jugé important de me le dire, hein, sale blond ! »

Il me tire la langue avec beaucoup de maturité et nous continuons à nous chamailler gentiment tout le long du trajet. Je crois qu'il ne se rend pas bien compte à quel point je suis heureux. Il m'a clairement laissé entendre que nous passerions le réveillon tous les deux, juste lui et moi, juste ensemble.

« Mais il faut que j'achète de quoi cuisiner !

- Tu es sûr que tu ne veux pas que j'appelle un traiteur ?

- Non, non, je vais le faire. Je l'ai déjà fait.

- Ah bon ? Quand ça ?

- Quand j'habitais chez mon oncle et ma tante.

- Pardon ? Tu préparais leur repas ? Remarque, ils avaient plutôt bon goût, tu es un excellent cuisinier. Je suppose que tout devait être succulent.

- Je ne sais pas. Je n'ai jamais goûté. »

Je n'ai jamais eu le droit de fêter Noël non plus, je n'ai jamais reçu de cadeaux. Mais je ne peux pas lui avouer ça, j'aurais trop honte, une fois de plus. Devant mon visage fermé, Draco préfère changer de sujet de discussion et nous préparons ensemble le menu du dîner de réveillon, tout en admirant les vitrines scintillantes des magasins qui nous entourent. Il m'entraîne ensuite dans d'innombrables boutiques, toutes plus chères les unes que les autres, correspondant parfaitement avec les goûts de luxe du personnage. Il me tend mille vêtements, infatigable et commente tout, à la manière des grands stylistes. Je lui conseille également de nombreux habits, connaissant maintenant assez ses préférences et une sorte de frénésie le fait ressortir des magasins avec d'énormes paquets dans les mains. Je découvre une nouvelle facette de sa personnalité qui me fait beaucoup rire : un jeune avocat plein aux as et acheteur compulsif dans ses grands jours.

Je l'emmène ensuite dans des lieux beaucoup plus modestes mais dont la qualité est indéniable, afin de trouver des articles que je sois en mesure de m'acheter. Nous craquons finalement pour un pantalon de smoking et un autre en cuir, tout deux noirs, très près de corps et parfaitement ajustés. Je choisis également une chemise verte et un tee-shirt rouge plutôt moulant, afin de compléter ma misérable garde-robe. A la caisse, Draco souhaite payer, mais je l'en empêche, arguant que mon salaire doit bien servir à quelque chose. Et puis, ce n'est pas comme si j'étais une vulgaire demoiselle à entretenir, non plus.

Nous continuons gaiement notre promenade, des sacs plein les mains, des rires plein la tête et des sourires au bord des yeux. Nous entrons ensuite dans une librairie, ce lieu que nous vénérons tous les deux à sa juste valeur et nous déambulons distraitement dans les rayons, tout en débattant à propos de toutes les œuvres que nous avons lues et aimées. Il me vante les mérites de Fatou Diome et de ses ouvrages émouvants et poétiques et moi j'affirme préférer Lolita Pille, cette auteur aux mots crus et violents dévastateurs.

Soudain, je croise le regard du vendeur et ce que j'y vois me donne des frissons dans le dos. Il me regarde avec une lueur mauvaise dans les yeux, comme s'il souhaitait me frapper, comme si le fait que je sois dans son commerce ne lui plaisait pas du tout, et c'est bien entendu le cas. Il m'a reconnu, il sait que je suis Harry Potter, le petit con sur qui courent les plus folles et abominables rumeurs partout dans la ville. J'ai un mouvement de recul presque involontaire et quand je le vois s'avancer dans ma direction en ouvrant la bouche, je préfère battre en retraite et sortir du magasin avant d'avoir à affronter des remarques désobligeantes qui ne feront que me blesser. Quand Draco me rejoint dans la rue, je vois bien qu'il est gêné et qu'il a presque envie de s'excuser à la place du vendeur mais je ne lui en laisse pas le temps et continue à marcher, comme si de rien n'était, fixant avidement les vitrines comme si elles pouvaient m'aider à garder mon calme. C'est pour cette raison également que je ne sortais plus depuis un certain temps, j'ai encore trop de souvenirs de commerçants que cela n'a jamais dérangé de m'insulter et de me traiter comme la pute que je suis. Que j'étais.

Le silence entre nous est à présent tendu et je sais qu'il meurt d'envie de me poser des questions sur ce qu'il vient de se passer. Mais je n'ai pas envie de lui répondre, pas le courage non plus. Un jour peut-être, je lui raconterais tout ce qu'il veut. Mais pas maintenant, plus tard.

J'avise soudain un grand magasin coloré au bout de la rue, celui dans lequel j'ai toujours rêvé d'entrer sans jamais oser y aller seul. Je secoue doucement le bras de mon voisin d'une façon enfantine et le regarde avec des yeux humides et suppliants.

« Draco, on peut aller au Disney Store s'il te plait ? »

Il me fixe et je constate qu'un petit sourire en coin orne à nouveau ses lèvres, alors qu'il prend ma main et me guide vers la foule compacte qui obstrue l'entrée du célèbre magasin. J'entrelace doucement nos doigts et je suis heureux de constater qu'il n'a pas de mouvement de recul. Nous nous faufilons entre les gens et nous réussissons tant bien que mal à nous retrouver à l'intérieur. Le vigil ne pense même pas à nous prendre nos sacs ou à les fermer avec une agrafe, tant il est dépassé par tout ce qu'il se passe autour de lui. Nous sommes poussés malgré nous vers le fond de la pièce, sans réussir à parcourir les différents rayons qui nous entourent et nous faisons à présent face à une montagne impressionnante de peluches nombreuses et diverses. J'ai une irrépressible envie de plonger dans toute cette masse douce et cotonneuse mais je parviens à me contenir, serrant un peu plus fort la main que je tiens entre mes doigts. Je lâche cette dernière à contrecœur afin de plonger complètement mes bras dans ce tas à la recherche de toutes les figurines que je reconnais.

Ces dessins animés ont bercé mon enfance ainsi que mon adolescence et mes longs week-end en solitaire, lorsque ma famille partait en voyage et me laissait seul avec pour ordre de ne toucher à rien dans leur précieuse maison. Je dénichais alors la clef de l'armoire à cassettes vidéos derrière le pot de fleur posé sur la cheminée et m'installais devant la télévision pendant de très longues heures, oubliant même souvent de manger ou de dormir. Ces personnages fictifs et gorgés de bons sentiments naïfs et puérils sont longtemps restés mes meilleurs amis, mes gentils compagnons imaginaires à qui je racontais mes malheurs et qui me consolaient quand tout devenait trop difficile à supporter.

Draco sort triomphalement un Simplet de la pile et me demande innocemment si ce nain n'a pas un léger rapport avec ma personne. Je lui tire la langue avec beaucoup de maturité et lui mets Ed sous le nez, lui affirmant que le côté stupide de l'animal me rappelait vaguement un blond de ma connaissance. Nous éclatons alors de rire simultanément et nous nous dirigeons d'un commun accord vers la sortie, étouffant littéralement dans cette foule grouillante. Je sens alors une main frôler la mienne et je l'attrape, sachant très bien à qui elle appartient et je me laisse guider dans son sillon vers une sortie bien trop loin à mon goût. Je me trémousse bizarrement afin d'éviter les gens et je sens soudain quelqu'un toucher mes fesses. Je me retourne brusquement, cherchant du regard le malotru parmi les personnes qui m'entourent. J'avise le petit sourire gourmand d'une jeune fille qui fixe ostensiblement mon corps et je m'éloigne d'elle le plus vite possible. Je prends alors conscience que j'ai lâché la main de Draco et que je vais devoir me créer un chemin vers la sortie tout seul. Le problème concret et que je la vois à peine, cette putain de sortie. Je suis petit. Je. Sais.

Je joue des coudes comme je peux, et essaie de garder mon calme quand des mains un peu trop baladeuses s'aventurent dans des terrains interdits. Il y a une pancarte « tripotez-moi, c'est gratuit » au dessus de ma tête, ou quoi ?

Je bouscule carrément les dernières personnes qui ont l'audace de se trouver sur mon chemin et je pousse un soupir mi-soulagé, mi-exaspéré quand je débouche enfin à l'air libre. Je rejoins Draco qui m'attend sur le trottoir d'en face et qui me fixe avec un regard interrogateur. Je lui fais un petit signe de tête afin de lui signifier qu'il n'y a rien de grave et nous continuons tranquillement notre promenade.

Je suis affreusement gêné quand nous croisons des gens qui nous reconnaissent tous deux et qui nous lancent des regards dégoûtés et même déçus en direction de ce jeune avocat si réputé. J'ai l'impression qu'il ne remarque rien. Ou alors il s'en fiche. Je devrais y être habitué depuis le temps, mais je n'arrive pas à être indifférent, je n'y arriverai jamais.

« Harry, ça t'embêterait de m'attendre dehors ? Je n'en ai que pour un instant.

- Non, bien sûr, vas-y.

- Je me dépêche. »

Je regarde le magasin dans lequel il entre et je reconnais tout de suite le nom, puisque c'est mon préféré. Jules. J'adore réellement les vêtements qu'ils proposent à l'intérieur, les couleurs comme les formes. Les chemises, les tee-shirts, les vestes et les pantalons … Tout est vraiment génial. Malheureusement, j'ai rarement eu le loisir de pouvoir m'offrir quelque chose ici, puisque ce n'est pas dans mes moyens. Je me demande pourquoi Draco a désiré y entrer sans moi, et tout un tas d'explications ridicules me viennent à l'esprit. Il n'a pas honte de moi, n'est-ce pas ? Non, sinon il ne m'aurait pas proposer de passer l'après-midi ensemble. Ou alors, peut-être qu'il doit voir un ami seul, ou sa petite amie. Ou son copain. Après tout, je sais qu'il est bi et ce n'est pas parce qu'il est gentil avec moi qu'il est célibataire. Je l'accapare la plupart du temps mais il voit sûrement quelqu'un. Une personne aussi magnifique et brillante que lui ne devrait avoir aucun mal à trouver un compagnon.

Cette pensée me déprime un peu, mais je ne dois pas me laisser abattre. JE suis celui qui habite avec lui. Je prends appui sur le mur derrière moi et pose un pieds dessus, étirant mon cou vers l'arrière, les yeux clos, afin de ressentir au maximum les pauvres rayons de soleil qui filtrent jusqu'à moi en cette pâle journée d'hiver. Je pense à Noël qui est dans deux jours et je prends conscience du fait que je dois trouver un cadeau digne de ce nom pour Draco. Et envoyer une lettre à Sirius, aussi.

Je soupire doucement, las. Penser à mon parrain me donne toujours le cafard. Je sais que je devrais aller le voir plus souvent, mais je n'y arrive pas, chaque visite est beaucoup trop éprouvante et me vide complètement pour un bon moment. Alors je les fuis le plus possible comme le lâche que je suis.

Je sens soudain le soleil qui me réchauffait disparaître et une ombre s'étendre sur moi. J'ouvre brusquement les yeux et me retrouve nez à nez avec un homme brun d'une trentaine d'année dont le visage m'est désagréablement familier. Non pas que les souvenirs qu'il m'évoque soient tous désagréables, mais je n'ai simplement pas envie de le voir.

« Bonjour Harry.

- Blaise … »

Je ne sais pas vraiment comment je me sens face à cette apparition, mais je suis troublé. Il est toujours aussi beau, mais je note tout de même que ses cheveux sot plus ternes et son sourire moins éclatant. Je me demande ce qu'il a bien pu vivre depuis trois ans. Trois ans … Il y a donc plus de trois ans que j'ai débarqué dans cette ville. Qu'ai-je fait, depuis ? Pas grand chose de concluant. Enfin, sauf si on estime que se prostituer soit une activité enrichissante.

« Je n'ai jamais cessé de penser à toi.

- Euh, Blaise, tu te sens bien ?

- Mieux depuis que je t'ai aperçu, chéri. »

Je me dégage violemment et il s'effondre lamentablement sur le mur.

« Non mais ça va pas la tête !

- Bon, c'est quoi ton problème ? Ca fait trois ans que l'on ne s'est pas vu et tout ce que tu trouves à me sortir, c'est ta pathétique tentative de drague ?

- Eh bien, en fait, non. J'ai entendu parler de toi, tu sais. Tout le monde parle de toi, partout. Beaucoup. Et j'ai appris que tu avais un travail fort sympathique, quoiqu' assez peu lucratif. J'étais intéressé, tu comprends. Je le suis toujours. J'ai toujours apprécié tes … Performances.

- Dégage, Blaise. Tu me fais chier.

- Allez, joue pas les prudes, Harry, fut un temps où nous étions intimes, toi et moi.

- Certes, mais tu as bien raison d'employer le passé, parce que ce temps est définitivement révolu. »

Il m'attrape vivement le bras et je sens ses doigts marquer douloureusement ma peau.

« Tu es fou, Blaise. Et complètement défoncé. »

Il rapproche dangereusement nos deux corps, une lueur effrayante dans les yeux, et se baisse à mon oreille pour me susurrer qu'il préférerait que ce soit mon joli petit cul qui soit défoncé par ses bons soins.

« Allez, tu peux me faire un prix d'ami en souvenir du bon vieux temps, non ?

- Tu me lâches et tu dégages. Maintenant. »

Je crois que je tremble. De dégoût, de colère, d'amertume.

« Rentre chez toi, Blaise, s'il te plaît. Laisse-moi. Oublie-moi. »

Mon ton est plus suppliant que je ne l'aurais souhaité mais je m'en fous. Je ne veux pas me battre contre lui, il m'a frappé mais je l'aimais. Je suis horriblement blessé par ses paroles, je pensais qu'il avait une plus haute estime de moi, mais après tout, je suis habitué à recevoir ce genre de commentaire, ces insultes, ces coups de poing qui me coupent immanquablement le souffle.

Il me relâche doucement et je vois à ces yeux qu'il regrette de s'être emporté. Comme avant. Comme toujours.

« Va-t-en, Blaise.

- Harry, je …

- Ne t'excuse pas, c'est inutile. »

Je frotte mon bras là où je sais que quelques bleus apparaîtront bientôt et je le regarde s'éloigner, la tête baissée et les épaules voûtées. Je m'appuie à nouveau contre mon cher mur, mes jambes tremblantes supportant difficilement mon corps et j'ai juste envie maintenant que Draco sorte de ce magasin pour que l'on rentre à la maison. Et dormir … Dormir…

« Harry ? »

Je rouvre mes yeux que je n'avais pas conscience d'avoir fermés et suis presque ébloui par le sourire resplendissant de ce beau blond. Je note distraitement qu'il porte un nouveau paquet.

« Harry, tu vas bien ? Tu es tout pâle.

- Oui, oui, tout va bien, ne t'inquiète pas. »

Je tente un sourire mais je crois que celui-ci ressemble plus à une grimace monstrueuse.

« Je … On rentre ? »

Je me redresse et me mets à marcher, vérifiant au passage qu'il est bien en train de me suivre. Il se place à ma hauteur et me prends délicatement le poignet afin de me faire stopper. Il plonge son regard dans le mien et je vois toutes ses interrogations s'inscrire dedans.

« C'est Blaise Zabini qui t'a mis dans cet état ? »

J'écarquille les yeux, choqué et ma bouche s'entrouvre sans que je puisse articuler ne serait-ce qu'un son. Quand je parviens enfin à commencer une phrase, ma voix part tellement dans les aigus qu'elle ressemble à un misérable cri de souris.

« Comment … ?

- Nous étions ensemble au lycée. Plutôt bons amis, d'ailleurs. »

Je détourne les yeux, mal à l'aise et soupire avec lassitude. Je ne veux pas avoir cette conversation non plus, pas maintenant. Je voudrais juste m'allonger sur le lit moelleux qui m'attend, m'étendre entre les couvertures chaudes et confortables et y rester pour toujours. Dormir … Dormir et oublier.

« Harry, parle-moi.

- Je suis fatigué, Draco. Une autre fois, d'accord ? »

Il me regarde doucement et, tout en souriant gentiment, me prend la main afin de me guider vers son appartement. Le nôtre. Je sens une douce et agréable chaleur se répandre dans tout mon corps à cette pensée et je décide d'occulter volontairement de mon esprit la scène que je viens de vivre.

Je passe la reste de la journée dans une espèce d'apathie reposante. Je prépare un dîner copieux et nous discutons de sujets légers et impersonnels qui me conviennent parfaitement. Je touche à peine à la nourriture. Je vais ensuite rapidement me coucher, faisant fi du regard légèrement inquiet de Draco et m'enroule dans mes couvertures en laissant échapper un petit soupir de bien-être et le sommeil m'emporte rapidement.

XXXXXX

« Draco ? Tu n'aurais pas un timbre pour moi, s'il te plaît ?

- Regarde dans le buffet du salon, tiroir du milieu.

- D'acc'. Merci. »

Encore une fois, je me contente d'envoyer une jolie carte accompagnée d'un charmant mot impersonnel qui me donne envie de vomir à mon parrain pour Noël. De toute façon, il ne le comprendra pas, alors … J'avais pourtant juré que j'irai lui rendre visite, mais comme d'habitude je me trouve de minables excuses afin de retarder au maximum la confrontation. Je me dégoûte, parfois.

J'ouvre distraitement le tiroir que Draco m'a indiqué et farfouille à l'intérieur à la recherche de ces petits rectangles colorés quand j'avise une boîte en fer relativement grande, quoi que plus large que haute. La curiosité est un vilain défaut que j'ai toujours cultivé avec une bonne volonté assez effrayante et qui m'a d'ailleurs souvent amené plus d'ennuis qu'autre chose. Mais je m'en taperai sur les doigts plus tard, comme à chaque fois.

Si seulement j'avais su à quel point, je crois que j'aurais vivement refermé ce maudit tiroir.

Je prends la boîte doucement, veillant à ne pas la cogner pour ne pas que le bruit attire Draco. Après tout, je ne sais pas encore ce que je vais trouver dedans. Peut-être tous plein de petits secrets. Je soulève le couvercle qui grince légèrement et ce que je vois me coupe littéralement le souffle.

Une photo.

Une photo de ma personne, agenouillée devant un homme dans une rue sombre, la tête plongée dans son pantalon en une pose qui ne laisse aucun doute quant à mon activité.

Je la soulève doucement, les doigts légèrement tremblants, pour constater qu'il s'agit en fait d'une pile impressionnante de documents, beaucoup de photographies mais également des articles de journaux, des post-it noircis d'une écriture fine et penchée. Je lis ce que la presse a relaté concernant l'accident de mes parents, je me vois à la fête des écoles alors que je devais avoir huit ans, dansant maladroitement dans un coin du podium, et plus vieux entrant dans une voiture rouge, et me déhanchant énergiquement dans une boîte de nuit, et à côté de Jedusor alors que celui-ci sourit méchamment, et puis nu et soumis à une espèce de grosse brute sur le sol d'une chambre mal éclairée.

Mes yeux se ferment brièvement et je les rouvre, espérant me réveiller dans mon lit après un cauchemar particulièrement désagréable. Ce n'est bien entendu le cas, et je ne peux empêcher ma main de se plaquer violemment contre mes lèvres, étouffant un halètement douloureux alors que j'essaie de retrouver une respiration normale. La boîte honnie s'écrase lourdement sur le sol, le fer et le carrelage se rencontrant en un bruit sourd et sinistre. Les documents s'étalent avec une sorte de complaisance malsaine à mes pieds et je tente en vain de ne pas voir ces images qui me brûlent la rétine.

« Harry ? Tu vas bien ? »

Je me sens trahi. Humilié. Stupide.

« Harry ? »

Le claquement brutal de la porte d'entrée est la seule réponse qu'il obtient.

Je suis déjà loin.