Titre : Such a pretty boy.
Auteur : Ju'
Rating : M, bien que pas vraiment pour ce chapitre (je n'ai vraiment rien pour me faire pardonner, hein u.u")
Disclaimer : C'est cruel, je trouve, de nous faire avouer, à chaque fois que ce qu'on écrit, non seulement ne nous rapporte rien, mais en plus ne nous appartient même pas. Enfin, bref, l'histoire est quand même à moi (bien que je ne suis pas sûre que je doive en tirer une quelconque fierté ...)
Note de l'auteur :Alors, là, je ne sais pas quoi dire. Je n'ose rien dire, en fait. 10 mois pour écrire un malheureux chapitre qui est mauvais, court, et qui fait à peine avancer l'histoire. J'ai honte, et je sens que vous m'en voulez, et c'est terrible. Essayez de ne pas être trop méchantes (méchants ?) avec mon humble personne, parce que, dans le fond, je ne mérite pas tant de haine n.n"
Je dédicace quand même ce chapitre à mon adorable grande soeur, parce qu'elle est partie se faire dévorer par les moustiques au Vietnam depuis des mois, et elle me manque affreusement. Elle m'a bien botté les fesses virtuellement pour que j'écrive ce chapitre, et je vous assure que dans ces moments, j'ai béni les milliers de kilomètres qui nous séparaient, elle et mon postérieur (mais que dans ces moments, parce que je l'aime quand même). Bref, je suis sûre que ma vie ne vous intéresse absolument pas, alors je m'arrête ici. Soeurette, si tu lis cette chose, sois indulgente (vous aussi, chères lectrices ^^) et n'oublie pas que je te kiffe à donf !
Sur ce,
Bonne lecture !
Such a pretty boy.
« Bonjour, vous deux. »
Je m'assieds délicatement sur le marbre froid et inconfortable et dépose le bouquet de fleurs sauvages que j'ai cueilli au bord du chemin.
« Il y a bien longtemps que je ne suis pas venu ici. J'avais presque oublié à quel point ce lieu est apaisant. »
Je fixe le décor alentour et m'imprègne lentement du silence légèrement irréel de l'endroit, tout en m'adossant un peu mieux contre le pierre tombale.
« Je suis désolé. Ce n'est pas que je ne voulais pas vous voir, mais j'avais peur que vous me jugiez. Je sais que ce n'était pas votre genre, parce que Remus me parlait beaucoup de vous, vous savez. Il estimait que c'était son devoir en tant que meilleur ami que de me raconter votre dans les moindres détails. Eh bien, c'est quelque chose que j'appréciais particulièrement. »
Mes doigts retracent machinalement les contours de cette vieille photo légèrement jaunie par le temps qui ne me quitte jamais.
« Mais, honnêtement, je ne suis pas sûr que votre esprit aurait été assez ouvert pour accepter ce que je suis devenu. En un sens, c'est ridicule. Je n'aurais jamais eu tous ces problèmes si vous aviez été là pour me protéger. »
Je sais que mon ton ne devrait pas être aussi amer et que je suis injuste. Personne ne choisit de mourir à vingt-deux ans.
« Sirius m'avait proposé d'emménager avec lui, un jour. J'avais dix ans, à l'époque. Je crois que c'était le plus beau jour de ma vie, je m'imaginais déjà dans un foyer accueillant, aimé et choyé comme j'avais toujours rêvé de l'être. Malheureusement, cela n'a jamais été possible. Je me suis souvent demandé pourquoi il n'avait pas abordé le sujet plus tôt. Je pense que Remus et lui étaient amants. Ils n'ont jamais voulu me le dire, prétextant que j'étais trop jeune pour même songer à poser la question, mais ils étaient trop complices et trop beaux ensemble pour ne pas l'être, n'est ce pas ? Je me demande si votre couple était aussi magnifique qu'eux deux. Remus disait que oui. »
Une légère brise vient secouer mon indomptable tignasse et j'ai l'impression ridicule qu'ils essaient de me répondre. Un sourire effleure mes lèvres.
« Draco est un homme vraiment adorable, vous savez. Le gendre parfait. Je suis persuadé que l'auriez très vite adopté. Beau comme un dieu, redoutablement intelligent, très doux, doté d'un self-contrôle qui défie toute concurrence et indubitablement riche, ce qui ne gâche rien. Il m'a sauvé. Deux fois. Et je lui en suis très reconnaissant. On s'entend bien tous les deux, vous voyez. Pendant notre cohabitation, nous avons développé une complicité très agréable, et j'ai réellement passé d'excellents moments. Ils paraissait assez content également de m'avoir à ses côtés mais je peux très bien me tromper. Ce n'est pas quelqu'un qui montre beaucoup ses émotions et je me demande si c'est une question d'éducation ou une simple déformation professionnelle. Je ne connais pas tant de choses sur lui finalement et ce constat m'attriste. Je l'aime. Je l'aimais. Je ne suis plus très bien, je suis un peu perdu. Je crois que c'est pour cette raison que j'avais besoin de parler à quelqu'un. Eh bien, j'avais surtout besoin que l'on m'écoute. »
Petite brise délicate, à nouveau, et mon sourire tente d'être moins amer.
« J'ai eu le coup de foudre pour lui, mais mes ersatz de sentiments amoureux en seraient restés là si je ne l'avais pas revu. J'aurais juste gardé une boule désagréable au creux du ventre pendant un certain temps, m'annonçant que je ratais probablement une chose formidable, une fois de plus. Mais il m'a sauvé une deuxième fois, puis il m'a invité chez lui, et à partir de ce moment-là, j'étais foutu, parce que je donnais une chance à mes sentiments de se développer. Et maintenant … Je ne sais plus quoi penser. Dieu, je me suis senti si mal en découvrant cette boîte, si sale et humilié. Si triste. Alors, tout n'était qu'une misérable comédie destinée à me rabaisser ? Mais ce que j'aimerais savoir, c'est pourquoi. Je veux dire, ce n'est pas comme si j'avais une très haute opinion de ma personne. Aller lui poser directement le question ? Eh bien, je suppose que c'est ce qu'il y a de mieux à faire. Affronter son regard, assimiler ses paroles. Et ne pas montrer que l'on est aussi blessé que le pauvre animal qui agonise misérablement sur le bord d'une route déserte. »
Le vent est plus fort cette fois. Mais il ne parvient pas à effacer cette expression de tristesse qui règne en maître sur mon visage.
« Vous avez raison, autant lui laisser une chance de s'expliquer. Mais moi je suis lâche et je n'ai pas envie d'entendre des mots qui pourraient me faire du mal. Il faut bien que je me protège, vous comprenez. »
Je reste silencieux un long moment, à la fois imprégné par la sérénité de l'endroit et agité par les pensées qui m'assaillent. Je me relève enfin, quand mes jambes alourdies par le gel ne semblent plus capables de supporter mon poids. J'embrasse doucement la tombe, de mes lèvres glacées contre le marbre qui me semble presque tiède et je glisse un dernier regard sur la photo.
« Dites bonjour à Remus de ma part. Dites-lui que je l'aime. Et merci pour vos conseils. On devrait se faire ça plus souvent. »
Je m'éloigne lentement, les mains profondément enfoncées dans les poches de mon jean, ne laissant derrière moi qu'un nuage de buée blanche et un silence qui ne sera pas troublé avant un long moment.
XXXXXX
« James !
- Eh Siri', comment vas-tu ?
- Pas très bien, tu sais. Ça fait tellement longtemps que t'es pas venu me voir que je pensais que tu m'avais oublié. »
Je sens ma gorge se nouer sous la culpabilité et la tristesse et ne peux m'empêcher d'aller le prendre dans mes bras, en une étreinte aussi importante pour lui que pour moi.
« Dis James !
- Oui ?
- Tu m'aimes toujours, hein ? »
Mon cœur se serre un peu plus, et je me demande une fois de plus combien de temps je pourrais supporter ça. Je resserre mes bras autour de ce corps d'adulte séduisant et élancé. Mon ton est un peu sec lorsque je lui réponds. Un peu las aussi.
« Bien sûr Siri'. Tu ne devrais même pas en douter. »
Il baisse la tête honteusement, comme un enfant pris en faute et je devine ses beaux yeux embués de larmes qui ne tarderont pas à couler.
« Excuse-moi, Siri' ! Tu sais très bien que tu es mon meilleur ami et que tu comptes plus pour moi que n'importe qui d'autre. D'accord ?
- Oui ! »
Il me fait un sourire éclatant et je l'envie de pouvoir passer d'une émotion à l'autre en un si court instant. Cependant, son visage s'assombrit rapidement et il se serre un peu plus contre moi.
« Mais tu sais, James, je crois que 'Mus, il m'aime plus du tout. Il n'est pas venu me voir une seule fois depuis que je suis ici. Pourtant, moi je l'aime très très fort et je fais tout pour être bien sage, comme ça il sera fier de moi et il viendra me voir. Et il me fera un gros câlin pour plus que je me sente seul. »
J'ai envie de le relâcher et de m'enfuir en courant très loin d'ici. Après tout, il n'a pas besoin de moi, il ne sait même pas qui je suis.
Je me dégoûte.
« Ne t'inquiète pas Siri'. 'Mus t'aime plus que sa propre vie. S'il ne vient pas, c'est qu'il ne peut pas.
- Je m'en doutais, il a des problèmes ! Et tu sais quelque chose, James. Dis-moi s'il te plaît, il faut que je sache. »
Parfois, je me demande s'il ne peut pas redevenir le Sirius que je connaissais pendant quelques instants, s'il n'a de temps en temps des moments de conscience. Comme lorsqu'il s'inquiète pour Remus, par exemple.
« James, réponds-moi ! Il va bien, hein ? »
J'admire ses beaux yeux bleus perdus que les larmes envahissent peu à peu et les mots réconfortants que j'aimerais prononcer se bloquent impitoyablement dans ma gorge. Je caresse tendrement ses longs cheveux magnifiques dans l'espoir dérisoire de le réconforter. Quand sa petite voix parvient jusqu'à moi, étouffée par mon tee-shirt, je suis obligé de pencher la tête afin d'entendre ses paroles.
« Il est mort, n'est ce pas ? »
Mon corps entier se tend douloureusement alors que mes yeux rencontrent les siens.
Bien entendu, au fond de lui, il connaît la réponse. C'est bien pour cela qu'il est ici, d'ailleurs. La folie est avant tout un mécanisme de défense. Lorsqu'une personne ne peut plus supporter le monde qui l'entoure, l'esprit se retire, ainsi il ou elle n'a plus besoin de le faire. Et le passé de Sirius avait été très, mais alors très difficile à supporter. Tout d'abord, il avait perdu son meilleur ami qu'il considérait comme un frère et sa précieuse amie le même jour, et il avait réussi à remonter la pente uniquement grâce à la présence chaleureuse et aimante de Remus. C'est quand je repense à cette période, aux regards, aux gestes et aux paroles que je suis persuadé qu'ils étaient effectivement amants.
Eh bien, je suppose que je ne le saurais jamais avec certitude.
Cependant, alors que Sirius allait mieux, doucement, alors qu'il avait l'intention de m'adopter, Remus a été victime d'une agression un soir en rentrant du travail. Vingt-deux coups de couteau. Il est mort deux heures plus tard.
Ce jour-là, j'ai perdu les deux personnes que j'aimais le plus, les seules, celles que je considérais enfin comme une famille.
« Pourquoi tu dis ça Siri' ?
- Parce que 'Mus il avait promis de jamais m'abandonner. Il avait dit que seule la mort pourrait nous séparer. Alors si je me retrouve tout seul, c'est que la mort nous a séparés. Parce que 'Mus il tient toujours ses promesses, tu sais. »
De petites larmes brillantes mouillent ses joues et il enfouit son nez dans mon cou en reniflant, en un geste enfantin tellement doux que je ne peux empêcher mes yeux de s'embuer dangereusement.
Nous restons un long moment dans cette position, essayant de trouver dans l'autre un certain réconfort, même infime, juste un peu de chaleur humaine qui nous donne la magnifique illusion que l'on est encore important, ne serait-ce que pour une personne.
J'avise le ciel opaque et presque terrifiant à travers la large fenêtre et je sais qu'il faut que je parte. J'embrasse une dernière fois le sommet de sa tête et caresse son visage du pouce, effaçant définitivement le fantôme de sa tristesse.
« Je dois y aller, Siri'. Je dois rentrer chez moi.
- Mais tu viendras me voir bientôt, hein James ?
- Je ne sais pas, Siri'. Mais je te promets que je serai là pour ton anniversaire, d'accord ?
- Mais c'est dans très longtemps !
- Je sais. Je suis désolé. »
Il me regarde fixement et ses yeux bleus me transpercent d'un regard pénétrant qui me donne envie de me jeter à ses pieds et de lui demander pardon.
« D'accord, James. Et je te promets que je serai très sage
- Je sais que tu le seras, Siri'. »
Je lui souris une dernière fois et sors du centre sans me retourner, essayant de contrôler mes tripes qui se sont lancées dans une danse effrénée et douloureuse. J'aimerais tellement l'emmener avec moi loin d'ici et le couvrir de tendresse et d'amour mais c'est impossible. Je suis déjà incapable de m'occuper de moi, alors comment pourrais-je seulement envisager avoir une personne à charge ? Je ne pourrais même pas lui trouver à manger.
Je resserre ma veste autour de mon torse dans une vaine tentative pour arrêter les frissons qui traversent mon corps et entre dans la gare.
Je ne peux plus rien pour lui.
XXXXXX
Je fixe la porte devant moi depuis maintenant dix bonnes minutes et je suis incapable de me décider : sonner ou ne pas sonner, telle est la question. Existentielle la question, si vous voulez mon avis.
Je me sens affreusement fatigué. Je n'ai pas dormi de la nuit, n'ayant nulle part où aller. J'ai à peine somnoler dans le train. Et je ne suis plus très sûr que venir ici soit une si brillante idée, toute chose considérée. Je ferais mieux d'aller dormir, encore une fois. J'ai l'impression que c'est la seule chose que je fais de ma vie, dernièrement.
Je réunis le peu de courage que je possède, inspire un bon coup et appuie sur la petite sonnette blanche sur ma gauche. Un silence quasi religieux me répond et je ne sais pas si je dois me sentir déçu ou soulagé. Je sonne une nouvelle fois, plus par réflexe qu'autre chose et je m'apprête à tourner les talons lorsque j'entends un cri à travers la porte, un « j'arrive » précipité et étouffé.
Je reste comme un imbécile à fixer cette foutue porte une fois encore, avec un nouveau dilemme en tête : rester ou ne pas rester. Et j'avoue que la deuxième proposition me semble tout à coup très alléchante. Je me résigne à appliquer scrupuleusement le divin adage « courage, fuyons » quand la porte s'ouvre brusquement, dévoilant un Draco échevelé, débraillé et diablement sexy. Il me regarde avec des yeux ahuris pendant un court instant puis se jette sur moi pour me prendre dans ses bras, en une étreinte qui me laisse sans réaction.
« Oh dieu, Harry ! J'ai cru que je ne te reverrais jamais. »
Il me regarde avec ses grands yeux bleus tout tristes et perdus et je ne peux empêcher un sourire d'effleurer mes lèvres alors que j'entre dans l'appartement.
Finalement, ce sera rester.
Au moins un peu.
XXXXXX
Je le regarde se triturer les mains nerveusement depuis que je suis arrivé. Il m'a installé dans le canapé pour aller préparer du thé, m'a collé une tasse chaude dans les mains puis s'est installé en face de moi.
Depuis, plus rien.
Il a également déposé la petite boîte en fer entre nous, sur la table basse, et je ne peux m'empêcher d'y jeter de fréquents regards noirs. Je le vois inspirer profondément afin de trouver ses mots et s'énerver tout seul. Je n'essaie pas de l'aider. Je ne parle pas, je ne bouge même pas, à part pour porter la tasse à mes lèvres. C'est une petite vengeance mesquine qui me fait du bien.
Mon attitude nonchalante et détachée le déconcerte, car il sait parfaitement que je suis très énervé contre lui et que s'il ne me donne pas une très bonne explication d'ici quelques minutes, je partirais. J'aime croire que je suis assez important pour lui pour qu'il tente tout ce qu'il peut pour me retenir.
Il se ronge avec application l'ongle du petit doigt puis me regarde enfin dans les yeux.
« Ecoute Harry. Je … Je vais t'expliquer d'accord ? Mais je ne sais pas très bien par où commencer. C'est une histoire assez compliquée.
- J'ai tout mon temps, Draco.
- Oui. Oui, je sais. D'abord, je suis désolé que tu aies découvert cette boîte ainsi et...
- Draco, si tu ne commences pas ton explication tout de suite, je m'en vais. »
Il se tord les mains à nouveau et me lance un regard suppliant qui ne me fait pas flancher. Merde, j'en ai marre de toujours passer pour un con.
« Oui. Oui, oui, bien. Hum. Donc, voilà. Tout commence quand tu décides de travailler pour Tom Jedusor Junior. Je suppose que tu es plus au moins au courant qu'en plus de son métier, il est le chef d'un organisme soi-disant clandestin, et que tout le monde connaît, bien entendu. Une sorte de mafia, avec meurtres, trafics et autres joyeusetés de la sorte. Son travail d'avocat ne lui suffit pas, tu comprends, il recherche toujours plus de pouvoir et de richesses, et son emprise sur les gens ne cesse de grandir encore et encore. Son réseau est très étendu, et de nombreuses personnes sont sous ses ordres. On les appelle les Mangemorts, parce qu'ils sont dangereux et trop mystérieux pour ne pas être craints. Mon père en fait partie, comme beaucoup de gens savent, bien qu'il soit conseiller personnel du premier ministre. Jedusor s'entoure seulement de gens qui ont suffisamment de pouvoirs pour lui être utiles.
Tu vois un peu le genre d'organisations malsaines, une véritable petite mafia. A vrai dire, je suis presque devenu avocat pour pouvoir démettre cet individu de sa fonction, mais ce n'est malheureusement pas aussi simple. Eh bien, je n'ai pas forcément choisi ce métier uniquement pour lui, mais il n'a fait que renforcer ma détermination.
La boîte que tu fusilles du regard depuis tout à l'heure est un peu liée à tout cela, au même titre que toi, si je puis dire. Je sais que tu as travaillé pour lui il y a trois ans, et je sais aussi les problèmes que tu as eus. Les vrais problèmes, s'entend. En fait, après ton départ fracassant, Jédusor a ordonné à mon père de faire des recherches sur toi. Il a fouiné vraiment partout et c'est ainsi qu'il a rempli cette boîte, au fur et à mesure de ses investigations. A cette époque-là, je n'avais que peu entendu parler de toi et uniquement en des termes abjectes. J'étais très pris par mes études, en réalité, et je sortais rarement la tête de mes livres. Mais tu étais devenu une telle obsession pour tous les gens que je fréquentais que j'ai moi-même commencé à être intrigué. J'ai écouté discrètement les conversations, j'ai cherché des renseignements dans le bureau de mon père et puis j'en enfin d »couvert cette boîte. J'ai d'abord été fasciné par tous ces documents, parce que je voyais bien que c'était toute une vie qui s'étalait devant mes yeux, parce que c'était malsain aussi, puis j'ai été horrifié, pour la même raison. J'ai tout volé, et je suis parti de la maison. Je ne voulais plus être lié d'une quelconque manière à cette organisation, je ne voulais plus voir leur tête sans avoir envie de vomir. Je ne sais pas pourquoi il n'a jamais essayé de récupérer cette boîte, quand j'y pense.
J'ai terminé mes études, j'ai commencé à travailler, à me faire une réputation. Puis j'ai fondé mon propre cabinet pour devenir l'avocat que je suis aujourd'hui. Simultanément, j'ai monté un dossier contre Jédusor, récoltant le maximum de preuves. Le problème a été la question des témoignages. J'ai retrouvé de nombreuses victimes qu'il a laissé derrière lui, mais comme tu t'en doutes, aucune n'a voulu déposer plainte. Trop officiel et surtout trop dangereux. Puis j'ai repensé à cette boîte cachée au fond de mon buffet et l'idée a fait son chemin petit à petit. Tu es une des personnes qui a le plus souffert à cause de cet odieux personnage et tu as énormément de raisons de vouloir te venger et …
- Tu as fait tout ça pour que je témoigne ?
- Pardon ?
- Tu m'as ramassé dans la rue dans l'unique but de me faire témoigner ?
- Eh bien non, pas vraiment. Tu t'es littéralement évanoui dans mes bras alors que je sortais d'une soirée et je peux t'assurer que ça, je ne l'avais pas prévu du tout. Le fait que tu emménages chez moi non plus, mais je ne pouvais pas te laisser seul comme ça dehors alors que je pouvais t'aider. Alors que je voulais t'aider. Je comptais te contacter d'une façon ou d'une autre, un jour, mais tout s'est un peu précipité. Je voulais t'en parler, mais d'abord être bien sûr et amener ça plus en douceur.
- Donc tu veux que je parle au tribunal.
- J'aimerais beaucoup en effet, mais je ne te forcerai en rien. Je ne veux pas que tu te sentes obligé de le faire par reconnaissance, ou pour une autre raison bancale de ce genre. Je veux que tu témoignes pour toi, si tu choisis de le faire, et pour personne d'autre.
- Bien. Je témoignerai. »
C'est froid et net, j'en ai bien conscience. Mais le choc est un peu trop dur pour moi. J'ai surtout coincé au fond de la gorge le fait qu'il connaisse tout de moi, et qu'il ait même des photos. C'est ignoble. Je le ressent comme un viol, mais en pire en fait, parce que ce n'est pas mon corps que l'on a souillée, mais mon être tout entier. Je me rends compte que les moindres événements de ma misérable vie ont été analysés, regardés, décortiqués par des individus que je ne connais même pas.
« Et Blaise Zabini… Vous n'avez jamais été camarades, en réalité.
- Si, si, je te jure que si. Je sais également que tu as eu une relation avec lui, et je sais pourquoi et quand elle a pris fin, mais nous étions vraiment amis au lycée. Nos pères se fréquentent régulièrement, ce qui a aidé à ce rapprochement. Je soupçonne d'ailleurs Monsieur Zabini d'être un Mangemort. »
J'ai du mal à tout assimiler. Je me relève doucement, titubant légèrement, les sens embrouillés. Je pose ma tasse de thé, lui lance un dernier regard peu amène et me dirige vers ma chambre.
Donc. Dormir, disais-je.
XXXXXX
Mes sens s'éveillent peu à peu. Je prends conscience de la douceur des draps autour de mon corps presque nu, je devine un rayon de soleil téméraire qui s'aventure sur mon visage et le réchauffe doucement. Je bouge mes pieds avec prudence, encore engourdi par ce sommeil qui je quitte à regret. Je refuse d'ouvrir mes yeux, profitant de mes dernières minutes d'inconscience avec bonheur. C'est peut-être le moment de la journée que je préfère, quand on est assez alerte pour penser aux petits rien qui font du bien, et pas assez pour laisser les mauvaises pensées nous envahir. Un sourire se forme sur mes lèvres quand je respire la douce odeur qui imprègne la pièce.
Café, indéniablement, et croissants chauds. Et pur beurre, s'il vous plait.
Je soupire d'aise. Je sais que c'est sa façon à lui de demander pardon. Il ne parle pas, il ne le dit pas, mais ses gestes parlent pour lui. Et je préfère, parce que les mots mentent et blessent, ils sont faux et douloureux. Les gestes aussi, parfois, mais je sais que ceux de Draco sont plein de sincérité. J'aime le croire, du moins.
Je souris un peu plus. C'était le réveillon, hier soir, et je n'ai fait que dormir, suite à la nuit blanche que j'ai passé après être allé voir Sirius. Je m'en veux un peu de l'avoir laissé tout seul pour une soirée aussi importante que celle-là, mais je me dis qu'il l'a bien mérité. Eh bien, je ne le pense pas vraiment, mais de toute façon, peu importe. Je compte bien me rattraper aujourd'hui. Après tout, le vrai jour de Noël, c'est le 25 décembre, non ?
On n'a pas fait de sapin, les guirlandes n'ont pas envahi l'appartement, mais ce n'est pas très grave. Je veux dire, je n'ai jamais fêté Noël avec qui que ce soit, alors guirlandes ou pas, j'ai fermement l'intention de m'amuser et d'en profiter autant que je peux.
Je ne dis pas que je lui pardonne totalement ce qu'il a fait, ni que je vais réussir à le regarder dans les yeux avant un petit moment, mais je ne veux pas gâcher ce jour. On parlera de tout ça plus tard, il m'expliquera encore, je lui dirai ce que j'en pense, je lui expliquerai ce qu'il en ait vraiment, parce que j'estime qu'il a le droit de savoir. Et puis, ça me fera du bien de me confier à quelqu'un. Ça ne m'est pas arrivé depuis une éternité, en vérité.
Je sors le croquis que j'ai réalisé de Draco, il y a deux semaines, alors qu'il plaidait avec virulence pour défendre un client désespéré. Une sombre histoire de harcèlement. Il était magnifique dans sa longue robe noire, agitant ses mains violemment pour appuyer ses propos, les yeux brillant furieusement. Je n'ai pas pu résister à l'envie de prendre un crayon et de le dessiner. Tellement beau.
Il a gagné, bien sûr.
Je regarde mon croquis, donc, avec les traits imprécis et grossiers. Je sors une feuille de Canson de la pochette que j'ai acheté il y a un petit moment déjà, depuis que l'idée de me remettre au dessin m'a effleuré. J'attrape mon fusain et le tiens dans ma main quelques minutes, appréciant en silence cette sensation que j'avais crue oubliée. Je m'installe confortablement, stabilise ma pochette et la feuille que j'ai posé dessus, décontracte mes épaules doucement et souris.
Bon. Au boulot.
Il faut encore que je me surpasse pour lui faire un dîner inoubliable.
Je ricane légèrement. Faites-moi confiance, il ne va pas l'oublier, ce Noël.
XXXXXX
