NdA : J'ai apporté quelques modifications en terme chronologique pour ajouter de la cohérence comme me la fait remarquer Meanne. En clair, la fic se passe après l'anime, hors OAV, et donc, après modification, Yuuri est à Shin Mazoku en tout depuis un peu plus de 2 ans en terme Mazoku, mais va sur ses 18 ans en terme terrestre. C'est pas le plus pointilleux que je puisse faire, mais ce sera déjà mieux. Ils vont quand même fêter son arrivé à l'âge adulte, en retard, parce que les évènements de la série n'ont pas permis une telle cérémonie. Voilà pour ce point.
Merci pour toutes les reviews, c'est toujours super d'avoir des encouragements, et je fais mon max pour continuer cette fic dans un sens sérieux, c'est pourquoi je vais en publier une autre plus humoristique pour éviter que mes idées un peu délires/débiles finisse par s'imprégner dans « testament amoureux »
Chapitre 3 : Devenir un Consort digne de lui
Je n'aurais jamais crû que Yuuri soit à ce point sérieux.
Le soir même du jour de notre dispute, une annonce passa à la Cours. Murata Ken, le Grand Sage, fit savoir à tous que les fiançailles entre sa Majesté Shibuya Yuuri, 27ème Maou et le Prince Wolfram Von Bielefelt étaient désormais officielles. Je fis part de mon inquiétude à Yuuri en ce qui concernait les répercussions d'une telle annonce juste après le dîner, mais il les chassa d'un geste de la main.
Le dîner avait été très tendu lui aussi. Personne ne nous avait félicité, enfin si, Weller, avec son éternel sourire tranquille. Greta n'avait rien dit, ne se plaignit pas, mais je soupçonnais que c'était davantage parce qu'elle ne voyait pas la différence par rapport à avant que parce que ça lui plaisait.
Le soir, après avoir fait ma toilette et enfilé ma chemise de nuit, je me couchais auprès de Yuuri, avec pour la première fois, la certitude d'être bienvenu. Lui, dans son « pyjama », s'assit sur le bord du lit, la tête basse, les mains jointes sur ses genoux.
-Pff, quel dîner ! J'ai l'impression d'avoir insulté tout le monde ! Et je comprends pas pourquoi. Je pensais faire enfin quelque chose de bien.
Ca me mit en colère.
-Et tu juge que ça n'est pas bien que parce qu'ils n'apprécient pas ? C'est ça la valeur que tu accordes à notre engagement !
Il se tourna vers moi pour tenter de m'interrompre, mais je ne le laissais pas faire.
-Il est encore temps d'accuser Murata de menteur si tu veux !
-Arrête Wolfram ! Tu sais bien que c'est pas ce que je voulais dire !
Je me détournais d'un geste brusque. Je l'entendis rire doucement. Etonné, je tournais de nouveau les yeux vers lui et croisais un regard doux et un sourire tendre. Je me sentis rougir.
-Quoi ? Grommelais-je, embarrassé.
-Tu as fait cette moue…
-Quelle moue ?
Il se pencha vers moi et frôla mon nez de son doigt.
-Quand tu pointes le nez en l'air, en fronçant les sourcils avec ce petit « hmpt ».
-Je ne…
-Si, bien sûr que tu le fais, quand tu es vexé.
Et puis il ajouta après une légère hésitation en rougissant un peu lui-même.
-Je…Je trouve que…c'est adorable.
-Henachoko ! Grognais-je, encore plus embarrassé de le voir rougir.
Puis nous partageâmes un petit rire gêné, étrange, avant qu'il ne hausse les épaules.
-Je me fiche de ce qu'ils pensent ! Tant pis si ça leur plait pas !
Peut-être essayait-il de se convaincre, peut-être que ça n'était pas vrai, mais c'était agréable à entendre.
Difficile de réconcilier ce garçon timide que j'aimais tant avec le jeune homme plein d'assurance qui m'avait fait une crise d'autorité pas plus tard que ce matin… Yuuri était encore coincé entre immaturité d'enfant et fermeté adulte de Roi démon…Mais ça laissait prévoir un futur passionnant.
Il repoussa les couvertures et s'allongea, je l'imitais et nous nous regardâmes dans les yeux, chacun sur son oreiller. Je n'avais jamais été aussi heureux de toute ma vie. Il me sourit et je me sentis m'endormir. J'entendis un « bonne nuit, Wolfram » avant de sombrer dans les ténèbres apaisantes.
-Comment ça je ne suis « pas armé pour régner » ! Je suis tout à fait capable de régner !
Je regardais mon frère ainé. Ses yeux étaient d'une dureté qui me donnait envie de fuir à des kilomètres, mais ma fierté m'obligeait à rester. C'était la première fois que Gwendal me faisait vraiment peur et que ses mots me faisaient vraiment mal.
-Non, tu n'en es absolument pas capable. Tu n'es qu'un gamin, égoïste est arrogant. Tu n'as aucune des qualités avec lesquels on forge les Rois. Ou les Reines.
Le silence qui suivit me glaça le sang, mais en même temps j'étais si furieux que je serais les poings et les dents. Puis, alors que le regard bleu glace de mon frère ne faiblissait pas, une profonde douleur s'empara de moi, alors que je comprenais ce qu'il impliquait.
-Tu…Tu attendais que Yuuri rompe nos fiançailles ?
-Evidement.
Ce mot claqua comme un coup de fouet dans le silence de son bureau. Je trouvais tout de même de la satisfaction dans la pensée qui me vint à ce moment. Et bien, il ne l'a pas fait ! Mais déjà, Gwendal reprenait, d'un ton froid.
-Yuuri n'a déjà pas les qualités requises d'un souverain au quotidien. C'est un grand leader, mais il est incapable de gérer son royaume.
Mon instinct a toujours été de défendre mon fiancé. Sans même réfléchir, je lançais :
-Ca n'est pas vrai ! Tous les Rois ont besoin d'assistants ! Günter…
Mais il me coupa sèchement, d'une voix dure.
-Que Günter aide sa Majesté est normal ! Mais ma position ne l'est pas ! Je règne en pratique sur Shin Mazoku depuis que Yuuri est arrivé !
Il se leva brusquement, abattant ses poings sur le bureau avec une telle violence qu'ils s'enfoncèrent dans le bois.
-Exactement comme Stofel le faisait avec Mère ! Un Roi qui a besoin d'un Régent n'est pas un Roi !
Je reculais malgré moi, sous la violence de sa diatribe.
-Mais…Yuuri n'est pas comme Mère…
-Bien sûr ! Mais imagine qu'un Stofel soit à ma place ! Je pourrais faire quasiment ce que je veux à l'intérieur de Shin Mazoku ! S'il ne s'agissait pas de politique extérieur, Yuuri ne s'en rendrait même pas compte ! Et toi…toi !
Il me fusilla du regard. Je déglutis mais tint bon. Il s'agissait de ma position auprès de Yuuri après tout !
-Qu'est-ce que ça a à voir avec mon mariage ?
-Qu'est-ce que ça a à voir ? Mais tout ! Ca fait plus de deux ans que j'attends que Yuuri se choisisse une femme digne de lui qui pourra prendre ma place et le soutenir dans les affaires internes au royaume ! Je suis l'héritier des Von Voltaire, j'ai mes propres terres à gérer ! Et toi, tu n'es absolument pas capable de faire ça ! Même si tu n'étais pas ce gamin pourris gâté, même si tu as un peu muri, tu n'as aucun sens pratique et tu méprise la moitié de la population ! Tu te comportes en noble arrogant et suffisant, tu n'en fais qu'à ta tête et tu es si capricieux que personne ne peut jamais te satisfaire ! Et tu voudrais gouverner ? Je ne te confierais pas les rênes du royaume pour tout l'or du monde !
Je sentis mes yeux s'élargir et une humidité traitresse se rassembler sous mes paupières. Ne pleure pas ! Ne pleure pas ! Ne pleure pas ! Mais je n'y pouvais rien, à ce stade là, la peine avait supplanté la colère. Elle avait même supplanté l'humiliation. Jamais je ne m'étais senti aussi minable. Confronté au mépris de mon frère ainé, mon héros, je ne pouvais plus bouger. J'eus un drôle de hoquet qui ressemblait traitreusement à un sanglot et à ma grande honte je partis en courant, claquant la porte du bureau derrière moi.
Combien de temps avait passé, je ne le savais pas…J'étais assis sur notre lit, mes bras entourant mes genoux. J'avais réussi avec peine à m'empêcher de pleurer, grâce à la technique de respiration que Yuuri m'avait apprise…Je souris en y repensant…c'était un bon souvenir. Mais mon sourire s'effaça vite. Que Gwendal ose me dire des choses pareilles…Mon frère ! Oser me dire qu'il aurait voulu que Yuuri trouve mieux que moi ! Que je n'étais pas digne de ce Henachoko ! Que…Que…
Je viens juste de lui prouver qu'il a raison. Cette pensée me fit froncer les sourcils. C'était vrai. En réagissant ainsi, comme un enfant à qui on aurait refusé un nouveau jouet, je n'avais fait que lui démontrer mon inaptitude à gouverner.
Je relevais la tête en entendant la porte s'ouvrir et se fermer rapidement. Yuuri se précipita vers moi et à ma grande surprise, me dépassa, et se jeta derrière le lit. Je baissais les yeux vers lui.
-Yuuri ?
-Chhh, ne dis rien, je ne suis pas là ! Me supplia-t-il d'une voix urgente.
A cet instant la porte s'ouvrit sur Günter qui se mit à jeter des regards éperdus dans les quatre coins de la pièce.
-Majesté ? Heika ?
Il posa les yeux sur moi.
-Wolfram ! Est-ce que tu as vu sa Majesté ? Nous allions entamer une passionnante leçon sur les ouvrages légaux de Lord Romuald quand sa Majesté est tout d'un coup partie !
Henachoko, songeais-je avec plus de tendresse que d'agacement. Puis j'eus un frisson en me souvenant des interminables leçons de Droit Mazoku que j'avais dû subir et en particulier de ce vieux sénile de Romuald avec ses traités incompréhensibles…Et décidais donc d'épargner, pour cette fois, l'homme de ma vie.
-Non ! Je ne l'ai pas vu ! J'ai des choses plus importantes à faire que de m'occuper de ce Henachoko !
Je détournais la tête dans ce que Yuuri appelle la « moue adorable du Wolf vexé ». Un jour il entendra parler du pays…
J'entendis la porte se refermer et, croyant Günter parti, je me préparais à moquer mon fiancé sur son manque d'endurance quand la voix claire du conseiller parvint à mes oreilles.
-Ton fiancé. Ce Henachoko, comme tu dis, est ton fiancé.
Je me tournais vers Günter. Non, lui aussi il veut me donner une leçon ?
-Je suis au courant, lançais-je d'un ton glacial.
Günter se contenta de me sourire, comme s'il s'était attendu à ma répartie. Je déteste quand il fait ça, ou quand Weller le fait !
-J'ai discuté avec Gwendal.
Nous y voilà !
-Je refuse de…
-Je lui ais dit que je n'étais pas d'accord avec lui, me coupa-t-il d'une voix douce.
Je m'arrêtais en plein dans mon élan, mes yeux s'élargissant. Qu…quoi ?
Il me sourit de nouveau, apparemment amusé par ma réaction. Puis il redevint sérieux.
-J'ai la plus grande confiance en sa Majesté et en son jugement. Je ne crois pas qu'il t'aurait choisi si tu n'étais pas digne de lui.
J'étais trop surpris pour parler.
-Moi aussi je crois que tu es digne de sa Majesté. Mais tu dois avoir conscience, Wolfram, qu'il faudra que tu le prouve, plusieurs fois, peut-être même de façon perpétuelle. Tu as une image à détruire, celle du gamin égoïste et arrogant, et une à construire, celle du jeune Prince- Consort en lequel le peuple peut avoir confiance. Tu dois faire cela pour sa Majesté. Et pour toi.
Je restais un instant interdit, puis je compris ce qu'il voulait me faire comprendre, une idée germait déjà dans ma tête. J'allais leur montrer ! Je hochais la tête, ne le remerciant pas mais il ne s'en formalisa pas et quitta la pièce en disant d'une voix un peu plus forte.
-Et si tu vois, par le plus grand des hasards, sa Majesté, autour du lit par exemple, dis-lui que je veux le voir dans dix minutes à la Bibliothèque.
Et il sortit. Yuuri émergea de sa cachette.
-Tu crois qu'il savait que j'étais là.
J'éclatais de rire à la naïveté affichée de mon fiancé.
-Qu'est-ce que tu croyais ? Demandai-je, amusé, Günter est un guerrier, même s'il ne se bat plus depuis quelques temps. Il est toujours attentif à son environnement.
Yuuri s'assit à coté de moi alors que je m'étirais.
-Ne, Wolfram ? Qu'est-ce qu'il a voulu dire à propose de Gwendal ?
Je lui souris, excité par la perspective du « combat » que j'allais mener pour la reconnaissance de tous et de mon frère ainé en particulier !
-Je t'expliquerais !
Et, pris probablement par l'impulsion du moment, je me penchais en avant et déposais un léger baiser sur les lèvres de Yuuri. Quand je me rendis compte de mon audace je rougis, et me précipitait hors de la pièce.
Mais alors que je courais vers le bureau de Gwendal, je me sentais à la fois profondément fier de moi et profondément heureux.
En approchant de la porte, j'entendis la voix de Conrad et cela me fit stopper net ma course. Je jetai un regard aux alentours, personne, pas même un garde. Je ne vais quand même pas…ça ne serait pas convenable…
Mais je le fis, je collai mon oreille à la porte et écoutai avidement ce qui transpirait.
-…Que Wolfram soit sérieux. De toute façon, il est suffisamment mature pour assumer ce rôle, quoique tu en dises.
La voix de Weller était douce et apaisante. Celle de Gwendal par contre…
-Wolfram est un môme ! Un sale gosse ! Jamais il ne régnera !
-Parce que tu ne veux pas qu'il règne ? Ou parce que tu es furieux qu'il soit fiancé à Yuuri ?
Un silence s'installa. J'aurais donné cher pour voir la tête de mon ainé. Mais je ne comprenais pas la remarque de Conrad.
-Quoi ?
Gwendal non plus apparemment.
-Tu es furieux que Yuuri ait demandé la main de Wolfram. Tu l'as toujours été. Tu as toujours considéré qu'il ne méritait pas notre frère.
Qu…Quoi ?
-Tu dis n'importe quoi.
-Tu as toujours voulu le meilleur pour lui, je ne peux pas vraiment t'en vouloir. Mais il est fiancé au Roi, ça vaut tout de même quelque chose.
-Le meilleur ? Ce gamin qui l'a continuellement rejeté ? Qui l'a traité comme s'il ne voulait rien avoir à faire avec lui ? Qui a piétiné ses sentiments ?
La voix de Gwendal était si mauvaise que je me sentis frémir pour mon fiancé. Alors c'était ça ? C'était le coté surprotecteur de Gwendal qui avait déclenché tout ça ?
-Mais il partage ses sentiments maintenant. Ils méritent d'être heureux, Gwen, et si nous ne les aidons pas, ils ne le seront jamais. Wolfram ne peut pas être heureux sans ton approbation, il a besoin de se sentir valable à tes yeux, et Yuuri a besoin de soutien. Quoique tu en dises, tu ne laisseras jamais ta charge au palais à quelqu'un d'autre. Administrer le royaume, le protéger, tu as ça dans le sang. C'est de famille chez nous, chacun d'entre nous donne tout ce qu'il a pour Shin Mazoku, Wolfram comme Mère, comme toi et moi.
-Conrad, murmurai-je doucement, surpris et attendri d'une étrange façon.
Je m'écartais de la porte et frappais doucement.
-Entrez !
La voix de Gwendal semblait dire « Fuyez mon courroux » mais je n'étais pas affecté, pas après avoir surpris leur conversation. J'ouvris la porte. Gwendal était debout derrière son bureau et Conrad était assis sur un fauteuil dans un des coins de la pièce.
-Qu'est-ce que tu veux ?
Sans prendre garde au ton polaire, je pris mon courage à deux mains et soutins son regard.
-Apprends-moi !
Gwendal eut une fugitive expression confuse.
-Quoi ?
-Tu dis que je ne suis pas capable de gérer le Royaume ou de régner. Bien, tu as raison. Alors apprends-moi !
Conrad émit un petit rire mais s'arrêta quand mon frère le foudroya du regard.
-Tu te crois vraiment capable de faire preuve de la patience nécessaire pour apprendre tout ce que tu auras à apprendre ?
-Tu n'as aucune idée de ce que je serais prêt à faire pour Yuuri !
Les mots avaient jailli comme un défi et je ne les regrettais pas. Gwendal et Conrad échangèrent un regard et mon ainé tourna de nouveau les yeux vers moi, un demi-sourire au coin des lèvres.
-Très bien, si c'est ce que tu veux.
Dans quoi je me suis embarqué ?
Dans quoi je me suis embarqué ?
Ca faisait près d'une semaine que j'étais enfermé dans ce bureau avec mon frère ainé. Je n'en sortais que pour les repas et m'effondrer dans notre lit tard dans la nuit, ou plutôt, tôt le matin, alors que Yuuri dormait déjà et était levé avant lui. Je ne savais pas combien de temps j'allais tenir à ce régime. On ne donnait décisivement pas assez de crédit à Gwendal pour tout le travail qu'il abattait…
J'avais expliqué l'ensemble de l'affaire à Yuuri, en omettant mon humiliation et il l'avait pris de bonne grâce…jusqu'au deuxième jour.
-Je ne te vois jamais. Tu passes tes journées enfermé avec Gwendal !
-Je n'y peux rien, Henachoko ! Je travaille !
Il avait soupiré et était parti faire de son base-ball avec Conrad. J'étais si jaloux que je failli le rattraper et lui ordonner de rester avec moi, mais ma résolution de devenir un souverain digne de ce nom me tint en place.
Du reste, Yuuri s'était excusé le soir même et m'avait embrassé, sur la joue d'accord, mais c'était un progrès.
Autour de nous, les préparations de la cérémonie de sa venue à l'âge adulte battaient leur plein. Je commençais à sérieusement penser que Günter allait se jeter par une fenêtre avant la fin de tout ce remue-ménage. Il dormait encore moins que moi. Cette cérémonie était primordiale et tout devait être parfait, surtout que depuis l'annonce officielle de nos fiançailles, toute la Cour était impatiente de nous voir interagir et ceux qui étaient furieux de perdre l'occasion pour leurs enfants allaient tout faire pour nous séparer. Ca ne m'effrayait pas en soi. J'avais l'habitude des intrigues de ces Nobles lâches et retords. Mais l'incertitude de Yuuri m'inquiétait. Et s'il trouvait une jolie noble, qu'il me préférerait ? Et si…
-Wolfram ! Reste attentif ! C'est important !
Je sursautai violement au cri de mon frère dans mon oreille.
-Pa…Pardon Ani-ue.
Je me forçai à me concentrer de nouveau sur le parchemin, un obscur contrat d'exploitation minière sur le territoire des Von Krist.
-Alors, est-ce une affaire d'Etat ou une affaire locale ?
Cette damnée question de souveraineté ne cessait de me poser des problèmes.
-Locale, je pense.
-Pourquoi ?
-Parce qu'aucune administration royale n'est en cause, seulement le propriétaire de a mine et les autorités locales, et que l'exploitation minière n'est pas un domaine réservé de la couronne.
Je levais des yeux anxieux vers mon frère, c'était un professeur sévère et pointilleux, pas du tout comme Suzana Julia l'avait été. Mais je fus surpris de voir qu'il me souriait.
-C'est bien, tu commences à comprendre.
Il hésita une seconde puis s'assit de l'autre coté de la table, en face de moi.
-Je suis fier de toi, Wolfram.
-Ani-ue…
La porte s'ouvrit avec fracas. Une seule personne faisait autant de drame en rentrant :
-GWENDAL !!!! C'est terriiiiiiiiiiible !!!!!!
Je vis mon frère cligner des yeux d'un air las avant de se retourner vers Günter.
-Quoi ?
Le « encore » était lourdement sous-entendu.
-Lord Von Bielefelt a décidé de se joindre à la fête !
-CHICHI-UE ?!
Je me sentis pâlir. Oh, non. Pas ça.
Je vis Gwendal faire brièvement le geste caractéristique de couture qu'il ne faisait que dans un état d'agitation extrême.
-Il fallait s'y attendre, trancha-t-il d'une voix blanche, toute la haute noblesse sera là. Et depuis que sa Majesté et Wolfram sont officiellement fiancés…
Je sentis un long frisson me parcourir.
-Oui, mais Haha-ue sera là aussi.
Un long silence de mort suivit ma remarque.
En marchant vers le stade de base-ball installé par Conrad pour Yuuri, je n'avais qu'une seule question en tête : Comment vais-je annoncer ça à Yuuri ? ou mieux Comment vais-je déjà expliquer ça à Yuuri ?
Mon père sous le même toit que mon fiancé, qui est un sang mêlé en plus, c'est déjà une catastrophe, mais alors avec en plus ma mère sous ce même toit, c'est la définition du mot calamité.
Un bruit de discussion interrompit mes pensés. C'était la voix de Yuuri. Elle me procurait toujours une douce chaleur.
-…je ne sais pas si c'est ce que je veux. Je…J'aime Wolf, tu comprends, mais…
Je m'arrêtai net. J'étais dissimulé par un groupe d'arbres et devant moi, assis sur l'herbe, Yuuri et Weller étaient en pleine discussion, et elle me concernait apparemment.
Tu ne devrais pas, c'est impoli…On n'espionne pas son fiancé !
Bah, maintenant que j'ai pris de mauvaises habitudes ! Je me plaquais contre un des arbres et écoutais attentivement.
Conrad souriait gentiment, il avait vraiment un profil altier. C'est pas le moment d'admirer Weller !
-Vous regrettez votre décision ?
Non, Yuuri je t'interdis de…
-Non ! Pas du tout !
Merci !
-C'est juste que…que…
Que quoi, bon sang ?
-Que je n'ai jamais été avec une fille…
Encore heureux !
-Vous aimeriez savoir comment c'est ?
Ca va pas non !
-Non ! Oui…je sais pas…
Mais qu'est-ce que tu racontes Henachoko !
-Je veux dire, comment je peux être sûr, à 18 ans, de la personne avec qui je vais passer le restant de mes jours ? Surtout en ayant exploré aucune autre possibilité ?
Et alors, j'en suis bien sûr moi !
-Vous ne croyez pas au coup de foudre ? Vous savez, Yuuri, il suffit que vous rencontriez la bonne personne. Mais je comprends vos doutes.
Pas moi !
-Wolf, lui ne comprendra pas…
Hé !
-Il est impulsif et passionné, et très amoureux de vous. Essayer un instant de l'imaginer dans les bras de quelqu'un d'autre, Elizabeth, par exemple.
Je ne veux me voir avec personne d'autre qu'avec Yuuri !
-Est-ce que vous comprendriez qu'il veule faire ses propres expériences ?
Je vis le dos de Yuuri s'affaisser un peu.
-Je… Je crois pas, non. Je…Je crois que je serais trop jaloux.
Bien, enfin quelque chose de normal !
-Mais il n'y a pas que ça n'est-ce pas ?
Quoi, encore !
-Oui…Je…Je voudrais avoir des enfants.
Oh…Oh.
Je me sentis tout d'un coup impuissant. Oui. Ces femmes avaient pour elles quelque chose sur lequel je ne pouvais pas faire concurrence. Je me laissai glisser jusqu'à être assis dos contre l'arbre, toute pensée de mon père oublié.
Est-ce que j'ai fait tout ça pour rien ?
