NdA : Merci pour les review qui me font toujours beaucoup plaisir.
Merci à Meanne77 pour sa très longue review et pour tous ses constructifs commentaires, qui m'ont bien aidés, mais je pense que tu ne vas pas adhérer non plus au personnage de Yuuri dans ce chapitre.
Merci aussi à Lady Sto-Helit et félicitation, je suis vraiment épatée et heureuse. C'est rare les gens qui lisent des fanfic en français quand ça n'est pas leur langue maternelle, ça fait plaisir. Comme je disais, Yuuri est ici un peu différent.
Yuuri le Maou
La lumière m'éveilla le lendemain. J'avais les yeux collants des larmes versées la veille. Je me redressai et jetai un coup d'œil fatigué à la pièce qui ne serait bientôt plus ma chambre.
Yuuri était assis devant la table que j'utilisais comme bureau et me regardait l'air songeur, un drôle d'éclat dans ses beaux yeux sombres.
-Yu…Yuuri ?
Il me dévisagea lentement, distant, inconnu, inquiétant presque.
-Ah…Wolfram…Bonjour…Nous n'attendons plus que toi pour déjeuner.
Et de se lever et de me laisser seul. Je restais un instant interloqué avant de hausser les épaules. Ce qu'on ne comprend pas, pas la peine de chercher à l'expliquer…Il fallait que je me prépare, à la fois physiquement et mentalement, pour notre discussion.
Mon uniforme reposait sur une chaise, mais lorsque j'ouvris l'armoire qui contenait habituellement mes vêtements, elle était vide. Günter avait décidément bien fait les choses, quelqu'un avait silencieusement évacué toutes mes affaires des appartements de Yuuri pendant la nuit. Parfait.
J'allais faire une toilette rapide et arranger mes cheveux. Devant le miroir, mon visage m'apparut ravagé par les larmes et par l'angoisse. Etait-ce ce qui avait fait fuir Yuuri ? Non, pensais-je, pour ça, il aurait fallu qu'il vît plus loin que le bout de son nez. En tout cas ça ne seyait pas du tout à un prince et je refusais à ce qu'il puisse voir combien cette situation me faisait souffrir. Je m'attelais donc avec du fard et de la poudre à cacher subtilement les effets de mon désespoir. Une fois ceci fait, j'enfilais mon uniforme et quittait la pièce.
La grande salle était illuminée de soleil. Gwendal conversait à voix basse et la mine sombre, sans toucher à son repas, avec un Günter extrêmement tendu. On aurait dit qu'il venait de gober un citron. Anissina, qui, reconnue comme proche du Roi avait le privilège, malgré son rang plus faible, de manger à sa table était anormalement silencieuse et se concentrait sur l'absorbation d'une tasse de thé. Conrad semblait aussi plongé dans ses propres réflexions, sirotant un verre de jus de fruit du bout des lèvres. Il ne souriait pas. Seul le doux son de la voix enthousiaste de Greta troublait le silence. Elle racontait à ma mère ses leçons d'équitation. Ma mère lui souriait, mais son sourire était pincé, comme si elle se forçait. C'était la première fois de ma vie que je la voyais se forcer à sourire en dehors du temps où elle était Maou et devait faire bonne figure devant la noblesse. Flurin, trop jolie à mon gout dans sa robe bleu nuit, semblait à moitié embarrassée et à moitié étonnée par l'étrange ambiance de ce déjeuner. Et Yuuri…Yuuri avait un visage si sévère et rigide qu'un instant je crus que le Roi originel s'était manifesté. Mais non, c'était Yuuri. Alors que je m'avançais pour m'asseoir à ma place habituelle, à sa gauche, il me jeta un regard furieux qui me fit hésiter. Dire que j'étais perdu aurait été faible…Que se passait-il ?
Je m'asseyais néanmoins, après avoir souri à Greta, et commençais à manger, écrasé par l'atmosphère étouffante, si inhabituelle, qui régnait dans la salle.
Günter se racla finalement la gorge, probablement pour mettre fin à ce silence embarrassant, et se tourna vers Yuuri.
-Votre Majesté, il faudrait envoyer un présent pour l'anniversaire du Roi Antoine, la semaine prochaine. Je me proposais de discuter du choix de ce cadeau immédiatement après le déjeuner.
Yuuri eut un sourire ironique et mauvais qui me fit frémir tant il n'était inconnu.
-Oui, n'est-ce pas ? Après tout, vous savez tous combien je déteste qu'on fasse des plans derrières mon dos.
Que voulait-il dire par là ? Günter déglutit devant la rebuffade, sans paraître surpris, en sachant visiblement plus sur le comportement étrange de Yuuri que moi. Il décida néanmoins de continuer.
-Il faut quelque chose qui marque notre appréciation, mais soit suffisamment original pour plaire aux goûts éclectiques de sa Majesté Antoine.
Yuuri eut un sourire doux et un instant l'air de la salle sembla s'alléger, tout le mondes respirant mieux, alors que notre Souverain semblait être à nouveau lui-même.
-Oui, murmura-t-il, avec de l'affection dans la voix, quelque chose d'amusant et de surprenant…Je pensais lui envoyer deux des œufs de Kuma Hachi que nous avons au château. Je suis sûr que lui et Laila en prendront soin. Qu'en penses-tu, Wolfram ?
Son visage était redevenu d'un coup distant et froid.
J'interrompis mon mouvement, ma fourchette s'arrêtant à mis chemin de ma bouche. Je me tournais vers lui alors qu'il me jetait un regard perçant.
-Je…
Ma voix était un peu faible, je me raclais la gorge en me reprenant.
-Henachoko ! Tu n'as pas besoin de mon avis, c'est toi le Roi !
Il ne se laissa pas démonter et ne se plaignit même pas de mon appellation.
-Mais ce sont nos petits-enfants, répliqua-t-il, en accentuant distinctement le « nos ».
Je me figeais et lui jetais un regard étonné.
-C'est ce que tu as dit, toi-même, non ? Questionna-t-il doucement.
A ce moment, je détournais les yeux et vit que Yuuri n'était pas le seul à me foudroyer du regard. Günter me fixait avec colère. Et pire que tout, Gwendal semblait lui aussi en avoir après moi. Pour que Gwendal soit furieux après moi, il fallait une bonne raison et je n'en voyais aucune de valable.
-Wolfram ?
Je ramenais mon regard sur Yuuri. Le sien était toujours aussi froid. Où était passé le garçon gentil et naïf, enthousiaste et toujours de bonne humeur, que j'aimais tant ? Celui qui pas plus tard qu'hier soir me regardait de ses grands yeux expressifs en s'enquérant de ma santé.
-Je…Oui, ça semble…une bonne idée.
-Bien. C'est décidé. Autre chose, Günter ? Demanda-t-il sur un ton sarcastique.
Günter ferma les yeux et secoua la tête, l'air encore plus embarrassé. Yuuri se leva.
-Je vous quitte, je dois aller signer quelques documents.
Et sans rien ajouter, il sortit de la pièce. L'atmosphère s'allégea un peu, mais l'humeur du Roi semblait avoir laissé son empreinte sur toutes les personnes présentes, même Greta, mal-à-l'aise, était silencieuse.
Je ne supportais pas cette tension et il n'est pas dans mes habitudes de laisser une plaie s'infecter. Je décidais donc de découvrir ce qui se passait. Je me levai et pris la direction du bureau de Yuuri sans rien dire ni prendre garde aux regards que les autres me jetaient.
De toutes manières, il était temps que j'ai ma discussion avec lui.
Quand je frappais à la porte de son bureau, la voix qui me répondit était faible et triste.
-Entrez.
Réconforter de savoir que j'aurais de nouveau l'ascendant, j'ouvris la porte. Mais mon « Henachoko » mourut sur mes lèvres. Yuuri était assis, la tête dans les mains, au dessus d'une pile de document, les yeux dans le vague. Il semblait complètement perdu, plus rien ne subsistait de son arrogance précédente. Mon instinct prit le dessus, mon amour souffrait. Je me précipitais derrière le bureau et m'agenouillais près de lui, la main sur l'accoudoir de son fauteuil.
-Yuuri ? Yuuri, qu'est-ce qui ne va pas ?
Il tourna la tête vers moi.
-Wolfram…Est-ce que…Est-ce que je t'ai vraiment fait du mal ?
Je restais interloqué.
-Du mal ? Qu'est-ce que tu veux dire, du mal ?
-Non…Rien…
-Yuuri ?
Il écarta le fauteuil et se leva. D'une démarche lourde, il s'approcha de la fenêtre. Peut-être qu'il est temps que je lui en parle ? Peut-être que cela lui rendra un peu de gaîté ?
-Yuuri. Je pense qu'il est temps que tu rompes notre engagement.
Il continua à regarder par la fenêtre. Ca ne lui faisait donc rien ? Savait-il seulement ce que ces mots m'avaient coûtés ?
-Tu accepterais ? Demanda-t-il d'une petite voix qui m'exaspéra.
Il se fiche de moi ?
-Accepter sous-entendrait que c'est toi qui propose, Henachoko !
Il fléchit sous mon ton était on ne peut plus sarcastique, mais si j'avais pris cette décision, je n'avais pas à en être heureux ! C'était la première fois que je l'appelais « pleutre » en le pensant vraiment. J'aurais pu laisser éclater toute ma colère et toute ma rancœur. Je le voulais. Mais je n'en eu pas le temps.
-Je ne le ferais pas.
Sa voix était froide et tranchante, elle me coupa dans mon élan et me laissa perplexe.
-Tu ne feras pas quoi ?
-Je ne romprai pas nos fiançailles !
Quoi ?
Yuuri choisissait mal son moment pour faire un caprice, j'avais les nerfs à fleur de peau !
-Comment ça tu ne rompras pas nos fiançailles ! Après tout ce que tu m'as fait subir ! Après tous les « mais tu es un garçon toi-aussi ! » ! Après m'avoir humilié à courir toutes les filles de Shin Mazoku et de la Terre ! Après avoir quasiment fait une déclaration à cette humaine de Flurin !
Je savais que j'exagérais sur beaucoup de point, mais j'étais trop furieux, trop triste pour que cela m'importe. Rien ne pouvait atténuer mon amertume.
-Tu n'as pas le droit de me priver de ma liberté, de continuer à m'humilier !
Bien sûr qu'il en avait le droit. C'est le Roi. Mais ça ne changeait rien pour moi.
-Je croyais que tu n'attendais que ça ! Tu es un sale lâche qui vit la peur au ventre ! Tu as une porte de sortie royalement ouverte et tu n'auras rien à faire ! Prends cette opportunité et laisse-moi vivre !
-C'est vraiment ce que tu veux ?
Il se tourna vers moi et s'approcha lentement. Je n'arrivais pas à déceler quoique ce soit dans son ton et son visage avait la neutralité d'une statue.
Je fermais les yeux de rage et d'impuissance, sentant des larmes couler le long de mes joues mais incapable de les retenir. Jusqu'au bout ? Il allait falloir que jusqu'au bout je porte à moi seul cette relation, même dans sa rupture ? Même ça, il refusait de l'assumer dans notre intimité ? Il fallait que j'aille jusqu'à prétendre que je ne voulais pas de ce paradis qu'aurait pu être nos épousailles pour mettre fin à cet enfer qu'était nos fiançailles ? Que ce soit moi le fautif de cet échec ? Ne me laisserait-il donc aucune fierté ?
Je baissais la tête avec lassitude.
-Ce que je veux ? Tu ne peux pas me donner ce que je veux, Yuuri. Alors fait ce que je te dis et met fin à cette charade ! Après ça, tu pourras courir les filles autant que tu voudras jusqu'à ce que tu trouves la Reine idéale !
Il me gifla. Je ne l'avais même pas senti venir. Quel piètre soldat ! Ma joue gauche me brulait à présent et je regardais, médusé, un violent courroux allumer ses yeux noirs.
-Arrête ! Arrête de dire ça ! Je ne cours pas les filles ! Et même si c'était le cas, tu n'as pas le droit de m'en blâmer, Wolfram ! Oui, j'aurais dû rompre nos fiançailles dès le début, mais je comprenais à peine ce qu'être fiancé impliquait ! C'est toi qui t'es accroché à ça comme à une bouée ! Mais jamais, jamais tu ne m'as dit à quel point tu souffrais ! J'étais trop naïfs, trop stupide pour me rendre compte que ça te torturais ! Tu sais comment je suis, tu me connais peut-être même encore mieux que Conrad ! Je suis un Henachokome ! C'est vrai, tu as raison ! Mais je ne laisserais personne décider de mon avenir pour moi, même pas toi, seul ou avec l'aide de Günter !
Quel toupet !
-Le moyen de faire autrement, votre Majesté ? Répliquai-je, mordant et ironique. Puisque vous semblez incapable de prendre la décision par vous-même, il fallait bien que quelqu'un le fasse ! Je l'ai fait, avec l'aide de Günter pour que se soit moins difficile pour…
Mais je me tus, réalisant tout d'un coup ce qu'il avait dit.
-Co…Comment sais-tu que j'ai demandé l'aide de Günter ? C'est lui qui te l'a dit ?
Il nia doucement de la tête.
-Non. Günter ne m'a rien dit.
Il eut un petit sourire amusé et un peu triste.
-Quoique je lui aie dit ma façon de penser devant tout le monde ce matin.
Ceci expliquant cela.
-Mais alors, comment… ?
Il me désigna les parchemins sur lesquels il était penché avant que je n'arrive. Au début, je ne compris pas. Puis je le vis. L'étui. Avec le sceau des Von Bielefelt brisé.
Mon testament. Il…
-Comment as-tu osé… !
Je sentis mes larmes redoubler. Il avait lu…Avait regardé dans mes pensées les plus intimes…Et maintenant, bien sûr, il se sentait coupable ! Voilà l'explication de cette charade ! Il voulait rester fiancé à cause de cette confession !
J'éclatais de rire, un rire sans joie, nerveux et compulsif…Un rire d'hystérie…
Puis à ma grande honte, je partis en courant.
-Attends, laisse-moi t'expliquer ! Wolfram !
Mais je ne l'écoutais pas, et continuais à courir vers les écuries. Mon esprit était vide à l'exception d'une seule pensée. Il sait. J'ai trop honte. Je ne veux plus jamais le regarder. Fuir.
J'étais presque parvenu à destination, il ne me restait plus qu'à contourner le grand abreuvoir, quand l'eau du dit bassin se mit à bouillir. Incrédule, je regardais deux tentacules d'eau s'en échapper et m'entourer, m'empêchant d'avancer ou de reculer.
-Wolfram Von Bielefelt !
La voix était terrible et je me retournais avec angoisse, sûr d'être sur le point de me retrouver nez-à-nez avec le Roi originel.
Pas du tout. Yuuri me regardait, un petit sourire au coin des lèvres, les mains sur les hanches, plein d'une assurance que je ne lui connaissais pas. Comment arrivait-il à contrôler son pouvoir à ce point ?
-Tu vas m'écouter, que tu le veuilles ou non. On peut faire ça ici, au vu et au su de tous, ou on peut aller dans notre chambre, c'est à toi de choisir.
Comment l'appeler Henachoko après ça ?
Je baissais la tête, résigné. Les tentacules d'eau se rétractèrent et Yuuri me tendit la main. Je la regardais, méfiant, puis finis par y glisser la mienne. Il m'attira à sa suite et nous remontâmes vers ses appartements. C'est à ce moment que ça me frappa.
Il a dit « notre » chambre ?
Une fois là, je vis l'armoire ouverte, à nouveau pleine de mes vêtements, et ma chemise de nuit pliée sur le dossier d'une chaise.
Suivant mon regard, Yuuri hocha la tête.
-J'ai fait ramener tes affaires. Tu pourras les reprendre si tu veux. Mais seulement après qu'on ait parlé.
Il s'assit sur le lit, tapotant le matelas à son coté pour m'inviter à en faire autant.
J'hésitais, puis m'exécutais. Il me sourit.
-Je m'excuse d'avoir fouillé dans tes affaires. Mais je n'en suis pas désolé. Ce matin, je me suis réveillé un peu après l'aube quand tu m'as jeté hors du lit.
J'ouvris la bouche mais il posa ses doigts sur mes lèvres, m'empêchant de continuer par le seul trouble occasionner par son contacte.
-Ah ! Laisse-moi continuer. Je me suis levé et je suis allé chercher mes vêtements. En passant à coté du bureau, j'ai vu l'étui que tu avais scellé hier. J'ai vu que tu n'allais pas bien, je croyais que peut-être ça avait un rapport avec ta famille, alors j'ai brisé le cachet.
-Pourquoi ne pas m'avoir demandé plutôt ?
Il baissa les yeux.
-Eh bien…je n'aurais pas osé…
Je secoué la tête dans une parodie de consternation.
-Henachoko…
-Ne m'appelle pas comme ça ! Et puis, je t'ai demandé comment tu allais !
Je rougis un peu et détournai la tête.
-Quoiqu'il en soit. J'ai lu ton « testament ».
Il s'arrêta une minute, comme pour réfléchir.
-Je ne savais pas, Wolfram. Je ne me rendais pas compte. A quinze ans, dans mon monde, on ne tombe pas amoureux, pas vraiment et pas avec un garçon, c'est ça que je croyais. Mais tu es beaucoup plus mature que ça. Je…Quand j'ai lu ce que tu as écrit…J'ai eu l'impression qu'on m'enfonçait un couteau dans le cœur. Ce que j'ai pu être bête ! Je m'en veux tellement que tu ais dû subir tout ça.
-Yuuri…On ne peut pas aimer…je veux dire…je sais que…
Il eut un rire et je pinçais les lèvres, outré.
-C'est la première fois que je te voix perdre tes mots !
Je croisais les bras devant ma poitrine, la tête baissée.
-Et puis…Et puis j'ai lu que tu avais tout arrangé pour la rupture de nos fiançailles! Que tu allais tout laisser tomber, sans même m'en parler, sans même me dire ce qui n'allait pas, comme un animal blessé ! Ca ne te ressemble pas ! Ca m'a mis dans une colère !
Il rougit un peu, en se grattant la nuque, l'air embarrassé.
-Je suis resté un peu à réfléchir et puis j'ai couru jusque dans la salle à manger. Ils étaient tous là sauf Greta et toi. Je me suis mis à crier à Günter qu'il n'avait pas le droit de décider pour moi qui j'allais épouser ! Qu'il n'avait pas à s'en mêler, que ça nous regarder tous les deux, et qu'il aurait dû défendre ta cause auprès de moi, plutôt que de te suivre dans ton plan ! Gwendal a dit que c'était mieux que cette comédie, comme il a dit, se termine et que je renforce le trône de Shin Mazoku, et qu'il était inutile que je continue à nager entre deux eaux. J'étais d'accord sur ce point, mais après, il a dit que le royaume serait plus stable si j'épousais quelqu'un dans une optique plus vaste, une alliance qui pourrait servir Shin Mazoku. Je lui ai demandé pourquoi il ne te défendait pas, il a dit que c'était inutile, puisque je ne t'aimais pas et que tu n'étais qu'un gamin qui refusait de grandir. A ce moment-là, tout le monde, sauf Anissina s'est mis à s'énerver et à parler dans tous les sens. Ca m'a tellement agacé, que je suis revenu dans notre chambre, pour te regarder dormir.
Il soupira.
-Je ne sais pas ce que j'éprouve pour toi, Wolfram.
Je me mordis les joues pour ne pas hurler d'agonie. Il se hâta de continuer, comme s'il s'en était rendu compte.
-Je veux dire que je ne sais pas ce que c'est, l'amour. Mais je refuse qu'on se sépare, quand je commence tout juste à te regarder comme autre chose qu'un ami proche, qu'un compagnon fidèle. S'il-te-plait, Wolfram, laisse-moi le temps d'analyser mes sentiments. Tout ce que je sais, c'est que je veux être près de toi. J'ai besoin de toi, pour me rappeler qui je suis, pour garder la tête froide. Et j'aime t'avoir à mes cotés, j'aime te regarder, je t'ai toujours trouvé beau, j'ai toujours aimé ton énergie, ton impulsivité, ton charisme, ta force. Je déteste ta méfiance, ton coté hautain, ton mépris. Mais j'aime être avec toi malgré cela, j'aime qu'on fasse des choses ensembles, qu'on apprenne et découvre ensemble, comme avec les Kuma Hachi. Est-ce que c'est ça l'amour ? Comment je peux savoir ? J'ai jamais été amoureux. Et puis, tu es un garçon…Mais…Mais flûte à la fin ! Je sais pas ! Quand je pense à toi, je pense Wolfram, pas garçon ! Je sais pas comment l'expliquer…J'ai juste…J'ai envie d'être avec toi, souvent, tout le temps…Je pensais pas avoir à le dire, tu étais tout le temps avec moi de toute façon…Mais quand tu as écrit qu'on allait se séparer…Je me suis rendu compte que je ne disais jamais rien, que j'étais égoïste…Je veux que tu reste là, avec moi.
Il posa sa main sur la mienne, avec hésitation. Mon cœur battait la chamade.
-Je veux pas te faire souffrir encore avec mon inconstance. Mais je ne veux pas qu'on rompe nos fiançailles maintenant. S'il-te-plaît, Wolfram…
Ca faisait si mal, je voulais tellement croire contre toute réalité…Mais en même temps…
-Qu'est-ce qui est arrivé à « je suis trop jeune pour me marier » ?
Il sourit gentiment.
-Mais je suis trop jeune pour me marier ! Ca ne veut pas dire que je n'aime pas l'idée d'être attaché à quelqu'un le temps de m'y préparer.
Une boule se forma dans ma gorge.
-Donc je suis un substitut, un remplacement pratique le temps que tu murisses et trouve quelqu'un d'autre à épouser ?
Il secoua énergiquement la tête.
-Non ! Pas du tout ! Tu as rien écouté de ce que j'ai dit ou quoi ? Mais je veux apprendre, avec toi…je veux que quand on se mariera, on soit sûrs. Que nos sentiments aient eu le temps de traverser des crises, que l'on puisse voir s'ils résistent au temps. Je veux pas d'un mariage vide de sens ou juste protocolaire. Et je veux faire mes propres expériences…
Je déglutis difficilement.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
-Que je veux voir d'autres choses. Mais je sais combien tu es jaloux, et ça n'a pas lieu d'être. Je veux rencontrer des gens, mais pas comme ça, pas comme avec toi. Avec toi, je veux découvrir…tu sais…la relation amoureuse… Je veux être sûr de moi. Quand on se mariera, je veux n'avoir aucun regret.
-« Quand » on se mariera ?
Il hocha la tête.
Je n'étais toujours pas sûr, ça n'était peut-être que sa culpabilité, ou bien il changerait d'avis, il s'en laissait d'ailleurs plus ou moins la possibilité, ça serait difficile… Mais je voulais y croire…Je voulais tout faire pour que ça marche ! Et surtout, j'avais la déclaration de Yuuri profondément ancrée dans mon cœur.
-Tu es d'accord ?
-Je… Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris…Mais…Si je suis le seul, si je suis vraiment ton fiancé, officiellement et devant tous, si tu me traites et me respectes comme tel (il hocha farouchement la tête) alors je suis d'accord.
Et c'est ainsi que débutèrent nos véritables fiançailles. Et elles ne furent pas de tout repos.
A suivre
