NdA : J'ai plein d'idée pour cette fic et en plus je suis clouée à la maison pour cause de rhume, donc elle avance vite, mais je garantis pas que cela continue à ce régime… Merci pour les encouragements (je sais, je me répète, mais je me fais un point d'honneur de le dire à chaque fois, parce que c'est important pour moi). C'est vrai que Yuuri a été rapide dans le dernier chapitre, mais faut voir que l'auteure est tout aussi impatiente de mettre ça sur les rails et puis, ça n'est pas si incroyable… Yuuri use de sa voix pour guérir autant que de son pouvoir, plus il y met de l'émotion, mieux ça marche, du moins c'est ainsi que je l'avais compris.
Chapitre 5 : Etre ou ne pas être…gay
-Raconte-moi, murmura Yuuri, assis à coté de moi, sur le bord du lit.
Une fois arrivé au Château, Gisela avait grommelé contre l'inaptitude des hommes à s'occuper d'eux-mêmes, puis m'avait obligé à me mettre au lit, après m'avoir mis à nu, au sens propre, nettoyé et pansé. J'avais essayé de protester mais elle m'avait jeté un regard façon Miss sergent qui m'avait littéralement cloué le bec. Gisela fait vraiment peur parfois, encore plus que Gwendal. Et il semblait que Yuuri ait été très sérieux dans sa déclaration, car il ne m'avait pas lâché des yeux depuis notre retour. Je savais qu'il attendait une explication et j'avais fait mon maximum pour la retarder. Greta m'avait amené à manger et était resté à mon chevet jusqu'à ce que Doria vienne la chercher pour la mettre au lit. Conrad était parti en même temps qu'elle pour lui lire son histoire et Günter était venu et reparti, soulagé d'apprendre que je serais en parfait état pour la cérémonie. Il n'y avait plus personne pour faire barrière à la curiosité de mon fiancé. Je n'en revenais toujours pas de ce qu'il avait fait…et dit. Les mots doux, venant de Yuuri…
-Wolf… ?
Ma main était maintenant entourée de la sienne et cela faisait de drôle de chose à mon cœur et à d'autres parties moins romantiques de mon anatomie.
-Yuuri, est-ce que tu as toujours un problème avec le fait que je suis un garçon ?
J'allais lui dire, mais j'avais le droit d'y venir comme je le souhaitais. Yuuri ne dit rien pendant un moment et cela ne fit que confirmer mes craintes.
-Je suppose que oui, à un certain niveau. Mais Wolf…Le plus dure pour moi, c'est pas ça…Je veux dire, d'accord je suis probablement gay, mais…
Je me redressai un peu sur mes coussins, ça n'était pas la première fois que mon fiancé utilisait ce mots et je ne savais toujours pas ce qu'il signifiait.
-C'est quoi, « gay » ? Demandai-je doucement.
Yuuri gigota un peu, agité et visiblement embarrassé.
-C'est…un garçon qui aime les autres garçons.
Je penchais la tête sur le coté.
-Je ne comprends pas. Tu veux dire, un garçon qui n'aime que les garçons ?
Il hocha la tête vivement.
-Oui, comme toi.
Je niais doucement, en rougissant un peu.
-Mais je n'aime pas que les garçons. Personne à Shin Makoku n'est « gay ».
-Alors tu es bisexuel.
Encore un mot inconnu. Décidément, cette « Terre » était vraiment un lieu étrange. Même après y être allé, je ne comprenais pas comment les gens de là-bas raisonnaient.
-Si ça veut dire que je suis normal…oui.
Yuuri se mordit un peu la lèvre.
-Non. Sur Terre, quelqu'un de normal est hétérosexuel. Ca veut dire aimer les filles quand on est un garçon et vice-versa.
Je fronçai les sourcils.
-Mais…Ca n'est pas normal non plus. Je veux dire, tout le monde aime filles et garçons, c'est normal. Ce n'est pas ce qui compte dans une relation. Je ne comprends pas comment on peut être exclusif.
Yuuri me regardait bouche bée. Qu'est-ce que j'ai dit encore ?
-Mais…Mais…Conrad, par exemple…
Je pinçais les lèvres. Pourquoi, avec Yuuri, en finissait-on toujours par revenir à Weller ?
-Je ne connais pas la vie intime de Weller-kyo, marmonnai-je, mais je sais qu'il a été avec des hommes et que lui et ce travesti de Yosak se tournent autour depuis des années, depuis la mort de Suzana Julia en fait. Je ne vois pas comment ça peut choquer quelqu'un !
Yuuri se leva, la main sur la bouche. Il semblait extrêmement nerveux.
-Yuuri ? Demandai-je, inquiet par son silence.
-Pa…Pardon, Wolf.
Et il quitta la pièce en courant, sans rien ajouter. Je regardai, médusé, la porte claquer d'un coup sec. J'étais seul. Voilà pour les promesses de mon fiancé… N'était-il donc capable de vocaliser et d'exprimer ses sentiments que lorsque j'étais en danger ? Fallait-il que Shinou me vole à nouveau mon cœur pour que Yuuri cesse de le briser ? Pourquoi cet imbécile de Roi Originel avait-il fait naître mon Yuuri dans ce monde d'esprits étroits à la culture barbare ? Yuuri ne serait pas Yuuri sans cela, murmura une petite voix dans mon esprit et je l'ignorai. J'étais furieux et blessé. Et dire que je m'étais senti coupable de mon comportement !
Un bruit me fit tourner la tête. On frappait à ma porte.
-Entrez, marmonnai-je d'une voix rauque.
Je ne fus pas tant et plus surpris de voir Weller entrer dans la chambre.
-Greta dort.
-Et c'est pour venir me dire cette nouvelle au combien surprenante que tu t'es déplacé ? Demandai-je, acerbe.
Weller se contenta de sourire. Parfois j'avais envie de lui arracher cette calme expression à coups de poing.
-Non. Je suis venu pour qu'on parle d'un jeune prince voyeur et de son futur mariage.
Je déglutis, il savait. Je pris le parti de me renfrogner.
-Il n'y aura probablement pas de mariage, vu comment ça avance.
Il secoua doucement la tête.
-Yuuri t'aime, Wolfram. Si tu avais vécu sur Terre aussi longtemps que moi, tu verrais tout le chemin qu'il a parcouru pour réussir à t'appeler « mon chéri » comme il l'a fait.
Je baissai les yeux.
-Il voudrait que j'ai une paire de sein et un ventre capable de s'arrondir autour d'un bébé, oui !
-Si ca avait été le cas, tout cela aurait été plus facile à accepter pour lui, certes. Mais je crois sincèrement qu'il t'aime tel que tu es.
-Mais il a dit…
Conrad s'assit à la place qu'occupait Yuuri quelques instants plus tôt.
-Oui. Je sais ce qu'il a dit.
Je rougis doucement.
-L'envie d'être avec une femme portant son enfant, de veiller sur elle, et de régner sur sa famille, de les protéger, elle et le bébé…Ne t'ais-tu jamais demandé s'il n'y avait pas une racine plus profonde à ce désir ?
Je regardai mon frère, perplexe.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
-Que t'a dit Yuuri, au creux de l'oreille, lorsqu'il te soignait ?
Je détestais lorsqu'il jouait à tourner autour du pot comme ça.
-C'est…personnel.
Il hocha la tête.
-Je comprends, mais…S'il-te-plait. Si j'ai raison, cela illustrera ce que je veux t'expliquer.
Avec un grognement, j'ouvris cette partie de ma mémoire où je gardais précieusement chaque preuve de l'amour de Yuuri.
-Il a dit que tout irait bien, qu'il allait me soigner et qu'il ne me quitterait plus jamais des yeux, même si je m'énervais contre lui. Il m'a appelé par un mot de sa langue et il a dit que j'allais guérir, qu'il ne supportait pas de me voir souffrir, que cela le faisait souffrir aussi. Et il a dit qu'il me protégerait de tout, même de lui-même et qu'il serait toujours à mes cotés pour veiller sur moi.
Conrad hocha la tête. J'attendais impatiemment qu'il m'explique.
-Dans le monde de Yuuri, spécialement dans la société dans laquelle il a été élevé, l'homme est traditionnellement, et c'est encore très ancré dans les esprits, l'homme disais-je, est le chef de famille qui protège et subvient au besoin de sa femme et de ses enfants. Maintenant, regarde-toi, Wolfram. Tu es un soldat, descendant d'une famille noble, prince par la lignée maternelle, doué avec une lame, tu es farouchement indépendant et très bon magicien. Tu n'as besoin de personne pour exister, ou du moins, c'est comme cela que Yuuri le perçoit, même lorsque tu te conduis en gamin égoïste et capricieux. Et pire que tout, tu es celui qui l'a défendu et protégé, qui prend les initiatives, surtout en ce qui concerne votre relation. Tu as été le premier à l'embrasser, n'est-ce pas ?
J'approuvai de la tête. Il sourit.
-Avec toi, Yuuri ne se sent pas nécessaire.
Je secouai vivement la tête.
-Mais je l'aime ! Je l'aime plus que tout !
-Je sais. Mais c'est plus compliqué que ça en a l'air. Même lui ne s'en rend pas compte. Il aimerait se sentir utile et nécessaire pour toi, dans votre relation. Il ne se rend pas compte que même avec une femme, cela ne serait pas forcément ainsi. Pourquoi crois-tu qu'il ait été si attiré par Flurin ? Elle est jeune, forte mais perdue, comme une princesse de roman, et elle regarde le Maou comme son sauveur. Avec elle, il a la sensation d'être indispensable.
Je fermai à demi les yeux pour qu'il ne me voie pas pleurer et murmurai :
-Mais Yuuri m'est indispensable…
Il soupira.
-Je sais. Mais lui ne s'en rend pas compte. Et puis, il y a autre chose, qui y est fortement relié. Dans les relations entre hommes, sur Terre, il y a beaucoup de préjugés concernant les relations homosexuelles. Il y a souvent un des hommes qui et vu comme le dominé, celui qui est la plus féminin, qui joue le rôle de l'épouse en quelque sorte.
Là, je ne comprenais plus rien.
-Il est le Roi, donc la Reine ce sera moi. Je ne…
Conrad m'interrompit.
-Pas en termes de rôle ou de position, c'est en terme symbolique et en terme de…bref. Yuuri se sent cette personne. En Japonais, la langue de Yuuri, on dirait le Seme pour le dominant et le Uke pour le dominé.
-C'est ridicule. Il n'y a rien de honteux à…être celui qui reçoit…
Je rougis en repensant à ce que je savais de par mes lectures et par divers conversation. C'était le genre de chose dont je ne tenais pas à discuter avec Weller.
-Dans la société Mazoku, non. Mais replace-le dans son contexte. Yuuri a été élevé sur Terre.
Je fronçai les sourcils et repensai à tout ce que Weller venait de m'expliquer. Tout ça me paraissait tellement absurde. Pourtant, je songeai à ce que Gwendal m'avait dit quelques jours auparavant, alors que l'on parlait des droits des Humains qui venaient d'entrer en territoire Mazoku avec l'exemple des femmes que nous avions ramené du Désert. « Ne présume pas de leur façon de penser ou de réagir, chaque peuple et même chaque personne est différente. Veux-tu la Guerre Civile, ou un pays en paix ? La paix est basée sur une compréhension née du respect. Si tu veux être un bon Souverain, respecte chaque membre de ton peuple, accepte les comme ils sont, avec leurs défauts. » J'essayai donc de mettre ça en pratique.
-En clair, le fait d'être avec moi et de ne pas être avec une femme lui donne l'impression d'en être une lui-même ? Demandai-je finalement.
Conrad hocha doucement la tête.
-On peut dire ça comme ça.
Je baissai les yeux et m'entourai inconsciemment de mes bras.
-Alors à moins qu'Anissina n'invente une potion pour me changer en femme, il n'y a pas d'avenir pour Yuuri et moi ?
Les doigts de Weller sous mon menton me firent relever la tête.
-Depuis quand Wolfram Von Bielefelt baisse-t-il les bras ? Tu as été capable d'accepter et de comprendre les doutes de Yuuri, à toi maintenant de lui montrer que ces mêmes doutes n'ont pas lieu d'être à Shin Makoku. Qui te dit qu'il ne peut pas lui aussi accepter de comprendre ?
Weller était partie sur ses mots, me laissant méditer sur ce qu'il m'avait appris. J'essayais de trouver une façon de faire comprendre Yuuri combien j'avais besoin de lui. Je l'aimais, par Shinou ! N'était-ce point suffisant ? Yuuri était un souverain exemplaire, il était aimé par l'ensemble de son peuple, adulé par tous. Même les peuples étrangers aimaient et respectaient pour la plupart notre Maou. Et moi…Moi, j'avais besoin de Yuuri comme on a besoin de l'air que l'on respire. Même au plus profond de ma dépression, je n'avais jamais envisagé de me passer de sa présence. Je serais resté près de lui toute ma vie, même pour n'être que son ombre ! Mais comment rentrer ça dans son crâne de Henachoko borné ? La fatigue finit par avoir raison de moi et, me callant dans mes oreillers, je me laissai aller au sommeil.
L'affaissement du matelas, ainsi qu'un bras entourant ma poitrine et un corps se collant contre mon dos me réveillèrent. Il faisait nuit noire et je n'avais aucune idée de l'heure qu'il pouvait être. Mais je connaissais entre mille l'odeur de l'homme contre moi. Je battis des paupières, tentant de me maintenir éveillé pour profiter de cette étreinte inattendue.
-Yuuri ? Marmonnai-je dans un grognement.
-Chh, Wolf, c'est moi, dors.
-Tu…nght…fâché ?
J'avais à peine conscience de ce que je disais, et j'étais bien trop confortablement installé pour bouger.
-Non, je ne suis pas fâché, Wolf. Je m'excuse de t'avoir laissé seul tout à l'heure…C'est juste que Conrad… et Yosak…
Il eut un petit rire gêné. Je me sentais glisser de nouveau dans le sommeil.
-Mpht…'main…
-Quoi ? Oh, oui, tu as raison, on en parlera demain.
Puis après un petit moment de silence, presque suffisant pour que je m'endorme, j'entendis chuchoter tout contre mon oreille.
-Je…Je t'aime Wolf.
Je souris et me laissai dériver de nouveau.
Le lendemain, nous étions par je ne sais quel miracle dans la même position. Le soleil sur ma peau me fit doucement cligner des paupières. Habituellement, je bouge tellement que Yuuri fini par terre. Ainsi, j'ouvris les yeux et sentis tout d'abord les bas de mon fiancé autour de mon corps. Mais une autre partie de son anatomie saluait mon réveil et je ne pus m'empêcher de rougir. Ca n'était pas comme si ça ne m'était jamais arrivé de me réveiller dans cet état mais Yuuri…Rêve-t-il de moi ? Je bougeai un peu des hanches et je l'entendis gémir.
-Wo…Wolf…
Je m'arrêtai, était-il réveillé ? Non. Il eut un long soupire et se pressa davantage contre moi.
-S'il-te-plait…Wolfram…
Intéressant. Je me sentis rougir encore davantage à ce que je projetais. Mais alors que je glissais ma main sous les draps, la porte s'ouvrit violement.
-WOLFRAM ! CHICHI-UE !
Je me redressai en même temps que Yuuri, qui eut d'abord une adorable expression confuse, puis un rougissement impressionnant. Greta bondit sur notre lit en riant.
-Yuuri, c'est l'heure de notre entrainement de Base Ball, vous avez tous les deux raté le petit déjeuner !
Il y a des jours où je hais les enfants !
-Henachoko ! Pourquoi lui apprends-tu ce sport stupide ? Ca n'est pas digne d'une princesse de se vautrer dans la boue à la recherche d'une balle !
Yuuri se tourna vers moi, l'air furieux :
-Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler Henachoko ! Et le Base Ball n'est pas stupide, ça lui apprends l'essentiel de la vie ! Et si ça ne te plait pas…
-Greta, interrompit la voix égale de Conrad, si nous laissions tes parents s'habiller en paix ?
Je me sentis d'un coup honteux. J'avais exposé ma fille à une dispute avec son père, ce qui m'avait fait tellement de mal étant enfant quand je voyais mes propres parents se déchirer. Yuuri donna un baiser à Greta et elle partit avec Conrad, non sans nous avoir jeté un regard inquiet.
-J'espère que tu es fier de toi ! Grogna Yuuri. Si tu veux que ce soit ta fille…
Là, c'était trop fort !
-QUOI ! Si moi je veux ? Rappelle-moi, Yuuri, qui prend soin de Greta quand sa Majesté retourne voir sa famille sur Terre ? Pendant des mois, notre fille était toute seule, JE m'occupais d'elle, JE devais lui dire que je ne savais pas quand son père rentrerait ! Son père, le MAOU, qui n'aurait jamais dû quitter Shin Makoku disparaissait sans même lui dire au revoir ! Qui s'occupait de Greta ? Qui est son père, Yuuri ?
Yuuri baissa les yeux et rougit.
-Maintenant, allez apprendre le Base Ball à votre fille, Majesté, puisqu'il est vrai que vous êtes le seul qu'elle appelle Chichi-ue ! Moi, je vais continuer mes leçons avec Gwendal, pour apprendre à gérer VOTRE royaume !
Je me levai, mais bien trop vite. Une violente douleur me vrilla le dos et la nuque et mes jambes ne me soutirent plus. Je me sentis tomber en avant et me serais retrouvé par terre si deux bras musclés ne m'avaient retenu.
-WOLFRAM ! Cria la voix apeurée de Yuuri et je me sentis pris de vertige.
-Yuu…Yuuri…
Mon fiancé me rallongea sur les draps et me recouvrit de la couverture. Il avait pris une belle musculature, songeai-je vaguement.
-Wolf ! Réponds-moi !
Je lui souris et caressai de ma main droite la joue de mon fiancé.
-Je vais chercher Gisela !
Je le retins par le manche et secouai la tête.
-Ca va Yuuri, je me suis juste levé un peu trop vite. Je vais bien.
Il se coucha près de moi et me regarda dans les yeux.
-Pardon, Wolf, je n'aurais pas dû dire ça.
-Moi non plus, Yuuri. C'est vrai que tu as eu de longues absences, mais je sais que la majeure partie d'entre elles n'était pas ta faute...
-Tu t'es toujours bien occupé de Greta. Ce matin, c'est autant ma faute que la tienne. Nous n'aurions pas dû.
J'approuvai et il me sourit tendrement. Puis il fronça un peu les sourcils, l'air triste, ce qui me donnait toujours envie de le prendre contre moi et de chasser toute ses peines.
-Pourquoi on n'arrête pas de se disputer, Wolf ? On se dispute sur les choses les plus insignifiantes…
Je souris et caressai ses cheveux noirs qui me fascinent tant.
-Il y a encore beaucoup de choses qu'on n'a pas réglé toi et moi. Mais le plus important, c'est que cela prouve que c'est important justement. Si on s'en fichait, on ne se disputerait pas. Et puis…Nous nous réconcilions vite, non ?
Il me sourit et posa sa main sur la mienne avant de les amener, jointes, sur l'oreiller entre nous deux.
-En tout cas, tu ne vas pas avec Gwendal aujourd'hui. Tu es trop faible.
Il rit à ma moue agacée et, sérieusement, qui peut être fâché avec Yuuri quand il rit ? Il a un si joli rire…
-Pourquoi tu ne viendrais pas voir les progrès de ta fille au Base Ball ? Tu pourrais t'asseoir dans l'herbe avec une couverture, il fait chaud, mais il y a un peu de vent. Je suis sûr que cela ferait plaisir à Greta.
Je souris et hochai la tête. Non seulement parce que j'aimais voir Greta heureuse, mais aussi parce qu'il n'était pas rare que Yuuri finisse torse nu lorsqu'il jouait à ce jeu terrestre. Et franchement, comment dire non à ce spectacle ?
Nous nous habillâmes donc, Yuuri m'aidant à enfiler un ample « sweat shirt », d'autant plus ample que Yuuri se musclait et avait grandi, ce qui m'agaçait un peu, et un de ses pantalons qu'il avait ramené de la terre (« Tu ne vas pas mettre ton uniforme dans cet état ! »). Puis il me mit d'épaisses chaussettes et des bottes.
-Yuuri, tu es le Maou, tu ne devrais pas…
-Tutut, pas de commentaire, sinon j'envois les Dames de chambres. Ou Anissina.
Je ne fis effectivement plus aucun commentaire. Il alla faire sa toilette et revint, habillé de sa tenue. Il s'approcha de moi, l'air taquin et je plissai les yeux avec méfiance, mais ne fut pas assez rapide pour l'empêcher de me visser une de ses « casquettes » sur la tête. Quand je fis le geste pour l'enlever, il me retint les mains.
-Ah Ah ! Non non non ! Tu la gardes. Sinon tu ne seras pas un vrai supporter !
Je baissai les mains, résigné.
-Un quoi ?
-Un supporter, ça veut dire que tu viens nous encourager ! Tu pourrais chanter l'hymne de Shin Makoku !
Il me taquinait encore ! Je me levai précautionneusement.
-Dans tes rêves, Henachoko ! Si tu veux ça, demande à Günter !
-Mais tu as une tellement plus jolie voix, protesta-t-il, joueur, avant de me déposer un baiser sur la joue qui me paralysa pendant une bonne seconde.
Puis il prit une des couvertures de notre lit d'une main et la mienne dans l'autre et m'entraina doucement à sa suite.
Arrivés au terrain, Conrad, en tenue lui aussi, nous attendait. Il sourit d'un air amusé en me voyant et me désigna le parfait endroit pour m'asseoir, où il avait déjà fait installer une nappe. Mais comment fait-il pour toujours tout savoir à propos de Yuuri et de moi ? Greta vint nous rejoindre en portant un panier garni de biscuits, de miel et de fruits. Elle posa son panier et s'assit entre Yuuri et moi.
-Ca va mieux, n'est-ce pas ? S'enquit-elle anxieusement en nous regardant l'un après l'autre.
Yuuri la prit contre lui et sourit.
-Oui, Greta, nous nous sommes réconciliés.
-Et on voudrait s'excuser, terminai-je doucement. Tu n'aurais pas dû assister à ça, tu nous pardonnes ?
Elle tourna ses grands yeux tendres vers moi et sourit.
-Greta n'est pas fâché ! Mais Greta n'aime pas quand Yuuri et Wolfram se disputent !
Je lui embrassai la main et cela la fit rire.
-Nous ne nous fâcherons plus devant toi, Greta, c'est juré.
Elle sourit, apparemment satisfaite, et me tendit une tartine de miel que Conrad venait de préparer. Le pique-nique se poursuivit, Greta nous racontant tout ce qu'elle allait faire avec Béatrice quand celle-ci viendrait pour la cérémonie, jusqu'à ce que Yuuri déclare qu'il était temps qu'ils fassent leur « jogging ». Ils se mirent donc tout les trois à courir et j'étendis mes jambes, entourant mes genoux de mes bras pour les regarder. C'est dans ce genre de moment, dans l'intimité de mon propre esprit, que je remercie Shinou de m'avoir donné un frère comme Conrad. Et pendant qu'ils jouaient, je pus tranquillement continuer à réfléchir sur la façon dont j'allais faire comprendre à Yuuri combien il était important pour moi. Pour les enfants, et bien, on verrait plus tard.
