NdA : Comme toujours, merci pour les reviews et les encouragements. Pas de remarque particulière à faire sur ce chapitre, si ce n'est qu'il est romantique et que si pour une raison bizarre ça vous fait fuir, bin…fuyez.

Plus sérieusement, bonne lecture. Ah, si, une petite chose. J'ai très envie de mettre Gwendal avec quelqu'un, mais j'adore autant Günter que Anissina, votre avis ? Je prends les votes…C'est ce qu'on appelle une fic presque interactive…

Chapitre 8 : Cette passion qui brûle nos cœurs, ce danger qui plane sur nos têtes

J'ouvris les yeux, papillonnant des paupières pour finalement fixer mes yeux sur Yuuri. Il me regardait, une expression d'intense inquiétude sur le visage. En tournant un peu le regard, je vis Günter, Gisela, Gwendal et Conrad debout côte-à-côte, l'air soulagé. Je me redressai en fronçant les sourcils.

-Henachoko ! Cesse de me regarder comme si j'allais m'évaporer dans la seconde !

Mais Yuuri ne fit que soupirer de soulagement et me prit impétueusement dans ses bras.

-Oh Wolf ! J'étais si inquiet ! Tu ne te réveillais pas ! Je…Je t'ai secoué…J'ai crié ton nom…Même Gisela…Même Gisela ne savait pas ce que tu avais !

Maintenant tu sais ce que j'ai ressenti quand tu étais dans ce foutu miroir démoniaque ! Ne pus-je m'empêcher de penser avec satisfaction.

-Ne refais plus jamais ça !

Il pleurait presque. Je refermai mes bras sur lui et embrassai ses cheveux.

-Henachoko…murmurai-je tendrement.

Il sourit, d'un sourire un peu tremblant.

-Ne m'appelle pas comme ça !

Un toussotement nous ramena à la réalité, nous rappelant que nous n'étions pas seuls dans la chambre. Yuuri et moi nous séparâmes rapidement en rougissant, mais à ma grande satisfaction, Yuuri garda ma main dans les siennes et resta à mes cotés sur le lit. En regardant mes frères, je me souvins d'un coup, non seulement de la raison de mon inconscience, mais aussi des événements du déjeuner. Je jetai un regard embarrassé à Gwendal, mais il se contenta de secouer la tête, chassant ma gêne, me démontrant qu'il n'accordait pas d'importance à notre altercation.

-Que s'est-il passé, Wolfram ? S'enquit Weller, qui, à voir son visage, avait déjà une petite idée de la réponse.

Je portai mon regard sur Yuuri. Il me dévisageait avec toujours une pointe d'anxiété. Mon inconscience lui avait vraiment fait un choc.

-J'ai vu Shinou.

Yuuri s'alarma tout de suite.

-Qu'est-ce qu'il te voulait ? Il n'y a plus de boite, alors…Mais pourquoi il t'a…Et pourquoi il est encore là ?

-De quoi voulait-il te parler ? Coupa Gwendal, d'une voix contenue.

Je savais qu'il en voulait encore à Shinou pour ce qu'il m'avait fait et ce qu'il avait fait à Conrad, même en sachant que Soshou le contrôlait …Pour Ani-ue, il est extrêmement difficile de pardonner le mal fait à sa famille. Je leur racontai en détail mon entrevue avec le Roi. Cela les laissa aussi perplexe que moi, mais vraiment, il n'y avait pas de quoi tergiverser ! Le Roi Originel nous avait donné des instructions, ne nous restait qu'à lui obéir.

-Donc, Henachoko, il va falloir que l'on travail à faire sortir ton coté le plus royal.

Günter hocha la tête, pensif, les sourcils froncés.

-Le plus approprié serait de faire au temple de Shinou, vous y serez mieux pour méditer et…

-NON !

Nous nous tournâmes tous vers Yuuri, il avait un visage déterminé.

-Non ? Répéta Gwendal.

-Non. Non, je ne le ferai pas. Pas tant que je ne saurais pas exactement ce qui est censé se passer. Vu ce qu'a dit Shinou, ça a probablement un rapport avec Wolf !

-Heika, Shinou a spécifié que…

Yuuri leva la main, l'arrêtant net.

-J'irai parler à Murata et je vous garanti que j'aurai des réponses !

Je soupirai d'exaspération.

-Shinou est le Roi, Yuuri et quand il ordonne…

Yuuri me jeta un regard noir qui me força à m'interrompre.

-Non, Wolfram, le Roi, ce n'est plus Shinou, c'est moi maintenant. Et je ne le laisserai pas nous manipuler de nouveau. Si je dois faire ça, je le ferai en ayant toutes les informations nécessaires.

Il ne m'avait jamais paru aussi royal qu'en cet instant. Ses yeux brillaient avec détermination, son regard ne cillait pas. Il se tenait droit, sûr de lui.

-Yuuri…

Son attention passa de Gwendal à moi et il me sourit.

-Non, Wolfram. Je ne changerai pas d'avis. Tu as entendu ce que Shinou a dit. « Pas à toi. » C'est évident que ce qui doit se passer à un rapport avec toi. Il ne s'agit pas de me protéger moi, mais de te protéger toi. Si Shinou veut protéger Shin Makoku, et bien il nous dira tout !

Je ne pus m'empêcher de sourire et pour le masquer, je détournai la tête avec un « hmpt » sonore.

Yuuri se leva et me tira par la main, me forçant à l'imiter.

-Viens, Wolf, allons parler à Murata !

-Yu…Yuuri, une minute...

-HEIIIIKA !

Mais il m'entraina à sa suite, sans écouter Günter, déterminé. Résigné, je le suivis, courant presque, jusqu'aux écuries.

-Henachoko, grognai-je, quand il daigna me libérer pour que je puisse seller Filia.

Il me regarda avec surprise puis retint mon bras avant que je n'ai pu me saisir de son harnachement.

-Non, non, Wolf ! Tu es encore blessé !

-Yuuri, je ne…

Mais il ne prit pas compte de mon air vexé et fit venir un palefrenier d'un geste.

-Henachoko ! Je sais encore m'occuper de ma jument !

Mais il ne m'écouta pas et j'eus beau crier et rouspéter, il resta stoïque, tout en s'occupant d'Ao. Au bout d'un moment, je cessai de m'exaspérer et allai bouder dans un coin, assis sur un banc à l'extérieur de l'écurie, furieux que mon fiancé m'humilie devant mes hommes et m'ignore effrontément ensuite.

-Wolf.

Je ne l'aurais pas regardé, toujours vexé, s'il n'avait eu une distincte émotion dans la voix. Il était angoissé. Je levai donc les yeux vers mon fiancé. Il me regardait, incertain.

-Qu'est-ce qu'il y a, Yuuri ?

Il s'assit près de moi, les mains jointes, tête basse.

-Yuuri ?

Il soupira.

-J'ai peur, Wolfram. Je ne veux pas qu'il t'arrive quoique se soit.

Je souris.

-Je sais me défendre, Yuuri.

Sa mine s'assombrit significativement.

-Je sais, je sais, tu n'as besoin de personne !

Je repensai à ce que m'avait dit Weller à propos de Yuuri, et de ses insécurités vis-à-vis de moi.

-Tu te trompes…murmurai-je, j'ai besoin de toi, Yuuri.

Il releva la tête et plongea ses yeux sombres dans les miens, l'air incrédule. Mais pour ce que j'avais à dire, je trouvai difficile de le regarder en face, je fixai donc mon attention sur ses mains, ses belles et fortes mains que je pouvais imaginer glissant sur ma peau…

-Je t'aime, Yuuri, continuai-je, toujours aussi bas, j'ai besoin de toi autant que de l'air que je respire, je donnerai ma vie pour toi. Je ne sais pas ce que je ferais si tu venais à mourir. Et si tu n'avais pas été là, je serais mort. Tu ne te souviens pas de toutes les fois où tu m'as sauvé ? Tu as été jusqu'à braver Shinou en personne pour qu'il me rende mon cœur !

Je pris une inspiration, me sentant étrangement comme si je m'enflammais de l'intérieur.

-Et qu'est-ce que tu crois ? Que j'étais heureux, avant ton arrivé ? Moi, le gamin capricieux qu'on laissait toujours derrière, l'enfant à protéger entre un Gwendal surprotecteur, une mère envahissante et un Conrad qui pistait mes larmes avant même que je ne les verse ? La vérité, c'est qu'avant que tu ne me gifles, je n'étais personne, j'étais une icône, Uruwashi no Wolfram, la beauté du Château, ni assez fort pour égaler Conrad, ni assez intelligent pour égaler Gwendal…Comme l'a dit Adalbert, si ça n'était pour mon Majutsu, je n'aurais même jamais était vu comme un guerrier potentiel… Si tu n'avais pas fait de moi ton fiancé, j'aurais probablement été laissé derrière, comme toujours…

Je me rendis compte que je n'avais jamais dit ses choses, à personne, même pas à moi-même. Et je me rendais compte de la véracité de ces mots en les prononçant. Je confiais à Yuuri des choses que je ne pensais pas oser un jour prononcer à voix haute, des choses que je n'avais même jamais consciemment ressenties.

-Oh, Wolf…

La voix de Yuuri réussit le miracle d'être à la fois émerveillée et pleine de compassion. J'hésitais à le regarder de nouveau, toujours un eu honteux de mon discours et de toutes les choses intimes qu'il contenait. Je fermai les yeux pour les rouvrir presque immédiatement en sentant les bras de Yuuri se refermer autour de moi. Je levai timidement la tête vers lui. Il souriait, un sourire tendre et intime qui accéléra significativement les battements de mon cœur.

-Wolfram…Je…Ne le prends pas mal, mais…Je suis si heureux…

-Pourquoi ?

J'étais sincèrement étonné par cette déclaration.

-Et bien…Jusqu'à maintenant…Je…Je sais pas comment t'expliquer…Mais j'ai toujours pensé…J'ai toujours crû…Tu avais l'air si fort, si…si indestructible…J'ai toujours pensé que je ne te valais pas…en quelques sortes…

Je fronçai les sourcils.

-Mais qu'est-ce que tu racontes ? Tu es le Maou. Tu es le souverain. Tu as démontré que tu étais plus que digne de ce titre. Toute la Cour pense que c'est moi qui ne te vaux pas.

Nous nous regardions dans les yeux à présent.

-Oh Wolf, je ne pourrai rêver plus valable Reine…hem…Roi…euh…Con…Consort…

Il se mit à bégayer mais je posai ma main sur ses lèvres pour le faire taire.

-Le titre m'importe peu, Yuuri. C'est…C'est vraiment ce que tu penses ?

Il prit ma main dans la sienne puis inspira un peu plus fort comme pour se donner du courage.

-Oui.

Nous nous regardions, incapables de détourner les yeux, complètement perdu l'un dans l'autre. Puis, comme si c'était la chose la plus naturelle au monde, nos lèvres se joignirent, sans qu'aucun de nous n'ait eu clairement conscience d'initier un baiser. Les lèvres de Yuuri sur les miennes…Je ne pouvais même plus penser clairement. C'était si bon, si pur, juste une caresse. Puis, je fus surpris de sentir Yuuri chercher à approfondir notre échange, maladroitement, mais tendrement, serrant toujours ma main. Je fermai les yeux et le guidai en entrouvrant les lèvres et en m'écartant un peu, le forçant à me suivre. Lorsque sa langue toucha la mienne, un étrange frisson me parcourut. J'eus l'impression que tout mon être s'animait sous ses lèvres. Ma main libre s'accrocha à son uniforme royal et je me pressai contre lui, explorant à mon tour la moiteur sucrée de la bouche de mon aimé. Je ne voulais plus m'arrêter, jamais, mais le manque d'air nous sépara.

-Wolf…Je…

Il ne termina pas sa phrase et m'embrassa de nouveau, cette fois avec plus d'assurance. Mes paupières se fermèrent avec délice. Après quelques instants, nous nous éloignâmes l'un de l'autre.

-Hem…

Yuuri rougissait adorablement et moi, je me sentais d'humeur à danser de joie. Je lui souris et il se détendit pour ne plus me quitter des yeux, un air d'innocence sur son visage ne me donnant d'autres envies que de l'embrasser de nouveau.

-Majesté ?

Nous nous tournâmes de concert vers le palefrenier, qui n'osait pas nous regarder, sans doute embarrassé de nous interrompre. Il dansait d'un pied sur l'autre.

-Vos…Vos chevaux sont prêts…

Yuuri lui dédia un large sourire et un « merci » sonore. Un jour il apprendra qu'on ne remercie pas les domestiques de faire ce pourquoi ils sont là ! Songeai-je, un peu agacé.

Il me tira par la main qu'il n'avait toujours pas lâchée.

-Viens, Wolf ! Allons voir Ulrike et Murata pour comprendre le fin mot de l'histoire !


Nous chevauchions en silence, côte à côte. Je savais que Weller était juste derrière nous, il n'est jamais loin de Yuuri, mais il nous laissait notre intimité et je lui en étais reconnaissant. Il y avait encore quelque chose, ce quelque chose si douloureux, mais j'hésitai à confronter Yuuri à ce sujet, alors que nous avions passé un moment si glorieux quelques minutes plus tôt. Mais il fallait que je le fasse. Cela ne cessait de me tenailler.

-Yuuri…

-Oui ?

Il tourna ses gentils yeux sombres vers moi et je sentais son regard sur moi, mais je ne voulais pas le regarder en face. Je ne voulais pas qu'il sache combien le sujet était douloureux pour moi…

-Wolf ?

Je pris une profonde inspiration.

-Yuuri…Je…Il y a quelque chose que je…

Je me maudis de ne pas savoir comment aborder le sujet. Je tentai de nouveau.

-Je ne pourrai jamais te donner d'enfant.

D'accord, c'était mal amené et par trop direct, mais je ne voulais pas tourner autour du pot plus longtemps. Il y eut un silence, mais je m'obstinai à regarder droit devant moi, priant pour ne pas me mettre à pleurer ou m'énerver plus que de raison.

-Je sais ça, Wolfram.

Sa voix était triste. Ca me donna brièvement envie de casser quelque chose, n'importe quoi !

-Tu regrettes ce que tu m'as dit, maintenant, Henachoko ? Demandai-je les dents serrées.

Je vis en périphérie Ao s'arrêter. Je tirai sur les rênes de Filia et me tournai vers lui…pour constater qu'il descendait de cheval. Il se tourna vers moi et ses sourcils étaient froncés, son expression déterminée.

-Descends ! M'ordonna-t-il, froidement.

-Qu'est-ce qu'il te prend, Henachoko ?

Il fit un pas vers moi.

-Lord Von Bielefelt ! A terre, c'est un ordre !

L'autorité dans la voix de Yuuri me donna un étrange et délicieux frisson, fort mal venu. Je me pliai néanmoins aux ordres de mon Roi et mis pied à terre.

-Viens ici.

Il me tendit la main et sa voix était toujours froide. Je m'exécutai, presque méfiant maintenant. Allons, ne sois pas ridicule, Wolfram ! Qu'est-ce que tu as à craindre de ce Henachoko ! Mais je n'étais toujours pas rassuré en posant ma main dans la sienne. Il m'attira brusquement à lui et passa son bras libre autour de ma taille, me collant à lui, dans une position qui me donnait l'impression que nous nous préparions à danser une valse. Par réflexe, je posai ma main libre sur son épaule. Félicitation, Wolfram, ça te dit tellement de laisser ce Henachoko mener la danse au propre et au figuré ? Je fis taire cette énervante petite voix et plongai mes yeux verts dans ses orbites abyssales.

-Je t'aime, Wolf ! Je l'ai dit ! Je ne le regrette pas !

Il baissa le ton et continua, presque dans un murmure.

-Tu es le seul, Wolfram…Le seul qui me fait…me fait ça…

Ca quoi ?

-Je pensais que si je tombais amoureux d'une fille, ça serait parfait…J'étais, je suis peut-être toujours, curieux des filles…Comment elles sont, ce qu'elles pensent…Je pensais à tous ces romans que j'ai lu…à tous ces films…Je voulais ça aussi. Mais je ne rêvais même pas d'une petite amie…Je rêvais d'une princesse…Belle et forte et…On aurait une grande passion, on se marierait, on aurait des enfants…

Je tentais de me dégager…Il y avait une envie, un désir dans ses mots…Et cela me faisait mal. Malgré sa déclaration d'amour, Yuuri ne serait jamais heureux auprès de moi…Mais il m'arrêta, me retins dans ses bras.

-Mais tu ne comprends pas, Wolf ? Ca n'est rien ! C'est un rêve d'enfant ! Un enfant qui rêve d'aventure et de dragons, d'héroïsme et la princesse est un élément de ce rêve. Mais, même si je suis curieux des filles, même si j'avais ce rêve…Personne, Wolf, personne à part toi ne me fait ça…

J'en avais marre de ne pas comprendre ce que je faisais de si important à mon fiancé.

-Ca quoi ?

Il rougit un peu, mais ne se découragea pas.

-Chaque fois que je te vois…lorsque tu rentres dans une pièce où je suis…mon cœur bat la chamade, j'ai les mains moites, la bouche sèche…Lorsque tu me souris…Flûte, je sais pas comment dire…je suppose…j'ai envie de…de te faire des choses…

Il était devenu, au fil de son discours, vraiment cramoisi.

-Et je veux t'embrasser, souvent, tout le temps…Et quand tu es proches de moi…Comme ce matin dans la chambre…Je…Tu sais…J'ai envie de toi…même si je sais pas exactement…

Je savais qu'à ce stade, je devais être aussi rouge que lui. Puis, il se racla la gorge.

-Et il n'y a pas que ça. Chaque fois qu'il t'arrive quelque chose, c'est comme si…Comme si on m'empêchait de respirer…Déjà lorsque Sochou t'avais…t'avais pris ton cœur…Et quand Filia…Wolf…

Il se tut un instant et je tentai d'assimiler tout ce qu'il venait de me dire, pour le garder graver au fond de mon cœur. Il passa les deux bras autour de ma taille et me sourit de ce sourire idiot que j'adore.

-Alors qu'importe s'il n'y a pas de princesse ? J'ai eu mon compte d'héroïsme et d'aventure, et même de dragons, et mon prince est tout ce qu'il me faut, beau et fort, avec lui, je vis une grande passion, on va se marier et pour les enfants…

Il soupira, un air nostalgique sur le visage.

-C'est vrai que j'aurais aimé avoir mes propres enfants, mais…mais Gwendal a raison, il y a Greta…Et si plus tard on en veut d'autres, on pourra toujours en adopter.

Je lui souris avant de comprendre entièrement le sens de ses paroles. Mon cœur se gonfla d'amour et pendant un moment, je sus être le Mazoku le plus heureux au monde. Mais un point n'était pas très clair.

-Qu'est-ce que Ani-ue vient faire là-dedans ?

Yuuri leva la main pour me caresser les cheveux, presque distraitement.

-J'ai parlé avec Gwendal…Je lui ai dit que…que je voulais avoir des enfants, et il m'a conseillé.

-Tu as parlé de ça avec Ani-ue ?

Dire que j'étais surpris aurait été peu dire. Yuuri avait toujours été intimidé par Gwendal et celui-ci n'aime pas vraiment parler des choses intimes. Yuuri eut un sourire un peu embarrassé.

-Je…J'ai été un peu obligé…il m'a trouver en train de me morfondre au lieu de travailler et…et il m'a menacé de tout plein de choses désagréables si je ne lui disais pas ce qui n'allait pas…

Je me retins de justesse de rire, tellement c'était typiquement Gwendal comme attitude. Finalement, il tenait beaucoup plus à Yuuri qu'il ne le laissait croire. Yuuri sourit et m'embrassa doucement sur la bouche, juste une légère pression, mais il me surprit. Qu'il fasse cela, naturellement, me laissait toujours tout étonné.

-En tout cas, je t'aime. J'en suis sûr. Ca ne peut être que ça.


Nous avions repris notre chemin après cela, quelque peu embarrassés, chacun évitant soigneusement de regarder l'autre, mais rien n'aurait pu me faire descendre de mon petit nuage. Yuuri m'aimait. Yuuri me désirait. Yuuri était prêt à sacrifier son envie d'avoir des enfants pour être avec moi. Lorsque nous atteignîmes la cour du temple de Shinou, je ne fus pas surpris de voir Ulrike et le Grand Sage qui nous attendaient.

-Heika !

La voix d'Ulrike était joyeuse, comme toujours lorsqu'elle était en présence de MON fiancé, provocant une montée de jalousie qui ne descendit certainement pas lorsque Murata donna une tape sur l'épaule de Yuuri, tout juste descendu de cheval. C'est pourquoi je ressentis une grande satisfaction lorsque mon fiancé écarta la main de Murata et le regarda d'un air sérieux bordant le sévère.

-Murata, il faut qu'on parle, à propos de Shinou.

Le grand sage se mordit la lèvre, dans une manifestation d'infantilisme qui ne convainquait plus personne depuis longtemps.

-Shibuya…

-Non, Murata ! Tu vas me dire ce que toi et le Roi Originel avait en tête et en quoi ça concerne Wolfram !

Un claquement sec marqua le bruit des bottes de Conrad sur le sol alors qu'il descendait de sa monture. Son regard était froid lorsqu'il se pose sur Murata, loin de cette expression sympathique que nous lui connaissions si bien. Le Grand Sage se mit à remuer frénétiquement des mains, avec un sourire.

-Shibuya, Sir Weller, je vous assure que ni moi, ni Shinou n'avons aucun projet contre Lord Von Bielefelt. La seule chose dont nous ayons discuté, c'est comment aider Yuuri à gérer ses pouvoirs et pour ça, Lord Von Bielefelt est nécessaire, mais…

-Alors qu'est-ce qui va me faire tellement souffrir que je vais recourir au Maou ? Et en quoi cela concerne Wolf ?

-Majesté, interrompit la voix douce de Ulrike, j'ai moi-même parlé avec Sa Majesté Shinou. Je vous assure qu'il ne sait pas précisément de quel péril il s'agit et…

Yuuri l'interrompit d'un ton sec qui me surprit.

-Ah, il a dit ça, hein ? Très bien. Et bien, il va me le dire à moi, maintenant ! Je veux le voir, s'il l'ose !

Ulrike eut l'air blessé par le ton et les mots et je dois dire que ce désappointement était aussi le mien. Yuuri n'avait pas à parler à la Grande Prêtresse de cette façon. Surtout que ça ne lui ressemblait pas. Je regardai mon fiancé, ouvrant la bouche pour le rabrouer, lorsque j'eus un instant la vision de Yuuri, avec ses cheveux longs et ses yeux de chat. Ca ne dura qu'un instant, mais, sans trop savoir comment, je sus dès cet instant que Yuuri n'était pas très loin de se transformer. Puis il redevint lui-même, l'air surpris, puis embarrassé. Il regarda Ulrike avec un sourire d'excuse.

-Ulrike, je suis déso…

Mais Murata le coupa.

-Ca a déjà commencé, Yuuri ! Ton inquiétude pour Wolfram prend déjà le pas sur ta conscience ! Il faut que Lord Von Bielefelt et toi fassent ce que Shinou lui a dit.

Mais Yuuri, loin de se démonter, jeta un regard sérieux au Grand Sage.

-Donc, j'avais raison, ça a bien un rapport avec Wolfram !

Murata soupira, puis murmura, en regardant le sol, comme se parlant à lui-même.

-Je te l'avais dit, il est trop obstiné pour être déplacé comme un pion sur un échiquier. Même quand c'est pour son propre bien. Je vais lui dire. Nous n'avons pas le choix.

Yuuri se détendit un peu et Murata releva la tête, un sourire aux lèvres.

-Je vais te dire ce que Shinou et moi avons perçu. Mais je t'avertis, ça n'est pas grand-chose.

Yuuri hocha la tête et Murata nous fit mine de le suivre. Conrad, moi, Yuuri et Ulrike descendîmes les marches menant à la salle de Méditation sur ses pas. Je détestais cette salle, même après sa reconstruction. Je me revoyais toujours, pantin incapable de résister, attaquer mon fiancé, puis la douleur lorsque Shinou…Mais je me forçai à ne pas y penser. Une fois-là, Murata nous fit face.

-Shinou et moi avons perçu une nouvelle ombre qui s'étend sur Shin Makoku. Mais pour l'heure, ni lui ni moi n'avons une vue claire de ce dont il s'agit, c'est pour ça que j'ai jugé préférable de me taire plutôt que de faire planer la peur sur notre pays à la paix si nouvelle…

Yuuri hocha la tête et je l'imitai. C'était vrai, nous savourions tout juste la joie d'être en vie et d'être en paix, inutile de briser le rêve de notre, non, de nos peuples…

-Quel rapport avec Wolfram ? Demanda Weller, calme, ayant retrouvé sa douceur naturelle.

Murata se gratta l'arrière de la tête dans un mouvement qui nous était maintenant familier.

-Et bien, c'est difficile à expliquer. Shinou pense que Lord Von Bielefelt se trouvera être pris dans ce danger. Pour ma part, je pense plus précisément que le danger tourne autour de lui.

Je sentis le bras de Yuuri se refermer sur ma taille et je me rapprochai de lui, inquiet malgré moi.

-Nous ne pouvons rien faire contre quelque chose dont nous ne connaissons pas la nature. C'est pour ne pas effrayer Wolfram que Shinou ne lui a rien dit, mais visiblement il a était maladroit. Encore.

Son ton était celui qu'emploierait un parent en parlant d'un défaut agaçant de son enfant. C'était un peu perturbant de penser que l'enfant en question était notre héros, un Roi vieux de quatre millénaires.

-Tu ne sais rien de plus ? Demanda mon fiancé.

Murata sourit en nous regardant, enlacés comme nous étions.

-Si. Mais à ce que je vois vous le savez maintenant tous les deux aussi. Ca t'aura pris un temps fou, Shibuya !

Yuuri rougit un peu pendant je pesais le pour et le contre de cramer un Sage tout aussi vieux que Shinou.

-Et bien sûr, poursuivit Murata en me souriant avec amusement, ayant probablement deviné mes pensées, je sais aussi ce qui se passerait si quelque chose arrivait à Wolfram.

Il redevint sérieux et regarda Yuuri, ses yeux perçants semblant le jauger.

-C'est pour ça que tu dois apprendre te maîtriser, que tu dois avoir un meilleur contrôle sur tes pouvoirs et que la « forme Maou » doit devenir une partie de toi.

Je tournai les yeux vers le visage de mon fiancé, comme tout le monde dans la pièce. Ses yeux regardaient droit devant lui, mais sans voir. Il était visiblement plongé dans ses pensées. Puis il les baissa sur moi et me sourit.

-Je ne laisserai personne te faire du mal, me promit-il dans un souffle, puis, plus fort à l'adresse de Murata, c'est bon, je vais le faire.

Le Grand Sage approuva de la tête.

-Très bien. Je pense que vous serez plus à votre aise dans un lieu familier et intime.

-Comme notre chambre ? Demandai-je.

Le visage de Murata s'éclaira et il approuva vigoureusement.

-Oui, ça sera parfait !

-Yuuri Heika, je pense qu'il faudrait essayer de savoir de quoi il retourne exactement, intervint Conrad, je vais en discuter avec Gwendal et Günter, mais je pense que la meilleur solution est d'envoyer nos espions pour voir si une menace se lève dans les pays humains, et plus particulièrement à Shimaron…

Yuuri, qui ne me lâchait toujours pas, demanda.

-Comme Yosak ?

Weller sourit et approuva, un air indéchiffrable sur le visage. Il avait toujours cet air étrange et un peu rêveur lorsque le roux était le sujet d'une conversation. Est-ce qu'un jour ils vont réaliser qu'ils sont parfaits l'un pour l'autre et qu'ils s'aiment, ces abrutis !

Murata reprit doucement.

-En attendant, je viens avec vous. Je vais vous guider et vous expliquer ce qu'il va falloir faire, mais c'est quelque chose que vous devrez faire seuls.

Je sentis Yuuri se serrer davantage contre moi et me rendis compte que j'avais fait pareil, d'instinct.

-Avant de commencer, attendez-moi, demanda Conrad d'une voix posée, je veux être là s'il se passe quoique ce soit.

Murata sourit avec gentillesse.

-Ne vous inquiétez pas, Sir Weller. La forme Maou n'est ni plus ni moi que Yuuri et Shibuya mourrait plutôt que de faire du mal à Lord Von Bielefelt. Wolfram ne risque rien.

Néanmoins, songeai-je, je préférerai moi aussi avoir mon frère derrière la porte.

Je n'étais pas plus rassuré que ça…