NdA : elle arrive, la suite, je ne suis pas une machine et quand j'ai pas d'ordi, je peux pas écrire, c'est comme ça.

Quoiqu'il en soit, merci beaucoup pour les reviews.

Je précise que j'ai dans ce chapitre pris des libertés pour expliquer à ma manière le passé de Wolf et la « forme Maou » de Yuuri.

Bonne lecture.


Chapitre 7 : L'Origine des pouvoirs de Yuuri

Yuuri me regarda avec surprise et la tablée fit silence. Je me sentais un peu gêné d'être le centre de l'attention générale, surtout considérant ce que j'avais à dire.

-Non, tu l'as évoqué deux ou trois fois mais…

Je soupirai et baissai les yeux sur mon assiette, chipotant mes légumes avec ma fourchette.

-Lord Von Bielefelt a décidé de se joindre à la Cérémonie de sa Majesté, déclara Günter, son inquiétude transparaissant dans se voix.

-C'est une bonne nouvelle ! S'exclama Yuuri avec un grand sourire et, se tournant vers moi, ta famille doit te manquer Wolf !

Je le regardais avec incrédulité. Mais comment pouvait-il être aussi naïf ? Ne s'était-il jamais demandé pourquoi il n'avait jamais été en présence d'autres membres de ma famille ?

Je ne savais pas vraiment comment commencer. Yuuri, confiant et généreux, ne comprendrait probablement pas le caractère de mon père et penserait que j'exagérais…

-Tu ne comprends pas…marmonnai-je, à la fois frustré et embarrassé par la douce spontanéité de mon fiancé.

La main de Yuuri se posa sur mon bras, il me souriait, encourageant, d'un air de dire « ça ne peut pas être si grave ». Tu n'as pas idée, Henachoko…. Je pris une inspiration et déclarait à contrecœur.

-Mon père, Ahren Von Bielefelt est l'actuel chef de notre lignée et…

-Mais je croyais, me coupa Yuuri, que tu n'étais pas l'héritier des Von Bielefelt.

Je le foudroyai du regard, c'était déjà assez difficile de parler de mon père comme ça, devant tout le monde, il n'était pas obligé d'en rajouter. Surtout pour me poser des questions sur un sujet que j'aurais préféré éviter.

-Effectivement, c'est parce que mon père a un fils plus âgé, Luther, qui est l'héritier de nos Terres et du titre et aussi une fille, Dagmar. Ce sont tous les deux des enfants légitimes.

Je ne les appelais pas mes frères et sœurs et je refusais d'en dire plus, mais Gwendal, lui, ne se fit pas prier.

-…Contrairement à Wolfram, qui est né hors mariage.

Gwendal avait toujours détesté mon père, surtout à cause de la façon dont j'avais été traité. Et aussi à cause de la façon dont il traitait toujours Conrad. Les yeux de Yuuri s'élargirent et il me regarda d'un air étonné et un peu méfiant, comme s'il avait peur que je m'énerve. Mais je ne m'énervai pas, je baissai juste les yeux en serrant les dents. A cause de cette illégitimité, j'avais longtemps était mal vu et moqué dans ma propre famille. Jusqu'à ce que ma mère, ma mère !, soit obligée, en utilisant son statut de Maou et son caractère borné, d'y mettre bon ordre. Günter, prenant probablement conscience de mon embarras, s'empressa d'ajouter.

-Mais Wolfram est prince légitime par Lady Cecilie malgré cela. En outre, celle-ci a été, hem, très insistante auprès de Lord Von Bielefelt pour que celui-ci transmette malgré tout son nom a son fils, et ainsi, même si c'est tout à fait inhabituel, Wolfram est un enfant illégitime par le sang mais un Von Bielefelt par le nom.

Très insistante, ça n'était rien de le dire…

La dispute avait pris place en plein milieu d'un dîner où était présent ma mère, mes frères, Günter, Stoffel, Raven, mon père et sa femme légitime, Lorelei Von Bielefelt, et qui s'était déroulé dans la salle de réception de l'aile sud. Celle-ci a du être restaurée depuis, trois des tapisseries ayant été réduites à l'état de cendre. Je ne m'en souviens que vaguement, j'étais encore très jeune. Je me rappelle des fragments, je me rappelle de ma mère giflant violement mon père, de Stoffel et Raven tentant de s'interposer, de Gwendal, à l'époque tout jeune homme, menaçant mon père de le transpercer de sa lame s'il ne baissait pas les flammes qu'il avait invoqué contre ma mère. Je me souviens aussi de Conrad, jeune garçon, me prenant dans ses bras et m'entrainant derrière un pilier pour me mettre à l'abri et me murmurant que tout allait s'arranger, que je n'avais pas à avoir peur. A l'époque je ne savais pas qu'il…Mais mon père, lui, le savait bien sûr, il avait couché avec la femme d'un humain. Et il haïssait et méprisait Conrad, même si, enfant, je ne voyais pas pourquoi…Mais de cette tornade de cris et de ce tumulte, je n'ai retenu qu'un échange de parole, gravé au fond de mon cœur.

-C'est ton fils ! Avait crié ma mère. Et il ne peut même pas se déplacer sur tes Terres sans être la risée de tes gens, sans être rudoyé ! Je ne tolérerai pas un tel manque de responsabilité de ta part ou de la part de quiconque dans mon royaume ! Tu as eu cet enfant, il est tien, assume-le !

-Haha-ue, avait demandé Conrad, de sa voix calme qui ne manquait jamais de me rassurer, étant petit, pas devant Wolfram !

-Toi, le bâtard, reste en dehors de ça, avait murmuré Lady Lorelei, acide.

Je n'avais pas compris pourquoi elle l'appelait ainsi. C'était moi qu'on appelait « bâtard » d'habitude, et je savais que le père de Conrad était marié à ma mère.

Enfin, pour donner du crédit à mon père, lui ne m'avait jamais appelé autrement que par mon prénom, même avant de me reconnaitre.

-C'est mon frère que vous appelez bâtard, avait grondé un Gwendal courroucé et menaçant.

Günter tentait désespérément de calmer la situation, mais elle n'avait fait que s'envenimer…jusqu'à ce que mon père déclare d'un ton glacial qu'il accepterait de me reconnaître uniquement à la condition que je sois élevé chez les Von Bielefelt par lui et Lorelei, et ce jusqu'à ce que j'ai atteint l'âge d'homme et soit en position de choisir par moi-même où je désirais vivre. Ma mère n'avait d'abord rien dit, elle m'avait juste regardé, je m'en souviens encore, avec des larmes au fond des yeux, et j'avais senti les bras de Conrad se resserrer autour de moi alors qu'il murmurait d'une voix suppliante.

-Haha-ue, non !

Mon père avait tranquillement ajouté que je pourrais venir au château de temps à autre, qu'il ne comptait pas me priver de ma mère, mais que si je devais porter son nom, je devais aussi vivre selon les critères et les coutumes de notre famille.

-Soit.

Ce fût la seule et unique fois où je vis Conrad pleurer.

-Wolfram ?

La voix adulte de Conrad me tira de mes souvenirs et je me rendis compte que je le fixais depuis un long moment.

Ca faisait si longtemps que je n'avais pas repensé à tout ça, j'avais presque oublié combien il tenait à moi quand nous étions enfants. Il s'avéra que je revins vivre avec ma mère dès mes 14 ans, puisque elle refusait que je sois exposé aux risques de la guerre. Les années passées auprès des Von Bielefelt m'avaient beaucoup appris, et j'avais vécu à la Cour de mon père, enfin restauré dans mon rang.

-Wolf ?

La voix de Yuuri était inquiète à présent et il avait posé sa main sur la mienne, entrelaçant nos doigts. C'était si…si tendre que je me forçai à continuer.

-Mon père est maître chez lui. C'est un puissant Seigneur et un homme difficile à approcher. Il est…Il est froid mais peut se montrer amical s'il apprécie la compagnie. C'est un homme de Haute Noblesse, qui est très soucieux des traditions Mazoku. Sur les Terres des Von Bielefelt, on vit encore comme on vivait il y a mille an…C'est majestueux, immense…

Je ne savais pas comment expliquer la majesté de nos Terres, la noblesse de nos forteresses, perchées à flanc de falaise, la violence de l'océan les soirs d'orages, la grandeur et la solennité de nos Halls, les tapisseries vantant les légendes Mazoku, les bals, les guerriers en armure, les chasses, l'immensité de nos forêts…C'était mon pays et je l'aimais. Mais…

-Les Von Bielefelt font partie de la Noblesse conservatrice de Shin Makoku, comme Hube Geiger en son temps, expliqua Günter, c'est en partie pourquoi vous n'avez jamais vu Lord Von Bielefelt, pas même à votre couronnement…

Yuuri fronça les sourcils.

-Il…n'aime pas les Humains ?

Conrad répondit avec gravité.

-Sur le territoire des Von Bielefelt, il n'y a aucun humain. Et, bien que la Loi du Royaume garantisse et protège l'égalité entre Humains et Mazoku, il n'est pas conseillé pour quelqu'un ayant du sang humain de pénétrer les Terres de Lord Ahren.

-Alors je suis content de le rencontrer ! Déclara Yuuri avec un calme nouveau, mais un feu couvant dans ses yeux sombres.

-Henachoko ! M'écriai-je, au comble de la frustration. Tu ne comprends pas comment il va te traiter ! C'est déjà assez mauvais que tu sois un sang mêlé, mais en plus je te suis fiancé et…

-Tu me reproches mon sang humain, Wolfram ? Questionna placidement Yuuri, me coupant dans mon élan.

Je restai un instant interloqué puis secouai vivement la tête.

-Non ! Bien sûr que non !

J'aime tout de Yuuri, absolument tout, jusqu'à cet air d'ahuri qu'il est capable de prendre de temps à autres.

-Pourquoi ? Tu refuses bien l'affection de Conrad pour cette raison.

Les yeux de Yuuri me fixaient sereinement, pleins de cette force qui semblait couler sous la surface d'immaturité de mon promis.

-Yuuri…Avertit doucement Conrad, cherchant par son ton à dissuader le Roi.

Mais Yuuri ne lui porta aucune attention, ne me quitta pas des yeux, même pour une seconde. Je détournai la tête pour échapper à ce regard inquisiteur.

-Weller et moi…c'est…c'est différent…

La main de Yuuri me saisit le menton et me força à le regarder.

-L'important, c'est que tu as appris à faire confiance aux humains, même si tu joues encore à les mépriser. Je sais que tu as appris à les accepter et que tu t'es jeté dans les flammes pour sauver un enfant humain. Je sais que tu m'aimes, malgré mon sang humain.

Je me perdais dans son regard, ses yeux sombres et qui n'avaient pour le moment d'attention que pour moi, tout comme je n'avais d'attention que pour lui. Il aurait aussi bien pu n'exister que nous dans le monde.

-Je parlerai à ton père, je suis sûr que même lui peut changer. Hube a bien changé, lui. Je supporterai ses insultes et son mépris jusqu'à ce qu'il comprenne que Mazoku et Humains ont la même valeur. On ne résout rien en évitant les problèmes, je l'ai appris quand j'ai failli te perdre !

Il avait murmuré ces derniers mots avec intensité, en me caressant la joue. Un toussotement vint briser notre intimité et je rougis violement en voyant le sourire amusé de Conrad. Même Gwendal avait un fantôme de sourire aux lèvres. Perturbant.

Yuuri se racla la gorge pour masquer son embarras et Greta rit derrière sa main.

-Ca c'est ce que j'appelle une bonne attitude ! Approuva Anissina en tapant d'un poing énergique sur la table. Et peu importe si cette grande gueule de Von Bielefelt a déclaré un jour qu'il tuerait le premier humain a posé les mains sur un de ses enfants ! Ces hommes et leurs épées !

Je vis Yuuri pâlir et ne put retenir un sourire. Mais celui-ci s'effaça vite quand je me rendis compte que je n'avais pas évoqué tout le problème.

-Et, Yuuri…

Il se tourna vers moi.

-…Il y a le problème de Haha-ue…

-Chéri-sama ? Questionna mon fiancé, incertain. Quel est le problème avec Chéri-sama ?

Ce fût Günter qui répondit.

-Lady Cecilie est…comment dire…est très en colère contre Lord Von Bielefelt. Quand Wolfram était tout jeune, son père l'a emmené sur ses Terres pour l'élever et Dame Cecilie l'a très mal pris. De même, leur relation a été très tumultueuse, chacun étant mariés de son coté, d'autant que Lord Von Bielefelt ne (le conseiller me regarda gêné) ne voulait pas du bébé, il a accusé Dame Cecilie de l'avoir piégé, de lui avoir fait un bâtard pour le séparer de sa femme…

De quoi ? Non ! Ca n'est pas vrai. Il déglutit et reprit rapidement.

-En outre, leurs vues sur un certain nombre de sujet, notamment la guerre et les humains étaient très différentes. Lorsqu'ils sont ensembles dans un lieu, et bien…disons que ça n'est pas sans dommages collatéraux.

La colère m'envahit peu à peu, pas à propos de la relation entre mon père et ma mère, mais à propos de ce qu'il avait dit sur ma naissance.

-C'est faux, crachai-je.

Yuuri se tourna vers moi.

-Wolf… ?

Je me levai brusquement, foudroyant Günter du regard. De quel droit se permettait-il de…!

-C'est faux ! Criai-je. Mon père…Mon père m'aime !

Je n'arrivai plus à respirer. Comment Günter osait-il ? Comment pouvait-il dire ça !

-Günter dit vrai Wolfram, interrompit Gwendal d'une voix grave. Quand tu es né, il n'a même pas voulu te regarder. Le premier à t'avoir pris dans ses bras a été Conrad. Lord Ahren a dit qu'il ne voulait rien avoir à faire avec les machinations de Haha-ue qui selon lui, collectionnait les bâtards comme certains collectionnent les pierres précieuses ou les épées.

Pourquoi Gwendal… ?

-Taisez-vous !

Je quittai la pièce en courant presque, claquant la porte derrière moi avec violence. Mes muscles recommençaient à me faire mal.

-WOLF !

Mais je n'écoutai pas le cri de Yuuri, je me mis à courir et allai m'enfermer dans notre chambre. Un fois là, je me jetai sur mon lit, dos à la porte, regardant par la fenêtre la lumière dorée du soleil.

C'était faux ! Mon père était loin d'être parfait avec sa froide arrogance, mais il ne m'a jamais appelé « bâtard » ! Il était le seul à me regarder pour son fils ! Mon père n'était pas comme les autres ! Mon père était…

Je sentis le sel des larmes au coin de ma bouche alors que je hoquetai. Puis j'eu un sanglot étouffé. Avant de pleurer vraiment. Pourquoi Gwendal…

La porte s'ouvrit avec un léger grincement et j'entendis des pas s'approcher du lit. Un instant plus tard le matelas s'affaissa derrière moi et un bras m'entoura doucement les épaules alors que je sentais le souffle de mon fiancé sur ma nuque.

-Ca n'est pas vrai, Yuuri ! Mon père m'aime !

-J'en suis persuadé, murmura la voix que je chérissais tant. Il faudrait être fou pour ne pas t'aimer.

Je souris au travers de mes larmes.

-Henachoko…

Ma voix était cassée par les pleurs et déjà je m'en voulais de ma faiblesse.

-Quand j'étais tout petit, continua doucement mon fiancé, mes parents nous ont emmené mon frère Shôri et moi à New York avec eux. C'était pour le travail de mon père. J'étais petit, alors je m'en rappelle pas vraiment, mais Shôri m'a raconté. Ils se sont disputés et mon frère a cru qu'ils allaient divorcer.

-Divorcer ? Demandai-je, incertain.

-Ca veut dire rompre le mariage. Mais l'important, c'est qu'après ça, Shôri m'a dit qu'il avait compris quelque chose de très important, les disputes entre adultes, restent ou devraient rester entre adultes, ça ne veut pas dire que les parents aiment moins leurs enfants.

Je déglutis.

-Mais si…si…il n'a pas voulu me regarder…

Yuuri raffermit son étreinte.

-Günter n'aurait pas dû dire ça devant toi, ça n'était pas délicat. Mais c'est contre ta mère que ton père était en colère, pas contre toi. Et il t'a élevé après ?

J'approuvai d'un grognement.

-Tu dois avoir de bons souvenirs avec lui, non ?

Je me souvins de nos parties de chasse, de quand il me lisait des livres sur l'histoire de Shin Makoku, de quand il m'apprenait à utiliser le Majutsu, et quand j'étais tout petit, des jouets en bois qu'il gravait avec son couteau durant nos pique niques, lorsque nous faisions du cheval ensemble.

Je hochai la tête en confiant à mi-voix à Yuuri mes souvenirs d'enfance. Quand je me tus, il m'embrassa la joue.

-C'est ça, l'amour. Murmura-t-il gentiment.

C'est ça, l'amour…

Je repensais à Yuuri m'offrant des fleurs, à tout ce que nous avions partagé au cours des années…

-Dis, Wolf…

-Hn ?

-Une sieste, ça te dis ?

Je souris et me blottis un peu plus contre lui, me laissant dérivé dans le sommeil.


Lorsque j'ouvris les yeux, je compris immédiatement que je ne m'étais pas éveillé au sens propre. J'étais dans un jardin, sur de l'herbe épaisse et moelleuse. Au dessus de moi, je vis un ciel d'azur au nuage léger et onctueux. Je me redressai lentement. Je portai des vêtements étranges, une tunique grise avec un col haut, fermé par une broche, une épaulette en métal sur l'épaule gauche, qui était liée à une plaque de ce même métal entourant ma poitrine par une autre broche verte et mes avants bras étaient enserrés par des bandes de tissus, comme ceux des archers. Cette tenue ne m'était pas inconnue. Chaque fois que je passais dans le couloir menant à la grande salle de la forteresse de mon père, je contemplais le portrait de mon ancêtre, Rufus Bielefelt, portant ces mêmes vêtements. Je regardai autour de moi. De grands massifs d'Uruwashi no Wolfram m'entouraient et, sur ma droite, une jolie fontaine, avec un pilier en forme de femme, laissait s'échapper le doux son d'une eau claire et transparente.

-Ca te plait ?

Je connaissais cette voix mais elle n'était pas liée qu'à de bons souvenirs, même si je continuais à révérer son propriétaire, tout comme mon peuple. Shinou portait toujours la même armure, arborait toujours le même sourire séduisant, et une lueur enfantine et amusée brillait au fond de ses yeux clairs, aussi bleus que le ciel. Je me redressai pour mettre un genou à terre. Peu importait ce qui s'était passé, il était mon Suzerain et le protecteur de Shin Makoku.

-Tu peux te relever, Wolfram Von Bielefelt, avec tout ce que je t'ai fait subir, je pense que tu as plus que gagné le droit de me regarder en face.

J'obéis et me levai. Il me sourit.

-Votre Majesté ? Je…Je croyais que vous étiez…

-Parti ? Me demanda Shinou en penchant la tête sur le coté.

Je hochai la tête.

-J'ai voulu le faire, mais mon cher Grand Sage m'a tancé vertement et m'a fait comprendre que j'agissais comme un irresponsable en laissant Yuuri seul face à sa nature.

J'avais du mal à concilier la riante image de Murata Ken tirant la langue ou se grattant la tête avec l'idée de tancer vertement un Roi comme Shinou. Puis je pris toute la mesure de ce qu'il avait dit. Laisser Yuuri seul face à sa nature ?

J'hésitai un peu, ne comprenant pas bien ce qu'il voulait dire, puis me lançai.

-Mais Yuuri et capable de régner sur Shin Makoku, ses pouvoirs…

-Sont plus grands que les miens, je sais.

Je frémis mais il y avait juste de l'humour au fond de son regard, aucune colère. Puis il prit une expression plus sérieuse et se déplaça jusqu'à un des massifs, caressant une des fleurs du bout des doigts.

-C'est justement ça le problème.

Mon incompréhension du se lire sur mon visage car il eut un petit rire, puis redevint songeur.

-Je fais confiance à Yuuri pour guider Shin Makoku et je me suis arrangé pour qu'il ait des conseillers et des protecteurs valables pour l'aider. Von Voltaire et Von Krist le soutiennent et Conrad Weller préférerait se couper un bras plutôt que de le laisser souffrir…

Il s'interrompit et me fit un clin d'œil.

-Je suis bien placé pour le savoir.

Je ne voyais pas ce qu'il y avait de drôle là-dedans. Mon cœur se serra en revoyant le bras coupé de Conrad, lorsque nous pensions que c'était tout ce qui restait de lui. Il eut un sourire d'excuse.

-Ca n'était pas de très bon goût, excuse moi, vivre 4 000 ans enfermé a développé chez moi un sens de l'humour un peu malsain. Mais passons…

Il se rapprocha de moi.

-Et puis il y a toi, Wolfram Von Bielefelt…J'avoue que tu n'étais pas prévu dans mes plans concernant Yuuri. Je pensais t'utiliser uniquement comme clé, mais il s'est trouvé que par ton caractère et ta passion, tu as pris une importance considérable auprès de mon successeur. C'est la raison pour laquelle je suis en train de te parler en ce moment.

Il eut de nouveau ce petit rire troublant.

-Tu lui ressembles vraiment, même vos caractères sont semblables. Rufus…Lui aussi était passionnément fidèle, même jusqu'à s'en faire mal…

-C'est pour ça que vous m'avez accoutré comme ça ? Grognai-je en montrant les vêtements.

Il eut un sourire embarrassé, comme un enfant pris en train de voler des biscuits.

-Rufus me manque, expliqua-t-il.

Je fronçai les sourcils, se pourrait-il que…Mais il leva les mains, paumes ouvertes en signe de dénégation.

-Non non, entre Rufus et moi ça n'a jamais été que de l'amitié, sincère mais bien innocente !

Puis il se détourna et cueillit une fleur pour la respirer (se pouvait-il qu'elle ait une odeur ? Où étions-nous exactement ?).

Je me repris, il avait dit des choses pas inquiétantes, mais au moins préoccupantes.

-Que vouliez-vous dire par « laisser Yuuri seul face à sa nature », alors ?

-La maîtrise de Yuuri sur ses pouvoirs est encore très ténue. Ils sont si puissants qu'ils ont, comment dire…pris une personnalité propre. Non. Ca n'est pas exactement ça…Ils ont pris la personnalité de la part la plus mature de Yuuri, créant une forme de Yuuri adulte avant l'heure.

Je commençais à comprendre.

-La forme « Maou »…

Il opina du chef.

-Mais…Mais je croyais…

-Que c'était moi qui prenais possession de Yuuri ? Non, Yuuri est Yuuri. Cette forme « Maou » comme tu l'appelles n'est rien d'autre qu'un aperçu de ce que Yuuri est destiné à devenir. Comme s'il vieillissait d'un coup d'une quinzaine à une vingtaine d'année dans le corps comme dans l'esprit, parce que ce n'est que sous cette forme que ces pouvoirs peuvent atteindre leur plein potentiel.

Je hochai la tête bien qu'en réalité, tout cela me parut très brumeux.

-Tu te demandes pourquoi je te dis tout ça. C'est parce que j'ai besoin de toi pour aider Yuuri.

Ca, je pouvais faire !

-Que faut-il que je fasse ?

Il porta la main à mes cheveux et je m'empêchai de reculer alors qu'il y glissait la fleur qu'il tenait. Il eut un sourire appréciatif en contemplant le résultat.

-Il faut que tu réconcilie Yuuri avec cette part de lui, sinon, à terme, le Yuuri que tu connais disparaitra et seul le Maou restera.

-Mais…si c'est son futur ?

Il secoua la tête.

-Il y a une différence entre évoluer et remplacer. Yuuri va grandir et murir et se rapprocher de cette forme « Maou », mais tu dois comprendre que celle-ci n'est qu'un aperçu, une facette, de ce que Yuuri va devenir. Mais crois-tu réellement que Yuuri pourrait changer aussi radicalement ? Le voudrais-tu ?

Je repensai au Maou, certes il avait quelque chose de royal et de profondément attirant et captivant, mais il était terrible, sans concession, portant mort et jugement. Ca n'était pas l'homme que j'aimais.

-Mais Yuuri n'a pas pris l'apparence du Maou récemment, pourquoi est-ce que le Maou le remplacerait ?

Shinou me regarda un long moment sans répondre, comme s'il hésitait à me dire quelque chose.

-Il va se passer quelque chose, que ni toi, ni moi, ne pouvons empêcher. Cet événement va provoquer une telle colère chez Yuuri, un tel désespoir qu'il va éveiller le Maou. Si d'ici là, Yuuri n'a pas accepter et concilier avec cette part de lui-même et n'a pas appris à maîtriser ses pouvoirs, il disparaitra et seul le Maou restera.

-Que va-t-il se passer ? Quand ?

Il secoua de nouveau la tête.

-Je ne peux pas te le dire. Pas à toi.

Je serrai les poings avec colère.

-Mais qu'est-ce que je suis sensé faire si je ne connais pas le danger ! Si je ne sais même pas combien de temps j'ai devant moi ? Et pourquoi vous ne pouvez pas me le dire ? Pourquoi m'amener ici alors ! Pourquoi pas Conrad ou Gwendal ?

Il sourit et écarta mes protestations d'un geste gracieux de la main.

-Parce que tu es le seul qui puisse aider Yuuri à intégrer le Maou à lui-même, à devenir le Maou en restant lui-même. Toi seul Wolfram, parce que tu es son âme sœur.

Sachant que son âme est celle de Suzana Julia, je sais pas comment je dois le prendre…

Il leva les yeux au ciel et je compris avec un peu de retard qu'il pouvait lire mes pensés.

-Son amant, si tu veux être plus prosaïque et moins romantique. Celui qu'il aime et en qui il a confiance. Son amant.

-Fiancé, corrigeai-je à voix basse, qu'est-ce que je dois faire alors ?

-Tu dois pousser Yuuri à devenir le Maou et parler avec lui, hem, avec eux enfin, avec Yuuri sous cette forme.

-Comment je m'y prends ? Je vais pas attaquer une femme ou des enfants, juste pour le forcer à me punir !

Il rit.

-Ca pourrait être amusant, mais non. Nous ne voulons pas qu'il apparaisse avec des envies de vengeance Tu dois pousser Yuuri à lui laisser la place, en lui parlant, en le guidant.

Je le regardai bizarrement, me demandant si sa résurrection ne lui avait pas laissé des dommages à l'esprit…

-Oh, je sais. Tu n'es pas le symbole de la patience ou de la sagesse. Mais crois-le ou non, il n'y a que ta voix qui puisse guider Yuuri sur ce chemin.

-Conrad…

Il eut un geste agacé.

-Vas-tu cesser de m'ennuyer avec Weller ! Si je pensais que Weller pouvait le faire, c'est à lui que je parlerais en ce moment ! Douterais-tu de ton Roi ?

Et bien, à vrai dire…

Il rit de nouveau, de la même manière libre et joyeuse.

-Oui, tu as raison…Récemment je ne vous ai pas donné beaucoup de raison de me faire confiance ! Mais ça faisait 4 000 ans que je luttais contre Soushu…Et maintenant, c'est à d'autre de combattre pour des causes nouvelles. J'aime Yuuri, je l'ai choisi pour être ce qu'il est, un grand Roi. Mais les épreuves ne sont pas finies.

Il me fit un léger signe de la main.

-Bonne chance, Wolfram, je compte sur toi pour sauver Yuuri de lui-même.

Je voulais encore lui parler, lui poser d'autres question, mais je me sentis sombrer dans l'inconscience.

Yuuri…